<?xml version="1.0" encoding="utf-8" standalone="yes"?><rss version="2.0" xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"><channel><title>Enjeux 298 | ENJEUX</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/numeros/enjeux-298/</link><atom:link href="https://enjeux.unite-action.fr/numeros/enjeux-298/index.xml" rel="self" type="application/rss+xml"/><description>Enjeux 298</description><generator>Hugo Blox Builder (https://hugoblox.com)</generator><language>fr-FR</language><lastBuildDate>Wed, 25 Mar 2026 09:00:00 +0000</lastBuildDate><item><title>Contre l'extrême droite : refuser les amalgames, combattre syndicalement</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/298/02-actu/</link><pubDate>Wed, 25 Mar 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/298/02-actu/</guid><description>&lt;p&gt;Depuis la mort de Quentin Deranque, militant d’extrême droite proche des milieux identitaires et néo-nazis, une véritable panique morale est entretenue par la droite et l’extrême droite.
Soyons clair·es : mourir dans ces conditions n’est pas acceptable dans notre société d’aujourd’hui. Mais pas de naïveté pour autant car la charge contre une prétendue « extrême gauche » relève non seulement de la malhonnêteté intellectuelle, en établissant une symétrie entre l’extrême droite et l’extrême gauche, mais surtout elle vise à discréditer tout discours et toute organisation agissant pour le progrès ou la transformation sociale. L’extrême gauche est marginale en France et n’est pas non plus représentée à l’Assemblée Nationale. Les contorsions du ministre de l’intérieur pour qualifier l’un des partis qui y sont représentés « d’extrême gauche » ne cherchent qu’à jeter l’opprobre. Dangereuse, cette démarche légitime les actions de groupes violents, souvent situés à l’extrême droite, qui ont dernièrement attaqué des locaux d’organisations syndicales. En agissant ainsi, il renforce les tensions qui règnent dans la société et prend le risque de générer un nouveau cycle de violences.
Pour Unité et Action, la violence n’a pas sa place dans le débat public et la lutte contre l’extrême droite doit rassembler largement la profession, dans l’unité la plus large. C’est bien en se plaçant dans le champ du travail et des revendications sociales que la FSU pourra démonter les discours et les idées qui visent en fait à restreindre les libertés syndicales, les protections des agent·es, les solidarités et le principe même d’égalité, bref de tout ce qui fait le Service public ou la Fonction Publique. Pour cela, la FSU devra construire un discours rassembleur, compris par l’ensemble des professions qu’elle représente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vie d’Unité et Action&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Unité et Action a proposé un premier séminaire sur le thème « écologie et production » le 8 janvier dernier. Il a permis de commencer une réflexion, en Unité-Action, sur un thème trop souvent délaissé par la tendance. Pourtant les questions liées au changement climatique sont nombreuses et se posent syndicalement.
Dans l’orientation qui est la nôtre, à savoir traiter de toutes les questions par l’entrée du travail, ce séminaire a permis de poser de premiers jalons sur une réflexion qui ne demande qu’à se poursuivre.
Les vidéos et comptes rendus sont disponibles en ligne. Pour recevoir le lien, vous pouvez contacter le collectif d’animation par mail (&lt;a href="mailto:collectif-ua@unite-action.fr"&gt;collectif-ua@unite-action.fr&lt;/a&gt;).
Le prochain séminaire national aura lieu le jeudi 25 juin, à Bagnolet. À vos agendas !
Un séminaire régional aura lieu le 2 avril à Strasbourg.
Le collectif d’animation UA FSU reste bien sûr disponible pour répondre à vos demandes de séminaires locaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rachel Schneider, Emmanuel Mercier,
Valérie Poyet et Thierry Quétu&lt;/p&gt;</description></item><item><title>« No a la guerra ! »</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/298/03-edito/</link><pubDate>Tue, 24 Mar 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/298/03-edito/</guid><description>&lt;p&gt;À nouveau le vent de la guerre souffle sur le Moyen-Orient.
Si tant est qu&amp;rsquo;il ait jamais cessé en Palestine et à Gaza.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd&amp;rsquo;hui ce sont les Iranien·nes et les Libanais·es qui sont sous les bombes, qui pleurent leurs proches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais aussi, oui, qui espèrent en la fin d&amp;rsquo;un régime théocratique et sanguinaire qui opprime son peuple, et d&amp;rsquo;abord les Iraniennes, depuis trop longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui vient de massacrer à huis clos des dizaines de milliers de manifestant·es qui voulaient vivre, mais libres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors si le régime des mollahs tombe, tant mieux. Et que le seul peuple iranien choisisse son destin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l&amp;rsquo;intervention militaire israelo-américaine est-elle motivée par cela ? Est-ce le souci des quasi fascistes Trump et Netanyahou que d&amp;rsquo;établir la démocratie en Iran ?
Poser la question revient à y répondre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face à la passivité dangereuse de l’Europe, hommage à Pedro Sanchez et à une Espagne qui ose mettre les valeurs avant tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous rappelle l&amp;rsquo;essentiel : l&amp;rsquo;humain et rien d&amp;rsquo;autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nina Palacio,
Benoit Hubert&lt;/p&gt;
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&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Contre la brutalité et la prédation, la justice et le droit qui protègent</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/298/04-actualite/</link><pubDate>Mon, 23 Mar 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/298/04-actualite/</guid><description>&lt;p&gt;L’Espagne, dont le premier ministre a exigé « une désescalade immédiate » dès le déclenchement des bombardements étasuniens et israéliens sur l’Iran, est bien isolée en Europe à s’arcbouter sur la volonté de voir le droit international s’imposer. Et on envie les citoyen·nes espagnol·es de s’être choisi un gouvernement capable de refuser aux États-Unis, au moins un temps, l’utilisation de ses bases militaires…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Particulièrement après les probables 30 000 morts de la répression en Iran, personne ne pleure la mort de Khamenei. « Tous les Iraniens voudraient que le régime des mollahs tombe, mais libérer le pays ne veut pas dire le détruire », nous rappellent les iranien·nes réfugié·es en France. D’autant que dans le cadre des négociations engagées, l’Iran venait d’accepter de se défaire de son stock d’uranium enrichi… Rien ne justifiait donc la volte-face de Trump, et le bombardement de la population civile iranienne, rien ne justifie non plus l’attaque d’Israël contre le Liban, sinon des visées impérialistes et l’indifférence totale au sort des populations du monde. On savait bien que le « conseil de la paix » de Trump n’était qu’une farce destinée à en finir avec les instances de régulation internationales s’appuyant sur le droit international. Trump avait sans doute comme objectif de politique intérieure de faire passer au second plan l’inflation, la désapprobation grandissante des actions de l’ICE et l’affaire Epstein, avec une « opération éclair » comme pour le Venezuela en janvier… On peut au moins espérer que l’opinion américaine ne le suive pas très longtemps : aux États-Unis, l’opinion publique peut faire arrêter les guerres impérialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, un communiqué commun de la France, du Royaume-Uni et de l’Allemagne précise que les trois pays se tiennent prêts à des « actions défensives nécessaires et proportionnées » dans l’optique de « détruire à la source » la capacité de l’Iran à tirer des missiles et des drones.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le porte-avions Charles-de-Gaulle navigue en plein conflit, sans aucun débat ni vote préalable à l’Assemblée nationale. Nous sommes maintenant partie prenante de cette guerre… Chaque jour apporte son lot de nouvelles angoissantes, et personne ne sait, à l’heure où ces lignes sont écrites, quels développements peuvent survenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est bien cet engrenage qu’il nous faut refuser fermement. Au-delà de la stupeur de nous retrouver comme au spectacle d&amp;rsquo;actes de destruction par des puissances qui n’admettent aucune limite, nous devons continuer à exiger le respect d’un droit international dont la première boussole est le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Nous devons continuer à exiger la paix et la justice. Nous devons lutter contre les partisans de la loi du plus fort, là où nous vivons, travaillons et nous organisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette lutte inlassable passe par des clarifications idéologiques : ainsi notre lutte contre l’extrême-droite nous fait refuser catégoriquement une symétrisation extrême-droite / extrême-gauche inacceptable et dangereuse, quoi qu’on pense des militant·es visé·es par ces anathèmes. Nous ne faciliterons pas l’arrivée de l’extrême-droite au pouvoir en participant à la confusion recherchée par ses porte-voix toujours plus nombreux.
Et nous ne boudons aucune victoire, aussi modeste soit-elle : ainsi compte dans la période le fait d’avoir empêché le collectif identitaire d&amp;rsquo;extrème droite Némésis de s’infiltrer dans nos cortèges du 8 mars.
Sans découragement, nous continuerons à nous opposer pied à pied aux chantres de la brutalité et de la prédation, pour porter la nécessité de la justice et du droit qui protègent et qui rendent possible la vie en société.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Unité et action, à la veille des municipales et plusieurs mois avant les présidentielles, l’heure n’est pas à baisser les bras.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rachel Schneider, Emmanuel Mercier,
Valérie Poyet et Thierry Quétu&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 10/03/2026&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Sécurité publique : quelles politiques dans une France démocratique ?</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/298/05-dossier/</link><pubDate>Sun, 22 Mar 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/298/05-dossier/</guid><description>&lt;p&gt;Le mouvement ouvrier, dont la FSU est l’une des héritières, n’a jamais été à l’aise avec les forces de police et le concept même de sécurité. Cela remonte aux temps héroïques de sa naissance, au 19e siècle, lorsque les premiers courageux et courageuses militant·es, en lutte pour arracher de maigres droits, se heurtaient physiquement aux forces, moins de défense de l’intérêt général que de l’ordre capitaliste et bourgeois. Cet héritage anarcho syndicaliste, si présent à la naissance de la CGT, n’a pas disparu. Il demeure bien présent, jusque dans des slogans psalmodiés dans les cortèges d’avant les manifestations : « Police partout ! Justice nulle part ! », peut-on encore fréquemment entendre par de jeunes ou moins jeunes manifestant·es.
D’autant qu’avec l’éloignement de la mort de Malik Oussékine, tué par des policiers en 1986, le souci par les préfets de gérer les manifestations avec prudence s’est largement transformé, et quelle que soit la couleur politique du gouvernement, en obsession du contrôle de la rue, y compris par des moyens violents, comme les Gilets jaunes, entre autres, ont pu en faire la cuisante expérience. Pour autant, garantir à chaque habitant et habitante la possibilité de se promener en paix, de jouir de ses biens, à l’abri de la prédation et de la violence, est un droit inviolable et « sacré », prévu par la déclaration de 1789. Et si les plus fortunés peuvent s’en remettre à des milices privées, la masse de la population ne peut que s’en remettre au professionnalisme des forces de police, ainsi qu’à celui des agent·es des fonctions publiques d’État ou territoriales qui gèrent le suivi de la délinquance, notamment le travail de réinsertion.
C’est pourquoi, sans prétendre en explorer tous les versants, Enjeux a souhaité contribuer à la réflexion sur la sécurité publique : quelle situation aujourd’hui ? Quel regard des fonctionnaires que la FSU regroupe ? Quelles pistes pour protéger tant la sécurité que les libertés publiques ?&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Entretien avec Sebastian Roché</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/298/06-sebastian/</link><pubDate>Sat, 21 Mar 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/298/06-sebastian/</guid><description>&lt;p&gt;Sebastian Roché est directeur de recherche au CNRS, spécialiste de la police comparée, auteur de La nation inachevée. La jeunesse face à la police et l’école (2022, Grasset), et La police contre la rue (2023, Grasset).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : comment caractériser et résumer, si c&amp;rsquo;est possible, et au-delà des discours d&amp;rsquo;instrumentalisation partisane, l&amp;rsquo;évolution de la situation française en termes de sécurité publique ? Y a-t-il dégradation ? Changement de formes ? Amélioration ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sebastian Roché : si l’on se limite aux questions de délinquance, en laissant de côté d’autres formes d’insécurité (alimentaire, sociale…), on observe des évolutions très différentes de ce qu’en disent les chaînes soi-disant « d’information » continue telles que CNews ou BFM.
Les travaux universitaires s’appuient prioritairement sur des recensements officiels, des statistiques de la police, qu’il s’agisse des homicides, parfaitement connus, mais aussi de la plupart des faits de délinquance comme les vols déclarés aux autorités, ou les violences « domestiques ». Cependant, dans ce dernier cas, pendant très longtemps les femmes victimes de violences portaient rarement plainte, engendrant une minoration structurelle dans les décomptes, en partie liée au peu d’empressement de la part des agent·es de la police pour les enregistrer. De sorte que les augmentations apparentes sont questionnables.
Les taux d’homicides eux sont plus fiables, qu’il s’agisse d’assassinat avec intention de tuer ou de coups et blessures suivis de mort sans intention de la donner. En dépit d’une hausse sur les dernières années, les chiffres sont ici en baisse régulière depuis près de 40 ans, de sorte que le niveau reste plus faible (2,6 homicides pour 100 000 habitants en 1993 contre 1,84 en 2025). Et ce en dépit de situations particulières comme à Marseille : les règlements de comptes entre groupes criminels se soldent par des morts nombreuses, près de 40 sur une année - 2023 a été meurtrière - avec également d’autres personnes victimes de balles perdues. Un policier a également été tué par balle dans ce cadre à Avignon, un drame très rare en France. La baisse du taux d’homicide dans la longue durée s’observe dans toute l’Europe de l’Ouest, mais aussi en Australie par exemple. Si l’on considère les mineur·es sur moyenne période, les assassinats commis par des moins de 13 ans sont très rares et n’augmentent pas du tout entre 2017 et 2024, à la différence des 13 à 19 ans (+ 44 cas).
On ne peut considérer qu’il existe un rajeunissement de la délinquance, contrairement aux clichés que charrient de nombreux médias. Ainsi, les coups et blessures non mortels commis par les moins de 18 ans sont en baisse sur cette même période 2017 - 2024 (23 000 à 21 000). L’affirmation d’une explosion des comportements violents n’est donc pas confirmée, ce que ne veut pas dire qu’il ne se passe rien. S’agissant des violences faites aux femmes, les statistiques sont à la hausse, peut-être en raison d’enregistrements désormais plus systématiques des plaintes déposées par les victimes. Il existe certainement encore beaucoup de faits non déclarés mais ce stock caché tend à diminuer, notamment en raison d’une plus grande sensibilisation de l’opinion à la question des violences faites aux femmes : la société tend globalement à de moins en moins les tolérer. Mais le ministère de l’Intérieur ne facilite pas assez cette évolution, il ne communique pratiquement pas sur cette grave question ; et la formation des agent·es qui recueillent la parole des victimes ne semble ainsi toujours pas une priorité en pratique. Elle le fut pourtant dans les propos initiaux du Président Macron en 2017 mais, comme sur la question des SDF, sa présidence est surtout frappée du sceau de l’inconstance, à la différence de son libéralisme économique lui très constant.
S’agissant des atteintes aux biens des personnes, beaucoup de faits sont liés aux voitures, un bien très précieux pour beaucoup mais paradoxalement parmi les moins protégés puisque souvent stationnées dans la rue. Dans les années quatre-vingt, on peut observer un plafond des vols, en raison de grosses demandes alors de véhicules d’occasion dans les pays d’Europe de l’Est, après la chute du communisme. Puis ces pays ont progressivement connu un rattrapage économique d’où la baisse des commandes et donc des vols à l’Ouest.
