<?xml version="1.0" encoding="utf-8" standalone="yes"?><rss version="2.0" xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"><channel><title>Enjeux 292 | ENJEUX</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/numeros/enjeux-292/</link><atom:link href="https://enjeux.unite-action.fr/numeros/enjeux-292/index.xml" rel="self" type="application/rss+xml"/><description>Enjeux 292</description><generator>Hugo Blox Builder (https://hugoblox.com)</generator><language>fr-FR</language><lastBuildDate>Fri, 20 Jun 2025 15:52:17 +0000</lastBuildDate><image><url>https://enjeux.unite-action.fr/media/logo_hu_ab7e93d480d9d848.png</url><title>Enjeux 292</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/numeros/enjeux-292/</link></image><item><title>UA va de l'avant !</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/292/02-ua-va-de-l-avant/</link><pubDate>Fri, 20 Jun 2025 15:52:17 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/292/02-ua-va-de-l-avant/</guid><description>&lt;h2 id="ua-va-de-lavant-"&gt;UA va de l&amp;rsquo;avant !&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Unité et action et sans tendance (UA&amp;amp;st) renforce son collectif d’animation fédéral. Quatre camarades sont maintenant chargé·es de coordonner la vie de la tendance, de proposer des outils et des rendez-vous pour enrichir les débats internes, de rendre compte de tout ce que les militantes et les militants UA&amp;amp;st développent dans le vaste champ d’action de la FSU. Il s’agit d’Emmanuel Mercier, Valérie Poyet, Thierry Quétu et Rachel Schneider, facilement joignables notamment avec le mail
.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="remerciements-et-nouveau-groupe-danimation"&gt;Remerciements et nouveau groupe d&amp;rsquo;animation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il faudra bien cette équipe pour laisser partir notre camarade Matthieu Leiritz, qui a si bien su dynamiser UA&amp;amp;st ces dernières années, avec Olivier Kosc, remplacé à son départ à la retraite par Rachel Schneider. Que Matthieu soit ici particulièrement remercié de son engagement pour le développement de notre tendance ! Mais il ne disparait pas pour autant, puisqu’il continue à participer activement à l’élaboration d’Enjeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nouveau groupe d’animation poursuivra le travail engagé avec notamment l’organisation de séminaires fédéraux en régions : n’hésitez pas à vous signaler si votre département, académie ou région est intéressée. La communication UA&amp;amp;st doit également s’améliorer, avec l’aide de camarades de différents syndicats. Enjeux doit aussi développer son audience : merci à toutes et tous de proposer un abonnement aux camarades autour de vous !&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="animer-la-réflexion-et-développer-les-débats"&gt;Animer la réflexion et développer les débats&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le groupe d’animation en est convaincu : animer la réflexion en UA&amp;amp;st, y développer les débats les plus complexes, ne peut que nourrir le développement de notre fédération et du syndicalisme que nous portons, capable de rassembler nos professions et de les unifier dans l’action !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rachel Schneider, Emmanuel Mercier,
Valérie Poyet, Thierry Quétu&lt;/p&gt;
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&lt;div class="callout-title font-semibold mb-1"&gt;Attention&lt;/div&gt;
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&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;</description></item><item><title>Ouvrir d’autres perspectives</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/292/03-edito/</link><pubDate>Fri, 20 Jun 2025 15:51:26 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/292/03-edito/</guid><description>&lt;h2 id="ouvrir-dautres-perspectives"&gt;Ouvrir d’autres perspectives&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L’espace public, par l’entremise de nombreux média, est saturé par des expressions sur la guerre, les guerres, les questions de défense, de réarmement… occultant les problématiques sociales et sociétales pourtant vives dans notre pays. Le cœur des débats se situerait donc dorénavant sur une « économie de guerre » désirée par Macron pour répondre aux enjeux géopolitiques en espérant créer une forme d’unité nationale. Quand, depuis 2017, tout a été fait pour fracturer la société française, recréer du lien social pour refaire société doit passer par de toutes autres mesures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Développer les services publics, protéger chaque citoyen avec une protection sociale de qualité incluant les retraites, offrir des perspectives d’avenir aux jeunes… telles devraient être les ambitions poursuivies par nos gouvernants. Au lieu de cela dans une lignée Trump / Musk, les services publics continuent à être démantelés, les formations universitaires attaquées, le pouvoir d’achat des fonctionnaires rogné comme dernièrement avec la couverture maladie baissée de 10%, etc.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="les-coûts-de-léconomie-de-guerre"&gt;Les coûts de l&amp;rsquo;économie de guerre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Augmenter le budget dédié à la défense pour le porter à 5% du PIB reviendrait à rechercher entre 50 et 80 milliards d’euros et aurait de fortes conséquences, une nouvelle fois, sur les services publics. Il nous faut sortir de la logique du « soit l’un, soit l’autre » et aller chercher les moyens là où ils se trouvent… N’oublions pas que la France est le deuxième pays exportateur d’armes, que le CAC 40 a battu des records, que les grands groupes s’enrichissent toujours plus, ainsi que les grands patrons…&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="pour-une-autre-vision"&gt;Pour une autre vision&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le contexte est anxiogène au plan international, la menace de la Russie de Poutine ne peut être niée, de même que l’impérialisme agressif des Etats Unis de Trump, mais d’autres guerres existent en France, une guerre de classe, une guerre économique, une guerre idéologique… Tout est guerre, alors cessons d’employer ce terme pour développer nos idées et revendications pour la paix, pour une société plus juste, plus égalitaire et plus solidaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le moment de construire les mobilisations permettant de peser dans le débat public pour faire entendre un discours différent et plus engageant est venu et l’exemple de la grande réussite de la mobilisation pour le droit des femmes du 8 mars doit nous y encourager.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Benoît Hubert&lt;/p&gt;
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&lt;div class="callout-title font-semibold mb-1"&gt;Attention&lt;/div&gt;
&lt;div class="callout-body"&gt;&lt;a href="https://unite-action.fr/sabonner-a-enjeux/" target="_blank" rel="noopener"&gt;S&amp;rsquo;abonner et lire dès la parution du numéro d&amp;rsquo;enjeux&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;</description></item><item><title>Affronter la complexité, garder le cap</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/292/04-actualite/</link><pubDate>Fri, 20 Jun 2025 15:50:39 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/292/04-actualite/</guid><description>&lt;h2 id="affronter-la-complexité-garder-le-cap"&gt;Affronter la complexité, garder le cap&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;De l’inquiétude à la sidération… Depuis son installation à la Maison blanche, les déclarations de Trump obligent le monde entier à réviser ses cadres de pensée. Pourtant, ce sont toujours les logiques capitalistes d’accaparement qui s’imposent… Nous avons peut-être mieux réalisé ces dernières semaines que l’agression de l’Ukraine par la Russie s’inscrit aussi dans cette question des ressources, agricoles comme minières. Pendant que la guerre continue d’additionner morts et blessés en Ukraine comme dans les rangs russes (il est question de 1000 hommes russes tués ou blessés par jour…), quel traitement est infligé aux populations des pays d’Afrique « possédant » (le terme n’est sans doute pas approprié !) des terres rares ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="leurope-face-à-ses-responsabilités"&gt;L&amp;rsquo;Europe face à ses responsabilités&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous devons affronter de multiples questions. L’Europe ne peut plus s’adosser à l’OTAN et aux Etats-Unis pour sa défense pas plus que pour son soutien à l’Ukraine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant, que signifie de s’engager dans une course à l’armement ? N’est-ce pas un drôle de jeu celui qui consiste à engloutir des milliards (d’endettement, tiens voilà que la dette n’est plus un problème insurmontable), au profit, d’abord, des Etats-Unis à qui l’Europe achèterait l’essentiel de ses armes ? Est-ce cela, l’indépendance à construire pour la France et l’Europe ? A l’opposé, quel rôle l’Europe est-elle capable d’attribuer à l’ONU, aux alliances avec les autres pôles que la Russie ou les Etats-Unis, avec le « Sud global » ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="les-urgences-sociales-et-environnementales"&gt;Les urgences sociales et environnementales&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les milliards qu’il faudrait engager dans cette course folle, seraient par ailleurs interdits pour les urgences sociales et environnementales… L’hôpital, l’école, les services publics devraient se serrer la ceinture, la majorité de la population s’appauvrir encore, et les urgences écologiques attendre ? La défense de la France et l’Europe servira-t-elle à justifier encore plus de « rigueur » pour les populations, encore plus d’inégalités économiques et sociales, de pauvreté et d’injustice dans les pays riches ? Il faudra alors renforcer l’autoritarisme, jusqu’à l’arbitraire, pour « tenir » les contestataires…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, de Trump à Netanyahu, l’enjeu est d’en finir avec le droit international. Non seulement parce que les vies humaines ne comptent pas, mais surtout parce qu’il ne faut plus aucun frein à la prédation, à l’accaparement et à la loi du plus fort. N’est-il pas déstabilisant d’entendre la Chine expliquer à Trump que Gaza appartient aux Palestiniens ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est certain que la course aux ressources, dans un futur proche où elles vont manquer de plus en plus, éclaire le choix des grandes entreprises de la tech de s’appuyer sur les plus autoritaires et les moins soucieux du droit. Le fascisme est le recours, quand il s’agit d’échapper à l’indispensable régulation que les urgences écologiques ont remises sur la table.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="unité-et-action--un-rôle-à-jouer"&gt;Unité et Action : un rôle à jouer&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;A Unité et Action, nous devons affronter la complexité de la situation. Débattre, s’informer, partager les analyses et les éléments de compréhension. Pour construire, comme nous avons toujours su le faire, un positionnement syndical, puis intersyndical, qui joue son rôle dans le tourbillon actuel, qui propose un cap crédible à nos collègues. Ce que porte la FSU est ce que nous retrouvons dans les revendications des peuples qui luttent en ce moment en Europe même : en Grèce, en Serbie… Ces populations exigent que le droit soit respecté. Que la corruption n’emporte pas toute possibilité de faire société. Qu’une justice sociale s’impose…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien n’est simple, tout se complique, oui. Unité et Action est un lieu important pour prendre à bras-le-corps les questions les plus difficiles. Pour que la FSU continue de jouer son rôle dans un monde où les organisations collectives et démocratiques deviennent vitales. Affrontons la complexité.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et gardons le cap.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rachel Schneider, Emmanuel Mercier l&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Migrations Un défi pour la solidarité un enjeu pour la FSU</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/292/05-dossier/</link><pubDate>Fri, 20 Jun 2025 15:45:51 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/292/05-dossier/</guid><description>&lt;h2 id="migrations--un-défi-pour-la-solidarité-un-enjeu-pour-la-fsu"&gt;Migrations : Un défi pour la solidarité, un enjeu pour la FSU&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le 16 juin 2015, lors de l’annonce de sa candidature à l’élection présidentielle de l’année suivante, Donald Trump ciblait ainsi les immigrés : « Ils importent de la drogue, commettent des crimes, sont des violeurs. Et quelques-uns, j’imagine, sont des gens bien. ».
Ce genre de propos lui a permis d’être élu. Deux fois.&lt;br&gt;
A ces discours, dignes des rhétoriques fascistes de l&amp;rsquo;entre-deux-guerres, s’ajoutent les décisions et lois de l&amp;rsquo;Europe et des États-Unis qui se barricadent, priorisant la protection des frontières et le contrôle migratoire au détriment de la protection des vies humaines. De fait, les frontières européennes sont repoussées de plus en plus loin, ce qui conduit les migrants à prendre chaque fois plus de risques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon l’Organisation internationale des migrations (OIM), plus de 67000 personnes sont mortes ou disparues sur les routes migratoires entre 2014 et septembre 2024, un chiffre en constante augmentation. La Méditerranée est devenue la mer la plus meurtrière au monde. Et ces chiffres demeurent incertains, ne reflétant qu’une partie de la réalité. La grande majorité des corps des personnes décédées en migration, lors d’un naufrage notamment, ne sont jamais retrouvés. Le Comité des Nations Unies sur les disparitions forcées souligne que les politiques migratoires rigides et militarisées contribuent indirectement à la disparition de migrants, contraints d&amp;rsquo;emprunter des itinéraires de plus en plus dangereux. Les opérations de Frontex se concentrent sur la lutte contre les passeurs et l’immigration irrégulière, reléguant le sauvetage au second plan.
[IMAGE: migrant.jpg]&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="la-stigmatisation-des-personnes-migrantes"&gt;La stigmatisation des personnes migrantes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En France et en Europe, le débat public est souvent dominé par des discours anxiogènes et des politiques restrictives, alimentant la stigmatisation des personnes migrantes, fragilisant la solidarité et les droits humains. Loin d’arrêter les flux migratoires ou de permettre un meilleur accueil dans les pays européens, ces politiques n’ont aucune considération pour la réalité des populations qui sont souvent dans l’obligation de migrer et qui voient leurs conditions d’exil s’aggraver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les migrations posent des défis importants pour le mouvement syndical. Dans ce contexte de mondialisation libérale, il est impératif de réaffirmer la solidarité internationale et la nécessité d&amp;rsquo;harmoniser les droits sociaux au niveau mondial. Cela implique de défendre les droits de tous les travailleurs, sans distinction de nationalité ou de statut, en garantissant l&amp;rsquo;accès à l&amp;rsquo;emploi, à la formation, à la protection sociale, à la santé, au logement et à l&amp;rsquo;éducation.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="laction-de-la-fsu"&gt;L&amp;rsquo;action de la FSU&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il est également crucial de lutter contre toutes les formes de discrimination et de racisme, de régulariser les personnes sans-papiers pour leur permettre de vivre et de travailler dignement, d&amp;rsquo;accueillir les réfugiés dans le respect du droit international et de promouvoir une politique migratoire fondée sur les droits humains et la coopération internationale.
Ce dossier a pour objectif à la fois de comprendre les conséquences des politiques européennes sur les populations contraintes de migrer, comme de mettre en lumière la parole de militantes et militants qui s’engagent autour et avec les migrantes et migrants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les migrations sont un défi majeur pour nos sociétés, mais elles sont aussi une chance de construire un monde plus juste, plus solidaire et plus ouvert. La FSU, forte de ses valeurs et de son histoire, a un rôle essentiel à jouer dans ce combat. Ce dossier se veut une contribution à la réflexion et à l&amp;rsquo;action. Il est temps de changer de cap et de construire une société d&amp;rsquo;accueil, où chacun·e, quelle que soit son origine, puisse vivre dignement et pleinement sa citoyenneté.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour paraphraser Sébastien Cabot, l’internationalisme peut (doit) se réinventer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nina Palacio l&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Entretien avec Catherine Wihtol de wenden</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/292/06-entretien-avec-catherine-wihtol-de-wenden/</link><pubDate>Fri, 20 Jun 2025 15:30:19 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/292/06-entretien-avec-catherine-wihtol-de-wenden/</guid><description>&lt;h2 id="entretien-avec-catherine-wihtol-de-wenden"&gt;Entretien avec Catherine Wihtol de Wenden&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Catherine Withol de Wenden est directrice de recherche émérite au CNRS et docteur d&amp;rsquo;État en science politique, spécialiste reconnue des migrations internationales. Parmi de nombreux travaux, elle a notamment publié « Immigration : indifférence, indignation, déshumanisation », le 8 janvier 2025, aux éditions Autrement. S&amp;rsquo;élevant récemment contre l&amp;rsquo;utilisation de l&amp;rsquo;expression &amp;ldquo;submersion&amp;rdquo; pour qualifier l&amp;rsquo;immigration en France, elle a bien voulu répondre aux questions d&amp;rsquo;Enjeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bibliographie partielle :&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;L&amp;rsquo;Immigration. Découvrir l&amp;rsquo;histoire, les évolutions et les tendances des phénomènes migratoires, Paris,Eyrolles, 2016&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Pour accompagner les migrations en Méditerranée, Paris, L&amp;rsquo;Harmattan, 2013&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Atlas des migrations : un équilibre mondial à inventer, 2012&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;La question migratoire au XXIe siècle. Migrants, réfugiés et relations internationales, Paris,Presses de Sciences po 2010.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;h2 id="le-risque-de-submersion--une-réalité-démographique-"&gt;Le risque de &amp;ldquo;submersion&amp;rdquo; : une réalité démographique ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : Le Premier Ministre François Bayrou fait état d&amp;rsquo;un risque de « submersion » de la population française par l&amp;rsquo;immigration, et pas uniquement à Mayotte. Une expression qui renvoie aux dénonciations d&amp;rsquo;extrême droite sur un risque supposé de « grand remplacement » : cela correspond il à une quelconque réalité démographique ? Comment dès lors expliquer ces «dérapages » verbaux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Catherine Wihtol de Wenden :
Le terme « submersion » est, pour le moins, peu heureux.
