<?xml version="1.0" encoding="utf-8" standalone="yes"?><rss version="2.0" xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"><channel><title>Enjeux 293 | ENJEUX</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/numeros/enjeux-293/</link><atom:link href="https://enjeux.unite-action.fr/numeros/enjeux-293/index.xml" rel="self" type="application/rss+xml"/><description>Enjeux 293</description><generator>Hugo Blox Builder (https://hugoblox.com)</generator><language>fr-FR</language><lastBuildDate>Sun, 06 Jul 2025 04:00:00 +0000</lastBuildDate><image><url>https://enjeux.unite-action.fr/media/logo_hu_ab7e93d480d9d848.png</url><title>Enjeux 293</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/numeros/enjeux-293/</link></image><item><title>Un émouvant jeu de piste à travers Paris</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/293/32-jeu-de-piste/</link><pubDate>Sun, 06 Jul 2025 04:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/293/32-jeu-de-piste/</guid><description>&lt;h1 id="un-émouvant-jeu-de-piste-à-travers-paris"&gt;Un émouvant jeu de piste à travers Paris&lt;/h1&gt;
&lt;p&gt;Agnès Varda, photographe (1928-2019)
Musée Carnavalet, Paris, 9 avril-24 août&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Je crois que les gens c’est tout de même ce qu’il y a de plus intéressant » (Agnès Varda) ; Un bon résumé de l’exposition de ses photographies, exposées à Paris.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="agnès-varda--photographe-avant-cinéaste"&gt;Agnès Varda : Photographe avant cinéaste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;1950-1960 : Agnès Varda n’est pas encore la cinéaste que l’on connaît mais la photographe officielle du Festival d’Avignon à partir de 1948, puis celle du TNP de 1951 à 1961, la collaboratrice des magazines de l’époque, la portraitiste d’artistes célèbres (Ionesco, Fellini, Calder, Brassaï…), dans des décors inattendus et dans des poses grotesques parfois. Ses portraits de la troupe de Jean Vilar jalonnent encore le jardin au-dessus du Palais des Papes à Avignon : Jean Vilar en salopette, Gérard Philippe en tenue de scène, comédiennes et comédiennes dans des scènes bucoliques ou officielles en portraits de groupe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Après des études d’histoire de l’Art à l’École du Louvre, Agnès Varda a suivi des cours du soir de photo à l’École technique de photographie et de cinématographie et elle s’est mise très tôt à son compte, travaillant à Paris, mais aussi en Chine et à Cuba pour des reportages.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="un-paris-insolite"&gt;Un Paris insolite&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L’exposition est centrée sur Paris et, notamment, sur la rue Daguerre (14è arrondissement) où elle s’installe au numéro 86 en 1951 et vit jusqu’à sa mort en 2019.
&lt;figure &gt;
&lt;div class="flex justify-center "&gt;
&lt;div class="w-full" &gt;
&lt;img alt="32-images32b.webp"
srcset="https://enjeux.unite-action.fr/post/293/32-jeu-de-piste/32-images32b_hu_8735e7f37519d927.webp 320w, https://enjeux.unite-action.fr/post/293/32-jeu-de-piste/32-images32b_hu_77a888a2180f2fbe.webp 322w"
sizes="(max-width: 480px) 100vw, (max-width: 768px) 90vw, (max-width: 1024px) 80vw, 760px"
src="https://enjeux.unite-action.fr/post/293/32-jeu-de-piste/32-images32b_hu_8735e7f37519d927.webp"
width="322"
height="156"
loading="lazy" data-zoomable /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/figure&gt;
Pour elle, ce sera « un studio à ciel ouvert », lieu où elle organisera des expositions, fera des interviews et même réalisera plusieurs tournages par la suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les images insolites dessinent un Paris à la fois familier et étrange. Ainsi, une photographie de 1953 : « Mardi gras, jardin du Luxembourg » avec masques qu’on dirait issus du carnaval de Venise ; ou une série de photos d’un ange arpentant Paris (les ailes en bois doré figurent dans un « Autoportrait » dans son studio rue Daguerre en 1956).
Le catalogue de l’exposition pointe ainsi « le cadrage de la fillette devant une façade tendue d’un catafalque noir, croisant le regard hostile des passants ».&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="entre-photo-et-cinéma"&gt;Entre photo et cinéma&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dès 1956, Agnès Varda a un pied dans la réalisation. L’année précédente, c’était le « Pointe Courte », célèbre quartier de Sète dont une séquence est tournée chez elle rue Daguerre : « elle a transformé le boyau d’entrée du 86 en ruelle de Sète ». En 1958, elle rencontre Jacques Demy et sa carrière de cinéaste prend le dessus, sans que jamais elle abandonne la photo. L’exposition est riche de « bouts d’essai », de films publicitaires ou inachevés.
&lt;figure &gt;
&lt;div class="flex justify-center "&gt;
&lt;div class="w-full" &gt;
&lt;img alt="32-le-paris-dagnes-varda-de-ci-de-la-image-2-1050x525.webp"
srcset="https://enjeux.unite-action.fr/post/293/32-jeu-de-piste/32-le-paris-dagnes-varda-de-ci-de-la-image-2-1050x525_hu_fa2b956fc236efaf.webp 320w, https://enjeux.unite-action.fr/post/293/32-jeu-de-piste/32-le-paris-dagnes-varda-de-ci-de-la-image-2-1050x525_hu_13fd26766026830e.webp 480w, https://enjeux.unite-action.fr/post/293/32-jeu-de-piste/32-le-paris-dagnes-varda-de-ci-de-la-image-2-1050x525_hu_3e86a4a9772a5ae3.webp 760w"
sizes="(max-width: 480px) 100vw, (max-width: 768px) 90vw, (max-width: 1024px) 80vw, 760px"
src="https://enjeux.unite-action.fr/post/293/32-jeu-de-piste/32-le-paris-dagnes-varda-de-ci-de-la-image-2-1050x525_hu_fa2b956fc236efaf.webp"
width="760"
height="380"
loading="lazy" data-zoomable /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/figure&gt;
L’affiche du film « Daguerréotypes » (1975) est exemplaire, qui montre « quelques petits commerçants [avec] un regard attentif sur la majorité silencieuse ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre les photos, l’exposition dévoile des extraits de films : déambulations d’une jeune femme dans le quartier Mouffetard (« l’Opéra Mouffe », 1958), le repos de Corinne Marchand dans le parc Montsouriq (« Cléo de 5 à 7 », 1962), boulevard Raspail et rue Hérold (« Les glaneurs et les glaneuses », 2000), etc. En 2007, pour « les Plages d’Agnès », l’artiste transforme un tronçon de la rue Daguerre en plage en la recouvrant de sable. Des photos réalisées pour l’amitié, notamment avec Delphine Seyrig : « un jour sans voir un·e autre est un jour foutu », dit-elle. Féministe, joyeuse, c’est une femme libre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Difficile de rendre compte du foisonnement de l’exposition, qui met en valeur la photographe et l’importance pour elle de la rue Daguerre, lieu de vie et de création, l’importance pour elle de Paris.
Immersion dans la cour atelier, dans les rues de Paris, à travers un regard décalé, plein d’humour.
Marylène Cahouet&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Un monde en crises</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/293/30-31-monde-en-crise/</link><pubDate>Sun, 06 Jul 2025 03:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/293/30-31-monde-en-crise/</guid><description>&lt;h2 id="un-monde-en-crises"&gt;Un monde en crises&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Entretien avec Justin Vaisse&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Justin Vaisse, historien, universitaire, directeur du forum de Paris sur la paix, auteur de nombreux ouvrages sur les relations internationales dont notamment d’une biographie de Zbigniew Brzezinski, conseiller de Jimmy Carter et diplomate, a bien voulu répondre aux questions d’Enjeux.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="trump-et-lordre-mondial"&gt;Trump et l&amp;rsquo;Ordre Mondial&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : En quoi les premières mesures prises - ou annoncées - par Donald Trump marquent-elles ou non une rupture avec l&amp;rsquo;ordre mondial établi en 1945 ? Consistent-elles vraiment en une révolution ou s&amp;rsquo;inscrivent-elles dans une tradition américaine oubliée ? (W. McKinley, Theodore Roosevelt ?)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Justin Vaisse : Je voudrais commencer par recontextualiser le phénomène Trump dans le temps long. En un sens, il est le produit des effets de la globalisation sur les sociétés industrielles avancées. Par l’aplatissement du monde, la mise en lien direct des marchés les uns avec les autres, la globalisation a offert un cadre favorable aux travailleurs des pays émergents, à commencer par la Chine, qui a pu avoir accès aux marchés, aux capitaux et aux technologies des pays du Nord, avec à la clé des centaines de millions de gens qui sortent de la pauvreté. La condition de cette croissance, c’était un ordre mondial favorable aux échanges, une relative stabilité géopolitique rendant notamment possible la liberté de circulation sur les voies maritimes et l’encouragement permanent à l’ouverture d’autres marchés. Or cette paix relative, c’est l’Amérique qui en était la garante grâce à sa domination économique et militaire depuis 1945, c’est elle le « gendarme du monde » qui s’assurait que les autres pays ne violent pas les règles du système international, et qui offrait une garantie en dernier recours lors des crises financières internationales. Et les classes moyennes américaines, voyant leur niveau de vie augmenter constamment dans les décennies d’après-guerre, consentaient à ce rôle impérial coûteux en hommes et en financement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seulement, à l’inverse des pays émergents, la mondialisation s’est révélée défavorable aux classes ouvrières des pays développés, dont le niveau de vie reposait directement ou indirectement sur des emplois dans l’industrie, stables et bien payés, permettant le financement de systèmes efficaces de protection sociale (santé, retraites) dans les décennies d’après-guerre. Tout ceci s’enraye avec le tournant des années 1980 : tournant libéral impulsé par Reagan (et Thatcher en Grande-Bretagne), progrès de la globalisation dans les années 1990 et 2000. Le pouvoir d’achat des ouvriers et employés, qui n’avait cessé de croître aux États-Unis depuis 1945, stagne, voire diminue. L’Alena (accord de libre-échange entre les États-Unis, le Canada et le Mexique) se met en place dans les années 1990, et en 2001 la Chine est admise à l’OMC. Aux États-Unis, les ouvriers de la « Rust Belt », la vieille région industrielle, se retrouvent en concurrence directe avec les travailleurs d’autres pays. Notons cependant que le libre-échange n’est pas seul en cause dans la baisse des emplois industriels : la robotisation et l’automatisation croissante des chaînes de production ont aussi beaucoup compté.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les consommateurs occidentaux bénéficient de biens importés moins chers, ce qui masque la stagnation des salaires, les travailleurs subissent les effets des délocalisations industrielles vers la Chine.
Or rien n’est vraiment prévu en termes de politiques sociales d’amortissement du choc né de cette évolution. La théorie était que le Nord allait monter en gamme dans la qualité des emplois et que les services remplaceraient avantageusement l’industrie. L’insuffisance de ce mécanisme compensateur, ajoutée à la crise économique mondiale de 2008 qui a nourri le sentiment de dégradation du niveau de vie par rapport aux décennies d’après-guerre, sur fond de rejet des transformations culturelles de l’Amérique (diversité, acceptation de nouvelles normes morales et sexuelles), a nourri la montée de la vague populiste aux États-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend alors pourquoi de plus en plus d’Américains des classes moyennes ont commencé à remettre en cause le rôle « impérial » des États-Unis : à quoi bon rendre le monde plus sûr si c’est pour que les Chinois, les Saoudiens et les Européens tirent les marrons du feu, tandis que les conditions de vie se dégradent aux États-Unis ?
Trump a su capitaliser sur ce rejet, en 2016 comme en 2024, en promettant que la formidable puissance américaine serait désormais mise au seul service des États-Unis, de façon unilatérale, notamment avec la promesse de réindustrialiser la « Rust Belt » à travers une politique de barrières douanières. L’objectif, selon les termes du Secrétaire au Commerce Howard Lutnick, c’est que « l&amp;rsquo;armée des millions et millions d’êtres humains vissant de petites vis pour fabriquer des iPhones […] arrive en Amérique. Ces tâches seront automatisées et des Américains formidables – tout le savoir-faire de notre pays – y travailleront, les répareront. Il y aura des mécaniciens. Il y aura des spécialistes du chauffage, de la ventilation et de la climatisation. Il y aura des électriciens… ».&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="le-programme-économique-de-trump--réalité-ou-illusion-"&gt;Le programme économique de Trump : réalité ou illusion ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : Est ce possible ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Justin Vaisse : Il y a toutes les chances pour que cela ne se produise pas ; même si les tarifs enchérissent le coût des produits importés, le prix d’un Iphone produit aux États-Unis serait multiplié par trois. Mais peu importe pour Trump. Derrière l’apparence de chaos et de bêtise de ses décisions, il faut distinguer une intentionnalité qui fait mouche, celle de prendre appui sur les perdants de la mondialisation et de leur promettre une revanche sur les élites mondialistes en même temps qu’un retour à un passé industriel glorieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, le trumpisme est en rupture complète avec les néoconservateurs qui avaient porté George Bush junior au pouvoir en 2000 puis 2004. Ceux-ci considéraient que les EU avaient une mission, une « destinée manifeste », celle de défendre et d’étendre le « monde libre », c’est-à-dire le modèle américain, démocratique et capitaliste. Trump s’en moque, et ne considère pas que l’Amérique ait une mission – seulement des intérêts et une position prépondérante pour les avancer - dont il compte bien user et abuser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seulement, il ignore largement le fonctionnement réel de l’économie, il ne croit pas que le commerce soit par nature bénéfique. Non seulement l’industrie n’est pas la seule composante de la balance des paiements (aujourd’hui les services comptent davantage, ainsi que les flux financiers), mais le phénomène des chaînes de valeur, qui voit les biens manufacturiers passer plusieurs frontières parfois plusieurs fois, rend ses décisions à double tranchant, et souvent nocives pour l’économie américaine.
Certes, le protectionnisme peut être efficace pour faire grandir des industries jeunes, ou pour se protéger d’échanges inégaux, fondés par exemple sur des subventions publiques. Mais les tarifs douaniers restent une taxe sur les consommateurs sur lesquels pèsent en gros 90% des tarifs, et ils n’encouragent pas les hausses de productivité.
Trump mentionne souvent l’année 1912 : c’est la naissance de l’impôt fédéral qui devait compenser la perte des revenus liés à une baisse des barrières douanières, dont on s’était aperçu qu’elles ne fonctionnaient pas. Aujourd’hui, au vu de la complexité des chaînes mondiales de production, le retour au protectionnisme n’a pas de sens : Ford, General Motors comme Tesla dépendent des approvisionnements étrangers.
Donc tout ceci va donc largement échouer, et se traduire par un regain d’inflation.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="le-soutien-populaire-à-trump"&gt;Le soutien populaire à Trump&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : Comment comprendre la brutalité de cette politique ? Bénéficie-t-elle d&amp;rsquo;un soutien dans la société états unième ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Justin Vaisse : Il reste une part de mystère dans cette réélection, au-delà de la volonté de revanche des perdants de la mondialisation. Cela relève aussi, je crois, de la « comédie humaine » : Trump est une personnalité charismatique, qui dispose d’un véritable instinct pour saisir les désirs de la population, une compréhension fine des rapports de forces. Voici un homme qui ne lit pas, tout sauf un intellectuel, mais qui parvient à lire la société américaine mieux que ses concurrents républicains ou adversaires démocrates. Durablement ? Difficile à dire. Les Américains vont souffrir de l’inflation qui a joué contre les démocrates l’an dernier. On sent déjà une vraie inquiétude sur une possible récession et sur l’avenir des retraites, sujet aussi sensible qu’en France.
Les électeurs de Trump, hors sa base étroite, restent attachés à l’État providence fondé par Roosevelt après la crise de 1929. Les excès de Musk et de son organisme de destruction des agences de l’État, le DOGE, les inquiètent. Or aux EU les retraites sont cotées en Bourse… Une défaite cinglante des républicains aux « mid term elections » de 2026 est plus que probable.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="conséquences-géopolitiques"&gt;Conséquences géopolitiques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : Quelles pourraient en être les conséquences sur la guerre en Ukraine ? Sur l&amp;rsquo;avenir de l&amp;rsquo;UE ? Sur l&amp;rsquo;évolution de la Chine ou de l&amp;rsquo;Inde ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Justin Vaisse : Pour l’Europe, et derrière l’inquiétude légitime, la réélection de Trump pourrait être une bonne nouvelle. Beaucoup d’Européens se rendent à présent compte que l’on ne peut se fier aux EU dans la durée, et qu’il est risqué de remettre notre destinée entre leurs mains, comme l’affirmait déjà le général De Gaulle à Eisenhower en 1958 (président des EU entre 1952 et 1960/ndlr). D’un autre côté, les EU ne souhaitent plus assurer « gratuitement » la sécurité de l’Europe. Mais l’Europe a perdu l’habitude depuis 1945 de prendre en main ses capacités militaires, à l’exception de la France, voire du Royaume-Uni.
