<?xml version="1.0" encoding="utf-8" standalone="yes"?><rss version="2.0" xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"><channel><title>Enjeux 295 | ENJEUX</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/numeros/enjeux-295/</link><atom:link href="https://enjeux.unite-action.fr/numeros/enjeux-295/index.xml" rel="self" type="application/rss+xml"/><description>Enjeux 295</description><generator>Hugo Blox Builder (https://hugoblox.com)</generator><language>fr-FR</language><lastBuildDate>Sun, 30 Nov 2025 09:00:00 +0000</lastBuildDate><image><url>https://enjeux.unite-action.fr/media/logo_hu_ab7e93d480d9d848.png</url><title>Enjeux 295</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/numeros/enjeux-295/</link></image><item><title>Pour UA et sans tendance aussi, c’est la rentrée !</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/295/02-ua/</link><pubDate>Sun, 30 Nov 2025 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/295/02-ua/</guid><description>&lt;h2 id="une-rentrée-sous-le-signe-des-mesures-antisociales"&gt;Une rentrée sous le signe des mesures antisociales&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une rentrée sous le sceau de mesures antisociales violentes : il y a celles contenues dans le projet de budget de Bayrou, mais il y a aussi ces mesures que le gouvernement fait passer juste avant le 8 septembre, jour où il est probable que le gouvernement tombe après que le 1er ministre ait sollicité un vote de confiance. Ainsi, alors même que son espérance de vie politique à la tête du gouvernement n’est plus que de quelques jours (ce billet est écrit avant le 8 septembre), Bayrou tente d’alourdir le reste à charge des assurés ou encore de réduire l’Aide Médicale d’État s’alignant ainsi sur les exigences de l’extrême-droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l’éducation, Borne poursuit la même politique visant à rendre l’École publique la plus inégalitaire possible, se projetant même sur des décisions relatives au calendrier scolaire pour la rentrée 2026 dans ce contexte où l’Éducation nationale en sera bientôt à sa / son 7e ministre depuis le départ de JM Blanquer.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="lengagement-de-la-fsu-et-dunité-et-action"&gt;L&amp;rsquo;engagement de la FSU et d&amp;rsquo;Unité et Action&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;D’où notre conscience aigüe de nos responsabilités. Les ministres passent, la FSU reste. Tenace, combative, porteuse des alternatives de justice sociale. Et dans la FSU, notre tendance est plus que jamais un lieu de réflexion essentiel : il s’agit de contribuer activement à construire les mobilisations qui conduisent à d’autres choix économiques et sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie interne d’Unité et Action et sans tendance a donc redémarré avant la rentrée des classes. Notre contribution aux instances fédérales est renforcée par de nouvelles et nouveaux camarades qui s’engagent sous les couleurs d’UA et sans tendance à cette rentrée, nous les en remercions chaleureusement.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="séminaire-fédéral-et-soutien-local"&gt;Séminaire fédéral et soutien local&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au-delà des rendez-vous de tendance réguliers autour des instances de la FSU, nous vous proposons d’ores et déjà de noter dans vos agendas la date du &lt;strong&gt;jeudi 13 novembre&lt;/strong&gt; pour le prochain séminaire UA fédéral, qui aura lieu dans les locaux de la FSU-SNUipp, 12 rue Cabanis, et qui traitera de l’articulation de l’écologie et de la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le collectif UA et sans tendance rappelle par ailleurs sa disponibilité pour l’aide à l’organisation de séminaires locaux/régionaux.
Pour nous contacter :
.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
&lt;figure &gt;
&lt;div class="flex justify-center "&gt;
&lt;div class="w-full" &gt;
&lt;img alt="02-qr-code.webp"
srcset="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/02-ua/02-qr-code_hu_5efada75955dfde1.webp 300w"
sizes="(max-width: 480px) 100vw, (max-width: 768px) 90vw, (max-width: 1024px) 80vw, 760px"
src="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/02-ua/02-qr-code_hu_5efada75955dfde1.webp"
width="300"
height="300"
loading="lazy" data-zoomable /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Rachel Schneider, Emmanuel Mercier, Valérie Poyet et Thierry Quétu&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Les projets de budget, de simples questions mathématiques ?</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/295/03-edito/</link><pubDate>Sat, 29 Nov 2025 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/295/03-edito/</guid><description>&lt;h2 id="le-problème-budgétaire-et-les-choix-politiques"&gt;Le problème budgétaire et les choix politiques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu’un problème émerge, la recherche de la solution passe par une analyse des causes de son émergence pour le résoudre. L’équation semble simple dessinée à grands traits : 3 300 milliards de déficit public à mettre en regard avec 211 milliards d’aides publiques aux grandes entreprises sans contrepartie…
Il suffirait donc de diminuer ces aides pour réaliser les 40 milliards d’économies recherchées par le gouvernement. Raisonnement certes simpliste mais qui dessine une orientation.
&lt;figure &gt;
&lt;div class="flex justify-center "&gt;
&lt;div class="w-full" &gt;
&lt;img alt="03-dette.webp"
srcset="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/03-edito/03-dette_hu_a9dcfc3cb957b6a1.webp 320w, https://enjeux.unite-action.fr/post/295/03-edito/03-dette_hu_552d14671fdbca1d.webp 480w, https://enjeux.unite-action.fr/post/295/03-edito/03-dette_hu_ca0152b02fc6c7d4.webp 760w"
sizes="(max-width: 480px) 100vw, (max-width: 768px) 90vw, (max-width: 1024px) 80vw, 760px"
src="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/03-edito/03-dette_hu_a9dcfc3cb957b6a1.webp"
width="760"
height="475"
loading="lazy" data-zoomable /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="lidéologie-derrière-le-déficit"&gt;L&amp;rsquo;idéologie derrière le déficit&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, quand on est un ultralibéral, ce déficit, plus qu’un problème est une aubaine. Une occasion de détricoter encore plus l’État social. La solution vise alors à s’attaquer aux prestations sociales, aux retraites, aux travailleurs (qui ne travailleraient pas assez), aux services publics et à la Fonction publique… pour avancer vers une marchandisation des services et pressuriser davantage une grande partie de la population…&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="colère-sociale-et-aspirations-pour-un-autre-modèle"&gt;Colère sociale et aspirations pour un autre modèle&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La réponse au problème est donc plus dépendante de l’idéologie que l’on porte et que l’on veut promouvoir que simplement « mathématique ». Le projet de budget 2026 porté par le gouvernement Bayrou suscite une grande colère sociale et des mobilisations (les 10 et 18 septembre dans un plan d’action plus large) se construisent pour le contrer.
&lt;figure &gt;
&lt;div class="flex justify-center "&gt;
&lt;div class="w-full" &gt;
&lt;img alt="03-drapeaux.webp"
srcset="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/03-edito/03-drapeaux_hu_c1a7fd37b3e7c971.webp 320w, https://enjeux.unite-action.fr/post/295/03-edito/03-drapeaux_hu_f0339267da4ea644.webp 480w, https://enjeux.unite-action.fr/post/295/03-edito/03-drapeaux_hu_b82c8b02af1bbf72.webp 720w"
sizes="(max-width: 480px) 100vw, (max-width: 768px) 90vw, (max-width: 1024px) 80vw, 760px"
src="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/03-edito/03-drapeaux_hu_c1a7fd37b3e7c971.webp"
width="720"
height="480"
loading="lazy" data-zoomable /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/figure&gt;
Les aspirations de la population vont vers plus de justice sociale et fiscale, une autre répartition des richesses qui permettent à toutes et tous de vivre dignement dans une société apaisée.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="lappel-à-la-mobilisation-syndicale"&gt;L&amp;rsquo;appel à la mobilisation syndicale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le chemin emprunté n&amp;rsquo;est pas le bon et l’exigence d’un tout autre projet de budget, d’un tout autre projet de société se fait une nouvelle fois entendre. Continuer à faire la sourde oreille comme c’est le cas depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir ne fait qu’accentuer les fractures sociales et le rejet du politique tout en faisant le lit de l’extrême droite qui surfe sur ces colères.
La voix des travailleurs dans ce contexte est d’importance et les mobilisations massives sur la base de revendications claires portées par une intersyndicale la plus large possible doivent permettre les réorientations attendues, pour peu que les partis politiques de gauche s’en emparent pour dessiner un avenir plus juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Benoit Hubert&lt;/p&gt;</description></item><item><title>FACE À l’INJUSTICE SOCIALE, UN SYNDICALISME UNI ET A L’OFFENSIVE</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/295/04-actu/</link><pubDate>Thu, 27 Nov 2025 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/295/04-actu/</guid><description>&lt;h2 id="contexte-géopolitique-international"&gt;Contexte Géopolitique International&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au plan international, la situation ne cesse de se dégrader, que ce soit en Palestine ou en Ukraine. L’annonce du président de la République de reconnaître enfin l’État de Palestine laisse percevoir une évolution dans les rapports avec le gouvernement israélien. Mais faute d’actions fortes et de sanctions à son encontre, rien n’arrêtera la volonté de destruction de B. Netanyahou. D’où la nécessité de poursuivre les mobilisations, dans le cadre du collectif pour une paix juste et durable, afin de continuer à faire pression sur les gouvernements et l’Europe pour qu’ils prennent des mesures fermes, qui protègent (enfin) les populations, et qui garantissent à l’ensemble des peuples présents dans cette région du monde leur droit à l’existence et à vivre en paix et en sécurité.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="les-mutations-de-lordre-mondial"&gt;Les Mutations de l&amp;rsquo;Ordre Mondial&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous l’avons déjà évoqué et cela a été confirmé lors des séminaires avec Roger Martelli et Bertrand Badie, l’ordre mondial est profondément bouleversé. L’occident n’est plus en capacité de dominer le « sud global » et c’est heureux. La réunion en Chine, à l’occasion des 80 ans de la capitulation du Japon, d’un aréopage de dirigeants autoritaires ne doit pas nous empêcher de voir la profondeur des changements en cours et surtout l’immense aspiration des peuples autrefois dominés à sortir de l’hégémonie occidentale.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="les-mesures-budgétaires-et-leurs-conséquences-sociales"&gt;Les Mesures Budgétaires et leurs Conséquences Sociales&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les annonces du Premier ministre concernant le budget sont marquées par une violence sociale particulièrement forte. Prenant le prétexte du niveau de la dette publique, il annonce 44 milliards d’euros d’économies, tout en maintenant la progression des dépenses militaires. Dans sa palette d’annonces, le gel des rémunérations, la baisse des dépenses de santé ou encore la suppression de deux jours fériés, sans rémunération supplémentaire. Par ce biais, c’est une nouvelle attaque contre la réduction du temps de travail, revendication historique du mouvement ouvrier, qui est à l’œuvre. Globalement injustes, ces annonces sont surtout injustifiées. La dette ne vient pas d’un trop-plein de dépenses, restées globalement stables, mais d’un manque de recettes (voir l’article « Dette publique : sortir des fantasmes pour engager les luttes » en page 22).&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="la-réponse-syndicale-et-la-mobilisation"&gt;La Réponse Syndicale et la Mobilisation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En réponse, l’intersyndicale a lancé une pétition qui a recueilli 350 000 signatures pendant l’été. Dans la foulée de celle sur la loi Duplomb, cette réussite montre qu’il existe un réel terrain de mobilisation autour de la question budgétaire. Dans le même temps, des collectifs aux origines et motivations diverses ont lancé l’idée d’un blocage du pays le 10 septembre, selon des modalités peu claires et surtout une liste de revendications nébuleuses, dont nous combattons certaines. Cependant, l’idée d’une action le 10 septembre rencontre un large écho sur les réseaux sociaux et l’attention notamment de la gauche politique, obligeant l’extrême droite à prendre ses distances. Il existe donc une volonté d’action contre les annonces budgétaires. La responsabilité des organisations syndicales est donc de réussir à construire une réponse sur la durée à la hauteur des attaques. En effet, la configuration de l’Assemblée Nationale ne permet pas d’espérer la mise en œuvre d’une politique de justice sociale sans une mobilisation forte du monde du travail. Ainsi, les journées du 10 et du 18 septembre ne doivent être prises que comme des étapes d’un plan d’action qui devra se poursuivre au moins jusqu’en décembre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="construire-la-mobilisation-à-la-base"&gt;Construire la Mobilisation à la Base&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une mobilisation massive ne se décrète pas depuis le sommet d’une organisation ou derrière l’écran d’un ordinateur. L’action doit se construire avec les personnels, en menant partout un travail de conviction et en montrant que nos demandes sont non seulement légitimes, mais aussi tout à fait finançables. C’est donc sur les lieux de travail, avec l’ensemble des personnels qu’il faut structurer les mobilisations.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="enjeux-politiques-et-stratégie-syndicale"&gt;Enjeux Politiques et Stratégie Syndicale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Bien sûr, le contexte politique doit être pris en compte dans notre stratégie et sa temporalité. Qu’adviendra-t-il après le gouvernement Bayrou ? Nul ne peut le prédire aujourd’hui, mais la question des personnes en place n’est pas prioritaire pour Unité-Action. La question de l’orientation politique demeure centrale.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="unité-syndicale-et-dialogue-politique"&gt;Unité Syndicale et Dialogue Politique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La lutte contre la réforme des retraites a montré que les organisations syndicales sont capables, dans l’unité, de mobiliser massivement. Mais sans débouché politique, les actions même les plus massives resteront sans lendemain, ou avec des avancées très partielles. Dans le respect de l’indépendance et du rôle de chacun, il y a aujourd’hui nécessité d’approfondir un dialogue avec les forces politiques progressistes. La FSU doit être capable de débattre avec elles et de les convaincre d’intégrer et de prendre en compte les revendications sociales dans leurs projets politiques. Pour cela aussi, le rapport de force sera nécessaire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="pour-un-avenir-de-justice-sociale"&gt;Pour un Avenir de Justice Sociale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous vivons un moment déterminant pour l’avenir de notre modèle social et démocratique. Les politiques menées par les gouvernements libéraux, par les injustices et les inégalités qu’elles ont générées ont provoqué désespoir et repli sur soi. L’extrême droite attend en embuscade et n’a jamais été si proche du pouvoir depuis Vichy. Aujourd’hui la lutte pour le progrès social et pour l’égalité est en mesure de contrer ce qui est annoncé comme inéluctable par les tenants de l’ordre établi. Le mouvement social doit se montrer à la hauteur et être capable d’agir dans l’unité pour imposer un budget de justice sociale, à même de redonner espoir et confiance dans l’avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Emmanuel Mercier, Rachel Schneider&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Syndicalisme en temps troubles</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/295/05-dossier/</link><pubDate>Wed, 26 Nov 2025 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/295/05-dossier/</guid><description>&lt;p&gt;Certes la séquence est dominée par le politique, au sens partisan du terme. Un macronisme, vieux avant l’âge et finissant là où il devait tomber, dans un conservatisme étroit, l’absence de majorité parlementaire, des gauches qui se cherchent, se jaugent et s’affrontent quitte à s’unir en cas en nécessité électorale, des droites toujours plus solubles dans une extrême droite gourmande autant qu’à l’affût : qui ne voit l’immense responsabilité du syndicalisme à défendre les droits des travailleurs et le droit du travail, ainsi que les libertés démocratiques, sans lesquelles la tâche deviendrait trop lourde, voire impossible.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="forces-et-faiblesses-du-syndicalisme-français"&gt;Forces et faiblesses du syndicalisme français&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Oui le syndicalisme en France présente des faiblesses, des insuffisances : trop peu de syndiqués pour trop de syndicats, le dilemme constante entre nécessité de l’unité pour gagner sur les revendications et tentation du repli identitaire dans une logique de concurrence électorale savamment entretenue par le pouvoir, public comme patronal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant le syndicalisme, et notamment la FSU, est bien vivant, actif et reconnu par le monde du travail, comme en témoignent les immenses mobilisations de 2023 sur les retraites. Le mouvement n’est pas pour le moment vainqueur, mais qui ne voit la défaite idéologique de celles et ceux qui prétendent hypocritement sauver sécurité et protection sociales en en éloignant toujours plus l’horizon pour le plus grand nombre ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="le-rôle-de-la-fsu-et-la-nécessité-dunité"&gt;Le rôle de la FSU et la nécessité d&amp;rsquo;unité&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce dossier ne se veut évidemment pas exhaustif. Il rappelle l’originalité de la FSU dans le complexe tableau français, et donne à voir les forces comme les failles du syndicalisme de l’éducation. Il rend compte également du dialogue, chaque jour plus nécessaire, entre une FSU et une CGT soucieuses de construire ensemble, et d’abord avec leurs militant·es et leurs adhérent·es, un outil commun, une maison commune, condition nécessaire et non suffisante d’une meilleure efficacité syndicale au service du monde du travail.&lt;/p&gt;</description></item><item><title>La FSU forte de son orientation et de sa structuration originales dans le mouvement syndical !</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/295/06-dossier/</link><pubDate>Mon, 24 Nov 2025 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/295/06-dossier/</guid><description>&lt;h2 id="introduction"&gt;Introduction&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quelques mois après la tenue de son 11e congrès à Rennes lors duquel la FSU a actualisé son analyse et ses mandats revendicatifs, la FSU continue de tenir une place originale dans le mouvement syndical, soucieuse que celui-ci soit à la hauteur de tous les défis lancés dans une France et un monde en plein bouleversement. Ce congrès a confirmé que, résolument, l’ADN de la FSU était de faire vivre une force syndicale qui, loin d’être centrée sur ses seuls intérêts immédiats, cherche à agir, à partir de son champ d’intervention, et à faire bouger les lignes pour faire progresser sans cesse les intérêts du monde du travail.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="une-originalité-sans-cesse-renouvelée-et-consolidée"&gt;Une originalité sans cesse renouvelée et consolidée&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Depuis 1993, la Fédération syndicale unitaire, tirant le bilan des impasses de l’orientation de la FEN qui venait d’exclure les syndicats nationaux et équipes militantes les plus dynamiques et déterminées à faire valoir les revendications des personnels, s’est fondée sur une compréhension des besoins de renouvellement des pratiques et orientations syndicales dans la Fonction publique, mais pas seulement. En effet, avant même le grand mouvement social de l’automne 1995 contre le plan gouvernemental de réforme de la Sécurité sociale et de recul du droit à la retraite, la toute jeune FSU a inscrit dans son orientation et sa pratique l’unité public-privé et la nécessité de porter dans le débat avec les personnels les problématiques de réponses syndicales dans un monde se transformant sous l’offensive néolibérale. Cela s’est traduit en termes de pratiques syndicales, la FSU cherchant à démontrer que le fait de « faire avec les personnels », le fameux « syndicalisme à vocation majoritaire », n’avait pas pour contrepartie la recherche du plus petit dénominateur commun et donc au bout du compte l’inaction, mais était au contraire le gage de la force de l’action syndicale menée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
&lt;figure &gt;
&lt;div class="flex justify-center "&gt;
&lt;div class="w-full" &gt;
&lt;img alt="06-caroline.webp"
srcset="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/06-dossier/06-caroline_hu_32468dbf85ca054f.webp 320w, https://enjeux.unite-action.fr/post/295/06-dossier/06-caroline_hu_e3bceb07b6ad7e97.webp 480w, https://enjeux.unite-action.fr/post/295/06-dossier/06-caroline_hu_a3f2345d8d7ec509.webp 760w"
sizes="(max-width: 480px) 100vw, (max-width: 768px) 90vw, (max-width: 1024px) 80vw, 760px"
src="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/06-dossier/06-caroline_hu_32468dbf85ca054f.webp"
width="760"
height="570"
loading="lazy" data-zoomable /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La FSU s’est donc construite non comme une simple nouvelle « fédération de fonctionnaires », mais comme une actrice syndicale soucieuse de contribuer par son apport original, et par sa compréhension des grands enjeux au mouvement syndical et aux alternatives sociales et économiques que celui-ci doit nourrir. Ses équipes militantes, ancrées dans la réalité des professions, alimentent cette réflexion fédérale par l’exercice concret de leurs métiers, fonctions, missions de service public.
Plus de trente après, la Fédération a considérablement élargi son champ de syndicalisation et son implantation dans la fonction publique de l’État et dans la territoriale, où elle est désormais représentative. On peut ainsi constater que le syndicalisme défendu par la FSU lui permet de comprendre, d’analyser et d’agir pour porter haut et fort les revendications des personnels qu’elle défend, mais plus largement de l’ensemble du monde du travail.
Elle est ainsi forte d’un syndicalisme qui s’ancre dans la réalité des métiers, des statuts et plus largement de l’ensemble du monde travail, de toute la société.
Cependant, force est aussi de constater que cet élargissement a été limité et que la FSU reste identifiée au monde de l’éducation en tant que « secteur d’activité ».&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="un-syndicalisme-qui-articule-ses-revendications-avec-une-perspective-de-progrès-social-pour-toutes-et-tous"&gt;Un syndicalisme qui articule ses revendications avec une perspective de progrès social pour toutes et tous&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Sa structuration en 22 syndicats nationaux lui permet de promouvoir une défense d’une conception ambitieuse du service public, rendu par des personnels titulaires, loin de tout conservatisme syndical, ce qui lui permet de développer un syndicalisme dont les revendications ont comme ambition la défense et l’amélioration des situations de toutes et tous, fonctionnaires et contractuel⋅les. C’est cette volonté d’agir concrètement et de répondre aux enjeux sociaux et à l’amélioration des conditions faites à toutes et tous qui nourrit la vitalité du débat interne de la FSU et son souci de rassembler des majorités très larges, construites sur des synthèses les plus exigeantes possibles. De ce point de vue, la construction de la majorité qualifiée à 70% pour l’adoption de ses mandats et les principes garantissant le respect des minorités dans la composition des instances de la FSU, s’ils ont souvent surpris en dehors, sont objectivement un gage de solidité de ses constructions syndicales, de ses analyses et revendications.