Il fut employé par Jean Marie Le Pen, d’où une connotation certaine d’extrême droite depuis maintenant longtemps. Son utilisation par le premier ministre ne peut donc être neutre.
A Mayotte il est certain que la situation est très compliquée, mais elle n’a rien de représentative de la métropole. Quand l’île a opté par référendum pour la France, Mayotte était pauvre et le pouvoir - à l’époque le président Valéry Giscard d’Estaing - craignait, en développant les services publics par exemple, de créer un appel d’air avec une immigration venue des Comores ou de la côte africaine. Il est évident, et naturel d’ailleurs, qu’aujourd’hui les Comoriens qui tentent de venir à Mayotte souhaitent bénéficier de services publics - éducation, santé… - qu’ils n’ont pas chez eux. La question de la nationalité est donc une fausse piste. Ce n’est pas pour obtenir la nationalité française que les migrants bravent l’océan, mais pour une vie meilleure, comme tout migrant du reste.
&lt;figure &gt;
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&lt;/div&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le thème du « grand remplacement » est une idée à succès devenue le thème unique de campagne d’Eric Zemmour en 2022 : il a finalement seulement obtenu 7% des voix.
S’agissant de l’accueil de migrants, la France se situe dans la moyenne européenne, avec 10,5% immigrés dans la population contre 10% en Europe, et 13% en Allemagne.
Depuis 2011, l’Allemagne a ainsi accueilli 435000 Syriens, contre 35000 en France, soit 4% des réfugiés en Europe.
L’expression « submersion » n’est donc pas adaptée, même si la concentration de personnes d’origine immigrée sur certains territoires comme le département de Seine-Saint-Denis peut laisser croire le contraire.
Par ailleurs, on peut penser que la France n’en a toujours pas terminé avec l’héritage de la Guerre d’Algérie, étonnamment malgré les années, toujours présent notamment dans certaines pratiques policières vis à vis de populations d’origine maghrébine. La visibilité physique de femmes et d’hommes renvoie encore à l’idée qu’il ne s’agit pas réellement de Français à part entière. La nation française, dans la tradition républicaine issue de 1789, ne s’est pas construite sur une quelconque appartenance ethnique, d’où l’illégalité par exemple de la pratique de quotas comme aux Etats Unis. Mais certaines formations politiques, à l’extrême droite, voudraient nous y amener, en ethnicisant des questions politiques et finalement en établissant pour certains l’impossibilité d’être ou de devenir français du fait de leurs origines. Or la France se définit par son histoire et par sa langue, n’en déplaise à celles et ceux qui succombent à une dérive racialisante dans leurs expressions politiques. Ces discours radicaux rendent difficile tout débat serein sur l’immigration au sein du pays qui est pourtant le plus ancien pôle d’immigration européen. La France pourrait d’ailleurs au contraire s’enorgueillir d’accueillir les migrants autour d’un projet citoyen.
&lt;figure &gt;
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&lt;/div&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="organiser-un-meilleur-accueil-et-une-meilleure-intégration"&gt;Organiser un meilleur accueil et une meilleure intégration&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : Quelles pistes pour organiser un meilleur accueil et une meilleure intégration des populations migrantes?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Catherine Wihtol de Wenden : On fait fausse route en fermant les frontières à l’immigration de travail. Plusieurs enquêtes sociologiques dans le passé, par exemple auprès d&amp;rsquo;ouvriers spécialisés (OS) immigrés travaillant à Renault, prouvaient leur fierté de s’insérer dans la société par le travail. Les discours refusant l’immigration de travail nient la réalité, celle d’un pays qui en a besoin, tant dans l’économie libérale que dans les services publics. Il faut par ailleurs lutter contre les filières clandestines de passeurs qui créent nombre de morts parmi les migrants. Légaliser et réglementer à nouveau l’immigration de travail permettrait également de mieux traiter la question des demandes d’asile, les deux cas de figures étant souvent liés. L’économie française connaît un besoin structurel de main d’oeuvre, mais les pouvoirs publics ne veulent pas l’assumer publiquement par peur d’alimenter le vote pour l’extrême droite. Aux Etats Unis - jusqu’à présent - au Canada ou en Australie, le nombre d’immigrants est voté chaque année au parlement.
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&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut ainsi que constater en France l’abandon depuis des années de toute politique d’intégration, une intégration qui se réalise quand même du reste, par le jeu des rapport de travail ou par l’école. Sous prétexte d’économies budgétaires des crédits sont coupés aux associations d’aide aux migrants, aux médiateurs de quartiers qui rendaient pourtant la vie collective plus facile, un rôle parfois pris par la Mosquée comme autrefois l’Église palliait l’absence d’État social.
Depuis les années 2000, il n’existe plus vraiment de politique de la ville, ni de vrais plans de prévention, associant élus, acteurs associatifs et populations dans une logique de soutien à la vie quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="le-rôle-du-syndicalisme"&gt;Le rôle du syndicalisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : Quel rôle à cet égard le syndicalisme pourrait-il jouer?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Catherine Wihtol de Wenden : Le syndicalisme a un rôle très important à jouer pour améliorer les conditions d’accueil et d’intégration des populations migrantes. Aujourd’hui il semble que les organisations syndicales, prises sur d’autres fronts, peinent à maintenir les actions d’hier qui mêlaient démarche de syndicalisation, aide et formation. Les migrants paraissent rencontrer beaucoup moins de soutien désormais qu’en 1984 ou 1985 chez Renault par exemple, où les syndicats travaillaient sur la requalification et les conditions de travail des salariés immigrés. Les syndicats semblent peiner à développer une réflexion autonome sur ce que devrait être une politique d’immigration progressiste. La FSU s’emploie certes de son côté à former ses militants sur ces questions mais beaucoup reste à faire. Enfin je suis très inquiète sur l’échéance présidentielle de 2027, en cette période de séduction des thématiques d’extrême droite dans une part importante de l’électorat, popularisées désormais par des médias de masse ainsi que les réseaux sociaux.
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&lt;p&gt;Propos recueillis par Matthieu Leiritz&lt;/p&gt;</description></item><item><title>RECITS DU BORD DE LA MANCHE</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/292/08-recits-du-bord-de-la-manche/</link><pubDate>Fri, 20 Jun 2025 15:20:40 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/292/08-recits-du-bord-de-la-manche/</guid><description>&lt;h2 id="recits-du-bord-de-la-manche"&gt;RECITS DU BORD DE LA MANCHE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Depuis des années, les rives de la Manche sont devenues des points de passage d’où de nombreux et nombreuses migrant·es tentent au péril de leur vie de gagner l’Angleterre. Dans cette région héritière de tant de luttes ouvrières, Enjeux a recueilli plusieurs témoignages d’engagements solidaires.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="catherine-piecuch-secrétaire-départementale-fsu-62-pas-de-calais"&gt;Catherine Piecuch, secrétaire départementale FSU 62 (Pas-de-Calais)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : Quelle réalité revêt la question migratoire pour toi, au sein du travail syndical ou intersyndical ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Catherine Piecuch : C’est une réalité quotidienne du travail syndical, mais qui n’est pas, aujourd’hui, portée par assez de militant·es.
La FSU 59/62 a été co-fondatrice en 2005 de tous les RESF locaux du Nord/Pas-de-Calais et à ce titre nous avons vécu de forts moments humains et militants, et nombre de victoires, avec la CGT, Solidaires, la LDH, la Cimade, la CSF le CSP 59 et la myriade d’associations qui oeuvrent au quotidien auprès des exilé·es.
C’est un travail d’aide aux démarches juridiques que nous ne pouvons plus assumer qu’avec l’aide de juristes et d’avocat·es spécialisé·es compte tenu de la complexification des démarches .
C’est un travail d’aide à la scolarisation que nous avons initié en intersyndicale en 2019 suite à de graves entraves, par 2 CAES (commission d’accès à l’enseignement supérieur) du Pas-de-Calais et là encore, ça a porté ses fruits. Aujourd’hui, nous bataillons pour la scolarisation de jeunes MIE (mineurs isolés étrangers) auprès du rectorat de Lille.
Depuis un an se pose de plus en plus souvent la question de l’hébergement de familles entières, mises littéralement sur le trottoir du jour au lendemain par les Cada après l’échec des procédures CNDA. Les logements d’urgence font cruellement défaut, le 115 est saturé, même pour des mères avec enfants en bas âge&amp;hellip;Même avec de la solidarité, notre action a des limites concrètes qui sont difficiles à vivre. La forte implantation électorale de l’extrême-droite entrave aussi un possible travail avec élus et collectivités.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="impact-des-politiques-répressives"&gt;Impact des politiques répressives&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : En quoi les politiques répressives ont-elles un impact ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Catherine Piecuch : Premièrement, elles mettent à la rue des familles entières qui sont intégrées ou qui ne demandent qu’à l’être. Nous avons donc aujourd’hui des élèves SDF.
Deuxièmement, elles créent un climat de peur permanent : il suffit de voir à quoi ressemble la côte d’Opale aujourd’hui, grillagée, patrouillée jour et nuit par des CRS en armes. C’est notre mur de la honte. Il suffit de compter le nombre de morts officiels : 79 en 2024, plusieurs déjà en ce début d’année… Dont des enfants et des adolescent·es.
Elles précarisent et créent de la souffrance: la dématérialisation totale des démarches est un obstacle infranchissable sans aide. Le retard (pour quelles raisons?) pris dans le renouvellement des titres de séjour plonge des étudiants , des salariés , des AED… dans l’illégalité, la pauvreté, la peur.
La loi immigration de 2024 et l’abrogation de la circulaire Valls laissent peu de place à l’espoir : 3 ans pour reformuler une demande après une OQTF, 7 ans pour pouvoir peut-être prétendre à un titre circulaire Retailleau&amp;hellip; C’est une machine à exclure et détruire des exilé·es qui ont fui guerres, tortures, viols, répression&amp;hellip; Un obscurantisme sans fin.
Maryse Scarpa, PE retraitée syndiquée à la FSU-SNUIPP, habitante d’Outreau (Pas-de-Calais) et impliquée dans des collectifs d’aide aux exilé·es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;«Début 2016, j&amp;rsquo;avais accompagné une de mes amies à la jungle de Calais pour aider aux distributions de nourriture et vêtements pour les exilé·es, au sein de l&amp;rsquo;association de l&amp;rsquo;Auberge des Migrants. J&amp;rsquo;y ai également donné quelques cours à l&amp;rsquo;école des Dunes dans le camp, juste avant son démantèlement en octobre 2016. Tout a été jeté : tentes et effets personnels.
J&amp;rsquo;en ai pleuré.
En 2022, les éxilé·es, chassé·es de Calais et Dunkerque, sont arrivé·es de plus en plus vers Boulogne-Sur-Mer pour tenter la traversée vers la Grande Bretagne.
J’ai alors intégré le collectif OSE ( Opale Solidarité Exilé es ), créé à cette époque. Ce collectif s&amp;rsquo;investit dans la collecte de dons et le tri de vêtements. Ainsi les stocks sont à disposition des différents collectifs et associations qui œuvrent sur le terrain de Boulogne à Dunkerque ( Salam, AOA, Migraction 59 ou aussi Vilna Ukraina). Bien d&amp;rsquo;autres associations agissent sur le littoral comme OSMOSE à Boulogne-Sur-Mer dont les membres bénévoles effectuent des maraudes afin d&amp;rsquo;apporter l&amp;rsquo;aide nécessaire (vêtements chauds, café et nourriture) aux personnes éxilé·es qui ne réussissent pas la traversée. Et bien souvent des citoyen.nes viennent spontanément apporter leur aide en cas d&amp;rsquo;urgence. Il y a une réelle solidarité.
La plus belle des récompenses est de recevoir des sourires des éxilé·es malgré leur détresse, ne sachant comment remercier. Pour chacun d&amp;rsquo;entre nous, c’est toujours un choc de voir qu&amp;rsquo;on laisse des personnes dans de telles situations inhumaines. »&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="michaël-cousin-agent-territorial-cgt--jardinier-fossoyeur-à-la-mairie-de-boulogne-sur-mer"&gt;Michaël Cousin, agent territorial CGT , jardinier, fossoyeur à la mairie de Boulogne-Sur-Mer&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Régulièrement, nous participons à l’inhumation des exilé·es, morts en mer. Dans notre travail, nous assistons aux cérémonies lors de tous les enterrements et quand la famille ou les proches n’ont pas les moyens de faire appel aux pompes funèbres, nous creusons la tombe. Nous procédons aussi à l’entretien du cimetière pour le rendre le plus beau possible, au cours de l’année et les jours de cérémonies.
Nous avons l’habitude d’assister aux obsèques mais certains sont plus marquants et nous touchent davantage, surtout quand il s’agit de jeunes ou d’enfants.
En septembre 2024, nous étions aux premières loges lors de la noyade de 12 personnes dont 6 enfants, autant en une fois et dans des circonstances atroces.
Parfois des proches des exilé·es sont présents mais pas toujours. Avec les associations qui prennent en charge une partie des frais d’obsèques, nous les accompagnons au cimetière pour avoir un peu de respect.
Quand on sait ce qu’ils ont vécu et subi pour venir mourir noyés en traversant la Manche, le travail est plus difficile ces jours-là.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="hélène-spilmont-prof-de-svt-syndiquée-snes-fsu-dans-un-lycée-de-boulogne-sur-mer"&gt;Hélène Spilmont Prof de SVT, syndiquée SNES-FSU dans un lycée de Boulogne-Sur-Mer&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Hélène Spilmont Prof de SVT, syndiquée SNES-FSU dans un lycée de Boulogne-Sur-Mer, habitant à Wimereux, ville balnéaire à côté de Boulogne-Sur-Mer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est en 2022 que j’ai commencé à aider les éxilé·es de Calais par l’intermédiaire du collectif Migraction59, qui leur offre un peu de répit : le temps d’un week-end, des hébergeurs et chauffeurs s’organisent pour les accueillir. De temps en temps, nous y participons ; ces expériences offrent souvent de très beaux moments d’échanges et d’humanité.
Notre dernier accueil en novembre fut particulièrement éprouvant pour notre famille : une connexion forte s’était établie avec nos deux hôtes soudanais et au moment de leur départ, nous nous sommes sentis démunis, frappés d’injustice et d’impuissance, c’était difficile, et nous mettons depuis en « standby » les accueils.
En 2024, la répression gouvernementale s’est accentuée sur Calais et Dunkerque et les exilé·es ont été contraints de tenter des traversées sur toute la Côte d’Opale.
A Wimereux, à quelques centaines de mètres de chez moi, se sont alors installés des camps improvisés d’exilés en attente de traversée&amp;hellip; Ces exilés, parfois des familles avec enfants, se cachent dans des bosquets, sans aucune commodité : pas d’eau, souvent pas de tente, aucun moyen de recharger leur portable&amp;hellip; Un collectif citoyen s’est alors spontanément créé : OAO « Alors On Aide ». Selon les besoins et notre disponibilité, boissons chaudes, vêtements, couvertures, médicaments ont rapidement été distribués.
Nous sommes maintenant assez nombreux à AOA, et différentes tâches sont accomplies (surveillance, distribution, collecte, nettoyage après départ, lessives des affaires récupérées, parfois des accueils&amp;hellip;), et nous collaborons avec d’autres associations comme OSMOSE 62 sur Boulogne-Sur-Mer, l’Auberge des migrants et Utopia56 à Calais&amp;hellip;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J’agis car j’ai honte des politiques menées par le gouvernement français et du traitement que l’on inflige à ces personnes. Même si je le trouve insuffisant au vu des besoins constatés, mon engagement est un acte de résistance !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis par Thierry Quétu&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Questions à Taina Tervonen</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/292/10-questions-a-taina-tervonen/</link><pubDate>Fri, 20 Jun 2025 15:12:56 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/292/10-questions-a-taina-tervonen/</guid><description>&lt;h2 id="questions-à-taina-tervonen"&gt;Questions à Taina Tervonen&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Taina Tervonen est documentariste et journaliste indépendante pour la presse finlandaise et française depuis plus de vingt ans. Elle écrit depuis toujours sur la famille, les migrations, les récits de vie. Son travail de journaliste a été récompensé par le prix Louise-Weiss du journalisme européen et le prix international True Story Award. Elle reçoit en 2022 le prix Jan Michalski de littérature pour « Les Fossoyeuses ».&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="de-reportages-à-bande-dessinée"&gt;De reportages à bande dessinée&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : Comment vous est venue l’idée de transformer vos reportages en bande-dessinée ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Taina Tervonen : J’avais déjà eu une expérience similaire en relatant les élections municipales de Montreuil. Cet album regroupe cinq enquêtes réalisées entre 2021 et 2023, qui avaient été publiées séparément dans La Revue Dessinée.
