<?xml version="1.0" encoding="utf-8" standalone="yes"?><rss version="2.0" xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"><channel><title>Enjeux 297 | ENJEUX</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/numeros/enjeux-297/</link><atom:link href="https://enjeux.unite-action.fr/numeros/enjeux-297/index.xml" rel="self" type="application/rss+xml"/><description>Enjeux 297</description><generator>Hugo Blox Builder (https://hugoblox.com)</generator><language>fr-FR</language><lastBuildDate>Sun, 25 Jan 2026 09:00:00 +0000</lastBuildDate><item><title>Notre camarade Jean Malifaud nous a quittés le 11 janvier à l’âge de 80 ans.</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/297/02-jean/</link><pubDate>Sun, 25 Jan 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/297/02-jean/</guid><description>&lt;p&gt;Jean a été une figure marquante du SNESUP-FSU, tant par sa personnalité, que par sa verve et son goût pour le débat, mais aussi parce qu&amp;rsquo;il y était syndiqué depuis 1968 et particulièrement engagé dans les instances jusqu’au début des années 2010. Il est ensuite toujours resté membre de notre commission administrative et également à la tête de sa section à l’université Paris 7.
Il a été de toutes les confrontations d’idées et de tous les débats avec nos camarades de l’École émancipée. Bien souvent fer de lance au moment des congrès d’orientation.
Près de 60 ans de SNESUP s’envolent avec lui. Il nous manquera.
Nos pensées vont à toutes et tous les camarades qui l’ont connu de près ou de loin, et à ses proches.&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Énergie, ténacité, et que notre tendance soit la ressource qui nous permette d’affronter tous les enjeux de 2026 !</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/297/02-actu/</link><pubDate>Sat, 24 Jan 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/297/02-actu/</guid><description>&lt;p&gt;Le collectif UA&amp;amp;st de la FSU souhaite à toutes et tous les militant·es de la FSU et de notre tendance une très bonne année 2026. Dès les premiers jours de cette nouvelle année, nous nous sommes mobilisé·es pour porter les valeurs qui constituent nos organisations, SN et fédération. C’est donc d’abord la plus grande énergie pour les constructions collectives à venir que nous souhaitons à chacune et chacun d’entre vous.
Les deux grandes questions qui sont devant nous sont sans doute le bras-de-fer entre les puissances prédatrices et le droit international, au service de la justice sociale, d’une part, et d’autre part la lutte pied à pied, ancrée localement, contre une extrême-droite que nous refusons de voir arriver au pouvoir.
Nous ajoutons ainsi à nos vœux la ténacité nécessaire, mais aussi que notre tendance soit la ressource qui parvienne à nourrir tout ce qu’il nous faudra entreprendre dans les mois qui viennent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rendez-vous du lundi matin continuent, bien sûr, pour les mem-bres UA des instances fédérales nationales. Notre revue Enjeux continue de proposer des contenus riches et variés, merci à celles et ceux qui la font si bien vivre et évoluer.
Des rendez-vous réguliers sont organisés pour approfondir nos analyses collectives ; à la sortie de ce numéro d’Enjeux, le premier séminaire de cette année 2026 aura eu lieu le 8 janvier sur la question de l’articulation de la production et des impératifs écologiques. N’hésitez pas à solliciter le collectif d’animation pour suggérer toute initiative ou thème à traiter que vous estimez utile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 28 novembre 2025 s&amp;rsquo;est tenu un séminaire UA à Reims. L&amp;rsquo;après-midi a débuté autour de l&amp;rsquo;histoire des tendances au sein de la FSU et de &amp;ldquo;UA&amp;amp;st&amp;rdquo; plus particulièrement à travers le récit de Gérard Aschieri. Le deuxième temps a traité de la nécessité d&amp;rsquo;organiser la tendance dans l&amp;rsquo;académie afin d&amp;rsquo;établir les bases d&amp;rsquo;un maillage académique et de créer un réel espace de discussions politiques plus larges souhaité par les camarades.
Si vous souhaitez organiser un séminaire dans votre académie, n&amp;rsquo;hésitez pas à prendre contact avec nous via le mail :
&lt;a href="mailto:collectif-ua@unite-action.fr"&gt;collectif-ua@unite-action.fr&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rachel Schneider, Emmanuel Mercier,
Valérie Poyet et Thierry Quétu&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Solidaires et résolu·es</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/297/03-edito/</link><pubDate>Fri, 23 Jan 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/297/03-edito/</guid><description>&lt;p&gt;Solidaires avec les peuples qui refusent de rester sous la botte de régimes qui veulent les écraser par la peur et la violence.
Quel que soit leur masque, nationaliste ou théocratique, c’est bien une seule et même réalité : en Iran, au Soudan, en Russie, en Chine, en Amérique Latine, comme aux Etats-Unis ou en Israël, des dirigeants avides de pouvoir et d’argent, liés aux grands intérêts capitalistes, plus occupés à piller les ressources de leurs pays qu’à servir leurs peuples.
Caricature ? Qui ne voit la même violence verbale et physique des Poutine, Netanyaou, Trump, Khamenei et autres Milei ou Orban, certes pour le moment avec des degrés de brutalité différents, envers celles et ceux qui s’opposent à leur appétit de prédateurs ?
Dans cet océan de brutes pour lesquelles la force prime sur le droit, l’étranger est la menace, l’opposant un ennemi à bâillonner, l’Europe reste un îlot de démocratie et de libertés. Les hurlements n’ont pas encore pris le pas sur les débats et les luttes politiques et sociales, certes durement réprimées, ne sont pas - encore - jugulées par des balles. Cependant, on le voit, cet îlot se fissure. L’extrême droite et ses idées grossissent et accèdent au pouvoir. L’Europe a largement contribué, par son ralliement à la mondialisation capitaliste au désespoir des peuples, au délitement des sociétés et donc au repli nationaliste et xénophobe.
C’est pourquoi notre syndicalisme reste combatif, solidaire et résolu.
Résolu à arracher des conquêtes sociales et démocratiques.
Résolu à nous montrer partout solidaires des syndicats, des associations, des peuples qui partout dans le monde bravent les fusils pour rester ou devenir libres.
2026 sera rude, mais la FSU fera sa part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nina Palacio&lt;/p&gt;
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&lt;/p&gt;</description></item><item><title>En 2026, poursuivre la lutte pour la paix, le progrès social et les services publics.</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/297/04-actu/</link><pubDate>Thu, 22 Jan 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/297/04-actu/</guid><description>&lt;p&gt;Alors que 2026 débutait à peine, Donald Trump et les États-Unis d’Amérique ont perpétré un nouveau crime contre le droit international en déclenchant une opération militaire qui a conduit à des bombardements et à l’enlèvement du Président en exercice du Venezuela et de sa femme. Ce n’est certes pas la première fois que le président américain remet en cause le droit international, mais cette fois-ci un nouveau cap est franchi avec cette intervention directe et l’annonce que les États-Unis vont désormais diriger le pays et attribuer les champs pétroliers à des sociétés américaines. Il s’agit clairement d’une entreprise de colonisation et ce n’est pas un hasard si, en Amérique du Sud, les dirigeants d’extrême-droite apportent leur soutien inconditionnel à l’opération états-unienne, à l’image de Milei, tandis que les pays dirigés par la gauche tels que le Brésil la condamnent fermement. Même si on est sans illusion sur la dérive autoritaire de Nicolás Maduro, rien ne justifie cette action et le fait que les États Unis considèrent l’Amérique du Sud comme leur arrière cour.
Dans ce contexte, on ne peut qu’être sidéré par le communiqué d’Emmanuel Macron n’évoquant même pas l’opération illégale américaine et faisant comme si le peuple vénézuélien avait choisi son avenir.
Ce raid américain ne fait qu’ajouter aux désordres du monde et n’est pas sans rappeler l’invasion de l’Irak en 2003 au prétexte tout aussi fumeux : hier les armes de destruction massive, aujourd’hui le « narco-terrorisme ».
En agissant ainsi, ce sont tous les principes du droit international qui s’effondrent et les conséquences sur d’autres parties du monde sont incalculables. En effet, quel autre signal envoie-t-il partout dans le monde où des dirigeants ne jurent que par la force pour imposer leur hégémonie dans certaines régions du monde, tels que la Russie en Ukraine ou Israël en Palestine, si ce n’est que désormais la loi du plus fort et la prédation sont des options permises et que l’impérialisme et le colonialisme signent leur grand retour ?
Le camp de la paix doit se mobiliser, à l’échelle nationale et internationale pour enrayer l’escalade guerrière partout dans le monde, redonner corps et sens au respect du droit international et aux principes fondateurs de la charte des Nations Unies.
Le gouvernement français et le président de la République ne peuvent pas reprendre aveuglément les éléments de propagande américains.
Sans amoindrir la gravité de la situation internationale, celle-ci ne doit pas occulter l’actualité politique et sociale en France. Aucun budget n’ayant été adopté, la bataille peut donc continuer début 2026 contre l’austérité et ses conséquences, en particulier sur les services publics. En ayant recours une nouvelle fois à une loi spéciale, le gouvernement tente de mettre la pression et de dramatiser les conséquences de l’absence de budget. Ainsi, il tente de faire passer l’austérité pour une nécessité et ne manquera sûrement pas de prétendre à l’absence d’alternative possible.
La question qui se pose aujourd’hui au mouvement social est : comment profiter de ce nouveau temps pour construire les mobilisations nécessaires pour imposer d’autres choix budgétaires. Les déclarations du premier ministre prétendant laisser au parlement le soin de construire la loi de finances permettent surtout au gouvernement d’avancer masqué et de rendre peu palpables et donc peu concrètes les conséquences des choix budgétaires, tout en lui permettant de ne pas les assumer directement. On a vu les difficultés au mois de décembre à pouvoir construire des mobilisations sectorielles en opposition aux conséquences du projet de loi de finances.
Cependant, cette situation devrait nous permettre de mobiliser non pas en opposition à des mesures, mais en partant de notre conception des services publics et plus largement de l’État social. Ce temps supplémentaire pourrait permettre à la FSU, avec d’autres, de mobiliser avec une campagne décrivant l’état des services publics ainsi que les moyens nécessaires et les financements possibles pour leur fonctionnement. Une telle campagne passerait bien entendu par une ou des journées d’action s’appuyant sur les revendications syndicales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, l’année 2026 s’annonce cruciale dans la lutte contre l’extrême droite. Face à cette menace, les candidatures issues des forces progressistes ont une responsabilité historique.
Nous devons travailler à mettre en avant nos revendications, faire de la question sociale une priorité et agir pour que nos revendications soient prises en compte. Cela permettra de démontrer l’imposture du Rassemblement National et de lutter contre les idées d’extrême droite. Paix, justice et progrès social devront être au cœur de nos combats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rachel Schneider, Emmanuel Mercier,
Valérie Poyet et Thierry Quétu&lt;/p&gt;</description></item><item><title>L'enjeu des municipales : pourquoi et comment lutter ?</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/297/05-dossier/</link><pubDate>Wed, 21 Jan 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/297/05-dossier/</guid><description>&lt;p&gt;Les municipales de 2026 ne sont pas un simple scrutin local mais un enjeu stratégique pour le syndicalisme. Elles touchent directement l’école, les services publics, la culture… et la démocratie locale. L’extrême droite progresse dans de nombreuses communes, avec des politiques de censure culturelle, de discrimination, d’attaque contre les syndicalistes…
Pour de nombreux sociologues, comme Alessio Motta, toutes les forces progressistes ont un rôle à jouer dans cette lutte contre l’extrême droite et sa progression électorale, notamment en ciblant les quartiers et zones géographiques où l’abstention est forte mais où un vote anti-RN est possible.
La FSU par son ancrage dans les territoires, auprès des agents et agentes, peut agir, principalement pour faire entendre les besoins des équipes, des familles, des quartiers populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La FSU-SNUipp et la FSU Territoriale sont très impactées par les politiques municipales : fonctionnement de l’école, bâti scolaire, organisation du périscolaire, carte scolaire, droit du travail pour les agent·es municipaux…
La question du financement des écoles privées sera également un point de crispation majeur dans cette prochaine campagne.
L’heure n’est donc pas à la résignation. La FSU, avec ses syndicats et ses militantes et militants, a les outils pour agir : unir les forces, investir et renforcer les collectifs, mobiliser, exiger. Les municipales sont un moment clé pour peser sur les politiques locales - et défendre l’école, les services publics, les droits des agent·es.
Ce dossier explore ces enjeux et se demande comment transformer les municipales en levier de mobilisation, d’alliances, de défense de la laïcité et du service public. Le syndicalisme ne peut pas rester en retrait : il doit s’engager, sur le terrain, avec les réalités concrètes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nina Palacio&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Municipales, un enjeu syndical majeur</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/297/06-enjeu-syndical/</link><pubDate>Tue, 20 Jan 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/297/06-enjeu-syndical/</guid><description>&lt;p&gt;Les élections municipales du printemps prochain s’annoncent comme un moment décisif pour la démocratie locale, mais aussi un miroir des enjeux nationaux. Elles se dérouleront dans un contexte marqué par une crise sociale persistante, une défiance profonde envers les institutions politiques et un risque bien réel : celui de voir l’extrême droite conquérir de nouvelles municipalités, parfois dès le premier tour. Ce danger n’est ni abstrait ni lointain. Là où l’extrême droite a accédé au pouvoir local, ses choix ont produit des effets rapides et durables sur les services publics, le tissu associatif, la vie culturelle et, plus largement, sur les libertés et la cohésion sociale.
La culture figure parmi ses premières cibles. Les municipalités d’extrême droite s’attaquent aux associations d’éducation populaire, à celles qui promeuvent l’ouverture, l’égalité, la diversité des cultures et des parcours, en particulier lorsqu’elles interviennent dans les quartiers populaires. Les conséquences percutent de ce fait l’école, les travailleurs et travailleuses sociales, les éducatrices et éducateurs…
Elles censurent ou déprogramment des artistes et des spectacles jugés « subversifs », réduisent drastiquement les budgets des bibliothèques, des théâtres municipaux, des centres culturels et promeuvent à l’inverse une culture dite « officielle », identitaire et réactionnaire. Cette culture est fondée sur une histoire mythifiée, figée, excluante, à rebours de toute ambition d’émancipation. L’offensive est politique : il s’agit d’appauvrir le débat public, de limiter l’accès à des œuvres qui permettent de penser la complexité du monde et, au final, de renforcer des représentations autoritaires et des dominations.