Le congrès a confirmé l’activité revendicative permanente de défense du statut général des fonctionnaires cherchant à chaque fois à traiter les problématiques statutaires tant du point de vue des personnels que de celui des usager·es. C’est cette approche qui explique l’attachement de la FSU à l’équilibre en droits et obligations qui fonde la conception du fonctionnaire-citoyen, caractéristique de notre modèle de fonction publique et de service public. Ceci amène la FSU à refuser tout corporatisme étroit et à penser les intérêts des personnels qu’elle défend toujours en articulation avec l’intérêt général. Car, bien qu’étant une fédération de la Fonction publique, tout le monde peut constater que la FSU travaille aussi toutes les grandes questions sociales et sociétales. De ce point de vue, elle développe des analyses et des propositions sur les enjeux de protection sociale ou de droits sociaux. Sa défense du « 100% Sécu » est d’ailleurs emblématique ! C’est forte de la compréhension conférée par son syndicalisme ancré dans les métiers et professions sur de nombreux sujets interprofessionnels, que la FSU intervient aussi sur les grandes questions intéressant le monde du travail ou la société dans son ensemble. Cette capacité lui est malgré tout parfois déniée au profit de la prise en compte de la seule représentativité des salarié·es du privé où seules 5 confédérations sont représentatives (CFDT, CGT, FO, CGC, CFTC).
Le problème n’est pas tant de ne pas être invité·es à certaines tables, surtout celles qui n’ont que l’apparence du dialogue social, que celui de la capacité de la FSU à appréhender tous les enjeux interprofessionnels et à peser sur le cours des choses.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="une-illustration--la-bataille-pour-défendre-le-droit-à-la-retraite"&gt;Une illustration : la bataille pour défendre le droit à la retraite&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le combat contre la réforme des retraites de 2023 permet d’illustrer nombre de ces problématiques. D’abord, parce que, dans ce type de mouvement, la FSU s’appuie sur une mobilisation forte des champs professionnels dans lesquels elle est en responsabilité : elle parle au nom de dizaines de milliers de grévistes et manifestant·es, et elle parle même « avec » elles et eux, s’attachant à dire les réalités vécues au travail que le mouvement révèle, dénonce et veut faire changer. Ensuite, elle est sans doute l’organisation dont tout le monde voit qu’elle s’attache à valoriser l’unité intersyndicale. Ce qui ne veut pas dire qu’elle ne fasse pas entendre des spécificités : ici, le rôle de la FSU pour mettre en avant les liens entre pensions de retraite et statut général des fonctionnaires a été déterminant pour unifier le mouvement public-privé et ne pas entrer dans le piège des divisions entre catégories de travailleur·euses dont on sait qu’elle ne mène qu’à des dynamiques perdantes pour toutes et tous. Toujours dans cette même idée, son ancrage dans la fonction publique, féminisée à 62% (et les secteurs où la FSU est forte sont encore au-dessus de cette moyenne) lui a aussi permis d’être fer de lance dans la mise en avant de la problématique spécifique des femmes concernant la retraite, et l’attaque spécifique qui leur est faite avec le recul de l’âge, notamment car elles sont, du fait de la réforme, plus nombreuses que les hommes à voir la perspective de carrières complètes s’éloigner, aggravant des inégalités déjà fortes. On voit là que développer des points spécifiques est tout sauf du repli corporatiste, cela apporte au contraire à la dynamique générale du mouvement. Il faut cependant constater que ce n’est pas chose aisée. Et puisque nous développons ici le sujet « retraites des femmes », on peut par exemple noter les difficultés devant lesquelles nous sommes depuis 2003 pour faire prendre conscience de l’attaque faite aux femmes fonctionnaires avec les suppressions de bonifications pour enfants, qui produit ses effets essentiellement aujourd’hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
&lt;figure &gt;
&lt;div class="flex justify-center "&gt;
&lt;div class="w-full" &gt;
&lt;img alt="07-64-ans-non.webp"
srcset="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/06-dossier/07-64-ans-non_hu_31f45d51d153f2bb.webp 320w, https://enjeux.unite-action.fr/post/295/06-dossier/07-64-ans-non_hu_a4b79fad8133f3f8.webp 480w, https://enjeux.unite-action.fr/post/295/06-dossier/07-64-ans-non_hu_14c47ccb357f007.webp 600w"
sizes="(max-width: 480px) 100vw, (max-width: 768px) 90vw, (max-width: 1024px) 80vw, 760px"
src="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/06-dossier/07-64-ans-non_hu_31f45d51d153f2bb.webp"
width="600"
height="600"
loading="lazy" data-zoomable /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand la FSU n’est pas présente, par exemple lors des réunions plénières du « conclave », ce sujet n’étant pas mis en avant par les autres organisations. Il n’est pas entendu dans la discussion par le gouvernement et donc pas mis en avant par la presse qui rend compte de ces réunions. Même si la FSU s’efforce de le poser dans le débat public par d’autres voies, ceci n’a pas la même portée immédiate. Voilà une illustration que le syndicalisme FSU a toute son utilité dans la défense l’intérêt général du monde du travail.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="la-volonté-farouche-dun-syndicalisme-face-aux-grands-désordres-sociaux-et-du-monde"&gt;La volonté farouche d’un syndicalisme face aux grands désordres sociaux et du monde&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Depuis l’origine, la FSU entend porter haut la nécessité pour le syndicalisme de s’organiser pour relever tous les défis qui lui sont lancés, particulièrement dans le moment historique d’offensive du néolibéralisme qui cherche à fracturer nos modèles sociaux et les droits et garanties que ceux-ci confèrent au monde du travail. Le syndicalisme a un rôle crucial dans un moment où s’enchevêtrent les crises multiples, sociales, démocratiques, écologiques à tous les niveaux nourrissant les terreaux sur lesquels les extrêmes droites prospèrent, tant au niveau du pays que sur le plan international où la résurgence du phénomène guerrier et des barbaries témoigne de la nécessité de gagner des conquêtes sociales et de développer des solidarités pour défendre la paix.
La FSU pointe de manière permanente les enjeux de l’unité syndicale et de sa permanence, aussi pour favoriser tous les rapprochements, sortir de l’émiettement syndical et de l’affaiblissement qu’il génère pour les rapports de force sociaux. Mais elle entend chercher à résoudre dans la pratique cette problématique. C’est pour cette raison qu’elle a eu sans cesse le souci de faire progresser la perspective d’un nouvel outil syndical. Le congrès de Metz en 2022 et celui de Rennes en février dernier ont été deux moments où elle a posé clairement des jalons pour avancer dans cette perspective.
Ce dossier montre combien Unité et Action, comme courant très majoritaire depuis l’origine de la FSU, entend poursuivre sans relâche à travailler très concrètement le rapprochement, aujourd’hui avec la CGT, et demain avec d’autres organisations comme Solidaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
&lt;figure &gt;
&lt;div class="flex justify-center "&gt;
&lt;div class="w-full" &gt;
&lt;img alt="07-ua.webp"
srcset="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/06-dossier/07-ua_hu_cd54b664d9b4bfee.webp 320w, https://enjeux.unite-action.fr/post/295/06-dossier/07-ua_hu_393c5e7ce96ca15f.webp 480w, https://enjeux.unite-action.fr/post/295/06-dossier/07-ua_hu_be1e74e891a12868.webp 760w"
sizes="(max-width: 480px) 100vw, (max-width: 768px) 90vw, (max-width: 1024px) 80vw, 760px"
src="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/06-dossier/07-ua_hu_cd54b664d9b4bfee.webp"
width="760"
height="285"
loading="lazy" data-zoomable /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Unité et Action, la FSU est pleinement dans le rôle qu’elle s’est fixé : elle met en pratique ce qu’elle considère comme nécessaire pour la défense des personnels et de l’intérêt général du monde du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Morane Le Deunf, Polo Lemonnier, Bruno Lévéder, Benoît Teste l&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Table ronde</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/295/08-dossier/</link><pubDate>Sun, 23 Nov 2025 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/295/08-dossier/</guid><description>&lt;h2 id="table-ronde--unité-syndicale-mobilisations-et-maison-commune"&gt;Table ronde : Unité Syndicale, Mobilisations et &amp;ldquo;Maison Commune&amp;rdquo;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quelques jours avant la venue de Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, au CDFN de la FSU de septembre 2025, son courant majoritaire Unité et Action a organisé une table ronde avec les chef·es de file du groupe de travail CGT-FSU : Caroline Chevé, secrétaire générale, pour la FSU et Thomas Vacheron, secrétaire confédéral, pour la CGT, sous le regard critique de Jean-Marie Pernot, chercheur associé à l’Institut de recherche économique et sociale (IRES) et au centre d’histoire sociale des mondes contemporains.
&lt;figure &gt;
&lt;div class="flex justify-center "&gt;
&lt;div class="w-full" &gt;
&lt;img alt="11-cgtfsu.webp"
srcset="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/08-dossier/11-cgtfsu_hu_3c0c375d65efc0bf.webp 320w, https://enjeux.unite-action.fr/post/295/08-dossier/11-cgtfsu_hu_5ddc273b4ac4929f.webp 480w, https://enjeux.unite-action.fr/post/295/08-dossier/11-cgtfsu_hu_f77a6eb7f08c8e06.webp 760w"
sizes="(max-width: 480px) 100vw, (max-width: 768px) 90vw, (max-width: 1024px) 80vw, 760px"
src="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/08-dossier/11-cgtfsu_hu_3c0c375d65efc0bf.webp"
width="760"
height="398"
loading="lazy" data-zoomable /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis juillet 2023, le groupe de travail CGT-FSU se réunit régulièrement et aujourd’hui, nous sommes à mi-chemin entre le congrès de la FSU de février 2025 et le futur congrès de la CGT en juin 2026.
Lors de son congrès, très attachée à travailler plus avant la perspective d’un nouvel outil syndical, la FSU a porté la volonté de créer une « maison commune du syndicalisme de lutte et de transformation sociale » en particulier avec la CGT avec qui un travail est bien engagé, mais également avec d’autres qui se révéleraient disponibles. Cette maison s’inscrit dans le cadre des mandats historiques de la FSU sur la réunification de ce syndicalisme, mandats également partagés par la CGT.
&lt;figure &gt;
&lt;div class="flex justify-center "&gt;
&lt;div class="w-full" &gt;
&lt;img alt="8-congres-cgt-fsu.webp"
srcset="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/08-dossier/8-congres-cgt-fsu_hu_5e5e2d5cab19d6c2.webp 320w, https://enjeux.unite-action.fr/post/295/08-dossier/8-congres-cgt-fsu_hu_8264714b4c75c661.webp 480w, https://enjeux.unite-action.fr/post/295/08-dossier/8-congres-cgt-fsu_hu_c4ec26c4a338e205.webp 760w"
sizes="(max-width: 480px) 100vw, (max-width: 768px) 90vw, (max-width: 1024px) 80vw, 760px"
src="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/08-dossier/8-congres-cgt-fsu_hu_5e5e2d5cab19d6c2.webp"
width="760"
height="428"
loading="lazy" data-zoomable /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette table ronde a été animée par Nina Palacio et Thierry Quétu, membres du collectif d’animation d’Unité et Action FSU.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="lunité-syndicale-face-au-projet-de-budget-et-aux-mobilisations"&gt;L&amp;rsquo;unité syndicale face au projet de budget et aux mobilisations&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Enjeux-UA :&lt;/strong&gt; comment expliquer l’unité syndicale à 8, face au projet de budget ? De quoi selon vous, cette unité de l’intersyndicale est-elle révélatrice et peut-elle ou doit-elle être durable ? L’intersyndicale appelle à une grève nationale le 18 septembre. Elle aura été précédée d’actions de secteurs professionnels, ainsi que de l’appel « Bloquons tout » du 10 septembre. Comment expliquer, quelques années après les Gilets Jaunes, cette nouvelle initiative hors cadre syndical ? Comment la FSU et la CGT l’appréhendent-elles ? Des convergences sont-elles possibles ? Souhaitables ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Caroline Chevé (FSU) :&lt;/strong&gt; pour la FSU, l’unité à huit est extrêmement importante. C’est une boussole pour construire la mobilisation la plus large possible, condition d’un syndicalisme qui pèse plus fort que lorsqu’il agit dans la dispersion. Ainsi, la stratégie unitaire de 2023, si elle n’a certes pas permis d’empêcher la réforme, a été validée par les personnels. La confiance des salariés envers le syndicalisme en est sortie renforcée. Cette recherche permanente de l’unité, et les compromis qu’elle suppose parfois, n’a jamais constitué un frein pour les mobilisations. Qu’il s’agisse des grandes manifestations, de l’appel commun du 7 mars 2023 à « mettre la France à l’arrêt », du suivi de la journée de mobilisation et de la grève féministe du 8 mars… En 2024, nous avons eu dans ce cadre des échanges réguliers, notamment au sujet de la lutte contre l’extrême droite, contre le racisme sur les lieux de travail. Ceci a permis d’aboutir par exemple à un texte de refus de l’extrême droite porté par cinq organisations syndicales en juillet 2024 dans le contexte des élections législatives. Et face aux annonces budgétaires de Bayrou, les huit ont pu rapidement définir une attitude commune, au-delà de divergences d’appréciation. Ce qui m’a frappée dans la réunion de l’intersyndicale, c’est la qualité d’écoute, le mélange de franchise et de respect des autres organisations. Dans le contexte politique confus qui est le nôtre, il est fondamental que les enjeux du monde du travail, de droits sociaux, de répartition des richesses, de justice sociale soient portés d’une voix très claire et très forte, qui exige l’unité.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Thomas Vacheron (CGT) :&lt;/strong&gt; d’abord, merci pour cette occasion de débattre. La CGT est très attentive au pluralisme, à la discussion, notamment pour identifier et dépasser les divergences. La CGT est très attachée à l&amp;rsquo;unité syndicale, elle en est d’ailleurs la cheville ouvrière. Elle est systématiquement à l&amp;rsquo;initiative des intersyndicales qui parfois ne se font qu&amp;rsquo;avec les cinq confédérations. Mais dès que nous le pouvons, nous proposons qu&amp;rsquo;elle soit élargie à la totalité des organisations syndicales, donc avec la FSU ! C’est la CGT qui par exemple a relancé l’intersyndicale à huit sur la question du 1er mai. Nous recherchons l’unité car c’est une boussole pour les salarié⋅es. L’unité syndicale à 8 sur les salaires dès juillet 2022 a rendu possible ensuite le vaste mouvement de 2023, dans tous les territoires. Et la mobilisation a été forte, y compris là où en 2018 le mouvement des Gilets jaunes avait été puissant. Elle répondait donc à une aspiration du salariat. Aucune autre organisation collective ne peut mobiliser autant sur le territoire. Nous n’avons pas gagné en 2023, mais grâce au conflit la question des retraites a été ancrée dans la société. Ceci a abouti à un rejet total des 64 ans très largement partagé dans la population et a affaibli les gouvernements libéraux. C’est bien l’unité, nécessaire face à la violence des mesures antisociales, qui a permis au mouvement social de s’installer dans la durée. Une unité souhaitée par les salariés parfois davantage que par les militants, confrontés à des situations concurrentielles dans les entreprises issues de la régression du droit du travail ! L’unité réalisée au niveau national a contribué à amoindrir ces divisions dans les entreprises, après une longue période de division nationale entre syndicats depuis 2010.
&lt;figure &gt;
&lt;div class="flex justify-center "&gt;
&lt;div class="w-full" &gt;
&lt;img alt="8-thomas-vacheron.webp"
srcset="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/08-dossier/8-thomas-vacheron_hu_90429fa1e3fe7121.webp 320w, https://enjeux.unite-action.fr/post/295/08-dossier/8-thomas-vacheron_hu_4fa7527f336ca49b.webp 400w"
sizes="(max-width: 480px) 100vw, (max-width: 768px) 90vw, (max-width: 1024px) 80vw, 760px"
src="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/08-dossier/8-thomas-vacheron_hu_90429fa1e3fe7121.webp"
width="400"
height="600"
loading="lazy" data-zoomable /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean Marie Pernot (IRES) :&lt;/strong&gt; la durée du mouvement de 2023 a permis de créer des relations au niveau local, dans les entreprises, abaissant parfois les préventions entre syndicats, car les relations personnelles sont importantes pour aller de l’avant syndicalement. Cette longue séquence unitaire a montré que l’unité était possible en dépit des habituels discours sur des syndicalismes soi-disant inconciliables, notamment entre CGT et CFDT, ou FSU et Unsa. Le syndicalisme a ainsi regagné en crédibilité même si la victoire n’a pas été au rendez-vous. Les annonces budgétaires de François Bayrou relèvent de la provocation envers le monde du travail, envers toute la population, avec ces discours invraisemblables sur un déficit dont il dramatise la portée, au risque d’ailleurs de nuire au crédit du pays. Cette politique, libérale et réactionnaire, contredit son propre diagnostic en faisant des dépenses publiques le seul facteur d’ajustement quand celui des recettes est totalement écarté, cela sera sans doute l’objet majeur des futures batailles électorales. De tels discours, de telles postures sont insupportables pour tous les syndicats, quelles que soient leurs différences par ailleurs, insupportables aussi pour l’ensemble de la population. Le mouvement qui démarre sème donc pour l’avenir. Les inconnues sont nombreuses : y aura-t-il, le 10 puis le 18, de fortes mobilisations ? Quelle sera leur étendue géographique ? Que décidera Macron après la chute de Bayrou ? Il est certain que le champ des possibles est réouvert. On peut s’interroger sur l’échec relatif de la pétition intersyndicale face aux annonces budgétaires, avec environ 500 000 signatures, beaucoup moins que celle concernant la loi Duplomb, et alors que le syndicalisme rassemble environ 2 millions de salariés !&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="les-mouvements-hors-cadre-syndical-et-leur-appréhension"&gt;Les mouvements &amp;ldquo;hors cadre syndical&amp;rdquo; et leur appréhension&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Enjeux-UA :&lt;/strong&gt; vous n’avez pas abordé la question du cadre « hors syndical » du 10 septembre par exemple…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Caroline Chevé :&lt;/strong&gt; la question de l’implication citoyenne dans un mouvement social est ancienne. Elle a été très forte en 2023 via les associations et on voit aujourd’hui la société civile organisée s’impliquer sur le budget. Son apport est précieux : discuter très largement avec le monde associatif fait partie de l’identité de la FSU. Cela participe de l’enrichissement d’approches différentes et de l’exigence de réalisme et de crédibilité de nos revendications. S’agissant du mouvement du 10 septembre, sans doute faut-il faire le lien avec la réalité de l’implantation inégale du syndicalisme dans les territoires et les différents métiers. Le syndicalisme n’est pas présent partout. Il faut donc être attentif à ce que révèle ce type de mouvement sur l’état de la société. De tels mouvements posent la question de l’élaboration démocratique des revendications et des modes d’action, ce que les syndicats s’attachent à faire avec des espaces de débat démocratique locaux et nationaux. Avec l’ancrage sur les lieux de travail, c’est ce qui donne de la puissance aux mobilisations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Thomas Vacheron :&lt;/strong&gt; il faut se rappeler que la première manifestation, le 19 janvier 2023, avait rassemblé 2 millions de personnes. La veille, la pétition sur les retraites n’avait recueilli que 600 000 signatures. Puis le mouvement a alimenté la pétition. Les médias ont beaucoup relayé la pétition contre la loi Duplomb, et pas du tout celle de l’intersyndicale, pas plus d’ailleurs que la tenue de l’intersyndicale fin juillet. Ceci renvoie aussi à une réalité, celle d’une implantation trop faible des organisations syndicales sur les réseaux sociaux, mais aussi et surtout sur les lieux de travail. Les appels au 10 ont été propulsés par des comptes d’extrême droite qui sont favorisés par les algorithmes comme ceux d’Elon Musk sur X. Cela prospère sur une colère populaire bien réelle. En 2023, nous n’avons pu mettre le pays à l’arrêt, car le syndicalisme n’est pas assez implanté dans le privé, mais également dans le public. Témoignent de cette faiblesse le nombre de grévistes et la difficulté à faire durer des mouvements. Nos échecs collectifs sont liés à nos divisions et à l’émiettement syndical, des réalités néfastes que la FSU et la CGT se proposent à présent de surmonter. D’autant que cet émiettement est encouragé par des expressions médiatiques dont le but est d’éloigner les salariés du syndicalisme. Mais, notons que le syndicalisme sait évoluer, mûrir dans ses analyses : aucun syndicat ne s’est prononcé contre le mouvement du 10 septembre, même si des différences d’appréciation existent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean Marie Pernot :&lt;/strong&gt; le mouvement du 10 septembre ne constitue pas un phénomène totalement nouveau si on se souvient des coordinations ou plus récemment des Gilets Jaunes, même si les groupes semblent différents et que ces précédents partaient tout de même du monde du travail. Il pose une question au mouvement syndical. L’appel intersyndical du 7 mars 2023 fut une sorte de « Bloquons tout » qui n’a pas abouti. Celui du 10 septembre renvoie à l’imaginaire de la grève générale comme possibilité d’abattre le capitalisme. Objectif devenu quasi impossible à atteindre par un syndicalisme désormais trop faible dans les secteurs stratégiques, par exemple les transports ou l’énergie. L’idée pourrait être de contourner la difficulté en déplaçant le blocage du pays de la sphère de la production et de la circulation vers la consommation, d’où l’appel au boycott des grandes surfaces ou de l’usage des cartes bancaires. La contradiction, c’est que c’est dans l’action collective que réside la clé de la puissance, c’est d’agir ensemble que les gens tirent la force de se mettre en mouvement, ce que bien des gilets jaunes avaient découvert sur les ronds-points. Là me paraissent se trouver certaines limites de la démarche du 10 septembre si elle s’en tenait à des actions individuelles. Mais comme les gilets jaunes, les initiatives sont assez diverses et il peut y avoir des mobilisations intéressantes de populations non touchées par le syndicalisme ou même peu enclines jusque-là à l’action collective.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="vers-une-maison-commune-du-syndicalisme"&gt;Vers une &amp;ldquo;Maison Commune&amp;rdquo; du syndicalisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Enjeux-UA :&lt;/strong&gt; l’objectif d’unité d’action, sur des bases revendicatives, est commun à la FSU et à la CGT. Comment cela peut-il se conjuguer, dans les mois qui viennent, avec la construction de ce nouvel outil syndical que la FSU nomme « maison commune » ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Thomas Vacheron :&lt;/strong&gt; la première conséquence concrète de l’objectif de « maison commune » est l’amélioration des échanges avec la FSU. Cela permet d’avoir des stratégies régulières et privilégiées qui participent à favoriser l’unité intersyndicale. Dans les territoires, pas une intersyndicale ne se fait sans la CGT ou la FSU, on voit bien la combinaison concrète sur l’unité de manière permanente. La « maison commune » permet une meilleure connaissance mutuelle, améliore la compréhension et la complémentarité de nos stratégies pour gagner l’unité d’action. C’est une perspective pour nos militant⋅es. D’autres organisations regardent attentivement la dynamique que nous avons lancée. « Le syndicalisme est mortel » a dit un dirigeant syndical. Certes ! Le nombre de syndiqués baisse depuis 2012, à la CGT comme à la FSU, de même que la participation aux élections professionnelles. Les mobilisations de 2023 et le regain de syndicalisation qui s’en est suivi apparaissent à cette aune comme des lueurs dans la nuit. Ce que nous faisons est positif car cela cherche à inverser le cours des choses. Les statuts respectifs de la CGT et de la FSU partagent, avec des formulations différentes, l’idée d’unité d’action, de rassemblement syndical, voire pour la CGT d’unification. Le syndicalisme, c’est la mise en pratique ! C’est pourquoi il faut tenter de vraiment le faire en se donnant le temps nécessaire. Depuis que nous avons engagé le processus, ça répond à l’unité d’action et à nourrit stratégie, compréhension, échanges à travers nos rencontres nationales et locales périodiques. C’est très positif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Caroline Chevé :&lt;/strong&gt; Le congrès de Rennes a permis que le processus de rapprochement soit désormais une question prise en charge par l’ensemble des composantes de la fédération. Avec la CGT, nous sommes parvenus à trouver une manière d’échanger où on n’hésite pas à se dire les difficultés rencontrées, les nuances d’analyses, avec une prise en compte sincère et sérieuse des positions de nos deux organisations. Ainsi, à l’issue de son dernier congrès, la FSU a dit explicitement que le rapprochement mené avec la CGT ne saurait déboucher sur une fusion, ni une absorption. Cela a pu refroidir certain⋅es camarades. Mais nous avons eu raison, FSU comme CGT, de faire finalement ce choix de la complexité dans le processus qui nous mènera vers une maison commune. Nous tenons des échanges réguliers, nous développons de l’activité commune, créant ainsi une dynamique en vue de cet objectif en cours de construction, sans contenu pré-établi ni cadre formel qui s’imposerait a priori. C’est le travail commun qui donne forme à ce que nous faisons, progressivement. L’expression de la CGT qui parle d’un cadre pérenne de coopération sur des échanges stratégiques et sur des sujets concrets communs me semble bien correspondre bien à ce que nous construisons actuellement. Il peut permettre de produire des effets dans l’ensemble du monde syndical et sur les lieux de travail.