La BD est un genre avec un capital sympathie qui permet de raconter autrement et de toucher un public plus large.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="le-coût-des-migrations"&gt;Le coût des migrations&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : Qu’est-ce qui fait sens commun dans tous ces portraits de migration, dans toutes ces enquêtes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Taina Tervonen : La question du coût, qu’il soit humain ou financier. C’est d’ailleurs le sens du titre de cette BD ! En tant que journaliste, ma mission est d’aller sur le terrain, là où les lecteurs n’iront pas, pour rencontrer celles et ceux qui ont pris la décision de partir. Il est essentiel d’établir un lien entre les décisions prises à Bruxelles et leurs impacts sur la vie des gens. Si Frontex décide d’envoyer des patrouilles à un endroit précis, cela transforme et rend plus dangereuses les routes de l’exil.
Il y a de l’injustice dans les migrations. Selon le passeport que vous détenez, vous êtes libre ou non de voyager et cela découle des politiques menées.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="responsabilités-partagées"&gt;Responsabilités partagées&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : Il y a aussi la responsabilité des Européens qui pillent les ressources naturelles en Afrique&amp;hellip;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Taina Tervonen : Pas seulement. Concernant la pêche au Sénégal par exemple, ce sont surtout des bateaux turcs et chinois qui ravagent les ressources au large des côtes. La responsabilité incombe aussi à l’État sénégalais. Cependant, il est vrai que l’Europe a des intérêts dans les pays africains. Tout ceci découle du capitalisme qui exploite et pille les ressources.
Il est crucial de rappeler que partir n’est pas une décision prise à la légère. Quand des gens quittent leur langue, leur famille et leurs proches, il s’agit de choix très personnels avec des raisons multiples. On peut également partir par soif d’aventure ; on a le droit de le faire ou du moins on devrait avoir ce droit. Nous ne devrions pas juger ces choix.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="externalisation-des-frontières"&gt;Externalisation des frontières&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : Vous démontrez dans votre livre que les frontières de l’Europe sont repoussées de plus en plus loin. Pouvez-vous expliquer cela ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Taina Tervonen : C’est un processus en cours depuis longtemps : l’Europe délègue à d’autres pays la gestion de ses frontières. Une partie des fonds alloués au développement de ses pays sert en réalité à contrôler les frontières. Or quand on confie le contrôle des frontières à un tiers, on perd tout droit de regard. Cela entraîne souvent des violations des droits humains et l’Europe s’en lave les mains.
Il y a eu, par exemple, suite à de tels accords entre la Tunisie et l’Europe, des alertes lancées sur des migrants vendus à des milices libyennes. Ce phénomène d’externalisation remonte à loin.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="quel-avenir-pour-les-migrants-"&gt;Quel avenir pour les migrants ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : Avec les dernières mesures politiques françaises et européennes, quel avenir pour les migrants et migrantes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Taina Tervonen : Jusqu&amp;rsquo;à présent, les droits humains constituaient un verrou ; aujourd’hui, on considère que la priorité est de maintenir nos frontières. À présent, nous avons le droit de piétiner le droit d’asile : les personnes peuvent être renvoyées immédiatement sans que leur demande soit examinée. En somme, nous assistons à une légalisation du non-respect des droits humains ; c’est une brèche très inquiétante.
Le droit d&amp;rsquo;asile devient même un moyen de pression : les migrants peuvent être utilisés comme une arme par certains États tiers pour ouvrir ou fermer leurs frontières (comme cela a été le cas avec la Biélorussie vis-à-vis de la Pologne).
Les migrants deviennent ainsi une arme entre États et cette dynamique se retrouve aussi au niveau national avec des discours alarmistes tels que ceux sur le &amp;ldquo;grand remplacement&amp;rdquo;.
Cependant, tout cela n’est pas une fatalité ! Comme je l’ai mentionné précédemment, nous pouvons agir. Dans un autre ouvrage intitulé “ Les veilleurs “, je dépeins le portrait de six personnes qui aident les migrants. Dans l’une des enquêtes de la BD, je montre également comment certains pêcheurs sénégalais s’organisent, luttent et gagnent.
Tous ces individus qui se battent contre cette fatalité sont ceux qui prennent soin, non seulement de leur humanité, mais aussi de celle des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis par Nina Palacio&lt;/p&gt;</description></item><item><title>La gauche et les migrations,</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/292/11-la-gauche-et-les-migrations/</link><pubDate>Fri, 20 Jun 2025 14:50:25 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/292/11-la-gauche-et-les-migrations/</guid><description>&lt;h2 id="la-gauche-et-les-migrations-une-histoire-de-linternationalisme"&gt;La gauche et les migrations, une histoire de l’internationalisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La question migratoire n&amp;rsquo;a jamais été simple à traiter pour le mouvement syndical. Tiraillé entre l&amp;rsquo;exercice d&amp;rsquo;une solidarité sans failles et sans frontières entre l&amp;rsquo;ensemble des travailleurs et travailleuses soumis·es à l&amp;rsquo;exploitation capitaliste, et la lutte difficile contre les tentations xénophobes attisées par les mouvements nationalistes sur les salariats locaux qui ont toujours habilement joué de la peur d&amp;rsquo;une concurrence par une main d&amp;rsquo;oeuvre étrangère, déracinées donc plus malléable par le patronat. C&amp;rsquo;est l&amp;rsquo;honneur du syndicalisme, de l&amp;rsquo;internationalisme, que de n&amp;rsquo;avoir jamais renoncé, hier comme aujourd&amp;rsquo;hui, malgré les sirènes démagogiques, à organiser le prolétariat au delà des différences de nationalité, de croyance ou même de genre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bastien Cabot, agrégé et docteur en histoire, chercheur à Sciences po, est spécialiste d&amp;rsquo;histoire sociale, il vient de publier notamment un ouvrage passionnant sur La Gauche et les migrations, ainsi que plusieurs articles sur l&amp;rsquo;histoire du socialisme, du travail dans la dernière livraison des Cahiers Jean Jaures.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="la-contradiction-de-la-gauche-face-aux-migrations"&gt;La contradiction de la gauche face aux migrations&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : Dans votre récent ouvrage, La Gauche et les migrations, Une histoire de l&amp;rsquo;internationalisme, XIXè et XXè siècles, vous abordez, dans une démarche historique, une certaine contradiction qu&amp;rsquo;a dû et que doit toujours affronter la Gauche au niveau mondial, qu&amp;rsquo;il s&amp;rsquo;agisse des courants socialistes (au sens large) ou du mouvement syndical à visée de transformation sociale, voire révolutionnaire : comment à la fois assurer la solidarité internationale entre le monde du travail soumis au capitalisme et par ailleurs éviter que ce dernier ne joue de la concurrence entre travailleurs nationaux et étranger·es pour revenir sur les conquêtes sociales, notamment la lente construction de l&amp;rsquo;État social. Pourriez-vous approfondir cette question?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bastien Cabot : À partir du dernier tiers du XIXe siècle, sous la pression du mouvement ouvrier et des cercles réformateurs, les États industrialisés mettent en place les fondements de la législation sociale contemporaine : reconnaissance du syndicalisme, régulation du travail des femmes et des enfants, limitation de la durée du travail, protection contre les accidents du travail et les maladies professionnelles, conciliation et arbitrage dans les conflits du travail, avec éventuellement une incidence sur la détermination des salaires, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le problème c’est que, dans la grande majorité des cas, les travailleurs étrangers échappent de facto au domaine d’application de ces lois. Si l’on prend l’exemple de la Loi française du 21 mars 1884 sur les syndicats professionnels, rien n’interdit en principe aux étrangers d’en être membres, mais en même temps la loi plus ancienne du 3 décembre 1849 peut conduire à l’expulsion du territoire en cas d’activité politique suspecte… Pour les employeurs, l’embauche de travailleurs immigrés signifie donc un allègement considérable des charges sociales qui sont désormais imposées par cette nouvelle législation - et cet allègement est d’autant plus opportun que, dans les secteurs lourds de la seconde industrialisation (mines, chimie, bâtiment), les emplois les plus éprouvants sont de plus en plus désertés par la main-d’œuvre nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour les travailleurs nationaux les moins qualifiés qui sont en concurrence avec la main-d’œuvre étrangère, cette situation est réellement perçue comme une concurrence déloyale.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="les-trois-options-du-mouvement-ouvrier-international"&gt;Les trois options du mouvement ouvrier international&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;lll Ainsi, il se crée autour des années 1890-1900 une situation tout à fait paradoxale, dans la mesure où ce sont précisément les conquêtes du mouvement ouvrier qui sont en même temps des facteurs d’accroissement de la concurrence sur le marché du travail, et donc des facteurs de frein à la solidarité avec les travailleurs immigrés. Comment dépasser cette contradiction ? C’est la question à laquelle s’attelle le mouvement ouvrier international de la « Belle époque ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Globalement, il existe trois options. La première, que l’on voit se mettre en place un peu partout dans les années 1890-1900, c’est le soutien ouvrier et syndical à la fermeture des frontières, car cette fermeture est conçue comme permettant de préserver les acquis sociaux, en les soustrayant à la possibilité de la concurrence : on voit cette logique à l’œuvre aux États-Unis dès les années 1880, en Australie vers 1900, en Grande-Bretagne en 1905 avec « l’Aliens Act », etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde, davantage localisée, et qui peut tout à fait être complémentaire de la première, consiste à organiser la main-d’œuvre étrangère dans les syndicats nationaux et à lutter par divers moyens pour obtenir l’égalité juridique. Dans le Pas-de-Calais comme à Longwy ou à Paris, à la fin du siècle, les conseils juridiques des syndicats sont ainsi d’importants vecteurs d’aide à la naturalisation des travailleurs étrangers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisième, qui relève véritablement d’une logique internationaliste, consiste à lutter pour obtenir l’harmonisation globale des conditions de travail et de la législation sociale, précisément pour éviter la possibilité même d’une concurrence à ce niveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est par exemple ce à quoi œuvrent les réformateurs sociaux Luigi Luzzatti et Arthur Fontaine en 1904, lorsqu’ils font signer à leurs pays respectifs, la France et l’Italie, une convention qui permet le transfert des cotisations sociales (épargne, assurance chômage, accidents) de part et d’autre de la frontière.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
&lt;figure &gt;
&lt;div class="flex justify-center "&gt;
&lt;div class="w-full" &gt;&lt;img src="11e_congres_fsu_-5cad02fb-594de.webp" alt="11e_congres_fsu_-5cad02fb-594de.webp" loading="lazy" data-zoomable /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="léchec-dun-compromis-prometteur-après-la-seconde-guerre-mondiale"&gt;L&amp;rsquo;échec d&amp;rsquo;un compromis prometteur après la Seconde Guerre Mondiale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : Aux lendemains de la Deuxième Guerre Mondiale, le mouvement syndical, au moins en Europe Occidentale et en Amérique du Nord a tenté d&amp;rsquo;imposer un compromis prometteur par une intervention internationale des syndicats sur les migrations : pourquoi cela a-t-il finalement échoué?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bastien Cabot : L’idée d’une mise en relation des syndicats des pays d’émigration avec ceux des pays d’immigration, visant à contrôler le nombre ou la qualification des travailleurs migrants, s’appuie sur l’expérience ancienne du « closed-shop », où ce sont les travailleurs d’une entreprise qui décident, à parts égales avec l’employeur, des conditions du recrutement. Ainsi, l’idée de ce que j’appelle un « closed-shop international » voit le jour dès les années 1860-1870, entre les travailleurs britanniques et ceux du continent, ou entre les travailleurs d’Amérique et ceux d’Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les verriers de Pennsylvanie, par exemple, sont si bien organisés qu’ils parviennent en 1883-1884 à mettre en place des syndicats-frères dans les principaux pays d’émigration d’Europe (Angleterre et Belgique), et les unir au sein d’une « Universal Federation of Window Glass Workers ». Ce principe sera repris et amplifié par la Seconde Internationale dans les années 1900, qui s’efforcera d’encourager la mise en relation internationale des confédérations syndicales, de créer des bureaux destinés à informer sur la situation des pays d’immigration, de collecter des données statistiques, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’idée renaît au lendemain de la Première Guerre mondiale, lorsque les organisations syndicales de quinze pays se retrouvent à Berne en 1919, et signent une Charte internationale du travail qui prévoit, entre autres choses, le contrôle du recrutement des émigrants par les organisations ouvrières des pays d’émigration et d’immigration (notamment, pour ces derniers, en fonction des besoins d’une industrie ou d’une région). Mais le contexte international de l’entre-deux-guerres ne joue guère en la faveur de cette Charte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France par exemple, les syndicats, largement affaiblis après 1921-1922, sont dépassés sur leur droite par les industriels, qui mettent en place de leur côté la Société générale d’immigration (SGI) en 1924, une société privée à laquelle l’État délègue le recrutement des travailleurs immigrés. Dans le même temps, le Bureau international du travail, sous la houlette d’Albert Thomas, s’évertue à faire ratifier des traités bilatéraux inspirés de celui de 1904 entre pays d’émigration (tels que la Pologne ou la Tchécoslovaquie) et pays d’immigration (tels que la France), afin de ne pas abandonner totalement la main-d’œuvre immigrée aux abus de la concurrence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1945, la situation change largement par rapport à l’entre-deux-guerres, et les syndicats sont en position de force. En France par exemple, la CGT qui revendique plus de 5 millions d’adhérents parvient à obtenir la dissolution de la SGI en novembre 1945 et la création de l’Office national de l’immigration (ONI), un organisme d’État placé sous la tutelle d’un ministère du Travail alors occupé par le communiste Ambroise Croizat et du ministère de la Santé publique, et qui est censé avoir le monopole sur le recrutement des travailleurs immigrés. La consultation des organisations syndicales joue un rôle majeur dans cette nouvelle organisation, et celles-ci parviennent à imposer le principe d’accords migratoires établis avec les syndicats des pays d’émigration, comme c’est par exemple le cas entre la CGT et la CGIL italienne en 1947.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, l’année 1947 constitue en même temps le chant du cygne de l’ONI. Les ministres communistes, principaux soutiens de l’ONI, sont exclus du gouvernement en mai, et, à la fin de l’année, on constate que l’Office n’a assuré que le recrutement que de 64 000 étrangers sur les 200 000 prévus, ce qui déçoit fortement le patronat, et encourage largement le recours à l’immigration clandestine. De ce fait, le monopole migratoire de l’ONI cesse concrètement de s’exercer au début de l’année 1948.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="mondialisation-libérale-et-solidarité-internationale--est-ce-compatible-"&gt;Mondialisation libérale et solidarité internationale : est-ce compatible ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : Même si dans votre introduction, vous prenez soin de préciser que les solutions pour faire face aux problèmes d&amp;rsquo;aujourd&amp;rsquo;hui ne sauraient puiser dans le temps passé, en tant qu&amp;rsquo;historien, pensez-vous compatible la mondialisation libérale et la solidarité internationale des travailleurs et des travailleuses ? Comme pendant les grandes crises économiques de la fin du 19è siècle et des années trente, l&amp;rsquo;heure n&amp;rsquo;est-elle pas plutôt aux replis nationalistes autour d&amp;rsquo;identités ethniques, culturelles et/ou religieuses, comme semblent le démontrer les progrès de l&amp;rsquo;extrême droite un peu partout?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bastien Cabot : Je répondrai par plusieurs points à cette question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d’abord, même si je dis en effet qu’il n’y a pas de solution toute prête à tirer du passé car chaque époque est différente, je souligne néanmoins l’intérêt de conserver ce qui a fait la force du mouvement ouvrier, à savoir sa capacité à proposer une lecture dialectique, matérialiste et pragmatique de la situation. Il y a tout de même quelque chose de frappant dans le fait que, jusqu’aux années 1970, le mouvement ouvrier international n’avait presque aucune doctrine en matière migratoire et a pourtant constamment innové en cherchant à s’adapter à des situations migratoires massives ou dramatiques, alors qu’aujourd’hui, dans une Europe où les migrations sont très sévèrement contrôlées, la gauche est précisément empêtrée dans de purs problèmes d’idéologie. La première chose à faire, avant de se demander ce qui est productif électoralement, devrait donc probablement consister à produire une analyse objective de la situation migratoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, lorsque l’on observe les tendances des dernières décennies, on constate une relation inversement proportionnelle entre la réalité migratoire et l’inflation considérable du discours à son endroit, de la place que cette problématique occupe dans le débat public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’extrême-droite globale profite donc d’une inversion généralisée de la façon de donner du sens au monde, dans laquelle les représentations priment sur les faits. Une fois que ce principe a été posé, le reste de son travail n’est plus que technique : détenir les médias, et les inonder avec l’anxiété culturelle du remplacement démographique ou culturel. Dès lors qu’il n’y a plus qu’un débat par rapport auquel le reste de la classe politique doit se positionner sous peine de disparaître, alors la victoire est déjà remportée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il est tout à fait évident qu’une solidarité internationale des travailleurs et travailleuses est possible, même dans notre monde, mais il est tout aussi évident qu’elle aura une consistance nécessairement différente qu’autrefois. Au XIXe siècle, les conditions technologiques de communication, de transferts financiers, de collecte des données, etc. étaient beaucoup plus contraignantes qu’aujourd’hui, et pourtant il y a eu une volonté de soutenir les mouvements syndicaux et socialistes dans les pays voisins, voire à l’autre bout du monde, car l’objectif était la victoire globale du prolétariat, l’amélioration globale des conditions de travail et de vie, la victoire du socialisme international. Aujourd’hui, les conditions d’exploitation des inégalités économiques internationales n’ont pas cessée : le travail infantile ou le travail forcé existent toujours, le dumping environnemental est largement pratiqué outre-Europe pour s’affranchir des normes, etc.. Alors pourquoi la solidarité internationale n’est-elle pas ce qui nous occupe journellement ? Précisément, à mon sens, parce que c’est cet horizon international (ou global) du socialisme qui est en défaut, parce que l’on a peu ou prou renoncé - et sans doute avec de bonnes raisons - au rêve d’une totalisation idéologique du monde. Mais l’internationalisme peut se réinventer : on en a un exemple récent avec la plateforme « Les Peuples Veulent ». La question fondamentale n’est peut-être pas de savoir par où faire commencer la solidarité, mais plutôt de savoir à quel type d’horizon collectif on aspire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis par Matthieu Leiritz&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Énergie et écologie des enjeux géostratégiques</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/292/14-energie-et-ecologie/</link><pubDate>Fri, 20 Jun 2025 14:40:36 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/292/14-energie-et-ecologie/</guid><description>&lt;h2 id="énergie-et-écologie-des-enjeux-géostratégiques"&gt;Énergie et écologie des enjeux géostratégiques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les décisions politiques prises par l’administration Trump depuis l’élection du 20 janvier constituent des attaques sans précédent contre la démocratie, le droit international et la science, en particulier sur les sujets climatiques et environnementaux. Ils annoncent une politique impérialiste au fonctionnement totalitaire, qui fait des énergies carbonées et des matières premières le nerf de la guerre. Dans ce contexte, l’indépendance énergétique et la sobriété écologique doivent devenir des enjeux géostratégiques majeurs pour l’Europe.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="la-guerre-de-lénergie-et-des-matières-premières"&gt;La guerre de l’énergie et des matières premières&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les annonces expansionnistes de Trump s’intègrent dans une stratégie de la relance forcenée du forage et de l’extractivisme, qui menacent autant la politique internationale que le climat. Avant d’annoncer un retrait total de l’aide militaire à l’Ukraine, Trump a voulu imposer à Zelensky un traité inéquitable d’exploitation des minéraux stratégiques. Mais le président américain deale directement avec Poutine sur l’avenir et les ressources minières du pays. Ses visées expansionnistes sur le Groenland et le Canada, qu’il envisage avant tout comme des eldorados de métaux, de terres rares et de produits pétroliers et gaziers, déstabilisent encore davantage les relations internationales.