Or l’ordre mondial accouché par Trump correspond à celui de Poutine : un choc entre grandes puissances, la loi du plus fort, la constitution de sphères d’influence comme au 19è siècle. L’Europe doit se préparer à plusieurs décennies d’une situation internationale désormais dénué de garant d’un ordre mondial.
Un monde multipolaire dans lequel l’indépendance nécessitera de se défendre contre des impérialismes. Que feront la Russie ? La Chine ? L’Inde ? L’Europe devra resserrer ses liens pour préserver et promouvoir son modèle alliant démocratie et progrès social comme alternative aux régimes autoritaires. Elle pourra trouver des alliés, former des coalitions avec le Brésil, peut-être l’Inde, le Japon si l’Europe est capable de proposer autre chose que des tarifs douaniers et l’accaparement de territoires.
Si l’Europe reste elle-même, elle pourra survivre dans ce monde de carnivores.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis par Matthieu Leiritz&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Ne pas abandonner... Résister</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/293/29-ne-pas-abandonner/</link><pubDate>Sun, 06 Jul 2025 02:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/293/29-ne-pas-abandonner/</guid><description>&lt;h1 id="ne-pas-abandonner-résister"&gt;Ne pas abandonner&amp;hellip; Résister&lt;/h1&gt;
&lt;p&gt;Se former contre l’extrême-droite
Strasbourg 4 avril 2025&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite à la forte poussée du vote extrême-droite en Alsace, la FSU Alsace a organisé le 4 avril 2025 un stage réunissant 104 collègues, principalement des enseignant·es, pour les informer et les outiller sur les mécanismes mis en place par l’extrême-droite pour tenter d’accéder au pouvoir et des conséquences pour les agent·es La journée a permis d’aborder la progression de l’extrême-droite en France et les luttes en cours ainsi que les techniques utilisées par les extrêmes-droites pour normaliser leurs idées.
L’intervention de Valérie WOLFF (SNICS FSU 67) sur l’EVARS a permis de montrer les angles d’attaque de l’extrême-droite contre l’égalité femmes / hommes. Voici une synthèse des interventions de Stéphane Tassel et Vincent Edin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne pas abandonner le champ des valeurs,
c’est déjà commencer à résister.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="lancrage-de-lextrême-droite"&gt;L&amp;rsquo;Ancrage de l&amp;rsquo;Extrême-Droite&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Loin d’être un phénomène isolé, le vote extrême-droite est bien ancré dans notre pays. La lame de fond est bien réelle et n’a aucun équivalent (présence systématique au 2nd tour depuis 2012). Aucun secteur, aucune frange de la population n’est épargnée et le vote extrême-droite progresse également dans la fonction publique. Si les raisons de ce choix sont différentes selon les régions de France (F. Faury Des électeurs ordinaires et B. Coquard Ceux qui restent) l’extrême-droite s’adapte et « met sur la table » ce qu’il faut pour emporter le maximum de voix. Il ne s’agit plus aujourd’hui d’un vote contestataire ; l’acte de mettre un bulletin extrême-droite dans l’urne se propage avec une forme d’adhésion. Certains des arguments invoqués comme la critique des élu·es, la demande de plus d’autorité ou de démocratie directe ne devrait objectivement pas amener à un tel vote, or l’extrême-droite se présente comme réceptacle de la colère sociale et est capable de se camoufler. En 2026, les municipales pourraient acter une nouvelle déflagration.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="linternationale-nationaliste-et-son-financement"&gt;L&amp;rsquo;Internationale Nationaliste et son Financement&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il existe une internationale nationaliste financée par des milliardaires, les mêmes qui ont financé les campagnes du Brexit, de Trump ou Bolsonaro et qui réclament une « ubérisation » tous azimuts (ex Amazon : pas de droits, pas de syndicats, juste la rentabilité). En France, la dédiabolisation de l’extrême-droite fonctionne, portée par une communication bien rodée et une stratégie caméléon. Elle n’effraie plus, elle séduit. Et elle bénéficie d’un appui médiatique et financier sans précédent : Bolloré construit un empire idéologique (chaîne TV CNews, Europe 1, maison d’édition Fayard, institut de sondage CSA, agence de pub Havas, Boutique Relay, Journal JDD, Think Tanks), façonne les récits dominants, invisibilise les contre-discours. L’accès à une information pluraliste est gravement menacé. Déjà une partie de la population n’a plus accès qu’à l’information Bolloré et est dans la désinformation permanente.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="détournement-du-vocabulaire-et-batailles-culturelles"&gt;Détournement du Vocabulaire et Batailles Culturelles&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L’extrême-droite s’appuie aujourd’hui sur une défiance de plus en plus forte de la justice française qu’elle amplifie en la traitant de laxiste, partiale et politisée. Sans aucun corpus idéologique, elle propose un discours attrape-tout fait de passions tristes dans lesquels la forme tient lieu de fond. On observe également un détournement du vocabulaire pour mener des batailles culturelles. Ainsi Marine Le Pen reprend les thématiques du climat, de la lutte contre l’antisémitisme, du féminisme pour notamment instiller l’idée que les responsables des violences sexistes et sexuelles seraient les personnes migrantes ou racisées à travers le collectif Nemesis soutenu par Stérin (et son dangereux projet Périclès). Parallèlement, l’extrême-droite invente et utilise des concepts creux comme l’islamo-gauchisme, le wokisme, l’écoterrorisme (aidée par le gouvernement Macron…) et les dresse en épouvantails.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="les-piliers-de-la-démocratie-et-la-riposte"&gt;Les Piliers de la Démocratie et la Riposte&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La démocratie est solide grâce aux médias de presse libre : pour contrer, à la justice : pour juger et la science : pour prouver (Anna Arendt “ Du mensonge à la violence ”). C’est à ces trois piliers que l’extrême-droite s’attaque pour gagner.
Il s’agit donc d’intégrer ce qu’ils sont pour les combattre. Notre lutte doit porter sur deux axes : celui des valeurs et celui des réponses sociales. Dénoncer ne suffit plus. Il faut reprendre le terrain des idées, revaloriser l’action publique, reconstruire un récit commun, syndiquer.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="redonner-sens-à-laction-collective"&gt;Redonner Sens à l&amp;rsquo;Action Collective&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L’extrême-droite prospère là où le politique n’apporte plus de solutions. Redonner sens à l’action collective, à la justice sociale, à la solidarité : voilà le chantier (lire à ce propos, Résister de Salomé Saqué).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Valérie Poyet, secrétaire départementale de la FSU 68,
membre du collectif natiional d&amp;rsquo;animation UA-FSUl&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Vase brune sur le Rhône</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/293/28-vase-brune/</link><pubDate>Sun, 06 Jul 2025 01:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/293/28-vase-brune/</guid><description>&lt;h2 id="vase-brune-sur-le-rhône"&gt;Vase brune sur le Rhône&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La ville de Lyon, si elle résiste à la poussée du vote pour le RN, a une longue histoire de présence de groupuscules parmi les plus violents.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="contexte-favorable-à-lextrême-droite-à-lyon"&gt;Contexte favorable à l&amp;rsquo;extrême-droite à Lyon&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cette histoire s’explique par un contexte favorable, avec la présence de nombreux théoriciens de l’extrême-droite dans ses facultés au fil du temps, en particulier à Lyon III, permettant une formation intellectuelle des différentes mouvances et une implantation dans le milieu étudiant. Mais à ces éléments s’ajoute une présence très importante de l’extrême-droite dans les milieux ultra et hooligan lyonnais qui est ainsi à même de fournir des troupes pour des actions violentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En parallèle, dans le département du Rhône, la droite « classique » a toujours montré une forme de porosité avec l’extrême-droite, comme l’a très bien illustré l’épisode Charles Millon en 1998 qui avait réussi à trouver des soutiens dans notre département dans sa ligne d’alliance avec le FN pour conserver la majorité régionale.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="développement-des-groupuscules-depuis-2010"&gt;Développement des groupuscules depuis 2010&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Depuis les années 2010, nous avons connu sur Lyon le développement de nombreux groupuscules qui ont parfois ensuite essaimé dans la région ou plus loin. En effet, c’est dans notre ville que « Génération Identitaire » a développé ses tactiques d’implantation à partir de locaux associatifs ou que le GUD s’est mué en Bastion Social sous l’influence de la Casapound Italienne. Une grande partie des actes de violence dans notre ville (attaques de manifestations ou de locaux politiques ou syndicaux, agressions racistes, homophobes ou politiques, actions coup de poing médiatiques…) s’expliquent par une forme de concurrence par la surenchère entre ces deux mouvances, identitaires d’un côté et nationalistes révolutionnaires de l’autre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="limplantation-dans-le-vieux-lyon"&gt;L&amp;rsquo;implantation dans le Vieux Lyon&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les deux mouvances ont aussi tenté de s’implanter durablement dans un quartier de la ville : le vieux Lyon. Les différents locaux de ces groupes ont ainsi servi de base arrière pour des agressions et cela s’est aussi traduit par des dégradations et campagnes de pression à l’encontre de différents lieux ou personnalités du quartier : dégradations sur la MJC du Vieux Lyon, attaques contre la Maison des Passages, un local associatif et politique dont la dernière attaque lors d’une réunion du collectif Palestine avait eu un écho médiatique important, mais aussi menaces contre l’Horloger de Saint-Paul, une figure du quartier dont le local est à proximité de la Traboule et de l’Agogé, le bar et la salle de boxe des Identitaires.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="la-réponse-unitaire-des-organisations"&gt;La réponse unitaire des organisations&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Face à cela, les organisations syndicales, associatives et politiques ont été forcées de s’unir et de travailler ensemble. Ainsi, le milieu militant lyonnais progressiste a l’habitude de travailler en unitaire très large et cette habitude a essaimé au-delà de la question de l’extrême-droite sur la quasi-totalité des combats de société. L’inter-organisation, sur la question des locaux fascistes de notre ville, a fait un énorme travail de veille, de recueil d’informations, d’alerte des bailleurs et des pouvoirs publics et de mobilisation, permettant la fermeture de nombreux locaux.
C’est aussi dans ce cadre que des formations communes de sécurisation des manifestations se sont mises d’abord en place, pratique qui s’est développée ensuite dans les différents collectifs, notamment féministes.
Du point de vue purement syndical, les habitudes de travail en commun de la FSU, de la CGT et de Solidaires ont tendance à pacifier les intersyndicales et ont permis la création à la rentrée 2024 de VISA 69 pour mutualiser nos forces pour permettre de lutter contre les idées d’extrême-droite sur les lieux de travail. Dans l’adversité, les organisations ont tendance à oublier les sujets qui divisent pour avancer dans l’unité et la FSU 69 a toujours eu un rôle central dans le maintien de cette unité !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;François Jandaux, secrétaire
départemental de la SD 69 Rhône&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Femmes et conflits armés</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/293/26-27-femmes/</link><pubDate>Sun, 06 Jul 2025 00:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/293/26-27-femmes/</guid><description>&lt;h2 id="femmes-et-conflits-armés--une-analyse-indispensable-trop-souvent-négligée"&gt;Femmes et conflits armés : une analyse indispensable trop souvent négligée&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans un contexte mondial marqué par la recrudescence des conflits armés - qu’il s’agisse des guerres en Ukraine, à Gaza, au Soudan, au Yémen ou encore en République démocratique du Congo, analyser avec précision les conséquences des violences guerrières sur la vie globale des femmes et des filles devrait être une priorité. Cette analyse ne relève pas d’un impératif moral ou humanitaire, elle est surtout une condition essentielle pour comprendre les dynamiques géopolitiques, sociales et économiques contemporaines de manière globale. Elle serait aussi une aide précieuse et indispensable pour penser les processus de paix juste et durable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conflits armés affectent l’ensemble des populations civiles mais les femmes en sont touchées de manière spécifique souvent plus brutale et toujours disproportionnée. Victimes de violences sexuelles systémiques – les viols sont utilisés comme armes de guerre pour terroriser, dominer ou déplacer des populations - les femmes voient également leur accès aux besoins fondamentaux gravement restreint voire interdit : eau potable, soins médicaux, hygiène menstruelle, alimentation, protection pour elles-mêmes et leurs enfants, mais aussi éducation, emploi ou sécurité physique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="des-violences-faites-aux-femmes-exacerbées-malgré-leur-rôle-décisif-dans-les-sociétés"&gt;Des violences faites aux femmes exacerbées malgré leur rôle décisif dans les sociétés&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;
&lt;figure &gt;
&lt;div class="flex justify-center "&gt;
&lt;div class="w-full" &gt;
&lt;img alt="26-femme-image.webp"
srcset="https://enjeux.unite-action.fr/post/293/26-27-femmes/26-femme-image_hu_b21d787b4b4aa10e.webp 320w, https://enjeux.unite-action.fr/post/293/26-27-femmes/26-femme-image_hu_43107a2db326577e.webp 400w"
sizes="(max-width: 480px) 100vw, (max-width: 768px) 90vw, (max-width: 1024px) 80vw, 760px"
src="https://enjeux.unite-action.fr/post/293/26-27-femmes/26-femme-image_hu_b21d787b4b4aa10e.webp"
width="400"
height="300"
loading="lazy" data-zoomable /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les camps de réfugié·es comme dans les villes assiégées, les femmes sont reléguées à des rôles de survie : elles doivent nourrir, soigner, protéger sans ressources ni véritable soutien institutionnel. La marchandisation du corps des femmes est toujours plus étendue sur les territoires en guerre, soit par une mise à disposition de femmes et filles pauvres qui concèdent à tarifer des actes sexuels aux militaires dans de grands « bordels » pour survivre et / ou faire vivre leur famille ; soit par l’exploitation pornographique du corps des femmes par les plateformes ; soit encore, par la mise en prostitution des femmes dans leur parcours d’exil. Les guerres n’accouchent pas de ces violences et de ces atteintes graves aux droits fondamentaux, mais elles s’appuient sur les structures patriarcales existantes et les aggravent. Violence domestique, viol et traite des êtres humains s&amp;rsquo;inscrivent dans un système patriarcal déjà en place qui s’exacerbe dans le chaos des guerres et rend les femmes et leurs enfants encore plus vulnérables. Pourtant, leur rôle dans la résistance civile et dans la reconstruction sociale est fondamental. Elles organisent les solidarités, maintiennent des formes de continuité de l’éducation lorsque c’est possible, elles prennent en charge la cohésion et les besoins premiers des groupes déplacés. Mais malgré cette implication décisive, elles sont quasi systématiquement exclues des négociations de cessez-le-feu, des accords de paix et des processus de reconstruction&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="guerre-et-marchandisation-des-corps-féminins--une-réalité-systémique"&gt;Guerre et marchandisation des corps féminins : une réalité systémique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;À chaque conflit armé une mécanique implacable est mise en place : celle de la marchandisation des corps féminins. Néanmoins, cette réalité structurelle est quasi systématiquement invisibilisée dans les récits officiels. De l’Asie du Sud-Est à l’Europe de l’Est, en passant par le Moyen-Orient ou le continent africain, les zones de guerre connaissent toutes, sans exception, une explosion des réseaux de prostitution et de production pornographique. Cette dynamique prend deux formes principales. D’un côté, des milliers de femmes sont déplacées vers les zones militaires où elles sont prostituées pour survivre. Beaucoup d’État sont d’ailleurs complices et sacrifient ces femmes au nom du &amp;ldquo;soutien&amp;rdquo; moral et sexuel des troupes masculines isolées, comme cela a pu être observé en Ukraine ou en ex-Yougoslavie. De l’autre, la paupérisation généralisée qu&amp;rsquo;entraîne la guerre pousse de nombreuses femmes restées sur place à échanger leur corps contre de la nourriture, un logement, des médicaments, ou même la simple promesse de protection. On assiste ainsi à une prolifération de contenus pornographiques mettant en scène des femmes issues de contextes de guerre ou de migration, parfois sans leur consentement, nourrissant une industrie mondiale florissante qui capitalise sur la vulnérabilité et la précarité.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="la-guerre-en-ukraine--une-explosion-des-violences-sexuelles-et-de-lexploitation-des-femmes"&gt;La guerre en Ukraine : une explosion des violences sexuelles et de l’exploitation des femmes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans son rapport couvrant la période initiale de l&amp;rsquo;invasion de l&amp;rsquo;Ukraine par la Russie, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l&amp;rsquo;homme (HCDH) a dénoncé les violences sexuelles commises et utilisées par les forces russes comme arme de guerre.
Le 23 novembre 2023, une délégation ukrainienne de défenseuses des droits des femmes a été reçue à l’Assemblée nationale française. Leur constat était glaçant. Exposées à la traite et à la prostitution avant l’invasion russe, la guerre a considérablement aggravé leur vulnérabilité. L’Ukraine, qui constituait depuis des années une plaque tournante du trafic sexuel en Europe de l’Est est aujourd’hui un terrain de chasse pour proxénètes et trafiquants qui profitent du conflit armé, de l’exil et de la précarité des femmes pour renforcer leur emprise.
Selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, en 2023 on comptait 5,1 millions de personnes déplacées à l’intérieur de l’Ukraine et 6,2 millions de réfugié·es - dont 90% étaient des femmes et des enfants. Parmi elles, les plus précaires, sont devenues les cibles privilégiées des réseaux de traite. L’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) alerte : les femmes ukrainiennes déplacées sont aujourd’hui dix fois plus exposées au risque de prostitution qu’avant le conflit. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Quatre mois seulement après le début de l’invasion russe, les recherches sur internet contenant les mots &amp;ldquo;escortes ukrainiennes&amp;rdquo; avaient augmenté de 300% en Europe et la demande de contenus pornographiques mentionnant « Ukraine » a bondi de 600%.
Cette exploitation sexuelle basée sur la précarité accrue imputable à la guerre révèle l’ampleur d’un système de prédation qui prospère sur les ruines du conflit.
Concernant les femmes et les filles exilées la situation est tout aussi alarmante. En Allemagne où la prostitution est légale et un an après le début de la guerre, le nombre de femmes ukrainiennes enregistrées dans les maisons closes du quartier rouge de Berlin avait été multiplié par cinq. Aujourd’hui, des hommes allemands achètent légalement des actes sexuels à des femmes réfugiées de guerre, exploitées par des proxénètes dans des établissements tolérés, voire régulés par l’État. Peut-on sérieusement croire que ces femmes fuient les bombardements, la perte de leur foyer, parfois la mort, pour &amp;ldquo;choisir&amp;rdquo; volontairement la prostitution dans un bordel allemand ? Ce système profondément inhumain révèle aussi une hypocrisie persistante dans les politiques migratoires et dans la régulation de la prostitution que certains prônent en Europe.
Cette systématisation de l’exploitation sexuelle en temps de guerre pose un sujet majeur : les guerres impliquent toujours dans leur sillage un marché sexuel parallèle fondé sur la misère et la domination.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="en-conclusion"&gt;En conclusion,&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Face à ces violences, face à cette exploitation systémique aucun féminisme cohérent ne peut se déclarer favorable au surarmement ou à la course aux armements.
Car chaque guerre, au-delà des chiffres implique inéluctablement la destruction des vies les plus vulnérables : celles des femmes, souvent oubliées, toujours instrumentalisées. C’est au contraire la paix, la justice sociale et la protection réelle des droits humains – y compris ceux des femmes déplacées, exilées ou appauvries qui doivent guider les engagements féministe, syndical et politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Coralie Benech SNEP-FSU,
Claire Fortassin SNES-FSU,
Sigrid Gérardin SNUEP-FSU,
Marie-Hélène Plard FSU-SNUIPP,
Anne Roger SNESUP-FSU&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Centenaire de La Révolution prolétarienne : entretien avec Stéphane Julien</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/293/24-25-revolution/</link><pubDate>Sat, 05 Jul 2025 22:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/293/24-25-revolution/</guid><description>&lt;h2 id="le-100è-anniversaire-de-la-révolution-prolétarienne"&gt;Le 100è anniversaire de La Révolution prolétarienne&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Entretien avec Stéphane Julien&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours du temps, le mouvement social, aussi bien syndical que politique, a cherché son chemin vers l’émancipation du monde du travail, notamment dans des revues militantes qui hier comme aujourd’hui s’efforcent d’analyser la situation, de témoigner des luttes, et de donner des perspectives.
L’une d’entre elle fête son centenaire, ce qui n’est pas fréquent : La Révolution prolétarienne, née voici un siècle, et toujours disponible par abonnement, sous forme numérique. Stéphane Lucien, qui fut militant à la FSU, a bien voulu répondre aux questions de notre revue UA, Enjeux.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="origines-et-singularité-de-la-révolution-prolétarienne"&gt;Origines et singularité de La Révolution prolétarienne&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : Quelles furent les origines et la singularité de La Révolution prolétarienne dans le paysage syndical français ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stéphane julien : La Révolution prolétarienne démarre aussitôt après l’exclusion de Pierre Monatte du P.C.F. par la direction d’Albert Treint. L’équipe est expérimentée, c’est largement celle de La Vie ouvrière d’avant-guerre et de la rubrique sociale de L’Humanité depuis 1923 et elle est surtout composée de syndicalistes de la C.G.T.U. Même si on pourrait la lire comme un retour au syndicalisme révolutionnaire de déçus d’un jeune P.C. en cours de « bolchevisation » brutale, la revue va s’ouvrir très vite et durablement pour devenir pluraliste. Elle ne sera jamais une chapelle de plus parmi d’autres, jamais l’objet d’un groupe politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
&lt;figure &gt;
&lt;div class="flex justify-center "&gt;
&lt;div class="w-full" &gt;
&lt;img alt="24-1.webp"
srcset="https://enjeux.unite-action.fr/post/293/24-25-revolution/24-1_hu_4f58d4771f799c98.webp 320w, https://enjeux.unite-action.fr/post/293/24-25-revolution/24-1_hu_11732da5495bdca9.webp 480w, https://enjeux.unite-action.fr/post/293/24-25-revolution/24-1_hu_9196b9cbc85526a1.webp 521w"
sizes="(max-width: 480px) 100vw, (max-width: 768px) 90vw, (max-width: 1024px) 80vw, 760px"
src="https://enjeux.unite-action.fr/post/293/24-25-revolution/24-1_hu_4f58d4771f799c98.webp"
width="521"
height="760"
loading="lazy" data-zoomable /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="audience-et-influence-de-la-rp"&gt;Audience et influence de la RP&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : Des années 1930 aux années 1950, la RP semble avoir eu une audience et une influence qui dépassaient le strict nombre des abonné·es. Pourrais-tu donner quelques exemples de sujets et/ou de luttes syndicales voire politiques dans lesquelles fut impliquée la RP ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stéphane julien : Avant-guerre, la revue a de nombreux relais dans un milieu syndical et militant qui est assez malmené, où les décisions viennent de plus en plus d’en-haut, où le partage de réflexions basées sur l’expérience de terrain est de moins en moins sollicité alors que c’était auparavant une base de la vie militante. Lorsqu’elle mène campagne pour la réunification syndicale en 1931-1932, elle répond à un sentiment profond qui se réalisera quelques années plus tard. Elle apporte par ailleurs de nombreuses informations qu’on ne trouve pas ou peu ailleurs, notamment sur ce qui se passe en U.R.S.S., dans les colonies, en Espagne révolutionnaire. Elle a la chance pour cela d’avoir des collaborateurs vraiment précieux, des sources de première main : Louis Bercher (pseudo : Péra), qui documente les crimes du colonialisme, est médecin aux Messageries maritimes ; Robert Guihéneuf (pseudo : Yvon) vit et travaille en Russie pendant dix ans. L’article de Simone Weil sur la grève des ouvrières métallos en 1936 est devenu un classique, parce qu&amp;rsquo;elle savait de quoi elle parlait : elle avait été ouvrière et elle avait une analyse de syndicaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
&lt;figure &gt;
&lt;div class="flex justify-center "&gt;
&lt;div class="w-full" &gt;
&lt;img alt="24-2.webp"
srcset="https://enjeux.unite-action.fr/post/293/24-25-revolution/24-2_hu_cd03d1cebabc1e50.webp 320w, https://enjeux.unite-action.fr/post/293/24-25-revolution/24-2_hu_42b548bf7c52d883.webp 480w, https://enjeux.unite-action.fr/post/293/24-25-revolution/24-2_hu_fc35c2b04a52a861.webp 506w"
sizes="(max-width: 480px) 100vw, (max-width: 768px) 90vw, (max-width: 1024px) 80vw, 760px"
src="https://enjeux.unite-action.fr/post/293/24-25-revolution/24-2_hu_cd03d1cebabc1e50.webp"
width="506"
height="760"
loading="lazy" data-zoomable /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les années 1950, où les divisions à gauche furent probablement les plus fortes, la revue promeut une nouvelle tentative de réunification syndicale (« Pour un mouvement syndical unitaire et démocratique ») ou réunit au-delà du syndicalisme tout un tas de militants « non-alignés » dans le Cercle Zimmerwald. Des historiens comme Jean Maitron ou Maurice Dommanget y écrivent.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="difficultés-et-avenir-dune-revue-syndicale"&gt;Difficultés et avenir d&amp;rsquo;une revue syndicale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : A quelles difficultés concrètes se heurte une équipe rédactionnelle soucieuse de faire vivre dans la durée un organe d&amp;rsquo;information et de réflexion syndicale générale ? Pourquoi ce beau livre sur les 100 ans de la RP ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stéphane julien : Dans les difficultés potentielles il y a la question du renouvellement générationnel. Lorsque Raymond Guilloré arrête l’animation de la revue au début des années 1980 à l’âge de 78 ans, il semble qu’il y ait eu une crise où la revue a failli disparaître. Je dis « il semble » car nos archives ont disparu dans cette période. La crise a été surmontée grâce à la fidélité du lectorat et à l’effort constant d’une équipe qui a dû elle-même trouver une relève par la suite. L’équipe actuelle a commencé à se constituer il y a une dizaine d’années sur un projet de « retour aux sources », privilégiant le syndicalisme de lutte et attaché au pluralisme (l’équipe actuelle comprend surtout des syndicalistes CGT et Solidaires, mais pas seulement), avec un souci de bonne camaraderie évitant les disputes inutiles ou les hystérisations de clivages.
Tenir une revue c’est aussi toute une logistique militante et financière. Nous avons voulu garder absolument une revue papier. C’est du boulot. Elle est trimestrielle, de 36 pages. Lorsqu’on écrit une contribution il faut être conscient qu’on ne sera pas lu très très vite, le temps de maquetter, imprimer et router. Nos abonnements progressent alors que le lectorat était très âgé, là aussi il y a renouvellement. Nos finances sont à l’équilibre, ça peut paraître trivial mais c’est une condition de survie. Nous sommes en association 1901, nous n’avons aucune publicité. Nous ne dépendons côté recettes que de nos abonné·es.
En voyant qu’on approchait du centenaire, nous avons accepté avec enthousiasme une proposition des éditions Syllepse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
&lt;figure &gt;
&lt;div class="flex justify-center "&gt;
&lt;div class="w-full" &gt;
&lt;img alt="24-livre.webp"
srcset="https://enjeux.unite-action.fr/post/293/24-25-revolution/24-livre_hu_a6b71ee6d5bd844c.webp 320w, https://enjeux.unite-action.fr/post/293/24-25-revolution/24-livre_hu_e133d732d3dc3936.webp 480w, https://enjeux.unite-action.fr/post/293/24-25-revolution/24-livre_hu_9c7488d8db34de62.webp 760w"
sizes="(max-width: 480px) 100vw, (max-width: 768px) 90vw, (max-width: 1024px) 80vw, 760px"
src="https://enjeux.unite-action.fr/post/293/24-25-revolution/24-livre_hu_a6b71ee6d5bd844c.webp"
width="760"
height="760"
loading="lazy" data-zoomable /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La richesse patrimoniale de la revue pouvait être intimidante, inhibante, mais nous avons compris qu’il n’était guère possible de produire un livre « mémorial » plus volumineux pour plusieurs raisons, notamment parce que cela aurait été trop chronophage avec une date butoir (nous faisons toutes et tous déjà plein de choses) et trop coûteux (il fallait que le prix de vente reste abordable). Nous avons donc assumé la non-exhaustivité, les manques, et avons opté pour un rangement thématique, en essayant de placer des textes de plusieurs époques. Une des idées, en tout cas pour ma part et je crois que ça marche, était aussi de montrer qu’avec des générations et des périodes différentes, il y avait une sorte de permanence, d’esprit de la RP, où par exemple la lutte anticapitaliste n’est jamais dépourvue de valeurs humanistes, où les discours doivent être décryptés, ne sont pas pris pour argent comptant, où la réalité des faits prime sur le baratin, où l’auto-émancipation se construit dès maintenant dans les luttes, etc.
Une revue ne peut pas être strictement la même à 100 ans de distance de sa fondation, mais nous croyons rester fidèles au titre, à son esprit, à son histoire, nous croyons ne pas démériter et rester utiles. Nous ne nous présentons pas comme un groupe constitué et homogène qui aurait la science infuse. Nous publions des tribunes, des traductions, des témoignages, des analyses (notamment sur les grèves), des propositions (comme la revalorisation des unions locales), une chronique (de notre correspondant aux États-Unis), parfois des documents historiques. Nous avons organisé une réunion publique au local de Solidaires, 31 rue de la Grange-aux-Belles à Paris, le 10 avril.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis par Matthieu Leiritz&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre : La Révolution prolétarienne, « La revue qui n&amp;rsquo;a pas observé le mouvement ouvrier mais qui l&amp;rsquo;a vécu ». Syllepse 2025.
La revue : La Révolution prolétarienne.
Site :
Les archives : Les plus anciens numéros peuvent être lus ou téléchargés sur
pour la période 1925-1939 et sur
pour la période 1947-1997.
Lectures sur Pierre Monatte :
Pierre Monatte, une autre voix syndicaliste, Colette Chambelland. Éditions de l’Atelier, 1999.
Lettres d’un syndicaliste sous l’uniforme - 1915-1918, Pierre Monatte. Préface de Julien Chuzeville. Smolny, 2018.&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Entretien avec Nicolas Da Silva</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/293/22-23-da-silva/</link><pubDate>Sat, 05 Jul 2025 22:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/293/22-23-da-silva/</guid><description>&lt;h2 id="entretien-avec-nicolas-da-silva"&gt;Entretien avec Nicolas Da Silva&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Depuis l’invasion de l’Ukraine, et encore plus depuis la récente élection de Trump et son indifférence apparente vis-à-vis des intérêts et de la sécurité des États européens, le concept d’économie de guerre fait florès.
Décriée ou souhaitée, elle permet également au gouvernement conservateur d’imposer un débat biaisé sur les priorités budgétaires : beurre ou canons ? Que recouvre cette expression ? Quels sont les véritables enjeux économiques, sociaux et politiques des choix à opérer ?
Nicolas Da Silva, maître de conférences en sciences économiques à l’université de la Sorbonne Paris nord, auteur notamment de La bataille de la sécu, une histoire du système de santé (La Fabrique, 2022) et en co-rédaction de Économie de la santé (Dunod, 2025) a bien voulu répondre aux questions d’Enjeux.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="définition-et-réalités-concrètes-de-léconomie-de-guerre"&gt;Définition et réalités concrètes de l&amp;rsquo;économie de guerre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : Que recouvre comme réalités concrètes l&amp;rsquo;expression &amp;ldquo;économie de guerre&amp;rdquo;, notamment en termes de fiscalité ? De choix budgétaires entre dépenses militaires et sociales ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nicolas Da Silva : Le concept d’économie de guerre mobilise énormément le débat public depuis plusieurs années, notamment depuis le début de la crise du covid en 2019, puis il est alimenté par l’évolution des rapports internationaux dont bien sûr la guerre en Ukraine depuis 2022. Mais on ne sait pas trop ce que ce terme recouvre dans l’esprit de celles et ceux qui l’utilisent, au-delà de la seule augmentation des dépenses militaires. Des économistes travaillent sur cette notion qui revêt globalement deux dimensions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une dimension quantitative, avec l’augmentation en effet des dépenses militaires de l’État. Dans quelles proportions ? Cela reste débattu mais, pour donner un ordre de grandeur, pendant la Grande Guerre, les dépenses publiques représentent en France 50% du PIB, pour l’essentiel dans l’effort de guerre, lequel absorbe donc massivement le budget de l’État.
On est aujourd’hui à 2 ou 3% du PIB. Monter à 4 ou 5% nous maintiendrait encore très loin des normes d’une économie de guerre. L’Ukraine, agressée par la Russie, est passée de 4% à 35% du PIB, la Russie se situe autour de 6 à 7% (ce qui est interprété par certains collègues comme le fait qu’elle est plus une économie en guerre qu’une économie de guerre).
Autre élément de comparaison, dans les années 1970, la France consacrait l’équivalent de 5% de son PIB aux dépenses militaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
&lt;figure &gt;
&lt;div class="flex justify-center "&gt;
&lt;div class="w-full" &gt;
&lt;img alt="22-th3.webp"
srcset="https://enjeux.unite-action.fr/post/293/22-23-da-silva/22-th3_hu_2bb15fb13c9d6cce.webp 320w, https://enjeux.unite-action.fr/post/293/22-23-da-silva/22-th3_hu_ca656a1d9803387.webp 474w"
sizes="(max-width: 480px) 100vw, (max-width: 768px) 90vw, (max-width: 1024px) 80vw, 760px"
src="https://enjeux.unite-action.fr/post/293/22-23-da-silva/22-th3_hu_2bb15fb13c9d6cce.webp"
width="474"
height="203"
loading="lazy" data-zoomable /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis une dimension qualitative, avec le changement du rôle de l’État dans l’économie, une centralisation du pouvoir entre les mains de l’État. Car une société dont la guerre devient l’objectif prioritaire ne fonctionne pas comme en situation de paix. Le mode de décision décentralisé par le marché n’est pas adapté à la guerre. Le marché ne peut pas gagner la guerre.
