<?xml version="1.0" encoding="utf-8" standalone="yes"?><rss version="2.0" xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"><channel><title>Enjeux 299 | ENJEUX</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/numeros/enjeux-299/</link><atom:link href="https://enjeux.unite-action.fr/numeros/enjeux-299/index.xml" rel="self" type="application/rss+xml"/><description>Enjeux 299</description><generator>Hugo Blox Builder (https://hugoblox.com)</generator><language>fr-FR</language><lastBuildDate>Mon, 25 May 2026 09:00:00 +0000</lastBuildDate><item><title>Cogitations et convivialité : les militant·es UA et ST préparent l'avenir</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/299/02-actu/</link><pubDate>Mon, 25 May 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/299/02-actu/</guid><description>&lt;p&gt;Mobilisations dans de nombreux secteurs et territoires, accompagnement déterminé des collègues, travail de fond d’analyse des politiques déployées, et développement de liens renforcés avec la profession, notamment par l’animation de stages sur tous les sujets qui préoccupent les collègues… la tendance Unité et Action, au sein de tous les syndicats nationaux de la FSU, est sur tous les fronts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;À l’interne de la tendance, les militant·es se soutiennent et s’outillent également, pour renforcer une orientation combative et unitaire, des séminaires UA s’organisent en région.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 2 avril 2026 s’est tenu le séminaire UA Alsace à Schiltigheim. Ce séminaire était très attendu par les camarades UA alsacien·nes qui ressentaient le besoin de se (re) trouver pour engager le travail en commun pour renforcer la tendance au niveau local.
Durant ce séminaire, les camarades ont pu échanger notamment sur les valeurs et l’histoire d’Unité et Action et sans Tendance avec Caroline Chevé et Benoît Teste qui nous ont fait l’honneur de leur présence, mais aussi sur la maison commune et sa résonance au niveau local.
Un temps particulier a aussi été pris pour discuter des dossiers de l’AES et en particulier sur les enjeux du bâti scolaire, dont les camarades se sont saisis dans l’académie via les formations santé sécurité au travail.
Prendre ces temps de rencontre et de débats est essentiel pour faire vivre notre tendance, car ils enrichissent nos mandats par les réalités locales qui sont le cœur de notre réflexion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 30 avril, c’est à la Bourse du travail de Marseille qu’une quarantaine de militantes et militants Unité et Action, de 8 syndicats et 3 départements, se sont retrouvé·es autour de la question « Que peut le syndicalisme dans le contexte actuel ? ».
Des échanges riches, dans une grande convivialité, ont eu lieu avec l’animation de Caroline Chevé et Sylvain Bartet (SD FSU 84). Les camarades ont partagé leurs questionnements sur les actions à mener et les modalités à réinventer pour être toujours dans l’indispensable proximité avec nos collègues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prochain rendez-vous national : le séminaire UA et ST du jeudi 25 juin, dans les locaux de Bagnolet. On vous y attend nombreuses et nombreux !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rachel Schneider, Emmanuel Mercier,
Valérie Poyet et Thierry Quétu&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Promouvoir le projet social de la FSU</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/299/03-edito/</link><pubDate>Sun, 24 May 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/299/03-edito/</guid><description>&lt;p&gt;Quand le pouvoir se joue de la démocratie et use de tous les dispositifs et artifices pour la contourner, il ne fait que renforcer la rupture et le manque de confiance des citoyens avec le politique.
Que ce soit à coup de 49.3 pour faire adopter les budgets ou encore dernièrement le retrait du projet de loi Yadan contre la promesse du gouvernement de proposer un texte similaire pour contourner le débat dans l’hémicycle suite à la pétition contre le projet qui a réuni plus de 700 000 signatures, tout est fait pour organiser des passages en force dans un contexte de minorité gouvernementale.
Dans un monde en crise avec de nombreux conflits qui génèrent angoisses et incertitudes, ces comportements politiques, ces jeux politiciens doublés d’orientations néolibérales, d’une politique de l’offre qui plonge le pays et surtout une grande partie de la population dans des difficultés économiques sans précédent, offrent un marche pied aux forces réactionnaires et à l’extrême droite qui jouent de démagogie et de discours trompeurs pour se présenter comme seules alternatives crédibles à même de répondre aux aspirations des Françaises et des Français.