[IMAGE: geopolitique.jpg]&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="dépendances-européennes"&gt;Dépendances européennes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le continent européen reste sous la coupe d’une large dépendance énergétique. Certes, les importations directes d’énergie fossile russe ont drastiquement diminué, mais l’UE a tout de même acheté en 2024 pour 22 milliards d’€ d’hydrocarbures russes. L&amp;rsquo;Europe importe aussi massivement du gaz naturel liquéfié (GNL) américain, et reste largement dépendante des États-Unis pour les produits pétroliers. Par ailleurs, l’approvisionnement en matériaux dits critiques (terres rares etc.), utilisés notamment pour la production d’énergies renouvelables, pose aussi des problèmes d’indépendance stratégique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="en-france-un-mix-énergétique-encore-largement-fossile"&gt;En France, un mix énergétique encore largement fossile&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si la France produit la majeure partie de son électricité par les énergies nucléaires et renouvelables, 2/3 de la consommation d’énergie finale dépend toujours de combustibles fossiles importés : pétrole (environ 40%), gaz naturel (20%), charbon (moins de 1%). Le gouvernement finalise actuellement la troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3). Deux grands objectifs pour 2030 : faire baisser d’1/3 la consommation énergétique française (par rapport à 2012) et passer de 60% d’énergie fossile importée en 2023 à 60% d’énergie bas carbone en 2030. Mais la décarbonation de la production progresse plus rapidement que la décarbonation des usages, ce qui provoque un risque de surproduction d’électricité, et donc d’effondrement des prix. Plutôt que d’encourager l’électrification, la PPE3 choisit de freiner le soutien au solaire, à la mobilité électrique et à la rénovation des bâtiments. Ces renoncements prennent le risque de déstabiliser les filières concernées, en termes d’investissement et d’emploi, mais aussi d’indépendance énergétique.
[IMAGE: energie_france.jpg]&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="lécologie-et-la-sobriété-énergétique--des-leviers-stratégiques-"&gt;L’écologie et la sobriété énergétique : des leviers stratégiques ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans le contexte actuel, les enjeux énergétiques et écologiques deviennent inéluctablement stratégiques. La sobriété rendrait nos sociétés moins dépendantes de politiques autoritaires. La lutte écologique, protéger les populations par la stabilisation du climat et la sécurisation des approvisionnements (alimentaires, énergétiques, en matériaux), est un enjeu aussi démocratique et social que géopolitique.
Faut-il dans ce contexte espérer un sursaut des États européens ? Au contraire, la seule réponse envisagée est pour l’instant une militarisation des budgets qui se ferait aux dépens du modèle social, et de l’écologie.
Des alternatives restent possibles !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cyril Verlingue, Valérie Sipahimalani&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Entretien avec Jean-Baptiste Fressoz</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/292/15-entretien-avec-jean-baptiste-fressoz/</link><pubDate>Fri, 20 Jun 2025 14:30:50 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/292/15-entretien-avec-jean-baptiste-fressoz/</guid><description>&lt;h2 id="entretien-avec-jean-baptiste-fressoz"&gt;Entretien avec Jean-Baptiste Fressoz&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Jean-Baptiste Fressoz est historien des sciences, des techniques et de l’environnement. Chercheur au CNRS, enseignant à l’EHESS et à l’École des ponts et chaussées, il est l&amp;rsquo;auteur de plusieurs livres, dont L’Événement Anthropocène (avec Christophe Bonneuil, Seuil 2013). Son dernier ouvrage, « Sans transition. Une nouvelle histoire de l&amp;rsquo;énergie » (Seuil 2024) a reçu le prix du livre de l’écologie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi ce titre « Sans transition » ? Quels sont selon vous les obstacles à la transition énergétique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&amp;rsquo;expression de « transition énergétique » est un slogan. Ce que nous faisons avec les renouvelables et dans une moindre mesure avec les voitures électriques, c&amp;rsquo;est diminuer l&amp;rsquo;intensité carbone de l&amp;rsquo;économie (le nombre de grammes de CO2 qu&amp;rsquo;il faut émettre pour produire un bien ou un service). C&amp;rsquo;est bien mais c&amp;rsquo;est climatiquement insuffisant. Et ce n&amp;rsquo;est pas nouveau non plus. Par exemple dans l&amp;rsquo;entre-deux-guerres, le remplacement des machines à vapeur par des moteurs électriques a divisé par 10 l&amp;rsquo;intensité carbone de la force mécanique dans l&amp;rsquo;industrie. Ce qui se passe actuellement s&amp;rsquo;inscrit dans une histoire longue du progrès technologique. Depuis les années 1980, l&amp;rsquo;intensité carbone de l&amp;rsquo;économie mondiale a été divisée par presque 2, ce qui n&amp;rsquo;a pas empêché les émissions globales de doubler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, l&amp;rsquo;idée qu&amp;rsquo;on passe d&amp;rsquo;une énergie à une autre est une simplification problématique. Les énergies et les matières sont profondément intriquées. C&amp;rsquo;est ce que j&amp;rsquo;ai étudié dans « Sans transition ». Par exemple l&amp;rsquo;industrialisation n&amp;rsquo;est pas une transition énergétique du bois au charbon. Pour une raison toute simple : le charbon nécessite énormément de bois pour être extrait. A tel point que l&amp;rsquo;Angleterre au XXè siècle consomme plus de bois sous forme d&amp;rsquo;étais de mines qu&amp;rsquo;elle ne brûlait de bûches au XVIIIè siècle. En outre, la consommation de bois énergie a beaucoup cru au XXè siècle dans le monde riche comme dans le monde pauvre. De même au XXè siècle toute l&amp;rsquo;infrastructure pétrolière et les automobiles dépendent de l&amp;rsquo;acier et du ciment et donc du charbon. Le pétrole a stimulé la consommation et la production de charbon. De même de nos jours, les voitures électriques émettent certes moins de CO2 que les voitures à essence, mais leur fabrication requiert toujours beaucoup de fossiles. Le seul secteur où le terme de transition énergétique pourrait être acceptable est celui de la production électrique, mais il ne représente que 40% des émissions. Pour une bonne moitié des émissions - aviation, transport maritime, sidérurgie, cimenterie, plastique, viande etc. Il faudrait surtout penser la décroissance. L&amp;rsquo;expression « transition énergétique » donne l&amp;rsquo;impression qu&amp;rsquo;une solution technologique est possible dans les échéances temporelles pertinentes pour nos objectifs climatiques.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="reflux-de-lécologie-politique-et-tensions-géopolitiques"&gt;Reflux de l&amp;rsquo;écologie politique et tensions géopolitiques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Comment percevez-vous les reculs actuels sur les questions écologiques (coupes dans les budgets, attaques contre les agences environnementales, contre les scientifiques) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un contexte de tensions géopolitiques et même de guerre, la question environnementale passe au second plan. Le problème est aussi que les objectifs de neutralité carbone imposent des choix difficiles. Tout le monde le sent et cela nécessite une répartition équitable des efforts et donc des politiques de redistribution, ce que les gouvernements actuels refusent de faire. Le reflux de l&amp;rsquo;écologie politique depuis 2022 ressemble à ce qui s&amp;rsquo;était passé aux États-Unis à la fin des années 1970 : le mouvement environnemental a été stoppé net par la thématique de la « crise énergétique » et par un puissant mouvement conservateur. Cela étant l&amp;rsquo;attaque anti-science de Trump est d&amp;rsquo;une autre nature, plus proche du maccarthysme que des stratégies d&amp;rsquo;influence des think tanks néolibéraux auxquelles on avait été habitués. En un sens cela clarifie les enjeux.&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Un congrès qui nous projette vers l’avenir</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/292/16-un-congres-qui-nous-projette-vers-lavenir/</link><pubDate>Fri, 20 Jun 2025 14:14:19 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/292/16-un-congres-qui-nous-projette-vers-lavenir/</guid><description>&lt;h2 id="un-congrès-qui-nous-projette-vers-lavenir"&gt;Un congrès qui nous projette vers l’avenir&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ont contribué à ce bilan :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gwen LE PAIH
Bruno LEVEDER
Emmanuel MERCIER
Rachel SCHNNEIDER
Benoit TESTE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le congrès de Rennes a été salué pour la grande qualité de son organisation : qu’il soit, encore une fois ici, reconnue la qualité de l’engagement, de l’accueil, de l’efficacité et de la chaleur des camarades de la SD 35 et de l’ensemble de la région Bretagne, ainsi que de tou·tes les camarades engagé·es dans l’organisation de la FSU. Les débats de ce congrès ont eux aussi été d’un haut niveau. Ils démontrent que la FSU demeure une organisation où la réflexion et l’intelligence collectives permettent de décrypter la complexité du monde et de construire des mandats, dans un esprit de synthèse remarqué de la part des rapporteur·es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
&lt;figure &gt;
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&lt;/div&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="lavenir-du-syndicalisme"&gt;L&amp;rsquo;avenir du syndicalisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L’avenir du syndicalisme passera, pour la FSU, par la construction d’une maison commune ouverte aux organisations syndicales intéressées par la démarche de rassemblement du syndicalisme de transformation sociale. Cette maison commune devra permettre de concrétiser le travail en commun engagé avec la CGT depuis bientôt 18 mois.
Autre sujet d’importance pour toute notre Fédération, le congrès a validé et intégré dans nos statuts la cellule de veille contre les violences sexistes et sexuelles. C’est une étape majeure dans la lutte contre les VSS et plus largement pour l’égalité réelle, qui permettra à notre fédération de s’impliquer pleinement dans la protection des victimes. Le règlement intérieur qui sera soumis au vote du prochain CDFN devra la conforter et permettre à la fédération de prendre toutes les mesures qui s’avèreraient nécessaires.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="défense-des-services-publics"&gt;Défense des services publics&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Fédération de la Fonction publique, et donc des services publics, la défense et le développement de ses derniers ont été l’objet de discussions parfois intenses, à l’image du débat sur l’objectif de mettre un terme au dualisme scolaire. Faut-il revendiquer immédiatement la nationalisation de l’enseignement privé ? Ou bien procéder par étapes ? Pour rendre effectif cet objectif, le congrès s’est doté d’un mandat d’étude concernant les conditions de sa mise en œuvre. L’enseignement privé n’est qu’un exemple parmi d’autres qui illustre les politiques libérales imposées. Mais c’est bien l’ensemble des services publics qui doivent être défendus et développés, car la lutte contre les effets du réchauffement climatique, la lutte pour l’égalité des droits entre toutes et tous, le progrès social dans un monde toujours plus complexe ne pourront gagner du terrain et s’imposer qu’en s’appuyant sur des services publics au service de l’intérêt général.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="lutte-contre-lextrême-droite"&gt;Lutte contre l&amp;rsquo;extrême droite&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enfin la lutte contre l’extrême droite et ses idées a traversé l’ensemble des débats du congrès. Caroline Chevé l’a déclaré en clôture du congrès : le combat contre ce fléau de l’extrême droite, principiel, n’est plus un combat spécifique, mais doit traverser l’ensemble de nos actes militants.
Ce congrès de la FSU nous a donc projeté·es vers l’avenir.
Il nous reste maintenant à construire les mobilisations pour mettre en œuvre nos mandats. Comme il nous reste à poursuivre et à approfondir nos réflexions pour imaginer et construire le monde de demain. C’est ce que propose Unité-Action sur tous les aspects des 4 thèmes évoqués ici.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="thème-1--éducation-formation-recherche-et-culture"&gt;Thème 1 : Éducation, formation, recherche et culture&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Thème 1 : « Éducation, formation, recherche et culture : le service public, ses personnels et leurs métiers pour l’émancipation de toutes et tous »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le thème 1 permet à la fédération de débattre des définitions des finalités du système éducatif et des modalités pour l’école ambitieuse et émancipatrice que nous portons. C’est un moment privilégié pour partager les préoccupations propres à chaque métier concourant à la formation et l’éducation de la jeunesse, et de débattre des articulations nécessaires entre toutes ces professionnalités. Dans ce congrès, l’ensemble des métiers s’est retrouvé sur l’attaque qu’ils subissent, les tentatives plus ou moins avancées de leur mise au pas. Le zoom sur la liberté pédagogique et la liberté académique et de recherche semble encore plus justifié au vu de l’actualité de « Stand up for science » !
Différents points de vue se sont confrontés sur l’inclusion. Mise en difficulté, en souffrance même, des personnels et des élèves, confrontés à l’absence des moyens nécessaires, notamment à la suppression des établissements et services médico-sociaux sans création d’autres moyens pour répondre aux besoins des élèves étaient portés par plusieurs départements. D’autres portaient la nécessité de rappeler que « l’inclusion n’est pas qu’un droit personnel, c’est un enrichissement pédagogique, philosophique, social de l’ensemble des communautés scolaires qui la vivent. » Un amendement a ainsi été maintenu en plénière pour restructurer le texte autour du droit à la compensation et de la garantie d’accessibilité (de l’école et des apprentissages), sans être adopté finalement. Le texte s’est clairement conclu cependant sur l’affirmation suivante : « La FSU estime que le handicap ne doit plus relever d’une catégorisation préalable des élèves, mais que les conditions de la scolarité de tous les élèves doivent être réunies, avec tous les moyens et les investissements nécessaires ».
Concernant la formation initiale, la préparation pré-congrès avait abouti à des écritures respectant les mandats différents des syndicats nationaux, et portant le projecteur sur les revendications communes autour d’une formation initiale ambitieuse.