Inversement, on constate une forte augmentation des fraudes visant les personnes les plus fragiles ou isolées, notamment les personnes âgées ou dépendantes : fraudes téléphoniques ou par internet, vols de données personnelles. Mais aussi d’entreprises, transferts de fonds, arnaques à la CB d’où le renforcement des mesures de sécurisation.
Cette augmentation reflète les évolutions structurelles de l’économie et de la société, comme cela avait été le cas dans le passé lors de la généralisation de la voiture, des biens électroniques et des grandes surfaces commerciales : les vols s’étaient multipliés.
Si la période connaît donc une augmentation globale des vols et des fraudes, elle se caractérise, en France et en Europe, comme un moment où se produit un petit rebond sur un plancher historique pour les homicides. Nous vivons dans la région du monde la moins exposée à la violence homicide, par contraste avec les EU, la Russie, le Brésil, ou la plupart des États d’Afrique.
Ce constat rencontre le scepticisme des opinions, selon le même principe que celui sur l’amélioration de la sécurité aérienne quand il est confronté à des accidents d’avions.
Les faits de délinquance sont réels, mais ils sont souvent manipulés, brandis comme autant de « preuves » d’un soi-disant processus de « décivilisation » ou « d’ensauvagement » de la société. Le succès de ces discours reflète paradoxalement une baisse de la tolérance vis-à-vis de toutes formes de violences, y compris sexuelles. Le tollé suscité par les révélations de l’affaire de l’établissement catholique Notre Dame-de-Bétharam est révélateur : ces faits de violences ne sont plus tolérés, et le fait qu’ils aient été perpétrés par des prêtres n’y change désormais plus rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : la police nationale française est régulièrement l&amp;rsquo;objet de critiques vives sur des pratiques qui lui sont reprochées : racisme, hostilité envers la jeunesse des villes ou quartiers populaires et d&amp;rsquo;origine africaine et / ou musulmane, violences dites « systémiques » : qu&amp;rsquo;en penser et si ces phénomènes vous paraissent avérés, comment les expliquer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sebastian Roché : ces critiques sont au fil du temps devenues plus constantes dans l’espace public, et portées par davantage d’acteurs et d’actrices dans la société civile.
La dimension idéologique peut parfois viser l’État, dans la tradition des anarchistes qui mettent en cause l’existence même de la police dénoncée comme le bras armé de l’État oppresseur. Mais ce courant radical pèse très peu dans la société.
C’est donc moins l’existence de la police qui est remise en cause, que son non-respect de principes républicains fondamentaux, issus de la Révolution de 1789.
On peut ainsi distinguer trois principaux reproches : des pratiques discriminatoires et donc contraire au principe d’égalité, l’usage excessif de la force c’est-à-dire les violences policières, enfin la corruption - deux faits qui détournent les forces de police de leurs missions de protection.
Cette remise en cause s’appuie sur des travaux de recherche toujours plus nombreux sur la police et le décompte des décès, le travail d’ONG, des films, et pas seulement en France.
Tout ceci contribue à objectiver les regards sur la police, à accroître l’intérêt pour cette réalité, et oblige - lentement - les pouvoirs à davantage de transparence face à l’opinion.
Or que constate-t-on ? Sur les vingt dernières années, le nombre de morts au cours des opérations de police augmente, on compte aujourd’hui une cinquantaine de décès par an.
Nous avons pu avec Simon Varaine et Paul le Derff démontrer le lien causal reliant cette augmentation aux effets de la loi de février 2017, loi qui permet aux policiers de tirer même s’il n’existe pas de danger immédiat. Ainsi le nombre de tirs mortels sur des véhicules en mouvement ou immobilisés a été multiplié depuis par 6 après le vote (par rapport à la période précédente), une évolution niée par le ministère de l’Intérieur.
Or, ce phénomène n’existe ni en Espagne, ni en Belgique, ni en Allemagne, car la loi n’a pas été modifiée. lll
lll S’agissant des accusations de racisme et de pratiques discriminatoires, nous ne disposons pas de statistiques policières nationales mais les études locales (Île-de-France, Strasbourg, Marseille, Lyon, Grenoble, Rennes…) ou nationales (enquête du Défenseur des Droits, de l’Agence Européenne pour les Droits Fondamentaux) révèlent que les personnes d’origine africaine et / ou arabe, et les jeunes sont davantage ciblés par les contrôles, et sont pendant le contrôle plus souvent soumis à des fouilles et des brutalités, et cela beaucoup plus qu’en Allemagne dans les mêmes conditions.
En Europe la demande d’égalité de traitement lors des contrôles policiers entre « Blancs » et « non Blancs » progresse.
En France, beaucoup d’habitant·es ont logiquement le sentiment d’une grande inégalité de traitement, sans qu’il y ait nécessairement d’aggravation d’une situation qui reste mauvaise. Cependant, il faut aussi considérer la brutalité en gestion des foules. En effet, les mutilations qui ont caractérisé le mouvement des Gilets jaunes sont sans équivalent en Europe, plusieurs dizaines en 2018 et 2019.
En Espagne, plusieurs « indignés » ayant perdu un œil après des tirs de balles en caoutchouc, cette arme a ensuite été suspendue par la police de Barcelone.
La France est hélas en tête, que ce soit en chiffres bruts ou en proportion de la population, pour ce type de pratique qui entraîne des mutilations physiques. Le tout sans mécanisme correctif de la part de la police.
Entre les deux mouvements de protestation contre la réforme des retraites de 2010 et 2023, le nombre blessures irréversibles a été multiplié par 7 : elles sont faciles à recenser car elles nécessitent des interventions dans les hôpitaux.
Le ministère de l’Intérieur rejette toutes les accusations en bloc, et néglige de prendre des mesures sévères à l’encontre d’autres pratiques répréhensibles comme la corruption qui progresse avec le narcotrafic.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : comment caractériser les politiques publiques de sécurité en France, notamment depuis l&amp;rsquo;abandon par Nicolas Sarkozy de la police &amp;ldquo;de proximité&amp;rdquo;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sebastian Roché : cet abandon représente un moment emblématique en termes de politiques nationales de sécurité. Les impulsions de Nicolas Sarkozy ont été largement reprises par le RN, par des maires de droite, et même de gauche, notamment l’idée que la prévention est secondaire dans le traitement de la délinquance, et que doit primer la réponse policière et judiciaire. Ce qu’infirment la plupart des études en criminologie. Les causes sociales et éducatives sont en effet premières dans la bascule vers la délinquance, ainsi que les conditions de logement, d’alimentation et bien sûr de scolarisation. Cela ne veut pas dire, loin de là, que l’action répressive de la police soit inutile. Mais depuis Sarkozy, s’est largement imposée l’idée que la meilleure des préventions consiste dans la répression. Peu d’élus nationaux disposent d’une réelle culture sur ce sujet, Gérald Darmanin en constitue une belle illustration, mais ce n’est pas le seul. Ce déséquilibre entre répression et prévention alimente ainsi une plus grande agressivité de la police. Les LBD étaient censés remplacer les armes létales, mais en réalité elles s’y sont ajoutées. Or, avec l’usage peu mesuré des LBD, la police tire et donc mutile davantage en même temps qu’elle tue davantage. Après Sarkozy, aucun ministre n’est jamais revenu sur cette orientation, tant sous Hollande que sous Macron. Cet usage de la force est même devenu un élément d’identité professionnelle chez les policiers et leurs principaux syndicats qui ont pour principale ambition que la police fasse peur. Et la police municipale veut dé-
sormais ressembler dans ce domaine à la police nationale et à la gendarmerie. La loi actuellement en préparation sur la présomption de légitime défense est une extension de la loi de 2017, un véritable « permis de tuer » selon l’expression de Claude Guéant lui-même en 2010, alors ministre de l’Intérieur sous la présidence de N. Sarkozy. Pour ce qui est des pratiques relevant du racisme ou de la discrimination, le point de départ est la conviction des chefs de police à savoir qu’une bonne police est une police qui contrôle beaucoup les passant·es (près de 47 millions de contrôles annuels, véhicules comme piétons, selon la Cour des comptes), avec la banalisation du recours à la force.
Alors que le concept de police de proximité reposait sur la recherche de la confiance de la population, la police actuellement doit faire peur, c’est le mot d’ordre « la peur doit changer de camp… » etc. Notons que la gendarmerie utilise moins systématiquement ces contrôles au faciès que la police nationale, et se heurte donc à une moindre hostilité. Avec certes des exceptions pour la gestion des manifestations, dramatiques, comme à Sainte-Solime, avec un usage tout à fait décomplexé des armes à feu à létalité réduite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : quelles pourraient être les pistes pour des politiques de sécurité davantage respectueuses des valeurs républicaine ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sebastian Roché : le point de départ serait de prendre conscience des effets des opérations de police trop brutales ou humiliantes. Une « mauvaise police » suscite des effets corrosifs sur des pans entiers de la société, sur les rapports sociaux, la relation de la jeunesse à l’État. En effet, le sentiment d’appartenance à la Nation et la République est principalement déterminé par des expériences personnelles et concrètes avec des agent·es public·ques tels que la policier·es. Les bonnes pratiques renforcent l’intégration dans la Nation. Mais, des mauvais comportements de ces institutions d’État, de celles et ceux qui les incarnent aux yeux de la population, contribuent à détruire la confiance des habitants dans la République ou la Nation. Avec à la clé des dommages à la croyance dans la démocratie trop méconnus, trop sous-estimés. Alors, que faire ? Revenir à la police de proximité apparaît à beaucoup comme un idéal, mais la question a été peu travaillée par les partis politiques depuis sa suppression il y a aujourd’hui près de 20 ans.
Il serait nécessaire de lutter sur les trois fronts que j’ai évoqués.
D’abord il faudrait un plan consacré à l’éradication de la corruption dans la police, avec des actions de prévention, d’assistance et des sanctions à l’échelle d’une profession qui regroupe 300 000 personnes (polices nationales et municipales, gendarmerie) ; la corruption constitue en effet un facteur majeur de destruction de la confiance de la population envers les forces de l’ordre. Il s’agit à la fois d’un enjeu financier, de cohésion sociale et politique. Il faut également lutter contre toutes formes de discrimination et pour l’égalité de traitement entre les habitants : la police doit traiter chacun·e de la même manière, sauf à susciter de très fortes indignations dans la population. Or on part ici de loin. Un premier pas serait de la part du ministère la reconnaissance de l’existence d’un tel problème. Aux États-Unis, cette prise de conscience progresse.
En France, Valls, alors ministre de l’Intérieur, a enterré le récépissé, prévu dans le programme de François Hollande en 2012, et interdit une traçabilité des contrôles : quel·le agent·e a contrôlé qui et à quel moment ? Et donc de limiter les pratiques abusives. Il faudrait enfin améliorer la prise de conscience de l’encadrement hiérarchique, leur formation également afin de limiter l’usage de la force. Cela commence par supprimer les LBD, sauf en cas de légitime défense ou face à des personnes incontrôlables, mais pas face à des foules de manifestant·es : il s’agirait ici simplement de s’aligner sur les standards démocratiques respectés aussi bien en Allemagne qu’au Royaume-Uni ou au Danemark. L’usage de ces armes n’apporte rien, sauf du ressentiment.
Enfin, il serait indispensable de renforcer un contrôle indépendant de la police dès lors qu’un·e citoyen·ne se plaindrait d’une faute éthique : pourquoi pas en le plaçant sous la responsabilité du ou de la défenseur·e des droits, dont il conviendrait dès lors de beaucoup augmenter les moyens en effectifs.&lt;/p&gt;
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&lt;/p&gt;</description></item><item><title>L'héritage de Robert Badinter est menacé</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/298/10-heritage/</link><pubDate>Fri, 20 Mar 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/298/10-heritage/</guid><description>&lt;p&gt;Annabelle Bouchet, secrétaire générale du SNEPAP, et Flavien Benazet, secrétaire général du SNUIPN, ont bien voulu croiser leurs regards et analyses sur la situation du traitement de la délinquance, les pratiques professionnelles des agent·es dont c’est la mission, et les pistes pour améliorer les politiques publiques de sécurité, dans le respect des valeurs démocratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : pourriez-vous en quelques mots présenter votre syndicat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Annabelle Bouchet : le SNEPAP, fondé il y a 68 ans, regroupe l’ensemble des personnels de l’administration pénitentiaire. Pluridisciplinaire, nous syndiquons tous les corps, du PA au directeur en passant par les Conseiller·es Pénitentiaires d’Insertion et de Probation, les personnels de surveillance, les psychologues, etc. Nous nous retrouvons dans les valeurs humanistes portées par la FSU, et avons la volonté de faire évoluer les pratiques professionnelles à l’aune des données probantes issues de la recherche scientifique. Nos usager·es sont les personnes majeures privées de liberté totale ou partielle. Notre mission : prévenir la récidive d’infraction par l’accompagnement vers la désistance (sortir de la délinquance). Pour le SNEPAP, tous les agent·es pénitentiaires jouent un rôle dans cette mission. Je suis CPIP à Lyon. Mon métier consiste à comprendre les causes du passage à l’acte délictueux ou criminel et qu’il ne se reproduise pas. Une CPIP suit environ 9O personnes, beaucoup trop au regard des préconisations européennes (60 maximum). 6 000 personnes sont suivies dans cette métropole, uniquement en milieu ouvert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Flavien Benazet : le SNUIPN est historiquement issu de la FSU, branche Intérieur du SNUITAM et auparavant du SNUCLIAS. Quand le SNUTER a été créé pour la Fonction publique territoriale, les personnels d’État du ministère de l’Intérieur ont rejoint le SNUITAM avec les agent·es des ministères de l’agriculture et de l’Écologie.
En 2023, cette forte diversité les a conduit à créer le SNUIPN (syndicat national unitaire de l’Intérieur et de la police nationale). L’opposition d’une partie de la FSU à l’adhésion d’un syndicat de policier·es nous a amené à accepter comme phase transitoire un protocole qui nous associe à la FSU, nous syndiquons des personnels administratifs, techniques et scientifiques à 70% et policiers à 30%.
Enjeux-UA : comment caractériser l&amp;rsquo;état des politiques publiques de sécurité et de suivi de la délinquance en France ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Annabelle Bouchet : à l’évidence, ces politiques mettent l’accent essentiellement sur la dimension pénale, répressive, au détriment de la prévention de la récidive. Elles sont motivées par des orientations idéologiques, et fonction des majorités partisanes, et non par la réponse aux besoins des populations. Le ministère de la Justice priorise la lutte, indispensable dans une France très en retard sur le sujet, contre les violences intrafamiliales, notamment faites aux femmes, mais semble oublier la diversité de la population carcérale.
Depuis les attentats contre Charlie Hebdo en 2015, une autre focale est mise sur les publics terroristes et radicalisés, avec la création de services tel que le renseignement pénitentiaire, dont le fonctionnement est très obscur, avec des personnels couverts par le secret défense, et sur lequel du reste le Snepap réclame des éclaircissements. Sa mission : sortir les personnes de leurs logiques de radicalisation, une mission malheureusement élargie aux extrêmes droites et gauches.