Dans une telle situation et à l’approche des enjeux des présidentielles de 2027, le syndicalisme a la responsabilité de porter haut et fort ses revendications pour le monde du travail, pour la société, pour l’avenir.
Un projet politique porteur d’alternatives réelles et d’espoir est plus que nécessaire et non le défilé des candidatures des un·es et des autres.
Combattre les discours et les idées de l’extrême droite doit s&amp;rsquo;accompagner du développement d’un projet social syndical à porter auprès des partis politiques porteurs d’une orientation de transformation sociale progressiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Benoit Hubert,
Nina Palacio&lt;/p&gt;
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&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Contre l'austérité, poursuivre l'action</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/299/04-actualite/</link><pubDate>Sat, 23 May 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/299/04-actualite/</guid><description>&lt;p&gt;Les mesures d’austérité du budget 2026 adopté sans vote deviennent concrètes, notamment sur le fonctionnement et l’avenir des services publics. C’est particulièrement le cas à l’Éducation Nationale où leurs conséquences apparaissent au grand jour à l’occasion de la préparation de rentrée.
Pourtant les mobilisations et les arguments développés par les syndicats de la FSU pour contester les suppressions de postes sont repris largement. Malgré tout, et alors que ces politiques d’austérité renforcent les inégalités et dégradent les services publics, le gouvernement annonce un nouveau gel des dépenses de 6 milliards d’euros en prenant comme prétexte le coût de la guerre au Moyen-Orient.
L’absence de projet politique alternatif porteur d’espoir et en mesure d’accéder au pouvoir, le confusionnisme entretenu autour de la notion d’extrême gauche et le mensonge ou les fausses nouvelles faisant désormais office de communication politique, participent à la progression du vote en faveur de partis d’extrême droite. L’affaiblissement des services publics participe également au sentiment de déclassement et d’abandon de pans entiers de la population.
Pourtant, depuis quelque temps, l’extrême droite et en particulier le RN et son allié UDR donnent à voir ce que serait leur pratique du pouvoir : leurs attaques sont concentrées sur les services publics, la démocratie et tout ce qui permet d’assurer un minimum de solidarité ou de réduire les inégalités.
Une partie des secrétaires générales des syndicats de la FSU avaient déjà été confrontées à la violence et au mépris de Roger Chudeau lors d’une audition.
Ces pratiques ont été confirmées lors de la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public, dont le rapporteur était un député UDR.
Outre la démonstration d’un exercice du pouvoir basé sur des méthodes trumpistes de la part du rapporteur, cette commission a été l’occasion d’attaques sans précédent contre l&amp;rsquo;audiovisuel public et par ricochet contre l’ensemble des services publics, en suspectant systématiquement les agent·es de ces derniers d’être politiquement orienté·es à gauche.
Les propositions du rapport d’enquête montrent la conception du service public pour l’extrême droite : dépendant du pouvoir politique, avec des agent·es non plus au service de l’intérêt général, mais soumis·es aux seules volontés du gouvernement.
La question écrite posée par une députée RN à propos des contenus de la formation syndicale dispensée par des organisations syndicales qualifiées « d’extrême gauche », dont la FSU, confirme l’approche de l’extrême droite.
Il s’agit en effet de remettre en cause leur liberté à former les salarié·es et à nier leur rôle d’éducation populaire. Cela confirme la conception du syndicalisme portée par le RN, limitée à la seule défense corporatiste à l’image des syndicats qui lui sont proches.
Les préoccupations sont avant tout sociales&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon les sondages, les Français·es situent en tête de leurs préoccupations les questions du pouvoir d’achat et l’avenir du système social, devant les questions liées à l’immigration ou à la délinquance.
C’est un point sur lequel la FSU doit s’appuyer pour continuer à avancer ses revendications sur les salaires et les carrières et pour remettre sur le devant de la scène la question budgétaire et fiscale. En effet, la flambée des prix du pétrole va engendrer une hausse généralisée des prix.