Face à ce risque, les travaux de nombreux sociologues convergent : la progression de l’extrême droite ne se combat pas seulement par des discours de dénonciation morale, mais par la remobilisation de celles et ceux qui se sont éloigné·es des urnes. Le « peuple de gauche » , en particulier les habitant·es des quartiers populaires, a tendance à s’abstenir. Cette abstention est rarement un désintérêt pour la chose publique ; elle exprime le plus souvent un sentiment d’abandon, de relégation et la conviction que les choix politiques ne transforment plus concrètement les conditions de vie. Or ce sont précisément ces populations qui subissent le plus directement les choix des politiques municipales : état des écoles, accès aux services publics de proximité, politiques culturelles, transports, logement, restauration collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rôle central du syndicalisme dans
la reconquête du lien démocratique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est dans ce contexte que le syndicalisme, et en particulier la FSU, a un rôle central à jouer. Par son ancrage dans les services publics, par la confiance qu’elle inspire aux personnels et aux familles, par sa capacité à partir des réalités concrètes du travail et de la vie quotidienne, la FSU est en mesure de contribuer à redonner du sens à l’engagement citoyen. En maintenant son indépendance face au politique, le syndicat peut faire connaître ses mandats, porter des analyses exigeantes, alerter sur les conséquences concrètes des choix municipaux et nourrir le débat public local.
L’organisation de réunions publiques, par exemple, constitue à cet égard un levier essentiel. En partant de problèmes vécus, identifiés collectivement, ces espaces permettent de faire émerger une parole populaire, de rendre visibles des situations trop souvent invisibilisées et de construire des revendications partagées. Elles sont aussi l’occasion de retisser du lien entre personnels, familles, habitant·es, associations et collectifs locaux. À rebours des logiques descendantes, ces temps d’échange redonnent prise sur le réel à celles et ceux qui se sentent tenu·es à distance du débat politique et participent à la reconstruction d’une confiance collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bâti scolaire, miroir des inégalités et levier de mobilisation politique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question du bâti scolaire est emblématique de cette démarche. Elle touche directement les élèves, les personnels et les familles, et concentre des enjeux sociaux, éducatifs, sanitaires et environnementaux majeurs. Le récent rapport de l’Alliance écologique et sociale met en lumière l’ampleur de la dégradation du bâti scolaire dans de nombreuses communes : écoles mal isolées, bâtiments vétustes, problèmes d’humidité, de ventilation, d’exposition à la chaleur ou au froid. Ces conditions d’accueil dégradées pèsent sur les apprentissages, sur la santé des enfants comme des personnels, et accentuent les inégalités territoriales.
Dans de nombreux quartiers populaires, l’état des écoles fait écho à d’autres formes de précarité : logements insalubres, factures énergétiques élevées, manque d’espaces verts. Le bâti scolaire se situe ainsi au croisement de problématiques largement partagées par la population. En s’appuyant sur les propositions portées par l’AES (Alliance Écologique et Sociale), il est possible de défendre une rénovation ambitieuse des écoles, pensée à la fois comme un investissement social, écologique et éducatif : amélioration de l’isolation thermique, adaptation aux épisodes de chaleur, qualité de l’air intérieur, création d’espaces favorisant le bien-être et les apprentissages. Autant de choix qui relèvent directement des politiques municipales.
En faisant de ces enjeux un objet de mobilisation collective, les militant·es syndicaux peuvent contribuer à transformer une préoccupation quotidienne en revendication politique. Portées par les familles, les personnels et les habitant·es, ces propositions gagnent en légitimité et deviennent des points d’appui pour peser dans les débats municipaux, y compris budgétaires. Elles permettent aussi de montrer concrètement en quoi les choix locaux peuvent améliorer, ou au contraire dégrader, les conditions de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Construire des alliances durables&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-delà de l’échéance électorale, l’investissement militant dans la campagne des municipales est surtout l’occasion de nouer ou de renforcer des alliances durables. Alliances avec le monde associatif, avec les collectifs de parents, avec les habitant·es engagé·es dans la défense de leurs quartiers et de leurs services publics. Ces alliances, construites dans l’action, sur des valeurs communes de solidarité, de justice sociale et d’émancipation, permettent de constituer un véritable camp progressiste local, un réseau de vigilance, de débat et de résistance.
À l’heure où les fractures sociales, territoriales et culturelles constituent un terreau fertile pour les projets réactionnaires, antisociaux et nauséabonds de l’extrême droite comme du néo-libéralisme, cette construction patiente de liens, de convergences et de solidarités apparaît plus que jamais comme une nécessité démocratique. Défendre le service public, l’école, la culture et l’émancipation, c’est aussi défendre la démocratie, au plus près des territoires et de celles et ceux qui y vivent. C’est également faire le pari qu’un jour, ces liens solidaires viendront nourrir des mobilisations sociales massives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nina Palacio&lt;/p&gt;
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&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Municipales, un scrutin décisif pour l’école</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/297/08-scrutin/</link><pubDate>Mon, 19 Jan 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/297/08-scrutin/</guid><description>&lt;p&gt;Les élections municipales à venir constituent une échéance à ne pas négliger pour la FSU-SNUipp, à la fois pour peser sur les politiques locales d’éducation et pour rendre visibles les besoins très concrets des écoles et des équipes du premier degré. Ce scrutin touche directement le quotidien des élèves, des enseignant·es et des personnels municipaux. Il offre un levier pour construire ou consolider des alliances locales face aux risques de la progression de l’extrême droite dans certaines communes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : en quoi les élections municipales représentent un scrutin d’importance pour la FSU-SNUipp, syndicat majoritaire du premier degré ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FSU-SNUipp : les municipales sont d’abord des élections de politiques concrètes, ancrées dans la vie quotidienne, et dont l’école constitue un cœur névralgique.
Pour le premier degré, la relation avec la municipalité n’est pas un « à-côté » : elle conditionne les moyens municipaux pour l’école, le bâti scolaire, la présence de services publics et la qualité de vie des élèves. Dans de nombreux territoires, l’école reste le dernier service public de proximité et la politique municipale d’investissement, de maintenance, ou de réorganisation (fermetures, fusions, redécoupages de la carte scolaire) a un impact direct sur le travail des équipes.
Des exemples concrets le montrent : en Seine-Saint-Denis, des sections locales SNUipp travaillent depuis longtemps en amont avec les élu·es sur la démographie scolaire, les prévisions d’effectifs et la carte scolaire, négociant des rééquilibrages de secteurs, par exemple entre deux écoles séparées par une rue, pour éviter la mise en péril d’un établissement menacé de perdre une classe. Ailleurs, dans des communes passées à droite où les relations se sont dégradées, ces espaces de concertation se sont refermés, rendant plus difficile un travail partagé sur les besoins d’ouvertures ou la prévention des fermetures.
Enjeux-UA : comment faire entendre la voix des équipes et défendre une école publique, émancipatrice, dans un contexte où les services publics se fragilisent et où le préfet voit ses pouvoirs renforcés par les derniers décrets ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FSU-SNUipp : la campagne municipale peut devenir un espace où faire remonter les besoins exprimés par les équipes, que ce soit via les conseils d’école ou par l’intermédiaire du syndicat plus directement : donner une place à la parole professionnelle, construire des lignes communes entre Éducation nationale, collectivités, parents et associations d’éducation populaire. Là où cela existe déjà, les militant·es syndicaux peuvent s’appuyer sur des partenariats structurés ; là où tout reste à construire, les municipales peuvent servir de point d’appui pour ouvrir le débat.
Quand des alliances avec des municipalités sont possibles, le scrutin est l’occasion de travailler ces convergences pour contrer des décisions déconnectées des réalités locales. On se souvient d’actions communes contre des fermetures de postes de RASED ou pour faire cesser des situations délétères de non-remplacement avec des délégations de parents d’élèves et d’enseignant·es accompagnées d’élu·es locaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : l’actualité de la Convention Citoyenne sur les rythmes de l’enfant va-t-elle s’inviter dans ce rendez-vous électoral ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FSU-SNUipp : les municipales peuvent aussi être, en effet, un moment pour remettre au centre les politiques locales des « temps de l’enfant » : organisation des rythmes scolaires, périscolaires, Projets éducatifs de territoire (PEDT) et articulation entre les différents acteurs éducatifs. À l’occasion de la Convention, des associations de jeunesse et d’éducation populaire ont défendu l’idée d’un nouveau PEDT, moins vertical, plus co-construit, où les équipes d’école seraient véritablement impliquées et non placées devant des dispositifs décidés « d’en haut ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : quel travail syndical peut être mené ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FSU-SNUipp : la campagne n’a de sens que si elle part du réel des écoles. À Chambéry, par exemple, les militant·es de la FSU-SNUipp évoquent les besoins en Atsem dans les classes de maternelle, la dégradation des relations avec la commune, la nécessité d’un plan d’investissement pluriannuel pour les bâtiments scolaires ou encore la discussion autour de la labellisation de cité éducative. Ailleurs, d’autres équipes se heurtent à des situations quotidiennement ingérables, comme ces enfants de maternelle ou de cycle 2 récupérés en fin de journée par leurs parents avec une demi-heure, une heure, voire deux heures de retard, sans solution municipale d’accueil, au risque de mettre les collègues en difficulté professionnelle et personnelle.
Dans certaines villes, la municipalité a fini par prendre le relais de l’école pour ces enfants dont les familles sont très en retard, montrant que des réponses existent lorsque le rapport de forces et le dialogue sont construits. Pour la FSU-SNUipp, les municipales sont alors l’occasion de rendre publiques ces revendications, d’exiger que les communes s’engagent sur l’accueil des enfants, le périscolaire, la sécurité des trajets (y compris en zone rurale ou de montagne où des regroupements d’écoles peuvent signifier des déplacements dangereux) et l’égalité d’accès aux services.
Les réalités locales sont diverses, mais un point commun traverse les témoignages : la nécessité de faire entendre la voix des collègues du 1er degré dans l’espace politique local. Dans certaines communes, la FSU-SNUipp est déjà régulièrement interpellée par des formations politiques à l’approche du scrutin, ce qui permet de porter les mandats syndicaux, de re-questionner des dispositifs existants et de poser des exigences en termes de moyens pour les écoles, d’accès à divers équipements, de bâti, ou de services périscolaires.
L’enjeu, pour le syndicat, est double : d’une part, soutenir partout la présence d’une école publique de proximité comme condition d’attractivité et de vitalité des territoires ; d’autre part, utiliser la campagne municipale pour reconstruire du lien entre les collègues, les parents, les associations et les équipes municipales, afin de peser durablement sur les politiques locales. Les municipales ne sont pas seulement une séquence électorale : elles peuvent devenir, pour la FSU-SNUipp, un moment de réinscription forte dans le tissu politique et social local, au service de l’école publique et de ses personnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Interview de Aurélie Gagnier, Sarah Hamoudi-Wilkowsky, Rachel Schneider et Nicolas Wallet pour la FSU-SNUipp&lt;/p&gt;
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&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Hussardes noires : institutrices et maires face à l'école laïque</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/297/09-hussardes/</link><pubDate>Sun, 18 Jan 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/297/09-hussardes/</guid><description>&lt;p&gt;« Non seulement Albertine Eidenschenk est très active au Conseil supérieur, mais à partir de 1912, elle tient dans L’École nouvelle la rubrique consacrée aux comptes rendus des séances. Elle se prévaut en outre de son titre de membre du Conseil pour encourager ses lecteurs à persévérer dans leur combat en faveur de l’école laïque. En décembre 1912, elle rappelle aux instituteurs et institutrices qu’ils sont en droit de suspendre la classe si le maire insiste pour assister à leur cours : ‘’Le maire hostile à l’école publique ne peut exiger ni que la classe soit continuée devant lui, ni que les livres et les cahiers lui soient présentés’’. Deux ans plus tard, elle profite de sa rubrique pour rappeler aux lecteurs de L’École nouvelle que les amis de l’école publique peuvent empêcher l’ouverture d’une école privée rivale de la leur si elle ne respecte pas les règles en vigueur. »&lt;/p&gt;
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&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Entretien avec Julien Fonte</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/297/10-julien-fonte/</link><pubDate>Sat, 17 Jan 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/297/10-julien-fonte/</guid><description>&lt;p&gt;Enjeux-UA : pour ton organisation, troisième syndicat de la FSU en nombre d’adhérentes et d’adhérents, quels sont les principaux enjeux des prochaines élections municipales, notamment en termes d’amélioration du dialogue social avec les maires employeurs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Julien Fonte : il convient de distinguer la situation dans les petites communes d’une part et les grandes d’autre part. Les situations ne sont guère comparables. Dans les petites communes se pose plus précisément la question de la proximité quotidienne entre équipes militantes et élu·es, renforcée par la possibilité d’engagements par ailleurs politiques éventuels au sens partisan, soit convergents, soit opposés. L’éthique militante permet de toujours garder la boussole de l’indépendance syndicale et la priorité à la défense des personnels et du service public. Le travail syndical consiste d’abord dans les petites communes à faire respecter le droit par la ou le maire, ce qui n’est pas toujours le cas, par mauvaise volonté trop souvent, mais aussi par méconnaissance des textes réglementaires, y compris par les agent·es. Qu’il s’agisse des progressions de salaires, des avancements de grade, du temps de travail ou des congés maladie, les manquements sont légion. Je me souviens d’une petite commune dans la Sarthe, où le maire avait imposé une « franchise » sur les heures supplémentaires, ne les prenant en compte qu’à partir de la septième.
Les personnels, non syndiqués, avaient fait appel à nous. Ailleurs la mairie exigeait une récupération sur les arrêts maladie… Et combien d’agent·es qui n’avancent pas dans leur carrière, restent au premier grade de la catégorie C toute leur vie professionnelle. Dans ces petites communes, le plus difficile est parfois d’éviter les tentatives de connivence de la part d’un ou d’une maire, il s’agit de toujours rester sur ses gardes, mais aussi hélas de faire face à des cas de harcèlement hiérarchique, alors que la ou le militant·e n’est pas protégé·e par le nombre des agents.
Dans les grandes collectivités, l’existence d’une bureaucratie peut alourdir le dialogue social, mais aussi elle protège contre les desiderata des élu·es, si les DRH garantissent effectivement le respect du droit du travail. L’objectif ici est de gagner des droits collectifs quand dans les petites communes la défense individuelle est première, avec une grande difficulté à enclencher une grève si besoin était, car les choses deviendraient alors compliquées avec un employeur de grande proximité… Il existe aussi beaucoup de défense lors de conseils disciplinaires paritaires, présidés par un juge administratif, dans lesquels sont déféré·es des agent·es, près de 600 dans la petite couronne parisienne, en 4 ans. Nous portons des revendications générales pour les agent·es des collectivités, notamment la résorption de la précarité - 25% des agents municipaux sont contractuels - car les ATSEM et personnels d’animation sont recrutés à 95% par les municipalités.