Le garde des Sceaux Gérald Darmanin tient des discours non exempts de populisme, et cible les personnes étrangères sous OQTF (obligation de quitter le territoire français) ou IDTF (interdiction du territoire Français), parfois en dehors de tout cadre légal. Une autre focale concerne le narco trafic, avec la création de QLCO (quartiers de lutte contre la criminalité organisée), à régime sévère, notamment l’isolement, rappelant la « torture blanche » inhérente aux tristement célèbres QHS (quartiers de haute sécurité) supprimés après 1981.
Une campagne de protestation à laquelle le Snepap a participé a néanmoins permis d’en assouplir les modalités.
Le ministre mène également campagne contre les permissions de sortir, avec le récent limogeage du directeur de la prison de Rennes suite à une évasion. Ces tournants répressifs coïncident avec l’état d’urgence décrété après les attentats islamistes qui ont instauré un climat de peur dans l’opinion, d’ailleurs très compréhensible. Un tournant encore accentué depuis l’épisode des Gilets jaunes.
Le pouvoir politique s’aligne sur l’opinion publique et reste indifférent aux voix des détenus et des professionnels. Or la prison est le lieu de destruction de l’être humain. Les Lumières ont donc reculé en France, l’héritage de Robert Badinter est menacé.
À l’aube des municipales et des présidentielles, je ressens un durcissement, jamais vu en 20 ans de métier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Flavien Benazet : avec Gérald Darmanin, les politiques publiques ciblent le trafic de stupéfiants, des compagnies spéciales de CRS sont envoyées sur des secteurs particuliers, à Marseille, Avignon, et ailleurs, mais les policiers ne sont pas formés, il s’agit d’opérations ponctuelles, médiatiques pour pallier le manque de police de proximité, sans résultats sur le long terme, le trafic reprend aussitôt âpres leur départ et celui des caméras des chaînes de télévision. S’agissant des VSS, leur traitement prioritaire, et on le comprend, s’effectue faute de personnel suffisant au détriment des vols par effraction, or nous estimons au SNIPN que toutes les victimes ont droit à voir leurs plaintes instruites et à être entendues.
Un enquêteur reçoit en moyenne une trentaine de plaintes déposées au commissariat, un tiers environ est classé sans suite par les magistrats, ce qui instruit les procès dans l’opinion sur le thème « la police qui ne fait son travail », ce qui est faux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : comment améliorer la situation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Flavien Benazet : nous constatons un lien entre la dégradation de la fonction publique, avec notamment le non-remplacement d’un fonctionnaire partant en retraite sur deux, et l’augmentation des crimes et délits. Le trafic de stupéfiants est facilité par l’absence d’une police de proximité, la police, faute d’effectifs, est moins visible sur la voie publique donc moins dissuasive, d’où les troubles sanglants à Marseille par exemple, avec des gangs qui tentent d’investir les territoires. Le manque de magistrats entraîne des délais d’un an entre l’interpellation et le jugement, la personne mise en cause ne comprend alors plus pourquoi elle subit un procès. Éviter la récidive supposerait une prise en charge par des psychologues, un jugement au bout de maximum 6 mois. À New York comme à Tokyo, la police est très visible, d’où une chute de la délinquance. Bien sûr il faut agir également sur la situation économique et sociale : chômage et pauvreté restent des terreaux de la délinquance.
Enfin, constatons la corrélation entre la baisse des moyens affectés aux hôpitaux psychiatriques et l’augmentation des interpellations de personnes atteintes de troubles de comportement. Ce n’est pas la mission de la justice d’incarcérer des malades, leur place n’est pas en prison, alors redonnons des moyens à l’hôpital public !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Annabelle Bouchet : le SNEPAP déplore les discours sur une justice soi-disant laxiste ce qui est complètement faux. La société n’a jamais été aussi sécure qu’aujourd’hui, avec un plancher pour les crimes de sang.
Les condamnations sont de plus en plus sévères, avec des peines prononcées de plus en plus longues. La disparition de la police de proximité est une erreur.
Elle permettait de prévenir le passage à l’acte délinquant par la simple présence policière. La surpopulation carcérale endémique est une réalité pour les maisons d’arrêt qui accueillent les personnes en courte peine ou en attente de jugement, elles se caractérisent par des conditions qui ne respectent pas la dignité humaine, avec matelas au sol, promiscuité alors que la loi prévoit l’encellulement individuel depuis… 1875 ! Badinter alors ministre de la Justice, constatait une surpopulation de + 33%, cela n’a pas changé. Cette situation n’existe pas en centres de détention (peines entre 2 et 10 ans) et en maisons centrales (10 ans à perpétuité). Le ministre actuel a fini par accepter un projet de loi sur la régulation carcérale. Mais globalement les discours politiques tentent de séduire l’électorat d’extrême droite, en martelant par électoralisme, que la justice ne fait pas son travail, ce qui affecte les pratiques des agents publics. Les politiques devraient s’astreindre à ne pas répondre à chaque fait divers dans l’instant. Les agents de la pénitentiaire, de la justice, de la police sont toutes et tous des acteurs de la sécurité publique, au service de la population. La question de la sécurité ne doit pas être laissée à l’extrême droite, elle est l’affaire de tous et toutes. Le ministère devrait faire connaître nos métiers et s’aligner sur la recherche internationale qui a depuis longtemps prouvé l’efficacité de la probation en milieu ouvert en termes de non-récidive. Il s’agit de regagner la confiance des Français, de les rassurer, d’aller vers des peines adaptées, individualisées et donc efficaces.&lt;/p&gt;
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&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Pour une politique démocratique de sécurité publique</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/298/12-securite-publique/</link><pubDate>Thu, 19 Mar 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/298/12-securite-publique/</guid><description>&lt;p&gt;L’institution policière traverse une crise de défiance, non que la confiance à son égard soit majoritairement ébranlée mais que ressurgissent régulièrement, et parfois avec une grande acuité, des doutes sur le fondement démocratique des pratiques policières.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Garantir égalitairement les droits ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La finalité d’une institution policière républicaine est la garantie des droits et des libertés. Elle exige une application strictement égalitaire du droit qui, actuellement, est loin d’être perçue comme telle. Ce sentiment d’injustice se fonde sur la réalité de pratiques discriminatoires dont bien des enquêtes et travaux de recherche ont témoigné : contrôles d’identité « au faciès », refus de dépôt de plaintes de femmes victimes de violences, mépris pour des personnes homosexuelles, des personnes handicapées ou des habitant·es de quartiers populaires et, parfois, usage de propos ouvertement racistes ou sexistes. L’existence de ces discriminations commence à être admise au sein de l’institution policière mais, au-delà de quelques annonces, une volonté politique déterminée à y mettre fin n’est toujours pas en œuvre et une trop fréquente impunité des acteurs en maintient l’usage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;User légitimement de la force publique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diffusion par les réseaux sociaux d’images témoignant
d’abus et d’excès inacceptables met en doute que l’usage de la force, par la police, soit « institué pour l&amp;rsquo;avantage de tous ». L’usage de la force publique ne peut procéder du seul énoncé d’une légitimité de principe : les conditions démocratiques de son exercice doivent être examinées avec exigence et s’inscrire dans une relation sociale entre la population et la police.
Or, depuis les années 2010, la gestion des manifestations protestataires a intégré une doctrine de maintien de l’ordre qui a multiplié les agissements violents, que nombre de rapports reconnaissent comme contreproductive et que les organisations internationales dénoncent. Le mouvement social doit pouvoir s’exprimer sans que la force policière ne cherche à le limiter mais au contraire, le protège, au titre de la garantie des droits.
Reconstruire une relation entre la police
et la population&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tournant sécuritaire sarkozyste de 2002 a initié des transformations dont nous ne cessons de payer le prix : le renoncement à la police de proximité, la volonté d’engager une relation d’affrontement exprimée par une rhétorique martiale évoquant exclusivement la répression, l’introduction de stratégies néomanagériales obsédées par les chiffres d’une rentabilité visible, les réductions budgétaires et leurs incidences sur les difficultés de l’exercice des métiers policiers, …
Tout a contribué à dégrader la relation entre police et population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seule une politique déterminée à assurer une formation des policiers fondée sur les droits démocratiques, à financer les moyens nécessaires à l’exercice de leurs métiers et à ne plus tolérer les pratiques discriminatoires et les recours illégitimes à la force, permettra de garantir des pratiques policières capables de protéger égalitairement les droits et les libertés.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul Devin&lt;/p&gt;
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&lt;/p&gt;</description></item><item><title>La police municipale face au désengagement de l'État</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/298/13-police-municipale/</link><pubDate>Wed, 18 Mar 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/298/13-police-municipale/</guid><description>&lt;p&gt;La police municipale regroupe environ 30 000 agent·es dans près de 4 500 communes, chiffres en constante augmentation. Christine Donadio, de la FSU Territoriale, est déléguée de la police municipale à la ville de Marseille, membre de la commission consultative nationale des PM.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : peux-tu nous présenter ton syndicat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Christine Donadio : la FSU Territoriale est une Fédération de syndicats unitaires qui partagent les mêmes valeurs, notamment la lutte contre toutes formes de discriminations, et la défense des fonctionnaires au quotidien.
Le syndicat départemental du 13 comporte des sections locales qui regroupent des sous-sections de policier·es municipaux·ales, des agent·es de crèches ou d’école (ATSEM)…
Historiquement, la section marseillaise, suite au mouvement social de 2003 sur les retraites, a quitté la CFDT et choisi de rejoindre la FSU. La sous-section Police Municipale de Marseille comprend des personnels des catégories B et C (agent et agentes de terrain) et nous avons depuis, face à FO, conquis la majorité au sein de la police municipale de Marseille B et C, avec une attractivité pour les jeunes recrues. La police municipale se syndique traditionnellement très peu, utilise parcimonieusement la grève car les agent·es privilégient le service rendu à la population.
La FSU Territoriale fait de la lutte contre le clientélisme, hélas trop souvent pratiqué, une priorité. Nous comptons beaucoup de sympathisant·es qui voient en nous une source fiable de renseignements sur leurs droits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : comment caractériser la situation nationale et locale en termes de sécurité publique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Christine Donadio : je suis policière municipale depuis 29 ans. Je ne peux que constater une montée de la violence dans la société, un problème grandissant de rapport à l’autorité, avec notamment plus de rébellions, de refus d’obtempérer, d’armements en circulation, de couteaux par exemple, ce qui est relativement récent, mais aussi de trafic de stupéfiants. Cela coïncide avec le recul de la présence de la police nationale sur le terrain, plus aucun territoire n’est épargné. D’où l’extension des prérogatives et des effectifs de la police municipale. Certes, il ne faut pas être dupe de l’instrumentalisation des questions de sécurité publique, mais nous sommes en tant qu’agent·es très exposé·es, nous déplorons des collègues blessé·es. Les agent·es, doté·es d’un fort sens du devoir, en viennent à considérer ces situations aberrantes comme faisant partie du métier. Nos formations comportent de plus en plus de séances consacrées aux moyens de coercitions, notamment face aux couteaux, la maîtrise de l’individu.
La FSU Territoriale n’est pas favorable à l’armement mais la plupart des collègues ne voient pas comment l’éviter, de même pour les caméras de surveillance qui ne constituent certes pas une panacée, mais un outil efficace pour identifier les auteurs de délits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : comment améliorer ces politiques publiques de sécurité et de tranquillité publique ? Quelles évolutions souhaitables pour les agents et agentes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Christine Donadio : nous constatons depuis une dizaine d’années une grande évolution du métier, de plus en plus proche des métiers de la police nationale.
De par le principe de libre administration des collectivités, chacune peut déterminer la politique de recrutement, l’armement ou non, les missions. À Marseille, les différentes brigades travaillent en lien étroit avec la police nationale, mais la situation est très différente en milieu rural, avec une priorité au maintien de la tranquillité publique au quotidien.
Le volet préventif a été scandaleusement abandonné, donc les policier·es municipaux·ales se chargent davantage du volet répressif, en cas de transgressions du code de la route, mais aussi d’agressions, leur champ de compétence est très large.
Le désengagement de l’État en termes de recrutements de policier·es nationaux·ales est un élément clé : les maires doivent combler ce recul, la FSU est en désaccord car cela expose plus les agent·es, des fonctionnaires par ailleurs méprisé·es et maltraité·es par leurs employeurs avec par exemple des retraites moyennes à 1 200 à 1 300 euros contre 2 200 dans la police nationale, plus tardives également. Nous subissons les conséquences de recrutements, hors concours, de militaires, de policier·es nationaux·ales ou de fonctionnaires territoriaux·ales, dont certain·es de catégorie B, ce qui bloque les possibilités d’avancement pour les municipaux·ales.
Tout ceci entraîne une perte d’attractivité. La prochaine loi sur de nouvelles prérogatives pour la police municipale légitime le désengagement de l’État.
Les communes prendraient davantage en charge les fonctions régaliennes de sécurité tout en subissant une baisse des dotations. Même Brest, longtemps réfractaire, envisage la création d’une police municipale. Nous allons être davantage exposé·es sans compensation, une sorte de police au rabais, dans une logique d’économies budgétaires.&lt;/p&gt;</description></item><item><title>France et Allemagne : quelles stratégies du maintien de l'ordre ?</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/298/14-france-allemagne/</link><pubDate>Tue, 17 Mar 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/298/14-france-allemagne/</guid><description>&lt;p&gt;Fabien Jobard est docteur en science politique et directeur de recherches au CNRS. Il est aussi chercheur au Centre de recherche sociologique sur le droit et les institutions pénales (CESDIP).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Référence : Fabien Jobard, Olivier Fillieule, Politiques du désordre. La police des manifestations en France, Points Seuil, 2026.
Fabien Jobard, Police en France, police en Allemagne : l’étendue des différences, Études, mai 2024, p. 21-30.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : en France, les stratégies allemandes de maintien de l&amp;rsquo;ordre, par exemple en termes de gestion des manifestations, sont souvent citées comme plus respectueuses des valeurs démocratiques que celles employées par la police française.
Qu&amp;rsquo;en est-il réellement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fabien Jobard : tant en France qu’en Allemagne, la gestion des manifestations par les forces de police a connu une inflexion lente mais majeure, dans le courant des années 1970.
Les pouvoirs publics ne pouvaient traiter les enfants de la bourgeoisie protestant depuis leurs campus universitaires comme des militants communistes vus comme des agents séditieux armés par Moscou ou comme des manifestants nord-africains vus comme des égorgeurs de policiers. Cette pacification du rapport aux foules est plus lente en Allemagne qu’en France.
En effet, « la » police n’existe pas, en Allemagne : ce sont les polices des Länder qui définissent leurs doctrines et dirigent leurs troupes. En Bavière, à Berlin ou à Hambourg, les polices suivent alors des lignes dures, beaucoup plus souples dans la Ruhr.
En France, la leçon majeure tirée de Mai 68 est la professionnalisation des forces de police : on créé des centres de formation dédiés, on accroît les volumes de formation, on diffuse des technologies qui mettent les foules à distance et évitent, tant que se peut, l’échange de coups.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd’hui, le rapport entre Allemagne et France est nettement inversé. Sous l’impulsion notamment du Tribunal constitutionnel (arrêt Brokdorf en 1985), l’action des forces de police allemandes a pour finalité la protection des manifestants et la protection de la liberté de manifester.
Dans le même temps, en France, l’attention des gouvernements et des appareils policiers a été absorbée par les violences urbaines.