La question public / privé qui a donné lieu à un mandat d’étude dans le thème 2, a aussi été abordée dans le thème 1 : «mettre un terme au dualisme scolaire que créé l’enseignement privé» par l’abrogation de l’ensemble des lois permettant le financement public de l’enseignement privé «avec intégration progressive des établissements privés dans le service public, dans la perspective de la nationalisation de l’enseignement privé sous contrat». Le débat a porté sur l’utilité de mettre le projecteur sur l’exigence que tous les financements publics ne bénéficient qu’à l’école publique. La FSU a en effet uni autour d’elle 26 organisations, dans une tribune en défense de l’école publique laïque, ce cadre pouvant faciliter des convergences et une campagne plus larges.
Alors que le privé se développe dans le supérieur, l’importance des CPGE, formations post-bac des lycées publics, a suscité des débats entre UA et EE pour la démocratisation de l’accès à l’enseignement supérieur qu’elles permettent pourtant notamment avec les CPGE de proximité et celles accessibles aux bacheliers technologiques.
Enfin, deux mandats d’étude ont été adoptés, l’un sur l’Intelligence Artificielle, l’autre pour mieux identifier et lutter contre les inégalités construites sur la base des origines réelles ou supposées des élèves et étudiant·es.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="thème-2--pour-le-service-public-la-fonction-publique-et-le-statut-"&gt;Thème 2 : Pour le service public, la Fonction publique et le statut !&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Thème 2 : « Pour le service public, la Fonction publique et le statut ! »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;À l’image de l’approche revendicative générale de la FSU pour une fonction publique statutaire et de carrière et de sa conviction que ce sont les personnels qui sont au cœur de la réalisation du service public, comme à chaque congrès, le thème 2 est divisée en deux parties : la première portant sur les services publics, et la seconde sur ses personnels.
La rédaction des projets initiaux de thèmes, les débats dans les congrès départementaux, l’intégration des amendements qui en sont ressortis et l’élaboration des synthèses ont permis de confirmer les fondements revendicatifs de la Fédération en matière de défense des services publics et de leurs personnels.
Forte de la demande sociale de service public confirmée et réitérée, lll&lt;br&gt;
lll la FSU réaffirme que les services publics sont un puissant levier de répartition de la richesse produite et de réponses aux crises sociales et environnementales. Vecteurs d’égalité dans l’accès aux droits, ils sont attaqués par les logiques d’externalisation et de privatisation d’une part, mais aussi par les conséquences des choix budgétaires austéritaires eux-mêmes guidés par une volonté de détruire l’État social. Les débats ont confirmé la nécessité de prendre à bras-le-corps les enjeux liés à la numérisation en posant la nécessité de préserver la place de l’humain dans les services publics. La FSU a confirmé dans ce congrès sa détermination à mettre en évidence les conséquences du manque de services publics, de maintenir et renforcer le lien entre les personnels et les usager⋅es dans la construction des mobilisations pour gagner leur développement. Un mandat pragmatique et offensif a par exemple été adopté pour renforcer la construction unitaire pour obtenir la fin du dualisme scolaire financé par de l’argent public.
Concernant la situation des personnels, si les analyses avaient été largement posées lors deux précédents congrès, les débats de celui-ci ont mis en évidence les conséquences de la LTFP et renforcé l’arsenal revendicatif pour résister et obtenir son abrogation. Défense du statut, titularisation des contractuel⋅les, carrières, retraites, rémunérations, égalité professionnelle, action sociale, sécurité et santé au travail, etc. les sujets n’ont pas manqué… Le congrès a été l’occasion d’actualiser la formulation de notre construction revendicative concernant les rémunérations. Il a permis de préciser les analyses concernant la protection sociale complémentaire en rappelant et développant notre action dans la perspective du 100 % Sécu. Il est apparu la nécessité de réfléchir sur les propositions revendicatives concernant les retraites sans que cela n’aboutisse cependant à un mandat d’étude.
Trois motions particulières portant sur les outre-mers ont été votées : la première consacrée à la situation à Mayotte après les dévastations des cyclones Chido et Dikeledi ; la deuxième sur une formulation revendicative d’ensemble pour les Outre-Mers ; et la troisième enfin porte sur la situation RH des Terres australes et antarctiques françaises.
Pas de doute, la FSU est outillée pour construire une activité syndicale efficace, dans chaque territoire, pour chaque métier de la fonction publique, dans toutes les situations&amp;hellip;&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="thème-3--rupture-écologique-droits-humains-et-justice-sociale"&gt;Thème 3 : Rupture écologique, droits humains et justice sociale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Thème 3 : « Rupture écologique ; droits humains et justice sociale : une urgence démocratique »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le thème 3 traite de la question écologique, des alternatives économiques et sociales et des droits et libertés en France comme à l’international. Composé de deux parties, la première traite des politiques publiques au service d’une rupture écologique et sociale solidaires, tandis que la seconde traite des droits des peuples et des libertés publiques. En outre, le zoom femmes a été intégré dans ce thème.
Il faut reconnaître que ce thème est moins investi par les camarades de la tendance Unité-Action. Pourtant les sujets qui y sont traités concernent également les personnels que nous représentons et l’investissement des camarades de notre tendance est indispensable pour conserver une approche syndicale aux problématiques abordées. En effet, tant sur la question des alternatives économiques et sociales en lien avec la transition écologique, que sur les droits et libertés, en particulier la lutte pour les droits des femmes, c’est en prenant en compte le monde du travail, la défense des services publics et de leurs agent·es que la FSU a légitimité à s’exprimer, notamment lorsqu’elle apporte son soutien aux travailleuses et travailleurs en lutte dans les pays en guerre ou victimes de répression.
Au congrès de Rennes, une question peu ou pas traitée habituellement avait été posée : celle de la production et des moyens de production. Unité-Action doit impérativement développer une pensée et une approche pour ce sujet.
En effet, la production, que ce soit de produits alimentaires, manufacturés, industriels ou de services englobe nécessairement une grande partie de nos revendications. Dans le contexte d’une nécessaire transition écologique, répondre aux questions : pour qui ?, pour quoi ?, comment ?, quand ? et où ? on produit, doit irriguer notre réflexion sur nos revendications en matière sociale, de services publics, de qualification, etc. Travailler ces questions d’ici au prochain congrès et poursuivre ce travail au-delà apparaît donc comme une nécessité.
&lt;figure &gt;
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&lt;/div&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sujet de la protection sociale, le congrès a réaffirmé les mandats de la fédération, notamment sur le remboursement à 100 % des soins prescrits. Il a surtout mandaté la FSU pour que le 80è anniversaire soit un moment de reconquête et de mobilisations en faveur de la Sécurité Sociale et de ses principes fondateurs.
Enfin, le congrès a fait évolué notre revendication sur le droit de vote des étranger·es résidant en France, en étendant cette revendication à l’ensemble des élections.
Cette évolution ne peut cependant pas clore le débat sur les droits des personnes étrangères résidant en France depuis de nombreuses années. La question de leur accès à la nationalité française et donc à une citoyenneté pleine et entière n’est pas résolue. C’est pourtant une condition indispensable pour qu’elles puissent bénéficier de l’ensemble des droits de citoyen·nes. Ce débat pose aussi la question de notre conception de la République. Le congrès de Metz avait adopté un mandat d’étude qui n’a pas été mis en œuvre. Unité-Action devra travailler ces questions pour y apporter des réponses construite dans le respect de nos valeurs humanistes, de progrès social et d’ouverture. Poser ces questions participera aussi à lutter contre les idées d’extrême droite.
Le congrès de Rennes a donc ouvert de nombreuses questions nouvelles ou plus anciennes parfois laissées de côté. Pour Unité-Action, le contexte politique et international, la montée des idées d’extrême droite doivent nous pousser à construire des apports théoriques tout en poursuivant la construction des mobilisations avec l’ensemble des personnels.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="thème-4--pour-une-fsu-combative-unitaire-et-engagée"&gt;Thème 4 : Pour une FSU combative, unitaire et engagée&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Thème 4 : « Pour une FSU combative, unitaire et engagée au quotidien »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moins deux grands enjeux étaient au cœur des discussions du thème 4 : le rapport au politique quelques mois après la séquence des élections législatives et dans le contexte de menace de l’extrême droite, et d’autre part la question de l’unité syndicale un peu plus d’un an après le lancement d’un groupe de travail FSU - CGT. Dans les deux cas et sur l’ensemble des sujets, la FSU a très clairement réaffirmé son projet syndical, rappelant qu’elle est « une force de lutte et de proposition », ouverte au mouvement social dans son ensemble, faisant des enjeux féministes des questions sociales majeures.
Sur le premier sujet, on peut dire que les débats du thème 4 ont donné à voir une FSU consciente du rôle de contre-pouvoir des syndicats et de leur responsabilité de « proposer des solutions durables aux problèmes actuels ». Le fait de se prononcer, au moment des élections, pour un programme politique a été jugé à la hauteur des exigences de la période de montée des périls et n’empêche en rien de réaffirmer la volonté et le souci de la FSU de toujours agir en indépendance des partis politiques. Le congrès a considéré que cette nécessaire implication syndicale dans le débat politique peut se traduire en particulier par des « cadres d’échanges » respectueux de la diversité et de l’indépendance des uns et des autres.
Sur le deuxième sujet, la FSU a bien entendu réaffirmé la dimension unitaire de son activité syndicale tout en précisant les nécessaires alliances avec la société civile.
C’est sur la question du nouvel outil syndical que les débats étaient sans doute les plus attendus, puisque c’était peut-être la première fois qu’ils n’étaient pas seulement de l’ordre du débat interne. La réalité du travail engagé avec la CGT depuis plus d’un an témoigne en effet désormais d’une volonté partagée. Ainsi, l’emploi des mots « maison commune » signale une volonté de la FSU de s’approprier pour la définir en commun une notion avancée initialement par la CGT. Pour la FSU, c’est une étape dans la construction du nouvel outil syndical qu’elle appelle de ses vœux, la notion d’étape étant ainsi au cœur de ce qui a été écrit dans ce thème 4. Le texte adopté à Rennes nous dit bien que la maison commune ne doit pas être une couche supplémentaire de structure, chronophage et inutile, mais au contraire un « espace d’échange », pouvant venir nourrir la dynamique commune à construire. Enfin, là encore parce que le processus est concret, la FSU a ressenti le besoin de définir dans ses mandats de congrès ce que ce processus n’est pas : il ne saurait s’agir d’absorption de la FSU dans une autre structure, et le principe de l’indépendance des deux organisations a été rappelé, chaque entité devant conserver un fonctionnement propre.&lt;br&gt;
Beaucoup de sujets ont été abordés : place du syndicalisme retraités, enjeux de communication et de formation militante, dimension internationale de notre syndicalisme, etc. Un zoom a été consacré à l’extrême droite et nous donne une feuille de route : formation des militant-es, information et décryptage auprès de nos collègues et de la population, protection nécessaire des militant-es. Le zoom a permis d’analyser le côté multidimensionnel de cette lutte: la plus petite action qui parvient à refaire du collectif, à redonner de l’espoir, n’est-elle pas d’une certaine manière une pierre apportée à ce combat ? l&lt;/p&gt;</description></item><item><title>De l’ambition pour les UPE2A !</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/292/20-de-lambition-pour-les-up2a/</link><pubDate>Fri, 20 Jun 2025 14:10:37 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/292/20-de-lambition-pour-les-up2a/</guid><description>&lt;h2 id="de-lambition-pour-les-upe2a-"&gt;De l’ambition pour les UPE2A !&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L’accueil des élèves étrangers en France est ancien et son histoire témoigne d’un « tâtonnement ». L’institution scolaire est en effet tiraillée - tout comme nous le sommes au quotidien au sein des établissements scolaires - entre, d’un côté, la prise en compte de la singularité de ces élèves - englobés, mais pas de façon stricte, dans la catégorie des élèves à besoins éducatifs particuliers (EBEP) - et, de l’autre, la nécessité de les conformer à l’École telle qu’elle est : avec ses cours, ses évaluations, son système d’orientation et in fine ses examens nationaux. Depuis les CLA, les classes d’accueil fermées de collège, nées en 1973, l’accueil des élèves allophones - dont la langue première est autre que le français - a sensiblement évolué. Il s’est structuré, notamment grâce à l’apport des CASNAV, puis il a porté un modèle ambitieux avec la circulaire de 2012 et la création des dispositifs UPE2A, ouverts et inclusifs fondés sur un enseignement spécifique du français à raison de minimum douze heures par semaine et une inclusion en mathématiques, anglais et EPS dans la classe ordinaire de rattachement. Depuis 2014, le public des élèves allophones est aussi mieux documenté : les statistiques de la DEPP sont publiées chaque année, avec une rubrique spécifique qui leur est consacrée. Selon la plus récente de ces enquêtes, portant sur l’année scolaire 2022-2023, on compte près de 90 000 élèves allophones en France soit un nombre qui a été multiplié par trois en 20 ans.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="un-enjeu-majeur-face-à-des-moyens-insuffisants"&gt;Un enjeu majeur face à des moyens insuffisants&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La scolarisation des élèves allophones constitue donc un enjeu majeur de la démocratisation scolaire en France. Mais, faute de moyens suffisants, l’accueil de ces élèves, ébranlés en pleine adolescence par l’exil, n’est pas à la hauteur de l’enjeu qu’il représente. Les délais d’attente pour être scolarisés sont très longs dans le second degré (13% des collégiens et 21% des lycéens allophones ont dû attendre plus de trois mois en 2022-2023), les dispositifs - implantés le plus souvent dans des établissements urbains défavorisés et déjà en sureffectif -sont saturés et viennent renforcer la problématique de la difficulté scolaire, voire du handicap puisque la carte des UPE2A calque celle des SEGPA et des ULIS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les élèves allophones se retrouvent ainsi sans inclusion ou sans UPE2A ou avec un dispositif insuffisant, quelques HSE seulement qui ne permettent pas d’envisager une scolarité réussie.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="inégalités-territoriales-et-manque-de-suivi"&gt;Inégalités territoriales et manque de suivi&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Alors qu’il est presque impossible de trouver une UPE2A dans certains départements (100 % des élèves allophones des Vosges sont scolarisés en classe ordinaire), d’autres comme la Seine-Saint-Denis, le Rhône, les Alpes-Maritimes, le Val d’Oise et l’Essonne en scolarisent chacun plus de 3000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, rien - ou presque - n’est prévu pour les élèves allophones une fois qu’ils perdent leur label « nouvellement arrivé » : ils se retrouvent immergés dans le grand bain d’une classe ordinaire, sans soutien ni accompagnement autre que la bonne volonté de professeurs démunis, qui doivent gérer une classe de 30 ou 35 élèves parmi lesquels d’autres élèves à besoins éducatifs particuliers. Il nous faut donc continuer de revendiquer la création de dispositifs, mieux répartis, qui répondent à l’ambition de la circulaire de 2012 et reconnaissent le plurilinguisme de ces élèves en s’appuyant par exemple sur ce qui a pu être déployé, en urgence, pour l’accueil des élèves d’Ukraine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cécile Exbrayat l&lt;/p&gt;</description></item><item><title>L'État doit financer l'Éducation</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/292/21-l-etat-doit-financer-l-education/</link><pubDate>Fri, 20 Jun 2025 14:04:45 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/292/21-l-etat-doit-financer-l-education/</guid><description>&lt;h2 id="létat-doit-financer-léducation-artistique-et-culturelle"&gt;L&amp;rsquo;État doit financer l&amp;rsquo;Éducation artistique et culturelle&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Grande absente du projet politique d&amp;rsquo;Emmanuel Macron, la Culture n&amp;rsquo;est pas une priorité gouvernementale. Seul le Pass Culture a été érigé en « chantier culturel prioritaire». Il est cependant aujourd&amp;rsquo;hui remis en cause.
C&amp;rsquo;est un coup porté à la démocratisation de l&amp;rsquo;accès à l&amp;rsquo;éducation artistique et culturelle (EAC) pour les collégiens et lycéens, ainsi qu&amp;rsquo;au monde culturel, déjà bien fragilisé. Quant au haut Conseil de l&amp;rsquo;Education artistique et culturelle, sa possible suppression risquerait de précariser encore davantage l&amp;rsquo;Education artistique et culturelle (EAC).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[IMAGE: budget-culture.jpg]&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="un-budget-daustérité"&gt;Un budget d&amp;rsquo;austérité&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le budget du ministère de la Culture est amputé de plusieurs millions d&amp;rsquo;Euros, et le budget consacré spécifiquement à « la transmission des savoirs et la démocratisation culturelle » perd 47 millions sur les 760 millions précédemment alloués, notamment en raison d’une diminution des crédits du Pass Culture de 40 millions. Quant aux coupes dans les budgets des collectivités territoriales, elles ont pour conséquence la poursuite du désinvestissement de certains départements et régions en faveur de la Culture. Par conséquent, les collectivités locales sont en grande difficulté pour poursuivre leur action de service public.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="arrêt-brutal-du-financement-du-pass-culture"&gt;Arrêt brutal du financement du Pass culture&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La part collective du Pass Culture est attribuée aux élèves des collèges et lycées de la Sixième à la Terminale. Elle est destinée à financer des projets d’EAC dans le cadre scolaire. Les coupes dans les dotations et les subventions aux établissements scolaires ont conduit les équipes à investir ce dispositif pour enrichir les pratiques artistiques et culturelles des élèves, en lien avec les enseignements.