&lt;figure &gt;
&lt;div class="flex justify-center "&gt;
&lt;div class="w-full" &gt;
&lt;img alt="10-maisoncommune.webp"
srcset="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/08-dossier/10-maisoncommune_hu_44cf7efbf30b09c1.webp 320w, https://enjeux.unite-action.fr/post/295/08-dossier/10-maisoncommune_hu_4cb8ef4889e5831d.webp 480w, https://enjeux.unite-action.fr/post/295/08-dossier/10-maisoncommune_hu_640e2048831af8b7.webp 578w"
sizes="(max-width: 480px) 100vw, (max-width: 768px) 90vw, (max-width: 1024px) 80vw, 760px"
src="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/08-dossier/10-maisoncommune_hu_44cf7efbf30b09c1.webp"
width="578"
height="600"
loading="lazy" data-zoomable /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean Marie Pernot :&lt;/strong&gt; ce processus de rapprochement, affaire de longue haleine, a ceci de fort qu’il va à rebours de l’histoire du syndicalisme depuis le début de la Guerre Froide en 1947, une histoire de dispersion, culminant avec l’éclatement de la FEN et la naissance de la FSU au début des années 1990. La reconstruction d’une logique de rassemblement n’est pas une mince affaire, tant le syndicalisme français se montre plus enclin aux divisions qu’au rassemblement. Le processus s’est engagé sans refuser au départ un certain nombre d’ambiguïtés, ce qui n’est pas une mauvaise chose. Il ne s’agit pas en effet de mener à bien un projet clé en main, l’expression de Maison commune est vague et c’est très bien ainsi : l’ambiguïté n’est pas un inconvénient, c’est une situation sur laquelle on peut construire solidement à la différence de l’équivoque qui, elle, est dangereuse : construire pas à pas en remettant à demain d’autres problèmes qui trouveront peut-être plus facilement des solutions une fois les premiers pas franchis, cela permet de surmonter progressivement les difficultés. Et puis les syndicats ce sont d’abord des femmes et des hommes, d’où l’importance d’une meilleure connaissance réciproque, propre à lever certains préjugés, certaines idées préconçues sur le partenaire, cela peut aussi provoquer des bougés utiles de part et d’autre. Ce rapprochement ne m’apparaît en rien contradictoire avec l’unité intersyndicale à 8. FSU comme CGT partagent la nécessité de l’unité d’action. Récuser la logique des camps syndicaux n’est pas contradictoire avec le souci d’organiser parallèlement et dialectiquement le sien…&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="combattre-lextrême-droite--rôle-et-stratégies-syndicales"&gt;Combattre l&amp;rsquo;extrême droite : rôle et stratégies syndicales&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Enjeux-UA :&lt;/strong&gt; l’extrême droite continue à rassembler dans les sondages près d’un tiers de l’électorat. En quoi la FSU et la CGT peuvent-elles contribuer à l’affaiblir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Caroline Chevé :&lt;/strong&gt; il y a un enjeu prioritaire pour le syndicalisme, celui de déconstruire l’imposture du discours prétendument social de l’extrême droite, alors que sa prétention à répondre aux besoins sociaux repose au contraire sur une approche discriminatoire, qui tend à hiérarchiser et à fracturer la société, à l’opposé de l’aspiration démocratique. Dans la période, les organisations syndicales peuvent outiller celles et ceux qui veulent la combattre. On n’est plus dans une période où la dénonciation par référence au passé ou la morale suffisent. Il faut parler aux salarié⋅es qui, perméables aux idées d’extrême droite, le traduisent dans leurs votes. Le travail qu’on mène ensemble avec la CGT est essentiel de ce point de vue et nos échanges permettent d’élargir nos compréhensions mutuelles. On n’utilise pas forcément les mêmes entrées selon que l’on s’adresse à des personnels de la Fonction publique, de catégorie A, B ou C, qui travaillent ou non avec le public, ou à des salariés qui travaillent dans les entreprises, mais il y a des points communs à travailler. La maison commune apparaît ici, notamment comme un outil d’échange stratégique, comme un élément qui permet aussi de renforcer la capacité de l’intersyndicale à 8 de jouer ce rôle de contrepoint à l’imposture du discours « social » de l’extrême droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Thomas Vacheron :&lt;/strong&gt; complètement d’accord sur l’objectif d’expliquer l’imposture sociale de l’extrême droite, opposée à la revalorisation du SMIC ou à l’indexation des salaires sur les prix. Il faut les démasquer sur la question des mesures austéritaires du budget. C’est très important. Ils ont lancé leur pétition seulement sur les deux jours fériés mais pas sur les autres mesures. Ils sont libéraux, d’ailleurs on voit une réinflexion pro patronale de la direction du RN et de la politique qu’elle porte. Ce travail de décryptage s’applique aussi par exemple à la loi Duplomb. L’extrême droite y était favorable. Deuxième élément, les formations CGT-FSU avec l’objectif de nous mettre en situation de s’adresser à tout le salariat. Troisième élément, plus complexe mais essentiel, ce sont les victoires sociales qui peuvent être l’antidote au désespoir qui est le carburant de l’extrême droite. Dans la séquence, il faut tout faire pour éviter de rater ce qui pourrait nous permettre de cranter dans la situation. Ne pas rater la séquence de colère populaire, faire preuve d’utilité. On ne fait pas qu’accompagner, on essaie de gagner des avancées. C’est tout l’enjeu de l’implantation syndicale car plus on est proche d’un syndicat, moins on est poreux à l’extrême droite et à ses idées. D’où l’enjeu de renforcer l’implantation syndicale. C’est là où sont nos relais concrets, on l’a vu en 2024 sur les législatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean Marie Pernot :&lt;/strong&gt; la question de l’autorité a aussi une face où l’extrême droite est en difficulté : la toute-puissance patronale est une question centrale dans la crise actuelle du travail. Dans cette période de débat budgétaire, le thème des recettes et de la justice fiscale place aussi l’extrême droite devant des contradictions. Autant d’atouts pour démasquer cette imposture.&lt;/p&gt;</description></item><item><title>LE SYNDICALISME DANS L’EDUCATION EST-IL EN DECLIN ?</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/295/12-dossier/</link><pubDate>Sat, 22 Nov 2025 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/295/12-dossier/</guid><description>&lt;h2 id="introduction--un-spécialiste-des-politiques-éducatives"&gt;Introduction : Un spécialiste des politiques éducatives&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ismail Ferhat est professeur à l’université de Paris Nanterre, spécialiste des politiques éducatives, sur un double plan historique et sociologique. Il vient de publier une très intéressante étude : &lt;em&gt;Les syndicats de l’éducation nationale, des acteurs en mutation&lt;/em&gt;, PUF, 2025.
&lt;figure &gt;
&lt;div class="flex justify-center "&gt;
&lt;div class="w-full" &gt;
&lt;img alt="13-livre.webp"
srcset="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/12-dossier/13-livre_hu_110f2487ba4d7462.webp 320w, https://enjeux.unite-action.fr/post/295/12-dossier/13-livre_hu_35b0f2bb029a204d.webp 394w"
sizes="(max-width: 480px) 100vw, (max-width: 768px) 90vw, (max-width: 1024px) 80vw, 760px"
src="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/12-dossier/13-livre_hu_110f2487ba4d7462.webp"
width="394"
height="600"
loading="lazy" data-zoomable /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;hr&gt;
&lt;h2 id="le-syndicalisme-éducatif-en-déclin--un-constat-nuancé"&gt;Le syndicalisme éducatif en déclin ? Un constat nuancé&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Enjeux-UA : Peut-on parler d’un affaiblissement du syndicalisme de l’éducation en France ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ismail Ferhat :&lt;/strong&gt; Le constat est à nuancer. D’une part, en effet, ce syndicalisme a connu une baisse drastique du nombre d’adhérents, mais aussi de votants aux élections professionnelles depuis plusieurs années, voire décennies s’agissant des adhérents. Mais les syndicats enseignants ont appris à vivre avec cette évolution, sans pour autant s’y résoudre. Le syndicalisme français, globalement, subit un affaiblissement depuis près de 40 ans maintenant, en lien notamment avec le contexte économique, la désindustrialisation (textile, chimie, automobile…), les baisses d’effectifs etc. Paradoxalement, cet élément ne joue pas vraiment pour l’éducation qui est un secteur en expansion : il y a aujourd’hui plus d’élèves, d’étudiants et de personnels toutes catégories confondues que dans les années soixante-dix ou quatre-vingt. C’est pourquoi le choc démographique à venir sera un moment de vérité.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux éléments me semblent à relever. D’abord la France n’est pas un cas particulier dans cette évolution négative, même si elle se caractérise traditionnellement par un syndicalisme divisé, faible en nombre d’adhérents, dans une société et avec des pouvoirs économiques et publics qui n’acceptent pas toujours leur rôle d’intermédiation avec les salariés. Par ailleurs il ne faut pas sous-estimer l’impact, particulièrement dans l’éducation, d’un discours antisyndical très fort, et qui transcende les frontières partisanes. C’est le discours stigmatisant envers des syndicats qui auraient trop de pouvoir dans l’École, empêcheraient toutes réformes et finalement seraient responsables de ses résultats mitigés. Les responsables politiques français, à droite comme à gauche, font de l’École un instrument à tout faire, à tout régler dans les maux de la société - chômage, atteintes à la laïcité… - ce qu’elle ne peut bien sûr assumer ; leur frustration peut les conduire à désigner des boucs émissaires à savoir les syndicats enseignants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le passé, en France comme à l’étranger, existait une culture du deal entre les pouvoirs publics et les syndicats de l’éducation, par exemple du temps de la FEN, dans le NUT britannique, ou la branche éducation du DGB en Allemagne. Aujourd’hui les politiques, notamment de décentralisation ou d’autonomie, ont contribué à réduire ces négociations au sommet : en Suède, gauche et droite ont ainsi porté la communalisation de l’École. Par ailleurs, les forces politiques n’hésitent plus à jouer les parents d’élèves de classes moyennes, tenaillés par l’angoisse de l’échec scolaire, contre les syndicats, ainsi Tony Blair dans les années 2000 mais aussi bien sûr Claude Allègre ou plus récemment en 2015 lors d’une réforme du collège, et ce n’étaient pas des gouvernements conservateurs. La droite de son côté n’hésitait pas à traiter avec la FEN mais cela s’est terminé dans les années quatre-vingt.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S’agissant de la représentativité des syndicats enseignants, la DARES chiffre à 23 % le pourcentage de syndiqués dans le secteur éducation et recherche, c’est autant que dans la fonction publique d’État en général et beaucoup plus que dans le secteur privé. La crise est donc réelle mais à nuancer.&lt;/p&gt;
&lt;hr&gt;
&lt;h2 id="causes-du-déclin--politisation-et-fragmentation"&gt;Causes du déclin : Politisation et fragmentation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Enjeux-UA : Quelles en sont les causes ? De nombreux sondages mettent en avant la « politisation » de syndicats qui serait source de défiance de la part des personnels. La fragmentation du paysage syndical est-elle un élément d’explication ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ismail Ferhat :&lt;/strong&gt; Il y a là quelque chose de paradoxal puisque jamais en France les syndicats n’ont eu des rapports aussi éloignés avec les partis qu’aujourd’hui. Historiquement, les grandes centrales ou fédérations syndicales - CGT, FEN, CFDT voire FO - ont longtemps été proches des partis de Gauche, entretenant des liens étroits, des discussions, des négociations y compris sur des programmes électoraux. L’éloignement actuel n’en est que plus frappant. Les trajectoires qui amenaient des militants syndicaux à poursuivre dans un engagement partisan, autrefois fréquentes, sont désormais plus rares.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les partis de gauche sont largement devenus des organisations dirigées par des professionnels de la politique. Globalement l’adhésion aux partis a beaucoup baissé, surtout parmi les jeunes, d’où un isolement qui ne favorise d’ailleurs pas la démarche d’engagement syndical, nécessairement collective. La fragmentation peut être un facteur d’explication à la faible attractivité du syndicalisme enseignant. Dans les années 2000, la FSU et dans une moindre mesure l’UNSA étaient parvenues à rassembler le vote des personnels de l’Éducation, mais la dynamique centrifuge semble avoir repris depuis les années 2010. Ceci étant, la FSU et l’UNSA pèsent toujours près de 60% des voix, soit pas beaucoup moins que leur matrice la FEN des années quatre-vingt. Elles restent majoritaires dans pratiquement toutes les catégories des personnels éducatifs à l’exception des PLP en raison du départ du SNETAA à FO. Le syndicalisme non confédéré reste en tête dans la plupart des CAPN. D’ailleurs les syndicats de l’éducation de Sud ou de la CGT sont de plus en plus des syndicats d’enseignants, et le SGEN-CFDT ne cesse de reculer. On a l’impression d’un monde enseignant qui reste fortement structuré par une identité commune, même si par exemple l’endogamie régresse : les enseignants continuent à se voir plus comme des enseignants que comme des salariés « comme les autres ».&lt;/p&gt;
&lt;hr&gt;
&lt;h2 id="nouvelles-formes-de-mobilisation-et-leurs-spécificités"&gt;Nouvelles formes de mobilisation et leurs spécificités&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Enjeux-UA : S’agissant des formes de mobilisation dans l’enseignement, vois-tu une parenté entre les mouvements comme les Stylos rouges d’une part, et les anciens Gilets jaunes voire le mouvement Bloquons tout le 10 septembre.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ismail Ferhat :&lt;/strong&gt; Les Stylos rouges, mais aussi le mouvement « pas de vague » s’en rapprochent par l’usage des réseaux numériques. Il est impossible à cette date de se prononcer sur la nature et le développement possible du mouvement du 10 septembre. Les Stylos rouges sont un mouvement de personnels souvent syndiqués, majoritairement des hommes, exerçant en lycée et en fin de carrière, donc bien loin des Gilets jaunes majoritairement issus des classes populaires. « Pas de vague » rassemble des femmes et des hommes, plus variés dans leur lieu d’exercice, pas ou plus syndiqués. Leurs mots d’ordres, au demeurant assez divers, ont été soutenus par FO et le Snalc qui, à la différence du SNUIPP par exemple, se reconnaissent dans des expressions viscéralement anti hiérarchies, non exemptes parfois d’un certain poujadisme, avec la dénonciation de violences exercées sur les enseignants et qui seraient dissimulées par l’institution, voire par certains syndicats, un discours de restauration pédagogique fondé sur un retour à l’ordre et à l’autorité, la volonté d’exclure de l’École certains élèves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant de positions que ne partage pas, je crois, la FSU, mais qui rencontrent un certain écho parmi les personnels éducatifs. Le sujet est d’ailleurs plus large : les fonctionnaires « de terrain » - comme les personnels hospitaliers, les policiers, les pompiers… - sont confrontés à d’indéniables violences commises par une partie des usagers et sont demandeurs d’un soutien plus fort de l’État. Ce n’est pas un hasard si le RN progresse dans ces professions de terrain. Ces mouvements disent aussi un certain recul de la capacité des syndicats d’incarner les aspirations d’une partie des professions.&lt;/p&gt;
&lt;hr&gt;
&lt;h2 id="le-syndicalisme-face-à-lextrême-droite"&gt;Le syndicalisme face à l&amp;rsquo;extrême droite&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Enjeux-UA : Comment le syndicalisme enseignant peut-il s’opposer à la progression du RN ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ismail Ferhat :&lt;/strong&gt; Ce n’est pas à moi de donner des conseils au syndicalisme. Rappelons d’abord que le RN n’est pas historiquement totalement détaché du monde éducatif. Le FN a ainsi été créé en partie par des universitaires et des étudiants du mouvement fasciste « Ordre Nouveau », il a traditionnellement des relais dans les facultés de droit ou de médecine. Pensons à des figures du parti comme Bruno Gollnisch ou Jean Claude Martinez, tout deux universitaires, compagnons de route de Jean Marie le Pen. Le monde enseignant, notamment syndiqué, vote moins pour l’extrême droite que le reste de la société. Ce vote frontiste est d’abord un vote d’isolement, géographique, social et culturel, un vote de rejet des « élites » diplômées, intégrées et ouvertes culturellement. Le syndicalisme formant une barrière naturelle contre le RN, son affaiblissement constitue favorise la progression des idées d’extrême droite. Or le monde éducatif ne vit pas en vase clos : beaucoup de personnels sont confrontés à des violences orales voire physiques, ils subissent des rapports hiérarchiques ou entre pairs dégradés, et déplorent de ne pas être soutenus en cas d’incidents. Le RN prospère sur ce sentiment d’une perte de considération, lié notamment à un bien réel déclassement salarial, de respect pour l’École. Pour les expliquer, il cible certains usagers - étrangers, musulmans… - comme les principaux fauteurs de troubles, il promet un rétablissement de l’ordre de jadis qui, on le sait, n’a jamais vraiment existé. Face à ces discours démagogiques, la tâche du syndicalisme, habitué à articuler revendication, mobilisation et réflexion nécessairement nuancée sur la complexité des réalités vécues par les agents n’est pas simple. Ce qui est certain, c’est que les personnels qui ne sont pas ou plus syndiqués sont les plus susceptibles d’être nourris de discours d’extrême droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis par Matthieu Leiritz l&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Transition écologique, un impératif de justice sociale</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/295/14-ecologie/</link><pubDate>Fri, 21 Nov 2025 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/295/14-ecologie/</guid><description>&lt;h1 id="transition-écologique-un-impératif-de-justice-sociale"&gt;Transition écologique, un impératif de justice sociale&lt;/h1&gt;
&lt;p&gt;Deux rapports récents soulignent la concordance des inégalités sociales et environnementales et l’impératif de concilier transition écologique et justice sociale.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="inégalités-environnementales-et-monde-du-travail"&gt;Inégalités environnementales et monde du travail&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;«C’est d’abord dans le monde du travail que les inégalités environnementales sont les plus élevées » selon le rapport 2025 de l’Observatoire des inégalités (ODI) qui consacre un dossier spécial à l’impact social des pollutions et du réchauffement climatique. Les inégalités environnementales concernent ainsi usines et chantiers. Si, selon les données 2019 du ministère du travail, un tiers des salarié·es déclarent respirer poussières et fumées, ce sont deux tiers de la classe ouvrière contre 10% des cadres qui sont exposés à ces nuisances.