Il y a besoin de coordination économique autoritaire : où affecter le « capital humain » ? Au travail dans les usines ? Au front ? La guerre entraîne inéluctablement de fortes restrictions de libertés, économiques et humaines. La nécessité de mobiliser le capital - monnaie, matières premières, usines, terres… - implique centralisation des processus décisionnels et donc planification étatique : le marché recule en temps de guerre. Même si le capitalisme s’accommode très bien de la guerre qui fait le bonheur des vendeurs d’armes. Mais la guerre implique une place plus importante de l’État, avec par exemple des recettes fiscales supplémentaires : nul hasard si le vote de l’impôt sur le revenu en France correspond à l’entrée en guerre en 1914. Le sujet avait été soulevé puis mis de côté depuis la défaite contre la Prusse en 1870. L’ordre social est bousculé par le déclenchement du premier conflit mondial. Historiquement, l’État et les instruments de l’État se sont construits par et dans la guerre. Pour faire la guerre, une armée est nécessaire, elle ne peut être financée que par l’impôt centralisé et « imposée » aux contribuables, d’où le développement de l’administration pour la collecte et la création de moyens de coercition, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd’hui, si le débat existe, la France est très éloignée d’une économie de guerre : l’État ne décide pas des secteurs d’emploi de la main-d’œuvre, la répression sociale se poursuit mais dans un cadre « classique », le capital n’est pas exceptionnellement mis à contribution. L’augmentation des dépenses d’armement ne suffit pas à nous placer en économie de guerre. Rappelons qu’aujourd’hui un point de PIB correspond en France à environ 30 milliards d’euros quand la Sécurité sociale en représente près de 700. Ce thème apparaît largement instrumentalisé pour imposer une politique impopulaire, défaite électoralement, en agitant une menace réelle ou fantasmée.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="le-rôle-de-létat--retour-de-keynes-ou-continuité-néolibérale-"&gt;Le rôle de l&amp;rsquo;État : Retour de Keynes ou continuité néolibérale ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : Le concept renvoie à un rôle plus important de l&amp;rsquo;État à rebours des orientations libérales depuis les années Thatcher et Reagan : est-ce le retour de Keynes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nicolas Da Silva : Cela serait à nuancer très fortement. L’État en réalité, et en dépit de Thatcher et Reagan, n’a jamais cessé de s’impliquer dans l’économie, il y demeure même omniprésent, d’abord en soutien financier du marché.
La dépense publique est une recette privée. Les retraites alimentent la consommation et cela est souvent considéré de façon défavorable par les gouvernants, le système de santé nourrit l’industrie pharmaceutique et cela est souvent considéré de façon favorable par les gouvernants. Les classes dominantes ne refusent pas la dépense publique, tout dépend à qui elle bénéficie. Le néolibéralisme ne prône pas le marché omnipotent avec un État minimal mais une alliance spécifique entre le marché et l’État. Un des aspects de cela se donne à voir par une inflation normative nécessaire pour rendre viables les marchés. Malgré les discours l’État est contraint de financer des secteurs entiers de l’économie. La part des dépenses publiques dans le PIB stagne d’ailleurs en France depuis une vingtaine d’années. Depuis 2008 et la crise des subprimes, l’État est massivement présent, en soutien du capitalisme, notamment par le sauvetage des banques. L’État reste donc omniprésent au chevet d’une économie encore largement sous perfusion de capitaux publics. Enfin la pandémie a prouvé s’il le fallait que les entreprises capitalistes ont besoin d’un cadre stable, que seul l’État peut garantir. Certains économistes vont plus loin et tirent d’ailleurs la conclusion que la période néolibérale, ouverte dans les années 80, était finie, une hypothèse que les évolutions géo politiques actuelles tendent à confirmer. Du reste, la progression de l’extrême droite peut aussi se lire comme une conséquence de l’échec du néo libéralisme à satisfaire les peuples.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="léconomie-de-guerre--cadre-national-ou-union-européenne-"&gt;L&amp;rsquo;économie de guerre : cadre national ou Union Européenne ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : Une économie de guerre peut-elle s&amp;rsquo;inscrire dans le seul cadre national et dans le cas contraire quelles conséquences sur l&amp;rsquo;évolution de l&amp;rsquo;Union Européenne ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nicolas Da Silva : Une question complexe, qui dépasse largement mes compétences. Pour commencer, une conflictualité dont l’initiative viendrait de l’extérieur n’est pas la seule hypothèse. Aussi bien Trump que Poutine ont leurs partisans en Europe, que ce soit en Hongrie, en Roumanie, mais aussi en Italie, Allemagne ou en France. Pour beaucoup de gens de ma génération - je suis né en 1987 - et de mon milieu professionnel, la construction européenne relevait de l’évidence, mais elle n’est pas nécessairement partagée par les opinions publiques européennes. En ce qui concerne une menace extérieure, il est difficile d’envisager des scénarios extrêmes. Constatons que depuis plusieurs décennies de nombreux exemples existent de grandes puissances qui ne parviennent pas à conquérir des pays plus modestes, mais où ils se heurtent à une résistance nationale, comme en Afghanistan et aujourd’hui (dans une moindre mesure) l’Ukraine.
Comment penser que certaines de ces grandes puissances oseraient s’affronter directement entre elles ? Je reste très dubitatif quant à ce type de scénario. Notamment pour ces raisons, les conditions d’approfondissement de la construction Européenne ne me semblent pas beaucoup plus avancées aujourd’hui qu’hier. Pensé depuis presque un siècle, ce projet peine encore à dépasser les seuls enjeux économiques.
Ce n’est pas faute d’opportunités pour le faire. Mais ce serait loin d’être un drame car les coalitions entre pays européens sont aussi anciennes que ces pays eux-mêmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis par Matthieu Leiritz&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Les CPGE : système élitiste ou voie d’accès à la démocratisation ?</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/293/20-21-cpge/</link><pubDate>Sat, 05 Jul 2025 21:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/293/20-21-cpge/</guid><description>&lt;h1 id="les-cpge--système-élitiste-ou-voie-daccès-à-la-démocratisation-"&gt;Les CPGE : système élitiste ou voie d’accès à la démocratisation ?&lt;/h1&gt;
&lt;p&gt;La question des CPGE a fait l’objet, lors du dernier congrès national de la FSU à Rennes, de débats serrés et intenses. Julien Luis, responsable national des CPGE pour le SNES-FSU, Caroline Mauriat, secrétaire générale du SNESUP-FSU et Raymond Gruber, membre du BN du SNESUP-FSU, ont bien voulu y revenir pour Enjeux.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="enjeux-du-débat-sur-les-cpge-à-la-fsu"&gt;Enjeux du débat sur les CPGE à la FSU&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : Pourquoi les CPGE ont représenté un sujet de débat lors du dernier Congrès de la FSU, notamment entre courants de pensée ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Julien Luis : Lors des congrès FSU précédents, les Classes Préparatoires aux Grandes Écoles (CPGE) n’étaient pas un sujet de débat particulier, elles étaient abordées de manière globale avec l’étude du post-bac des lycées, les CPGE relevant plus spécifiquement du champ de syndicalisation du SNES-FSU. Il en a été autrement cette année car, dans les écritures préparatoires au Congrès de Rennes, il y a eu une tentative de la part d’École Émancipée d’exclure explicitement
les CPGE des textes, ce courant de pensée s’étant toujours opposé aux CPGE. Une vingtaine de sections départementales et notre courant de pensée Unité &amp;amp; Action ont réalisé un énorme de travail de conviction pour inclure les CPGE dans les écritures finales qui appréhendent désormais le supérieur dans toute sa diversité dont les CPGE. Cela a donné lieu à des débats très intéressants lors de ce Congrès de Rennes qui ont été l’occasion de réaffirmer que l’ambition de la FSU est de permettre aux jeunes de toutes les catégories sociales d’obtenir les qualifications et les diplômes les plus élevés possibles. Les CPGE, comme les autres formations du supérieur, participent de cet objectif en permettant à des jeunes, y compris des milieux populaires, d’accéder au master voire au doctorat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des points d’achoppement est le coût des études qui comporte des écarts très importants dans le supérieur entre le coût moyen d’un étudiant à l’université (11 190 €), en BTS (15 630 €) et celui d’un en CPGE (17 260 €), chiffre de 2022. Ces écarts, indéniables, sont essentiellement dus à de grandes disparités en termes d’heures de cours et d’interrogations orales. Ils expliqueraient, selon ÉÉ, pour partie les difficultés de financement des universités. Mais pour Unité &amp;amp; Action, au lieu de d’envisager de supprimer les CPGE, il est au contraire « impératif de donner les moyens humains et financiers suffisants à l’ensemble de l’enseignement supérieur public dans une dynamique de convergence par le haut de la dépense moyenne par étudiant. » (mandats FSU du Congrès de Rennes 2025).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Caroline Mauriat, Raymond Gruber : Lors du dernier Congrès de la FSU, lors de la phase d’écriture des textes, mais aussi dans les congrès départementaux, les camarades d’École Émancipée (EE) ont porté le mandat de suppression des CPGE et ont œuvré pour qu’elles n’apparaissent plus dans les textes concernant la démocratisation de l’accès aux formations publiques du post-bac. Au SNESUP-FSU ils et elles se sont appuyé·es sur les statistiques de 2023-2024 de l’observatoire des inégalités et de l&amp;rsquo;INSEE qui montrent que les enfants de cadres et professions intellectuelles supérieures sont sur-représentés en CPGE, puisqu’y représentant un peu plus de 50% des effectifs alors que les cadres représentent 23% de l’ensemble de la population en 2024, .
Cet argument est à leurs yeux suffisant pour en demander la suppression. Ce n’est cependant pas le mandat du SNESUP-FSU qui demande l’alignement du financement par étudiant·e au niveau de celui des lycéen·nes de CPGE assorti d’un rapprochement entre CPGE et université. En ce sens, le SNESUP-FSU a soutenu l’obligation d’inscription dans un cursus universitaire pour les élèves de CPGE. Enfin, rappelons que ce débat sur la démocratisation de l’enseignement supérieur s’inscrit dans un contexte budgétaire d’austérité dans les universités. Contrairement aux classes préparatoires, les universités doivent payer leurs propres personnels. Face au gel des subventions publiques, certaines universités réfléchissent à supprimer des sites de proximité pour faire des économies, ou à réduire les capacités d’accueil de certaines filières.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="démocratisation-des-cpge--leviers-et-perspectives"&gt;Démocratisation des CPGE : leviers et perspectives&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : La question d&amp;rsquo;une démocratisation accrue de cette voie d&amp;rsquo;excellence se pose. Comment y travailler ? sur quels leviers s&amp;rsquo;appuyer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Julien Luis : La question de la démocratisation des CPGE est fondamentale car c’est vrai que les CPGE ne sont pas assez ouvertes socialement. Mais c’est tout à l’honneur d’Unité &amp;amp; Action d’œuvrer sur le terrain pour plus de mixité sociale. Pour ÉÉ, les CPGE participent de la reproduction des inégalités scolaires et sociales c’est pourquoi, selon ce courant de pensée, il faudrait les éliminer. Unité &amp;amp; Action fait une tout autre analyse : les CPGE ne sont pas la cause des inégalités sociales d’accès à ces classes mais le reflet d’un tri social qui s’opère en amont dans le système scolaire. Il convient donc de démocratiser l’accès au lycée général d’où sont issus 90% des étudiants de CPGE, ce qui est en parfaite cohérence avec les mandats de la FSU. D’autre part, on peut considérer que les CPGE publiques peuvent représenter un recours face à l’offensive massive du privé dans le supérieur pour des jeunes qui ne viennent pas de familles favorisées et qui souhaitent se lancer dans des études longues : elles sont gratuites (pour les boursiers) ou presque (coût de l’inscription à l’université pour les autres), accessibles grâce au réseau des prépas de proximité. Rappelons que 85% des CPGE sont publiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, grâce notamment au travail de conviction de militants FSU sur la nécessaire ouverture sociale du post-bac réalisé année après année, certains rectorats décident d’ouvrir des classes à destination de bacheliers technologiques ou professionnels.
Aujourd’hui, 40% des étudiants de CPGE sont inscrits dans une prépa de proximité dont le maillage territorial dans des lycées publics est serré, ou dans des prépas pour bacheliers technologiques ou professionnels. Les boursiers dépassent désormais les 30% des effectifs dans les CPGE publiques et 62% des boursiers qui demandent une classe prépa obtiennent une proposition dans leurs vœux. Il faut poursuivre ce travail. Le développement des internats ouverts y compris le week-end permettrait par exemple de lever certains freins pour beaucoup de familles empêchées par les prix de l’immobilier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Caroline Mauriat, Raymond Gruber : Pour le SNESUP-FSU, l’Université représente également une voie d’excellence en offrant une formation à et par la recherche. De plus, les Grandes Écoles ont ces dernières années diversifié leurs viviers de recrutement en recrutant des étudiants de cursus universitaires – Licences ou BUT – que ce soit par admission sur titres ou via un concours spécifique. Si les classes préparatoires de proximité contribuent à la démocratisation de l’enseignement supérieur, elles ne peuvent être vues comme le seul levier d’action, notamment eu égard aux effectifs relatifs entre classes préparatoires et l’Université. Le SNESUP-FSU prône l’existence de formations publiques de proximité, permettant aux jeunes de s’inscrire dans la filière de leur choix, CPGE ou filières universitaires.
Pour le SNESUP-FSU la démocratisation passe avant tout par une diversification accrue du public accueilli pour augmenter la part d’enfants d&amp;rsquo;ouvriers et d’employés, mais également en permettre l’accès à davantage de filles.
En 2023 et 2024 celles-ci ne représentaient globalement que 40% des effectifs avec une baisse de 1,6% dans la filière scientifique en 2023, .
Si des actions en amont sont nécessaires pour que les enfants d’ouvriers et d’employés, les filles, etc. se projettent dans les métiers auxquels mènent les classes préparatoires, il faut aussi certainement continuer sur la voie d’amélioration de l’accueil des élèves boursiers qui représentent 28,3% des élèves en classe préparatoire en 2023-2024 (30,5% dans le public et 15,6 % dans le privé). Par comparaison, les IUT en accueillent 47,1%, les universités 40,1% et les STS hors apprentis, 54,8% (58,2% pour les STS publiques, 43,9% pour les privées).
Le SNESUP-FSU défend l’accès de toutes les bachelières et tous les bacheliers à des formations supérieures dont la finalité est à la fois l’insertion professionnelle et la poursuite d’études, cette double finalité conduisant à donner du sens aux enseignements et à construire l’engagement des étudiant·es dans les apprentissages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis par Benoit Hubert&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Face à la tentation du repli</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/293/18-19-tentation/</link><pubDate>Sat, 05 Jul 2025 20:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/293/18-19-tentation/</guid><description>&lt;h2 id="face-à-la-tentation-du-repli"&gt;Face à la tentation du repli&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;« Identité française », « Nation » : la vie politique est aujourd’hui saturée de débats sur ces concepts ou plutôt ces mots lourds de querelles possibles, de sens différents, des « mots - pièges », souvent instrumentalisés par la Droite et l’extrême Droite, tant en France qu’à l’étranger dans leurs équivalences locales, dans un objectif d’exclusion de catégories entières, souvent issues de l’immigration. Raison de plus pour réfléchir posément à ces notions. Patrick Weil, historien, politologue, directeur de recherches au CNRS, Centre d&amp;rsquo;Histoire sociale du 20ème siècle (université de Paris1 Panthéon-Sorbonne), a bien voulu répondre aux questions d’Enjeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a écrit de nombreux ouvrages sur ces questions dont De la laïcité en France, Folio, 2022 et Le Sens de la République, Folio, 2016
Citons également Un fou à la Maison Blanche, Odile Jacob poches, coll. « Document », Paris, août 2024 (sur le président Woodrow Wilson…)&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="définir-lidentité-française"&gt;Définir l&amp;rsquo;identité française&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : Comment définir « l’identité » française ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Patrick Weil : Elle repose, selon moi, sur quatre piliers : l’égalité, la langue commune, la laïcité et une mémoire positive de la révolution de 1789. Il ne s’agit, sur ce dernier point, de la nécessité d’une adhésion entière aux luttes des révolutionnaires mais d’une inscription de 89 en tant qu’héritage et source de modes et de pratiques de mobilisations collectives, telles par exemple les manifestations, les défilés revendicatifs. C’est ainsi que la Droite française se mobilise, on s’en souvient, qu’il s’agisse des manifestations en faveur de l’école privée catholique en 1984 ou plus récemment de la « manif pour tous ». Mais le pilier sans doute le plus significatif de la nation française est sans doute l’aspiration à l’égalité, plus forte que tout, là encore notamment un héritage de la mise à bas des privilèges de la naissance pendant la Révolution. L’adhésion à la langue française, à la culture française constitue également un ciment important, comme en témoignent les politiques publiques, que pour le moment personne ne remet en cause, de protection du livre depuis la loi Lang, ou le soutien fiscal au cinéma français, ou encore le statut de l’Académie française et les permanents débats sur l’orthographe et la grammaire… Ce n’est d’ailleurs pas une spécificité française : le Bengladesh dédie à la langue du pays un jour férié. La laïcité reste enfin un marqueur important, pour les Français comme pour nombre de pays étrangers, au cœur de notre identité historique et politique.