Or le financement du Pass culture s&amp;rsquo;est interrompu le 30 janvier dernier et sans préavis. Les équipes n&amp;rsquo;ont eu que 24 heures pour valider leurs projets sur la plateforme ADAGE, qui s&amp;rsquo;est retrouvée rapidement saturée. En quelques heures, de multiples projets ont été suspendus : visites de musées, ateliers artistiques, rencontres avec des écrivains, des réalisateurs, des artistes, spectacles&amp;hellip; Cela relève du mépris pour les élèves et les professeur·es, et c&amp;rsquo;est de surcroît inacceptable en pleine année scolaire. Une interpellation intersyndicale a été envoyée à la ministre le 4 février pour le maintien du budget alloué à cette part collective du Pass Culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[IMAGE: pass-culture.jpg]&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="le-hceac-en-danger"&gt;Le HCEAC en danger&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cette instance de consultation et d&amp;rsquo;orientation qui existe depuis 2005 comprend des chercheurs et chercheuses, artistes et élu·es. Elle est à l&amp;rsquo;initiative de la Charte pour l&amp;rsquo;Education artistique et culturelle. Co-présidée depuis 2013 par Emmanuel Ethis, Recteur de Rennes et par les ministres de la Culture et de l’Éducation nationale, elle a pour mission de favoriser les échanges, approfondir la réflexion, et faire des propositions pour le développement de l&amp;rsquo;EAC.
Elle est pourtant en danger : fin janvier le Sénat a adopté en première lecture la suppression de ce conseil à travers une proposition de Loi de la sénatrice Nathalie Goulet (Union centriste) au nom de sa supposée « inutilité ».
Plusieurs membres du HCEAC ont envoyé un courrier à la ministre de la Culture et à la ministre de l’Éducation nationale, pour dénoncer le « gâchis » qu&amp;rsquo;occasionnerait une suppression éventuelle et l&amp;rsquo;absence de volonté politique à l’œuvre pour faire fonctionner ce Conseil.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="pour-des-dispositifs-pérennes-et-financés"&gt;Pour des dispositifs pérennes et financés.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L’État doit assumer tous les besoins éducatifs de l’École publique. Plutôt que de distribuer l&amp;rsquo;argent public aux entreprises culturelles, une politique soucieuse de développer les pratiques culturelles et artistiques et de démocratiser l&amp;rsquo;accès à la Culture est urgente. C&amp;rsquo;est une des conditions pour « faire société ».
Cela passe par la construction concertée d&amp;rsquo;un projet politique, par le développement de politiques publiques et par des budgets à la hauteur des enjeux.
Sandrine Charrier l&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Autour de la « réforme » des retraites</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/292/22-autour-de-la-reforme-des-retraites/</link><pubDate>Fri, 20 Jun 2025 14:00:02 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/292/22-autour-de-la-reforme-des-retraites/</guid><description>&lt;h2 id="autour-de-la--réforme--des-retraites"&gt;Autour de la « réforme » des retraites&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si la FSU a été scandaleusement écartée du « conclave » entre syndicats et patronat sur la réforme des retraites, lequel précède un débat devant le parlement cette fois ci, on l’espère sans recours au 49.3, le contexte international laisse craindre de nouvelles régressions pour le monde du travail, actifs et retraités, public comme privé. Enjeux a organisé une table ronde sur cette question, à laquelle ont bien voulu participer plusieurs camarades, que nous remercions : Aurélie GAGNIER (FSU-SNUIpp, Sébastien BEORCHIA (SNEP-FSU), Eric DUFLOS (SNES-FSU), Erick STAELEN (SNES-FSU, représentant FSU au COR) et Laurent TRAMONI (SNES-FSU) qui a animé le débat.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="pourquoi-rouvrir-le-dossier-de-la-réforme-"&gt;Pourquoi rouvrir le dossier de la réforme ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : Pourquoi le Premier ministre François Bayrou a-t-il accepté de rouvrir le dossier de la réforme des retraites de 2023 ? Les syndicats de la FSU sont-ils satisfaits du cadre de discussion, la &amp;ldquo;délégation paritaire permanente&amp;rdquo; suivi d&amp;rsquo;un retour devant le Parlement. Que veulent porter les syndicats de la FSU comme revendications dans ce débat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sebastien Beorchia : Les trois raisons se conjuguent. Le rapport de forces de 2023, le soutien de l’opinion publique, toujours majoritairement opposée aux 64 ans, sont toujours présents. Le gouvernement Barnier a été censuré sur la PLFSS, qui inclut les retraites. En 2019, en partie en raison du covid mais surtout grâce aux mobilisations, le système par points n’a pas été mis en place, et le gouvernement a toujours cet objectif, avec également le passage d’un système par répartition à une approche assurantielle. Le dernier rapport du COR ramène le déficit de 50 milliards annoncés à 15.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aurélie Gagnier : Les questions de déficit sont toujours présentes dans l’esprit de nos gouvernants, comme le montrent les chiffres exagérés que présente Bayrou sur le déficit lié aux pensions des fonctionnaires. Il y a sans doute aussi des arrières-pensées personnelles de la part de politiques qui veulent rester dans l’histoire, comme ayant trouvé « la » solution au financement des retraites&amp;hellip;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Erick Staelen : Bayrou fait la même faute que Macron en 2019 en écartant les organisations représentatives de la fonction publique comme la FSU et l’UNSA, car ils n’acceptent pas de considérer qu’il s’agit d’un enjeu de société qui concerne tout le monde. Que le dialogue social précède la loi très bien, mais encore faudra-t-il que l’accord, si accord il y a, soit repris dans la Loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laurent Tramoni : On ne peut qu’être sceptique sur la possibilité d’un accord avec le MEDEF, qui peut aussi s’appuyer sur les rapports de forces actuels au sein du parlement. Les salariés devront s’en mêler quoi qu’il en soit.
Le système de répartition est un rempart contre la marchandisation de la protection sociale. Comment aller vers l’égalité entre femmes et hommes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sebastien Beorchia : La question pour la FSU est celle de la place du travail dans la vie, les différents temps de la vie ainsi que le partage des richesses et l’égalité du niveau de vie. Il s’agit également du modèle de société que nous voulons avec la dimension sociale de la prise en charge des besoins essentiels. C’est pourquoi nous demeurons attachés à la retraite à 60 ans et au système par répartition.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="résorber-les-inégalités-entre-femmes-et-hommes"&gt;Résorber les inégalités entre femmes et hommes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : Comment résorber les inégalités entre les femmes et les hommes à la retraite ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Erick Staelen : La retraite, ce n’est pas qu’une question financière. C’est aussi une question de solidarité, par exemple avec les droits familiaux et les droits conjugaux, qui permettent de compenser les charges familiales que supportent les femmes, les écartent du salariat ou les contraignent à des carrières hachées et sous-rémunérées. Le 20 mars est prévue une réunion du COR sur les droits conjugaux et familiaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sebastien Beorchia : Les écarts de pensions sont bien réels, y compris dans la FP. Ils résultent des écarts de carrière. Il est important d’obtenir le rétablissement des droits familiaux tout en résorbant les inégalités sur la vie active.
Les statistiques prouvent que ce sont dans les métiers les plus féminisés que les salaires augmentent le moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aurélie Gagnier : La compensation ne suffit pas en effet, il faut dans le même temps valoriser tous les métiers, y compris ceux qui sont largement féminisés, comme les AESH.
La répartition des tâches au sein du foyer et l’accès à la vie active amènent à réinterroger globalement la place que devraient avoir les femmes dans la société.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Erick Staelen : C’est un peu dans l’air conservateur du temps, les femmes qui auraient choisi de ne pas arrêter de travailler par exemple après une maternité n’auraient donc pas besoin de dispositifs de compensation… Ainsi se dessine le portrait de femmes corvéables à merci.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="dépenses-de-retraites--hors-de-contrôle-"&gt;Dépenses de retraites : hors de contrôle ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : Les dépenses de retraites sont-elles hors de contrôle? Quelles sont les raisons des déficits prévus à l&amp;rsquo;avenir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eric Duflos : Les différents rapports du COR montrent qu’il n’y pas d’explosion des dépenses, que les prestations sont encadrées, et que ce sont les ressources qui creusent les déficits du fait du manque volontaire d’affectation de ressources au profit de politiques qui prétendent favoriser la compétitivité par des exonérations de cotisation : 163 milliards d’argent public sous forme d’exonérations de cotisations et de subventions accordées aux entreprises sans contreparties.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Erick Staelen : La réforme 2023 a été réalisée alors que le système des retraites était excédentaire en 2022 et 2023.
Il s’agit surtout de contraindre les salariés à consacrer plus de temps au travail pour créer de la richesse dans un contexte de stagnation de la productivité du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sebastien Beorchia : Il s’agit également de baisser les prestations pour contraindre les salariés à se tourner vers des dispositifs assurantiels marchandisés&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="le-code-des-pensions-et-les-60-ans"&gt;Le code des pensions et les 60 ans&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : Que pensent aujourd&amp;rsquo;hui les syndicats de la FSU du code des pensions, et de retraites assises pour l&amp;rsquo;essentiel sur le dernier traitement indiciaire ? Pourquoi êtes-vous toujours attachés aux 60 ans et aux 75% ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eric Duflos : Ces régimes différents assurent une égalité de traitement entre des salariés aux conditions différentes (cf rapport du COR). Le code des pensions est un élément du statut des fonctionnaires qui prévoit un traitement continué au-delà de la période d’activité, pour que la puissance s’assure le service de fonctionnaires loyaux. « L’équité entre les assurés ne passe pas nécessairement par l’identité des règles et des règles identiques appliquées à des publics différents ne sont pas toujours une garantie d’équité.» indique le 7è rapport du COR, 27 janvier 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sebastien Beorchia : Les 60 ans, cela renvoie à la question des temps de la vie. Quant aux 75%, c’est la question du maintien du niveau de vie au moment du passage à la retraite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laurent Tramoni : l’action syndicale a permis des progrès dans l’égalité femmes hommes dans la fonction publique, d’où des inégalités moins fortes que dans le privé.
Mais l’essentiel reste à faire pour gagner l’égalité.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="carrière-complète-à-60-ans--quest-ce-que-cela-signifie-"&gt;Carrière complète à 60 ans : qu&amp;rsquo;est-ce que cela signifie ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : La plupart des organisations ne raisonnent plus en terme d&amp;rsquo;annuités mais de carrière complète à 60 ans.
Que cela signifie-t-il ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sebastien Beorchia : Les 37,5 peuvent générer de la décote, a fortiori si on obtient le retour à un âge légal à 60 ans. Ce qui impacte le plus le montant des pensions, c’est la décote.
Il faut en sortir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aurélie Gagnier : Les études se sont allongées. Nous demandons qu’elles soient prises en compte. La société a évolué. Au concours de PE (professeurs des écoles), 12 % de candidats reçus sont sans emploi. Même avec la prise en compte des années d’étude, les carrières sont appelés à être incomplètes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laurent Tramoni : certains syndicats réfléchissent à obtenir qu’à 60 ans une carrière soit présumée complète, en y intégrant les études, les périodes de chômage, les aléas de la vie professionnelle, sauf cas exceptionnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Erick Staelen : Les deux bornes indispensables sont l’âge et le niveau de vie, ainsi la questions des droits familiaux et conjugaux deviendrait inutile si la carrière est réputée complète.
La seule bonne question à se poser est : quel niveau de vie garantir aux retraités ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="répartition-des-richesses-et-niveau-de-vie-des-retraités"&gt;Répartition des richesses et niveau de vie des retraités&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : Est-il possible d&amp;rsquo;assurer une répartition des richesses produites qui permette un maintien de la parité de niveau de vie entre actifs et retraités?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Erick Staelen : Alors que le nombre de retraités va augmenter, les pouvoir publiques ne veulent pas consacrer de richesses au financement de cet âge de la vie. Pourtant au cours du XXé siècle, il a été possible de passer de 5% du PIB dans les années 70 à 13,5% aujourd’hui. Cela a permis de faire baisser le taux de pauvreté des plus 65 ans. Qui pourrait accepter que l’on revienne sur ces évolutions ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="comment-financer-les-retraites-en-france-"&gt;Comment financer les retraites en France ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : Comment financer les systèmes de retraite en France aujourd&amp;rsquo;hui ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aurélie Gagnier : On augmente les rémunérations, en revalorisant le point d’indice, en alignant le salaire des femmes sur celui des hommes, en ayant des politiques publiques favorables à l’emploi et en revenant sur les politique d’exonération de cotisations sociales, dont le rapport Bozio-Wasmer montre l’inefficacité.
Il s’agit par ailleurs de lutter contre la fraude fiscale.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="augmenter-les-cotisations--est-ce-possible-"&gt;Augmenter les cotisations : est-ce possible ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : Augmenter les cotisations, est-ce crédible ? Est-ce possible ? Quelles seraient les conséquences sur la compétitivité de l&amp;rsquo;économie française et sur l&amp;rsquo;emploi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eric Duflos : Mickaël Zemmour montre qu’en augmentant chaque année pendant 7 ans les cotisations sociales de 0,15 points par an, on résout le déficit annoncé à l’horizon 2035, ce qui est tout à fait supportable socialement. C’est d’ailleurs ce qui vient de ce produire durant les 10 dernières années pour les fonctionnaires (passage de 7,85% à 11,1%).&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="stratégie-et-actions-de-la-fsu"&gt;Stratégie et actions de la FSU&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : Quelles sont les actions et la stratégie que les syndicats de la FSU entendent mettre en oeuvre pour avancer sur ces revendications, sur la retraite et plus largement sur la sécurité sociale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Erick Staelen : Il n’y aura pas de solution sans une implication des salariés, comme on l’a vu en 2023. Cela suppose une unité syndicale dans l’action pour contrer les mauvais coups.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aurélie Gagnier : Les 80 ans de la sécurité sociale nous offrent l’opportunité de sensibiliser les salariés sur les enjeux de la protection sociale au sens large.
La FSU doit expliquer, informer, former et conscientiser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis par Matthieu Leiritz&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Les Universitaires syndicalistes</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/292/25-les-universitaires-syndicalistes/</link><pubDate>Fri, 20 Jun 2025 13:55:19 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/292/25-les-universitaires-syndicalistes/</guid><description>&lt;h2 id="les-universitaires-syndicalistes-dans-la-résistance"&gt;Les Universitaires syndicalistes dans la Résistance&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L’Université n’a pas failli, proclama à la Libération le président du FNU (Front national universitaire), Edmond Lablénie* : elle avait été le « guide intellectuel et moral de la France depuis 1940 ». C’était justifier son importance dans la Reconstruction de la France sur la base du programme du CNR. Elle était restée saine à la base, contrairement à d’autres administrations comme la Police ou la Justice , d’où l’impérative nécessité de procéder à une épuration sans concession de leurs fonctionnaires d’autorité.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="résister--transgression-et-lutte-idéologique"&gt;Résister : transgression et lutte idéologique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pourtant la proportion des universitaires ayant participé à la Résistance, n’a pas été plus importante que dans d’autres corporations. Pour s’opposer à l’occupant et au régime complice liberticide de Vichy, il a fallu en effet agir clandestinement, pour « basculer dans la transgression de l’ordre établi, de l’ordre imposé ». Ce qui n’était pas facile, même pour fournir de faux papiers, encore plus pour cacher des enfants juifs. Les gens avaient été éduqués sous la IIIè République, suivant un modèle où l’obéissance était une vertu cardinale, que tous les enseignants avaient été chargés de préserver. Et si assez vite les professeur·es, dans leur majorité, ont été en désaccord dans leur for intérieur avec la Révolution nationale et la collaboration, ils ne l’ont vraiment montré qu’à partir de 1943-1944.
Si bien que les dirigeants du FNU avaient posé comme principe : « Tout universitaire - à l’exception des recteurs, IG, IA, des inspecteurs régionaux ou départementaux de l’enseignement technique ayant exercé sous le gouvernement de Vichy - peut faire partie du FNU, sous réserve de l’assentiment du Comité responsable de son établissement ou de son lieu de résidence, s’il a fait preuve de sentiments antiallemands depuis 1940 et anti-vichyssois depuis au moins novembre 1942. » C’était donc à la base trier le bon grain de l’ivraie.