Les mêmes écarts entre milieux sociaux sont constatés en matière d’exposition aux produits nocifs (voir ci-contre).
&lt;figure &gt;
&lt;div class="flex justify-center "&gt;
&lt;div class="w-full" &gt;
&lt;img alt="15-graph2.webp"
srcset="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/14-ecologie/15-graph2_hu_a72edda7a326762a.webp 320w, https://enjeux.unite-action.fr/post/295/14-ecologie/15-graph2_hu_aa424f6d89962530.webp 480w, https://enjeux.unite-action.fr/post/295/14-ecologie/15-graph2_hu_e8c2e67d4dfbd47d.webp 760w"
sizes="(max-width: 480px) 100vw, (max-width: 768px) 90vw, (max-width: 1024px) 80vw, 760px"
src="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/14-ecologie/15-graph2_hu_a72edda7a326762a.webp"
width="760"
height="506"
loading="lazy" data-zoomable /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/figure&gt;
Ces inégalités s’accentuent même, avec l’exposition des ouvrières et ouvriers à un air pollué au travail restant stable tandis que celle des cadres régresse. Les conséquences sanitaires de ces expositions révèlent également le lien parfois complexe entre inégalités environnementales et socio-économiques. Ainsi, les inégalités d’exposition des enfants à l’air pollué ne recouvrent pas à l’identique la ségrégation spatiale entre quartiers riches et quartiers déshérités. Certes, selon une étude de l’INSEE Paca citée par l’ODI « dans les zones où la pollution est la plus forte, quatre habitants sur cinq vivent dans un territoire où la situation économique des ménages est défavorable ». Mais, parce qu’ils résident le plus souvent dans les grandes métropoles, les bébés des catégories supérieures sont davantage exposés aux particules fines, émises notamment par la circulation routière et qui fragilisent le système respiratoire. Pour autant, leur santé est moins affectée que celles des jeunes enfants des familles se situant parmi les 10% les plus pauvres, davantage hospitalisés pour bronchiolite ou asthme, essentiellement parce que leur état de santé général est plus fragile. Les inégalités sanitaires des jeunes enfants exposés à un air pollué résultent donc plutôt d’inégalités sociales « liées aux modes de vie, à l’accès à la prévention et aux soins en général ».&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="victimes-vs-coupables"&gt;Victimes vs coupables&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il n’en demeure pas moins que la distinction sociale des espaces de vie se traduit également par des inégalités environnementales particulièrement marquées : humidité, bruit, difficulté à se chauffer l’hiver ou chaleur excessive l’été concernent plus particulièrement les jeunes et les ménages les plus modestes.
&lt;figure &gt;
&lt;div class="flex justify-center "&gt;
&lt;div class="w-full" &gt;
&lt;img alt="14-paysage-vert-eco.webp"
srcset="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/14-ecologie/14-paysage-vert-eco_hu_3d2c7fe2b7f2a50d.webp 320w, https://enjeux.unite-action.fr/post/295/14-ecologie/14-paysage-vert-eco_hu_b55acbd6711cc801.webp 480w, https://enjeux.unite-action.fr/post/295/14-ecologie/14-paysage-vert-eco_hu_e69c69f74fd215b1.webp 760w"
sizes="(max-width: 480px) 100vw, (max-width: 768px) 90vw, (max-width: 1024px) 80vw, 760px"
src="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/14-ecologie/14-paysage-vert-eco_hu_3d2c7fe2b7f2a50d.webp"
width="760"
height="512"
loading="lazy" data-zoomable /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/figure&gt;
Le nombre de ménages ayant souffert du froid a plus que doublé entre 2020 et 2024. Les classes populaires vivant dans les quartiers prioritaires sont les principales victimes des effets du réchauffement sans en être responsables. Le rapport de l’ODI rappelle que les 10% des ménages les plus riches émettent 2,7 fois de plus de gaz à effet de serre que les 10% les plus pauvres.
&lt;figure &gt;
&lt;div class="flex justify-center "&gt;
&lt;div class="w-full" &gt;
&lt;img alt="15-graph3.webp"
srcset="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/14-ecologie/15-graph3_hu_cb5e4171f813129f.webp 320w, https://enjeux.unite-action.fr/post/295/14-ecologie/15-graph3_hu_a726da488c05f216.webp 480w, https://enjeux.unite-action.fr/post/295/14-ecologie/15-graph3_hu_9f7dfb2cf40056ea.webp 760w"
sizes="(max-width: 480px) 100vw, (max-width: 768px) 90vw, (max-width: 1024px) 80vw, 760px"
src="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/14-ecologie/15-graph3_hu_cb5e4171f813129f.webp"
width="760"
height="506"
loading="lazy" data-zoomable /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/figure&gt;
Même si les revenus des plus aisés leur permettent davantage de pratiques écologiques (isolation du logement, véhicule électrique), leur logement et leurs déplacements, accessibles par leur niveau de vie supérieur restent plus émetteurs.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="un-pacte-social-et-environnemental-pour-une-transition-juste"&gt;Un pacte social et environnemental pour une transition juste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ces constats sur les causes et effets des inégalités socio-environnementales soulignent à quel point une transition écologique juste, et acceptée socialement, ne peut s’appliquer de manière indifférenciée. Le rapport du Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale (CNLE) alerte particulièrement sur les hausses de prix occasionnées par les politiques publiques de décarbonation (transport, alimentation, logement) des gouvernements libéraux. Les dispositifs basés sur des « sanctions / pénalités » ou une fiscalité énergétique régressive accentuent les inégalités de revenus et territoriales. Inacceptables socialement par les classes populaires, elles entretiennent la défiance de celles-ci vis-à-vis d’une écologie « punitive » qu’instrumentalise l’extrême-droite.
C’est pourquoi le CNLE met en débat l’instauration d’un pacte social et environnemental passant notamment par une phase de « transition de la transition écologique » où la redistribution constituerait une priorité avec la contribution préalable des ménages les plus aisés mis à contribution pour rehausser le niveau de vie des plus modestes. Si des campagnes d’information et de sensibilisation menées par « la puissance publique » sont impératives, notamment pour réduire l’alimentation carnée dont la production est fortement émettrice de gaz à effet de serre, elles doivent être conçues « sans stigmatiser les pratiques de consommation des classes populaires », ce qui implique en regard de légiférer pour assainir les productions de l’industrie agroalimentaire. Enfin, « mieux articuler la mise en œuvre des politiques sociales et démarche de planification », afin de répondre à la fois aux enjeux d’équité et de cohésion sociale, suppose de systématiser l&amp;rsquo;évaluation préalable des impacts sociaux des mesures envisagées. Un principe qui s’inscrit dans une régénération de la vie démocratique, y compris à l’échelle locale, pour associer toutes les couches de la société à l’élaboration des solutions d’une transition écologique qui bénéficient à tous et toutes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="le-rôle-des-organisations-syndicales"&gt;Le rôle des organisations syndicales&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Un tel projet alternatif qui vise la réduction des inégalités socio-environnementales dans tous les champs passe nécessairement par une intégration de ces problématiques à l’activité revendicative ordinaire des organisations syndicales. L’enjeu central du renforcement des services publics, « seules richesses des pauvres », place la FSU au cœur des combats pour en finir avec les injustices jumelles de « fin du mois » et « fin du monde ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Franck Brock&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Entretien avec Elisabeth Godefroy</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/295/16-syndicalisme/</link><pubDate>Thu, 20 Nov 2025 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/295/16-syndicalisme/</guid><description>&lt;p&gt;Elisabeth Godefroy est doctorante et enseignante à Sciences Po Bordeaux. Ses recherches portent sur le mouvement des Gileets Jaunes sur lequel elle prépare une thèse.
A l’heure où le syndicalisme cherche à se positionner par rapport au mouvement « Bloquons tout », la question est notamment de chercher si des parentés existent entre ces deux mouvements asyndicaux.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="genèse-dune-recherche-sur-les-gilets-jaunes"&gt;Genèse d&amp;rsquo;une recherche sur les Gilets Jaunes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : comment en êtes vous venue à étudier le mouvement dit des Gilets Jaunes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Élisabeth Godefroy : Je fais partie d’un collectif de chercheur·es structuré autour du projet « Gilets jaunes : approches pluridisciplinaires des mobilisations et politisations populaires » financé par l’Agence nationale de la recherche.
Recrutée en 2021, mon approche cible les participant·es primo contestataires mais surtout les militant·es expérimenté·es qui ont participé au mouvement. Lorsque le mouvement a émergé en novembre 2018, j’étais assez sceptique sur son essor. Compte tenu de ma propre expérience de mobilisation à l’université et dans le mouvement Nuit debout, les Gilets jaunes me semblaient très éloignés du mouvement social. Et finalement, en décembre, j’ai décidé de changer le sujet de mon mémoire, initialement consacré aux député·es macronistes issu·es de la société civile aux législatives de 2017 ! J’étudie les Gilets jaunes depuis maintenant près de 7 ans, selon une approche qualitative et ethnographique. Sur le terrain, j’adopte une position d’observation et d’écoute, et j’ai réalisé beaucoup d’entretiens individuels. Cela m’a ainsi amené à rencontrer des participant·es très divers, allant de militant·es expérimenté·es, issu·es du mouvement social et / ou de gauche radicale à des royalistes…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
&lt;figure &gt;
&lt;div class="flex justify-center "&gt;
&lt;div class="w-full" &gt;
&lt;img alt="16-gj.webp"
srcset="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/16-syndicalisme/16-gj_hu_a0714a2be035f39.webp 320w, https://enjeux.unite-action.fr/post/295/16-syndicalisme/16-gj_hu_d213acb3fb8449d6.webp 480w, https://enjeux.unite-action.fr/post/295/16-syndicalisme/16-gj_hu_dd561a9ca893520f.webp 760w"
sizes="(max-width: 480px) 100vw, (max-width: 768px) 90vw, (max-width: 1024px) 80vw, 760px"
src="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/16-syndicalisme/16-gj_hu_a0714a2be035f39.webp"
width="760"
height="285"
loading="lazy" data-zoomable /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="gilets-jaunes-et-syndicats--des-relations-complexes"&gt;Gilets Jaunes et Syndicats : Des relations complexes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : comment définir les relations entre Gilets Jaunes et syndicats ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Élisabeth Godefroy : il n’existe pas et il ne peut exister de définition unique de ce qu’est un ou une Gilet Jaune. Cette définition est d’ailleurs depuis le départ débattue et fait l’objet d’une concurrence en interne dans ce mouvement très hétéroclite : 35% des Gilets Jaunes (GJ) qui ont accepté de répondre à l’enquête par questionnaire menée in situ par mon collectif de recherche refusent de se positionner sur un axe gauche droite ; pour ceux qui ont accepté, 44% se disent à gauche et 15% à droite. Cela infirme l’idée selon laquelle le mouvement serait enraciné à l’extrême droite, dans une forme de néo poujadisme, même si cette sensibilité est présente. S’agissant du rapport aux syndicats, on trouve en gros deux lignes. L’une, très minoritaire, remet en cause le syndicalisme dans son principe même, comme d’ailleurs les partis politiques. Une autre ligne remet moins en cause l’existence du syndicalisme que le traditionalisme et l’inefficacité de leurs modes d’actions, synonymes d’impuissance. Les Gilets jaunes se composent d’ouvriers et de travailleurs indépendants, d’artisans, éloignés du fait syndical. Ils rejettent donc souvent le répertoire d’action classique du syndicalisme, et notamment la « manifestation saucisse merguez », alors que le principe de la grève est lui moins remis en cause. Cette ligne distingue volontiers les syndiqués de base, acceptés, des syndicats auxquels on ne fait pas confiance. C’est pourquoi par exemple les GJ ont construit leurs propres modalités d’action en s’en démarquant : à Paris, les appels à défiler sur les Champs Élysées n’étaient pas déclarés en préfecture, les parcours n’étaient pas déposés. Il y avait pour partie de l’inexpérience, mais aussi l’affirmation d’une volonté de rupture avec l’ordre institué de la protestation : le refus de négocier avec une préfecture qui allait les renvoyer inéluctablement vers les lieux de processions syndicales habituelles comme Bastille République Nation… À cela s’ajoute une forme d’aversion pour toute forme de représentation institutionnelle, plaçant élu·es et syndicats dans le même sac. Plusieurs leaders GJ sont apparus sur les réseaux sociaux et dans les médias comme Priscillia Ludosky, auteure d’une pétition de masse contre la taxe carbone, ou Eric Drouet, fondateur du groupe numérique La France en colère, regroupant jusqu’à 300 000 membres sur Facebook. Ils ont accepté de rencontrer des ministres, mais en refusant le rituel du huis clos, habituel dans les négociations syndicales. À l’inverse, ils faisaient la demande que les entretiens soient filmés et retransmis en direct, au nom de la transparence. Autres éléments : 32% des GJ répondants se sont dit appartenir ou avoir appartenu à une organisation syndicale, surtout CGT et Solidaires, mais aussi CFDT et FO. Avec au fur et à mesure de la mobilisation une évolution, peut liée à l’arrivée de militant·es du mouvement social dans la mobilisation : au début de celle-ci en novembre 69% estimaient que les syndicats n’étaient pas les bienvenus, 47% en janvier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
&lt;figure &gt;
&lt;div class="flex justify-center "&gt;
&lt;div class="w-full" &gt;
&lt;img alt="16-gilets-jaunes2.webp"
srcset="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/16-syndicalisme/16-gilets-jaunes2_hu_dec97cc5c7dd72e.webp 320w, https://enjeux.unite-action.fr/post/295/16-syndicalisme/16-gilets-jaunes2_hu_ea90a41750472f79.webp 480w, https://enjeux.unite-action.fr/post/295/16-syndicalisme/16-gilets-jaunes2_hu_23801d957336d4dd.webp 760w"
sizes="(max-width: 480px) 100vw, (max-width: 768px) 90vw, (max-width: 1024px) 80vw, 760px"
src="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/16-syndicalisme/16-gilets-jaunes2_hu_dec97cc5c7dd72e.webp"
width="760"
height="420"
loading="lazy" data-zoomable /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="limplication-des-syndicalistes-dans-le-mouvement"&gt;L&amp;rsquo;implication des syndicalistes dans le mouvement&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : qu’en est-il inversement des militant·es syndicalistes qui sont devenu·es GJ ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Élisabeth Godefroy : dans les semaines qui précèdent le 17 novembre 2017, les centrales syndicales se méfient voire affichent une certaine hostilité. La CGT communique sur l’incompatibilité des valeurs respectives, pointant chez les GJ des discours pro-patronaux, les discours anti impôts… L’affirmation de revendications sociales - en partie liées au travail - dans le mouvement, à conduit les syndicats à faire évoluer leur position vers davantage de soutien, tout en conservant une position d’extériorité. Les rapprochements se sont plutôt réalisés par la base, en fonction des spécificités locales, de la présence ou non localement des forces syndicales, moins implantées dans le péri-urbain où se sont largement déployés les GJ. Il faut distinguer deux cas de figure : d’une part, d’ex-syndiqués voire des syndiqués qui deviennent GJ et, d’autre part, des syndicalistes qui les rejoignent en tant que tels. On a vu des groupes de syndiqué·es aller sans cacher cette appartenance sur les ronds points, dans les manifestations, avec souvent les mêmes dilemmes : arbore-t-on ou non les drapeaux de son syndicat ? Porte-t-on gilet jaune ou gilet rouge ? Distribue-t-on des tracts avec logos syndicaux ou pas ? Cela a fonctionné çà et là, par un apprivoisement respectif progressif. Les syndicalistes, ainsi que des politiques, ont mis à disposition des GJ leur savoir-faire organisationnel, leur logistique parfois, avec la volonté de gagner le respect des GJ sur leur capacité à militer sur le terrain, dans la difficulté. Ceci a pu d’ailleurs contribuer à briser des idées reçues parmi les GJ peu familiers du syndicalisme réel. Pour les syndicalistes, il s’agissait aussi parfois d’envoyer un message sur la nécessité d’un renouvellement interne de leur organisation à leur direction. Contrairement à l’après mouvement sur les retraites, les centrales n’ont cependant pas alors enregistré de hausse des adhésions, le public des GJ ne relevant pas toujours de leur champ. Mais le regard des GJ sur les syndicats a sans doute un peu changé.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
&lt;figure &gt;
&lt;div class="flex justify-center "&gt;
&lt;div class="w-full" &gt;
&lt;img alt="16-gilets-jaunes-et-syndicats.webp"
srcset="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/16-syndicalisme/16-gilets-jaunes-et-syndicats_hu_39b3dcfd8bfaae41.webp 320w, https://enjeux.unite-action.fr/post/295/16-syndicalisme/16-gilets-jaunes-et-syndicats_hu_d200e7104d4f5e1e.webp 480w, https://enjeux.unite-action.fr/post/295/16-syndicalisme/16-gilets-jaunes-et-syndicats_hu_6111f8272f1e0b30.webp 760w"
sizes="(max-width: 480px) 100vw, (max-width: 768px) 90vw, (max-width: 1024px) 80vw, 760px"
src="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/16-syndicalisme/16-gilets-jaunes-et-syndicats_hu_39b3dcfd8bfaae41.webp"
width="760"
height="438"
loading="lazy" data-zoomable /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S’agissant de personnes venues avec une ancienne expérience du syndicalisme, il s’agissait surtout d’ex militant·es en responsabilité locale, du privé, des enseignant·es aussi, usé·es par des conflits locaux, parfois amers devant le peu de solidarité de leurs collègues de travail ou le peu de soutien ressenti de leurs hiérarchies syndicales. Ils disent avoir retrouvé dans l’engagement GJ du sens à l’action militante, à travers les temps d’échanges ou les modalités d’action directe. La fin de la mobilisation a été accélérée par la crise covid. Cependant, des GJ ont tenté de la relancer après le premier confinement. Sans nécessairement renier leurs revendications initiales, ils ont été actifs dans le mouvement contre le passeport sanitaire, par méfiance envers le pouvoir central, par rejet d’un Emmanuel Macron dénoncé comme désireux, par les mesures de distanciation sociales, de museler toute forme d’opposition. Cette mobilisation a cependant ravivé des divisions internes, entre des gilets jaunes aux affinités d’extrême-droite, qui défendaient une lecture complotiste de la pandémie, et des gilets jaunes plus proches du mouvement social. Dans ce contexte, j’ai observé le départ progressif des manifestations d’une partie des composantes de gauche.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="comparaison-avec-le-mouvement-bloquons-tout-le-10-septembre"&gt;Comparaison avec le mouvement &amp;ldquo;Bloquons tout le 10 septembre&amp;rdquo;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : existe-t-il selon vous des parentés entre les Gilets jaunes et le mouvement « Bloquons tout le 10 septembre » ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Élisabeth Godefroy : les deux mouvements présentent incontestablement des caractéristiques communes : l’importance des réseaux sociaux, le refus des organisations - syndicats ou partis - et le choix de collectifs locaux, le rejet de toute représentation. La volonté d’articuler revendications sociales et démocratiques le rapproche aussi des GJ. Le mouvement du 10 septembre présente un caractère lui aussi composite, hétéroclite, mais peut-être moins qu’en 2018. Il semble exister deux lignes aujourd’hui, avec deux sites internet emblématiques. Celui nommé « Indignons-nous » renvoie à une approche clairement progressiste, revendiquant en faveur des salaires, des services publics, se réclamant d’un peuple « inclusif », sans aucune dimension raciste ou xénophobe, ciblant Macron, Bayrou, Elon Musk, Sterin, donc les élites économiques et non les migrants ou les soi-disant « assistés ». Un autre site - Lesessentiels - s’affiche comme souverainiste, partie du Frexit, il appelle à dissoudre les partis politiques accusés de diviser le pays, ce qui peut évoquer l’extrême-droite nationaliste ou encore une réappropriation de la critique gaulliste du « régime des partis ». Significativement, il prône le 10 septembre des actions de type individuel - boycott de la carte bancaire, des grandes surfaces, des rassemblements mais sans passer pour des manifestants, sans perturber l’espace public, une pétition pour la destitution de Macron (125 signatures depuis un mois). L’autre tendance, qui semble plus nombreuse, voit la présence de GJ, de personnes engagées dans le mouvement de 2023 contre les retraites, avec des mots d’ordre et des modalités d’action plus collectives. On comptait près de 50% de primo contestataires parmi les GJ présents sur les ronds-points, 27% dans les manifestations. Cela semble différent pour le mouvement actuel. Par ailleurs les partis et les syndicats sont moins dans la tergiversation et davantage dans le soutien aujourd’hui. À ce risque d’effet repoussoir beaucoup de primo contestataires s’y reconnaissent justement parce qu’il n’émane pas de partis ou de syndicats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[IMAGE: 17 GJ.jpg]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis par Matthieu Leiritz l&lt;/p&gt;</description></item><item><title>L’enseignement privé</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/295/18-lecture/</link><pubDate>Wed, 19 Nov 2025 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/295/18-lecture/</guid><description>&lt;p&gt;Cet article présente un entretien avec Pierre Merle, professeur émérite de sociologie, auteur de &amp;ldquo;L’enseignement privé, Repères, La Découverte, 2025&amp;rdquo;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
&lt;figure &gt;
&lt;div class="flex justify-center "&gt;
&lt;div class="w-full" &gt;
&lt;img alt="18-pierre-merle.webp"
srcset="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/18-lecture/18-pierre-merle_hu_89342cf1ba072eac.webp 320w, https://enjeux.unite-action.fr/post/295/18-lecture/18-pierre-merle_hu_7fbb310ba1383418.webp 480w, https://enjeux.unite-action.fr/post/295/18-lecture/18-pierre-merle_hu_5cae2532ab7c1f00.webp 624w"
sizes="(max-width: 480px) 100vw, (max-width: 768px) 90vw, (max-width: 1024px) 80vw, 760px"
src="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/18-lecture/18-pierre-merle_hu_89342cf1ba072eac.webp"
width="624"
height="600"
loading="lazy" data-zoomable /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="les-principales-caractéristiques-de-lenseignement-privé"&gt;Les principales caractéristiques de l&amp;rsquo;enseignement privé&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Enjeux-UA :&lt;/strong&gt; Quelles sont aujourd&amp;rsquo;hui les principales caractéristiques de l&amp;rsquo;enseignement privé, et notamment celles qui la distinguent de l&amp;rsquo;école publique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pierre Merle :&lt;/strong&gt; Depuis 2000, l’enseignement privé scolarise de plus en plus les enfants des CSP+. Au cours du premier quinquennat Macron, l’embourgeoisement du privé s’est accéléré en raison d’un fort mouvement de déprolétarisation. En 2017, les 10 % des lycées d&amp;rsquo;enseignement général et technologique au recrutement social les plus populaires comptaient 22 % de lycées privés. Ils ne sont plus que 6 % en 2022. Cette déprolétarisation est encore plus marquée au niveau des collèges. Déjà, en 2017, parmi les 10 % des collèges au recrutement le plus populaire, seulement 6 % étaient privés. En 2022, cette proportion est inférieure à 0,5 %. Ce qui signifie que plus de 99 % des 10% des collèges les plus populaires sont publics.