Ces 4 piliers me paraissent toujours valables pour définir une spécificité nationale qui permet d’unir et de rassembler tous les Français.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="la-nation--un-enjeu-actuel-"&gt;La Nation : un enjeu actuel ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : En quoi la Nation constitue elle un enjeu actuel?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Patrick Weil : On voit bien que, depuis Nicolas Sarkozy jusqu’à François Bayrou, les gouvernements conservateurs ouvrent régulièrement le débat sur ce qu’ils appellent, assez malencontreusement, l’« identité nationale ». Il me semble qu’aujourd’hui cette incantation révèle surtout un manque que le pouvoir politique est incapable de combler. Le 11 novembre 1918, jour de l’armistice qui met fin à la Grande Guerre, Georges Clémenceau, alors chef du gouvernement, se rend à la Chambre des députés et au Sénat pour y livrer un très bref discours dans lequel il place cette tirade célèbre : « la France… autrefois soldat de Dieu, aujourd’hui soldat de l’humanité, toujours soldat de l’idéal ! ». Ce qu’il voulait dire reste toujours actuel : dans une république, pour faire Nation, un idéal commun est nécessaire, non en regardant vers un passé mythifié ou dénigré, mais en se projetant vers un avenir commun et rassembleur. C’est cela que les Français parfois inquiets ne voient pas aujourd’hui, d’où peut être la tentation du repli sur un passé idéalisé. Les dirigeants politiques ne devraient pas se défausser sur les citoyens de ce débat nécessaire mais au contraire l’animer.
![18-mai 68.webp](18-mai 68.webp)&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="inquiétudes-sur-lavenir-de-la-nation"&gt;Inquiétudes sur l&amp;rsquo;avenir de la Nation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : Comment expliquer l’inquiétude qui semble progresser sur l’avenir de la Nation française ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Patrick Weil : L’État - nation est, ou devrait être, l’expression de la souveraineté des citoyens. Or la mondialisation en expansion effrénée a imposé ses normes aux États de plus en plus dépouillés de cette souveraineté. Alors que progressent de manière spectaculaire les inégalités, l’État nation reste, pour beaucoup, notamment parmi les plus fragiles et les plus démunis, comme une protection, un rempart, notamment face à un capital de plus en plus internationalisé. L’État nation est également perçu comme un cadre qui s’oppose aux tentations de trouver des solutions collectives dans le communautarisme c’est-à-dire de conceptions qui placent la loi de la communauté – quelle qu’elle soit, religieuse ou ethnique – au-dessus de celle de la République, expression et garante de l’intérêt général. Mais face au RN qui incarne une vision suprémaciste et raciste de l’État, il faut affirmer à mon sens, le retour de l’État nation protecteur universaliste et internationaliste. C’est ce voulaient les concepteurs de la loi de 1905 qui institue la séparation des églises et de l’État : il s’agissait d’en finir avec le concordat qui déléguait la gestion des catholiques à une puissance étrangère le Vatican, en affirmant le droit de la République à définir le statut égal de tous les cultes dans le cadre la liberté pour chacun de croire ou de ne pas croire : cet universalisme, qui d’ailleurs n’interdit pas la vie associative communautaire tant qu’elle ne prétend pas exercer une contrainte sur les citoyens et les pouvoirs publics, reste un modèle d’avenir. D’un autre côté, on ne peut que constater aujourd’hui le retour en force des États nations suprémacistes, en dernier lieu aux États-Unis sous la houlette de Donald Trump. Pour faire face, il faut affirmer la solidarité internationale des démocraties dans un cadre international et mondial qui mérite d’être réformé.
&lt;figure &gt;
&lt;div class="flex justify-center "&gt;
&lt;div class="w-full" &gt;
&lt;img alt="18-zG05950.webp"
srcset="https://enjeux.unite-action.fr/post/293/18-19-tentation/18-zG05950_hu_6ca593a90dcbfa54.webp 320w, https://enjeux.unite-action.fr/post/293/18-19-tentation/18-zG05950_hu_e50fdbae5a00fa16.webp 461w"
sizes="(max-width: 480px) 100vw, (max-width: 768px) 90vw, (max-width: 1024px) 80vw, 760px"
src="https://enjeux.unite-action.fr/post/293/18-19-tentation/18-zG05950_hu_6ca593a90dcbfa54.webp"
width="461"
height="760"
loading="lazy" data-zoomable /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="favoriser-la-cohésion-nationale"&gt;Favoriser la cohésion nationale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : Comment favoriser la cohésion nationale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Patrick Weil : De beaucoup de façons, même si certaines semblent inadéquates. Il en va ainsi du droit de vote pour les étrangers à toutes les élections. Je n’y suis pas opposé, mais cela me semble totalement hors sujet. Historiquement, il s’agit d’une revendication née dans les années soixante-dix eu égard à l’immigration algérienne. Les travailleurs algériens étaient installés de longue date en métropole et étaient légitimes à participer aux affaires de la cité. Mais ils ne se voyaient pas demander la nationalité française quelques années après avoir conquis l’indépendance et la nationalité algérienne en 1962. C’est pourquoi en solidarité avec eux, on a demandé le droit de vote aux élections locales, notamment la jeune génération, née en France donc française, pour leurs parents, qui payaient des impôts etc. Mais aujourd’hui la question ne se pose plus guère je crois. Beaucoup plus important pour la cohésion nationale serait d’en finir avec les discriminations qui touchent en particulier les jeunes, à commencer par les contrôles d’identité au faciès. Je suis radicalement opposé au principe même de ces contrôles d’identité, qui ont été supprimés au Royaume-Uni par Theresa May ou à New York par le maire De Blasio, et qui sont contraires au principe de l’égalité des citoyens devant la loi. Autre exemple de ce qu’il est possible concrètement de réaliser : avec mon association « Bibliothèques sans frontières » nous intervenons dans les quartiers nord de Marseille avec un programme appelé « Entre Générations ». Des jeunes de ces quartiers vont interviewer leurs grands-parents sur des événements politiques importants qui ont marqué leur vie. Ils préparent les interviews, enregistrent les témoignages et les partagent avec les professeurs d’histoire avec lesquels ils vont travailler sur le rapport entre mémoire et histoire. Cela suscite souvent le vif intérêt des élèves car cela part d’un vécu familial.
Le sentiment d’appartenance à la nation passe également par une meilleure connaissance et appropriation de son histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis par Matthieu Leiritz&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Entretien avec Flavien Bénazet secrétaire général du SNUIPN</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/293/16-snuipn/</link><pubDate>Sat, 05 Jul 2025 18:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/293/16-snuipn/</guid><description>&lt;h2 id="entretien-avec-flavien-bénazet-secrétaire-général-du-snuipn"&gt;Entretien avec Flavien Bénazet, secrétaire général du SNUIPN&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : Pourrais-tu nous présenter le SNUIPN ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Flavien Benazet : D’abord un constat. Nous avons beaucoup progressé en nombre d’adhérent·es, notamment parmi les personnels administratifs, techniques et scientifiques du ministère de l’Intérieur ; avec un nouveau camarade au CSA de l’administration centrale, nous pouvons mener un travail en leur direction, avec des réponses concrètes à leurs demandes. Le travail collectif d’organisation paye, dans la continuité de l’action de notre camarade Philippe Vollot qui a longtemps milité à la FSU.
Nous comptons aujourd’hui près de 150 adhérents avec 70% ATS et 30% de policiers.
Pouvoir poser l’étiquette FSU est évidemment pour nous un avantage, comme à l’époque du Snu Clias puis du Snuitam.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="pourquoi-adhérer-au-snuipn-"&gt;Pourquoi adhérer au SNUIPN ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : Dans un monde policier largement syndiqué, pourquoi adhérer au Snuipn ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Flavien Benazet : Je partirai de l’exemple d’un adhérent récent. Policier depuis seulement 5 ans, non syndiqué jusque-là, exerçant dans le 13e arrondissement de Paris, il vient de nous rejoindre. Il est tombé sur nos textes par les réseaux sociaux, notre positionnement syndical et politique lui a plu, et notre forme de syndicalisme. Aucune autre organisation ne l’attirait. S’agissant des ATS, le fait que la FSU soit la deuxième fédération représentative dans la Fonction publique compte, or la FSU agit pour une FP forte, avec des effectifs plus importants, alors que la tendance dans ces secteurs est à une baisse des recrutements conjuguée à une intensification du travail.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="liens-entre-le-snuipn-et-la-fsu"&gt;Liens entre le SNUIPN et la FSU&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : Deux mois après le congrès national de la FSU, comment vois-tu les liens entre le Snuipn et la fédération ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Flavien Benazet : Le protocole signé entre le SNUIPN et la FSU donne des garanties à celles et ceux qui semblaient redouter notre entrée immédiate dans la fédération, notamment les camarades de Front unique et d’Émancipation. En ce qui nous concerne, nous vivons cette période transitoire comme une forme de continuité puisque nous sommes issus de la FSU.
Nous sommes très satisfaits de ce protocole que nous voyons comme une étape nécessaire même si, bien sûr, nous aurions souhaité que cela aille plus vite. Il faut aussi comprendre que certains de nos militants se sentent discriminés par des discours de défiance sur le métier de policier, ainsi que par les amalgames trop fréquents entre des exactions policières que le SNUIPN dénonce fortement et publiquement, et des comportements de policiers qui seraient toutes et tous racistes ou ignorants, ce qui est faux et injuste. Nous nous sentons à notre place dans la FSU, nous siégeons régulièrement dans ses instances, CDFN ou BDFN, certes sans droit de vote. Nous travaillons en étroite coopération avec le secrétariat général, hier avec Benoît Teste, dorénavant avec Caroline Chevé, notamment dans notre communication. Nous avons assisté au dernier congrès national de la FSU en tant qu’invités, sans malheureusement avoir pu prendre la parole, mais l’intégration suit son cours, comme prévu collectivement dans le cadre du protocole. Nous avons vraiment besoin du sigle FSU qui protège nos adhérents, notamment les lanceurs d’alerte, ce sigle constitue comme un bouclier, il faut en avoir conscience.
Nous apportons à la FSU nos analyses, notre connaissance professionnelle des questions de maintien de l’ordre : nous plaidons ainsi pour le retour à une véritable police de proximité, une police républicaine, et la fin de la politique du chiffre voulue naguère par Nicolas Sarkozy.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="état-du-syndicalisme-policier-en-france"&gt;État du syndicalisme policier en France&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : Quel regard portes-tu sur l&amp;rsquo;état du syndicalisme policier en France ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Flavien Benazet : Il me semble comme plongé dans un état de sommeil avec des organisations majoritaires comme Alliance, Unité (FO), ou l’Unsa qui se comportent davantage comme des associations d’accompagnement du ministère de l’Interieur que comme des organisations de défense collective des professions et des missions de la Police nationale. Elles n’agissent exclusivement que pour leurs propres adhérents, dans une logique individuelle « d’achat » des voix des collègues : rien sur les revendications collectives comme les recrutements, le gel du point d’indice, les 10%. Du reste Unité ou l’Unsa ne sont rattachées à des confédérations qu’en raison des obligations nées des lois sur la représentativité. Par ailleurs, le glissement d’Unité vers l’extrême droite ou à tout le moins la droite dure se confirme, dans une logique de surenchère avec Alliance, l’ex SGP FO n’existe plus, Unité se transforme en Alliance bis avec naturellement le risque que les agents préfèrent l’original à la copie, avec le soutien des médias de Bolloré.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="rapports-avec-la-cgt-police"&gt;Rapports avec la CGT Police&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : Quels sont vos rapports avec la CGT Police ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Flavien Benazet : Plutôt bons, notamment dans le cadre du CSA de l’administration centrale, idem à la préfecture de police de Paris, où la section CGT est directement rattachée à la confédération, nous avions entamé un travail en vue de listes communes qui n’a malheureusement pu aboutir jusqu’à présent. Le Snuipn reste ouvert à cette perspective, sous réserve de réponses de la part de la CGT.
Propos recueillis par Matthieu Leiritz&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Jean-Louis Arajol : Refonder une police républicaine</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/293/17-arajol/</link><pubDate>Sat, 05 Jul 2025 18:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/293/17-arajol/</guid><description>&lt;h2 id="entretien-avec-jean-louis-arajol"&gt;Entretien avec Jean-Louis Arajol&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Jean-Louis Arajol intègre la Préfecture de Police de Paris en 1984. Il devient secrétaire général du Syndicat Général de la Police (SGP). Partisan d’une police républicaine, pour une société plus sûre et juste, militant, au sein du collectif Police République et Citoyenneté.
Il vient de publier Insécurité : état d’urgence.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="refonder-la-sécurité-publique--quelles-priorités-"&gt;Refonder la sécurité publique : quelles priorités ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : Vous proposez 60 pistes pour repenser la sécurité publique. Lesquelles considérez-vous comme les plus urgentes pour refonder une police républicaine et restaurer la confiance entre citoyens et forces de l&amp;rsquo;ordre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Louis Arajol : Les politiques publiques actuelles s’appuient sur un même modèle « illibéral » qui privilégie la paupérisation du Service Public et la privatisation de la lutte contre l’insécurité. La priorité est donc de changer de modèle. La lutte contre l’insécurité doit être abordée de façon globale et non exclusivement sécuritaire. C’est à l’injustice sociale qu’il convient d’abord de s’attaquer. Une nouvelle Loi d’Orientation et de programmation « Police-Justice » priorisant ces deux services publics doit inscrire dans le marbre ce changement radical de ligne politique. À des fins purement démagogiques et électoralistes la « démocratie de l’urgence » et la « médiocratie » engendrent une surenchère exclusivement répressive, totalement superficielle et surtout inefficace. Aujourd’hui, c’est le concept de « rentabilité » qui prime. Les policiers sont peu à peu transformés en machines à produire. Ils sont jugés sur la quantité et non sur la qualité de leur travail. Cette course à la performance conduit non seulement à un mal-être au sein de la profession qui facilite « l’appel du vide » mais aussi à des tensions, source de nombreux incidents, et qui creusent toujours plus le fossé entre les policiers et le peuple dont ils sont pourtant issus.
La police républicaine est au service de tous et non une police conçue pour la défense d’un intérêt ou d’un ordre particulier. Il est impératif de marquer un temps d’arrêt dans le délire politicien démagogique et législatif actuel, puis de dresser un diagnostic précis et partagé de la situation.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="le-rôle-des-syndicats-dans-la-défense-des-valeurs-républicaines"&gt;Le rôle des syndicats dans la défense des valeurs républicaines&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : Quelle est, selon vous, la place actuelle des syndicats dans la défense des valeurs républicaines au sein de la police et comment peuvent-ils contribuer à une &amp;ldquo;révolution culturelle&amp;rdquo; que vous appelez de vos vœux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Louis Arajol : Depuis des années, le mouvement social policier privilégie désormais le corporatisme et a totalement délaissé le combat sur les valeurs qui honoraient le syndicalisme policier républicain et le métier. Aucune déclaration, aucun projet, aucune prise de position de fond comme le faisaient historiquement tous les Secrétaires Généraux du SGP. Une histoire et des faits qui sont relatés dans mon livre qui est avant tout un « manifeste pour une police républicaine ». D’un syndicalisme authentique de terrain, on est passé au fil des ans à une forme de « syndicratie » énormément nuisible et pour les collègues et pour la crédibilité du mouvement social policier.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="centenaire-du-syndicat-général-de-la-police"&gt;Centenaire du Syndicat Général de la Police&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : Votre livre paraît à l&amp;rsquo;occasion du centenaire du Syndicat Général de la Police. Comment évaluez-vous l&amp;rsquo;évolution du syndicalisme policier depuis sa création et quelles réformes institutionnelles seraient nécessaires pour renforcer son efficacité dans un contexte de crise sécuritaire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Louis Arajol : Nous avons en effet célébré l’an dernier avec notre association « Police République Citoyenneté » le centenaire du Syndicat Général de la Police, premier syndicat de policiers et porte-étendard historique de la Police Républicaine. Depuis l’an dernier, ce sigle a été hélas honteusement rayé des écrans radars du paysage syndical policier. Mais le SGP, que même les nazis n’ont pu faire disparaître, renaîtra de ses cendres. Le SGP ultra-majoritaire jusqu’aux années 2000, à l’origine des plus grandes avancées sociales au sein de la profession a toujours fait sa force par une ligne politique privilégiant l’éthique et la défense du métier. Il faut donc travailler et militer pour une refondation républicaine du syndicalisme policier à l’image de ce que fut le SGP. Il faut renouer avec un syndicalisme alliant clairement une ligne républicaine, la production d’idées et une organisation interne privilégiant le militantisme à la bureaucratie et au petit confort des appareils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis par Matthieu Leiritz&lt;/p&gt;</description></item><item><title>La nature en révolution</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/293/14-15-la-nature/</link><pubDate>Sat, 05 Jul 2025 17:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/293/14-15-la-nature/</guid><description>&lt;h2 id="la-nature-en-révolution"&gt;La nature en révolution&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Entretien avec Corinne Marache&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’histoire environnementale connaît en France un véritable engouement depuis plusieurs années. En témoigne par exemple la publication du premier tome d’un livre collectif, La nature en révolution. Une histoire environnementale de la France (1780 - 1870), à la Découverte, mars 2025. Corinne Marchal, professeure à l’université Bordeaux - Montaigne a participé à sa rédaction, elle a bien voulu répondre aux questions d’Enjeux. Les volumes 2 (1871-1940) et 3 (de 1940 à nos jours) sont en paraître dans le courant de cette année.