Une doctrine implicite, dite « VU » pour violences urbaines, s’est développée, qui a privilégié l’intervention précoce auprès des protestataires, appuyée par des moyens offensifs de type lanceurs de balles de défense, en vue non plus d’éloigner des foules mais de réaliser des interpellations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque, sous l’effet du durcissement des politiques néolibérales, les mouvements sociaux sont revenus sur le devant de la scène en France (Nuit Debout et Loi Travail en 2016, Gilets Jaunes en 2018-2019, réforme des retraites en 2020 et en 2023…), les polices françaises ont traité les désordres en manifestation comme les émeutes urbaines. Le maintien de l’ordre des périphéries s’est vu transporté dans les centres-villes.
C’est ce qu’avec Olivier Fillieule nous avons appelé le mouvement de « brutalisation » du maintien de l’ordre. Dans le même temps, les mouvements protestataires ont profondément évolué en France, notamment avec les gilets jaunes qui ont revendiqué une rupture avec les traditions antérieures de déclaration des parcours et plus globalement de coopération avec les autorités.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : quels sont les rapports respectifs entre la société allemande, dans sa diversité (ethnique comme géographique), et la police ? Comment l&amp;rsquo;expliquer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fabien Jobard : la police ne relève pas en France et en Allemagne de la même philosophie. En France, la tradition policière depuis Louis XIV et plus tard depuis Napoléon Bonaparte fait de la police une institution au service de l’État avant d’être consacrée au service de la population ou du public. Ajoutons à cela que le transport de la guerre d’indépendance algérienne dans les agglomérations de la métropole, à Paris notamment, les politiques de logement des immigrés en périphérie des villes, la très sévère désindustrialisation qui a jeté les enfants de l’immigration hors du marché du travail… Tout ceci a fortement contribué à maintenir un rapport frontal, pour ne pas dire martial, entre la police et les jeunes hommes en situation de désœuvrement.
On retrouve ici la problématique des « violences urbaines » que j’évoquais à propos des manifestations et des mouvements sociaux. Pour beaucoup de responsables policiers allemands, les images qu’ils ou elles voient en provenance de la France, qu’il s’agisse des émeutes urbaines ou des violences en manifestation, représentent très exactement ce qu’il faut éviter.&lt;/p&gt;
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&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Face au RN, promouvoir une nouvelle démocratie sociale</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/298/15-rn/</link><pubDate>Mon, 16 Mar 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/298/15-rn/</guid><description>&lt;p&gt;promouvoir
une nouvelle
démocratie sociale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entretien avec Jean-Christophe Le Duigou&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Christophe Le Duigou a été membre de la commission exécutive de la CGT de 1982 à 2009, siègeant au Bureau confédéral aux côtés de Bernard Thibault de 1999 à 2009. Son dernier ouvrage, « Une longue histoire. Le syndicalisme, l’extrême droite et la démocratie », Arcane 17, est particulièrement utile dans la période actuelle et à venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : en quoi l&amp;rsquo;extrême droite et plus particulièrement le RN constituent-ils une menace pour le syndicalisme et le monde du travail ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Christophe Le Duigou : la menace sur les libertés est réelle. C’est légitimement que les acteurs sociaux s’inquiètent. La stratégie de l’extrême droite est de partir de considérations ethniques et de nationalité pour remettre en cause les principes de solidarité et d’universalité qui sont la base de notre modèle social.
Cela va de pair avec une culture de l’autorité et de la violence qui inspire la réforme de l’État qu’envisage d’appliquer le RN. Même s’il reste discret sur son contenu pour ne pas inquiéter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Même dédiabolisée, l’organisation de Marine Le Pen avec ses nouveaux cadres « manière Bardella », demeure le repère de militants dont les liens factieux sont bien connus. Cette organisation, le FN devenu RN, condamne, au nom de l’unité de la nation, ceux qui mènent le combat contre l’exploitation. Elle tente - pour le moment sans grand succès - de mettre sur pied des syndicats « jaunes » et cherche - avec plus de réussite - à implanter idées et militants dans des structures syndicales ou professionnelles pourtant bien organisées. La vigilance s’impose envers l’entrisme et le débauchage. Le syndicalisme doit se préoccuper d’alerter sur le danger et la nocivité du FN. Demain il sera trop tard !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : comment le syndicalisme peut-il lutter contre la progression du RN dans les votes et les opinions des salarié·es ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Christophe Le Duigou : faire barrage tant à la vague néo-libérale qu’à l’extrême droite suppose de contribuer à régénérer un idéal démocratique mal en point.
Les syndicats qui ne sont pas de simples corps intermédiaires ont une responsabilité particulière en ce domaine.
Face à la volatilité des repères et à la pluralité des attentes, sources d’insécurité il devient impératif de réaffirmer un horizon démocratique capable de donner un sens à l’intervention de chacun des acteurs sur la scène sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le modèle de citoyenneté et d’humanisme, qui jusqu’à présent a prédominé s’avère incomplet, car il n’implique pas de façon active les citoyen·nes sauf à des moments exceptionnels tels les différents votes. La préoccupation actuelle doit être la réintégration de toutes les composantes de la société à toutes les étapes de la vie commune.
Il s’agit d’inventer et de mettre en œuvre des mécanismes par lesquels les aspirations et les besoins de la population pourront irriguer les institutions à commencer par le Service public, la Sécurité sociale, l’Éducation nationale, l’Entreprise.
Il devient urgent de repenser l’idéal démocratique, non plus comme une simple procédure ou une série de rituels, mais comme une dynamique à réinventer. Imaginer l’avenir passe par la redéfinition d’espaces de dialogue constitutifs de nouvelles formes d’engagement où chaque organisme de la société retrouve une voix et une légitimité.
Cela suppose, à l’opposé de la pratique d’un 49.3, une nouvelle démocratie, ancrée dans la réalité du travail et de la cité qui passe par la construction de solidarités concrètes et de pouvoirs à partager.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : le syndicalisme doit-il aller jusqu&amp;rsquo;à soutenir les forces politiques opposées à l&amp;rsquo;extrême droite, au risque de se voir reprocher une perte d’indépendance ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Christophe Le Duigou : l’articulation entre sphère sociale et sphère politique ne saurait se limiter à une simple juxtaposition, ni à fortiori à une séparation stricte de deux champs, chacun s’ignorant superbement, mais guidés par une commune loi du profit comme le souhaite le MEDEF.
Elle ne peut pas non plus se limiter à une nouvelle délégation de pouvoir aux partis politiques qui vivent une crise profonde. Cette dynamique complexe impose une réflexion renouvelée sur les formes de coopération possibles, où chaque acteur, politique ou syndical, conserve sa spécificité mais recherche une complémentarité. Loin d’un cloisonnement stérile, il s’agirait plutôt de concevoir des « espaces de dialogue social écologiques et républicains » où le syndicalisme ne serait, ni une annexe politique, ni un contre-pouvoir isolé face à la toute-puissance du patronat et du monde de la finance, mais un acteur à part entière des évolutions sociales, sociétales et démocratiques.
Ainsi, la structuration d’une démocratie sociale véritable engagerait une expérience collective, où trouveraient place débats, tensions et situations de compromis, afin de faire reculer la pression de la finance et afin de renouveler les modalités de l’action collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis par Matthieu Leiritz&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Écologie, inégalités et services publics : ne pas dissocier les combats</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/298/16-ecologie/</link><pubDate>Sun, 15 Mar 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/298/16-ecologie/</guid><description>&lt;p&gt;La santé des populations les plus vulnérables, dont les enfants, est sans cesse menacée par l&amp;rsquo;accroissement de dégradations environnementales, corrélé au creusement mondial des inégalités de revenus. La justice écologique implique forcément leur réduction, notamment à travers un renforcement des services publics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise écologique n’est ni abstraite ni lointaine.
Elle se manifeste concrètement dans les territoires, les conditions de travail et la santé des populations. Deux enquêtes récentes en rendent compte de nouveau : l’une met en évidence l’exposition massive des élèves français aux pesticides, l’autre documente l’explosion des inégalités de richesse et leur rôle central dans le dérèglement climatique. Leur confrontation éclaire un enjeu politique majeur pour les militant·es syndicaux·ales et les agent·es public·ques : on ne répondra pas à la crise écologique sans justice sociale, ni renforcement des services publics.
Plus de 1,7 million d’élèves sont aujourd’hui scolarisé·es dans des écoles à proximité immédiate de zones agricoles intensivement traitées aux pesticides.
La cartographie réalisée par Le Monde et des scientifiques révèle que des milliers d’écoles sont exposées à des substances potentiellement toxiques, notamment dans les zones viticoles. Les études sanitaires associées sont préoccupantes : présence de résidus de fongicides et de perturbateurs endocriniens, engendrant un risque pour le développement des enfants.
Les personnels éducatifs, eux aussi, travaillent dans ces environnements dégradés, sans protection adaptée ni reconnaissance institutionnelle.
Cette situation interroge directement la mission de l’école publique. Comment la garantir lorsque les conditions matérielles de scolarisation exposent certain·es élèves, souvent issu·es de territoires populaires ou ruraux, à des risques sanitaires évitables ? L’injustice environnementale s’ajoute ici aux inégalités territoriales déjà à l’œuvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inégalités socio-climatiques&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces constats prennent une portée plus large lorsqu’on les relie aux travaux du Laboratoire sur les inégalités mondiales (World Inequality Lab), dirigés notamment par Thomas Piketty.
Ceux-ci montrent une concentration extrême des richesses au profit d’une infime minorité, dont les choix d’investissement pèsent lourdement sur le climat. Aujourd’hui, les 56 000 personnes les plus riches au monde, soit 0,001% de la population, possèdent plus de richesses que les 2,8 milliards (50%) d’adultes les moins riches.
Mais ces ultrariches ne se contentent pas de consommer davantage, ils financent massivement les secteurs les plus polluants, tout en se protégeant largement des conséquences environnementales et sanitaires de ces activités.
Le rapport propose une évolution dans le calcul de l’empreinte carbone, pour dépasser le seul levier de la consommation en introduisant l’idée d’une empreinte carbone des patrimoines, afin de responsabiliser les investisseurs face à leurs choix environnementaux.
À l’inverse, les classes populaires et moyennes - qui contribuent le moins aux émissions de gaz à effet de serre - subissent de plein fouet les effets du dérèglement climatique et de la pollution : maladies, dégradation du cadre de vie, pression accrue sur des services publics déjà fragilisés.
Dès lors, dissocier écologie et question sociale n’est pas envisageable. Faire reposer l’effort sur les ménages et les agents publics, sans remettre en cause la concentration des richesses et des pouvoirs économiques, alimente la défiance et affaiblit toute ambition écologique.
À l’inverse, une transition juste suppose des choix clairs : protection de la santé, régulation des activités polluantes, rééquilibrage des richesses entre les genres et entre générations, investissements publics massifs et fiscalité fortement redistributive.
« Historiquement, la richesse est venue d’investissements beaucoup plus inclusifs dans l’éducation et la santé. C’est la réduction des inégalités qui a permis le développement et la prospérité. » rappelle Thomas Piketty.
L’écologie est indissociable de la défense des missions de service public et des moyens qui y sont consacrés pour créer toujours plus d’égalité et participer du rééquilibrage des revenus allant au capital vers ceux du travail. Protéger les usager·es et les personnels, c’est exiger l’interdiction effective des pesticides dangereux, la promulgation de normes environnementales contraignantes, et des moyens abondés pour l’éducation, la santé et les services publics.
C’est aussi revendiquer une mise à contribution réelle des plus hauts patrimoines et des investisseurs au financement collectif de la transition écologique et sociale.
L’écologie n’est ni punitive, ni technocratique.
Elle est un projet collectif fondé sur l’égalité, la solidarité et le renforcement du service public et donc un levier de transformation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Betty Teyssier, Franck Brock et Julien Poirier&lt;/p&gt;
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&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Deux questions à Flavien Benazet (SNUIPN)</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/298/18-flavien/</link><pubDate>Sat, 14 Mar 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/298/18-flavien/</guid><description>&lt;p&gt;Enjeux-UA : quel bilan fais-tu du développement du SNUIPN ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Flavien Benazet : globalement je suis satisfait du développement du SNUIPN. Nous continuons de progresser, en représentant aujour-d’hui une réalité professionnelle diverse composée d’environ 30% de policier·es et 70% de personnels administratif·ves, techniques et scientifiques.
Cette diversité constitue une richesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons également démontré notre capacité à défendre efficacement nos adhérent·es, notamment à travers plusieurs actions engagées devant les juridictions administratives qui ont abouti à des décisions favorables.
Ces résultats concrets attestent de l’utilité du SNUIPN et renforcent sa crédibilité auprès des personnels.
Ils constituent un levier essentiel pour consolider notre implantation et favoriser de nouvelles adhésions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : et que retirez-vous du travail syndical avec la fédération ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Flavien Benazet : le soutien de la FSU est déterminant tant pour notre développement que pour le soutien de notre action syndicale.
Nous savons que ce soutien est absolument déterminant pour l’échéances des élections professionnelles de décembre prochain.
Nos collègues administratif·ves, techniques, scientifiques et policier·es doivent pouvoir être représenté·es par des équipes militantes porteuses du syndicalisme FSU et des valeurs qui le structurent.
C’est ô combien important dans la période confuse et périlleuse que nous vivons. Pas un jour où l’actualité ne nous le rappelle.
Nous espérons de ce point de vue que les réticences au développement d’un syndicalisme FSU dans la Police qu’ont affiché par le passé certaines minorités internes sont désormais dépassées.
Nos adhérent·es ont, à ce moment, pu avoir le sentiment d’être discriminé·es en raison de leur métier. Notre participation à l’ensemble de la vie fédérale a permis de lever ces questionnements. Tant mieux !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis par Matthieu Leiritz&lt;/p&gt;
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&lt;/p&gt;</description></item><item><title>SNUIPN : un syndicalisme FSU courageux et nécessaire</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/298/18-snuipn/</link><pubDate>Fri, 13 Mar 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/298/18-snuipn/</guid><description>&lt;p&gt;Comme s’il fallait une illustration supplémentaire de la pénétration des idées d’extrême droite parmi les effectifs de la Police nationale, le syndicat majoritaire Alliance a décidé d’en faire une démonstration à l’occasion de ses rassemblements du 31 janvier dernier.
Sur les lignes de têtes de ceux-ci, des personnalités de premier plan de l’extrême droite se sont affichées.
Quelques jours auparavant, fidèle aux valeurs du syndicalisme FSU qu’il développe dans la Police nationale, nos camarades du SNUIPN s’étaient exprimé·es pour faire tomber le masque de l’appel à ces rassemblements : « sous couvert de « soutien à la police », ces mobilisations véhiculent une vision dangereuse de notre métier : une police présentée comme assiégée, opposée à la population et affranchie de tout contrôle démocratique. Cette logique est à l’opposé des valeurs que nous défendons. Être un syndicat de police, ce n’est pas flatter les peurs ni instrumentaliser la colère. C’est défendre les policières et les policiers, leurs conditions de travail, leur sécurité et leur avenir professionnel, sans jamais remettre en cause l’État de droit. » Salutaire !