Une seconde caractéristique du privé est la sélection de leurs élèves. Celle-ci s’opère au moment de l’inscription sur des critères en partie ethniques (Marie est préférée à Yasmina), scolaires et sociaux.
Les bons élèves d’origine aisée sont préférés aux autres. Cette sélection s’effectue aussi, sous forme d’exclusions déguisées, par la non réinscription d’une partie des élèves indisciplinés ou en difficulté scolaire. Cette sélection se réalise aussi, indirectement, par une concentration des établissements privés dans les quartiers aisés des capitales régionales, et la décroissance de ceux-ci dans les communes et départements les plus pauvres. Enfin, une troisième caractéristique du privé est une modification de leur offre de formation. Les filières générales des lycées ont été développées au détriment des formations technologiques et professionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
&lt;figure &gt;
&lt;div class="flex justify-center "&gt;
&lt;div class="w-full" &gt;
&lt;img alt="18-lycee-prive.webp"
srcset="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/18-lecture/18-lycee-prive_hu_7c6d5b791642b372.webp 320w, https://enjeux.unite-action.fr/post/295/18-lecture/18-lycee-prive_hu_16c29917c082d802.webp 480w, https://enjeux.unite-action.fr/post/295/18-lecture/18-lycee-prive_hu_95f627598ab125b6.webp 760w"
sizes="(max-width: 480px) 100vw, (max-width: 768px) 90vw, (max-width: 1024px) 80vw, 760px"
src="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/18-lecture/18-lycee-prive_hu_7c6d5b791642b372.webp"
width="760"
height="475"
loading="lazy" data-zoomable /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="dimension-religieuse-et-sélection-sociale"&gt;Dimension religieuse et sélection sociale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Enjeux-UA :&lt;/strong&gt; S&amp;rsquo;agit il toujours d&amp;rsquo;établissements à caractère propre religieux ou d&amp;rsquo;écoles &amp;ldquo;de classe&amp;rdquo; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pierre Merle :&lt;/strong&gt; L’enseignement privé catholique n’a nullement abandonné son projet d’annoncer « la Bonne Nouvelle du Salut » (cf. ses statuts) si bien que certains établissements imposent des cours de « formation chrétienne », sorte de catéchisme revisité, obligation interdite par la loi Debré de 1959. Toutefois, cette dimension religieuse est seconde par rapport à la sélection sociale. L’enseignement privé se spécialise dans la formation des futures élites économiques et politiques.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="pistes-de-réforme-pour-plus-déquité"&gt;Pistes de réforme pour plus d&amp;rsquo;équité&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Enjeux-UA :&lt;/strong&gt; Dans ce dernier cas de figure, quelles seraient les pistes de réforme possible ? Peut on / doit on aller jusqu&amp;rsquo;à un retour au projet de SPULEN abandonné en 1984 ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pierre Merle :&lt;/strong&gt; De nombreuses réformes sont possibles. D’abord, le financement des établissements publics et privés, calculé principalement au prorata du nombre d’élèves, devrait être inversement proportionnel à leur indice de position sociale. Les établissements au recrutement social élevé auraient un financement par élève moindre et, à l’inverse, les établissements populaires un financement par élève plus favorable. Financer de façon égale des établissements qui sont dans des situations aussi inégales revient à maintenir un système inégalitaire. Ensuite, la spécialisation bourgeoise des établissements privés résulte de la liberté dont l’enseignement catholique dispose dans la fermeture et l’ouverture des classes. Conformément à la loi Debré, cette liberté devrait être contrôlée afin d’empêcher l’ouverture de classes, collèges et lycées privés dans les quartiers favorisés déjà largement dotés.
Enfin, sous le quinquennat de Hollande, le nombre total de professeurs des collèges et lycées publics a augmenté de 60 149 (+ 249 pour le privé), et l’embourgeoisement du privé a ainsi été stoppé ou ralenti. À l’inverse, de 2017 à 2022, le nombre d’enseignants du privé a augmenté de 4 655 alors que celui du public a baissé de 17 660. Cette politique d’emplois d’enseignants très favorable au privé a favorisé son embourgeoisement. Sans modifier la législation, susceptible de provoquer un échec politique en raison de grandes manifestations qui seraient soutenues voire favorisées par les nombreux médias acquis à l’enseignement privé, une autre politique, source de justice sociale et scolaire, est tout à fait possible.&lt;/p&gt;
&lt;hr&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis par Matthieu Leiritz&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Temps de l’enfant, rythmes scolaires</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/295/19-lecture/</link><pubDate>Tue, 18 Nov 2025 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/295/19-lecture/</guid><description>&lt;p&gt;&lt;em&gt;Entretien avec Stéphane Bonnery&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stéphane Bonnery, professeur en sciences de l’éducation à l’Université Paris 8, directeur de la revue La Pensée, vient de publier &lt;em&gt;Temps de l’enfant, rythmes scolaires : vraies questions et faux débats&lt;/em&gt;, Editions de la fondation Gabriel Peri, 2025.
&lt;figure &gt;
&lt;div class="flex justify-center "&gt;
&lt;div class="w-full" &gt;
&lt;img alt="19-livre.webp"
srcset="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/19-lecture/19-livre_hu_11dd35f51f6ac1a5.webp 320w, https://enjeux.unite-action.fr/post/295/19-lecture/19-livre_hu_f2e394429076e3f5.webp 384w"
sizes="(max-width: 480px) 100vw, (max-width: 768px) 90vw, (max-width: 1024px) 80vw, 760px"
src="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/19-lecture/19-livre_hu_11dd35f51f6ac1a5.webp"
width="384"
height="600"
loading="lazy" data-zoomable /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
&lt;figure &gt;
&lt;div class="flex justify-center "&gt;
&lt;div class="w-full" &gt;
&lt;img alt="19-stephane1.webp"
srcset="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/19-lecture/19-stephane1_hu_8e68582e1f68acc6.webp 320w, https://enjeux.unite-action.fr/post/295/19-lecture/19-stephane1_hu_e97710c4a5a97b04.webp 400w"
sizes="(max-width: 480px) 100vw, (max-width: 768px) 90vw, (max-width: 1024px) 80vw, 760px"
src="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/19-lecture/19-stephane1_hu_8e68582e1f68acc6.webp"
width="400"
height="600"
loading="lazy" data-zoomable /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="débats-autour-des-rythmes-scolaires--vrais-enjeux-et-fausses-questions"&gt;Débats autour des rythmes scolaires : vrais enjeux et fausses questions&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Enjeux-UA :&lt;/strong&gt; ton livre recense des contributions de chercheur·es sur la question du temps de l’enfant, publiées entre 1969 et 2025 : quels sont selon toi les vrais enjeux des débats sur cette question ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Stéphane Bonnery :&lt;/strong&gt; la deuxième partie du livre republie des textes qui montrent que les débats lancés par le MEN posent de vraies questions mais posées à l’envers, et en y opposant des réponses préalables.
Ces débats lancés sur de vraies questions (le samedi matin en primaire, la réforme Peillon&amp;hellip;) provoquent la zizanie entre parents, enseignants et municipalités. Et ils invisibilisent l’essentiel : le recul du temps d’enseignement en classe des élèves. Or, prétendre traiter de la répartition du temps scolaire sans discuter de son volume est un leurre.
Dans le premier degré, l’équivalent d’une année de scolarité a été perdue avec la disparition du samedi matin, idem avec la quasi disparition des petites sections de maternelle (35% d’une génération en 1998, 9% aujourd’hui), même chose avec la réforme Vallaud Belkacem du collège, une demi-année d’heures disciplinaires en moins.
Ainsi des élèves n’arrivent pas à suivre et on leur supprime les horaires nécessaires à maîtriser les apprentissages. D’où également de profondes inégalités : les enfants de familles les plus diplômées, après les cours, continuent à connaître une situation scolaire, via des écoles de danse, de sport, de logiciels éducatifs&amp;hellip; Et s’exercent ainsi à se concentrer.
Les rapports publics évoquent souvent la question, réelle, de la fatigue des élèves. Mais elle est posée à l’envers car ceux qui fatiguent le moins sont ceux qui sont le plus entraînés à cette concentration intellectuelle. Ceux qui ne sont pas ainsi exercés fatiguent davantage ce qui justifie aux yeux du pouvoir politique la suppression d’heures qui paradoxalement permettraient de muscler leur possibilité de se concentrer.
C’est un clivage majeur : les conservateurs veulent bien dépenser pour « répondre » aux capacités déjà formées chez les élèves par leurs familles, quand les progressistes ambitionnent de développer chez tous les élèves de nouvelles capacités.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 50 ans, toutes les réformes depuis Haby en 1975 recourent toujours aux mêmes arguments : elles partent de ce que seraient les élèves et on se contente de répondre à leurs capacités. C’est l’idée reçue d’élèves moins ou « non enseignables » qui se traduit par les idées fausses de « dons », «rythmes », « compétences », « besoins spécifiques », une démarche qui relève de l’essentialisation des élèves notamment issus des classes populaires.
Les chercheurs montrent que, ainsi, on enferme les élèves en eux-mêmes au lieu d’ouvrir pour eux et elles de nouvelles possibilités, on réduit la culture commune alors que la société est morcelée, et qu’elle pourrait permettre à chaque individu de sortir des logiques d’enfermement dans un groupe, quel qu’il soit.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="limpact-des-réformes-sur-lenseignement-privé-et-les-inégalités"&gt;L&amp;rsquo;impact des réformes sur l&amp;rsquo;enseignement privé et les inégalités&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Enjeux-UA :&lt;/strong&gt; en quoi les réformes sur les rythmes scolaires peuvent-elles favoriser l’enseignement privé ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Stéphane Bonnery :&lt;/strong&gt; les gouvernements successifs, depuis plusieurs années, mènent une offensive de privatisation généralisée de l’éducation. Toutes les réformes comportent des avantages pour le privé. Ainsi la suppression des samedis matins et des cours l’après midi pose aux familles des problèmes de garde, excellent argument de vente pour le privé qui accueille du matin au soir, et qui ne fait payer que les activités périphériques puisque les salaires sont pris en charge par l’État, les frais de fonctionnement par les collectivités. Or ces activités augmentent au fur et à mesure que diminue le temps scolaire. Les dernières générations du baby-boom des années 2000 sortent du collège et le privé souhaite éviter un gigantesque plan social.
Le danger est tout particulièrement important s’agissant des enseignements artistiques, physiques et sportifs. Emmanuel Macron l’a d’ailleurs dit explicitement, dans une logique de soumission aux intérêts économiques : l’école doit proposer un socle réduit à quelques disciplines accompagnées de 30 minutes de défoulement quotidien. Les activités physiques sont ainsi réduites à un rôle de défoulement entre les cours où se pratiquerait d’autant plus, puisque le temps scolaire diminue, le conditionnement sur des savoirs limités plutôt que de donner du pouvoir de penser grâce à la compréhension des savoirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, l’externalisation des activités d’EPS, d’enseignement musical ou d’arts plastiques ne peut qu’accroître les différences en fonction des familles, les plus conservatrices ne permettront pas aux filles de fréquenter la piscine, aux garçons de se tourner vers les activités esthétiques&amp;hellip; La vraie question est donc : que veut on construire comme société avec la culture commune ? plus ou moins ambitieuse ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Propos recueillis par Matthieu Leiritz&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Une nouvelle étape dans la marchandisation de l’enseignement supérieur</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/295/20-education/</link><pubDate>Mon, 17 Nov 2025 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/295/20-education/</guid><description>&lt;p&gt;Une nouvelle étape dans la marchandisation de l’enseignement supérieur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Le but du jeu n&amp;rsquo;est absolument pas de restreindre les libertés ou de taper sur l&amp;rsquo;enseignement supérieur privé, qu&amp;rsquo;il soit lucratif ou non. Le but du jeu, au contraire, c’est que ces formations et ces établissements se développent » déclarait en juillet dernier le ministre de l&amp;rsquo;enseignement supérieur Philippe Baptiste face à la presse. Sous couvert de « contrôle » et de régulation du marché de l’éducation et de la formation, le projet de loi Baptiste s’inscrit en fait dans une politique visant la privatisation totale de l’enseignement supérieur, en particulier de la formation professionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="contexte-et-déroulement-du-projet-de-loi-baptiste"&gt;Contexte et Déroulement du Projet de Loi Baptiste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Intitulé « modernisation et régulation de l’enseignement supérieur », ce projet a été soumis en catimini à l’examen du Conseil supérieur de l’éducation (CSE) et du Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche (CNESER). Les avis négatifs émis par ces deux instances n’ont pas arrêté Philippe Baptiste, le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.
Après passage en Conseil des ministres et examen par le Conseil d’État, il a été déposé à l’Assemblée nationale le 30 juillet, en procédure accélérée sous le titre « Projet de loi relatif à la régulation de l’enseignement supérieur privé » (n° 1762). L’absence totale de concertation dans lequel il a été conçu est un signal fort de la conception de l’ESR qui prévaut au ministère.
Depuis la loi « orientation et réussite des étudiants » et celle sur la « liberté de choisir son avenir professionnel » de 2018, les gouvernements successifs se sont attachés à libéraliser le marché de l’apprentissage et à développer les établissements privés au détriment du public, et tout particulièrement l’enseignement supérieur, les formations professionnelles et toutes sortes d’officines de coaching en orientation.
La loi Baptiste, aujourd’hui en sursis, faute de stabilité gouvernementale, venait donc parachever un projet politique ancien, celui d’un grand marché de l’éducation où l’enseignement public est un prestataire parmi d’autres.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="le-prétexte-de-la-régulation-du-marché"&gt;Le prétexte de la régulation du marché&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L’argument principal énoncé pour justifier le dépôt de cette nouvelle loi réside dans la nécessité de réguler le secteur privé dont les dérives ont été pointées par les médias. Tels des pompiers pyromanes, les derniers gouvernements ont d’abord soutenu activement la croissance du supérieur privé, notamment via l’apprentissage, pour aujourd’hui réclamer une régulation du système qu’ils ont contribué à mettre en place.
Si les gouvernements précédents avaient d’abord envisagé la création d’un label attestant de la qualité de certaines écoles supérieures privées, cette idée a été abandonnée pour finalement considérer ce secteur au même titre que l’enseignement supérieur public. Si le projet est adopté, il permettra de distinguer deux types d’établissements : les établissements « agréés » et les « partenaires », ils seront évalués par une « instance nationale indépendante ». L’agrément attestera de la « qualité globale » de l’établissement et le partenariat « réservé aux établissements à but non lucratif » distinguera les établissements « qui concourent aux missions du service public de l’enseignement supérieur, notamment par l’adossement des formations à une politique de recherche et l’organisation de la vie étudiante ».
Sans moyens supplémentaires et armés du seul label Qualiopi, on voit mal en effet comment les pouvoirs publics pourraient réellement contrôler quoi que ce soit.
Une fois reconnues par l’État, les milliers de formations privées, sous statut étudiant ou par apprentissage, majoritairement en BTS, vont ainsi bénéficier d’un retour massif sur investissement, et dans un contexte de restrictions budgétaire, écraser l’offre publique de formation. En 2025, 10 600 établissements privés présentent 347 000 formations sur Parcoursup ? Quels moyens pour les contrôler ?
Rappelons qu’en 2020, la DGCCRF a entrepris de vérifier les pratiques commerciales des établissements de formation, apposant les labels créés en 2019 par le ministère de l’Enseignement supérieur pour informer le consommateur de l’existence de diplômes « contrôlés par l’État ».
Quatre-vingts établissements ont été contrôlés. 56% d’entre eux se sont avérés être en anomalie sur au moins un des points de la réglementation. 30% des établissements contrôlés se sont avérés être en anomalie en matière de pratiques commerciales trompeuses. 40% des établissements contrôlés imposait dans leurs contrats, des clauses abusives ou illicites. Pour traquer ces abus et protéger les usagers et leur famille, le projet de loi ne propose presque rien, à part quelques garanties commerciales pour permettre aux étudiants de récupérer des droits indûment perçus.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="vers-des-diplômes--maison-"&gt;Vers des diplômes « maison »&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L’offre de formation de ces deux types d’organismes pourra figurer sur Parcoursup et ils pourront délivrer des diplômes reconnus par l’État (titres professionnels, licence, master, doctorat). Le contenu de cette loi est explosif car, si elle était adoptée, elle supprimerait le monopole de la collation des grades et des titres universitaires pour l’ouvrir aux établissements privés. En alignant les prérogatives du privé sur celles du public, cela élargit encore les possibilités de financement public et d’accueil des étudiants boursiers.
Certaines écoles prennent déjà les devants : au mois d’août, France Travail a publié l’annonce d’une école privée d’enseignement supérieur recherchant, pour ses doctorants en première année, un directeur de thèse en finance sous statut indépendant pour un CDD de 8 mois, rémunéré 6 heures par semaine entre 30 et 40 € de l’heure.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="autonomie-universitaire-et-enseignement-professionnel"&gt;Autonomie Universitaire et Enseignement Professionnel&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si le terme « modernisation » a finalement été abandonné, le projet de loi entend toujours modifier le fonctionnement des universités en renforçant les pouvoirs des présidents et en créant une « accréditation globale » au niveau des établissements qui leur permettrait une plus grande réactivité dans l’ouverture de formation. Il s’agit ici de renforcer la fameuse « autonomie universitaire ». Mais cette prétendue « autonomie » entre en totale contradiction avec le pouvoir conféré par le projet de loi aux recteurs de régions académiques dans la nomination des directions d’institut et d’écoles et avec l’instauration dès cette année des contrats d’objectifs, de moyens et de performances (COMP) à 100% (contre les 20% actuellement en vigueur). Enfin le texte prolonge de trois ans « l’expérimentation » des regroupements sous la forme d’Établissements publics expérimentaux (EPE) instaurée par ordonnance en 2018.
Le SNESup-FSU déplore la confusion entre public et privé que génèrent ces EPE et s’étonne qu’une telle « expérimentation » puisse être prolongée aussi longtemps sans qu’aucun bilan ou analyse n’ait été rendu public.
Par ailleurs, les formations supérieures en lycées et par apprentissages, essentiellement des BTS, constituent des cibles privilégiées pour l’enseignement privé. Dans ce schéma, si la déclaration d’une formation devient obligatoire, les établissements secondaires privés légalement ouverts qui créent une section postsecondaire, seront dispensés de ces démarches.