La réponse aux revendications salariales nécessite donc une réponse de court terme passant par un dégel du point d’indice et de plus long terme en agissant sur les grilles indiciaires et sur les carrières.
Dans tous les cas, cela touche à la question budgétaire, sur 2026 et 2027.
L’explosion des profits d’une entreprise comme Total Énergies, qui profite de la guerre en Iran et de la hausse des cours du pétrole, est l’occasion de réaffirmer la nécessité de trouver de nouvelles recettes, notamment par une hausse de la fiscalité sur les entreprises ou les dividendes.
Lors des mobilisations sur le budget 2026, le mouvement social avait réussi à politiser la question budgétaire et à mettre en avant la nécessité de l’impôt.
Le fait que les débats budgétaires se soient prolongés en début d’année 2026 a permis de faire le lien plus fortement que d’habitude entre les débats parlementaires et les conséquences concrètes du budget sur la préparation de rentrée. Or les débats sur le budget 2027 vont débuter assez rapidement avec les lettres de cadrage envoyées aux ministères.
La fin de l’année scolaire doit permettre de se projeter dans le débat budgétaire pour 2027 et poser des jalons pour obtenir un budget de justice sociale, fiscale et environnementale, dans la continuité de celles menées en 2026. Ce sera nécessaire pour faire reculer l’extrême droite.
En Europe, la large défaite d’Orban en Hongrie, qui a suivi l’échec de Meloni en Italie, lors du référendum sur la réforme de la justice, démontre que l’extrême droite n’est ni une fatalité ni imbattable.
Néanmoins, cela ne doit pas masquer la grande faiblesse de la gauche dans les pays d’Europe Centrale : plus de députés en Hongrie ou en République tchèque, affaiblissement certain dans les autres pays.
Tous ces partis ont payé leur conversion au libéralisme économique et l’abandon de toute perspective de transformation sociale. Dans la plupart des cas, ils ont également cédé aux demandes de l’extrême droite sur les sujets tels que l’immigration ou les valeurs morales.
Cet affaiblissement est inquiétant du point de vue européen, mais il démontre aussi que les perspectives pour cette partie de l’échiquier politique se situent du côté du progrès social.
L’histoire n’est pas écrite.
L’Espagne et le Portugal montrent qu’une autre voie est possible et que l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite n’est pas inéluctable. Encore faut-il que de véritables politiques de justice et de transformation sociales soient proposées.
La responsabilité du mouvement social pour les imposer dans le débat public à l’occasion des prochaines échéances électorales est donc immense. Pour Unité-Action, la FSU doit tout mettre en œuvre pour poursuivre, dans l’unité la plus large, les mobilisations en cours depuis 2023.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rachel Schneider, Emmanuel Mercier,
Valérie Poyet et Thierry Quétu&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Enseignements professionnel et technologique : former pour émanciper</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/299/05-dossier-presentation/</link><pubDate>Fri, 22 May 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/299/05-dossier-presentation/</guid><description>&lt;p&gt;Les élèves et étudiant·es des voies technologiques ou professionnelles sont rarement sous les feux des projecteurs médiatiques. Sauf lorsque la presse libérale reprend rituellement les lamentations d’un certain grand patronat et de ses relais politiques, à l’extrême droite, à droite, voire à gauche, sur un système scolaire qui serait incapable de répondre aux besoins de l’Entreprise, entité mystérieuse et jamais vraiment définie - et pour cause - en termes de main d’oeuvre qualifiée et immédiatement employable.
Ce dossier donne à nouveau l’occasion à des enseignant·es, par ailleurs responsables de syndicats nationaux de la FSU, mais aussi des historien·nes et sociologues de ce monde si peu connu, de faire litière de cette fable.
L’École en général, les voies technologiques ou professionnelles en particulier, n’ont jamais eu dans leur riche histoire vocation à servir d’antichambre de France Travail, de bureaux de recrutement pour le patronat.