Quelques jours auparavant, après le décès d’El Hacen Diarra dans les locaux du commissariat du XXe arrondissement de Paris, intervenu suite à sa violente interpellation, le SNUIPN a tenu a rappeler « (&amp;hellip;) avec force que la mission de la police nationale est de protéger la population dans le strict respect des principes républicains, de la dignité humaine et du cadre légal. (…) Nous affirmons clairement que demander la vérité et la justice n’est pas être « anti-police », c’est au contraire défendre une « police exemplaire, responsable, respectée et respectueuse. »
L’offensive idéologique, politique et médiatique de l’extrême droite cherche à faire sauter les digues une à une, poussant sa stratégie d’inversion des valeurs aux fondements du pacte républicain. Les jours qui ont suivi le meurtre de Quentin Deranque, dans une rixe à Lyon, ont été de ce point de vue une leçon de choses montrant qu’aucun terrain ne doit être abandonné. Notre syndicalisme FSU a sa part de responsabilité dans la bataille contre ces idées nauséabondes. L’action syndicale du SNUIPN y participe, en totale cohérence avec sa défense des conditions de travail et de la dignité professionnelle des fonctionnaires de la Police nationale et du Ministère de l’Intérieur comme l’atteste l’action du lanceur d’alerte, le brigadier Amar Benmohamed contre les dérives racistes en son sein.
Pour Unité et Action, le développement
du SNUIPN est une nécessité !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Coralie Benech, Nicolas Wallet&lt;/p&gt;
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&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Une position majoritaire confortée à la FSU-SNUipp</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/298/19-fsu-snuipp/</link><pubDate>Thu, 12 Mar 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/298/19-fsu-snuipp/</guid><description>&lt;p&gt;La consultation interne de la FSU-SNUipp post congrès s’est déroulée il y a quelques semaines. L’expression des syndiqué-es a permis, à cette occasion, de conforter la place majoritaire d’UA&amp;amp;ST.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mobilisation des équipes départementales pour faire vivre la démocratie interne au sein de la FSU-SNUipp, a permis d’augmenter la participation au vote de 2,5%, avec 36,48% de votant·es (participation la plus haute depuis 2007). Nationalement, UA&amp;amp;ST reste majoritaire avec 62,95% des voix et les équilibres au niveau de l’équipe nationale (SN et élu·es Secteur) se maintiennent.
UA&amp;amp;ST reste majoritaire dans 67 des 102 sections départementales.
De manière générale, les résultats montrent un « vote de confiance » envers les équipes militantes en place.
C’est un élément clé de la consultation sur lequel un travail d’analyse collectif et une (re)mobilisation collective est à engager.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faire vivre le débat&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les militant·es UA&amp;amp;ST ont su créer de belles dynamiques départementales qui s&amp;rsquo;inscrivent dans la continuité du congrès d’Aix-les-Bains.
Elles sont à poursuivre et amplifier tout au long de ce mandat.
Les échanges, les débats d’idées, les « disputes » syndicales que nous faisons vivre permettent de nourrir notre tendance et plus largement notre syndicat.
Elles doivent viser la participation du plus grand nombre, notamment des femmes et des néo-militant·es des CS.
L’organisation d’espaces de discussion UA&amp;amp;ST dans les départements et / ou les académies peut être un moyen d’animer la tendance au niveau local et d’enrichir son orientation. Ce peut-être aussi l’occasion de faire plus et mieux participer les syndiqué·es à la démocratie interne du syndicat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prise de responsabilités&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surfant sur la vague du congrès, les militant·es UA des équipes départementales, en lien avec l’équipe nationale, ont fait vivre le vote interne et permis à UA&amp;amp;ST de conforter sa place de tendance majoritaire.
La tâche est loin d’être simple car, contrairement aux élections professionnelles, peu de syndiqué·es prennent la mesure des enjeux de ce scrutin. Pourtant, cette culture des tendances est inhérente à notre syndicat et ce particularisme syndical doit continuer à vivre.
Au sein de la fédération, la FSU-SNUipp fait exception avec la présence forte de l’École émancipée. Il appartient à UA&amp;amp;ST de prendre ses responsabilités et de faire vivre le débat d’idées et la synthèse, sans rien renier de sa position proche de la profession.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bravo et merci à toutes et tous les
militants pour leur engagement,
leur investissement pour UA&amp;amp;ST !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nicolas Wallet&lt;/p&gt;
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&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Les très riches accaparent une part croissante du pouvoir politique</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/298/20-tres-riche/</link><pubDate>Wed, 11 Mar 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/298/20-tres-riche/</guid><description>&lt;p&gt;Layla Abdelké Yakoub est responsable du plaidoyer « Justice fiscale et inégalités » pour Oxfam France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : quels sont les principaux enseignements du dernier rapport d&amp;rsquo;Oxfam (2026) sur l&amp;rsquo;état des inégalités en France ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Layla Abdelké Yakoub : Depuis des années, Oxfam tire la sonnette d’alarme sur l’aggravation des inégalités en France et dans le monde.
Nous nous appuyons sur des données officielles, légitimes et convergentes, par exemple de l’Insee, qui démontrent un double mouvement en France : l’envol de la fortune des plus riches et l’augmentation du taux de pauvreté, le plus élevé depuis 30 ans, voire plus. Ces données confirment, voire dépassent, nos craintes quant à l’accélération des inégalités.
Les ultra-riches sont d’une part de plus en plus nombreux, et d’autre part s’enrichissent toujours plus. 53 milliardaires français sont aujourd’hui plus riches que 32 millions de Françaises et de Français réuni·es.
Depuis l’élection d’Emmanuel Macron en 2017, les milliardaires, 32 à l’époque, ont vu leur fortune doubler, soit 220 milliards supplémentaires ; avec cette somme on aurait pu financer l’embauche d’un·e enseignant·e supplémentaire dans chaque établissement scolaire durant 400 ans. En 24 minutes, un milliardaire empoche l’équivalent d’un an de revenu moyen, soit 42 338 euros. Cette situation, folle, a plusieurs origines, dont les politiques fiscales, l’évolution des cours boursiers, de la valeur des patrimoines immobiliers, ou l’existence de monopoles comme les GAFAM aux EU.
Nous nous sommes concentré·es aussi dans notre rapport sur les enjeux de pouvoir liés à l’enrichissement. Les très riches tendent à accaparer une partie de plus en plus importante du pouvoir politique : ainsi, des études ont pu établir qu’au niveau international un milliardaire avait 4 000 fois plus de chances d&amp;rsquo;être en poste politique qu&amp;rsquo;un citoyen lambda.
En France, la mainmise des plus riches sur les médias est de plus en plus évidente, leur donnant ainsi un moyen de pression sur les orientations politiques du pays. Bernard Arnault, l’homme le plus riche de France, a ainsi mené campagne dans les médias contre la taxe Zucman, avec menaces de quitter la France à la clé, se posant en équivalence de légitimité avec la représentation nationale.
En témoigne également l’augmentation de la part, aujourd’hui majoritaire, des millionnaires au sein du gouvernement.
Les riches pèsent également, malgré une réglementation plus restrictive qu’aux EU, sur les programmes politiques via le financement privé des partis et des campagnes électorales. Tout ceci aboutit à un affaiblissement des contre-pouvoirs.
Il est certain que la situation de la presse papier est compliquée, d’où des rachats par des milliardaires, les rédactions se retrouvent dans des situations complexes, en dépit des aides publiques et de règles, peu respectées, qui sont censées assurer une certaine indépendance rédactionnelle.
Rodolphe Saade dit respecter cette indépendance, quand d’autres tels Vincent Bolloré ou Edouard Sterin affichent leur projet de soutien idéologique à l’extrême droite. Arnault n’est pas dans cette logique mais défend ses intérêts économiques personnels.
Or de rachat en rachat il contrôle désormais la quasi-totalité de la presse économique française, ce qui nuit à l’accès à une information fiable.
Parallèlement à cet enrichissement des plus riches, les associations de lutte contre la pauvreté, comme le Secours catholique qui travaille à partir des données des personnes qu’il accueille, ou la Fondation pour le logement, partagent le constat d’une aggravation de la pauvreté, spécialement les familles monoparentales, très souvent une femme avec des enfants, les populations des outre mers. La France, selon l’INSEE, compte aujourd’hui 11 millions de personnes pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : quelles seraient les politiques publiques propres à réduire significativement ces inégalités ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Layla Abdelké Yakoub : Oxfam est une organisation apartisane qui s’adresse à toutes les formations politiques, sauf d’extrême droite, et au gouvernement.
Certaines des thématiques que nous portons sont de plus en plus reprises, comme l’accroissement des inégalités, devenu si évident que la plupart des forces politiques se sentent obligées de désormais se positionner, par exemple sur la taxe Zucman, et plus globalement sur la taxation des ultra-riches.
Les partis divergent maintenant plus sur les modalités ou les conséquences économiques que sur sa légitimité, tant la justice fiscale apparaît comme une nécessité incontournable, d’où la récente adoption d’une taxe sur les holdings, certes trop peu efficace.
Même chose sur la question de la taxation sur les supers héritages, longtemps restée taboue en France, chacun pouvant avoir la crainte de se voir par exemple privée de sa maison familiale. En réalité cela concernerait les héritages supérieurs à 10 millions d’euros, soit 0,3% des héritages, quand la moitié des Français n’en laisse aucun à sa mort… Les très riches en bénéficient d’autant plus qu’eux peuvent s’appuyer sur des avocats fiscalistes et autres gestionnaires de patrimoine.
Là encore, de manière transpartisane, une des niches fiscales concernées a été revue, ce qui constitue un petit pas en avant vers davantage de justice fiscale.
Oxfam vient de publier 19 mesures fiscales propres à financer des mesures écologiques, féministes et sociales, sur le principe simple que chacun doit contribuer en fonction de ses moyens, et sur la base des revendications des organisations syndicales et des associations. Or les très riches paient peu d’impôts, quand les pauvres sont astreints à la CSG ou à la TVA et de ce fait contribuent proportionnellement à leurs revenus bien davantage que les privilégié·es.
Une meilleure redistribution des revenus permettrait de mieux financer les services publics (hôpital, éducation, aide au logement, crèches… ) dont toutes les études montrent qu’ils constituent le principal barrage face à la pauvreté, alors qu’ils sont les premières victimes des politiques d’austérité au prétexte d’un endettement trop lourd. Ou encore d’augmenter le montant du RSA et de l’étendre aux 18 - 25 ans.
L’exil fiscal est agité par celles et ceux qui s’opposent à de telles mesures. Par principe, nous ne pouvons penser nos lois en fonction de ceux ou celles qui ne les respecteraient pas. La loi doit être juste, et contenir les moyens pour éviter son non-respect.
Aux États-Unis, l’impôt est ainsi lié à la citoyenneté et non à la résidence. Par ailleurs, les études montrent que cet exil reste marginal dans ses effets. France stratégie a calculé que le retour d’exilés après la suppression de l’ISF avait rapporté 160 fois moins que le montant de l’impôt…
Bernard Arnault reste en France car il en bénéficie en terme d&amp;rsquo;image de marque et de bien vivre. Un pays ne se réduit pas aux impôts. Notons enfin qu’au-delà de leurs discours hypocrites de soutien affiché aux classes populaires, les municipalités gérées par le RN ne contribuent en rien à la lutte contre les inégalités, ce qui est conforme aux votes de leurs député·es, contre l’ISF et pour la défense des plus fortuné·es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis par Matthieu Leiritz&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Les mots du néolibéralisme : l'évaluation</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/298/21-mots/</link><pubDate>Tue, 10 Mar 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/298/21-mots/</guid><description>&lt;p&gt;« Enjeux » poursuit sa série d’articles interrogeant quelques mots du néolibéralisme et leur sens au regard des politiques gouvernant les services publics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ÉVALUATION&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les volontés de véridiction du néolibéralisme ont entraîné une généralisation de l’évaluation, annoncée comme indispensable pour rationaliser l’action publique par la mesure de ses effets. À une définition du projet politique par ses finalités, se substitue une définition par ses résultats visant à prouver son bien-fondé, quitte à organiser l’indicateur en fonction du résultat désiré.
Une telle gouvernance se justifie en affirmant la nécessité de diminuer la dépense publique.
Force est de constater qu’elle est loin d’avoir produit l’amélioration qualitative du service public promise.
L’école et l’hôpital en témoignent durement…
Mais au-delà, ces outils régulateurs cherchent à conduire les acteur·trices à l’autogouvernement de leur action. L’évaluation agit comme un « miroir » qui contraint à un réajustement des pratiques et vise l’appropriation des normes par les agent·es eux-mêmes. Cette gouvernance par les nombres impose sa rationalité comptable et mesurable au mépris de la délibération, du débat politique et de la confrontation aux valeurs. L’individu, soumis aux impératifs du résultat et aux pressions de la concurrence, est sommé d’exécuter les processus normalisés censés offrir la meilleure performance.
Les évaluations nationales de l’apprentissage de la lecture en offrent le parfait exemple. Justifiées par un discours de rationalisation scientifique et l’affirmation de leur efficacité, les procédures d’action contraignent les agent·es.
Leur refus les menacerait de devoir assumer la responsabilité d’une efficacité moindre et les mène à une incorporation des normes même s’ils et elles savent qu’elles n’engendreront pas les progrès qualitatifs promis.
Les doutes sur le sens de l’action ainsi générés produisent une dégradation des conditions de travail et ses conséquences défavorables tant sur la santé des personnels que sur la qualité du service public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul Devin&lt;/p&gt;</description></item><item><title>1936 : en finir avec la ségrégation scolaire</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/298/22-1936/</link><pubDate>Mon, 09 Mar 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/298/22-1936/</guid><description>&lt;p&gt;L’action du Front Populaire concernant l’éducation n’a pas toujours abouti, mais elle a semé pour l’avenir en liant en permanence, comme l’avait fait Jean Jaures en 1910, l’action laïque et l’action sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment aurions-nous le droit de recruter, même par la loi, des écoliers nouveaux, si nous laissons des classes de 60, 70 élèves ?
Comment le pourrions-nous, si nous n&amp;rsquo;avons pas le courage de pousser jusqu&amp;rsquo;à quatorze ans la scolarité ?
Comment le pourrions-nous, si nous ne nous mettons pas en état de donner, en effet, à tous nos maîtres (&amp;hellip;), cette culture &amp;hellip; condition absolue d&amp;rsquo;un enseignement à la fois élevé et impartial ? ….
Ici encore, la question scolaire rejoint la question sociale ; elle n&amp;rsquo;est pas pour nous une diversion. Ces deux questions se tiennent. Laïcité de l&amp;rsquo;enseignement, progrès social, ce sont deux formules indivisibles. Nous n&amp;rsquo;oublierons ni l&amp;rsquo;une ni l&amp;rsquo;autre, et, en républicains socialistes, nous lutterons pour toutes les deux. »
Jean Jaurès 21 janvier 1910&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean Zay, nommé ministre de l’éducation nationale et des beaux-arts va marquer durablement de son empreinte le ministère, restant en fonction de juin 1936 à septembre 1939.
Changer l’école est un impératif du Front populaire, tant le système de l’époque est inégalitaire et soumis aux pesanteurs sociales. La question scolaire est abordée dans le programme du Rassemblement populaire. Il s’agit tout d’abord d’assurer la prolongation de la scolarité obligatoire jusqu’à 14 ans, déjà réclamée par Jaurès en 1910, et la mise en pratique dans l’enseignement du second degré de mesures complémentaires à la gratuité de ce niveau d’enseignement votée en 1933.