Que ce soit pour le Bac ou les BTS, le contrôle continu ou en cours de formation (CCF) des établissements privés sera aisément validé, comme en écho à la demande répétée du lobby des écoles hors contrat.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="appel-à-la-mobilisation"&gt;Appel à la Mobilisation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour la FSU il est impensable d&amp;rsquo;accélérer ainsi la marchandisation de l’enseignement supérieur, de saborder l’enseignement supérieur public et de livrer ses diplômes au privé. Il s’emploie à construire dans l’unité la plus large les mobilisations pour défendre le service public de l’enseignement supérieur et de la recherche.
&lt;figure &gt;
&lt;div class="flex justify-center "&gt;
&lt;div class="w-full" &gt;
&lt;img alt="21-manif.webp"
srcset="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/20-education/21-manif_hu_c4c96f615a91b213.webp 320w, https://enjeux.unite-action.fr/post/295/20-education/21-manif_hu_783f06dd06877ee3.webp 480w, https://enjeux.unite-action.fr/post/295/20-education/21-manif_hu_73c4d9c32c1981d0.webp 480w"
sizes="(max-width: 480px) 100vw, (max-width: 768px) 90vw, (max-width: 1024px) 80vw, 760px"
src="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/20-education/21-manif_hu_c4c96f615a91b213.webp"
width="480"
height="360"
loading="lazy" data-zoomable /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anne Roger, Claire Gueville&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Dette publique : sortir des fantasmes pour engager les luttes</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/295/22-eco-pol/</link><pubDate>Sun, 16 Nov 2025 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/295/22-eco-pol/</guid><description>&lt;h2 id="crise-de-la-dette-et-discours-dominant"&gt;Crise de la dette et discours dominant&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il y a presque 15 ans, en octobre 2011, en pleine crise des dettes publiques de la zone euro, un Collectif national pour un audit citoyen de la dette publique avait été constitué pour « déconstruire avec les citoyens le discours dominant et mensonger qui attribue la dette à des dépenses publiques et sociales inconsidérées et prône l’austérité comme seul remède ». Il s’agissait aussi de « progresser dans la réflexion sur les alternatives indispensables pour faire face à la crise sociale et écologique ». La FSU, avec Attac notamment, était partie prenante de cet appel qui avait débouché sur un rapport d’audit citoyen. À l’époque, la crise des dettes publiques (dites dettes souveraines) avait été causée par le sauvetage du système financier et de quelques grandes banques par les fonds publics, alors même que c’est la dérégulation et libéralisation de la finance qui étaient en cause (crise des subprimes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis, le capitalisme a accéléré ses ravages : inégalités, pauvreté, chômage, guerres, écologie, épuisement des ressources… Certes, la crise sanitaire de 2020 a pendant une période relativement courte favorisé une légère remise en cause du dogme libéral sur les dépenses publiques et la monnaie. Les banques centrales de la Zone euro ont en effet participé au financement par endettement de l’action publique en acquérant des titres d’emprunt d’État et le carcan budgétaire a été suspendu. Mais tout ceci a été très temporaire et en France la très forte dégradation des finances publiques est comme à l’accoutumée instrumentalisée pour promouvoir l’austérité et le démantèlement de l’État social (services publics, protection et Sécurité sociale et du droit du travail).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
&lt;figure &gt;
&lt;div class="flex justify-center "&gt;
&lt;div class="w-full" &gt;
&lt;img alt="22-illustration.webp"
srcset="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/22-eco-pol/22-illustration_hu_fc0b3926695b617c.webp 320w, https://enjeux.unite-action.fr/post/295/22-eco-pol/22-illustration_hu_3164f991045f6753.webp 480w, https://enjeux.unite-action.fr/post/295/22-eco-pol/22-illustration_hu_7f25514719ed54d8.webp 760w"
sizes="(max-width: 480px) 100vw, (max-width: 768px) 90vw, (max-width: 1024px) 80vw, 760px"
src="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/22-eco-pol/22-illustration_hu_fc0b3926695b617c.webp"
width="760"
height="506"
loading="lazy" data-zoomable /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="quelques-données-chiffrées-sur-la-dette"&gt;Quelques données chiffrées sur la dette&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Après la crise sanitaire, le pouvoir en place a délibérément et profondément dégradé la situation budgétaire et financière. La dette publique devrait représenter 116,2% du PIB en 2025, niveau historiquement élevé hors période de guerre. Elle en représentait 97,9% en 2019. Les mesures prises pour faire face à cette crise sanitaire avaient provoqué une forte hausse en 2020 à 114,9%. Mais après avoir reculé jusqu’à 109,8% en 2023 elle s’accroît de nouveau. Ce sont les déficits budgétaires excessifs qui ont entraîné cette augmentation. Passé l’effet de la crise sanitaire (déficit record de -8,9% du PIB en 2020) la situation budgétaire a largement ainsi dérapé en 2023 et 2024 (respectivement -5,4% et -5,8% du PIB), alors que le déficit avait été réduit en 2022 (-4,7%).&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="un-assèchement-des-recettes-fiscales-et-sociales"&gt;Un assèchement des recettes fiscales et sociales&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cette évolution ne résulte pas d’un excès de dépenses publiques mais d’une diminution des recettes. Selon l’OFCE, la baisse des impôts, taxes et cotisations poursuivis par Emmanuel Macron et ses gouvernements depuis 2017 représente annuellement 1,7% du PIB, soit au moins 50 milliards d’euros, à comparer aux 44 milliards d’euros de coupes budgétaires que demande François Bayrou… Cette politique de l’offre est en fait une politique de classe ; la dette créée par Emmanuel Macron et Bruno Lemaire n’a ainsi pas visé à investir pour l’avenir, pour satisfaire des besoins collectifs, mais l’enrichissement de la frange la plus riche. La Cour de comptes estimait de son côté en juillet 2024 que le manque à gagner s’était élevé pour la seule année 2023 et pour les mêmes raisons à 62 milliards d’euros. On peut ajouter à ces montants les 100 milliards de fraudes et évasions fiscales, les 13 milliards de fraudes sociales et ce que pourrait rapporter une fiscalité plus juste avec par exemple la taxe dite Zucman (entre 15 et 25 milliards d’euros). Il est donc largement possible de réduire la dette et les déficits tout en augmentant les dépenses publiques pour faire face aux défis de santé, sociaux, écologiques et économiques.
Parallèlement à ces quelques données chiffrées il faut ouvrir la critique des mots, expressions et absurdités rabâchées par les thuriféraires du marché et de l’austérité.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
&lt;figure &gt;
&lt;div class="flex justify-center "&gt;
&lt;div class="w-full" &gt;
&lt;img alt="23-illustration.webp"
srcset="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/22-eco-pol/23-illustration_hu_96d4b0bcfe094de8.webp 320w, https://enjeux.unite-action.fr/post/295/22-eco-pol/23-illustration_hu_2b3607244173c30e.webp 480w, https://enjeux.unite-action.fr/post/295/22-eco-pol/23-illustration_hu_b0eab14a70ca69f2.webp 760w"
sizes="(max-width: 480px) 100vw, (max-width: 768px) 90vw, (max-width: 1024px) 80vw, 760px"
src="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/22-eco-pol/23-illustration_hu_96d4b0bcfe094de8.webp"
width="760"
height="380"
loading="lazy" data-zoomable /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="quest-ce-que-la-dette-publique--mythes-et-réalités"&gt;Qu’est-ce que la dette publique ? Mythes et réalités&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La dette, c’est mal ? En soit non. La dette est en effet indispensable au fonctionnement de notre économie. Sans dette, il n’y a pas de monnaie en circulation, car la monnaie est créée pour ainsi dire ex nihilo par des jeux d’écritures à chaque opération de crédit bancaire. Le crédit est l’autre face de la dette.
Et faire crédit à un individu, une entreprise ou un État, c’est lui accorder crédit dans tous les sens du terme, c’est croire en l’utilité de son activité ou de son investissement, utilité qui aura une traduction économique lui permettant de largement rembourser la dette initiale. Créer de la monnaie par endettement pour spéculer n’est donc pas acceptable mais en créer pour la rupture écologique est indispensable. On peut décider que certaines activités sont inutiles, voire nuisibles, et ne pas les financer.
Autre bêtise courante, la dette d’un État n’est pas la dette d’un individu ou d’un ménage. Notamment parce qu’un État par définition, et sauf événement hors-norme, n’a pas de limite temporelle. En conséquence, un État n’a pas à rembourser sa dette ; il emprunte à échéances régulières (il fait rouler sa dette), pour rembourser les anciens prêts arrivant à terme mais surtout pour maintenir sa capacité à investir pour l’avenir (équipements publics, énergies renouvelables etc.…).
Sauf lorsque la dette globale reflue, un État ne paie en fait que les intérêts de sa dette. Et encore, c’est surtout le cas depuis que le financement des déficits ne se fait plus directement auprès de la Banque centrale mais uniquement par emprunt sur les marchés financiers internationaux.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="se-défaire-du-contrôle-par-la-finance"&gt;Se défaire du contrôle par la finance&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cette financiarisation des dettes publiques doit disparaître d’une manière ou d’une autre, car elle donne un pouvoir exorbitant aux agences de notation et aux milieux financiers qui en réalité, n’évaluent pas le risque de non-paiement des États mais leur programme politique. En 2023 celle du Japon s’élevait à 228% du PIB et celle des États-Unis à 124,3%. Ont-ils été déclarés en surendettement ? Certes dans le cadre actuel, l’augmentation de la charge de la dette est problématique. Mais l’augmentation très médiatisée des taux d’intérêt fréquemment signalée doit être relativisée, car elle ne porte que sur les dernières émissions de titres publics et non sur la masse de la dette en circulation.
Autre antienne néolibérale, la charge que l’on ferait porter aux générations futures (les mêmes ne s’inquiètent guère de l’état dans lequel nous allons leur laisser la planète…). En fait, les modalités de paiement d’une dette ou des intérêts ne relèvent pas d’un transfert entre générations mais entre classes sociales. Chaque transfert s’opère entre celles et ceux qui financent les intérêts versés en payant leurs impôts et taxes, et celles et ceux qui vont percevoir ces intérêts grâce au placement de leur épargne, épargne d’autant plus élevée qu’ils et elles bénéficient d’une politique fiscale favorable.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="du-déficit-au-financement-des-besoins-collectifs"&gt;Du déficit au financement des besoins collectifs&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il faut enfin aussi contrer ce qu’il y a d’implicite à toujours rapprocher les notions de déficits et de dépense publique. En comptabilité, un déficit s’appelle aussi un besoin de financement.
Il s’agit toujours d’un écart négatif entre les recettes et les dépenses, mais introduire la notion de besoin peut faire changer de point de vue. On dépense pour satisfaire des besoins dont on estime qu’ils doivent échapper aux marchés, pour créer des solidarités. Et on s’endette parce que la satisfaction des besoins nécessite des investissements. Notons à ce sujet que même les traités de Maastricht et d’Amsterdam n’ont pas interdit les déficits, mais les ont limités à un niveau qui permettait dans les conditions de croissance économique de l’époque de ne pas accroître l’endettement public.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="conclusion--lurgence-dun-débat-éclairé"&gt;Conclusion : L&amp;rsquo;urgence d&amp;rsquo;un débat éclairé&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En démocratie, le débat éclairé est vital. Le syndicalisme doit continuer d’y prendre toute sa part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hervé Moreau l&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Les quarante ans du Baccalauréat professionnel</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/295/24-hist-memoire/</link><pubDate>Sat, 15 Nov 2025 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/295/24-hist-memoire/</guid><description>&lt;h1 id="les-quarante-ans-du-baccalauréat-professionnel"&gt;Les quarante ans du Baccalauréat professionnel&lt;/h1&gt;
&lt;p&gt;Le 23 décembre 1985 est promulguée la loi, dite « Loi Carraz », du nom du secrétaire d&amp;rsquo;État qui l&amp;rsquo;a portée, créant à la fois le lycée et le baccalauréat professionnels. Une transformation majeure pour un enseignement professionnel à l&amp;rsquo;histoire souvent méconnue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
&lt;figure &gt;
&lt;div class="flex justify-center "&gt;
&lt;div class="w-full" &gt;
&lt;img alt="24-lyc-pro.webp"
srcset="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/24-hist-memoire/24-lyc-pro_hu_a48403c41c9f5873.webp 320w, https://enjeux.unite-action.fr/post/295/24-hist-memoire/24-lyc-pro_hu_43c47cb4160768f1.webp 480w, https://enjeux.unite-action.fr/post/295/24-hist-memoire/24-lyc-pro_hu_f16e5c2415d4653b.webp 760w"
sizes="(max-width: 480px) 100vw, (max-width: 768px) 90vw, (max-width: 1024px) 80vw, 760px"
src="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/24-hist-memoire/24-lyc-pro_hu_a48403c41c9f5873.webp"
width="760"
height="506"
loading="lazy" data-zoomable /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="les-racines-historiques-de-lenseignement-professionnel"&gt;Les racines historiques de l&amp;rsquo;enseignement professionnel&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L’enseignement professionnel n&amp;rsquo;a pas attendu 1985 pour exister, mais a toujours eu de grandes difficultés à se faire reconnaître dans un système éducatif historiquement forgé dans l&amp;rsquo;illusion que les savoirs les plus inutiles sont les plus « nobles », servant plus à la distinction sociale qu&amp;rsquo;à la maîtrise de compétences utiles à l&amp;rsquo;exercice d&amp;rsquo;un métier.
Longtemps laissée à la main du patronat, avec des formes très diverses, la formation professionnelle n&amp;rsquo;est réellement organisée qu&amp;rsquo;avec la Loi Astier de 1919, qui impose la mise en place de « cours professionnels », ouvre la voie à un financement par la taxe d&amp;rsquo;apprentissage (1925), mais aussi à la création d&amp;rsquo;un diplôme de référence, le CAP.
Créés juste avant la guerre, les centres de formation professionnelle, qui succèdent aux cours professionnels, sont conservés par le régime de Vichy, avec l&amp;rsquo;objectif affiché de s&amp;rsquo;adresser aux jeunes « inoccupés ». Ils sont laissés à vau-l&amp;rsquo;eau, changeant de tutelle et de politique, jusqu&amp;rsquo;à la Libération, où ils sont transformés en « centres d&amp;rsquo;apprentissage ».
En 1959, la réforme Berthouin rationalise l&amp;rsquo;ensemble, distinguant deux types d&amp;rsquo;enseignement techniques :un « long », celui des lycées techniques, héritiers du modèle des écoles nationales professionnelles, et un « court », au sein de Collèges d&amp;rsquo;enseignement technique (CET) qui remplacent les centres d&amp;rsquo;apprentissage.
Le premier va rapidement se rapprocher du second degré général : ses brevets de technicien, créés en 1952, se transforment, à partir de 1968, en baccalauréats de technicien, et les corps de certifiés de l&amp;rsquo;enseignement général et technique fusionnent. Dès 1962, un prolongement d&amp;rsquo;étude est proposé à ces bacheliers, sous la forme de brevets de technicien supérieur (BTS).
À côté, le technique « court » continue principalement de recruter les élèves après la classe de cinquième, et prépare en trois ans au CAP. À partir de 1967, il accueille aussi des sortants de troisième, pour une scolarité de deux ans qui mène au tout nouveau Brevet d&amp;rsquo;études professionnelles (BEP).
La loi Haby, en 1975, ne change rien. Par artifice rhétorique, puisqu&amp;rsquo;il s&amp;rsquo;agit de créer un « collège unique », les CET sont rebaptisés « Lycées d&amp;rsquo;enseignement professionnel » (LEP), sans modification de leur structure pédagogique ; à tel point que leurs enseignants restent officiellement « professeurs de CET ». On parle cependant désormais plus souvent d&amp;rsquo;un enseignement « professionnel » distinct du « technique » rebaptisé ensuite « technologique ».&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="la-réforme-de-1985--contexte-et-mise-en-œuvre"&gt;La réforme de 1985 : Contexte et mise en œuvre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La désindustrialisation, entamée dès les années 1970, et le chômage de masse, caractérisent les années 1980. Malgré ses ambitions la gauche au pouvoir après 1981 n&amp;rsquo;a pas inversé les choses. Sous l&amp;rsquo;impulsion de Jean-Pierre Chevènement, nouveau ministre de l&amp;rsquo;éducation nationale, elle se convertit à l&amp;rsquo;idée que le développement économique à venir dépendra essentiellement du « capital humain » et donc de la qualification de la main-d’œuvre. Le modèle industriel japonais, et ses ouvriers hautement qualifiés, impressionne beaucoup.
C&amp;rsquo;est alors qu&amp;rsquo;est formulé le slogan-programme de 80 % d&amp;rsquo;une classe d&amp;rsquo;âge au niveau du bac, ambition qui tranche avec les discours déclinistes de l&amp;rsquo;époque sur une école de la médiocrité. Le ministre considère qu&amp;rsquo;il faut faire passer un pas qualitatif à l&amp;rsquo;enseignement professionnel et le repositionner vers un niveau de qualification plus élevé. Il sait qu&amp;rsquo;il a peu de temps : les législatives de mars 1986 s&amp;rsquo;annoncent mal pour le Parti socialiste désormais seul au pouvoir, et la droite est très loin de partager ses vues. Il va d&amp;rsquo;abord vendre l&amp;rsquo;idée aux plus réticents de son gouvernement, à commencer par le Premier Ministre Laurent Fabius, en présentant cela comme le moyen de maintenir dans le système éducatif des jeunes qui risqueraient de grossir les rangs des chômeurs. Pour être sûr de créer de l&amp;rsquo;irréversible, il fait un véritable coup de force, respectant les formes mais guère l&amp;rsquo;esprit de la démocratie parlementaire, en mettant en place les premières sections de bac professionnel dès la rentrée 1985, avant même le vote de la loi.
Le schéma de formation des Lycées Professionnels, qui remplacent les LEP, est en trois temps : le CAP est maintenu après la cinquième, le BEP après la troisième, et les deux ans de formation de bac pro sont des prolongations d&amp;rsquo;études pour les lauréats de ce diplôme. Dans le même temps, il opère une revalorisation considérable des enseignants. Le corps des professeurs de lycée professionnel est créé. Il comporte deux grades, les PLP1 (anciens PCET), et les PLP2, qui sont les nouveaux recrutés, avec un niveau de qualification, des obligations réglementaires de service et une rémunération équivalents à ceux des certifiés.
Un plan d&amp;rsquo;intégration des PLP1 dans le second grade est mis en place, accéléré par la revalorisation de 1989.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
&lt;figure &gt;
&lt;div class="flex justify-center "&gt;
&lt;div class="w-full" &gt;
&lt;img alt="25-lp.webp"
srcset="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/24-hist-memoire/25-lp_hu_8346cb99bf838bb.webp 320w, https://enjeux.unite-action.fr/post/295/24-hist-memoire/25-lp_hu_4e30ce3a45e6465c.webp 480w, https://enjeux.unite-action.fr/post/295/24-hist-memoire/25-lp_hu_d779353bb050c08b.webp 760w"
sizes="(max-width: 480px) 100vw, (max-width: 768px) 90vw, (max-width: 1024px) 80vw, 760px"
src="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/24-hist-memoire/25-lp_hu_8346cb99bf838bb.webp"
width="760"
height="380"
loading="lazy" data-zoomable /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="réactions-et-controverses-autour-du-bac-pro"&gt;Réactions et controverses autour du Bac Pro&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;D&amp;rsquo;emblée, certaines forces se positionnent en soutien ou en opposition. Du côté de la droite élitiste, notamment le SNALC, elle est très bien vue, mais pour des raisons discutables : c&amp;rsquo;est une façon d&amp;rsquo;éviter que l&amp;rsquo;objectif des 80 % ne conduise à une marée de nouveaux lycéens qui viendraient faire baisser le niveau de l&amp;rsquo;enseignement général. Du côté de FO, c&amp;rsquo;est un refus en bloc, qui engage non seulement ses syndicats enseignants, opposés par posture à toute réforme, mais aussi la confédération elle-même. Son secrétaire général André Bergeron, estime ainsi que la prolongation des études professionnelles serait un coup contre les jeunes des milieux populaires, car elle représenterait pour eux un coût supplémentaire avant d&amp;rsquo;entrer sur le marché du travail.
D&amp;rsquo;autres courants estiment aussi qu&amp;rsquo;il faut surtout développer les CAP, comme rempart à l&amp;rsquo;absence de qualification, plutôt que monter le niveau : c&amp;rsquo;est le cas dans un premier temps du Sgen, qui cependant opère, pour des raisons tant tactiques que politiciennes, un revirement au tournant de l&amp;rsquo;année 1986. Comme souvent, c&amp;rsquo;est avec beaucoup de sollicitude pour eux qu&amp;rsquo;on entend justifier la brièveté des études des enfants des milieux populaires.