Enjeux-UA : le syndicalisme est-il bien représenté dans les communes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Julien Fonte : c’est le cas dans les grandes, par exemple dans les métropoles sont souvent présents entre 4 ou 6 syndicats, le taux de participation demeure hélas trop faible aux élections professionnelles, les villes moyennes votent d’ailleurs davantage que les grandes où l’agent·e peut penser que les instances de dialogue sont trop lointaines. L’objectif de la FSU territoriale est avant tout de déposer davantage de listes, de conserver notre siège au conseil supérieur de la Fonction publique territoriale, et de continuer à progresser en pourcentages et en voix. Nous ne donnons pas de consignes sur la possibilité de listes communes, ce sont les équipes qui décident localement de faire ou de ne pas faire. Cela dépend beaucoup des contextes locaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : comment se passe le travail syndical avec les mairies d’extrême droite ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Julien Fonte : les situations sont très variables. Quand la mairie de Moissac est passée à l’extrême droite en 2020, la section syndicale a disparu au bout de 6 mois, répression et intimidations ont été efficaces. Aucune liste syndicale n’a été déposée en 2022. À Hénin-Beaumont, dont le maire est le RN Steeve Briois, la FSU territoriale soutient un camarade de Sud menacé de révocation. Beaucoup d’élu·es RN siègent désormais dans les intercommunalités. Leurs stratégies sont très diverses, de la brutalité frontale à l’affichage d’un dialogue social respectueux, dans la logique de respectabilisation de Louis Aliot à Perpignan. Bien sûr en cas d’affrontement, place à la répression, mais cela n’est pas propre aux élu·es d’extrême droite, ni à la droite du reste. Leur spécificité tient plutôt à leurs politiques publiques, le choix des livres de bibliothèques par exemple, leur censure, ou l’absence de repas scolaires sans porc. Nous leur opposons la défense de services publics qui répondent aux besoins de toutes et tous, et fonctionnent conformément aux principes républicains. Faudrait-il pratiquer la chaise vide ? Question difficile que nous avons abordée plusieurs fois entre nous. Cela se décide collectivité par collectivité. Globalement le choix est fait de siéger, considérant en cas contraire les risques pour les agent·es et les politiques publiques décidées : FSU mais aussi localement CGT ou Sud font ce choix, celui de se battre, en instance aussi, sur les valeurs d’un service public accessible, égalitaire et répondant aux besoins de toute la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis par Matthieu Leiritz&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Municipales, la question de l'enseignement privé</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/297/11-prive/</link><pubDate>Fri, 16 Jan 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/297/11-prive/</guid><description>&lt;p&gt;Enjeux-UA : pour la FSU-SNUipp, en quoi l’enseignement privé constitue-t-il un enjeu ? Les municipalités ont-elles une marge de manœuvre si elles souhaitent favoriser le public ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ewen Saliou : dans les départements bretons, l’implantation de l’école privée sous contrat est forte, allant jusqu’à tutoyer les effectifs du réseau public dans le Morbihan. Cette situation, de par sa stabilité dans le temps, a constitué une sorte de norme dans l’esprit des familles, mais aussi des municipalités qui mettent régulièrement les deux réseaux sur un pied d’égalité, voire favorisent le réseau privé. Dans le Morbihan, une commune sur cinq possède une école privée mais n’a pas d’école publique. Ce phénomène s’observe dans plusieurs cantons de l’académie. Le choix des familles est, alors, bien souvent celui de la proximité et pas forcément un choix idéologique ou religieux. L’inexistence de transports scolaires collectifs vers les écoles publiques des communes voisines, peut aussi être un frein réel. Implanter une école publique ou favoriser l’accès vers les écoles voisines est un choix politique des communes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Emmanuelle Maray : concernant les marges de manœuvre, elles existent dans le calcul de la subvention versée aux écoles privées. Cette subvention est calculée sur la base du coût d’un élève dans le public en distinguant les maternelles des élémentaires car la présence de l’ATSEM fait, a minima, doubler le coût. Tout dépend alors des éléments qui sont intégrés à la ligne du budget de fonctionnement. On ob-serve ainsi régulièrement, par choix ou malheureusement par méconnaissance des textes, des budgets « gonflés » par des factures qui ne relèvent pas d’un budget de fonctionnement ou ne relèvent pas du coût de l’école en soi. Par exemple, le coût du chauffage du gymnase municipal peut être imputé à l’école publique et donc entrer dans le calcul de la subvention reversée à l’école privée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ewen Saliou : Autre exemple, l’installation d’un tableau d’affichage dans chacune des écoles (publique et privée) d’une commune morbihannaise, financée par la mairie favorise deux fois l’école privée. En effet, d’abord, il n’est pas dans les attributions d’une mairie de financer ce tableau pour une école privée et, de plus, le coût du tableau de l’école publique a été ajouté au coût de fonctionnement et pris en compte dans la subvention attribuée au privé. Plus largement, les écoles privées bénéficient d’autres sources de revenus (OGEC, APPEL, participation des familles…), et les fonds versés par les mairies permettent régulièrement in fine de rénover le bâti scolaire des écoles privées sous contrat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : quel a été l’impact de l’abaissement de la scolarité obligatoire à 3 ans et du développement du périscolaire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ewen Saliou : Dans le Morbihan comme ailleurs, la plupart des élèves étaient déjà scolarisés à 3 ans (et même avant) et la plupart des mairies faisaient déjà le choix d’intégrer le coût d’un élève de maternelle à la dotation du privé. Concernant la réforme des rythmes scolaires, de manière assez globale, l’école privée a refusé d’entrer dans la semaine à 4,5 jours, argument de vente auprès des familles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Emmanuelle Maray : en Ille-et-Vilaine, les écoles privées accueillent les élèves dès 2 ans, voire 18 mois et parfois à « temps partiel », afin de capter un public scolaire qui, a priori, restera dans le réseau tout au long de sa scolarité. Concernant les rythmes scolaires, la municipalité de Rennes a fait le choix politique de garder les 4,5 jours, et de ne pas ouvrir de garderie le mercredi matin ; en effet, ce moyen de garde aurait été utilisé seulement par les parents du privé ; ce sont donc des associations qui s’en occupent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les FSU-SNUipp bretonnes font de l’accès à l’école publique dans tout le département une priorité revendicative. Elles déplorent les oppositions à cet objectif visibles par exemple quand un préfet impose une création d’école publique dans une commune où une partie de la population dénonce encore « l’école du diable ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous l’impulsion de la FSU-SNUipp du Nord, les FSU-SNUipp 56 et 35 ont organisé des étapes d’un tour de France à vélo pour revendiquer des moyens pour l’école publique. L’étape entre le 56 et le 35 s’est déroulée uniquement par le passage dans des communes sans écoles publiques. L’objectif était de montrer qu’encore trop de communes n’avait pas d’école publique et qu’il est nécessaire d’offrir ce service public à l’ensemble des familles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis par Matthieu Leiritz&lt;/p&gt;
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&lt;/p&gt;</description></item><item><title>« On sait désormais où l’extrême droite peut gagner…</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/297/12-street-press/</link><pubDate>Thu, 15 Jan 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/297/12-street-press/</guid><description>&lt;p&gt;Alessio Motta est docteur en science politique de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et enseignant-chercheur en sciences sociales, techniques d’enquêtes et analyse de données, rattaché au Cessp (Cnrs/Paris 1/Ehess).
Il a réalisé une carte1 qui recense les villes susceptibles de basculer à l’extrême-droite.
Son objectif : amplifier la mobilisation des forces progressistes sur ces territoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : comment avez-vous réalisé ce simulateur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alessio Motta : ce simulateur est né sur la plateforme mobilisations.org, à partir d’un travail de plusieurs mois pour modéliser les déplacements de voix entre différentes élections depuis les années 2010. Les municipales sont un scrutin complexe, où se combinent enjeux locaux, notoriété du maire sortant et logiques nationales, si bien que nous avons élaboré des algorithmes capables de tester, pour chaque ville de plus de 10 000 à 15 000 inscrits, des dizaines de scénarios de second tour.
Nous avons fait tourner cette « machinerie » sur les 500 plus grandes communes, en variant l’offre du premier tour, les désistements, le niveau de mobilisation et la présence ou non du maire sortant. À partir de là, nous classons les communes de A à E : des villes sans aucun risque de bascule à l’extrême droite (A) jusqu’aux villes déjà tenues par l’extrême droite et presque sûres de le rester (E), avec un groupe crucial de villes (D) où le risque de bascule est significatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : une ville passée à l’extrême droite, lors d’un précédent scrutin est-elle condamnée à demeurer aux mains de l’extrême-droite ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alessio Motta : historiquement, non : des villes comme Vitrolles ou Toulon ont été dirigées par l’extrême droite avant de changer de couleur politique, donc il n’y a pas de fatalité. Ce qui change aujourd’hui, c’est que, depuis 2020, le poids électoral de l’extrême droite s’est encore renforcé dans la quasi-totalité des villes qu’elle contrôle, ce qui rend très probable la reconduction de ces maires en 2026.
Autrement dit, la « solidité » de ces bastions tient davantage à la dynamique nationale et à la progression globale du vote d’extrême droite qu’à un verrou local définitif. Mais cela n’interdit pas des reconquêtes, notamment là où des configurations de triangulaire ou des divisions internes peuvent rouvrir le jeu.
Enjeux-UA : à quoi sert une cartographie anticipative pour les militant·es ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alessio Motta : l’objectif central est de savoir où agir : une carte de risques permet de cibler les villes où un investissement militant peut réellement faire la différence, plutôt que d’arroser le territoire à l’aveugle. StreetPress2 accompagne ce travail par des enquêtes, des dossiers et des formations destinées aux militant·es, précisément dans ces communes les plus exposées.
Pour une cinquantaine de villes classées (D), nous avons produit des plans de quartier très détaillés, qui indiquent dans quels secteurs il est prioritaire de déployer des équipes, d’organiser des événements, de faire du porte-à-porte. Ces plans isolent les quartiers où l’on peut à la fois trouver un fort potentiel de voix défavorables à l’extrême droite et un important réservoir d’abstentionnistes « intermittents » qu’il est possible de remobiliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : pourquoi cibler en priorité les abstentionnistes des quartiers populaires ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alessio Motta : les travaux de sociologie électorale montrent que les campagnes de terrain convertissent très rarement un électeur de droite en électeur de gauche, ou l’inverse.
En revanche, elles peuvent peser fortement sur le niveau de participation : convaincre des électeurs déjà plutôt hostiles à l’extrême droite d’aller voter est beaucoup plus réaliste que de transformer l’orientation politique de quelqu’un.
C’est pourquoi le cœur du travail militant, en particulier dans un contexte municipal, doit être de localiser les quartiers où l’abstention est élevée, mais où un vote anti-extrême droite existe potentiellement. Aller faire de grands événements dans un quartier sociologiquement favorable à l’extrême droite peut même être contre-productif, car cela revient à renforcer sa mobilisation.
Le ciblage territorial n’est pas une invention récente : il fait partie des traditions militantes et a été systématisé par de grandes campagnes modernes, qu’il s’agisse de campagnes de gauche comme celles de Mélenchon, ou de campagnes de droite et d’extrême droite comme celles de Trump, ou encore d’expériences d’« organizing » comme à New York.
La vraie question n’est pas de savoir si on cible, mais à quel point ce ciblage est rationnel, fondé sur des données solides, plutôt que sur l’habitude (« on va toujours dans ces immeubles-là depuis trente ans »).
L’ambition de mobilisations.org est de proposer un outil gratuit, simple à lire et immédiatement opérationnel pour des militant·es syndicaux ou associatifs qui n’ont ni le temps ni les moyens de se perdre dans des tableaux de bord hyper-techniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : peut-on avancer que les grandes villes se « gauchisent » pendant que les campagnes se « droitisent » ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alessio Motta : la formule est un peu schématique, mais elle capture une tendance réelle : plus on se rapproche des grandes agglomérations, plus le vote de gauche progresse, tandis que les petites villes et les zones périurbaines voient monter la droite et surtout l’extrême droite. Cette évolution tient à plusieurs facteurs, dont la concentration de populations plus diplômées dans les métropoles, qui s’informent davantage via des médias indépendants, mais aussi à une présence plus importante de populations immigrées en milieu urbain.
En parallèle, l’extrême droite bénéficie puissamment de la prise de contrôle d’une partie du paysage médiatique par des fortunes qui lui sont proches, avec des chaînes devenues des soutiens quasi déclarés. La réforme des retraites a, de son côté, contribué à radicaliser une frange de jeunes urbains, tandis qu’une partie des retraités bascule de l’option macroniste vers l’extrême droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : quel rôle peuvent jouer les syndicats dans cette bataille municipale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alessio Motta : ce n’est pas à moi de dicter des choix qui relèvent des organisations syndicales. Je connais davantage le monde des ONG qui ne se positionnent généralement pas dans un « camp » mais peuvent endosser un discours explicitement anti-extrême droite lorsqu’elles constatent directement les dégâts dans leurs budgets avec la perte de subventions.
Les syndicats, eux, ont tous les éléments en main pour montrer à leurs adhérent·es ce que signifie une mairie d’extrême droite pour les salarié·es, les associations, les services publics.
Elles peuvent prendre position contre l’extrême droite en s’appuyant sur des faits : leurs marges de manœuvre, leurs locaux, leurs libertés d’action sont directement menacés dans les communes dirigées par l’extrême droite, et peuvent donc jouer un rôle moteur dans la mobilisation municipale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis par Nina Palacio&lt;/p&gt;
&lt;hr&gt;
&lt;p&gt;1 &lt;a href="https://municipales.streetpress.com/page/le-projet" target="_blank" rel="noopener"&gt;https://municipales.streetpress.com/page/le-projet&lt;/a&gt;
2 StreetPress est un média en ligne indépendant, développé avec le soutien de ses lecteurs. Créé pour défendre un journalisme de terrain et d’enquête, pour raconter la société actuelle et porter, dans le débat public, les questions de la nouvelle génération. Streetpress.com&lt;/p&gt;
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&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Du « green-backlash1 » aux alliances écologiques</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/297/14-ecologie/</link><pubDate>Wed, 14 Jan 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/297/14-ecologie/</guid><description>&lt;p&gt;Alors que la courbe mondiale des émissions continue de progresser et que l’écologie semble remisée sur l’étagère des politiques nationales et internationales, deux livres récents permettent d’analyser la situation et d’imaginer des perspectives. Publié en 2025, l’ouvrage collectif Green-backlash : qui veut la peau de l’écologie ?2 propose une cartographie mondiale des reculs sur les politiques climatiques et environnementales. Tout en partageant la plupart des constats, Pierre Charbonnier, dans La coalition climat3, appelle de ses vœux une alliance majoritaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des reculs politiques&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2015, l’accord de Paris semblait ouvrir une nouvelle ère. Le mouvement climat, qui a suivi, a contribué à inscrire durablement la thématique dans l’agenda politique. À l’échelle planétaire, les événements climatiques extrêmes alertent les opinions publiques. Pourtant, le front anti-écologique paraît plus fort que jamais. Green-backlash invite des scientifiques, militant∙es ou journalistes à analyser ces dynamiques. De la « matrice étatsunienne » (Elsa Devienne, Emmanuelle Tisserant) au « capitalisme survivialiste » (Geneviève Azam), en passant par « la montée de l’autoritarisme » (Ève Darian-Smith), les constats sont partagés. La progression de l’ultra-nationalisme s’appuie sur un consensus anti-écologique.
La collusion entre l’« autoritarisme de marché » et les industries du pétrole, de la finance, de la Tech ou de
l’armement est de plus en plus évidente. Les reculs sur
l’écologie s’inscrivent dans un reflux démocratique.