Cependant, à cause de leur formation et de leur influence dans la société et la vie politique, les universitaires ont joué un rôle déterminant dans la Résistance. Ce qu’on a trop souvent minimisé en effet, c’est sa dimension politique. À partir de 1942 les partis, syndicats et mouvements ont compris qu’il fallait mener la lutte idéologique et politique pour gagner le soutien de l’opinion, non seulement en faisant de la contre-propagande, mais aussi en ouvrant des perspectives sur un monde nouveau. « L’acte transgressif se revendiquait aussi comme la manifestation déterminée et assumée de la défense du respect de normes éthiques ou sociales, jugées supérieures à toutes les autres. » lll
lll Ainsi de la droite à la gauche, des universitaires illustrent cette dimension, du président du CNR, fondateur du MRP, Georges Bidault, au communiste Georges Cogniot*, rédacteur en chef de l’Humanité, en passant par le gaulliste Pierre Brossollette*.
Bien d’autres connu·es voire inconnu·es, ont été résistant·es, dont l’inventaire reste incomplet, y compris dans le Maitron qui en compte 493, illustrant la diversité des engagements.
Car cette histoire reste « périlleuse ». Elle continue d’être « marquée par une charge émotionnelle très forte ». Et la qualité de résistant a toujours été difficile à définir, l’homologation n’étant pas le seul brevet de reconnaissance que certains ont d’ailleurs refusé de demander. C’est vrai pour des hommes (Albert Foisnet*) et encore plus pour la quasi-totalité des femmes, hormis quelques icônes comme Lucie Aubrac* qui ne saurait cacher une multitude restée dans l’ombre. Laurent Douzou fait remarquer que les commentateurs ont volontiers souligné le « rôle essentiel » des femmes. Mais qui dit que les hommes ont joué un rôle essentiel ? Façon détournée de signifier qu’elles ont été des « collaboratrices subordonnées ».&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="la-résistance-universitaire"&gt;La Résistance universitaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Celles et ceux qui nous intéressent ici sont les militant·es syndicalistes regroupé·es principalement dans la FGE-CGT unifiée en 1935. Quel rôle ont-ils / elles joué, permettant au syndicalisme enseignant d’être pleinement reconnu à la Libération et d’être associé à la restauration de la République et la fondation de l’État social.
S’il y eut une résistance proprement enseignante, sortie des cadres du syndicalisme, cela ne signifie pas que les universitaires aient été absents des autres organisations résistantes.
Les figures en sont connues. Marc Bloch* en premier lieu ou Jean Cavaillès* et le trio Decour*, Politzer*, Solomon*, auxquels il faut ajouter Théodore Lefbvre*, Raymond Naves*, Etienne Saintenac*, Raymond Burgard*, Victor Basch*, Daniel Desmeulles*… qui le payèrent tous de leur vie. Les universitaires eurent donc après la guerre leurs martyrs dans la Crypte de la Sorbonne dont une seule femme, Marie-Louise Zimberlin*, et auxquelles se mêlent sept lycéens.
On pourrait en ajouter bien d’autres : Vladimir Jankélévitch*, Élie Bloncourt*, Jean Dresch*…et mêmes de futurs IG : Louis François* (fondateur du concours de la Résistance et de la Déportation) ou Louis Joubert*. Ils ne furent pas non plus absents de la résistance armée dans les FFI : Jacques Pastor*, Jean-Pierre Vernant*, Jean Suret Canale*, Robert Sauterey*…&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="les-structures-syndicales-clandestines"&gt;Les structures syndicales clandestines&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La structuration du syndicalisme calquée sur la séparation des ordres d’enseignement restait très forte. À côté des instituteurs et institutrices dont la résistance a été tout aussi déterminante dans le cadre du SNI clandestin, ont existé d’autres structures.
Un Comité de résistance universitaire réunissant ex-confédérés et ex-unitaires puis ex-autonomes fut constitué au tournant de 1941-1942 mais il resta un organisme somnolent jusqu’en 1944. C’est néanmoins à partir de lui que fut mis sur pied à la Libération le nouveau syndicat réunissant les frères ennemis du SPES et du SNALCC de l’immédiat avant-guerre : le SNES (Syndicat national de l’enseignement secondaire), qui cette fois s’affilia sans discussion à la FGE et à la CGT et connut tout de suite un grand succès.
Un syndicat clandestin des collèges modernes se substituant aux anciennes EPS, fonctionna également. Pacquez*, le secrétaire général du SNEPS, devenu le SNCM (Syndicat national des collèges modernes), raconta comment cela s’était passé dans son rapport moral de 1945.
La réactivation de structures clandestines du SET (enseignement technique) est également connue dans la région parisienne sous l’impulsion de militants communistes (Ravailhe*, Cartailler*, René Girard*…) mais moins documentée en province.
La FGE clandestine se manifesta également à partir de 1943, Adrien Lavergne* (professeur d’EPS) en était devenu secrétaire général après l’arrestation de l’instituteur Joseph Rollo*.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="le-front-national-universitaire"&gt;Le Front national universitaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les réseaux de L’Université libre et du Front national universitaire sont les seuls à avoir représenté une résistance proprement enseignante. Les militants unitaires, (le trio fondateur Decour, Politzer, Solomon) y jouèrent un rôle déterminant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La région parisienne fut longtemps essentiellement concernée. La tournée que Marcel Bonin* fit à travers la France libérée à la fin de l’année 1944, montre qu’il restait encore beaucoup à faire pour structurer une organisation qui avait attiré au cours des derniers mois un afflux d’adhésions.
L’évolution du contenu de l’Université Libre est intéressante. Si l’appel à la résistance s’était toujours fondé sur la défense de la culture humaniste et rationaliste, la condamnation du fascisme et des atteintes aux Droits de l’Homme, la mémoire d’une histoire républicaine, les valeurs de la science et de la pensée libre, la part des revendications corporatives prit progressivement de l’importance. L’UL (et l’Ecole laïque pour les instituteurs) faisait de plus en plus le lien entre les méfaits de la politique collaborationniste et la dégradation des conditions de la vie quotidienne : pouvoir d’achat, classes surchargées, difficultés des jeunes pour obtenir des emplois, préparer les concours et échapper au STO. Bonin terminait son éditorial d’août 1944 en proclamant que « la satisfaction des revendications justifiées est un élément de concorde nationale et d’attachement à la République qui les accorde » et il insistait sur les revendications matérielles que devait défendre le FNU, en particulier les traitements.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="des-questions-urgentes-à-la-libération"&gt;Des questions urgentes à la Libération&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;De nouvelles tâches fondamentales attendaient les universitaires, celle d’apporter leur concours décisif à la Renaissance de la France, dans « l’Union et l’Action ». Tout en acceptant « comme leurs concitoyens les sacrifices indispensables pour la poursuite de la guerre jusqu’à la victoire et pour la rénovation du pays », ils attendaient de recevoir en retour une juste reconnaissance matérielle de leur rôle et de la « dignité de leur fonction ». Preuve de l’importance du « malaise » dans la profession et de la vitalité des revendications corporatives qui conduisait les universitaires du secondaire à se réunir dans un seul syndicat, en attendant de se retrouver dans un seul syndicat du second degré, ce qui ne s’accomplit que 20 ans plus tard en 1966.
Retenons aussi l’institutionnalisation du syndicalisme dans la gestion des services publics, les droits et garanties accordées par le statut général adopté en 1946, les perspectives de la démocratisation du service public laïque formalisés dans le plan Langevin-Wallon, la nécessité du reclassement et de la revalorisation promise en 1947.
On le voit, les résultats acquis après la Libération, fruits de la Résistance, restent aujourd’hui fragiles. D&amp;rsquo;aucuns, dont le Président de la République E. Macron, qui se sont accordés à célébrer l&amp;rsquo;an dernier le phare que représente encore le programme du CNR, nous disent aujourd&amp;rsquo;hui qu’il est dépassé et que si on veut rester fidèle à son esprit, il faut en démanteler les réalisations, en procédant à des « réformes ». Au moment du 80e anniversaire de la capitulation de l’Allemagne nazie le 8 mai 1945, qui est en même temps un temps de commémoration de la Résistance, résister reste d’actualité pour le syndicalisme, pour construire la transformation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alain Dalançon&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;﻿Bibliographie :
A. Dalançon, Histoire du SNES (tome 1) Plus d’un siècle de mûrissement des années 1840 à 1966-67, 2003, et « Les universitaires et le corporatisme sous le régime de Vichy » in Le syndicalisme dans la France occupée, s/dir M. Margairaz et D. Tartakowsky, PUR, 2008 ;
Les notices du Maitron dont 68 par A. Dalançon.
Parmi les nombreux ouvrages consacrés à la Résistance, ceux de Laurent Douzou dont A. Dalançon a recueilli l’interview dans Regards Croisés n°45, 2023, et dont est tirée la plupart des citations.
Laurent Douzou, La Résistance française, une histoire périlleuse. Essai d’historiographie, Seuil, 2005 ;
Sébastien Albertelli, Julien Blanc, Laurent Douzou, La lutte clandestine en France. Une histoire de la Résistance 1940-1944, Seuil, 2019.&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Parcours d’une historienne des temps de fer</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/292/28-parcours-dune-historienne-des-temps-de-fer/</link><pubDate>Fri, 20 Jun 2025 13:45:32 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/292/28-parcours-dune-historienne-des-temps-de-fer/</guid><description>&lt;h2 id="parcours-dune-historienne-des-temps-de-fer--annette-wieviorka"&gt;Parcours d’une historienne des temps de fer : Annette Wieviorka&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Annette Wieviorka, historienne spécialiste d’histoire contemporaine, a enseigné à l’université de Paris 1 Panthéon Sorbonne, à l’Ecole des hautes études en sciences sociales. Chercheure émérite au CNRS, elle est l’auteure de nombreux ouvrages de référence sur l’histoire du génocide des juifs, sur la Résistance et sur le mouvement communiste français. Annette Wieviorka vient de publier &lt;em&gt;Itinérances&lt;/em&gt;, aux éditions Albin Michel (2025) où elle retrace, à travers une sélection de certains de ses articles, sur son parcours de recherche, des centres d’archives du monde juif au système concentrationnaire, de l’histoire du mouvement communiste au procès Eichmann.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bibliographie partielle:
&lt;em&gt;Anatomie de l’Affiche rouge, Seuil, 2024&lt;/em&gt;
&lt;em&gt;Le procès de Nuremberg, Liana Levi, 2022&lt;/em&gt;
&lt;em&gt;Mes années chinoises, Stock, 2021&lt;/em&gt;
&lt;em&gt;Ils étaient juifs, résistants, communistes, Seuil, 2018&lt;/em&gt;
&lt;em&gt;1945 : la découverte, Seuil, 2016&lt;/em&gt;
&lt;em&gt;Marius et Jeannette, biographie du couple Thorez, seuil, 2016&lt;/em&gt;
&lt;em&gt;Déportation et génocide, entre la mémoire et l’oubli, réédition Pluriel (tiré de sa thèse), 2013&lt;/em&gt;
&lt;em&gt;Auschwitz, réédition Pluriel, 2012&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="lhistoire-du-génocide-et-les-archives"&gt;L&amp;rsquo;histoire du génocide et les archives&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : L&amp;rsquo;histoire du génocide des juifs et des tziganes, dont vous évoquez plusieurs figures remarquables, souvent pour les pionniers et pionnières des autodidactes en marge de la recherche universitaire - L. Poliakov, O. Wormser, J. S. Klarsfeld ou universitaires comme l’américain R. Hilberg - vous paraît-elle aujourd&amp;rsquo;hui avoir dit l&amp;rsquo;essentiel ou des champs importants restent - ils à explorer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Annette Wieviorka : Léon Poliakov a été un historien très important du génocide des Juifs, de même évidemment que Raoul Hilberg qui l’a étudié à plus grande échelle, ou Saul Friedlander. Les histoires globales du génocide ont été écrites mais évidemment de nombreux champs d’études restent ouverts comme celui des images dont attestent les travaux de Tal Bruttmann. Les historiens doivent également faire face à la question des archives dont le renouvellement rend possible celui de la vision historique. Conserver et laisser consulter les archives est en lien avec la démocratie. Les régimes non démocratiques s&amp;rsquo;attaquent aux archives comme le montrent les destructions qui semblent être actuellement opérées par Donald Trump. C&amp;rsquo;est dire l’importance du travail de recueil et de sauvetage des archives du ghetto de Varsovie dont la population fut assassinée par les Nazis, travail mené par Emanuel Ringelblum (1900 – 1944) et son organisation de Résistance, qui y était dédiée. De façon très différente, ce fut aussi l&amp;rsquo;action du Centre de documentation juive contemporaine créé par Isaac Schneersohn à Grenoble pendant l’occupation mais dont les fonds datent surtout d&amp;rsquo;après la Libération.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[IMAGE: Annette_Wievorka.jpg]&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="lenseignement-de-lhistoire-du-génocide"&gt;L&amp;rsquo;enseignement de l&amp;rsquo;histoire du génocide&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : L&amp;rsquo;histoire du génocide a l&amp;rsquo;Ecole, dites vous, ne doit pas être une leçon de morale. Est-ce pour vous trop souvent le cas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Annette Wieviorka : Certains enseignants disent qu&amp;rsquo;ils ne peuvent plus enseigner l&amp;rsquo;histoire du génocide des Juifs et des Tsiganes. Pour ma part, j&amp;rsquo;ai commencé à enseigner l&amp;rsquo;histoire et la géographie dans les années 1980, celles de &amp;ldquo;Touche pas à mon pote&amp;rdquo;. L&amp;rsquo;idée alors était de prévenir le racisme. Comme si nos élèves le deviendraient nécessairement, racistes. Puis il y eut le &amp;ldquo;devoir de mémoire&amp;rdquo;. Enseigner l&amp;rsquo;histoire de la Shoah aurait la vertu de prévenir l&amp;rsquo;arrivée de l&amp;rsquo;extrême droite et de l&amp;rsquo;antisémitisme. On constate aujourd&amp;rsquo;hui qu&amp;rsquo;il n&amp;rsquo;en est rien
D&amp;rsquo;autre part, nous sommes aujourd’hui 80 ans après la libération d’Auschwitz. Par la force des choses le génocide devient une réalité de plus en plus éloignée, et ce pour plusieurs raisons. Les grands parents des élèves actuels sont nés après la guerre. Beaucoup d’élèves viennent de pays non européens, moins directement touchés par l’occupation nazie ou le régime de Vichy. L’histoire du génocide n’est pas celle de leurs familles. Cela ne veut d’ailleurs pas dire que ces cours n’intéressent pas les élèves, bien au contraire, au rebours d’une idée reçue selon laquelle il y aurait comme une saturation du public scolaire sur cette période.