Du côté des syndicats de la FEN, le positionnement est plus complexe. Le SNES, tout d&amp;rsquo;abord, y voit une double menace : le renoncement au développement de l&amp;rsquo;enseignement général, qu&amp;rsquo;il appelle de ses vœux depuis qu&amp;rsquo;UA y est majoritaire, mais aussi le risque d&amp;rsquo;une disparition de l&amp;rsquo;enseignement technique. Rassuré sur ces deux points, il finit par mettre en sourdine ses critiques, et, au début des années 1990, à revoir radicalement son appréciation, dans un sens plus positif. Le SNETAA pour sa part, est enthousiaste sur le principe, mais craint l&amp;rsquo;effet inverse : l&amp;rsquo;arrivée massive de certifiés dans les LP. Là encore, la création du corps des PLP le rassure. En revanche, il ne parvient pas à imposer que le développement des sections de bac pro ne se fasse pas par redéploiement des moyens des CAP : le choix politique est de déplacer le curseur de l&amp;rsquo;enseignement professionnel. La réforme Bayrou de 1996, qui supprime le palier d&amp;rsquo;orientation en cinquième, achève d&amp;rsquo;ailleurs un processus de longue haleine, actant que, d&amp;rsquo;une façon générale, ce diplôme n&amp;rsquo;est plus adapté aux besoins de l&amp;rsquo;économie.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="lévolution-continue-du-baccalauréat-professionnel"&gt;L&amp;rsquo;évolution continue du Baccalauréat professionnel&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Sans entrer dans les détails, la dynamique enclenchée, visant à faire du LP une voie du second degré comparable aux autres se poursuit. La mise en place d&amp;rsquo;un cursus de bac pro en trois ans, en 2009, la suppression du BEP en 2021, malgré toutes les critiques que l&amp;rsquo;on peut en faire, tout comme la plus large ouverture des BTS aux bacheliers professionnels, sont allées dans ce sens. On ne peut certainement pas en dire autant de la réforme actuelle, entamée en 2019, qui revient sur les ambitions de 1985. Défendre la voie professionnelle est toujours un combat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hervé Le Fiblec&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
&lt;figure &gt;
&lt;div class="flex justify-center "&gt;
&lt;div class="w-full" &gt;
&lt;img alt="25-herve.webp"
srcset="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/24-hist-memoire/25-herve_hu_3b8ac20a3506cbc7.webp 194w"
sizes="(max-width: 480px) 100vw, (max-width: 768px) 90vw, (max-width: 1024px) 80vw, 760px"
src="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/24-hist-memoire/25-herve_hu_3b8ac20a3506cbc7.webp"
width="194"
height="259"
loading="lazy" data-zoomable /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/p&gt;</description></item><item><title>À travail de valeur égale, salaire égal, 60 ans après, l’égalité est toujours à conquérir</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/295/26-egalite/</link><pubDate>Fri, 14 Nov 2025 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/295/26-egalite/</guid><description>&lt;h2 id="lengagement-syndical-pour-légalité-salariale"&gt;L&amp;rsquo;engagement syndical pour l&amp;rsquo;égalité salariale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La FSU est engagée dans des négociations sur un nouvel accord égalité femmes / hommes dans la Fonction publique et sur une nouvelle loi globale qui doit être présentée au parlement au cours du premier semestre 2025. Les militantes FSU y portent de nombreux sujets : mesures sur la santé des femmes, contre les VSS, meilleure articulation vie privé / vie professionnelle… mais surtout des exigences fortes sur l’égalité salariale et de pensions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les discussions concernant l’égalité professionnelle dans la Fonction publique s’inscrivent dans une histoire longue, faite de conquêtes sociales, de résistances, de rapports de force et de slogans devenus emblématiques.
Car l’égalité salariale a beau être affirmée depuis des décennies dans les textes de loi, elle reste encore largement à conquérir dans les faits. Les écarts de rémunération traversent les générations, les métiers et les statuts. Ils traduisent l’absence de volonté politique et de financement, la persistance de stéréotypes de genre et d’une organisation du travail qui continue à assigner les femmes aux fonctions les moins reconnues et à considérer leur évolution professionnelle comme dispensable. Les données récentes le rappellent : dans le secteur privé, les femmes gagnent en moyenne 22% de moins que les hommes et 14% de moins à temps complet équivalent - le ministère de la FP refusant dorénavant de diffuser le chiffre global des inégalités salariales qui est sensiblement identique à celui du privé. Même à poste, ancienneté et qualification comparables, un écart de 4% subsiste. Derrière ces chiffres, c’est bien une bataille sociale pour la dignité et la reconnaissance professionnelle que nous devons mener.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="une-histoire-de-luttes-toujours-actuelle"&gt;Une histoire de luttes toujours actuelle&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En 1966, les ouvrières de la Fabrique nationale d’armes d’Herstal, en Belgique, lançaient un mot d’ordre qui allait traverser les décennies : « À travail égal, salaire égal ! ».
&lt;figure &gt;
&lt;div class="flex justify-center "&gt;
&lt;div class="w-full" &gt;
&lt;img alt="26-travail-salaire.webp"
srcset="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/26-egalite/26-travail-salaire_hu_e9773330bf0ce8be.webp 320w, https://enjeux.unite-action.fr/post/295/26-egalite/26-travail-salaire_hu_c0fec988c1e99d04.webp 480w, https://enjeux.unite-action.fr/post/295/26-egalite/26-travail-salaire_hu_c47389c6afa51438.webp 720w"
sizes="(max-width: 480px) 100vw, (max-width: 768px) 90vw, (max-width: 1024px) 80vw, 760px"
src="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/26-egalite/26-travail-salaire_hu_e9773330bf0ce8be.webp"
width="720"
height="420"
loading="lazy" data-zoomable /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/figure&gt;
Leur grève fut pionnière : pour la première fois, des femmes imposaient dans le débat public européen la question de la stricte égalité salariale. Leur détermination a montré que la question n’était pas une revendication marginale, mais bien un enjeu central et collectif de justice sociale.
Deux ans plus tard, en 1968, les couturières de l’usine Ford de Dagenham, au Royaume-Uni, obtenaient une victoire similaire, qui mena à l’Equal Pay Act de 1970. En France, le slogan s’est répandu jusque dans les ateliers populaires de mai 1968, affiché en plusieurs langues - français, arabe, portugais, italien, grec - pour rappeler que l’exploitation et les inégalités ne s’arrêtaient pas aux frontières.
Il s’agissait d’un mot d’ordre porté à la fois par des ouvrières, des immigré·es et des syndicalistes, et qui liait l’émancipation des femmes à l’émancipation de l’ensemble des travailleur·euses.
Soixante ans plus tard, ce mot d’ordre garde sa force mobilisatrice. Mais il nous rappelle aussi l’ampleur du chemin qui reste encore à parcourir et le rôle décisif des mobilisations collectives pour transformer les promesses en droits réels et concrets.
Le principe « À travail égal, salaire égal ! » est inscrit dès 1957 dans l’article 119 du Traité de Rome, comme condition d’une concurrence loyale et d’une justice sociale minimale. Mais ce n’est que grâce aux mobilisations des années 1960 - 70 et à l’action de juristes comme Éliane Vogel-Polsky qu’il devient juridiquement contraignant dans le droit européen. Ce principe élargi aux travaux « de valeur égale » est garanti par le droit français depuis 1972. Cette notion de « travaux de valeur égale » est définie par la loi Roudy en 1983 comme « les travaux qui exigent des salariés un ensemble comparable de connaissances professionnelles consacrées par un titre, un diplôme ou une pratique professionnelle, de capacités découlant de l’expérience acquise, de responsabilités et de charge physique ou nerveuse. »
&lt;figure &gt;
&lt;div class="flex justify-center "&gt;
&lt;div class="w-full" &gt;
&lt;img alt="27-loi.webp"
srcset="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/26-egalite/27-loi_hu_4fb99f05faec233d.webp 320w, https://enjeux.unite-action.fr/post/295/26-egalite/27-loi_hu_9aad41fd2b635638.webp 480w, https://enjeux.unite-action.fr/post/295/26-egalite/27-loi_hu_50714107d6b36264.webp 596w"
sizes="(max-width: 480px) 100vw, (max-width: 768px) 90vw, (max-width: 1024px) 80vw, 760px"
src="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/26-egalite/27-loi_hu_4fb99f05faec233d.webp"
width="596"
height="281"
loading="lazy" data-zoomable /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/figure&gt;
Cette partie de la loi est depuis inscrite dans le Code du travail (Articles L3221-4, L3221-2) mais n’a jamais été écrite explicitement dans le code de la fonction publique.
À l’heure actuelle, cette légitimité historique s’appuie sur de nouveaux outils avec la directive européenne du 10 mai 2023 : d’ici 2026, les employeurs devront publier les écarts de salaires, indiquer les fourchettes de rémunérations possibles dans les offres d’emploi et ne plus exiger d’avoir connaissance de l’historique de rémunération des salarié·es à l’embauche. La FSU participe aux négociations sur la transposition de cette directive dans le droit français et dans les textes réglementaires qui en découleront ; elle y porte notamment l’urgence d’imposer une définition précise de la notion de valeur - condition indispensable pour s’attaquer aux racines des inégalités et en particulier à la ségrégation professionnelle, première cause des inégalités dans la fonction publique. Ces mesures visent à transformer un slogan hérité des luttes des travailleuses en un outil concret de régulation. Mais leur réussite dépendra, là encore, de la mobilisation collective et des choix politiques nationaux.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="une-égalité-en-droit-encore-à-conquérir-dans-la-réalité-"&gt;Une égalité en droit encore à conquérir dans la réalité !&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La promesse d’égalité inscrite dans les textes se heurte à des mécanismes persistants : ségrégation professionnelle qui verrouille la sous-valorisation des métiers dits « féminins », politiques de primes plutôt que d’augmentation des salaires, précarité, autant d’obstacles qui bouchent les perspectives de carrières des femmes. Temps partiel subi, plafond de verre, discriminations directes ou indirectes continuent de peser lourdement sur les trajectoires professionnelles des femmes, et en particulier des mères.
Selon l’Insee, en 2023 un·e agent·e de la Fonction publique d’État perçoit en moyenne 2 886 € nets par mois en équivalent temps plein. Mais les écarts restent massifs : les femmes gagnent en moyenne 2 742 €, soit 380 euros de moins par mois que les hommes (3 122 €).
Même à caractéristiques comparables (âge, statut, qualification), un écart de 2,6% subsiste.
Les écarts s’accentuent avec l’âge : 1,6% avant 30 ans, mais 18% après 60 ans. Les femmes sont surreprésentées parmi les bas salaires (74% au 1er décile), mais sous-représentées parmi les plus hauts revenus.
Les mesures de revalorisation récentes ont certes ciblé certains métiers à bas salaires, notamment les accompagnant·es d’élèves en situation de handicap (AESH). Mais ces personnels, dont plus de 90% sont des femmes restent parmi les plus précarisé·es. Elles incarnent la contradiction d’un service public d’inclusion assuré par des agentes qui demeurent elles-mêmes exclues de la reconnaissance salariale.
Les inégalités ne se réduisent pas au clivage femmes / hommes. Les femmes racisées, migrantes, en situation de handicap ou occupant des emplois précaires subissent des écarts et des mécanismes d’oppression démultipliés. Parmi les agent·es « fluctuant·es » (changements de contrat, temps partiel fragmenté…), on retrouve une forte surreprésentation des femmes, des jeunes et des non-titulaires.
« À travail de valeur égale, salaire égal » n’est pas une relique des années 1960.
En 2026, ce mot d’ordre est plus actuel que jamais. Des enseignantes aux AESH, des ouvrières de l’industrie aux aides à domicile, il incarne encore la revendication sociale de dignité et de justice qui est dûe à la moitié de l’humanité et de la force de travail. Les luttes passées rappellent que chaque avancée a été conquise par la mobilisation, et que sans mobilisation, il est difficile d’obtenir des textes ambitieux pour garantir les droits.
La défense des droits des femmes exige une vigilance syndicale de chaque instant. C’est à toute notre organisation de se mobiliser car nous savons que les gouvernements libéraux n’hésitent jamais à les sacrifier. Quand ils coupent dans les budgets, ce sont toujours ceux des femmes qui tombent en premier. Cette attaque systématique n’est pas un hasard : c’est un choix politique que nous devons combattre sans relâche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marie-Hélène Plard
&lt;figure &gt;
&lt;div class="flex justify-center "&gt;
&lt;div class="w-full" &gt;
&lt;img alt="27-piard-marie-helene.webp"
srcset="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/26-egalite/27-piard-marie-helene_hu_2196ee9effffa83d.webp 320w, https://enjeux.unite-action.fr/post/295/26-egalite/27-piard-marie-helene_hu_a88445a904999e0b.webp 480w, https://enjeux.unite-action.fr/post/295/26-egalite/27-piard-marie-helene_hu_60fcad26cbc0224f.webp 549w"
sizes="(max-width: 480px) 100vw, (max-width: 768px) 90vw, (max-width: 1024px) 80vw, 760px"
src="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/26-egalite/27-piard-marie-helene_hu_2196ee9effffa83d.webp"
width="549"
height="600"
loading="lazy" data-zoomable /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Comment lutter efficacement contre l’extrême-droite ?</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/295/28-extreme-droite/</link><pubDate>Thu, 13 Nov 2025 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/295/28-extreme-droite/</guid><description>&lt;p&gt;Lors des élections législatives de 2024, la FSU a adopté, dans l’urgence, et pour éviter la perspective d’une victoire de l’extrême-droite, des positions claires, notamment l’appel à soutenir les candidatures porteuses du projet du NFP. Un an après, et alors que la politique libérale menée par Barnier puis Bayrou n’a fait que renforcer la plausabilité d’un accès du RN au pouvoir, quel bilan des actions syndicales pour l’éviter, et quelles perspectives ? Comment le syndicalisme peut-il être un rempart face au vote RN, y compris parmi les personnels que la FSU syndique ? Caroline Chevé, secrétaire générale de la FSU, Sophie Vénétitay, secrétaire générale du SNES-FSU, Julien Fonte, secrétaire général du SNUTER-FSU et Stéphane Tassel, SNESup-FSU, secrétaire national de la FSU ont accepté d’échanger pour Enjeux.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="stéphane-tassel-snesup-fsu"&gt;Stéphane Tassel (SNESup-FSU)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;
&lt;figure &gt;
&lt;div class="flex justify-center "&gt;
&lt;div class="w-full" &gt;
&lt;img alt="28-stephane-tassel.webp"
srcset="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/28-extreme-droite/28-stephane-tassel_hu_9119299786574b9a.webp 200w"
sizes="(max-width: 480px) 100vw, (max-width: 768px) 90vw, (max-width: 1024px) 80vw, 760px"
src="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/28-extreme-droite/28-stephane-tassel_hu_9119299786574b9a.webp"
width="200"
height="200"
loading="lazy" data-zoomable /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/figure&gt;
La FSU ne part pas de rien, elle peut s’appuyer notamment sur ses travaux, mais aussi au zoom consacré à la lutte contre l’extrême-droite à notre dernier congrès. Nous avons également initié en 2014 un travail sur la réalité des politiques menées dans les municipalités qui ont basculé, dans l’objectif notamment de démasquer leur identité anti sociale, anti fonctionnaires. À quelques mois des prochaines municipales, ce travail est à relancer, sur la base d’exemples concrets pour démasquer l’imposture de l’extrême-droite, notamment RN. Un autre chantier est celui de la jeunesse, central pour la FSU, or elle est en partie touchée par la tentation RN. Des stages de très bonne facture se sont tenus récemment dans les SD 69 et SD 68, Vincent Edin, a ainsi démontré que le moteur le plus prégnant de l’acte de voter RN, plus que le racisme, est le masculinisme. Trois axes d’action pourraient être dégagés : la question de la syndicalisation, car être syndiqué est un moyen de se protéger, mais il faut être en capacité de protéger les adhérent·es, notamment lorsqu’ils ou elles sont menacé·es. Récemment, un militant a été l’objet de menaces pour avoir dénoncé le contenu réactionnaires de spectacles organisés avec des subventions publiques. Il nous faut donc poursuivre, améliorer et mieux coordonner notre travail de veille des menées d’extrême droite, avec les SD. Le deuxième axe pourrait être une stratégie et une action commune avec nos camarades de la CGT, confrontée aux mêmes questions. Enfin un dernier axe serait un travail unitaire plus large encore, par exemple avec VISA qui permet de disposer d’un arc large.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="sophie-vénétitay-snes-fsu"&gt;Sophie Vénétitay (SNES-FSU)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;
&lt;figure &gt;
&lt;div class="flex justify-center "&gt;
&lt;div class="w-full" &gt;
&lt;img alt="28-sophie.webp"
srcset="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/28-extreme-droite/28-sophie_hu_5916aeedfaa147f.webp 200w"
sizes="(max-width: 480px) 100vw, (max-width: 768px) 90vw, (max-width: 1024px) 80vw, 760px"
src="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/28-extreme-droite/28-sophie_hu_5916aeedfaa147f.webp"
width="200"
height="200"
loading="lazy" data-zoomable /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/figure&gt;
L’an dernier, face à l’imminence de l’arrivée de l’extrême-droite, la FSU et ses syndicats nationaux ont pris leurs responsabilités, et nous n’avons pas constaté de vague de reproches de la part des adhérents. On peut donc considérer que nous n’étions pas en décalage par rapport à la profession en appelant à voter contre le RN et à soutenir le projet du NFP par le vote. Mais le danger est toujours là, et nous le touchons du doigt dans l’Éducation nationale, avec des collègues menacés par l’extrême-droite. Pour nous la question demeure : comment agir, au-delà du seul cadre militant, bien sûr indispensable mais pas suffisant, pour faire reculer la tentation RN sur le terrain, sur les lieux de travail quotidien ? En plus du gros travail de formation déjà mené et qui doit se poursuivre voire s’amplifier, l’objectif pourrait être d’aller voir massivement les collègues, pour une information à grande échelle. Dans ces discussions avec les personnels, il faut expliquer pourquoi l’École publique qui ne peut plus, ou moins, jouer son rôle émancipateur où les personnels ont vu aussi leurs conditions de travail se dégrader, à chaque fois en raison des réformes menées par les gouvernements successifs. Les échecs de l’école, pas de ses personnels, mais de l’École en tant qu’institution, accentuent une forme de désespoir qui peut pousser vers le RN des familles, des anciens élèves, comme des personnels si nous ne mettons pas des mots sur les causes et sur les solutions. Si nous parvenons à relier les difficultés que vivent les personnels à notre analyse et notre projet syndical, à rentrer dans le quotidien des collègues, alors nous pourrons combattre plus efficacement la tentation du vote RN. Mais il convient je crois de sortir de la posture de la dénonciation morale qui ne fonctionne plus ou qui ne se suffit à elle-même.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="julien-fonte-snuter-fsu"&gt;Julien Fonte (SNUTER-FSU)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;
&lt;figure &gt;
&lt;div class="flex justify-center "&gt;
&lt;div class="w-full" &gt;
&lt;img alt="29-julien.webp"
srcset="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/28-extreme-droite/29-julien_hu_aaf7f318b0577dc9.webp 200w"
sizes="(max-width: 480px) 100vw, (max-width: 768px) 90vw, (max-width: 1024px) 80vw, 760px"
src="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/28-extreme-droite/29-julien_hu_aaf7f318b0577dc9.webp"
width="200"
height="200"
loading="lazy" data-zoomable /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/figure&gt;
L’an dernier, le SNUTER avait acté une position plus nuancée que la FSU s’agissant de l’appel au vote. Cela s’explique par la proximité professionnelle des personnels de la Fonction publique territoriale avec des élus, notamment d’extrême-droite, à commencer par des maires. Nous souhaitions également éviter toutes formes d’instrumentalisation au niveau local de notre positionnement national. En discutant régulièrement avec des collègues, syndiqués ou non, nous constatons l’effet repoussoir de la posture morale et de la posture défensive type « attention au RN ! ». Ce qui nous paraît plus efficace est de porter nos valeurs marqueurs - le féminisme, l’antiracisme, l’écologie et le soutien aux services publics par exemple - un projet en positif plutôt qu’une posture morale. Dans la territoriale, et dans la Fonction publique hospitalière, 70% des agents sont en catégorie C, et très sensible à la notion de déclassement. Ils et elles peuvent être sensibles aux discours qui partagent la société en trois groupes : les travailleurs déclassés, les très riches et les assistés et profonds, dont les chômeurs et les immigrés. La difficulté ces dernières années pour le mouvement syndical à gagner peut conduire à s’en prendre à ce dernier groupe puisque les riches sont trop puissants. Toute la difficulté pour le syndicalisme est de déconstruire cette fausse vision de la société. Dans tout notre matériel syndical, le SNUTER intègre les thèmes de l’égalité femme - homme, l’écologie, l’antiracisme… Un autre chantier consiste à protéger le syndicat de l’entrisme RN, qui est réel. Nous pratiquons le dialogue avec les sections concernées, mais cela se traduit parfois par leur départ. Nous constatons une nouvelle stratégie des élus RN, qui tentent désormais d’éviter une communication trop agressive, ils prétendent pratiquer le dialogue social, respecter les droits des élus syndicaux et ceux des personnels, dans un objectif de banalisation. C’est pourquoi venir au-devant des personnels avec des tracts explicitement anti RN n’est pas toujours la bonne stratégie. Mieux vaut, selon nous, porter un projet syndical dont les thèmes principaux sont incompatibles avec l’extrême-droite.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="caroline-chevé-fsu"&gt;Caroline Chevé (FSU)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;
&lt;figure &gt;
&lt;div class="flex justify-center "&gt;
&lt;div class="w-full" &gt;
&lt;img alt="29-caroline.webp"
srcset="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/28-extreme-droite/29-caroline_hu_82986636de0da9f6.webp 200w"
sizes="(max-width: 480px) 100vw, (max-width: 768px) 90vw, (max-width: 1024px) 80vw, 760px"
src="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/28-extreme-droite/29-caroline_hu_82986636de0da9f6.webp"
width="200"
height="200"
loading="lazy" data-zoomable /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/figure&gt;
Nous constatons l’élargissement de la base électorale du RN et la « normalisation » du vote RN qui progresse dans les catégories A, B et C, chez les femmes aussi, et les jeunes. Cela fait partie de nos interrogations et d’une vigilance à maintenir : la jeunesse n’est pas antiraciste par nature, sur cette question comme sur d’autres, elle est clivée. Il nous faut donc continuer à explorer les facteurs de vote RN, sans se cantonner à une posture morale qui ne permet ni de comprendre ni de combattre le vote pour l’extrême-droite. Le développement du vote RN est aussi un symptôme de la réalité de ce que vivent les agent·es comme le révèle la corrélation faite par des chercheurs entre l’expérience de violences subies, notamment par des personnels de services publics « de terrain » (enseignants, hospitaliers, pompiers…) et le vote RN. Le sentiment d’injustice également. Il faut avoir conscience que la peur, la colère et le ressentiment peuvent être des facteurs redoutables de division quand ils ne sont pas tournés vers des espérances. Pour autant, un électeur qui a voté pour le RN ne votera pas nécessairement toujours pour le RN. Certes, il y a une part de noyau dur, mais beaucoup de votes RN sont le fait de citoyens qui n’étaient plus électeurs qui à un moment sortent de l’abstention. Potentiellement, ce vote peut à nouveau changer. C’est également valable je crois pour nos collègues, c’est pourquoi il faut surtout parler à leur raison. C’est ce que nous faisons et continuerons à faire en décryptant les programmes et les choix politiques du RN, y compris en étudiant ce qui se passe dans les pays où l’extrême-droite est au pouvoir. Ainsi on méconnaît trop il me semble la vision du RN sur les services publics : une vision à la fois libérale économiquement et autoritaire, et réduite au strict périmètre régalien (armée, justice, police) avec comme modèle le fonctionnaire « soldat », la vision héritée de l’empire napoléonien et non celle du fonctionnaire citoyen de 1946. Connaître les implications du vote RN est un élément dissuasif. Tout ceci est donc à porter à la connaissance des personnels, tout en restant intraitable bien entendu sur les dérives racistes, et d’abord sur les lieux de travail. Pour cela, nous devons aussi nous adresser aux agents qui votent pour le RN.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="dialogue-et-perspectives"&gt;Dialogue et perspectives&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;
&lt;figure &gt;
&lt;div class="flex justify-center "&gt;
&lt;div class="w-full" &gt;
&lt;img alt="28-extreme-droite.webp"
srcset="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/28-extreme-droite/28-extreme-droite_hu_114a024e10130568.webp 320w, https://enjeux.unite-action.fr/post/295/28-extreme-droite/28-extreme-droite_hu_2225d7ccc494ac8d.webp 480w, https://enjeux.unite-action.fr/post/295/28-extreme-droite/28-extreme-droite_hu_4cc868a992f4656c.webp 760w"
sizes="(max-width: 480px) 100vw, (max-width: 768px) 90vw, (max-width: 1024px) 80vw, 760px"
src="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/28-extreme-droite/28-extreme-droite_hu_114a024e10130568.webp"
width="760"
height="506"
loading="lazy" data-zoomable /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;strong&gt;Stéphane Tassel :&lt;/strong&gt; Parler aux électeurs d’extrême-droite suppose de ne pas se présenter en donneur de leçons. Le vote RN est en voie de normalisation, une normalité qui est très loin de la réalité profonde de l’extrême-droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sophie Vénétitay :&lt;/strong&gt; Il ne faut pas cependant, je crois, pour autant abandonner le côté « attention danger », mais cela ne peut en effet suffire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Stéphane Tassel :&lt;/strong&gt; Très concrètement, personne ne peut se sentir épargné, le SNESup a été confronté à la nomination dans une université d’un directeur de la valorisation de la recherche, climatosceptique notoire, s’affichant dans des tables rondes de Reconquête, critiquant dans les médias les scientifiques et leurs travaux. Nous avons pu montrer qu’il profitait de sa situation professionnelle pour développer ses thèses politiques. Il a depuis été démis de ses fonctions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sophie Vénétitay :&lt;/strong&gt; S’agissant, pour terminer, de la situation électorale, il est trop tôt pour en débattre dans une démarche syndicale. Ce qui est certain, c’est que le risque RN est intact pour les présidentielles en 2027. Ceci nous obligera de poser la question de ce que vont faire les syndicats, sachant que cela ne pourra sans doute pas être la simple répétition de ce qui a été fait l’an dernier. Rien n’est écrit. Mais il faudrait sans doute réfléchir à une méthode, et anticiper les scénarios possibles, y compris en cas d’accession du RN au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Propos recueillis par Thierry Quetu&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Les Guerrières de la Paix</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/295/30-eclairage/</link><pubDate>Wed, 12 Nov 2025 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/295/30-eclairage/</guid><description>&lt;p&gt;Judith Vieille
Déléguée générale | Les Guerrières de la Paix&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
&lt;figure &gt;
&lt;div class="flex justify-center "&gt;
&lt;div class="w-full" &gt;
&lt;img alt="30-logo.webp"
srcset="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/30-eclairage/30-logo_hu_502928dbbb780c00.webp 320w, https://enjeux.unite-action.fr/post/295/30-eclairage/30-logo_hu_a8e3e7318dffffe.webp 397w"
sizes="(max-width: 480px) 100vw, (max-width: 768px) 90vw, (max-width: 1024px) 80vw, 760px"
src="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/30-eclairage/30-logo_hu_502928dbbb780c00.webp"
width="397"
height="600"
loading="lazy" data-zoomable /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="qui-sont-les-guerrières-de-la-paix-"&gt;Qui sont Les Guerrières de la Paix ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Enjeux-UA :&lt;/strong&gt; Pourriez-vous nous décrire votre organisation : origines, composition, objectifs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Judith Vieille :&lt;/strong&gt; Les Guerrières de la Paix sont nées d’un cri. Le cri de femmes qui refusaient d’assister, impuissantes, à l’effondrement des ponts entre les peuples, à la banalisation du discours de guerre et de l’urgence collective de faire émerger une troisième voie dans une société fracturée par les haines et les assignations.