Corinne Marache a également publié Les petites villes et le monde agricole, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="histoire-environnementale-vs-histoire-de-lenvironnement"&gt;Histoire environnementale vs. Histoire de l&amp;rsquo;environnement&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : En quoi l&amp;rsquo;histoire environnementale diffère-t-elle de l&amp;rsquo;histoire de l&amp;rsquo;environnement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Corinne Marache : L’histoire de l’environnement a précédé de beaucoup l’histoire environnementale, les deux démarches sont différentes. Depuis longtemps, des historiens et historiennes ont étudié les zones forestières par exemple, ou les zones humides. L’histoire dite « environnementale » se fixe comme objectif d’étudier les interactions entre les humains et les milieux où ils vivent, comment ils s’y adaptent et l’influencent. Cette approche s’est développée d’abord dans les pays anglo saxons, notamment aux États-Unis, dans les années 1960 et 1970, en lien avec les chocs pétroliers et la crise de l’énergie. Les problèmes liés aux dérives de l’agriculture productiviste ont également particulièrement attiré l’attention des chercheurs. La sortie de Silent spring, le best-seller de Rachel Carlson (1907 - 1964), biologiste pionnière de l’écologie aux États-Unis, a contribué dès 1926 à alerter l’opinion publique sur les effets négatifs des pesticides sur l&amp;rsquo;environnement, et plus particulièrement sur les oiseaux.
En France il faut attendre les années 2000 pour que se développe le champ de l’histoire environnementale, autour d’une poignée d’historiens et d’historiennes, qui sont fédérés depuis 2008 au sein du RUCHE (Réseau universitaire des chercheurs et chercheuses en histoire de l’environnement).&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="prise-de-conscience-et-résistances-face-à-la-révolution-industrielle"&gt;Prise de conscience et résistances face à la révolution industrielle&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : Les conséquences environnementales de la révolution industrielle ont-elles entraîné en France une prise de conscience précoce ? Des résistances ? Notamment dans le mouvement ouvrier et / ou socialiste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Corinne Marache : Ce ne sont pas mes axes principaux de recherche, mais il existe très tôt une approche politique de l’environnement, notamment par le lien entre construction d’une nation et spécificité des paysages nationaux.
Le mouvement socialiste - et anarchiste, je pense ici notamment au grand géographe Elisée Reclus (1830 - 1905)&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;n’est pas resté indifférent, il a manifesté ainsi un souci de préservation de la nature comme élément constitutif de la lutte pour l’émancipation des prolétaires dans le contexte de la Révolution Industrielle. Cela allait d’ailleurs jusqu’à la compassion à l’égard de la souffrance des animaux, compagnons des prolétaires au quotidien, et également exploités par le capitalisme. François Jarrige a traité cette question dans La ronde des bêtes, en montrant que la Révolution industrielle a coïncidé avec l’apogée du travail animal pour actionner les nombreux moteurs animés, ou pour la traction que ce soit pour tirer les premiers tramways urbains ou les wagonnets de charbon dans les mines.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;h2 id="les-premières-démarches-de-protection-de-lenvironnement-en-france"&gt;Les premières démarches de protection de l’environnement en France&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : Peut-on dater les premières démarches de protection de l’environnement en France ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Corinne Marache : les inquiétudes relatives à la conservation de la capacité des sols à produire sont très anciennes, antérieures même au 18è siècle, pour autant que nous puissions les identifier dans les communautés rurales.
Les habitants se demandent comment utiliser les ressources de leur environnement - terres, forêts, animaux… - de façon durable. Leur souci n’est pas « écologique » au sens contemporain du terme. Il s’agit plutôt d’assurer la pérennisation des ressources. À partir de la fin du 18è siècle la population française augmente fortement, le spectre du recul des forêts, du ravinement des pentes montagneuses et des risques d’inondation, ou encore celui de l’épuisement des sols pèse sur les populations et se repère dans de nombreux discours. Il ne s’agit pas de préserver l’environnement mais de le conserver pour faire face aux besoins humains.
Au milieu du 19è siècle, s’amorce une nouvelle prise de conscience des risques de perte d’un patrimoine environnemental. Les populations sont de plus en plus mobiles, le tourisme balbutie, certains milieux artistiques se préoccupent de la dégradation des paysages sous les coups de la modernité industrielle, les romantiques déplorent la surexploitation d’une nature toujours plus anthropisée, le recul de la nature « sauvage » cadre de nombre de leurs œuvres (exemple de l’école de Barbizon).
L’expression « écologie » apparaît vers 1870 en France, alors que les terres cultivées atteignent leur maximum, et que le parc naturel de Yellowstone est fondé en 1872. En Angleterre et aux États-Unis se développe très tôt le souci de préserver les espaces.
En France, la frontière entre les animaux nuisibles et utiles évolue. Les oiseaux granivores, jusqu’alors volontiers chassés, sont de plus en plus protégés parce qu’ils sont également insectivores et que leur diminution entraîne la prolifération d’insectes, ce qui pose de nouveaux problèmes pour les cultures… Un débat très actuel. Mais l’essentiel alors des mesures prises pour protéger l’environnement sont purement pragmatiques et visent à assurer l’approvisionnement des humains en évitant l’épuisement des ressources naturelles.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="reflux-des-préoccupations-écologiques-"&gt;Reflux des préoccupations écologiques ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : Historienne, comment analysez-vous la tendance actuelle, à tout le moins apparente, de reflux des préoccupations écologiques ? Que pensez-vous de l’idée qui semble progresser selon laquelle l’écologie serait un « luxe » qu’on ne pourrait plus se payer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Corinne Marache : Le débat actuel porte beaucoup sur les énergies renouvelables, et sans doute pas assez sur nos façons de produire et de consommer. Il ne s’agit pas tant de limiter la pollution dans nos manières de produire, mais plutôt de changer nos modèles de société pour limiter nos consommations et, ainsi, notre impact écologique.
Les temps et les moyens manquent cruellement pour aborder ces thèmes à l’université, laquelle souffre de sous investissements structurels. Comment approfondir avec des groupes de TD de 40 étudiants en licence ? Certes les enseignements abordant les questions environnementales, préconisés par le rapport Jouzel de 2022 se développent, mais cela reste encore limité. L’introduction de l’histoire environnementale dans les programmes de recrutement aux concours de l’enseignement serait un signe important.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis par Matthieu Leiritz&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Défendre l’université : un enjeu citoyen</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/293/12-13-dossier-defendre-l-universite/</link><pubDate>Sat, 05 Jul 2025 16:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/293/12-13-dossier-defendre-l-universite/</guid><description>&lt;h2 id="défendre-luniversité--un-enjeu-citoyen"&gt;Défendre l’université : un enjeu citoyen&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Loin de se réduire à la défense d’un « droit corporatif » ou à un privilège professionnel des universitaires, les questions relatives aux conditions de production du savoir, de sa transmission, de son utilisation, intéressent avant tout le corps social tant elles sont liées à la fois au droit à l’éducation et à l’exercice même de la citoyenneté.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="liberté-académique-et-démocratie"&gt;Liberté académique et démocratie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le trait principal nous paraît l’arrêt de la démocratisation tout comme la liberté de la presse, la liberté artistique ou la liberté syndicale, la liberté académique relève d’un enjeu démocratique.
Dans les domaines de la production de la pensée et, plus généralement, concernant la création, les producteurs de connaissances doivent pouvoir s’exprimer dans des conditions compatibles avec la « recherche de la vérité » sans en être entravés.
La diffusion de leur œuvre doit être accessible au plus grand nombre et le débat démocratique doit s’organiser de façon éclairée. La liberté académique participe ainsi de la liberté de conscience et conditionne l’effectivité du droit à l’éducation ; elle est consubstantiellement liée à l’indépendance des enseignants-chercheurs dans l’exercice de leur recherche, enseignement et libre expression. C’est ce que nous avons pu particulièrement développer lors de la séance « Syndicalisme, liberté dans le travail, liberté du travail » du 27 mars 2025 organisée dans le cadre du séminaire commun « Syndicalisme et liberté » de l’Institut CGT d’histoire sociale (IHS-CGT) et de l’Institut de recherches de la FSU (IR.FSU).&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="délégitimation-du-savoir-et-injonction-à-la-neutralité"&gt;Délégitimation du savoir et injonction à la « neutralité »&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au cours des cinq dernières années en France, les attaques contre la liberté académique se sont multipliées. Le ministère de l’enseignement supérieur lui-même a cherché à intimider la communauté universitaire, ouvrant la voie à nombre d’actes hostiles à l’égard des universitaires, décomplexant l’extrême droite et tous les populismes.
Les nombreuses attaques publiques viennent s’ajouter aux actes de certaines présidences d’universités organisant des poursuites-bâillon, l’exclusion de collègues de leurs laboratoires ou une discrimination syndicale - quand ce n’est pas de la répression syndicale pure et simple - ou encore aux attaques venant de certaines entreprises dès qu’elles considèrent que leurs intérêts sont menacés. La situation française se caractérise à la fois désormais par l’omniprésence d’un populisme anti-savant·es, une volonté de délégitimation du savoir, dans un contexte où le système de recherche et d’enseignement supérieur public est « empêché » d’accomplir ses missions, faute de recrutements et de financements suffisants.
Ces attaques s’inscrivent dans un cadre global de menace sur les libertés, au point qu’il est régulièrement nécessaire de rappeler que les libertés ne sont jamais définitivement acquises ; que l’on songe par exemple au droit à l’avortement. Liberté de la presse, liberté artistique, liberté syndicale ou liberté académique sont le plus souvent simultanément menacées.
Qui pourrait considérer que la liberté artistique relève du privilège exclusif de tel ou tel artiste ?
Il suffira de songer ici aux polémiques qui ont entouré la cérémonie d’ouverture des jeux olympiques de Paris 2024, par exemple autour d’Aya Nakamura, tout comme à l’éviction récente de plusieurs chroniqueurs ou humoristes de l’audiovisuel public.
En matière de liberté de la presse, si l’impressionnante concentration des médias entre les mains d’une poignée de milliardaires est bien connue, elle va désormais, depuis novembre dernier, jusqu’au contrôle de l’École supérieure de journalisme de Paris. Si l’on ajoute le contrôle de maisons d’édition, ou celui s’exerçant sur plus de trois-quarts des manuels scolaires, on mesure la volonté d’influence, non dissimulée d’ailleurs, et le choix de peser sur les débats publics.
Et l’on constate déjà les effets sur l’ensemble de la société de l’affaiblissement de cette profession et ses conséquences sur la qualité du débat démocratique lui-même. Mais qui pourrait considérer que la question de la liberté de la presse relève exclusivement des privilèges liés à la profession de journaliste ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="un-privilège-professionnel-"&gt;Un « privilège » professionnel ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;De la même façon, la liberté académique est souvent présentée comme un avantage professionnel.
Dans cette rhétorique de réduction de toutes les libertés démocratiques à des privilèges professionnels ou corporatistes – leur réduction à des droits exercés par des individus dans leur seul intérêt – la liberté académique elle-même se trouve régulièrement réduite à l’apanage des savants et finalement à un « privilège de l’élite intellectuelle ».
Tous les populistes recourent aux mêmes arguments lorsqu’il s’agit de discréditer les savants, jouant sur ce qui pourrait être perçu comme de l’élitisme. Élitisme, ou revendication d’une expertise supérieure, dont il est évidemment permis de se méfier en démocratie.
Il est utile de noter aussi l’impossibilité de défendre la liberté académique comme un privilège de savants jaloux de la protection de leurs droits et in fine comme une prérogative refusée à tous les autres citoyens.
Car la liberté n’est jamais un privilège, ni même un droit, et constitue fondamentalement un instrument. Pour les universitaires, elle constitue la condition d’existence d’un dialogue, finalement une interdépendance, une ouverture à la différence, à la variété des approches et des méthodes. Mais elle suppose aussi la confiance. Ainsi, Tim Ingold souligne : « la perte de confiance est le pire ennemi de la liberté académique » car elle substitue la surveillance à l’autonomie, le contrôle à l’autodétermination.
Dans tous les régimes autoritaires, à l’instar de ce qui se passe aux États-Unis aujourd’hui, les attaques répétées contre l’université, le dénigrement du savoir et des savants, la perte de confiance qu’elles entraînent, relèvent d’une volonté bien comprise de rompre cette confiance entre une société et ses universitaires.
Mais transformer l’université en une industrie de services, réduire les formations aux compétences qu’elles permettent de mobiliser, mettre l’enseignement supérieur et la recherche au service exclusif de l’économie, délégitimer les personnels et la production même du savoir, dégrader les conditions de sa production, tout cela devrait apparaître comme inconséquent, y compris aux yeux de ceux qui sont porteurs de l’absurde volonté de mise en concurrence internationale de tous contre tous. Loin de remporter une quelconque compétition internationale, cela ne peut que dégrader le niveau d’éducation et affaiblir la démocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michel Maric et Jean-Michel Minovez&lt;/p&gt;</description></item><item><title>UN ENSEIGNEMENT SUPERIEUR PRIVE (TRES) LUCRATIF : GALILEO</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/293/11-dossier-ens-sup-prive/</link><pubDate>Sat, 05 Jul 2025 15:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/293/11-dossier-ens-sup-prive/</guid><description>&lt;h1 id="un-enseignement-superieur-prive-tres-lucratif--galileo"&gt;UN ENSEIGNEMENT SUPERIEUR PRIVE (TRES) LUCRATIF : GALILEO&lt;/h1&gt;
&lt;p&gt;Dans l’univers en pleine expansion de l’enseignement supérieur marchand, plusieurs grandes entreprises capitalistes, surfant sur l’anxiété scolaire, notamment dans les milieux populaires, dominent le marché. Parmi elles, le groupe Galileo est l’objet d’un livre enquête très approfondi sur le fonctionnement opaque des écoles privées qui en relèvent.
La journaliste et documentariste Claire Marchal, Autrice / Auteure de cet ouvrage au titre intriguant, Le Cube, a bien voulu répondre aux questions d’Enjeux.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="quest-ce-que-galiléo-"&gt;Qu&amp;rsquo;est-ce que Galiléo ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : qu’est-ce que Galiléo ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Claire Marchal : Galileo Global éducation est un groupe d’enseignement supérieur à but lucratif, qui regroupe 61 écoles et près de 240 000 étudiants dans le monde. J’ai pu avoir accès à un document interne qui compile des dizaines de milliers d’avis d’étudiants sur leur expérience, une gigantesque enquête de satisfaction. Le sentiment dominant est de ne pas être écoutés par les équipes de direction de leurs écoles, mais aussi de nombreuses critiques : classes surchargées, manque de sélection à l’entrée d’où des niveaux hétérogènes, manque de matériel, des enseignants souvent peu formés, l’absence d’espace de dialogue avec eux, le sentiment d’avoir payé très cher pour un service déficient, notamment en termes d’accès à l’emploi.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="lattrait-des-candidatures"&gt;L&amp;rsquo;attrait des candidatures&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : Mais alors pourquoi tant de candidatures ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Claire Marchal : l’ignorance de la réalité est une première explication, les étudiants en fin d’études ne communiquent pas sur les dysfonctionnements rencontrés dans les écoles, pour éviter de déqualifier leurs diplômes car ils constituent une carte de visite pour trouver un débouché professionnel. Ces écoles surfent sur l’angoisse des étudiants face à leur orientation, l’anxiété devant la machine Parcours Sup, la peur de se tromper. Or ces écoles ne sont pas sur Parcours Sup. Dans les salons étudiants, les représentants des écoles privées lucratives jouent avec efficacité sur cette peur, très présente notamment chez les jeunes peu favorisés socio économiquement, et promettent une inscription sécurisée parfois dès le mois de janvier, sous réserve du paiement d’un acompte. On promet aux futurs étudiants des conditions de travail idylliques, un accompagnement, des frais d’inscriptions payés par les fonds publics dans le cadre de l’apprentissage, et tout ceci peut faire rêver des jeunes de 18 ans auxquels l’université publique fait peur, traînant une image d’échec, quand ces écoles tiennent un discours de réussite.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="profil-des-enseignants"&gt;Profil des enseignants&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : qui sont les enseignants ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Claire Marchal : on trouve des enseignants expérimentés mais de plus en plus sont des intervenants professionnels, recrutés en CDD, notamment dans les formations d’art, de design, les jeux vidéos, la mode… On y trouve beaucoup de professionnels précaires qui font plusieurs dizaines d’heures de cours pour compléter leurs revenus.