La répression contre les militant∙es écologistes s’accentue, en particulier avec le regain de l’extractivisme dans les pays du Sud global (Michitake Aso). Avec le retour de la guerre et la dépendance énergétique, l’Europe n’est pas épargnée par la primauté donnée à la production carbonée. La Commission européenne installée en 2024 « détricote le pacte vert » (Marie Toussaint). La crise écologique est instrumentalisée dans une lutte politique mondialisée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une lutte idéologique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’internationale anti-écologique est en effet structurée par des postures politiques et des réseaux d’influence, notamment dans les médias ou les milieux d’affaire (Anne-Claude Ambroise-Rendu, Steve Hagimont). « Catastrophisme », « modèle amish », « anti-science », les écolos sont tenus pour respon-sables de la désindustrialisation ou des crises sociales. Plusieurs contributions de Green-backlash montrent qu’un « rassurisme » idéologique tend à dénier la réalité de la crise climatique. Il structure la pensée politique au moins depuis les années 1980 (Luc Semal).
Lorsque la question du réchauffement apparaît dans l’arène politique au cours des années soixante et soixante-dix,
personne ne semble d’abord la remettre en cause. Puis, très vite, des acteurs industriels, notamment du secteur des
énergies fossiles, jouent le rôle de marchands de doute (Valérie Masson Delmotte). Les structures et infrastructures du monde capitaliste contribuent à enterrer le projet de transformation sociale impliqué par les découvertes scientifiques sur le climat (Jean-Baptiste Fressoz). Aujourd’hui, des cadres d’expertises concertés comme le GIEC, des agences d’État, voire des champs disciplinaires entiers, sont attaqués et menacés (Christophe Cassou). Lorsqu’elle est pratiquée, le plus souvent dans les démocraties libérales, l’écologie institutionnelle oublie les classes moyennes et populaires. Elle ne peut par conséquent entraîner autre chose que des mécontentements en cascade. Perçue comme « punitive » (Guillaume Carbou, Laure Teulières), l’écologie ne l’emporte pas politiquement.
Des enjeux sociaux et productifs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, parmi les contributeur∙ices de Green-backlash, la nécessité d’une « transition juste » semble faire consensus. Reste à savoir quelle forme elle doit prendre et surtout quels moyens elle doit employer pour advenir dans ce contexte délétère. Dans La coalition climat, Pierre Charbonnier revient sur la manière dont la « coalition fossile » se serait formée par l’alliance
d’intérêts entre les magnats de l’industrie, groupes sociaux majoritairement responsables des émissions carbone, et une partie des classes moyennes et populaires particulièrement exposé∙es aux risques que la transition écologique pourrait faire peser sur leurs emplois. Les modes de vie écologistes « relatifs à
l’appartenance professionnelle, au bénéfice symbolique, à l’accessibilité des infrastructures » seraient inatteignables pour des ménages maintenus dans la « dépendance fossile », en raison notamment de dépenses contraintes et importantes consacrées aux énergies.
Isoler son logement ou emprunter des mobilités décarbonées reste encore largement inaccessible. Pour Pierre Charbonnier, il est donc essentiel de « s’emparer de la question de l’inégale répartition de la dépen-dance fossile et aux stratégies industrielles permettant de s’en émanciper ». À travers un compromis technique, il serait encore possible de trouver une voie pour articuler sobriété, efficacité et substitution afin de « satisfaire aux besoins sans outrepasser les limites planétaires ».
Dépasser le « compromis fordiste »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Charbonnier évite cependant de retomber dans ce que certains contributeur·ices de Green-backlash appellent « compromis fordiste » (Renaud Bécot, Marie Ghis Malfilatre), cette promesse historique de combiner la croissance du PIB et la redistribution pour mener à davantage de justice sociale.
Après des années de politique de l’offre mondialisée, d’exposition des inégalités, de privatisation des profits et de socialisation des pertes et dommages du changement climatique, ce modèle est sérieusement perturbé. Pour sortir de cette contradiction propre au « rêve d’abondance » fondateur du modèle social productiviste, Pierre Charbonnier propose « la fin de l’expansion » et la construction d’un modèle de réindustrialisation soutenu par des politiques climatiques. L’aspect technique d’une « transition juste » semble atteignable, encore faut-il gagner une majorité démocratique, à travers la formation d’une « coalition climat ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Construire des alliances écologiques&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les propositions portées dans ces deux ouvrages, très différents sur la forme et sur le fond, ont le mérite de poser des questions essentielles. Même si elles peuvent être nuancées sur certains points. Plusieurs études d’opinion4 montrent que les enjeux écologiques restent largement soutenus dans la société, d&amp;rsquo;autant plus lorsqu&amp;rsquo;ils sont reliés à des objectifs de justice sociale. Par ailleurs, les classes moyennes et populaires, bien que contraintes dans leurs modes de consommation, ont des préoccupations écologistes et pratiquent déjà en grande partie des modes de vie soutenables (économies d’énergie et de ressources, recyclage, production locale, mobilités partagées…)5.
L’objectif de mobiliser une masse de consensus sur l’écologie reste atteignable à condition que le travail, la protection et la justice sociale soient au cœur de toutes les politiques écolo-gistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cyril Verlingue
——————————————————————
1 Retour de bâton, contrecoup qui pèse sur les acquis politiques concernant l’écologie.
2 Laure Teulières, Steve Hagimont, Jean-Michel Hupé (dir.), Green-backlash : qui veut la peau de l’écologie ?, Ecocène Seuil, oct. 2025.
3 Pierre Charbonnier, La coalition climat climat. Travail, planète et politique au XXIe siècle, Seuil, sept. 2025.
4 &lt;a href="https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/environnement-et-climat-opinions-des-francais-en-2024" target="_blank" rel="noopener"&gt;https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/environnement-et-climat-opinions-des-francais-en-2024&lt;/a&gt;
&lt;a href="https://infos.ademe.fr/changement-climatique/2024/les-francais-toujours-preoccupes-par-le-changement-climatique/" target="_blank" rel="noopener"&gt;https://infos.ademe.fr/changement-climatique/2024/les-francais-toujours-preoccupes-par-le-changement-climatique/&lt;/a&gt;
5 https://reporterre.net/Pour-les-plus-precaires-les-politiques-de-sobriete-sont-souvent-paternalistes-et-deconnectees&lt;/p&gt;
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&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Table ronde syndicalisme et politique</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/297/16-table-ronde/</link><pubDate>Tue, 13 Jan 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/297/16-table-ronde/</guid><description>&lt;p&gt;15 mois avant les prochaines élections présidentielles, la situation politique s’est encore détériorée depuis les élections législatives anticipées : une Assemblée nationale sans majorité, un président de plus en plus impopulaire, discrédité et impuissant, une extrême droite toujours très haute dans les sondages et loin devant les autres courants politiques, une gauche très divisée, loin de la dynamique unitaire qui avait permis la victoire relative du NFP en 2024.
Face à cela, quel positionnement du syndicalisme et d&amp;rsquo;abord de la FSU ?
La FSU, dans l&amp;rsquo;urgence du moment, avait au printemps 2024 décidé d&amp;rsquo;une implication sur le champ électoral, avec un soutien aux candidatures qui se reconnaissaient dans le programme du NFP, sans que cela rencontre de désaveu parmi les adhérent·es. Pour les présidentielles, la FSU doit-elle, considérant la gravité de la menace pour la démocratie, peser pour une unité de la Gauche, au risque d’importer ses divisions dans l’organisation syndicale, ou s’en tenir à une mise en avant de ses revendications afin d’influer sur les programmes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Caroline Chevé : l’importance de l’échéance présidentielle ne doit pas nous faire oublier les enjeux des prochaines élections municipales, avec la menace de l’arrivée de l’extrême droite aux premières responsabilités. Le risque existe que cela annonce la configuration de la présidentielle. Le RN ne fait pas mystère de jouer une carte importante dans ces municipales, d’autant que la division de la Gauche constitue un élément favorable à cet objectif. La question des municipales permet de mener une approche syndicale de la question politique, car l’élection de municipalités a des conséquences directes et concrètes sur les intérêts matériels et moraux des agents et des agentes, la qualité des services publics, notamment. La FSU est donc légitime à s’exprimer, si possible dans un cadre unitaire, avec d’autres syndicats, des associations, sur les conséquences possibles de victoires du RN ou d’autres équipes d’extrême droite aux élections municipales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul Devin : dans un contexte qui se caractérise depuis plusieurs mois par une incapacité politique de fixer des orientations budgétaires, et par la poursuite de la montée de l’ED, quelle est la responsabilité du mouvement social ? Ce qui handicape la Gauche est la faiblesse d’alternatives crédibles pour les travailleurs et travailleuses qui puissent, au-delà de la désespérance du moment, donner une perspective d’espoir de transformation sociale. La Charte d’Amiens de 1906 ne fabrique pas une séparation totale entre politique et syndical mais affirme la légitimité du mouvement syndical à produire une pensée de transformation sociale autonome du champ politique partisan. Il s’agit donc de produire un discours syndical en direction de la Gauche pour favoriser la reconstruction d’un projet d’espérance. Quelques mois avant sa création, le NFP était peu probable, donc la division de la Gauche n’est pas inéluctable. Il ne saurait être question pour la FSU de paraître trier entre les composantes de la Gauche, de confondre démarche politique et implication partisane, d’importer des tensions internes parmi nos adhérent·es.
Julien Fonte : la première tâche du syndicalisme et de la FSU est de s’adresser aux travailleurs et travailleuses, le meilleur message à envoyer est de développer le syndicalisme de transformation sociale, de travailler à l’unité du monde du travail sur des bases communes. Il s’agit donc de s’adresser d’abord à nos collègues. C’est sur cette base légitime que nous pourrons dialoguer avec les partis de Gauche pour construire un projet politique rassembleur. Pour la FSU Territoriale, un travail spécifique avec telle ou telle composante de la gauche ou un engagement dans les débats stratégiques internes de la Gauche risque de diviser le syndicalisme donc de l’affaiblir. La FSU Territoriale est très vigilante devant les élections municipales, car les maires sont parmi nos principaux employeurs, avec des conséquences directes sur les conditions d’exercice du syndicalisme, même si les pratiques répressives ne constituent pas toujours une spécificité de l’ED. La ligne de la FSU Territoriale est d’abord l’unité chez les collègues, condition préalable à toute démarche en vue de porter l’idée d’unité chez les politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sophie Vénétitay : comment se poser sereinement la question de l’unité de la Gauche à l’approche des élections tout en conservant notre indépendance vis-à-vis du politique, un acquis non négociable pour la FSU ? La réponse à cette injonction contradictoire ne peut être que complexe. Il s’agit de partir de la réalité de la menace de l’ED, d’approfondir l’analyse de ce qui fait sa force, du fait qu’elle est aujourd’hui plus difficile à combattre. Nous pouvons faire l’hypothèse qu’elle se nourrit de l’insuffisance des réponses du monde politique mais aussi du champ syndical. L’ED propose une vision de la société et des rapports sociaux de production que beaucoup d’autres organisations, politiques ou syndicales, ne proposent plus. Le syndicalisme est en difficulté pour capter un salariat en proie à des mutations profondes, et pour porter une autre vision de la société. Cela l’ED le fait très bien. La division de la Gauche, sur fond d’enjeux électoraux et de débats parlementaires opaques au plus grand nombre renforce cette menace. La force du syndicalisme a toujours été de rassembler le monde du travail, et nous savons encore le faire comme l’a montré la défense du droit à la retraite, sur le partage des richesses, nous avons su construire et préserver une unité. Mais il nous faut prendre la mesure de la gravité de la situation politique, avec une ED aux portes du pouvoir face à laquelle notre combat historique est en difficulté.
Notre force repose aussi sur notre capacité à parler et rassembler les collègues pour ensuite interpeller les partis de Gauche. Je suis frappée de voir à quel point le discours de la Gauche sur l’éducation est très pauvre, même chose sur le rôle social des enseignant·es, et du système éducatif : l’absence de toute dynamique de pensée ambitieuse sur l’école contribue à faire le lit de l’ED. Le contexte politique est donc une question syndicale. En FSU ou dans un cadre plus large, comment, tout en demeurant sans ambiguïté sur le respect de notre indépendance, s’adresser aux partis de Gauche ? Comment combatte ensemble l’ED ? Bref comment mettre la Gauche devant ses responsabilités ? Un appel clair à l’unité de la Gauche me semble à ce stade inapproprié, trop difficile avant les municipales et les primaires éventuelles. La question est donc prématurée mais cela ne doit pas nous empêcher de nous adresser aux partis, notamment de gauche et hors ED pour faire connaître nos revendications. lll
lll Aurélie Gagner : le combat, vital, contre l’ED nécessite d’embarquer nos collègues ou les réembarquer. N’oublions pas que près de 20% enseignant·es aux dernières élections présidentielles avaient voté pour un ou une candidate d’ED, chiffre très inquiétant dans des professions naguère acquises à la Gauche. On ne peut, en tant que syndicalistes, s’y résigner. D’où la nécessité de redonner du sens politique à la démarche syndicale, tout en tenant compte des évolutions des personnels. Dans le premier degré, 30% des collègues en exercice sont issus de la reconversion professionnelle, avec donc une connaissance du monde du salariat privé. Nous devons donc mieux expliquer notre défense des services publics, réaffirmer ce que nous portons comme projet global de transformation sociale. Sans nos collègues, nous ne pouvons peser dans le débat électoral. Notre tâche première reste de nous adresser aux partis politiques à partir de notre projet fédéral, notamment pour l’École. Par ailleurs le NFP a été fondé dans un moment critique, cela peut se reproduire, mais ce n’est pas à nous de le proposer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bruno Lévéder : la Charte d’Amiens comportait en effet l’idée d’une « double besogne » du mouvement syndical, en 1906 la CGT, c’est-à-dire d’une part la défense quotidienne des intérêts matériels et moraux des travailleurs et d’autre part la construction d’une alternative progressiste à l’exploitation capitaliste. Si la période historique a changé, il nous revient toujours la tâche d’articuler les luttes revendicatives avec la perspective d’une société de justice sociale, de solidarité, de respect des droits humains, notamment par la « démocratie jusqu’au bout » pour reprendre l’expression de Jaurès. Le XXe siècle s’est achevé par l’échec des grandes constructions d’ensemble qui mobilisaient à une échelle de masse espérances, convictions et engagements militants. Elles n’ont pas aujourd’hui été remplacées. Ainsi, si nous parvenons syndicalement, notamment sur les questions de Fonction publique, à pointer les dérives engendrées par le néo libéralisme, nous n’avons plus pour le moment la capacité de l’inscrire dans la cohérence d’ensemble d’une perspective politique émancipatrice. À cette aune, nous serions évidemment beaucoup plus forts pour défendre une fonction publique renforcée, rénovée, car structurante dans une telle perspective. Pour autant la FSU a évidemment raison de dénoncer sans attendre les logiques et les pratiques managériales d’individualisation des carrières ou du rapport au travail. Le néolibéralisme produit des effets culturels sans doute sous estimés dans notre construction revendicative, même si nous les identifions, les dénonçons globalement. Pourtant ceux-là participent à nourrir le vote d’extrême droite parmi les agent·es et les usager·es.