Un mouvement singulier, profondément ancré dans la vie et dans le courage. Car Les Guerrières de la Paix rassemblent des femmes juives, musulmanes, chrétiennes, athées, de toutes origines… Elles sont étudiantes, avocates, artistes, chercheuses, militantes de quartier ou responsables politiques. Elles sont mères, sœurs, filles. Ce qui les unit, c’est la conviction que la paix n’est pas une utopie naïve, mais la seule voie de responsabilité humaine.
Dès le départ, nous avons affirmé notre identité : féministe, pacifiste et antiraciste. Dans un monde saturé de discours binaires, marqué par un contexte de crispation identitaire et de montée des extrêmes, nous avons choisi d’incarner une troisième voie - celle du dialogue, de la sororité, du refus de mettre en concurrence les douleurs.
Trois ans plus tard, ce pari audacieux a donné naissance à un collectif vivant : plus de 500 adhérentes, 700 bénévoles, des antennes en France, en Belgique, en Suisse, et bientôt au Maroc. Une gouvernance composée de 13 femmes issues de parcours très différents - juristes internationales, militantes de terrain, expertes en philanthropie, entrepreneuses sociales - mais qui ont toutes en commun la passion du juste et du vrai.
Notre objectif est clair et inscrit dans nos statuts : mettre les femmes au cœur de la construction de la paix, lutter contre toutes les formes de haine et créer des espaces de dialogue là où tout semble brisé en favorisant le dialogue interculturel, offrir une caisse de résonance aux voix pacifistes et contribuer largement à l’éducation citoyenne sur l’ensemble de notre territoire. Parce que nous savons que sans les femmes, aucune paix juste et durable n’est possible. Parce que nous croyons que la solidarité réelle commence par la reconnaissance de chaque identité. Parce que nous refusons la mise en concurrence et l’affrontement de nos souffrances, de nos mémoires, de nos histoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
&lt;figure &gt;
&lt;div class="flex justify-center "&gt;
&lt;div class="w-full" &gt;
&lt;img alt="30-illustration.webp"
srcset="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/30-eclairage/30-illustration_hu_46a1b30d24ce9da6.webp 320w, https://enjeux.unite-action.fr/post/295/30-eclairage/30-illustration_hu_e3d40d5b76265ef.webp 480w, https://enjeux.unite-action.fr/post/295/30-eclairage/30-illustration_hu_7da9d5eed5a2e62d.webp 760w"
sizes="(max-width: 480px) 100vw, (max-width: 768px) 90vw, (max-width: 1024px) 80vw, 760px"
src="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/30-eclairage/30-illustration_hu_46a1b30d24ce9da6.webp"
width="760"
height="285"
loading="lazy" data-zoomable /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="actions-concrètes-pour-la-paix"&gt;Actions concrètes pour la paix&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Enjeux-UA :&lt;/strong&gt; Quelles actions concrètes déployez-vous en vue de ces objectifs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Judith Vieille :&lt;/strong&gt; Nos actions sont d’abord des rencontres humaines. C’est là que tout commence : dans une veillée où l’on ose raconter son histoire, dans une marche où l’on tient la main de l’autre, dans un cercle de parole où l’on ose pleurer ensemble. C’est dans ces moments simples mais radicaux que s’éprouvent la sororité et la fraternité, que se retisse le lien social, que se construit la paix.
Concrètement, nous avons choisi trois chemins :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Donner toute leur place aux femmes dans les processus de paix.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand nous organisons le Forum Mondial des Femmes pour la Paix - à Essaouira, à Paris, bientôt à nouveau au Maroc les 19 et 20 septembre 2025 - nous créons bien plus qu’un événement. Nous ouvrons un espace inédit où des femmes venues d’Israël, de Palestine, d’Afghanistan, d’Ukraine, du Rwanda, du Maroc ou de France se rencontrent, dialoguent, rêvent ensemble. Nous affirmons haut et fort : « il n’y aura pas de paix sans nous ». Ces forums sont devenus des actes fondateurs, porteurs d’un souffle international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Créer des espaces de mobilisation et de dialogue…&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous occupons la rue - Place de la République, Bastille, Châtelet - avec des rassemblements pour la paix qui, chaque fois, rassemblent des milliers de personnes. Nous inventons aussi d’autres formats : les Cafés des Guerrières, des cercles de parole, des projections-débats, des rencontres culturelles et mémorielles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;…et éduquer à la paix dès le plus jeune âge.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est un volet essentiel de notre action. Nous intervenons en milieu scolaire, de l’école primaire au lycée, pour parler de paix, de dialogue et de vivre-ensemble. Nous développons des ateliers participatifs, où les élèves apprennent à décrypter les mécanismes de la haine, à comprendre l’histoire et la mémoire, à reconnaître les discriminations et à s’initier à la résolution non violente des conflits.
Nos outils pédagogiques incluent des témoignages filmés, des cercles de discussion, des mises en situation. L’objectif est toujours le même : donner aux jeunes la capacité de penser par eux-mêmes, de résister aux discours de haine, et de devenir acteurs et actrices d’un monde plus juste. En 2025, nous lançons par exemple le projet “Nos voix contre la haine”, qui permettra à 50 jeunes de vivre une expérience pédagogique au Camp des Milles avant de co-construire des actions citoyennes à leur retour.
Nous croyons profondément que l’école est un terrain décisif : c’est là que se joue la possibilité de recréer du lien, de désamorcer les préjugés, de semer des graines de paix. Former une génération capable de dialogue, c’est sans doute l’une de nos contributions les plus importantes à l’avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Faire émerger une voix politique et médiatique.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne voulons pas seulement témoigner, nous voulons peser. C’est pourquoi nous publions des tribunes, rencontrons des députés et des eurodéputés, intervenons au Parlement européen et à l’Assemblée nationale. Nous travaillons main dans la main avec les militants israéliens et palestiniens de terrain pour porter leurs voix en France et en Europe. Et nous relayons ces voix dans les médias, dans les documentaires (Résister pour la Paix), dans les livres (Guerrière de la Paix) et travaillons sans relâche à construire cette troisième voie courageuse qu’est la paix.
Tout cela compose une mosaïque d’actions, mais le fil rouge reste le même : redonner un horizon commun, là où tout pousse à la division. Chaque rassemblement, chaque projection, chaque atelier scolaire est une manière de dire : nous refusons la fatalité. Nous choisissons la paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
&lt;figure &gt;
&lt;div class="flex justify-center "&gt;
&lt;div class="w-full" &gt;
&lt;img alt="31-illustration.webp"
srcset="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/30-eclairage/31-illustration_hu_5bd6a60b8605be67.webp 320w, https://enjeux.unite-action.fr/post/295/30-eclairage/31-illustration_hu_bde6d337ac0d5f62.webp 480w, https://enjeux.unite-action.fr/post/295/30-eclairage/31-illustration_hu_3dd15fe1ea24322f.webp 760w"
sizes="(max-width: 480px) 100vw, (max-width: 768px) 90vw, (max-width: 1024px) 80vw, 760px"
src="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/30-eclairage/31-illustration_hu_5bd6a60b8605be67.webp"
width="760"
height="285"
loading="lazy" data-zoomable /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="analyse-de-la-situation-en-israël-et-en-palestine"&gt;Analyse de la situation en Israël et en Palestine&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Enjeux-UA :&lt;/strong&gt; comment analysez-vous les événements en Israël et en Palestine - et à Gaza - depuis le 7 octobre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Judith Vieille :&lt;/strong&gt; Nous avons sombré dans une spirale de violences qui broie les civils, déshumanise les peuples, efface des vies et alimente la haine.
Depuis des mois, la situation n’a cessé de se détériorer : intensification des bombardements, destructions massives, expansion coloniale en Cisjordanie, famine, discours fascisants de ministres israéliens, instrumentalisation politique de la peur.
Du côté palestinien, la population vit sous blocus, bombardements et occupation, tandis que les terroristes du Hamas et leurs alliés poursuivent une stratégie cynique. Les otages israéliens restent prisonniers, tandis que leurs familles vivent dans l’angoisse et la douleur. Une société tout entière est restée figée dans le traumatisme du 7 octobre et vit dans l’attente douloureuse du retour de ses enfants.
Ce cycle de mort a des répercussions mondiales : explosion de l’antisémitisme et de l’islamophobie, polarisation des sociétés, violence et polarisation des débats publics. Dans ce contexte, notre engagement est un acte de résistance morale. Nous refusons la fatalité et les affrontements et portons une troisième voie : celle des sociétés civiles israélienne et palestinienne qui, malgré tout, continuent de se battre pour la paix.
En Israël même, il ne faut pas oublier qu’ils étaient plus d’un million à manifester le 17 août 2024 pour exiger l’arrêt de la guerre et le retour des otages - une mobilisation historique, proportionnellement équivalente à près de 7,6 millions de personnes en France. Ces voix existent, elles doivent être entendues et soutenues.
Quant aux annonces sur la réoccupation de Gaza, nous affirmons que ce serait une impasse tragique. L’occupation ne produit que haine et violence. La seule issue est politique : reconnaître les droits fondamentaux des Palestiniens, et construire enfin une coexistence fondée sur l’égalité et la justice.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="lespoir-dune-paix-durable"&gt;L&amp;rsquo;espoir d&amp;rsquo;une paix durable&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Enjeux-UA :&lt;/strong&gt; existe-t-il encore un espoir de paix ? La solution à deux États paraît-elle encore possible ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Judith Vieille :&lt;/strong&gt; Oui, la paix reste possible, mais elle exige un courage immense : reconnaître les souffrances des deux peuples, rompre avec la logique de vengeance et affronter les extrémismes.
Le prix, c’est l’abandon des illusions de domination, c’est d’accepter de partager la terre, c’est de comprendre que la sécurité et la dignité des deux peuples israélien et palestinien sont interdépendantes et conditionnelles. C’est de reconnaître la légitimité et les aspirations de chaque peuple à l’autodétermination et la liberté.
La paix ne sera pas un cadeau des dirigeants, mais une conquête des sociétés civiles, portée par celles et ceux qui refusent la haine comme horizon.
La paix est le seul horizon pragmatique et humain. C’est le seul chemin de responsabilité. Comme l’écrivait Albert Camus en août 1945 « c’est le seul combat qui vaille d’être mené ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Propos recueillis par Matthieu Leiritz&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Actualité de Franz Fanon figure de la pensée anticolonialiste</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/295/32-lecture/</link><pubDate>Tue, 11 Nov 2025 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/295/32-lecture/</guid><description>&lt;h1 id="actualité-de-franz-fanon-figure-de-la-pensée-anticolonialiste"&gt;Actualité de Franz Fanon figure de la pensée anticolonialiste&lt;/h1&gt;
&lt;p&gt;Alors que l’on célèbre le centenaire de la naissance de Frantz Fanon, il est indispensable de revenir sur l’homme, le médecin psychiatre engagé dans des pratiques plus humaines, le militant anticolonialiste, l’auteur, notamment, de Les Damnés de la Terre.
Ses analyses sur la colonisation et le processus de décolonisation sont pour nous d’un intérêt majeur.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="un-parcours-dengagement-et-de-rupture"&gt;Un parcours d&amp;rsquo;engagement et de rupture&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Franz Fanon est né en 1925 en Martinique. Volontaire en 1943 dans les Forces Françaises Libres, il fait l’expérience du racisme avec les différences de traitement entre Blancs et Noirs. Il suit des études de médecine, spécialité psychiatrie. À l’hôpital de Saint-Alban, en Lozère, haut lieu de la psychiatrie institutionnelle, il est formé à une thérapie plus humaine à l’opposé de la psychiatrie en cours. Sa thèse refusée, il en tire un livre : Peau noire, masque blanc, en 1952.
C’est une analyse des effets psychologiques négatifs de la colonisation sur les Noirs. En 1953, il est nommé chef de service à l’hôpital de Blida-Joinville en Algérie. Il observe ses patients et introduit la sociothérapie à ses pratiques. Le psychiatre soigne tout le monde : l’armée, les Pieds Noirs, le peuple algérien et les militants du FLN : il s’agit de « faire réaliser au colon que lui aussi est aliéné et qu’on ne peut soigner l’un sans l’autre, c’est le défi qui nous attend. », dit-il.
Effectivement, son expérience de l’hôpital lui fait vite comprendre que l’aliénation déborde le cadre individuel : la société produit aliénation et névroses et il invite à une « désaliénation collective », à rompre avec le « chacun pour soi ». Politiquement, Franz Fanon cache les moudjahidines, rejoint le Front de libération nationale (FLN) et continue de soigner « les deux bords de la plaie coloniale », le colonisé aussi bien que le colon. Pour lui, la libération du malade mental passe, certes, obligatoirement, par le soin individuel, mais aussi par la transformation sociale et la remise en question des rapports de pouvoir. Il démissionne du poste de médecin-chef en 1956 et est expulsé d’Algérie en 1957. Il rompt avec la nationalité française et rejoint le FLN à Tunis. Atteint d’une leucémie, il meurt en 1961, à quelques mois de l’indépendance, à 36 ans.
À sa demande, il est inhumé en Algérie au cimetière des « Chouhades » (martyrs de la guerre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
&lt;figure &gt;
&lt;div class="flex justify-center "&gt;
&lt;div class="w-full" &gt;
&lt;img alt="32-saint-denis.webp"
srcset="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/32-lecture/32-saint-denis_hu_c1d5b6a45c970623.webp 320w, https://enjeux.unite-action.fr/post/295/32-lecture/32-saint-denis_hu_72476cc1c6080598.webp 480w, https://enjeux.unite-action.fr/post/295/32-lecture/32-saint-denis_hu_32d2bcd6cc7cc77.webp 750w"
sizes="(max-width: 480px) 100vw, (max-width: 768px) 90vw, (max-width: 1024px) 80vw, 760px"
src="https://enjeux.unite-action.fr/post/295/32-lecture/32-saint-denis_hu_c1d5b6a45c970623.webp"
width="750"
height="563"
loading="lazy" data-zoomable /&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="la-permanence-de-sa-pensée-anticoloniale"&gt;La permanence de sa pensée anticoloniale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les Damnés de la terre (préfacé par Sartre), manifeste pour la lutte anticoloniale, est aussi un ouvrage de référence sur les processus de décolonisation. Les différences sociales entre les colonisés eux-mêmes, occultées dans la lutte contre la puissance coloniale, ressurgissent une fois la victoire acquise. Les bourgeoisies nationales, certes anticolonialistes, imitent bien vite les anciennes élites dominantes tandis que les classes populaires restent dominées et réprimées. Pour Fanon, l’indépendance n’a de sens qu’en intégrant les questions sociales et en instituant le socialisme.
Ses analyses ont gardé leur pertinence pour décrire les régimes de nombreux pays africains qui ont conservé des fonctionnements coloniaux en interne. C’est ce que dénoncent aujourd’hui les jeunes du Kenya qui manifestent contre les violences policières, la corruption et les difficultés économiques. N’oublions pas le maintien des inégalités structurelles entre l’Occident et les ex-colonies, le maintien de la domination avec souvent la complicité des classes nationales dirigeantes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id="le-racisme-une-actualité-toujours-brûlante"&gt;Le racisme, une actualité toujours brûlante&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enfin, le racisme est, hélas, toujours d’actualité même dans le discours officiel, avec, par exemple, « l’ensauvagement » repris par Gérard Darmalin et Edouard Philippe ou « les barbares » de Bruno Retailleau, termes « qui refusent l’humanité de l’autre », comme le dit Franz Fanon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Marylène Cahouet&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</description></item></channel></rss>