Il n’est pas anormal que des entreprises privées visent le profit, mais mon enquête révèle les méthodes utilisées pour y parvenir : l’optimisation des équipements, les contrats précaires, au détriment de la qualité des enseignements. Chez Galileo, la stratégie économique semble tourner autour du « cube », un logiciel d’analyse des performances des écoles du groupe, qui recense les inscriptions et l’évolution des effectifs en temps réel : chaque étudiant ou étudiante rapporte entre 6 000 et 10 000 euros par an, c’est-à-dire le prix annuel de la formation. Si le cube passe au rouge, cela se traduit par des mutualisations de classes, la suppression de demi-groupes, le gel des recrutements pour retrouver rapidement une marge bénéficiaire. Or Galiléo, comme l’ensemble de l’ES lucratif, bénéficie de beaucoup de crédits public - 130 millions en 2022 au total pour Galileo - alors qu’il appartient à des fonds de pensions, notamment canadien ou français (groupe Bettencourt).&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="les-résultats-et-les-conséquences"&gt;Les résultats et les conséquences&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : pour quels résultats ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Claire Marchal : les taux de réussite en certification sont variables, de même que les taux d’insertion professionnelle, d’autant que les chiffres affichés posent parfois question ; les écoles multiplient les recrutements alors que les marchés locaux de l’emploi peuvent être saturés comme dans la niche des jeux vidéos ou celle de l’animation. Beaucoup d’étudiants ont dû s’endetter pour s’inscrire et se retrouvent sans emploi à la sortie. Certes il existe des contrôles exercés par « France compétences », mais les audits sont fournis par les écoles…
La sortie du livre a entraîné la convocation du PDG de Galiléo par la ministre Élisabeth Borne ; une inspection interministérielle (Éducation et Travail) a été annoncée pour mettre fin à l’opacité du système. J’ai reçu de nombreux témoignages d’étudiants, de familles et d’enseignants qui n’ont plus peur de témoigner. Un projet de loi pluri partisan (PS, Renaissance) vise à une régulation accrue de l’ES lucratif. Car pour les écoles privées, les classes populaires et les zones excentrées représentent juste un nouveau marché à conquérir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis par Matthieu Leiritz&lt;/p&gt;</description></item><item><title>8 Milliards d'Euros Urgents pour l'Enseignement Supérieur et la Recherche</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/293/06-10-dossier-a-court-terme/</link><pubDate>Sat, 05 Jul 2025 13:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/293/06-10-dossier-a-court-terme/</guid><description>&lt;h2 id="à-court-terme-il-faut-8-milliards-deuros-pour-lesr"&gt;À COURT TERME IL FAUT 8 MILLIARDS D’EUROS POUR L’ESR&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Anne Roger, co secrétaire générale du SNESUP-FSU, Boris Gralack, secrétaire général du SNCS-FSU et Pierre Hébert, membre du bureau national du SNASUB-FSU, réunis en table ronde, ont bien voulu répondre aux questions d’Enjeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
&lt;figure &gt;
&lt;div class="flex justify-center "&gt;
&lt;div class="w-full" &gt;
&lt;img alt="6-a.webp"
srcset="https://enjeux.unite-action.fr/post/293/06-10-dossier-a-court-terme/6-a_hu_fed1dbf6a56e24c5.webp 320w, https://enjeux.unite-action.fr/post/293/06-10-dossier-a-court-terme/6-a_hu_3b5f62b738f26e40.webp 480w, https://enjeux.unite-action.fr/post/293/06-10-dossier-a-court-terme/6-a_hu_d41df6750f9cdf5f.webp 760w"
sizes="(max-width: 480px) 100vw, (max-width: 768px) 90vw, (max-width: 1024px) 80vw, 760px"
src="https://enjeux.unite-action.fr/post/293/06-10-dossier-a-court-terme/6-a_hu_fed1dbf6a56e24c5.webp"
width="760"
height="506"
loading="lazy" data-zoomable /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="létat-de-lesr-en-france--un-arrêt-de-la-démocratisation"&gt;L&amp;rsquo;État de l&amp;rsquo;ESR en France : un Arrêt de la Démocratisation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : Comment qualifier l&amp;rsquo;état de l&amp;rsquo;ESR en France ? En termes notamment d&amp;rsquo;accès aux qualifications ? Aux savoirs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anne Roger : Le trait principal nous paraît l’arrêt de la démocratisation de l’accès à l’enseignement supérieur.
Parcoursup a contribué à généraliser la sélection et à faire entrer dans les représentations l’idée que toutes et tous n’étaient pas les bienvenus à l’université, même avec le baccalauréat en poche.
Les formations courtes augmentent, comme les BTS, utiles pour déboucher sur un emploi mais qui ne permettent, faute de temps, ni suffisamment l’accès aux savoirs critiques ni l’initiation à la recherche scientifique. Il manque 150 000 places aujourd’hui en licence et master. Cela ouvre un boulevard aux formations privées qui n’offrent pas toujours les garanties de qualité qu’offre le service public. Les taux d’encadrement s’effondrent et le nombre d’heures devant étudiant ne cesse de diminuer. Ajoutons la casse du diplôme au bénéfice des certifications ou des blocs de compétences, et la multiplication des diplômes d&amp;rsquo;université auto-financés sur des niches particulières et non diplômantes.
Boris Gralak : Dans la recherche, le libre accès à la connaissance et sa diffusion sont essentiels, c’est une condition nécessaire du progrès de la connaissance, or nous connaissons depuis plusieurs années une période de fermeture, de repli. À la fin 2011, le gouvernement de François Fillon fait adopter une loi dite de « protection du patrimoine scientifique et technique », très restrictive, au nom de la protection contre des menaces étrangères : dans les nombreux laboratoires devenus des zones à régime restrictif, les moindres stages de master nécessitent depuis des autorisations pour les étudiants, auxquels peut être refusé l’accès aux laboratoires, des recrutements sont refusés, notamment d’étudiants étrangers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
&lt;figure &gt;
&lt;div class="flex justify-center "&gt;
&lt;div class="w-full" &gt;
&lt;img alt="6-ESRchantier.webp"
srcset="https://enjeux.unite-action.fr/post/293/06-10-dossier-a-court-terme/6-ESRchantier_hu_58043b1fa6288743.webp 320w, https://enjeux.unite-action.fr/post/293/06-10-dossier-a-court-terme/6-ESRchantier_hu_5757fb71fdcdd8e2.webp 480w, https://enjeux.unite-action.fr/post/293/06-10-dossier-a-court-terme/6-ESRchantier_hu_d44926850cfec0e1.webp 570w"
sizes="(max-width: 480px) 100vw, (max-width: 768px) 90vw, (max-width: 1024px) 80vw, 760px"
src="https://enjeux.unite-action.fr/post/293/06-10-dossier-a-court-terme/6-ESRchantier_hu_58043b1fa6288743.webp"
width="570"
height="760"
loading="lazy" data-zoomable /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or pas moins de la moitié des doctorants sont étrangers, notamment d’Afrique francophone. Le SNCS est hostile à la rupture des échanges scientifiques. Même pendant la Guerre Froide, des échanges scientifiques existaient, par exemple dans les recherches sur le spatial… Car ils sont faiseurs de paix, tout comme les rencontres sportives. Avec la Chine, des collaborations existent dans les domaines du développement durable, de la santé, de l’écologie qui relèvent de préoccupations communes. Bien entendu il faut se méfier de certaines entreprises liées au gouvernement comme Huawey. La question se pose aussi de la coopération avec les universités israéliennes : la recherche y est très en pointe, par exemple dans les domaines des drones ou de l’Intelligence Artificielle appliquée au militaire, parfois plus qu’en France. Donc comment travailler ensemble sans pour autant les conforter dans leurs agissements militaires ? C’est une difficile ligne de crête qui repose sur la conviction que la coopération scientifique doit être facteur de paix. Ensuite il n’y a pas assez de chercheurs, comme en général de personnels dans les services publics.
Au début des années 2000, l’Union Européenne avait fixé un objectif d’atteindre en 2010 un investissement de 3% du PIB dans la recherche et développement.
La France est restée à 2,2%, comme en 2000, quand l’Allemagne est à plus de 3%, comme les EU ou le Japon, la Corée du Sud à 4%, comme Israël. Il y avait en 2015 14 000 diplômé·es du doctorat en France, l’objectif était d’atteindre 20 000 par an en 2025, on a aujourd’hui moins de 14 000… Or seuls 2 000 ou 3 000 d’entre eux et elles restent dans la recherche académique, les autres irriguent les entreprises, la société…&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="les-menaces-sur-lesr-public-et-la-liberté-académique"&gt;Les Menaces sur l&amp;rsquo;ESR Public et la Liberté Académique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : Quelles sont les principales menaces qui pèsent sur l&amp;rsquo;ESR public en France ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anne Roger : Aujourd’hui, la communauté universitaire est protégée par les franchises universitaires. Celles-ci font de l’université un lieu de débats pluriels, ouverts, dont aucun sujet n’est exclu, en mettant en place les conditions pour que les opinions et les connaissances puissent s’exprimer, se confronter et s’enrichir, dans le respect de la loi. Aux universités qui doivent rester des espaces protégés contre toute ingérence, s’ajoute la liberté d’expression des enseignant·es et des enseignant·es-chercheur·es (EC) dans l’exercice de leurs fonctions d’enseignement et de recherche, les EC, bénéficiant, en outre, d’une pleine indépendance, protégée constitutionnellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
&lt;figure &gt;
&lt;div class="flex justify-center "&gt;
&lt;div class="w-full" &gt;
&lt;img alt="6-La-fermeture-inattendue-dune-ecole-de-commerce-privee-a-Poitiers.webp"
srcset="https://enjeux.unite-action.fr/post/293/06-10-dossier-a-court-terme/6-La-fermeture-inattendue-dune-ecole-de-commerce-privee-a-Poitiers_hu_874b11c40c7019e5.webp 320w, https://enjeux.unite-action.fr/post/293/06-10-dossier-a-court-terme/6-La-fermeture-inattendue-dune-ecole-de-commerce-privee-a-Poitiers_hu_26abead5c452c3fc.webp 480w, https://enjeux.unite-action.fr/post/293/06-10-dossier-a-court-terme/6-La-fermeture-inattendue-dune-ecole-de-commerce-privee-a-Poitiers_hu_b2e7ee5b9c532bd3.webp 760w"
sizes="(max-width: 480px) 100vw, (max-width: 768px) 90vw, (max-width: 1024px) 80vw, 760px"
src="https://enjeux.unite-action.fr/post/293/06-10-dossier-a-court-terme/6-La-fermeture-inattendue-dune-ecole-de-commerce-privee-a-Poitiers_hu_874b11c40c7019e5.webp"
width="760"
height="434"
loading="lazy" data-zoomable /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fondement de la capacité́ à produire du savoir et à le diffuser, cette liberté dérange et subit des attaques frontales, aux États-Unis, en Argentine, etc., mais aussi en France. Liberté académique et franchises universitaires sont des droits qui doivent être protégés et défendus contre tout affaiblissement.
Par ailleurs, le cadre réglementaire protecteur, qui permet l’exercice de nos missions de service public, est attaqué et grignoté, d’abord par la LRU puis par l’ordonnance de 2018 sur les regroupements expérimentaux (EPE) et l’acte II de l’autonomie. Le fonctionnement des universités est profondément transformé et minore la place des représentant·es des personnels et des étudiant·es dans les instances. L’appellation d’université recouvre désormais des réalités extrêmement diverses, masquant la mise en place d’un ESR à plusieurs vitesses aux effets délétères.
Enfin la progression de l’enseignement supérieur privé marchand ou lucratif reflète une tendance générale à la baisse de l’accès aux services publics en France, la baisse du nombre de place crée un effet d’aubaine, des niches pour le privé qui représente aujourd’hui 26% des étudiants… avec la multiplication de scandales liés au manque de contrôles et à la recherche de profits, des droits d’inscription souvent démesurés jusqu&amp;rsquo;à 40 000 euros par an, et des accidents comme la fermeture soudaine d&amp;rsquo;une école de commerce à Poitiers, les étudiants se retrouvant le bec dans l’eau. lll&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
&lt;figure &gt;
&lt;div class="flex justify-center "&gt;
&lt;div class="w-full" &gt;
&lt;img alt="6-csm_RS_universite-en-danger_DEF_3dd8c971ea.webp"
srcset="https://enjeux.unite-action.fr/post/293/06-10-dossier-a-court-terme/6-csm_RS_universite-en-danger_DEF_3dd8c971ea_hu_c8a676f23e8a0f3a.webp 320w, https://enjeux.unite-action.fr/post/293/06-10-dossier-a-court-terme/6-csm_RS_universite-en-danger_DEF_3dd8c971ea_hu_e7a95f0c7d91580d.webp 480w, https://enjeux.unite-action.fr/post/293/06-10-dossier-a-court-terme/6-csm_RS_universite-en-danger_DEF_3dd8c971ea_hu_a9caf920612c03bf.webp 599w"
sizes="(max-width: 480px) 100vw, (max-width: 768px) 90vw, (max-width: 1024px) 80vw, 760px"
src="https://enjeux.unite-action.fr/post/293/06-10-dossier-a-court-terme/6-csm_RS_universite-en-danger_DEF_3dd8c971ea_hu_c8a676f23e8a0f3a.webp"
width="599"
height="599"
loading="lazy" data-zoomable /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Boris Gralak : la question budgétaire est bien sûr primordiale en termes de postes, de carrières. La liberté de la recherche, les libertés académiques sont menacées, surtout avec la perspective de l’extrême droite au pouvoir. Sur la recherche privée, le danger vient paradoxalement de sa faiblesse en France.
La recherche devrait reposer sur un équilibre entre un investissement réparti entre deux tiers du privé et un tiers du public. La recherche publique fondamentale, qui produit de la connaissance, doit être totalement libre et indépendante, elle doit s’accompagner d’une recherche privée finalisée, qui permette plus directement des progrès matériels, par exemple dans la santé, l’énergie, le développement durable… Or depuis plus de vingt ans les entreprises privées ne jouent pas le jeu. En 2009, Sarkozy et Pécresse leur ont octroyé, avec le crédit d’impôt recherche, un somptueux cadeau fiscal, actuellement de plus 7 milliards d’euros, lesquels manquent à la recherche publique, par ailleurs handicapée par les lourdes procédures d’appels à projets, source de bureaucratisation, visant à orienter la recherche publique pour pallier les défaillances du privé dans certains domaines. Les entreprises privées restent culturellement fascinées par la figure de l’ingénieur, quand les entreprises allemandes savent encourager et promouvoir les chercheuses et chercheurs. Macron a lui, le 7 décembre 2023, qualifié de « stupidité » le statut des chercheurs à temps plein, dont nous pensons pour notre part qu’il est une condition nécessaire d’une recherche de qualité.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
&lt;figure &gt;
&lt;div class="flex justify-center "&gt;
&lt;div class="w-full" &gt;
&lt;img alt="6danger.webp"
srcset="https://enjeux.unite-action.fr/post/293/06-10-dossier-a-court-terme/6danger_hu_dcd56c04dd5ed0b4.webp 320w, https://enjeux.unite-action.fr/post/293/06-10-dossier-a-court-terme/6danger_hu_3387687005b83b11.webp 480w, https://enjeux.unite-action.fr/post/293/06-10-dossier-a-court-terme/6danger_hu_aeb8b5d79fb0adb7.webp 760w"
sizes="(max-width: 480px) 100vw, (max-width: 768px) 90vw, (max-width: 1024px) 80vw, 760px"
src="https://enjeux.unite-action.fr/post/293/06-10-dossier-a-court-terme/6danger_hu_dcd56c04dd5ed0b4.webp"
width="760"
height="430"
loading="lazy" data-zoomable /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Hébert : Dans l’ESR la plupart des établissements se sont vu confier (entre 2007 et 2011) leur masse salariale… malheureusement depuis lors, le ministère est loin d’avoir fait évoluer cette masse salariale de manière cohérente avec les dépenses. Ainsi les dernières mesures salariales fonction publique ont été financées en partie seulement. De fait l’une des menaces qui pèse sur nos établissements est un risque budgétaire sérieux. Dans ces établissements la masse salariale dépasse souvent les 80% du budget. Autant dire que les gels de postes sont déjà nombreux. Mais au-delà c’est potentiellement le non-renouvellement de nombre de collègues contractuels qui est un risque majeur de notre point de vue : or ces collègues contractuel-les représentent plus de 40% des BIATSS.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="offensive-contre-les-universités--parallèles-entre-les-états-unis-et-la-france"&gt;Offensive contre les Universités : Parallèles entre les États-Unis et la France&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : L&amp;rsquo;offensive de Trump contre les universités est-elle transposable en France ? Quelle aide aux universitaires américains ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anne Roger : Aux États-Unis, les attaques obscurantistes de l’administration Trump, les coupes budgétaires, les licenciements en masse dans les services publics, sa croisade contre l’esprit critique, sont gravissimes et constituent un véritable coup de semonce. Chaque jour, la prise de contrôle des universités et des scientifiques par le pouvoir se fait plus forte dans le cadre de ce qui reste pourtant une démocratie et la tête de pont de la recherche internationale.