Le syndicalisme (hormis quelques organisations) cherche à tenir évidemment son rôle dans la lutte contre l’ED. Pas de sujet là-dessus ! Mais en termes de perspective politique le travail doit continuer pour qu’elle soit la plus nourrie possible : nous ne pouvons que constater la faiblesse du programme du NFP sur la FP, elle est un des avatars du recul de la pensée à gauche. Dans un contexte où le débat public sur la fonction publique est pollué de tous les poncifs néolibéraux, la FSU doit poursuivre la réaffirmation que la question statutaire n’a rien de corporatiste mais constitue une garantie démocratique pour les citoyen⋅nes. Le calendrier ne rend pas la chose simple, entre approche des élections professionnelles, municipales et présidentielles voire législatives. Ceci pose des questions tactiques importantes qu’il convient de réfléchir collectivement au sein de la FSU, dans toutes ses composantes : comment portons-nous les revendications dans une cohérence à même de nourrir les débats politiques et opposer une approche progressiste, rompant avec le néolibéralisme et conjurant le péril d’extrême droite ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Caroline Chevé : la culture syndicale de la FSU la conduit à viser la transformation sociale au sens radical d’une société entièrement affranchie de toutes formes d’exploitation ou de domination, sans jamais l’opposer à l’exigence d’obtenir des améliorations pour le monde du travail ici et maintenant, à tous les niveaux. Les syndicats sont porteurs d’une responsabilité fondamentale dans la vie démocratique dans la mesure où celle-ci n’est pas que politique mais aussi sociale. Notre rôle revendicatif, de mobilisation sociale, ne disparaît pas au moment des échéances électorales. Notre responsabilité est donc de rendre possible l’expression par les travailleurs et travailleuses de leurs revendications, d’élever le niveau de conscience collectif, de rassembler dans le syndicat, dans la mobilisation et, dans le contexte électoral, de peser sur les programmes politiques.
Cela ne veut pas dire les écrire mais convaincre les acteurs politiques d’une part du bien-fondé des revendications et d’autre part de ce qu’elles sont massivement partagées par les travailleur·euses. C’est sur cette base que le syndicalisme, de la place qui est la sienne, peut contribuer à des dynamiques politiques favorables aux intérêts du monde du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis par Valérie Poyet&lt;/p&gt;
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&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Mon tour de Gaule</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/297/19-tour-de-gaulle/</link><pubDate>Mon, 12 Jan 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/297/19-tour-de-gaulle/</guid><description>&lt;p&gt;Entretien avec
Philippe Martinez
Ancien secrétaire général de la CGT
(2015-2023)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : ton livre est, pour partie, un tour de Gaule d&amp;rsquo;entreprises dans lesquelles tu t&amp;rsquo;es rendu pour soutenir les salarié·es en lutte, et les écouter.
Quel regard portes-tu sur le monde de l&amp;rsquo;entreprise en France, notamment dans les relations entre dirigeant·es et salarié·es ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philippe Martinez : j’évoque des entreprises en lutte où je suis allé et dont les salariés se battent, avec des méthodes différentes pour maintenir l’activité et l’emploi. J’ai pu, toutes ces années, y constater un monde du travail qui souffre, dans le privé, mais aussi dans le service public. Les agent·es y sont en relation directe avec les citoyen·nes et souffrent notamment d’être dans l’incapacité, faute d’effectifs, de rendre le meilleur service possible. L’ouvrier·e qui fabrique des automobiles ne voit jamais ceux qui en achètent, mais les enseignant·es sont au contact des élèves, de leurs parents, le ou la soignant·e des malades, l’agent·e d’accueil d’une administration publique est en première ligne… Tout ceci est nié par les directions d’entreprise, mais aussi par l’État employeur, au nom de la verticalité des prises de décision. Est-il populiste de constater que les énarques qui rédigent protocoles et notes de service, sont en complet décalage avec ce que vivent les travailleurs et travailleuses au quotidien ? Les objectifs financiers ont pris le dessus sur les objectifs d’amélioration technique du savoir faire.
Dans mon entreprise du groupe Renault qui compte 5 000 salarié·es, essentiellement des cadres, technicien·es, ingénieur·es, on a compté en 2022 près de 10% de démissions, des gens qui ne supportaient plus le travail imposé, loin de leurs attentes et de leurs savoirs. Le syndicalisme n’est globalement pas le bienvenu dans les entreprises, avec des différences en fonction des histoires particulières, mais les ambiances de travail dans les services publics ressemblent de plus en plus au privé : à l’hôpital de Nîmes, la direction a préféré m’opposer des vigiles afin de m’empêcher d’entrer pour discuter avec les personnels… Un ou une syndicaliste devrait pouvoir être accueilli·e aussi aisément dans une entreprise que lorsqu’il s’agit de politiques ou de ministres. Globalement, le dialogue social relève de la communication, du slogan. Les dirigeant·es des grandes entreprises et le pouvoir, à commencer par Emmanuel Macron, considèrent que le dialogue ne doit se tenir que sur la base de leurs propositions, le syndicalisme ne serait bon qu’à accompagner leurs décisions, en aucun cas à les contester ou à poser des alternatives, d’où un dialogue contraint, notamment par des let-tres de cadrage. Les choses peuvent être différentes dans les PME ou les TPE en raison de la proximité patron - salarié·es et de leur connaissance du travail dans leur entreprise.
Enjeux-UA : ton regard sur le monde politique, à commencer par Emmanuel Macron, mais aussi sur la Gauche politique, est assez sévère : pourrais-tu préciser les raisons de ce regard critique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philippe Martinez : on est toujours plus sévère avec celles et ceux dont on attend quelque chose. Mon engueulade avec Marie-George Buffet, alors ministre PC des sports dans le gouvernement Jospin, est une réalité. Je suis de gauche, mais il faut savoir se dire les choses. La montée du RN s’explique aussi par une désillusion vis-à-vis de gouvernements de gauche qui n’ont pas fait ce qu’ils avaient dit. Ainsi, la victoire de 1997 se situait dans le contexte d’un vaste mouvement social contre la fermeture du site automobile de Vilvorde, Jospin s’était engagé à la sauver mais la résignation politique a prévalu, puis Hollande a aggravé la situation. De tels renoncements de la gauche font monter le RN parmi les salarié·es, le maire d’Hayange (57) a été un militant CGT. Le décalage se creuse entre le monde du travail et des représentant·es politiques qui en sont de plus en plus déconnecté·es. Les partis politiques ne sont plus présents dans les entreprises, or dans ma jeunesse il existait dans mon usine des sections PS, PC voire RPR. Cette déconnexion n’est pas sans conséquences sur les décisions prises. Macron peut ainsi t’expliquer doctement la vie d’un·e salarié·e ou d’un·e fonctionnaire sans du tout la connaître… Mais il n’a pas le monopole de ce comportement. Cependant il ne faut pas revenir à des syndicats courroies de transmission des partis, comme Jean-Luc Mélenchon semble en être nostalgique. Les salarié·es nous ont fait payer cher, après 1981, le fait de paraître oublier les revendications syndicales au profit du seul soutien au programme commun de gouvernement. Notre syndicalisme n’est pas celui de l’Allemagne ou des EU, avec des liens de proximité avec le SPD ou les Démocrates. Je suis favorable à un syndicalisme d’adhésion, pourquoi pas de services rendus aux salariés, dans l’accès au logement ou à la culture, si importante, mais aussi de revendication et d’engagement. D’ailleurs notre capacité, en dépit d’adhérent·es trop peu nombreux, à engager des mobilisations de masse reste objet de perplexité et d’envie dans beaucoup de syndicats européens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : tu n’abordes que très peu les relations de la CGT avec les autres OS. Les divisions et l&amp;rsquo;émiettement syndical te paraissent-ils insurmontables ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philippe Martinez : Le livre s’adresse d’abord au grand public, celui qui ne connaît de fait que la CGT et la CFDT, 2023 a été un moment important car nous avons su maintenir une unité syndicale totale dans la durée. Avec la FSU et Solidaires, nous avons su, dans le cadre de l’Alliance écologique et sociale, sortir de nos champs syndicaux pour travailler ensemble. J’ai été clair au congrès de la FSU à Metz (2022) sur la nécessité de se rassembler, la France compte trop de syndicats et pas assez de syndiqué·es, le monde du travail a besoin d’unité et de regroupement, les adhérent·es doivent décider de l’avenir. Beaucoup de choses se font déjà dans les départements, des listes communes sont montées, le travail en commun existe depuis longtemps entre CGT et FSU, déjà à l’époque de Bernard Thibault et de Gérard Aschieri. Je suis favorable au renforcement de ce travail pour aller vers la réunification de nos deux organisations. On travaille ensemble sur des questions où on ne nous attendait pas, au-delà des manifestations et des grèves, des jalons ont été posés avec la FSU pour, par exemple, ne pas opposer travail et environnement, un tournant important, voire historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis par Matthieu Leiritz&lt;/p&gt;
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&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Retour sur la « Convention citoyenne sur les temps de l’enfant », un rendez-vous manqué</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/297/20-convention/</link><pubDate>Sun, 11 Jan 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/297/20-convention/</guid><description>&lt;p&gt;Le rapport de la Convention citoyenne sur les temps de l’Enfant, présenté le 23 novembre 2025, s’ouvre par la question posée dans la lettre de saisine : « Comment mieux structurer les différents temps de la vie quotidienne des enfants afin qu’ils soient plus favorables à leurs apprentissages, à leur développement et à leur santé ? »
Parmi les 20 propositions formulées, il en est que l’on ne peut qu’approuver, comme la nécessité d’un plan d’investissement massif en Éducation, motivé par le constat d’un sous-investissement chronique du champ de l’enfance. Mais d’autres préconisations posent d’autant plus problème qu’elles passent à côté d’une compréhension des véritables enjeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une question mal posée, des ressources
problématiques&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des participant·es à la Convention des temps de l’enfant ont pu mal recevoir les critiques formulées à l’encontre de certaines propositions. Agathe Hamel notamment, qui démarre son premier mandat comme conseillère au CESE (élue présidente de la Délégation aux droits des femmes et à l&amp;rsquo;égalité) a estimé que « questionner la légitimité de la convention est un signe de mépris », particulièrement envers les mouvements de jeunesse qui y ont participé.
Mais comme l’a rappelé Jean-Yves Rochex à l’OZP le 3 décembre dernier, « on ne traite pas des problèmes réels avec des questions mal posées ». Si le chercheur a rappelé la tendance à la diminution du temps scolaire dans l’histoire relativement récente, passé pour le 1er degré de 30 heures à 27 heures par semaine, puis à 24 heures avec la suppression du samedi matin, ce qui ne peut que porter préjudice à celles et ceux qui n’ont pas d’autres ressources que l’école pour les apprentissages scolaires, J.Y. Rochex a également précisé que, dans les comparaisons internationales, le nombre d’heures d’enseignement n’est corrélé ni au niveau de performance ni au niveau d’équité des systèmes éducatifs.
Il a pointé, par contre, les inégalités en augmentation dans notre pays avec maintenant 9,8 millions de personnes, soit 15,4% de la population, sous le seuil de pauvreté. Et dénoncé le fait que, à la question des inégalités, n’ont été proposées comme pistes de réponses aux membres de la Convention que des facteurs externes (conditions de vie etc.).
Aucun didacticien et aucun sociologue n’a été auditionné à part Jean-Yves Rochex (entendu par une seule commission, pas même en plénière). De même, le socle documentaire fourni comme première clés de compréhension aux conventionnaires a été « d’une indigence remarquable » selon le chercheur, avec un contenu partiel et partial limité à la chronobiologie et aux neurosciences. Ainsi, la Convention a-t-elle été orientée vers la thématique de la fatigue, avec le présupposé que les élèves seraient trop fatigués parce qu’on voudrait trop leur apprendre.
J.Y. Rochex a rappelé que l’école n’est « pas au service des élèves mais au service d’une certaine société », que le processus d’apprentissage doit faire émerger de nouveaux besoins (Paul Fraisse), que l’école ne peut en aucun cas n’être pensée qu’en termes d’« adaptation aux besoins des élèves ».
Des propositions qui, pour certaines,
aggraveraient les inégalités scolaires&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;À la lecture des propositions de la Convention, on peut s’étonner que la principale référence des rédacteur·trices soit la chronobiologie pour finalement trouver que l’après-midi ne doit plus être consacrée aux apprentissages complexes (appelés « théoriques »), alors même que le 2e moment de concentration (dit « pic de vigilance ») identifié dans la journée démarre en milieu d’après-midi.
Mais, plus important que cette contradiction, on lit surtout que les conventionnaires ont souhaité agir sur les bornes temporelles de la journée de classe, sans travailler sur les endroits où se nouent / où se jouent les inégalités scolaires. Cela s’explique pour beaucoup par l’absence totale d’apports de la sociologie des apprentissages : rien par exemple pour nourrir la réflexion sur le rapport au langage des enfants, sur leur rapport aux savoirs, rien sur l’enjeu de la « secondarisation » qui permet le passage de la tâche effectuée au savoir à construire…
De ce point de vue, la proposition de séparer apprentissages théoriques (réservés au matin) et pratiques (l’après-midi) est un non-sens. Les apprentissages se caractérisent en effet par un va-et-vient entre manipulation des objets scolaires et conceptualisation de ces objets. De plus, la proposition repose sur l’idée que certaines disciplines seraient plus ou moins théoriques ou pratiques alors que les didactiques disciplinaires rappellent que chaque discipline imbrique ces deux aspects. Pour le 1er degré, on voit bien que cette proposition, particulièrement problématique, aggraverait encore le tournant du pilotage pédagogique depuis Blanquer, avec un morcellement d’activités « techniques » qui complique l’accès au sens pour les enfants les plus éloignés de la culture écrite.
À ce sujet, il est frappant de voir une Convention s’interroger sur le temps scolaire, alors même que les nouveaux programmes de maternelle et d’élémentaire rendent le temps de l’école intenable pour de nombreux élèves : des objectifs chiffrés à toutes les pages imposent un rythme qui peut être délétère, et découpant par ailleurs les savoirs à construire d’une manière qui ne peut que créer des malentendus sur les activités prescrites.
Enfin, cette proposition de séparer les apprentissages théoriques et pratiques ouvre la voie à un contrôle d’une partie du temps scolaire par divers « partenaires », ainsi qu’à l’externalisation d’une partie de l’enseignement comme les apprentissages artistiques et l’EPS. En effet, les apprentissages de l’après-midi seraient confiés à un « PEDT “nouvelle génération” ayant pour missions d’ “assurer la convergence des visions et des objectifs entre tous les acteurs.” C’est le comité de pilotage du PEDT (composé des représentants des collectivités, de l’Éducation nationale, des associations d’éducation populaire, des médiathèques, des clubs de sport, des centres sociaux, des parents d’élèves) qui organise la mise en œuvre du volet “apprentissages pratiques”, pilote le vivier d’intervenants, fait remonter au niveau national les bonnes pratiques…
Conclusion (provisoire)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux dernières annonces, le ministre de l&amp;rsquo;Éducation nationale Édouard Geffray reporte le débat : &amp;ldquo;La question des rythmes scolaires ne peut pas se régler pour la rentrée 2026. C&amp;rsquo;est à mon sens un vrai débat pour la présidentielle de 2027&amp;rdquo;, a-t-il précisé.