Mais le travail opiniâtre des enseignants ne peut pallier les carences des politiques qui ont trop tendance à demander aux professeurs de gérer des questions dont devraient s’occuper les élus comme l’écologie, les addictions etc…&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="menaces-contemporaines-et-rôle-de-lécole"&gt;Menaces contemporaines et rôle de l&amp;rsquo;école&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : Historienne reconnue, observatrice attentive de la société française, femme je crois encore &amp;ldquo;engagée&amp;rdquo; à Gauche, sentez vous la France menacée par un retour aux tentations fascistes, racistes et antisémites ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble qu’en effet on change globalement de monde. Tout ce qui a été mis en place en 1945 est en train d’être détricoté voire défait. La justice internationale qui peinait à se mettre en place, inaugurée par le tribunal de Nuremberg après la guerre, est aujourd&amp;rsquo;hui très mal en point, avec la CPI (Cour pénale internationale) qui ne faisait déjà par l&amp;rsquo;unanimité parmi les nations et qui risque de disparaître ; ou plus globalement de l’esprit dans lequel a été créée l’ ONU. Le mensonge est redevenu la règle dans les échanges internationaux comme l’illustre Donal Trump. Ceci place d’ailleurs la communauté enseignante, soudée par un rapport étroit à la recherche de la vérité scientifique, en porte à faux avec notre temps. La question du rapport aux archives est là encore éclairant : l’URSS archivait tout, Trump, lui, détruit tout ce qui pourrait le gêner, dans les deux cas au détriment d’une approche démocratique. La haine et la radicalité sont hélas aujourd’hui partout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les voix qui appellent à la réflexion sont minorées voire ignorées. Par ailleurs, le rapport au racisme et à l’antisémitisme est aujourd’hui moins clair politiquement. Dans les dernières années du vingtième siècle existait un consensus très fort rassemblant toute la gauche et la droite républicaine face à toutes formes de racisme, depuis la LICA d’avant guerre jusqu’au MRAP ou au mouvement « Touche pas à mon pote » des années 80. Force est de constater aujourd’hui la multiplication des actes antisémites. Le mot « sioniste » est devenu dans une partie de la Gauche, dont elle use en lieu et place de &amp;ldquo;Juif&amp;rdquo;, une insulte comme elle l’était à l’époque des procès staliniens comme celui de Slansky, communiste tchèque et juif purgé en 1952. L’antisémitisme, tel un virus dormant, a survécu au delà du génocide car au fur et à mesure que celui-ci s’éloigne dans le temps, et la voix des victimes s’évanouissant, les pires tendances réapparaissent. Jusqu’à preuve du contraire, ces dernières années, seuls des juifs, ont été visés, parce que juifs, par des attentats d&amp;rsquo;ampleur (école Ozar Hatorah à Toulouse, Hypercacher à Vincennes), par des Islamistes dont d’ailleurs les Musulmans sont également les victimes. Heureusement l’Ecole publique tient, elle, et quoique durement maltraitée, encore debout, dernier lieu de réelle mixité sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[IMAGE: ecole_publique.jpg]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis par Matthieu Leiritz&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Moyen Orient</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/292/30-moyen-orient/</link><pubDate>Fri, 20 Jun 2025 13:35:49 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/292/30-moyen-orient/</guid><description>&lt;h2 id="moyen-orient--regard-sur-un-conflit-centenaire"&gt;Moyen-Orient : Regard sur un conflit centenaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Alors que le conflit israélo-palestinien connaît pour la première fois depuis les massacres du 7 octobre un bref répit, le gouvernement israélien maintient une forte pression sur la population palestinienne de Gaza. Aux morts et blessés par milliers, aux destructions massives s&amp;rsquo;ajoute un renforcement de la répression dans l&amp;rsquo;ensemble de la Cisjordanie occupée. Quelles pourraient être les pistes de sortie du conflit ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conditions d&amp;rsquo;une paix juste et durable existent-elles encore ? Existe-t-il un risque de voir le rêve de l&amp;rsquo;extrême Droite israélienne d&amp;rsquo;une expulsion massive des Palestiniens, dans une logique de nettoyage ethnique, devenir réalité?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Xavier Guignard, chercheur et enseignant en science politique, spécialiste de la Palestine où il a conduit des enquêtes de plusieurs années depuis 2012, vient de publier avec la graphiste Alizée de Pin, Comprendre la Palestine, Une enquête graphique, aux éditions Les Arènes ( 2025). Lauréat de plusieurs prix et bourses pour ses recherches et ses publications, il a enseigné à l’université Al-Quds, à Sciences Po Paris et à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Directeur éditorial de Noria Research et éditeur scientifique, il a récemment dirigé Fragments palestiniens : pouvoir, territoire et socièté (REMMM, 2020), il a bien voulu répondre aux questions d&amp;rsquo;Enjeux.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="le-tournant-du-7-octobre-2023"&gt;Le tournant du 7 octobre 2023&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : En quoi la séquence qui s’est ouverte le 7 octobre 2023 marque-t-elle ou non un tournant dans le conflit israélo palestinien ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Xavier Guignard : le 7 octobre marque un tournant de par l’ampleur des opérations du Hamas, dont l’invasion de pans entiers du territoire israélien, les pertes civiles et militaires israéliennes ainsi que dans celle de la riposte par Israël, avec un niveau de destruction et de pertes humaines palestiniennes, d’abord à Gaza mais aussi en Cisjordanie, sans précédent depuis la guerre des 6 jours en 1967, voire depuis la première guerre israélo arabe en 1948.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 7 octobre signe comme un réveil brutal d’un conflit jusqu’alors de basse intensité. Si l’évènement marque en ce sens une rupture, il ne constitue par pour autant, aux yeux des historiens et sociologues qui travaillent sur le Moyen Orient, une réelle fracture avec la tendance générale d’un statu quo devenu intenable. La surprise se situe donc moins dans l’attaque que dans son ampleur et ses répercussions. Il y aura un avant et un après pour chacune des deux sociétés. Du côté israélien, enfoncé dans son déni de la réalité de la situation dans les territoires occupés depuis 1967, la tendance semble être à une adhésion massive à l’effort de guerre, et à la fin d’une certaine retenue dans les objectifs : désormais la perspective de déplacements massifs de populations palestiniennes vers l’Egypte ou la Jordanie constitue une option plausible et à débattre. Le durcissement de la position israélienne s’est par exemple traduit en juillet 2024 par le vote à une large majorité au parlement d’une résolution rappelant l’opposition trans-partisane à toute solution à deux États, ce qui augmente le risque de réduire cette solution au rang d’un mirage. Du côté palestinien, la solution à deux Etats semblait déjà dépassée et les quinze mois de guerre à Gaza ont rendu la perspective d’une cohabitation tout aussi irréelle. Avant le 7 octobre, le Hamas était divisé sur la possibilité d’accepter l’option d’un État palestinien dans les frontières de 1967. Si cette option avait les faveurs du bureau politique en exil, ce n’était pas le cas des dirigeants politiques et militaires de Gaza.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[IMAGE: palestine.jpg]&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="impact-en-europe-et-aux-états-unis"&gt;Impact en Europe et aux États-Unis&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : quel est selon vous l’impact de l’après 7 octobre dans les sociétés européennes et états uniennes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Xavier Guignard : Ce n’est pas mon domaine de recherche, mais la cause palestinienne n’est pas devenue une cause « de l’immigration ». Si les populations issues de l’immigration nord africaine et/ou de culture musulmane expriment leur solidarité depuis longtemps, ce qui est notable est plutôt le recul des organisations traditionnelles de la gauche, associative ou politique. Par ailleurs les manifestations pour la Palestine sont conditionnées par le contexte intérieur du pays, avec notamment depuis 10 ans des attentats visant des Juifs en France. Cela a sans doute compté dans les formes adoptées de solidarité avec les Palestiniens. Depuis une décennie, les interdictions de manifestations ou de rassemblement se sont multipliées, le mouvement BDS a été quasi criminalisé et tout ceci a pu « refroidir » les partisans d’une contestation légale et conforme au droit républicain. Par ailleurs, depuis les révolutions arabes de 2011, l’opinion s’est trouvée mobilisée sur d’autres questions, comme la question syrienne qui divise le mouvement de solidarité pour la Palestine entre soutiens et opposants au régime de Bachar El Assad.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="acteurs-régionaux-et-mondiaux"&gt;Acteurs régionaux et mondiaux&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : Les acteurs régionaux et mondiaux semblent avoir peu de prise sur les acteurs du conflit qu’il s’agisse du gouvernement israelien ou du Hamas : qu’en est il ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Xavier Guignard : La première difficulté consiste dans l’existence de deux centres de décision du Hamas, or ceux qui mènent la guerre - la branche militaire - ne sont pas les mêmes acteurs que ceux négocient la trêve - la branche politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue diplomatique, le gouvernement israélien a fait le choix d’une relation bilatérale presque exclusive avec les EU, et ceux ci ont opté pour un laisser faire octroyé au gouvernement Netanyahou face aux réserves que peuvent émettre d’autres puissances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Hamas de Gaza vit, lui, en autarcie depuis 2007 et sa prise de contrôle du territoire, coupé du reste de la Palestine et du monde, en proximité avec l’Iran, et ses alliés régionaux comme le Hezbollah libanais ou les Houthis du Yemen. De son côté l’Autorité palestinienne se borne, si tant est qu’elle puisse et veuille faire autre chose, à contrôler sa propre population en Cisjordanie ; après sa défaite en 2006 aux élections législatives à Gaza face au Hamas, le Fatah a toujours refusé de céder le pouvoir. Toute perspective de réconciliation, pourtant demandée par beaucoup d’États de la région, est récusée tant par le Hamas que par le Fatah qui n’y placent pas les mêmes objectifs : pour le premier sa survie politique, pour le second un accord de reddition de son opposition islamiste. Les Emirats Arabes Unis n’ont aucune influence sur le Hamas, contrairement à la Turquie, au Qatar et à l’Egypte. L’Iran est aujourd’hui le seul interlocuteur étatique de leur branche armée, mais on ne sait pas quelles sont actuellement leurs relations. L’Iran est sur la défensive après la chute de son allié syrien et les coups portés par Israël au Hezbollah libanais. La Turquie est un peu pour les mêmes raisons sur d’autres sujets prioritaires dont la question kurde, elle tend d’ailleurs à opérer un certain rapprochement avec l’Union européenne face à la Russie de Poutine, sur la question ukrainienne, elle est ainsi ouverte à l’idée d’une adhésion de l’Ukraine à l’OTAN. L’UE est quant à elle le premier bailleur de fonds pour l’aide financière aux Palestiniens, elle constitue un marché très important pour le commerce israélien. Mais l’Europe est on le sait un géant économique doublé d’un nain politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[IMAGE: gaza.jpg]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La France envisage désormais la reconnaissance de l’État de Palestine, pas franchi l’an dernier par l’Irlande, la Slovénie et l’Espagne. Les Européens restent pour les Palestiniens des interlocuteurs souhaitables pour éviter le face à face avec Israël soutenu par les EU, mais ils manquent de cohérence entre eux, et la Haute représentante de l&amp;rsquo;Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité est entièrement tournée vers le conflit en Ukraine. Certes une conférence portée par la France et l’Arabie Saoudite sur la question de la Palestine entend réunir l’ensemble des soutiens à la solution à deux États à l’ONU, mais l’Europe, on ne peut que le constater, se refuse pour le moment à actionner les leviers dont elle dispose pour faire pression sur le gouvernement israélien. Quant aux Etats Unis, on a peine à comprendre les contours idéologiques de Donald Trump, totalement aligné sur le gouvernement Netanyaou, dans une logique là comme ailleurs de triomphe de la loi du plus fort, en l’occurrence Israël, au mépris des résolutions de l’ONU.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="pistes-pour-une-paix-durable"&gt;Pistes pour une paix durable&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : Quelles pistes pour une paix durable, au-delà d’un cessez le feu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Xavier Guignard : Mon livre se veut un récit du conflit israélo palestinien dans la longue durée, sur un siècle maintenant. Je vois dans cette optique trois possibilités.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D’abord un scénario qui renvoie à 1948, c’est à dire à l’instauration d’une paix par l’absence du peuple vaincu, en clair le transfert massif des Palestiniens vers l’Egypte ou la Jordanie ; cette option reçoit désormais, après le 7 octobre, un soutien fort dans la société israélienne ; jusqu’ à présent absente des débats, elle est devenue dicible et possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, en deuxième et troisième scénarios, le débat continue entre solution à deux ou à un Etat. Ce dernier cas de figure paraît aujourd’hui très difficile à ne serait ce qu’imaginer dans le futur proche. La bande de Gaza est ravagée, Jérusalem annexée, la Cisjordanie morcelée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[IMAGE: israel.jpg]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’État binational fut et reste une utopie des mouvements de Gauche, mais on ne voit pas bien, y compris avec ce qui relève d’une situation d’apartheid dans les territoires occupés depuis près de 60 ans, c’est à dire des droits différents en fonction de l’appartenance ethnique, comment elle pourrait devenir réalité.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, la solution à deux Etats ne fait aujourd’hui plus consensus dans les Etats-Unis de Trump, au grand plaisir gourmand de Netanyaou. Le scénario du « nettoyage ethnique » ne peut hélas plus être écarté aujourd’hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis par Matthieu Leiritz&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Les irresponsables</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/292/32-les-irresponsables/</link><pubDate>Fri, 20 Jun 2025 13:16:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/292/32-les-irresponsables/</guid><description>&lt;h2 id="les-irresponsables"&gt;Les irresponsables&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Qui a porté Hitler au pouvoir ?
Johann Chapoutot&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une question d’actualité&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cet essai très documenté, l’historien Johann Chapoutot détaille la période 1930-1933 en Allemagne et montre comment la droite allemande, l’« extrême centre » ont mis Hitler au pouvoir. L’ascension d’Hitler au pouvoir repose sur la lecture des archives politiques, des journaux intimes, correspondances, discours, Mémoires des acteurs et témoins…
L’étude propose « une enquête qui se veut instructive » mais aussi « un réquisitoire contre l’extrême centre d’hier et d’aujourd’hui ». Il ne s’agit pas d’un énième récit des faits, mais d’une analyse de dynamiques qui ont abouti à l’irréparable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Un consortium libéral-autoritaire, issu de solidarités d’affaires, de partis conservateurs, nationalistes et libéraux, de grands propriétaires terriens, de médias réactionnaires et d’« élites » d’actionnaires, perd tout soutien populaire (…) et se demande comment garder le pouvoir sans majorité, sans parlement, voire sans démocratie. Cet extrême centre, je pense destiné à gouverner par nature (…) Le pouvoir sans aucune base électorale, décide de faire alliance avec l’extrême droite, avec laquelle, il partage au fond à peu près tout Un vertige nous prend à la lecture de ces extraits de la 4ème page de couverture de l’ouvrage. De quoi parle t-on : 1932 ou 2025 ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="les-années-1930-32-sont-décisives"&gt;Les années 1930-32 sont décisives&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En 1930, les institutions de la République de Weimar ont été progressivement vidées de leur sens, bafouées. Après la crise de 1929, l’austérité règne en maître tandis que l’oligarchie au pouvoir ne pense qu’à sauvegarder et développer ses intérêts. Obsédé par le danger socialiste, le « bolchevisme culturel », le président et son gouvernement usent et abusent de l’article 48-2 qui en invoquant l’état d’urgence leur permet de légiférer, seuls. La république de Weimar est devenue un régime présidentiel avec la personnalisation du pouvoir extrême avec courtisans et manœuvre de couloir.
[IMAGE: bundestag_weimar.jpg]
Dans ce contexte s’approfondit le pouvoir des médias avec notamment Alfred Hugenberg qui, depuis 1920, a « transformé l’espace et le débat publics allemands en incitateurs des idées d’extrême droite et rassemble la droite nationaliste. De chutes ministérielles en dissolutions de l’Assemblée, la vie politique se délite. Se succèdent des gouvernements hors sol, avec des ministres, « véritables fondés de pouvoir » du capitalisme allemand : pour l’entreprise, contre la démocratie. Les acquis sociaux sont supprimés : « Nous ne distribuons pas des milliards aux entreprises. Nous avons un objectif unique : donner au plus grand nombre de travailleurs des opportunités d’emploi » (Papen en 1932).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hitler fait la tournée des grands patrons et banquiers qui partagent la même idéologie que lui et qui vont vite financer le parti. Il leur ouvre un horizon de profits.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="-il-faut-prendre-congé-de-la-démocratie-parlementaire-"&gt;« Il faut prendre congé de la démocratie parlementaire »&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Lors des élections législatives du 31 juillet 1932, le désastre pour le gouvernement est total. Le parti nazi augmente son score de 0,5 points, la Gauche ouvrière, représentée par les socialistes du SPD et les communistes du KPD, représente 30% des électeurs. Politique anti sociale, manœuvre du parti nazi : le gouvernement Papen est renversé. Hitler poursuit son travail auprès des patrons, Goebbels fait de « l’agit-prop » envers le peuple. Mais les élections du 6 novembre 1933 sont un désastre pour les nazis qui perdent 2 millions d’électeurs et se déchirent. [IMAGE: hitler_hindenburg.jpg]
Mais le pays est ingouvernable et le centre se cramponne et se croit en mesure de maîtriser la situation. Le 29 janvier 1933, un gouvernement de coalition est constitué entre libéraux autoritaires, conservateurs, nationalistes et nazis ; Hitler sera chancelier, Papen, vice-chancelier. Parmi les ministres, deux nazis : Goering, ministre du Reich, sans portefeuille et le docteur Wilhelm Frich à l’intérieur. Le Président Hindenburg impose le général von Blomberg aux Armées. C’est la continuité pour les autres ministères. Goebbels est exclu de la liste. Autant d’éléments rassurants pour le pouvoir. Le parti nazi est minoritaire au gouvernement et Adolf Hitler jure de « vouer toutes ses forces au bien du peuple allemand, de respecter ses lois, de faire son devoir avec conscience et de conduire les affaires de l’État sans préjugé partisan et dans le souci de la justice pour chacun ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On connaît la suite : Papen, Hindenourg et leurs comparses pensaient pouvoir utiliser Hitler sans comprendre que c’étaient eux qui allaient être absorbés et balayés par le monstre qu’ils avaient nourri.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’analyse percutante de Johann Chapoutot est convaincante : la conquête du pouvoir par les Nazis n&amp;rsquo;eut rien d&amp;rsquo;une marée irrésistible et la classe ouvrière n’y a pas participé en masse. Avertissement essentiel : l’analogie avec 2025 est bien réelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marylène Cahouet&lt;/p&gt;</description></item></channel></rss>