En France, la condamnation de cette politique a été quasi unanime. Ceux-là même qui depuis des années contribuent à l’éclatement de l’enseignement supérieur et de la recherche et à l’asphyxie budgétaire, ceux-là même qui n’ont pas manqué de faire des procès en islamo-gauchisme ou en laxisme face à l’antisémitisme, tous, ou presque, n’ont pas manqué d’exprimer émoi et indignation, par ailleurs légitimes, cherchant à invisibiliser les mobilisations qui se sont développées dans les universités et organismes de recherche en France depuis décembre, parfois même appuyées par les président·es d’université.
Pourtant, la situation financière des universités est désastreuse. Les alertes successives des organisations syndicales, de parlementaires et même de président·es d’université n’ont donné lieu à aucun arbitrage budgétaire susceptible d’envisager l’avenir sereinement.
La volonté politique d’asservir les formations supérieures et la recherche aux besoins immédiats de l’économie capitaliste et de brider leur potentiel émancipateur ne cesse de devenir plus évidente.
Ce qui se passe aux États-Unis pousse à son paroxysme ce que le SNESUP-FSU combat au quotidien et qui s’est accéléré en France depuis quelques années. Un double mouvement se dessine avec, d&amp;rsquo;un côté, le discrédit ou encore la déconsidération de la production scientifique et sa relégation au rang d&amp;rsquo;opinion comme une autre ; de l’autre, un mouvement de diminution du niveau d’éducation et de formation de la population qui passe par la limitation des capacités d&amp;rsquo;accueil dans les formations supérieures publiques, la mise au pas de la formation des enseignant·es, la multiplication des formations en apprentissage, etc. Le renforcement de l’autonomie des universités et la multiplication des statuts dérogatoires des établissements pourraient finir de donner les pleins pouvoirs aux président·es et conduire localement à des décisions autoritaires sans contre-feux démocratiques. Le fléchage des financements ou leur concentration sur certains laboratoires reviennent à piloter la recherche et à restreindre la liberté académique. Plus que jamais, nous devons défendre les collègues dans l’exercice de leur métier contre les attaques individuelles, qui vont du discrédit scientifique aux entraves à l’exercice de leur métier en passant par des menaces de révocation.
Le service public de l&amp;rsquo;enseignement supérieur et de la recherche est aujourd’hui attaqué pour ce qu’il est : un outil puissant d’émancipation et de lutte contre l’expansion des idées réactionnaires et d’extrême droite. Face à cette lame de fond, un seul mot d’ordre : se mobiliser avec l’ensemble des forces progressistes, dans l’unité, et amplifier le mouvement en cours depuis le mois de décembre pour le défendre.
Accueillir les scientifiques américains, pourquoi pas, mais cela nécessite de clarifier le budget qui sera dédié à cet accueil alors que 80% des universités affichaient un budget en déficit fin 2024…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Boris Gralak : S’agissant des chercheurs américains chassés par les persécutions de Trump, il faut les accueillir, mais avec quel argent ? Un financement spécifique est nécessaire. Mais si on ne l’obtient pas, le devoir de solidarité doit selon nous primer : les recherches menées par les scientifiques américains bénéficient à tous et toutes. Ceci étant cet effort doit se faire par le haut, c’est-à-dire en alignant les conditions de travail et de salaires françaises sur la situation américaine, égalitairement, sans traitement privilégié pour ces chercheurs que nous devons, je le répète, accueillir.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="propositions-pour-renforcer-lesr-et-la-recherche"&gt;Propositions pour Renforcer l&amp;rsquo;ESR et la Recherche&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : Quelles propositions pour renforcer l&amp;rsquo;ESR et la Recherche en France ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anne Roger : Face aux nombreuses attaques auxquelles l’université fait face, il est urgent d’obtenir les moyens pour faire vivre ce qui la rend attractive et enthousiasmante et qui nous rend fier·es d’en faire partie. Une université exigeante, collégiale et profondément humaniste, émancipatrice et ouverte à tout·es sans discrimination. Ces éléments nourrissent notre engagement professionnel et l’engagement militant qui nous pousse à défendre et à promouvoir le service public de l’ESR à un moment où il subit des attaques d’une rare violence.
L’ESR public a besoin d’un budget ambitieux. 8 milliards d’euros sont nécessaires pour revitaliser la démocratisation de l’enseignement supérieur, créer les 150 000 places manquantes en licence et master pour accueillir les bacheliers qui le souhaitent, développer une recherche publique libre, indépendante des lobbies, sur tout le territoire, mais également pour rénover le bâti universitaire au regard des enjeux écologiques et climatiques, revaloriser les rémunérations de tous les personnels - vacataires, contractuels ou titulaires -, mettre fin à la précarité croissante et atteindre enfin l’égalité femmes-hommes.
Ensuite, renforcer le statut des EC pour sanctuariser la liberté académique seule garante d’une recherche libre et indépendante de lobbies. Aujourd’hui l’augmentation du personnel contractuel et la généralisation du financement par appel à projet mettent à mal la liberté académique en restreignant les champs de recherche et en mettant au pas les contractuel·les.
Enfin, stopper la dérogation au code de l’éducation et le développement des établissements expérimentaux qui mettent à mal la démocratie universitaire, permettent d’augmenter les droits d’inscription et de déréguler les formations…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Boris Gralak : à court terme 8 milliards pour l’ESR puis ensuite monter en puissance, avec une programmation pluriannuelle. C’est ce qui sera nécessaire pour faire face à l’épuisement des personnels, au développement de la souffrance au travail. Depuis 5 ans nous faisons face à énormément de demande de soutiens, la montée des tensions est exponentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Hébert : Dans ce qui affaiblit l’ESR au quotidien, il y a un problème de précarité majeur. La part des contractue·les BIATSS (ou des vacataires enseignant·es) est gigantesque. De bilan social en rapport social unique, aucun signe d’évolution positive de ce point de vue pour l’ESR. Pour stabiliser les équipes, les services, les labos, il me semble qu’un plan de titularisation serait plus que nécessaire, avec les postes de fonctionnaires dédiés. La précarité met évidemment les collègues qui la subissent en difficulté mais aussi les titulaires qui sont voisins : à chaque changement de collègue il y a un gros effort de formation, de transmission à assurer…
On voit aussi actuellement avec les difficultés budgétaires des établissements, des politiques de documentation clairement attaquées dans certaines universités…
Il faut réaffirmer cette politique au centre du fonctionnement universitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis par Matthieu Leiritz&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Enseignement supérieur et recherche en danger : la FSU alerte</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/293/05-dossier-presentation/</link><pubDate>Sat, 05 Jul 2025 12:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/293/05-dossier-presentation/</guid><description>&lt;h2 id="enseignement-supérieur-et-recherche-en-danger"&gt;Enseignement supérieur et recherche en danger&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Voie d’émancipation par le savoir, élément essentiel de la prospérité économique, vecteur de rapprochement international et donc de paix par les échanges incessants entre chercheur·es, l’enseignement supérieur public et la recherche publique sont en butte depuis des années à des attaques de natures diverses, qui toutes tendent à l’affaiblir et / ou à la décrédibiliser.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="offensives-libérales-et-menaces-réactionnaires"&gt;Offensives libérales et menaces réactionnaires&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Aux offensives libérales qui privilégient le profit, l’adéquation supposée aux attentes des entreprises capitalistes, favorisent la concurrence privée et toujours cherchent à réduire les coûts, s’ajoutent, comme un ressac inquiétant de l’histoire, les menaces réactionnaires sur les libertés académiques, les contenus d’enseignement, voire les enseignant·es.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="le-cas-trump-et-la-situation-en-france"&gt;Le cas Trump et la situation en France&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si l’élection de Donald Trump marque sans doute une gradation dans la violence et la volonté de mettre au pas le monde universitaire, la France n’est pas épargnée. De procès en « islamo gauchisme » en traque du « wokisme », certaines forces politiques, majoritairement à droite et à l’extrême droite, n’en finissent plus de construire les bûchers ou peut demain brûler l’esprit de recherche et de transmission des savoirs, au risque de brûler la démocratie elle-même.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="la-position-de-la-fsu"&gt;La position de la FSU&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La FSU défend une université et une recherche publique aux moyens renforcés, démocratisée et libre de promouvoir la connaissance, contre toutes tentatives de censure ou de formatage. Enjeux remercie celles et ceux, militant·es à la FSU, ou non, qui ont participé à ce dossier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Matthieu Leiritz&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Résolument, imposer les alternatives</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/293/04-actualite/</link><pubDate>Sat, 05 Jul 2025 11:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/293/04-actualite/</guid><description>&lt;h2 id="résolument-imposer-les-alternatives"&gt;Résolument, imposer les alternatives&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Tel un tourbillon, les annonces politiques s’enchaînent, émanant tantôt du Président, tantôt du Premier ministre, tantôt d’un ministre. Peu importe le sujet, ce qui compte, c’est de maintenir un climat anxiogène, quitte à faire passer au second plan les crimes commis en Palestine ou la guerre en Ukraine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un leitmotiv guide toutes ces annonces : celui de la dette et des économies à rechercher à tout prix. Enfermés dans leurs dogmes néolibéraux, Président de la République et gouvernement utilisent tous les prétextes pour poursuivre leur « politique de l’offre » pour assurer des baisses d’impôts faramineuses pour les 10% les plus riches et les grandes entreprises. Selon le rapport d’ATTAC de mars 2025 (La dette de l’injustice fiscale), le manque à gagner des mesures prises depuis 2014 s’élève à 454 milliards d’euros en cumulé… Une paille !
Sur la même période, les inégalités se sont creusées et les dividendes versés par les grandes entreprises ont explosé. Alors que les dépenses sont restées stables sur la période, les solutions pour financer les besoins sociaux sont à rechercher du côté des recettes. À mille lieues de cette évidence, le Premier ministre affirme que la situation des finances publiques serait due au fait que les Français ne travailleraient pas assez et seraient trop souvent malades. Affirmer cette ineptie sous l’adage « la vérité permet d’agir » permet de mesurer le degré de provocation ou de déconnexion avec le réel.
Ou encore : de fabrication du récit à imposer pour justifier le moins de répartition et de justice possible…&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="les-conséquences-des-politiques-libérales"&gt;Les conséquences des politiques libérales&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il faut cependant reconnaître que les mesures prises sont redoutablement efficaces pour donner plus aux actionnaires et au patronat des grandes entreprises et des multinationales. En revanche, les conséquences de telles politiques sur le plus grand nombre provoquent, avec l’aggravation des inégalités, du déclassement social, du repli sur soi, des tensions fortes dans la société et finissent par menacer la cohésion sociale. La progression des idées d’extrême droite en est l’illustration en même temps que le pendant.
Tout cela confirme s’il en était besoin que la théorie du ruissellement est un leurre. Par contre l’affaiblissement des services publics et de la protection sociale qui sont deux piliers de notre société est bien réel. Ils sont pourtant essentiels dans le rôle de répartition et de redistribution des richesses produites pour qu’elles profitent au plus grand nombre, mais surtout à l’intérêt général.
Cette action résolue porte un nom, il s’agit de l’impôt, vecteur essentiel du partage des richesses et ennemi des gouvernements libéraux.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="construire-des-alternatives"&gt;Construire des alternatives&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais le libéralisme économique, pas plus que la montée de l’extrême droite ne sont inéluctables. L’un se nourrit de l’autre comme on peut le constater dans de nombreux pays, à commencer par les États-Unis ou l’Argentine.
Pour Unité et Action, c’est par la construction d’actions majoritaires qu’il sera possible de redonner espoir et de mettre un terme aux politiques libérales en même temps qu’au péril de l’extrême droite. Le 1er mai a été l’occasion d’affirmer notre solidarité avec les peuples victimes des guerres et de l’oppression, à commencer par les peuples palestinien et ukrainien, l’occasion de réaffirmer que la Paix est la condition du progrès social. Dans cette idée, il doit également donner l’élan pour construire la mobilisation du 13 mai dans la fonction publique. Alors que le gouvernement est minoritaire et qu’il ne tient que grâce à la tutelle de l’extrême droite, il faut partager la conviction que d’autres « possibles » sont à notre portée. C’est ainsi que nous pourrons décider nos collègues à se mobiliser massivement. Pour Unité et Action, c’est au monde du travail de construire l’histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Emmanuel Mercier, Rachel Schneider&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Tous et toutes concerné·es !</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/293/03-edito/</link><pubDate>Sat, 05 Jul 2025 10:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/293/03-edito/</guid><description>&lt;h2 id="tous-et-toutes-concernées-"&gt;Tous et toutes concerné·es !&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les contextes international et national anxiogènes et emplis d’incertitudes génèrent mal-être et, pour se protéger, repli sur soi. Pourtant, comme le démontrent notamment les problématiques autour de la santé au sens de l’OMS (physique, psychologique, sociale), une ouverture vers l’autre, un développement du lien social sont primordiaux.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="fractures-sociales-et-engagement-collectif"&gt;Fractures sociales et engagement collectif&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les fractures sociales sous les coups de boutoir d’un libéralisme exacerbé sont de plus en plus profondes et nuisent à la défense collective des conquis sociaux, au « tous et toutes ensemble » nécessaire pour revendiquer de nouveaux droits, pour lutter contre les tendances bellicistes des états, pour la paix dans le monde…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Là où nous n’agissons plus, c’est une part de notre humanité qui recule. Les sans-papiers, les sans-abris, les victimes des guerres, les difficultés à vivre avec des salaires indécents, l’avenir qu’on nous dessine avec la nécessité de travailler de plus en plus et de plus en plus tard, les conditions de travail de plus en plus détériorées… sont autant de combats pour lesquels l’engagement de toutes et tous est nécessaire pour peser dans les débats publics et faire entendre ce que nous portons.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="agir-et-ne-pas-se-résigner"&gt;Agir et ne pas se résigner&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Chaque moment d’expression est un moment à saisir !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier mai a été une première étape de ce mouvement d’ampleur qui reste à construire. Un premier rebond pour l’ensemble de la Fonction publique est d’ores et déjà programmé le 13 mai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne rien faire serait donner raison à celles et ceux qui pensent qu’aucune alternative n’est possible et que seules les restrictions, qu’elles soient au niveau des libertés individuelles et collectives ou budgétaires, seraient à même de « redresser » le pays après 7 ans de macronisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A chacun et chacune d’entre nous d’y prendre toute sa place pour faire la démonstration que nous ne nous résignons pas et qu’un autre avenir est possible pour peu que les bonnes orientations politiques soient prises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Benoît Hubert&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Les rendez-vous « UA et ST »</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/293/02-actu/</link><pubDate>Sat, 05 Jul 2025 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/293/02-actu/</guid><description>&lt;h2 id="les-rendez-vous--ua-et-st-"&gt;Les rendez-vous « UA et ST »&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans une période aussi difficile, où on aurait besoin de plus d’unité que de ruptures pour faire face aux violences et menaces du monde, nous mesurons que le fonctionnement profondément démocratique de notre organisation syndicale est une réalité précieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie interne de notre tendance n’y est pas pour rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est d’abord là que nous menons les débats nécessaires, pour partager le plus largement possible analyses et propositions.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="prochains-rendez-vous"&gt;Prochains rendez-vous&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le collectif d’animation « UA et ST » propose ainsi les rendez-vous suivants en UA FSU pour la dernière période de l’année :&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;une visio le mardi 6 mai de 20 heures à 21 h 30, sur la situation internationale et la guerre en Ukraine, avec notamment la question de « l&amp;rsquo;effort de guerre » en présence de Roger Martelli, historien, co directeur de la revue Regards. Nous y aborderons les éléments saillants de la situation internationale actuelle et les questions les plus cruciales posées à la France et à l&amp;rsquo;Europe en termes tout à la fois politiques, stratégiques et économiques. Sans oublier la question du rôle des instances internationales.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;un séminaire de fin d’année en hybride, le jeudi 26 juin.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Si les thèmes qui y seront traités ne sont pas encore totalement arrêtés, nul doute que cette journée sera, une fois encore, un moment important d’échanges et d’élaboration collective pour les militant·es UA de tous les SN et sections départementales de la FSU.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="contact-et-abonnement"&gt;Contact et abonnement&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le collectif « UA et ST » rappelle par ailleurs sa disponibilité pour l’aide à l’organisation de séminaires locaux / régionaux. Pour nous contacter :
.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bonne dernière période à toutes et tous ! Et pensez à vous abonner / vous réabonner à Enjeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Emmanuel Mercier, Rachel Schneider,
Thierry Quétu et Valérie Poyet&lt;/p&gt;</description></item></channel></rss>