Il faut, selon le programme, « mettre fin à une inégalité criante du système scolaire entre le premier degré et le second degré, l’un étant destiné aux classes populaires, l’autre étant réservé aux élites ». C’est le principe de l’école unique qui est ici revendiqué pour mettre fin à un système où seulement un peu plus de 5% des élèves fréquentent les collèges et les lycées. Au projet d’école unique s’ajoute la défense de l’école laïque et de ses maîtres qui sont « les garants de la continuité d’une éducation respectueuse de la République. ».
Jean Zay nommé en juin 1936 nomme à ce poste dans un premier temps trois sous-secrétaires d’État, Deux de ces sous-secrétaires sont des femmes : Cécile Brunschvicg en charge des questions sanitaires en lien avec l’école ; Irène Joliot-Curie, de la recherche scientifique, qui laissera en 1937 sa place au scientifique Jean Perrin. Il s’entoure au ministère d’une équipe de spécialistes engagés des questions scolaires venus du syndicalisme enseignant et collabore, notamment de manière constructive avec le rapporteur de la commission du budget de l’Éducation à la Chambre des députés, l’enseignant communiste Georges Cogniot.
Dès le 11 juin 1936, soit une semaine après sa nomination, il dépose un texte prolongeant la scolarité jusqu’à 14 ans.
Le texte est adopté à une très large majorité par 488 voix contre 80. Des discussions avaient été nécessaires avec la CGT, dont les dirigeants souhaitaient l’extension jusqu’à 16 ans, et avec les communistes, qui voulaient, sous la direction de Georges Cogniot, que l’âge soit repoussé jusqu’à 15 ans. Il précise d’ailleurs au moment du vote que cette mesure n’est qu’une première étape vers une prolongation de la scolarité obligatoire jusqu’à 16 ans.
Cette première mesure s’accompagne d’un recrutement d’instituteurs pour l’année complémentaire prévu en deux phases : environ 2 000 créations de postes dès la rentrée 1936, puis 4 000 postes à la rentrée 1937.
Cela nécessite aussi un important plan de constructions scolaires qui est décidé dans la foulée, notamment de collèges / lycées construits dorénavant sans chapelle ce qui provoque l’ire des partis de droite.
D’autres mesures sont prises comme le dédoublement des classes à fort effectif (plus de 35 élèves) ce qui est fait dans une circulaire d’octobre 1936.
Jean Zay souhaite instaurer le principe d’une éducation physique hebdomadaire à tous les élèves. L’action combinée du ministre de l’Éducation et celle de Léo Lagrange, en charge des Loisirs et des Sports permet à l’éducation physique d’être partie prenante de l’éducation scolaire.
Il veut aussi, toujours en suivant le programme du Front populaire, créer les conditions du respect de la laïcité.
Dans ce domaine, ce sont surtout les activités des ligues d’extrême droite qui inquiètent le gouvernement et le ministre de l’Éducation. L’activité de ces ligues est parfois importante aux abords des lycées, voire même à l’intérieur, où élèves et parfois enseignants n’hésitent pas à user de propagande contre le gouvernement en place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une circulaire du 31 décembre 1936, il condamne toute forme d’agitation politique d’une majorité dans les lycées et les collèges et affirme qu’il fera preuve de fermeté en cas de manquement. Ce texte est complété en janvier 1937 pour lutter cette fois-ci contre « les propagandes confessionnelles ».
La tentative de réforme de 1937&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux grands principes régissent le projet élaboré en 1937 par Jean Zay et son équipe : il s’agit tout d’abord de mettre fin au dualisme de l’enseignement français, en faisant du secondaire la suite logique du primaire. Cette mesure de justice sociale et de démocratisation de l’enseignement représente la perspective politique du projet : l’orientation doit permettre à tous les élèves, quelle que soit leur situation sociale, de suivre un enseignement en fonction de leurs aptitudes, et non en raison de leur appartenance à telle ou telle classe sociale.
Le ministre dépose à cette fin un projet de loi le 5 mars 1937 à la Chambre des députés. Il est proposé d’organiser l’enseignement en degrés successifs : le premier degré (qui comprend l’ensemble des enseignements élémentaires, quel que soit l’endroit où il est dispensé) est unifié, ce qui entraîne la disparition des petites classes au lycée et au collège. À 11 ou 12 ans, l’élève doit passer son certificat d’études primaires, afin d’entrer dans le second degré.
La classe de sixième devient une classe d’orientation à l’issue de laquelle, l’élève peut poursuivre ses études dans trois sections parallèles : les filières classique, moderne et technique. Ceux qui n’intègrent pas le second degré poursuivront leurs études par un enseignement complémentaire jusqu’à 14 ans, puis un enseignement postscolaire facultatif.
Le pivot de la réforme est donc la classe de sixième qui permet une sélection des élèves, non plus sur des critères sociaux, mais en fonction des aptitudes décelées par les enseignants.
Le projet de loi doit être examiné à la Chambre à partir de mars 1937, mais une majorité de députés favorables au maintien de la situation actuelle du secondaire, ne sont pas disposés à permettre le vote d’un tel projet. C’est pourquoi le ministre choisit pour contourner les lenteurs parlementaires de mettre en place rapidement certaines dispositions de son projet.
Le 22 mai 1937 est institué le principe de l’expérience de classes d’orientation en sixième pour l’année suivante. 172 classes sont concernées dans un ensemble de 45 établissements partout en France. Pour l’équipe ministérielle, il s’agit, à partir de ces expériences, d’affiner le projet initial.
Début juin 1937, trois structures sont mises en place.
Le premier degré comprend dorénavant les écoles élémentaires du primaire et celles des lycées et collèges. Le second degré regroupe les collèges et les lycées avec les Écoles primaires supérieures (EPS). Le troisième degré concerne l’enseignement supérieur. Enfin, les programmes des classes du premier cycle des lycées et collèges et ceux des cours préparatoires et des EPS sont harmonisés afin de permettre le passage d’un système à l’autre.
Le 29 novembre 1937, il prononce une conférence devant l’Union rationaliste. Le texte de son intervention est publié quelques mois plus tard, accompagné du projet de lois.
Le principe essentiel repose sur la justice dans le domaine de l’éducation : « Chacun doit pouvoir disposer du meilleur enseignement possible, basé sur une culture humaniste, et non pas la superposition de savoirs indigestes ou réservés à une élite restreinte ». Il importe plus concrètement également « d’éveiller les goûts de l’enfant, de les provoquer, en lui laissant une certaine liberté qui lui permette de s’instruire, selon son désir, dans telle ou telle section ».
Il indique aussi : « il arrive qu’on parle souvent des réformes et qu’on ne les réalise pas toujours. J’ai dit un jour que nous sommes à une heure où notre pays peut encore pardonner l’erreur, mais où il ne peut plus pardonner l’inaction ».
L’expérience des classes d’orientation en sixième est reconduite l’année suivante avec le soutien du Conseil supérieur de l’instruction publique (CSIP), organe consultatif composé de représentants de grandes institutions éducatives, de parents et d’enseignants élus. Le rapporteur de ces expérimentations pour le CSIP est Yves Le Lay, représentant du SPES, responsable de sa commission pédagogique, syndicat constitué en 1937. Le SPES syndique les personnels de lycées et collèges et est affilié à la Fédération générale de l’enseignement (composante de la CGT). À l’inverse le Syndicat national des lycées, collèges et cours secondaires (SNALCC), né du refus de l’unification à la CGT adopte des positions conservatrices dans le domaine éducatif et s’oppose à la réforme.
Dans la presse conservatrice, on déplore le nivellement par le bas, la pratique d’activités basées sur l’amusement et non sur le savoir, on condamne également la disparition supposée des humanités classiques autour du Grec et du Latin. Les quotidiens Le Tempes et La Croix sont parmi les plus hostiles.
Mais les craintes sont également nombreuses dans le milieu enseignant et syndical. Si certaines confusions et hésitations sont visibles - ainsi la société des agrégés masculine condamne la réforme, alors que la société des agrégées féminine affiche son soutien - il faut également ajouter les difficultés économiques du gouvernement : une telle réforme nécessite un fort investissement financier,
Un faisceau d’intérêts, parfois contradictoires entraînent l’enlisement du projet initié par Jean Zay. Pourtant le grain est semé pour le futur !
Le plan Langevin-Wallon de 1945 s’inscrira dans son sillage…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Louis Auduc&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
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&lt;/p&gt;</description></item><item><title>La loi du 9 décembre 1905 : la séparation des Églises et de l'État</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/298/24-1905/</link><pubDate>Sun, 08 Mar 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/298/24-1905/</guid><description>&lt;p&gt;La situation s’est tendue à la fin du XIXe siècle et au début du XXe entre la hiérarchie de l’Église catholique et l’État républicain français.
Diverses raisons en sont à l’origine. Passée la première bataille de laïcisation de l’école primaire dans les années 1880, une période, marquée par le ralliement du Pape Léon XIII à la République, semblait s’ouvrir. Mais l’affaire Dreyfus, où la hiérarchie catholique fit corps avec la réaction contre-révolutionnaire profondément antisémite inspirée par l’Action Française, en marqua la fin.
Dès lors, la question d’en finir avec les accords passés par Napoléon Ier en 1801 avec l’Église catholique devint une question d’actualité.
La volonté de séparer les Églises et l’État était apparue dans le programme républicain, à la fin du Second Empire, portée par Gambetta, mais elle n’avait pas abouti à un texte de loi.
La situation va changer au XXe siècle. Différents textes à partir de 1901 vont marquer la volonté de la majorité républicaine à diminuer le pouvoir de l’Église catholique. La loi sur les associations de 1901 établit leur liberté, tout en ayant un volet restrictif pour les congrégations religieuses qui furent, pour la plupart d’entre elles, interdites d’enseignement en 1904.
C’est alors que pour « acter » la nécessaire séparation des Églises et de l’État, se met en place une commission parlementaire que va présider Aristide Briand.
L’élection d’un nouveau pape Pie X qui prétend se situer dans la lignée de Pie IX et du « Syllabus » condamnant les idées « modernes » et réclamant le maintien d’un pouvoir temporel pour la papauté en ne reconnaissant pas Rome comme capitale du royaume d’Italie, accentue la crise. Le président de la République française visitant Rome, les relations diplomatiques sont rompues entre le Vatican et la République française le 29 juillet 1904.
La discussion du projet de loi élaboré par la commission devient inévitable. Elle durera toute l’année 1905.
Dans le camp de ceux qui soutiennent la séparation des Églises et de l’État, deux projets s’affrontent.
L’un souhaite profiter de la Séparation pour tenter d’éradiquer la religion catholique du territoire français. Maurice Allard l’exprime très clairement le 10 avril 1905 à la Chambre des députés : « Le christianisme est un obstacle permanent au développement social de la République et à tout progrès vers la civilisation… Il y a incompatibilité entre l’Eglise, le catholicisme ou même le christianisme et tout régime républicain.
Le christianisme est un outrage à la raison, un outrage à la nature ! »
L’autre projet, qui sera majoritaire, vise à séparer les églises de l’État dans l’optique de ce que déclarait Victor Hugo en 1850 : « L’État chez lui, l’Église chez elle » en garantissant la liberté des cultes dans le respect de l’ordre public. Comme le rappelait Aristide Briand en présentant la loi de Séparation : « La loi protège la foi pour autant que la foi ne veuille pas faire la loi ».
La loi promulguée le 9 décembre 1905 se présente sous la forme de 44 articles : Les deux premiers présentant les principes de la séparation ; les articles 3 à 44, les modalités concrètes d’applications de ces principes.
Si le mot laïcité n’est pas employé dans la loi, celle-ci affirme que c’est l’État qui est laïque, pas la société. Elle s’articule avec la notion d’intérêt général : une belle notion liée au commun, au collectif, l’intérêt général n’est pas la somme des intérêts particuliers, mais les dépasse.
Elle peut se résumer par un mot essentiel pour la laïcité : Liberté !
La loi commence par « La République assure la liberté de conscience ». La liberté de conscience personnelle est la garantie de la liberté de chacun et chacune de croire ou de ne pas croire, de changer de religion : c’est la liberté d’expression, avec les limites fixées par la loi liées à la diffamation, le négationnisme, le racisme ou l’antisémitisme…
C’est la liberté de pouvoir critiquer les religions, les caricaturer, de promouvoir librement la libre-pensée, l’athéisme. C’est la garantie de ne pouvoir pas être obligé de croire ou de ne pas croire comme le garantit l’article 31 : « Sont punis d’une amende…ou d’un emprisonnement, ceux qui, soit par voies de fait, violences ou menaces contre un individu, soit en lui faisant craindre de perdre son emploi, ou d’exposer à un dommage sa personne, sa famille ou sa fortune, l’auront déterminé à exercer ou à s’abstenir d’exercer un culte , à faire partie ou à cesser de faire partie d’une association cultuelle, à contribuer ou à s’abstenir de contribuer aux frais d’un culte. »
La primauté de l’État : l’État légifère sans que les religions puissent y mettre un Veto comme cela peut exister encore dans certains pays y compris de l’Union Européenne. Les cultes peuvent participer au débat national, mais si la loi est définitivement adoptée, aucun culte ne peut considérer que des lois qu’ils jugent voulues par Dieu peuvent être supérieures aux lois votées et aux valeurs de la République. La neutralité de l’État et de ses services porteurs des valeurs de la République, son impartialité est une garantie apportée par la laïcité à toutes et tous ses usager·es. L’article 28 de la loi l’explicite : « Il est interdit à l’avenir d’élever ou d’apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelconque emplacement public… »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La laïcité voulue par la loi de Séparation de 1905, c’est également l’égalité de traitement des croyances ou des non-croyances
Un état non laïque ne met souvent en avant qu’une seule religion ou aucune, ce qui n’est pas le cas de la France laïque qui « ne reconnaît aucun culte » mais qui donc garantit la liberté de tous les cultes.
L’État garantit concrètement pour toutes les religions placées sur un même plan d’équité, la liberté des cultes.
En témoigne, par exemple, le droit pour les élèves pendant leur scolarité de s’absenter pour trois grandes fêtes publiées chaque année au J.O de leurs religions autres que celles du catholicisme romain (la première publication de ce droit date de 1907 !), la présence d’aumôneries défrayées par l’État dans les prisons, les hôpitaux, l’armée, prévue à l’article 2 de la loi.
La loi de 1905 détermine au fond trois espaces de vie : l’espace privé, espace intime, particulier, le « jardin secret » de chacune et chacun. L’espace public partagé : c’est le lieu du privé collectif qui n’est pas soumis aux principes de la neutralité. L’assemblée à l’occasion des débats a, par exemple, refusé l’interdiction du port de la soutane dans la rue. L’article 27 de la loi de 1905 est très clair : « Les cérémonies, processions et autres manifestations extérieures d’un culte continueront à être réglées en conformité des articles 95 et 97 de la loi municipale du 5 avril 1884 (relatives aux manifestations politiques ou syndicales concernant l’occupation temporaire du domaine public) ». Les espaces d’intérêt général, de service public : l’intérêt général n’étant pas la somme des intérêts particuliers, des restrictions à la propagande et au prosélytisme religieux, politiques, commerciales sont possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second texte est la circulaire du 13 juillet 1909 qui soumet le clergé qui y est associé, à un agrément de l’administration :
« Vous êtes en droit d’exiger que les choix des ministres des cultes attachés à ces groupements et en mesure de recevoir des indemnités de fonction soient soumis à votre agrément. L’action directe que l’autorité supérieure doit conserver sur le recrutement du personnel du culte musulman pourra s’exercer d’une manière aussi efficace qu’à l’aide d’un véritable droit de nomination… ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi de 1905 est donc une loi fondatrice pour la mise en œuvre du principe de laïcité et des valeurs de la République confortée par les textes issus du Conseil National de la Résistance et formant le préambule de la Constitution de 1958.