La FSU a donc devant elle la nécessité d’échanger suffisamment avec les interlocuteurs politiques, mais aussi localement avec les maires, les associations de parents d’élèves, les associations complémentaires de l’école, pour partager son projet d’une culture commune, ses revendications pour une école réellement égalitaire et émancipatrice, et sa conviction qu’on ne gagne rien à mélanger les rôles et les responsabilités. De nombreuses confusions sont à lever pour éviter des incompréhensions et des tensions qui ne serviraient que le camp le plus réactionnaire au final.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rachel Schneider, FSU-SNUipp&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
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&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Les mots du néolibéralisme</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/297/22-neolib/</link><pubDate>Sat, 10 Jan 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/297/22-neolib/</guid><description>&lt;p&gt;« Enjeux » entame une série d’articles interrogeant dix mots du néolibéralisme et leur sens au regard des politiques gouvernant les services publics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;RATIONALITÉ&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le néolibéralisme est une « nouvelle raison du monde ».
Pour imposer son emprise sur notre système de valeurs et de représentations, il s’affirme comme capable d’une nouvelle appréhension rationnelle du réel qui permettrait de conclure à la nécessité d’étendre ses principes de gouvernance, fondés sur l’économie de marché, sur l’ensemble des activités humaines.
Cette rationalité entend imposer sa logique aux services publics en affirmant qu’elle peut les rendre plus efficaces grâce aux principes de la concurrence et de la rentabilité. Dans ce but, sous couvert de lisibilité et de transparence, un nouveau paradigme budgétaire (LOLF, 2001) a fixé une logique d’organisation des dépenses en fonction de résultats à atteindre et non plus par l’attribution de moyens.
Et c’est pour rompre avec des politiques jugées insuffisamment rationnelles, que s’est engagée une réforme de l’État dite « révision générale des politiques publiques » (RGPP, 2007) dont l’ambition est de « mieux dépenser » l’argent public, c’est-à-dire, en fait, de se donner les outils d’une politique de réduction des dépenses publiques, tour à tour appelée rigueur ou austérité budgétaire.
Le néolibéralisme permet l’intrusion des intérêts marchands dans les services publics, l’utilisation des normes du droit privé pour les gouverner et le recours aux cultures managériales de l’entreprise pour les administrer. Il exige des acteurs des services publics une adhésion à sa doxa : rationnels et compétitifs, ils doivent admettre les bienfaits de la concurrence, être désireux d’augmenter leurs performances et aspirer à une reconnaissance de leurs mérites.
Le néolibéralisme renonce à la conception d’une action publique qui permet l’intervention de l’État pour atténuer les effets inégalitaires de l’économie capitaliste. Il considère l’État-providence comme un modèle rigide et archaïque, défavorable à la croissance et au profit des entreprises. Ainsi, le néolibéralisme « sous prétexte de la neutralité de l’État et de l’autonomie de l’individu revient à naturaliser les inégalités et à légitimer les différences de situation de fait en les attribuant aux différences de mérite. »
MANAGEMENT&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au nom d’une meilleure efficacité des services publics, une nouvelle culture managériale, le Nouveau Management Public (NMP), a été importée de l’entreprise privée, dans les années 1980, pour gouverner les services publics. Elle rompt avec une conception traditionnelle de l’administration qui était fondée sur la mise en œuvre d’actions dont la conformité avec le cadre réglementaire garantissait la finalité. Cette conception traditionnelle, désormais jugée comme témoignant d’une incapacité de l’État, organisait un pouvoir hiérarchique « impersonnel » régi par une rationalité juridique auquel le NMP substitue un pouvoir « charismatique », régi par une rationalité managériale.
Le NMP se fonde sur la mesure des résultats de l’action dont il prétend être capable par une vision juste et objective du réel. La mise en concurrence des acteurs, par la comparaison (benchmarking) des pratiques et de leurs effets, est censée constituer le fondement d’un progrès pour l’action. Pour que cette concurrence puisse porter ses fruits, il faut qu’elle soit perçue comme capable d’engendrer des avantages individuels : pour ce faire, le NMP rompt avec les règles statutaires habituelles de la Fonction publique et introduit des systèmes d’avancement et de rémunération au mérite, des attributions de postes « profilés », des règles de gestion des ressources humaines « personnalisées ».
Convaincu de sa capacité transversale à améliorer l’ensemble des domaines de l’action publique, le NMP relativise la spécificité professionnelle des différents métiers pour lui préférer des mises en œuvre procédurales et des prescriptions méthodologiques. Car sous un discours qui promet la liberté et l’initiative des agents, le NMP s’avère souvent injonctif.
Non seulement le NMP est loin d’avoir fait la preuve de sa capacité à produire une plus grande efficacité de la Fonction publique mais il se révèle davantage destiné à une réduction des coûts qu’à une amélioration de l’action. En transformant la nature même du travail de l’agent public, en l’asservissant à des impératifs budgétaires plutôt qu’à ses finalités, en personnalisant les liens hiérarchiques, le NMP a multiplié les situations de conflits et de souffrances au travail avec toutes leurs conséquences psychosociales. Du point de vue des travailleuses et des travailleurs : inutile et désagréable !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul Devin&lt;/p&gt;</description></item><item><title>1880-1905 : séculariser l'école et la société</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/297/23-1905/</link><pubDate>Fri, 09 Jan 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/297/23-1905/</guid><description>&lt;p&gt;En mars 1850, la droite conservatrice et réactionnaire avait, par la loi Falloux, soumis l’école au contrôle clérical et lui avait donné la mission « de graver profondément dans les âmes [des enfants] le sentiment de leurs devoirs envers Dieu ». Ainsi, c’est sous l’emprise croissante des congrégations que l’école publique s’était développée sous le Second Empire et que les enthousiasmes républicains des instituteurs de 1848 avaient été tus.
En septembre 1870, au retour de la République, il importe de rompre avec une telle politique d’autant que la fragilité du nouveau régime nécessite de conforter ses idéaux et réclame une nouvelle conception de la vie publique fondée sur la laïcité et, donc, capable de se départir de la domination cléricale pour affirmer « que les sociétés humaines ont le droit d’exister par elles-mêmes, qu’elles tirent de leur propre sein leurs éléments de vie, qu’elles portent en elles leurs lois régulatrices ». Loin de la tutelle morale et politique de la religion, il faut convaincre que « l’humanité peut grandir par la vertu même de l’idéal suscité par elle »
Pour nombre de républicains, parmi lesquels Edgar Quinet, Félix Pécaut, Paul Bert, Jules Ferry, Jean Jaurès, Ferdinand Buisson… et bien d’autres, l’attachement à la liberté de conscience ne doit pas se confondre avec l’acceptation d’un cléricalisme antirépublicain et de sa mainmise sur l’école.
Il importe donc de soustraire les écoles publiques à l’influence de l’Église pour que la République soit « l’institutrice du peuple », condition essentielle pour pérenniser les valeurs républicaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La séparation de l’Église et de l’école&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est vingt-cinq ans avant la loi de 1905, que la sécularisation de l’école commence à devenir une réalité. Jules Ferry espère mener la réforme dans l’apaisement des conflits, en maintenant la liberté de l’enseignement : la sécularisation n’impliquera pas le monopole.
La création des écoles normales primaires, en 1879, permet de former les enseignants aux fondements laïques des évolutions institutionnelles. Mais l’essentiel des réformes vise à diminuer l’influence de l’Église sur l’école publique. En février 1880, les membres du clergé sont exclus du Conseil supérieur de l&amp;rsquo;instruction publique et des conseils académiques. En mars 1880, les congrégations enseignantes qui ont refusé de se soumettre au régime d’autorisation sont expulsées. En mars 1882, la loi écarte des programmes scolaires l’enseignement de tout dogme. Mais en novembre 1882, la présence du crucifix dans la classe est laissée à l’appréciation du préfet censé décider en fonction du « vœu des populations », ce qui sera jugé par certains républicains comme un inacceptable atermoiement.
La ligne pragmatique de Ferry se traduit, suite à la première « guerre des manuels » (1882-1883), par sa Lettre aux instituteurs : s’il rappelle l’impérative distinction entre « les croyances qui sont personnelles, libres et variables et les connaissances qui sont communes et indispensables à tous », il demande aux enseignant·es de renoncer à d’éventuelles arrière-pensées idéologiques pour ne viser qu’à « rendre les enfants plus instruits et meilleurs ».
En octobre 1886, la loi Goblet parachève cette décennie de laïcisation scolaire en sécularisant le personnel enseignant des écoles publiques. lll&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;lll Jules Ferry espérait le ralliement des catholiques. Mais leur résistance pour maintenir leur pouvoir, leurs proximités avec les idées réactionnaires, leurs propagandes antirépublicaines, leurs positions antisémites lors de l’affaire Dreyfus vont, au contraire, renforcer la vision d’une irrémédiable opposition entre le progrès républicain et la religion.
Cette vision fédère une partie des républicains autour d’une conception anticléricale voire antireligieuse de la laïcité. Elle incite les radicaux, Émile Combes en tête, à engager une lutte contre les congrégations qui se traduit essentiellement, en juillet 1904, par une interdiction légale d’enseignement. De très nombreuses écoles congrégationnistes ferment, des religieux prennent la route de l’exil en Espagne ou au Canada, d’autres font le choix de se séculariser pour continuer à enseigner. Les mesures prises entraînent la rupture des relations diplomatiques entre la France et le Vatican.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour Ferdinand Buisson, Jean Jaurès, Aristide Briand et bien d’autres, cette radicalité menace l’unité républicaine. C’est pourquoi, ils veulent rompre avec la logique de l’anticléricalisme radical des premières années du XXe siècle, considérant que la « laïcité intégrale » de Combes menacerait la liberté de conscience. Et une telle crainte se trouve accréditée par l’« affaire des fiches » qui témoigne d’une surveillance des opinions et pratiques religieuses des officiers par le gouvernement Combes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aristide Briand estime nécessaire d’ouvrir une autre voie : celle d’une conception de la séparation des Églises et de l’État qui soit capable de rétablir la concorde nationale et de mettre fin à la « guerre des deux France ». Et c’est d’autant plus nécessaire pour Jaurès, que la résolution de la question cléricale est une condition de la politique sociale, pour « que la démocratie puisse se donner tout entière à l&amp;rsquo;œuvre immense et difficile de réformes sociales et de solidarité humaine que le prolétariat exige ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi de 1905&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fallut de longs débats pour parvenir à la loi de séparation de 1905 notamment parce qu’une part des socialistes considère que la religion est « le plus grand moyen qui reste encore entre les mains de la bourgeoisie et entre les mains des capitalistes pour conserver le travailleur dans un état de dépendance économique » et qu’il faut prendre des mesures radicales pour « que l’Église, danger politique et danger social, soit combattue de toutes les façons ». Les guesdistes considèrent que la laïcisation ne va pas assez loin : « La prétendue laïcisation de l&amp;rsquo;école dont se targue la république bourgeoise n&amp;rsquo;est que la substitution d&amp;rsquo;une religion à une autre. C&amp;rsquo;est la foi capitaliste qu&amp;rsquo;il s&amp;rsquo;agit de mettre en lieu et place de la foi chrétienne, pour la plus grande sécurité et le plus grand profit de nos exploiteurs économiques et politiques ».
Récurrent débat entre Jules Guesde qui dénonce une école bourgeoise en contradiction avec les valeurs universalistes qu’elle proclame et Jean Jaurès qui fait le pari des effets de transformation sociale d’une instruction rationnelle et émancipatrice, au-delà des contradictions du moment.
Maurice Allard ne peut admettre qu’il faille, après trente années de « combat décisif contre l’Église », céder aux volontés conciliatrices de Briand pour accepter de perpétuer « une société religieuse qui devient forcément un danger véritable quand elle est animée d&amp;rsquo;un esprit essentiellement hostile à tout progrès ».
Quant aux libertaires, ils n’acceptent aucune concession au principe énoncé par la Commune de 1871 d’une suppression de l’instruction religieuse dans les établissements financés par l’impôt.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aristide Briand prend un autre parti qu’il argumente dans un long rapport préparatoire et qui constitue la ligne directrice de ses interventions au long des débats parlementaires : « rendre réelle la liberté de conscience » mais « accorder à l’Église […] la pleine liberté́ de s’organiser, de vivre, de se développer selon ses règles et par ses propres moyens, sans autre restriction que le respect des lois et de l’ordre public. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en résulte les deux principes fondamentaux de la loi du 9 décembre 1905 : pour les citoyens, la liberté de conscience et de culte ; pour l’État, les obligations visant à garantir l’égalité des citoyen·es quelle que soit leur religion en ne subventionnant aucun culte et en garantissant la neutralité de ses agent·es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Aristide Briand et Ferdinand Buisson, cette volonté d’apaisement doit être capable de mettre fin aux conflits dont l’exacerbation pourrait mettre en péril la République. Après dix mois de débat la loi est votée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au vu des compromis obtenus, Briand espérait l’adhésion de l’Église mais le refus clérical de la sécularisation, les campagnes menées contre l’école laïque, les pressions exercées sur les familles, les menaces faites aux ouvrier·es avec l’aide du patronat empêchent l’apaisement souhaité : en témoignent la crise des inventaires (1906), la querelle des manuels (1907) et de multiples harcèlements locaux à l’égard des enseignant·es des écoles publiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La laïcité et le syndicalisme enseignant&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les instituteurs et institutrices, l’anticléricalisme est une réaction aux humiliations subies par des décennies de contrôle et de contraintes imposées par les curés.
Les amicales et les premières organisations syndicales garderont l’empreinte de cet anticléricalisme, parfois mêlée d’idées libertaires qui unissent critique de l’Église et critique de l’État. Mais l’enquête des Ozouf montre que cet anticléricalisme ne se confond pas avec un laïcisme antireligieux et agressif et qu’il lui préfère le conseil de Ferry : ne froissez pas mais parlez hardiment.
Au congrès des amicales de 1901, Combes est chaleureusement applaudi. Mais pour celles et ceux qui défendent un syndicalisme de combat, cette laïcité masque la question du rôle politique de l’instruction : l’école laïque reste une école bourgeoise, perçue comme « une école de classe » dont les « méthodes et programmes constituent un plan d&amp;rsquo;asservissement des masses ». Et, dans les premières décennies du XXe siècle, si le mouvement syndical soutient l’école publique laïque, ce n’est pas tant pour ses vertus propres que parce qu’il « convient, en se plaçant sur le terrain de la réalité, de défendre l&amp;rsquo;école laïque par rapport à l&amp;rsquo;école confessionnelle qui, en plus du bourrage de classe, est une vaste entreprise d&amp;rsquo;obscurantisme et de résignation ».
En 1905, la principale revendication du mouvement syndical enseignant reste celle du droit à se syndiquer, aspiration pensée comme liée à la lutte laïque mais qui refuse de se satisfaire de la seule proclamation de la laïcité : au-delà de l’énoncé discursif des principes, il veut poser la question de la laïcité dans ses dimensions sociales pour viser une égalité réelle : « Pour des instituteurs syndiqués, le moment n&amp;rsquo;est plus à la propagande théorique, mais à la réalisation pratique de la réforme de l’école laïque ».
Une question qui reste vive dans notre temps où bien des instrumentalisations de la laïcité n’ont pas pour effet les seules discriminations liées à une considération inégale des religions, mais aussi l’invisibilisation des inégalités sociales. Inégalités qui devraient pourtant constituer un objet majeur du combat laïc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul Devin, président de l’Institut de recherches de la FSU&lt;/p&gt;
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&lt;/p&gt;</description></item><item><title>L'école publique et la loi de 1905</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/297/25-ecole-publique/</link><pubDate>Thu, 08 Jan 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/297/25-ecole-publique/</guid><description>&lt;p&gt;La loi de 1905 est une loi de liberté précieuse à défendre ardemment. Pour autant elle n’est pas aux fondements de l’école publique.
Cette dernière est devenue laïque un quart de siècle avant la République et la Séparation.
Ses ambitions sont plus vastes que la simple assurance de la liberté de conscience et la séparation des Églises qu’elle met pourtant en œuvre pour l’école publique. Après la gratuité instaurée en 1881, la loi de 1882 rend l’instruction obligatoire et l&amp;rsquo;enseignement public laïque (supprimant l&amp;rsquo;enseignement de la morale religieuse au profit d&amp;rsquo;une instruction morale et civique). Enfin, la loi Goblet de 1886 confie à un personnel exclusivement laïque l&amp;rsquo;enseignement dans les écoles publiques (remplaçant les instituteurs congrégationnistes).
La laïcité scolaire s’est donc construite contre la mainmise structurelle, morale, idéologique de l’Église catholique sur l’enseignement.
Ses ambitions dépassent de loin les seuls objectifs de la loi de 1905 : offrir à toute la jeunesse un lieu de construction du libre arbitre, de l&amp;rsquo;esprit critique, de l&amp;rsquo;émancipation sociale ; aider en son sein la jeunesse à développer la liberté et l’autonomie de jugement comme complément nécessaire à la liberté de conscience, garantir à toutes et tous que leur liberté de conscience et celles de leurs enfants seront pleinement respectées, développer un outil puissant contre toutes les assignations et endoctrinements. La valorisation de la laïcité de la République instaurée par la loi de 1905, ne doit pas faire oublier que l’école publique est fondée sur un projet collectif intellectuel, civique et social qui la précède et la dépasse. Le Front Populaire renforcera la mise en œuvre de ces ambitions avec par exemple la gratuité totale de toutes les classes de la 6e à la Terminale ou les circulaires de 1936-1937 rappelant qu’aucun prosélytisme, d’aucune sorte ne serait être toléré dans l’école publique. La mise en œuvre de la laïcité de l’école publique résulte, au fond, d’un rapport de force permanent dans lequel U&amp;amp;A doit rester lucidement engagé.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Grégory Frackowiak&lt;/p&gt;
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&lt;/p&gt;</description></item><item><title>« L'intersectionnalité n'est pas un luxe » (Kimberlé Crenshaw)</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/297/26-egalite/</link><pubDate>Wed, 07 Jan 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/297/26-egalite/</guid><description>&lt;p&gt;Invitée par la CGT, la FSU et Solidaires lors des Intersyndicales femmes du 4 avril 2025 à Paris, la juriste et théoricienne féministe Kimberlé Crenshaw a livré une intervention d’une force politique rare. Revenant sur la généalogie de l’intersectionnalité, elle a répondu à ses détracteurs tout en montrant combien les échecs à penser ensemble le racisme, le sexisme et les rapports de classe ont préparé le terrain du basculement autoritaire aux États-Unis et bien au-delà.
Loin d’un luxe académique, l’intersectionnalité apparaît ici comme un outil vital pour comprendre et combattre la destruction démocratique en cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une démocratie en état d’alerte&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dès l’ouverture de son intervention, Kimberlé Crenshaw inscrit sa réflexion dans un contexte de crise globale. Elle confie avoir accueilli l’invitation parisienne comme un répit face à la situation politique américaine :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Nous traversons une période de destruction
rapide de normes démocratiques qui étaient largement reconnues comme l’héritage du mouvement des droits civiques aux États-Unis. Cette destruction emporte avec elle l’État de droit, l’architecture même du gouvernement américain et […] l’alliance d’après-guerre qui a structuré la politique mondiale pendant près de trois quarts de siècle. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette destruction, insiste-t-elle, n’est ni soudaine ni accidentelle. À l’image d’un incendie rendu possible par une longue sécheresse, elle résulte de conditions politiques, économiques et idéologiques installées de longue date.
L’embrasement autoritaire, nourri par l’altérisation, c’est-à-dire le processus par lequel des groupes sont construits comme fondamentalement étrangers, menaçants ou indésirables (NDLR), dépasse largement les frontières états-uniennes.
C’est dans ce cadre qu’émerge une question centrale, souvent posée de manière polémique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Qu’est-ce que l’intersectionnalité a à voir avec tout cela ? »
Aux origines d’un concept mal compris&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Crenshaw rappelle que l’intersectionnalité est régulièrement caricaturée comme une politique identitaire abstraite, détachée des réalités matérielles. Or, affirme-t-elle sans détour :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« En réalité, l’intersectionnalité place au cœur de son analyse les dimensions structurelles des inégalités ainsi que les réalités concrètes des violences raciales et genrées. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Née de la rencontre entre le droit antidiscriminatoire issu du mouvement des droits civiques et le féminisme de la deuxième vague, l’intersectionnalité répond à une lacune juridique précise : l’incapacité du droit à reconnaître les discriminations imbriquées. Crenshaw illustre cette impasse par l’affaire emblématique d’Emma DeGraffenreid, employée de General Motors, dont la plainte fut rejetée au motif paradoxal qu’elle cumulait deux critères de discrimination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Pour que la plainte de DeGraffenreid soit juridiquement recevable […], elle aurait dû invoquer une discrimination combinée ; or, selon la Cour, une telle démarche lui aurait conféré un traitement préférentiel non autorisé. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce raisonnement, souligne Crenshaw, a produit un préjudice de second ordre : non seulement la discrimination n’est pas reconnue, mais toute possibilité de réparation est refusée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Violences, migrations et angles morts
politiques&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin de se limiter au monde du travail, l’intersectionnalité s’est révélée décisive pour analyser les violences faites aux femmes. Crenshaw évoque notamment les femmes immigrées confrontées à la barrière de la langue, à la précarité juridique et à la peur de l’expulsion :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Dans ces situations, la xénophobie et le patriarcat se combinaient pour enfermer les femmes sans papiers dans des situations de dépendance et de violence. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces réalités ont mis en évidence ce que Crenshaw nomme l’intersectionnalité politique : lorsque les mouvements féministes et antiracistes, agissant de manière cloisonnée, laissent sur le bord du chemin celles qui se trouvent à leur croisement.
L’échec intersectionnel : de Clarence
Thomas à Trump&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’un des moments les plus marquants de l’intervention revient sur l’affaire Anita Hill contre Clarence Thomas en 1991. Crenshaw y voit un tournant majeur :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Ces attaques intersectionnelles spécifiques sont restées en grande partie sans réponse, Anita Hill se trouvant prise entre un mouvement antiraciste centré prioritairement sur les hommes noirs et un féminisme qui ne parvenait pas à penser le rôle central du racisme. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet affrontement stérile entre féminisme et antiracisme a permis la nomination de Clarence Thomas à la Cour suprême, avec des conséquences durables sur le démantèlement des garde-fous démocratiques. Pour Crenshaw, cet échec intersectionnel éclaire également l’élection de Donald Trump et le traitement différencié réservé à Kamala Harris :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« L’identité de Donald Trump, sa blanchité et sa masculinité lui ont permis de demeurer un candidat crédible bien qu’il ait été […] l’un des moins qualifiés pour exercer cette fonction. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conclusion : un outil pour lutter&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face au retour offensif du fascisme, Kimberlé Crenshaw refuse toute résignation. Elle rappelle que l’intersectionnalité n’est ni un dogme ni une panacée, mais un outil parmi d’autres pour penser et combattre les rapports de pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Pour affronter ce tournant autoritaire, nous avons besoin de l’ensemble des outils à notre disposition, et l’intersectionnalité est l’un d’entre eux. Rien ne garantit que nous l’emporterons. La seule certitude est que, si nous renonçons à lutter, la défaite est assurée. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un monde où les droits sociaux, syndicaux et démocratiques sont méthodiquement attaqués, son appel résonne comme une mise en garde autant qu’une invitation : comprendre ensemble, lutter ensemble, ou accepter de reculer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’intégralité de son intervention sera disponible sur le site UA-FSU.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La collective féministe UA&lt;/p&gt;
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&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Une formation commune CGT-FSU contre l'extrême droite</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/297/28-formation-cgt-fsu/</link><pubDate>Tue, 06 Jan 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/297/28-formation-cgt-fsu/</guid><description>&lt;p&gt;Depuis presque trois ans, la FSU et la CGT travaillent en commun à la construction d’un stage de formation syndicale intitulé « combattre les idées et pratiques de l’extrême droite ». Cette formation s’inscrit dans le cadre du travail initié entre nos deux organisations, récemment matérialisé par la « Maison commune ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un important et exigeant travail d’élaboration commune de cette formation de deux jours s’est terminé en octobre 2025. Une première expérimentation du stage s’est déroulée les 17 et 18 novembre à Lyon, réunissant 10 stagiaires (5 CGT, 5 FSU), animé·es par 2 formateurs (1 FSU, 1 CGT). Une observatrice de la FSU et un observateur de la CGT, ayant participé à la construction de la formation, étaient également présent·es afin de vérifier si la formation est pertinente sur plusieurs aspects et d’y apporter les ajustements nécessaires si besoin. Un deuxième stage « test » aura lieu en janvier dans l’Essonne avant un lancement officiel de la formation au premier trimestre 2026, avec l’objectif qu’elle se déploie le plus largement possible dans les territoires.
Cette formation commune CGT‑FSU vise principalement à outiller concrètement les militantes et militants pour combattre l’extrême-droite, partout où ses idées s’installent. Elle s’inscrit pleinement dans la construction d’une culture commune de transformation sociale entre nos deux organisations. Elle a été pensée, dès le départ, comme un outil concret pour celles et ceux qui, sur leurs lieux de travail comme dans la vie quotidienne, sont confronté·es à des propos ou idées d’extrême droite. Il s’agit d’armer les militantes et les militants pour déconstruire ces discours partout et en toutes occasions : dans une salle des profs, à la machine à café, en réunion d’équipe, mais aussi dans les échanges avec les usager·es des services publics. C’est un travail de fourmi, patient, qui s’appuie sur chaque échange du quotidien pour ouvrir des brèches dans les logiques de repli sur soi, de rejet de l’autre et pour y opposer un horizon de droits, de solidarité et d’égalité.
Les techniques d’éducation populaire
pour ne pas « faire la leçon »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des ateliers pratiques d’éducation populaire ont été intégrés au stage pour permettre de s’entraîner à discuter, argumenter, relancer le débat sans rompre le lien, en partant de situations réelles apportées par les stagiaires. Ces méthodes donnent des outils concrets pour intervenir dans les « petites phrases » du quotidien, là où se banalisent les réflexes de stigmatisation, les amalgames sur les immigré·es, les chômeurs·ses, les jeunes des quartiers populaires, les femmes ou les personnes LGBTQIA+. Il s’agit de montrer que l’extrême droite prospère sur ces fragments de colère et de peur, puis d’y opposer un autre récit, qui met au jour les véritables logiques de domination, responsables des inégalités sociales et des atteintes aux services publics. Tout cela sans donner l’impression de « faire la leçon » ni de tenir un discours méprisant de sachant, ce qui aurait tendance à perdre l’attention et l’adhésion de l’auditoire et à renforcer un entre-soi qu’il est grand temps de dépasser.
La formation est découpée en 4 thèmes :
· État des lieux de l’extrême droite : mieux la connaître pour mieux la combattre.
· Un danger majeur pour la démocratie : identifier la dangerosité réelle du RN.
· L’imposture économique, sociale, écologiste et féministe : comment déconstruire cette imposture.
· Combattre l’extrême droite : comment lutter syndicalement et dans l’unité.
À travers ces quatre axes, les militant·es peuvent non seulement repérer les constantes du projet d’extrême droite (autoritarisme, racisme, remise en cause des droits sociaux) mais aussi en démonter systématiquement les mensonges. La bataille des idées passe donc par une politisation des colères, tournée non pas vers les plus précaires, mais vers celles et ceux qui organisent et profitent de l’ordre social existant.
Les méthodes d’éducation populaire utilisées pendant le stage ont été particulièrement appréciées. Elles ont permis non seulement de s’approprier des contenus politiques, mais aussi de mieux se connaître entre organisations syndicales, de partager des expériences de terrain et de construire des réponses collectives. En travaillant à partir des pratiques militantes, des questions rencontrées dans les services et les entreprises, ces ateliers ont renforcé la confiance et donné envie de poursuivre les échanges. Là encore, le travail de fourmi est central : prendre le temps de revenir sur les interventions ratées, les débats qui ont dérapé, les silences gênés, pour en tirer des outils communs et des gestes concrets de riposte argumentée.
Une formation pour se rapprocher&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derrière l’objectif de lutte contre l’extrême-droite, cette formation a pour ambition d’œuvrer concrètement à la création de la Maison commune, ce qui suppose aussi d’apprendre à nous connaître. Si la CGT et la FSU partagent les mêmes valeurs, nos fonctionnements syndicaux sont divers. Se former ensemble est un moyen de nous découvrir et de créer du lien. Ce premier stage test l’a bien montré : pendant deux jours, les camarades ont pu apprendre à se connaître, prendre conscience de la proximité de nos deux organisations, principalement du côté des valeurs communes mais également dans la détermination partagée de lutter contre toutes les formes de racisme, de discriminations et d’exclusion. Ces deux journées ont également permis de confronter les points de vue, d’éprouver la richesse du débat et de partager des moments conviviaux.
On le sait, ce rapprochement ne va pas de soi, il suppose de mettre sur la table nos différences, de les expliciter pour mieux les comprendre et les dépasser. Mais il ouvre des perspectives pour l’avenir : développer cette formation, toucher davantage de militantes et de militants et imaginer, au‑delà de la seule réponse aux discours d’extrême droite, des actions qui portent un projet de progrès social et de valeurs humanistes. Il s’agit aussi d’imposer un autre discours, offensif, qui donne envie de s’engager et de combattre l’extrême droite avant même qu’elle ne s’exprime. Ce discours s’ancre dans la réalité vécue des salarié·es : salaires bloqués, précarité, casse des services publics, discriminations au travail, souffrance au travail, toutes réalités que l’extrême droite instrumentalise pour mieux détourner la colère vers les plus dominé·es. À l’inverse, le projet syndical fait le pari de l’unité de classe, de la solidarité entre travailleurs et travailleuses, français·es et immigré·es, du refus des hiérarchies de droits et de dignité.