Elle reste pour l’ensemble de ces 44 articles mal connue, ce qui permet de la dénaturer, caricaturer, instrumentaliser, en contradiction avec ce qu’elle dit réellement. La loi de 1905 mériterait cent vingt ans après de déboucher enfin sur son accomplissement en décidant son application pleine et entière sur tous les territoires sous le drapeau français gérés par l’article 43, y compris l’Alsace-Moselle qui y a été artificiellement rattachée en 1920.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Louis Auduc
——————————————————————
Le texte originel que Jean Louis a bien voulu donner à Enjeux comprenait des passages fort intéressants sur l’application de la loi de 1905 dans l’empire colonial français. Faute de place, il n’a pas été possible de les maintenir mais le texte est trouvable sur le site internet UA FSU.&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Face à l'imposture de l'extrême droite, renforcer le syndicalisme féministe</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/298/26-egalite/</link><pubDate>Sat, 07 Mar 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/298/26-egalite/</guid><description>&lt;p&gt;renforcer l&amp;rsquo;engagement
syndical féministe constitue
un impératif social et démocratique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Longtemps, les femmes ont moins voté pour l’extrême droite que les hommes. Cet écart appelé « Radical Right Gender Gap » traduisait une défiance à l’égard des formations perçues comme autoritaires, virilistes et hostiles aux droits des femmes. Pourtant, dans de nombreux pays d’Europe, dont la France, cet écart s’est résorbé.
Par un travail de normalisation et l’instrumentalisation des violences sexistes à des fins racistes, l’extrême droite a cherché à apparaître plus compatible avec les préoccupations des femmes. Derrière cette stratégie, le projet demeure profondément réactionnaire, ce qui impose au mouvement syndical d’articuler pleinement son combat au féminisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un vernis féministe pour un projet
réactionnaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La progression du vote des femmes pour l’extrême droite ne relève pas du hasard.
Les travaux de Nonna Mayer et Noémie Piolat montrent que cette évolution résulte d’une stratégie politique délibérée. Sous la direction de Marine Le Pen, le RN a féminisé sa vitrine, adouci son vocabulaire, multiplié les signaux de « respectabilité » se présentant comme protecteur de la sécurité et de la liberté des femmes. Les fondamentaux demeurent : autoritarisme, hiérarchie des droits entre les hommes et les femmes, stigmatisation des minorités, naturalisation des rôles sexués et affaiblissement des solidarités collectives. Cette mue s’apparente à ce que la sociologue Sara R. Farris appelle le « fémonationalisme » : l’utilisation opportuniste du discours sur les droits des femmes pour légitimer des politiques xénophobes et sécuritaires. On invoque les femmes pour mieux exclure d’autres populations. Le féminisme devient un outil rhétorique au service du nationalisme.
Cette instrumentalisation ne vise pas seulement les femmes : elle s’inscrit dans un projet plus large de normalisation d’un ordre hétérosexuel et binaire. Les personnes LGBTQIA+, sont régulièrement désignées comme des menaces pour « l’ordre naturel » ou « l’identité nationale ». Sous couvert de protection de l’enfance ou de défense de la famille, il s’agit de restaurer un ordre patriarcal, hétérocentré et autoritaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Précarité sociale et insécurité :
un terreau politique favorable
à l’extrême droite&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce basculement électoral ne peut pas être compris sans en regarder les conditions matérielles d’existence.
Les femmes sont surreprésentées dans les métiers précaires, à temps partiel subi, mal rémunérés et peu reconnus socialement. Elles assument majoritairement le travail domestique et le soin aux proches. Que ce soit en tant qu’agentes ou usagères, elles dépendent davantage des services publics que les politiques néolibérales ont fragilisés.
Dans ce contexte, l’insécurité économique et sociale est réelle. Elle nourrit une demande légitime de protection sociale L’extrême droite exploite cette détresse en désignant des responsables faciles : immigré·es, réfugié·es, musulman⋅es. Elle transforme une crise sociale produite par des choix économiques en problème identitaire.
Cela lui permet d’éviter toute remise en cause des politiques libérales qui précarisent les travailleuses. Le danger est là : en se présentant comme le « dernier rempart » contre le déclassement, l’extrême droite détourne des électrices de leurs propres intérêts de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Instrumentalisation des violences
et régression des droits&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis #MeToo, les violences faites aux femmes occupent une place centrale dans le débat public et les mobilisations féministes ont imposé des revendications concrètes : justice spécialisée, hébergement d’urgence, prévention, éducation à l’égalité, moyens renforcés pour les associations.
L’extrême droite privilégie au contraire une réponse sécuritaire centrée sur la figure de « l’étranger violeur », alors que les violences sont majoritairement commises dans la sphère intime, dans tous les milieux sociaux.
Cette focalisation invisibilise les causes structurelles et affaiblit la lutte réelle contre ces violences. L’expérience internationale montre d’ailleurs que lorsque l’extrême droite gouverne, les droits reculent : restrictions de l’accès à l’avortement, attaques contre l’éducation au genre, hostilité aux droits LGBTQIA+, pressions sur les associations et la recherche.
Les reculs sont souvent progressifs, on maintient la loi, mais on réduit les moyens, on complique l’accès, on intimide les professionnel·les.
Ce discours “protecteur” masque une politique de contrôle des corps et de restauration d’un ordre moral, où les minorités de genre deviennent des cibles privilégiées de paniques morales servant à détourner l’attention des inégalités sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Réapproprier les mobilisations féministes :
une stratégie d’entrisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, cette bataille se joue aussi sur le terrain. Des groupes identitaires comme Némésis se prétendant « féministes » développent un discours raciste et islamophobe.
Leur objectif : la désignation d’ennemis. Ces groupes investissent les mobilisations féministes dans une logique de confrontation identitaire. Leur présence lors des manifestations du 8 mars ou du 25 novembre vise à déplacer le centre de gravité des luttes. Au lieu de parler salaires, retraites, services publics, violences conjugales ou précarité, le débat est capté par des polémiques identitaires.
Leur stratégie est claire : diviser les mobilisations, affaiblir le mouvement féministe et visibiliser leurs revendications à l’opposé de celles du mouvement féministe. Comme le dit la journaliste et militante féministe Léane Alestra, pour ne pas leur laisser la place, à nous d’être massivement présent⋅es lors des mobilisations et manifestations.
Cette dynamique est amplifiée par l’écosystème numérique, où la viralité et la polarisation favorisent les contenus provocateurs, antiféministes et racistes au détriment des analyses de fond. Le cyberharcèlement réduit au silence de nombreuses militantes, tandis que les femmes et les minorités en paient le prix fort. Les militantes fémonationalistes exploitent efficacement ces mécanismes : mises en scène, provocations filmées, extraits tronqués diffusés massivement pour nourrir un récit victimaire.
Cette stratégie d’entrisme, désormais classique à l’extrême droite, renforce leur visibilité et leur influence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syndicalisme féministe :
Un impératif social et démocratique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face à cette offensive, le syndicalisme féministe a un rôle central. Combattre l’extrême droite ne consiste pas seulement à dénoncer ses mensonges : il faut répondre aux causes sociales de son ascension. Cela passe par des revendications concrètes : défense des services publics, revalorisation des métiers féminisés, égalité salariale effective, financement massif de la lutte contre les violences, protection de l’école et de la recherche, soutien aux associations.
Ces politiques donnent de l’autonomie réelle et, partout où le syndicalisme gagne et fabrique de l’égalité, l’extrême droite recule. Le 8 mars et le 25 novembre doivent rester des étapes d’unité, de solidarité et de revendications sociales claires. Les syndicats ont la responsabilité de renforcer ces espaces, d’y faire entendre la voix des travailleuses et de refuser toute instrumentalisation raciste ou autoritaire.
Car derrière son relooking, l’extrême droite reste fidèle à son projet : diviser pour faire régner la terreur et maintenir voire renforcer l’ordre capitaliste, patriarcal et colonialiste en place. À l’inverse, le féminisme syndical porte une promesse d’émancipation collective, inclusive et intersectionnelle. Il articule la lutte contre le patriarcat, le racisme, l’homophobie et la transphobie, et contre les politiques économiques qui précarisent les travailleuses et travailleurs. C’est en liant luttes sociales et luttes féministes, en construisant des solidarités larges et en gagnant des droits concrets que nous pourrons faire reculer l’extrême droite et défendre la démocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sigrid Gérardin, Élise Arnol&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Lyon, à la confluence des droites radicales</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/298/28-ed/</link><pubDate>Fri, 06 Mar 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/298/28-ed/</guid><description>&lt;p&gt;La mort du jeune militant Quentin Deranque a une nouvelle fois mis en lumière la situation très spécifique de la capitale des Gaules en termes de présence et de violences de l’extrême droite, même si celles-ci tendent à se banaliser sur l’ensemble du pays. François Jandaud, secrétaire départemental de la FSU 69, Maud Millier, Secrétaire Générale de l’Union Départementale CGT du Rhône et de la Métropole de Lyon et un camarade de Solidaires 69 (nous avons choisi de préserver son anonymat pour des raisons de sécurité) ont accepté de confronter leurs analyses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : en quoi le drame de la mort du jeune militant d&amp;rsquo;extrême droite s&amp;rsquo;inscrit-il dans un contexte particulier à Lyon ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Solidaires : la préfecture du Rhône comptabilise entre 400 et 500 militants de droite radicale, responsables d’une centaines d’agressions physiques d’après Rue89Lyon.
Selon la sociologue Isabelle Sommier, cette quantité d’agressions serait sous-estimée, en hausse depuis une quinzaine d’années.
Il s’agit d’agressions contre des militant·es de gauche, des syndicalistes, des personnes LGBT, racisées victimes de ratonnades ou lors de match de foot par exemple. Tout ceci n’est pas récent : en 2019 le local de Solidaires a été attaqué, un camarade agressé, et dans la nuit du 14 au 15 février nos vitres anti effractions ont à nouveau été attaquées à coup de barres de fer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maud Millier : nous faisons le même constat de l’ancienneté de la présence à Lyon de groupuscules d’extrême droite très violents. Des salles de sports ont pallié la fermeture de locaux fascistes, avec une certaine complaisance des pouvoirs publics locaux, une relative tolérance envers les violences commises par des nervis, bras armés du patronat contre les mouvements progressistes. L’université de Lyon 3 constitue un autre pôle, au centre de réseaux intellectuels. Triste rappel de l’Allemagne des années 30 ou du fascisme italien. Notons que la Région, présidée par Laurent Wauquiez, finance plus largement cette université que Lyon 2. En dehors de la métropole, les secrétaires généraux de la FSU et de la CGT de l’Allier ont subi des menaces de mort.
Triste rappel de l’Allemagne des années 30 ou du fascisme italien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;François Jandaud : la force de l’extrême droite lyonnaise a plusieurs origines et revêt plusieurs formes. Ainsi la présence d’un catholicisme intégriste, ainsi qu’en effet des noyaux d’universitaires proches de l’extrême droite à Lyon 3 où enseigna Bruno Golnich, fidèle lieutenant de Jean Marie Le Pen et où prospéra le GRECE d’Alain de Benoist, un pôle universitaire qui a irrigué les milieux identitaires et nationaux révolutionnaires.
L’Olympique lyonnais est contaminé par des supporteurs d’extrême droite depuis les années 90, qui fournissent également les services d’ordre des réunions politiques, avec la bienveillance des grandes familles catholiques intégristes. Paradoxalement, l’extrême droite pèse électoralement peu à Lyon, mais elle assure une vraie présence, en partant de locaux, d’abord néonazis et fermés après 2010, puis des bars, des salles de sport spécialisées dans les sports de combat… L’Action française monarchiste est présente depuis longtemps puis sont venus le GUD, le Bastion social, le Pavillon noir…
Les pouvoirs publics, dont la préfecture mais aussi l’ancien maire Gérard Colomb, réduisaient ces attaques physiques à un combat entre militant·es d’extrême droite et d’extrême gauche, les plaçant volontiers sous le tapis : les dissolutions ont donc été tardives et peu efficaces, les organisations font le dos rond puis réapparaissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Solidaires : il est vrai que l’extrême droite réalise de mauvais scores électoraux, mais elle est en voie de notabilisation. Marion Maréchal a ainsi installé son école privée, l’ISSEP (Institut des sciences sociales, économique et politiques), en plein centre de Lyon, véritable centre de formation des cadres de l’union des droites, et le Rhône compte désormais deux circonscriptions RN.
Celui-ci cible 4 villes dans le département, escomptant une porosité voire une fusion des électorats de droite et d’extrême droite : un sénateur LR était présent dans la manifestation d’hommage à Quentin Deranque. L’extrême droite, ici comme ailleurs, profite de la crise économique, de l’impuissance apparente du camp progressiste, elle stigmatise une écologie « punitive », les ZFE&amp;hellip;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : comment se présente cette extrême droite locale ? Se confond elle avec le RN, voire la Droite dite républicaine? Quels sont ses relais et ses matrices, notamment dans le catholicisme traditionnaliste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maud Millier : la candidature à la mairie de Jean-Michel Aulas, ancien dirigeant de l’Olympique lyonnais, est assez révélatrice des collusions entre l’extrême droite et une droite dite républicaine locale qui semble toujours dans une logique « plutôt Hitler que le Front populaire ».
L’extrême droite porte d’ailleurs la lutte contre le syndicalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;François Jandaud : il existe des liens entre le RN et les groupuscules activistes, y compris historiques avec des pétainistes présents du temps du FN. Le RN s’est beaucoup servi de militants de Génération identitaire comme cadres en charge de la communication, idem d’ailleurs chez reconquête d’Eric Zemmour. Génération identitaire dont était issu l’auteur d’une tentative d’assassinat de Jacques Chirac, et qui professe la lecture de Gramsci, les thèmes de la « remigration », du « racisme anti blanc », du « grand remplacement », un groupe nationaliste qui veut une France blanche et chrétienne, cultive des liens européens et est très présent sur les réseaux sociaux.