La menace n’a jamais été aussi grande depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale de voir l’extrême droite arriver au pouvoir en France. Face à cette offensive idéologique, rien ne se fera sans une présence constante sur le terrain, dans les entreprises, les services publics, les quartiers, pour opposer à chaque discours de haine un discours de justice sociale, de droits, d’égalité réelle. La CGT et la FSU, ensemble, sont un rempart majeur face à ce danger et entendent bien le renforcer en diffusant largement cette nouvelle formation et en faisant vivre, partout, ce patient travail de fourmi qui, jour après jour, fissure l’édifice des inégalités et des discours de rejet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Valérie Sipahimalani et Nina Palacio&lt;/p&gt;
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&lt;/p&gt;</description></item><item><title>La situation en Amérique latine</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/297/30-venezuela/</link><pubDate>Mon, 05 Jan 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/297/30-venezuela/</guid><description>&lt;p&gt;Entretien avec Serge Ollivier&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Serge Ollivier est agrégé d’histoire. Tout en enseignant dans le second degré, il est chercheur associé au Centre d’histoire sociale du XXe siècle, Paris Panthéon Sorbonne, université dans laquelle il a soutenu une thèse : Vivre la démocratie dans les barrios de Caracas sous la IVe République vénézuélienne (1958-1998).
Il est syndiqué au SNES-FSU.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : comment en est-on arrivé au coup de force américain au Venezuela ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Serge Ollivier : cela constitue un point de bascule. Dans son premier mandat, Trump avait déjà tenté de renverser Maduro en soutenant le pronunciamento du 23 janvier 2019, et en reconnaissant son initiateur, le nouveau président de l’Assemblée nationale de l’époque Juan Guaido.
L’opposition venait en 2015 de remporter les élections, la première victoire depuis l’élection de Chavez en 1998. Le pouvoir chaviste était alors autoritaire, mais ne recourait pas au trucage des élections, trucage auquel s&amp;rsquo;est par la suite livré Maduro, incapable de mettre fin à la crise économique depuis 2014 et face à une opposition majoritaire. Ce coup de force de 2019 avait été un échec car l’opposition ne disposait pas de légitimité positive.
L’élection de Maduro en 2018 avait été frauduleuse et non reconnue, elle s’était inscrite dans le contexte de la montée de l’autoritarisme, d’une orientation dictatoriale, la corruption incitant le pouvoir à vouloir à tout prix garder les rênes et donc l’accès aux ressources publiques, à commencer par le pétrole. Mais cela ne suffisait pas à construire une alternative. Il avait manqué également une force militaire face à l’appareil d’État chaviste. 2019 marque le dernier cas à ce jour de revirement de quelques d’officiers chavistes.
En 2024 et 2025, la situation est différente. L’opposition s’est construite positivement autour de Corine Machado, victorieuse aux primaires de 2024. Elle n’avait récolté aux primaires de 2012 que 3,8% des voix, apparaissant comme trop radicale, trop grande bourgeoise.
Mais la crise économique a joué, avec le recul du PIB de 75% entre 2014 et 2020, un quart de la population a émigré, ce qui révèle l’étendue de la gabegie du régime. Par ailleurs, le régime Maduro a empêché la candidature des autres leaders de l’opposition, notamment Henrique Capriles Radonski, le candidat aux présidentielles de 2012 contre Chavez et 2013 contre Maduro. Corina Machado se revendique proche d’une internationale de droite très radicale, avec les Milei, Orban, Le Pen, Netanyaou et Trump, auquel elle a d’ailleurs dédié son prix Nobel.
Mais le programme dit de transition qu’elle a proposé ne porte pas trace des combats culturels portés par cette extrême droite internationale. Au Venezuela, ces questions sociétales ne font pas des clivages majeurs : l’avortement y a toujours été interdit.
Son projet est classiquement néo libéral, avec la promesse d’un État reconstruit mais minimal, seulement arbitre de la concurrence entre entreprises privées. Les parents se verraient pourvus d’un chèque scolaire pour leur permettre de choisir entre public ou privé.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : comment l’interpréter ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Serge Ollivier : on peut distinguer trois raisons principales. Depuis début août 2025, les « faucons » semblent l’avoir emporté dans le cabinet Trump, avec Marco Rubio au département d’État (les affaires étrangères) et Stephen Miller, conseiller à la sécurité intérieure qui le poussaient à intervenir militairement depuis septembre. Les bombardements initiaux ciblant en théorie des narco trafiquants avaient préparé l’opinion à une opération de guerre. Trump affiche plusieurs objectifs : renverser la dictature, juguler l’immigration vénézuélienne aux EU - plus de 800 000 migrant·es aux USA, dont environ 600 000 depuis le début des années 2010 - lutte contre le narcotrafic et placer le pétrole vénézuélien sous contrôle américain. Pour Trump, Maduro est l’ennemi idéal, il incarne la gauche rêvée car illégitime, corrompue et inefficace. Depuis le 3 janvier, Trump ne parle plus que du pétrole. Le parquet américain a requalifié les charges contre Maduro en corruption, abandonnant la charge de dirigeant du dit « Cartel des soleils » de narcotrafic, pour retenir celles de collusions avec narcotrafic. Pourtant il n’existe pas au Venezuela un cartel dit « des soleils » en tant que tel, allusion aux étoiles arborées sur les uniformes des officiers chavistes ; il s’agit plutôt d’un ensemble de collusions au sein de l’armée avec les grands cartels mexicains. Maduro l’avait avalisé pour autant que son pouvoir ne soit pas remis en question.
Selon la DEA (Drug Enforcement Administration), 8 à 10% de la cocaïne consommée aux EU viendrait du pays. L’essentiel est ailleurs, dans les enjeux pétroliers. En novembre dernier le milliardaire Paul Singer, pro Trump, a racheté l’entreprise CITGO : à l’origine américaine, spécialisée dans le raffinage et la distribution pétrolière, elle avait été rachetée dans les années quatre-vingt-dix par PDVSA, l’entreprise nationale de pétrole vénézuélienne. Le Venezuela contrôlait ainsi toute la filière pétrolière, du puits de pétrole au Venezuela à la pompe aux États-Unis.
La justice américaine vient de permettre son acquisition à bas prix par Stinger. Tout ceci s’inscrit dans la priorité donnée par Washington aux hydrocarbures, au croisement de réseaux opaques d’acteurs privés qui influencent le pouvoir politique fédéral.
Par ailleurs cette attaque constitue un signal donné au monde, elle est censée crédibiliser la doctrine Trump telle qu’elle est clairement présentée dans le document public sur la « Nouvelle stratégie de sécurité nationale ».
Il s’agit d’exclure de l’Amérique Latine, considérée comme une sphère d’influence américaine, toute autre influence de grande puissance, dont la Chine. C’est le retour à la politique de la canonnière, au « big stick » cher au président Theodore Roosevelt (1901 - 1909), et à son corollaire à la doctrine Monroe de 1823.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : sait-on comment a réagi le peuple vénézuélien à la chute de Maduro ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Serge Ollivier : on pourrait en résumant parler de « disjonction émotionnelle », avec des sentiments paradoxaux. D’une part, la grande majorité est heureuse de son départ, avec l’espoir d’une transition démocratique. Mais pas de l’opération américaine, avec les bombardements, ni des annonces de Trump sur la prise de contrôle du pétrole vénézuélien. Or depuis un siècle, cette appropriation nationale des ressources pétrolières constitue le fondement de la nation vénézuélienne.
Aux élections de 2024, l’opposition avait mené une campagne habile, trouvant un vrai leadership avec Corina Machado, avec un maillage militant serré qui a été en capacité de rassembler rapidement les procès-verbaux des bureaux de vote, pour doubler le recensement officiel : l’opposition avait pu ainsi affirmer preuve à l’appui avoir rassemblé 70% des voix. Les émigrant·es n’avaient pu voter car le gouvernement Maduro avait fermé les consulats. Clairement la population s’était exprimée pour un changement de régime, considérant Maduro comme un criminel corrompu.
Seuls les affidés du régime, les prébendiers, continuaient de soutenir ce gouvernement autoritaire, à la tête d’un État failli. Cet État a abandonné depuis longtemps toute prétention à maintenir un ordre légal, il s’accommode, avec une répression ponctuelle, d’une terreur arbitraire, d’une situation de chaos dans le pays. Beaucoup d’armes légères circulent dans le pays, et pour le moment on ne constate pas de retour des migrant·es, mais des arrestations ponctuelles de gens qui avaient salué publiquement l’enlèvement de Maduro. Au Venezuela, les gens stockent des aliments dans la crainte de l’avenir immédiat.
Enjeux-UA : assiste-t-on au rétablissement d&amp;rsquo;une main mise américaine sur l&amp;rsquo;Amérique Latine, avec le soutien de gouvernements nationalistes élus comme l&amp;rsquo;Argentine ou le Chili ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Serge Ollivier : on constate en effet la formation d’une internationale d’extrême droite sous hégémonie américaine .
Du reste, Trump ne se cache pas de s’appuyer, pour faire avancer sa stratégie, sur des gouvernements amis, et de fragiliser les autres par un savant mélange de discrédit et d’ingérence systématique. Milei en a joué pour gagner récemment les élections législatives en Argentine, avec des promesses d’aide américaine en cas de victoire : la souveraineté nationale est sacrifiée sur l’autel de l’assistance économique&amp;hellip; L’intervention militaire américaine du 3 janvier crée aussi un précédent qui crédibilise les discours de Trump en les adossant à un usage avéré de la force. Au Venezuela, les scénarios du futur sont fluides : la vice-présidente Rodriguez est l’interlocutrice privilégiée par Trump.
Ce dernier promet des investissements massifs dans l’industrie pétrolière locale. Or les prix mondiaux baissent, les gisements de l’Orénoque ne seraient rentables qu’à 80 dollars le baril or ils sont aujourd’hui à 65. Mais pour Trump il s’agit sans doute d’un pari sur l’avenir. Par ailleurs, beaucoup de raffineries américaines sont contrôlées par des proches de Trump. On semble se diriger vers une situation où Trump reconnaîtrait un pouvoir chaviste vassalisé, le Venezuela devenant, selon différentes expressions en cours chez certains analystes, une sorte de « protectorat américain », voire une « vice-royauté ». Cette politique de la canonnière diffère de celle de l’administration Bush en Irak en 2003 : il ne s’agit ni de contrôler le pays ni de le démocratiser, mais seulement d’imposer au régime en place des politiques économiques attendues de lui. De nouvelles interventions militantes sont possibles dans le cas de résistances des responsables chavistes, notamment peut-être l’actuel ministre de l’Intérieur, Diosdado Cabello, l’homme le plus craint du pays, au cœur du système corruptif et qui incarne le pôle radical du chavisme, hostile aux négociations avec Washington. Un dernier scénario plus optimiste serait celui d’une transition démocratique négociée puis une victoire électorale de l’opposition, sûrement représentée par Machado. Mais la difficulté serait de contrôler civilement un territoire où pullulent les différentes milices armées, dont des Cubains, des militants de l’ELN (Armée de libération nationale) colombienne voire du Hezbollah libanais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis par Matthieu Leiritz&lt;/p&gt;
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&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Bande-son pour un coup d'État</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/297/32-bande-son/</link><pubDate>Sun, 04 Jan 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/297/32-bande-son/</guid><description>&lt;p&gt;Titre original :
Soundtrack to a Coup d’État
Documentaire écrit et réalisé par
Johan Grimonprez&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1960, 16 pays africains nouvellement indépendants font leur entrée à l’ONU. C’est un séisme politique. Un pays est au centre de l’événement : le Congo qui attire aussi les ingérences occidentales du fait de sa richesse en uranium. Le 17 janvier 1961, Patrice Lumumba, premier ministre du Congo nouvellement indépendant, est assassiné. Le film associe vague d’indépendance africaine, mouvement des droits civiques aux États-Unis et guerre froide, avec une arme : le jazz.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1961, la chanteuse Abbey Lincoln et le batteur Max Roach militant·es des droits civiques et figures du jazz, interrompent une session du Conseil de Sécurité de l’ONU pour protester contre l’assassinat du leader congolais partisan d’une union africaine et le coup d’État soutenu par la CIA.
Jazz et politique s’entremêlent dans le film de Johan Grimonprez, qui rapporte un épisode international complexe et trouble de la guerre froide et de la décolonisation. À travers un montage d’archives nombreuses, il raconte notamment comment des musicien·nes tels que Louis Armstrong ou Nina Simone et d’autres furent envoyé·es à travers le monde et instrumentalisé·es, sans le vouloir, par la CIA pour distraire l’opinion publique des manœuvres secrètes menées pour contrecarrer l’union des nations africaines nouvellement indépendantes et pour détourner l’attention du 1er coup d’État postcolonial. Ainsi, par exemple, pendant un concert de Louis Amstrong, 1500 tonnes d’uranium sont expédiées vers les USA.
Le cinéaste montre comment l’Organisation des Nations Unies a été déstabilisée par l’entrée de seize nations africaines, appuyées par le président de l’URSS Nikita Khrouchtchev qui dénonçait l’accaparement néocolonial des ressources de ces états. Situation qui rééquilibrait le rapport de forces en faveur de l’idée d’États Unis d’Afrique autour de la figure de Patrice Lumumba.
Un point central du film évoque l’accord secret passé par Churchill, Eisenhower et l’État belge pour conserver l’accès et la mainmise sur l’uranium des mines congolaises, nécessaire au maintien de la dissuasion nucléaire américaine : trois jours avant l’indépendance du Congo, l’Union minière du Haut-Katanga est privatisée. L’assassinat de Lumumba s’inscrit dans ce contexte.
L’histoire est racontée du point de vue d’Andrée Blouin, militante politique des droits des femmes et de la République centrafricaine, du diplomate irlandais Conor Cruise O’Brien, de l’écrivain belgo-congolais In Koli Jean Bofane, de Malcolm X et de Nikita Krouchtchev, notamment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nommé pour l’Oscar du meilleur film documentaire et primé largement, sa diffusion est plus que discrète.
Aujourd’hui, le colonialisme n’a pas disparu. Il a seulement changé de costume.
Marylène Cahouet&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Johan Grimonprez c’est un réalisateur et scénariste belge qui jouit d’une réputation internationale grâce à une œuvre qui mêle art, cinéma et documentation. Célèbre aussi par sa critique acérée de la politique et de l’état du monde. Parmi ces films, citons : DIAL H-I-S-T-O-R-Y (1997) sur le terrorisme et de DOUBLE TAWK (2009) sur l’instrumentalisation de la peur et SHADOW WORLD (2016) sur le trafic d’armes.&lt;/p&gt;
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