Le GUD, l’Action française restent très présents, de même que les catholiques intégristes mais aussi les nationalistes néopaïens&amp;hellip;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Solidaires : cette porosité est très contrôlée. Le RN a ainsi appelé à ne pas manifester après le drame. Les listes électives RN et Reconquête comportent des similitudes, idem pour les liens de familles entre attachés parlementaires. Tout ceci est très documenté.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;François Jandaud : on peut d’ailleurs, s’agissant de ces collusions, remonter à l’époque de Charles Millon. Aujourd’hui Laurent Wauquiez s’appuie sur un réseau d’élus locaux ancrés dans une droite dure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maud Millier : ajoutons une multitude de financements régionaux d’écoles privées religieuses… cette porosité s’affiche désormais ouvertement, la bascule s’étant pour moi effectuée à l’époque de la présidence Sarkozy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : comment se développe la résistance syndicale ? Celle des forces politiques et associatives de Gauche ? Comment se situe la mouvance de Gauche radicale dans cet ensemble ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Solidaires : nous avons pu aboutir à un rassemblement intersyndical large pour le 8 mars. Une antenne de Visa s’est réimplantée à Lyon, nous déclinons localement la campagne intersyndicale de lutte contre le racisme, et tous les syndicats ont marqué leur solidarité lors des attaques contre nos locaux ou lorsque la CGT a été victime d’une alerte à la bombe. Le contexte de la campagne municipale ne facilite pas l’unité à gauche, mais il reste possible de former un front commun entre syndicats, associations voire partis de gauche face à la menace de l’extrême droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;François Jandaud : la violence d’extrême droite renforce la détermination à lutter unitairement de la part des syndicats et des associations : il y a eu ainsi une seule manifestation féministe, avec un texte commun, dans une quasi logique de survie qui pousse à conclure des compromis et à dépasser les divisions : l’attaque contre le local de Solidaires a ainsi entraîné la rédaction d’un communiqué intersyndical allant de la CFDT à la CNT !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maud Millier : après la dissolution de la Jeune Garde demandée par le ministre de l’intérieur Retailleau, nous avons pu rédiger un communiqué dénonçant un « deux poids deux mesures » entre extrême droite et extrême gauche. Le rôle du syndicalisme dans la lutte contre l’extrême droite est primordial, il constitue aujourd’hui le seul pôle de résistance commune et massive. L’unité n’est donc pas un luxe mais un impératif, de même que nous devons toujours porter davantage nos revendications en faveur des droits des travailleur·euses et des services publics, remparts efficaces contre l’extrême droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Solidaires : chez beaucoup de militant·es existe un mélange de peur, de colère, de ne pas se laisser intimider, mais au contraire de reprendre les luttes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis par Matthieu Leiritz&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dernière minute : nous apprenons au moment du bouclage une nouvelle attaque nocturne contre les locaux de Solidaires 69.&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Grève générale en Belgique</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/298/30-belgique/</link><pubDate>Thu, 05 Mar 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/298/30-belgique/</guid><description>&lt;p&gt;Entretien avec
Selena
Carbonero Fernandez&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Belgique est secouée depuis plus d’un an par un puissant mouvement social, à l’appel des trois grandes organisations syndicales, la FGTB - (Fédération générale du travail de Belgique), la CGSLB (Centrale générale des syndicats libéraux de Belgique), la CSC (Confédération des syndicats chrétiens). Ce mouvement s’est élargi avec le temps, notamment aux organisations de la société civile comme Greenpeace, la Ligue des Familles, le CNCD, Oxfam Belgique,…
Nous sommes soudés dans la durée. On n’avait plus vu ça depuis au moins 30 ans, déclare Selena Carbonero Fernandez, Secrétaire générale de la FGTB.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : Quelles sont les causes du mouvement social actuel en Belgique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selena Carbonero Fernandez : le déséquilibre dans les efforts demandés, l’injustice dans les mesures appliquées et le sentiment d’avoir été trompés sur la marchandise par des partis qui disaient vouloir valoriser le travail et la valeur travail.
Ils ont menti. La Belgique a connu en septembre 2024 l’avènement d’un gouvernement de droite radicale. Une droite décomplexée qui a remporté une nette victoire électorale, fondée notamment sur un discours alarmiste relatif à la lourdeur de la dette publique et à la nécessité de mettre fin à un système social trop « généreux » ainsi qu’à l’assistanat. Fondée également sur des promesses aux travailleurs et travailleuses. Des rengaines bien connues en France également. Résultat : le nouveau gouvernement a d’emblée mis sur la table un train de mesures toutes plus régressives les unes que les autres, dans le seul but affiché de réaliser des économies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or ces économies pèseraient, si elles se concrétisent, uniquement sur le dos des travailleurs et des travailleuses. La quasi-totalité concerne des reculs sociaux majeurs dans le domaine de la sécurité sociale, des pensions, du droit du travail, de l’assurance chômage et des services publics. Sous prétexte de sa « modernisation », le droit du travail se verrait détricoté, avec des attaques contre des conquêtes fondamentales et symboliques comme la durée minimale des contrats de travail, l’interdiction du travail de nuit. Beaucoup de mesures ont été décidées, mais peu ont été votées, notamment en raison de la résistance du salariat qui mène, depuis un an, dans l’unité des syndicats, une lutte exemplaire contre ces projets ultra-libéraux. Une grève a paralysé le pays le 31 mars 2025.
Elle a été suivie d’une manif nationale en juin à Bruxelles.
Et à l’automne, 140 000 personnes ont défilé dans Bruxelles, ce qui est un record. En novembre dernier, trois journées consécutives de grève générale ont été décidées, en front commun syndical et associatif. Et ce jeudi 12 mars 2026, la capitale attend encore une mobilisation de 100 000 personnes contre les réformes de ce nouveau gouvernement fédéral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des réformes les plus contestées est celle des retraites. Elle ne touche pas à l’âge légal qui a déjà été relevé de 65 ans à 67 ans il y a quelques années.
Mais elle dégrade considérablement le mode de calcul de la carrière. Certaines périodes comme le congé de maternité, les congés parentaux, le chômage économique… n’étaient plus comptées pour la retraite. Le gouvernement a dû reculer face à la contestation du mouvement social. Mais de nombreuses régressions demeurent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles pénalisent prioritairement les femmes car elles travaillent davantage que les hommes à temps partiel, souvent de manière involontaire d’ailleurs.
En Belgique, 40% des travailleuses sont à temps partiel, elles ne peuvent donc cumuler autant de jours de travail effectif que les hommes pendant une carrière.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre régression : les périodes de chômage seront moins bien comptabilisées. Les allocations-chômage étaient déjà dégressives avec le temps pour aboutir à un forfait. Aujourd’hui, la réforme prévoit qu’au bout de 24 mois, une personne sans emploi basculerait de la Sécurité sociale à l’Aide sociale, un système fondé non sur la solidarité, les droits acquis par le travail, mais sur la charité d’État. Un tournant très pernicieux ! Les plus de 55 ans ont du mal à retrouver un emploi, le gouvernement prétend qu’elles et ils sont protégés de la réforme, mais omet de dire que c’est seulement avec 35 années de
travail à temps complet, ce qui exclut de facto beaucoup de travailleurs et surtout de travailleuses de plus de 55 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une dame vient récemment de m’appeler : elle a 57 ans et a travaillé toute sa vie, beaucoup à temps partiel. Elle découvre avec stupéfaction le nouveau dispositif et constate que malgré ses 32 années de carrières, seules 26 seront comptabilisée avec les nouvelles règles. Elle n’aura plus droit aux allocations de chômage. Et sans doute pas, non plus, à l’Aide sociale… car son mari a un emploi et ils sont propriétaires de leur maison !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La réalité est très éloignée des discours martelés par les libéraux et le patronat. Comme en France, ils opposent systématiquement les « assisté·es » à celles et ceux « qui se lèvent tôt ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, ce paquet de contre-réformes a été présenté sans la moindre concertation avec les syndicats. Cette brutalité a soudé les syndicats contre le gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : comment se caractérise les actions du mouvement social ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selena Carbonero Fernandez : nous utilisons toutes les formes d’action, nous sommes dans un marathon de luttes qui s’inscrit dans la durée. Notre résistance a déjà contraint le gouvernement à opérer plusieurs reculs face au rapport de force établi dans la rue. La connaissance du terrain, dans les entreprises, auprès des gens, c’est nous qui l’avons. Nous sentons une évolution positive de l’opinion à l’égard du mouvement car la population commence à ressentir dans sa chair les conséquences de ces mesures. Les chiffres de manifestant·es augmentent. Les cortèges comprenaient d’abord essentiellement des syndiqué·es, dans leurs chasubles colorées, mais nous constatons le ralliement de salarié·es non syndiqué·es, de familles, de groupes de collègues qui s’organisent pour venir à leur première manif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s’agit aussi d’un combat d’opinion, car la propagande gouvernementale entraîne un clivage dans la population. Elle stigmatise le mouvement d’une part, mais d’autre part, elle répond positivement à des questions biaisées du genre : « l’importance de la dette publique ne nécessite-t-elle pas des réformes courageuses de notre modèle social ? »… Difficile de répondre par la négative ! Cependant, les gens ressentent aussi comme une injustice que les efforts budgétaires ne soient réalisés que sur une partie de la population. Les plus riches restent épargnés. Ces contre-réformes sur les retraites, l’assurance maladie, la « flexibilité » renforcée des emplois, avec la réduction des périodes de préavis des licenciements, l’élargissement des possibilités de travail la nuit, les « flexi jobs » élargis à tous les secteurs… abîment le droit du travail et toutes les conquêtes sociale obtenues depuis 80 ans.
La lutte traverse toutes les régions du pays, que ce soit en Flandre, en Wallonie ou à Bruxelles.
Les trois principales organisations syndicales, la FGTB historiquement liée aux courants socialistes, la CSC plutôt de tradition chrétienne, et même la libérale (CGSLB), plus encline à la négociation qu’au rapport de force, mobilisent ensemble. Nous avons reçu le soutien de syndicats étrangers, la CGT en France (et la FSU), les commissions ouvrières espagnoles… les journaux français Alternatives économiques ou Fakir ont publié des articles. Et globalement, les principaux partis de gauche belges sont à nos côtés et relayent nos revendications au parlement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : quels sont les objectifs attendus ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selena Carbonero Fernandez : Si le gouvernement ne tombe pas, si la coalition au pouvoir n’explose pas d’elle-même, victime de ses incohérences et de ses échecs, nous serons présent·es dans la rue pour nous opposer à sa politique antisociale jusqu’au bout de la législature.
Précisons au passage que les réformes que nous contestons n’ont en rien permis de remettre le pays sur les rails d’un point de vue budgétaire. Au contraire ! La Cour des comptes vient de sévèrement critiquer la politique du gouvernement sur ce point.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne pourra pas toujours prendre la forme de manifestation nationale ou locales. Notre marathon de résistance trouvera des formes variées. Mais nous restons debout et présent·es. Vous ne gouvernez pas de la même manière si vous vous sentez observé·es et contesté·es par des milliers de personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous prévoyons une grande journée de mobilisation le jeudi 12 mars. Elle sera sans doute décisive pour la suite. Nous insistons notamment sur l’attaque portée à l’indexation automatique des salaires sur l’inflation, un dispositif qui est faussement présenté comme nuisible à la compétitivité des entreprises belges alors qu’il existe sous des formes différentes chez tous nos voisins ! Nous voulons également le retrait du « malus pension », une pénalité financière abjecte, qui pénalisera celles et ceux qui ne sont pas en capacité de tenir jusqu’à 67 ans et qui sont obligé·es d’arrêter plus tôt.
Nous ne céderons pas devant ce qui serait le plus grand bond en arrière sociale depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis par Matthieu Leiritz&lt;/p&gt;
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&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Mexico Médée, de Dahlia de la Cerda</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/298/32-mexico/</link><pubDate>Wed, 04 Mar 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/298/32-mexico/</guid><description>&lt;p&gt;Dhalia de la Cerda
Editions du sous-sol&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« J’ai vu l’horreur, l’horreur qu’aucune tragédie grecque ne peut métaphoriser. Quand j’ai vu tous ces corps semés dans le désert, dans le sable stérile ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dahlia de la Cerda née en 1985, est une écrivaine, journaliste et activiste mexicaine. Diplômée en philosophie, elle a travaillé dans une usine, a été serveuse dans un bar, vendeuse dans un marché aux puces. En 2019, elle remporte le prestigieux Premio Nacional de Cuento Joven Comala pour les « Chiennes de garde ». Elle codirige le collectif féministe Morras Help Morras.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’alliance des deux mots peut surprendre. Que vient faire la magicienne de la mythologie grecque, petite fille du Soleil et nièce de la magicienne Circé, la meurtrière de ses enfants, avec le Mexique, terre mythique des Aztèques et fief du narcotrafic ? C’est le récit d’adolescents enlevés ou recrutés par la Mafia, de femmes debout malgré la violence du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Circé intervient dans les six nouvelles du texte telle une « boule de feu » qui se transforme en « Volkswagen Jetta » (…) « avec deux serpents ailés peints à l’aérographe sur les côtés » (…). « Elle était habillée tout en noir, avec des tresses africaines, ultrasexy » (…). « Elle avait des serpents tatoués sur les bras, les yeux gris ». C’est ainsi qu’elle apparaît dans les cinq premières nouvelles dans un Mexique contemporain avec sa réalité sociale violente, dominée par le « narcotrafic » le crime organisé, la corruption de l’armée et la toute-puissance des hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cette femme infanticide par amour déçu débarque sur cette terre Aztèque pour aider les femmes, les encourager, les protéger, voire les materner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, elle aide Pauline à avorter. Celle-ci ne veut pas laisser vivre un enfant, fils d’un trafiquant tué par une armée corrompue. Même scénario avec Perla, enceinte d’un criminel, mais qui surtout ne veut pas abîmer son « corps mince, athlétique » et refuse de « laisser un embryon venir ruiner (son) plan ».
Elle ne veut pas non plus rester sous l’emprise de Manuel qui l’emprisonne dans une cage dorée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, Antonia a décidé d’avoir un enfant, seule « en toute autonomie et dans la solitude ». Elle a fui son village pour ne pas être « une princesse de la Mafia », a étudié la philosophie pour l’enseigner dans les collèges et les lycées de la région. Pas comme les colons qui viennent dans la montagne éclairer les pauvres petits enfants sauvages avec leurs connaissances super raffinées mais pour les « ancrer dans la vie » et répondre à la violence. Mais la vie du village est perturbée par une guerre féroce des trafiquants et gangs.
Le village est décimé, les élèves disparaissent, ne viennent plus.
Et Médée l’aide à accoucher pendant que les hommes s’entretuent.
La cinquième nouvelle raconte la marche tenace des mères de jeunes adolescents happés par la Mafia, la drogue, la misère, à la recherche de leur enfant disparu pour « le pleurer, l’enterrer ».
Et Médée chante « je ne crois plus en la justice, ni celle des hommes, ni celle des dieux, je crois en la justice des mères ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la dernière nouvelle, Médée prend la parole. Dans les textes précédents, l’héroïne rapportait son histoire, en parlant de sa « tata » (Circé), de son amour pour « un délinquant » (Jason) qui l’a abandonnée dès qu’il a obtenu le pouvoir grâce à elle. Elle raconte sa vie, revit son passé, ses émotions…
Elle commente ses expériences à Aztlan, dressant ainsi des approches diverses de la maternité : « Paulina, la fille de la guerre qui questionne la maternité parce que la maternité qu’elle connaît est celle qui fournit les morts à venir » ; « Antonia, ou la maternité comme acte de résistance. Elle l’élèvera en toute liberté loin des ordures du monde ».
Perla, « si belle qu’elle ne croyait pas à l’horreur, parce que ce n’était pas dans son champ sémantique de référence ».
Et Reina, « la reine des reines, qui creuse avec d’autres mères pour trouver dans les os ce que la guerre leur a arraché ».
Et le livre se termine par un long poème où elle explique notamment :
« Je reste ici parce qu’Azlan est complexe et que moi aussi j’aspire à être. Azlan est terrible et violent, mais beau aussi, et peuplé de gens qui résistent ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Livre envoûtant qui mêle mythologie, culture populaire et musique (le glossaire est savoureux), dans un style plein d’humour, provocateur et poétique, parfois proche de l’oralité.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marylène Cahouet&lt;/p&gt;
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