Représentant une part considérable du système éducatif public, en nombre d’élèves, d’étudiant·es, de professeur·es et de personnels des équipes pédagogiques, elles ont largement participé de la hausse significative, quoique toujours insuffisante, des niveaux de qualification en France, avec notamment la création du bac professionnel. Instrument de démocratisation de l’accès aux qualifications, elles n’en restent pas moins, et peut-être d’ailleurs pour cette raison, les cibles des politiques gouvernementales conservatrices, plus soucieuses de se plier aux desiderata à courte vue des capitalistes, que de promouvoir une forme de réussite par le travail scolaire et la maîtrise de métiers pour une jeunesse très largement issue des milieux populaires.
Le dossier revient ainsi sur les attaques multiples qui fragilisent ces voies : manque de sections, de professeur·es, accent pavlovien sur l’apprentissage ou la formation continue privée, sources de profits pour des officines trop peu contrôlées, attaques contre la notion même de diplôme, découpé en multiples blocs de compétences, tendance à rendre chaque salarié·e, dès son plus jeune âge, responsable de sa formation tout au long d’une carrière professionnelle toujours plus incertaine, et donc de son échec éventuel.
Là encore l’État a tendance à fuir ses responsabilités en termes de recherche de l’intérêt général. Ce dossier se propose d’aborder une nouvelle fois cette question et d’ébaucher des pistes d’amélioration, au service de l’essentiel :
l’émancipation de chaque élève et étudiant·e.&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Table ronde : la voie professionnelle</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/299/06-table-ronde/</link><pubDate>Thu, 21 May 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/299/06-table-ronde/</guid><description>&lt;p&gt;Simon Bach (SN SNES-FSU), Axel Benoist (co-SG SNUEP-FSU), Emmanuel de Lescure (SG SNESUP-FSU) et Yoann Vigner (co-SG
SNETAP-FSU) ont bien voulu répondre aux questions d’Enjeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : que représente actuellement la voie professionnelle et est-elle en mesure de répondre aux besoins des élèves / étudiant·es comme à ceux des entreprises ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Axel Benoist : pour aller à l’essentiel, environ 200 spécialités de CAP et une centaine de bac pro, près de 660000 élèves, un quart des sortant·es de collège, 2100 établissements, lycées professionnels ou polyvalents, avec des sections d’enseignement professionnel.
La « voie pro » permet d’accéder à une première qualification.
Or détenir une qualification professionnelle via un diplôme constitue le premier rempart contre le chômage.
La France compte beaucoup trop de jeunes de 16 à 25 ans sans emploi ni qualification, près de 1,5 millions !
Mais l’enseignement professionnel n’est aujourd’hui pas en capacité de répondre aux demandes des élèves, avec deux à trois fois plus de demandes que de places offertes en formation, dans des secteurs comme la mécanique ou la boulangerie.
Les demandes se heurtent à l’absence de volonté de répondre à ces aspirations, au refus d’étoffer l’offre de formation, et donc d’investir car ces formations de qualité ont un coût. Plutôt que d’investir pour les enjeux d’avenir, le pouvoir politique se contente de gérer les flux de candidat·es par des capacités dans des formations qui coûtent peu et sont peu demandées.
Pour le SNUEP-FSU, la formation professionnelle, notamment initiale, n’a pas à répondre aux besoins immédiats des entreprises, mais elle doit qualifier et donner à la jeunesse des outils d’émancipation, y compris ensuite via la formation tout au long de la vie. Trop d’entreprises ne raisonnent qu’à très court terme en matière de recrutements et de formation.
Le code de l’éducation est très clair : le lycée pro prépare à une qualification professionnelle et à la poursuite d’études, il confère le premier grade universitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Emmanuel de Lescure : alors qu’en 1985 lors de la création du bac professionnel, le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Pierre Chevènement, annonçait 80% d’une génération au niveau bac, cet objectif n’a été atteint qu’au début des années 2010 et notamment grâce au développement du bac professionnel dont la part a fortement cru à la fin de la décennie 2000. Les néo-bachelier·es pro restent cependant peu nombreux parmi les étudiant·es inscrit·es dans les universités et récemment leur part a diminué : de 7,4% en 2012, elle s’est réduite à 3% en 2022.
Or le bac pro représente un quart de l’ensemble des bachelier·es. A l’inverse, leur part dans les sections de technicien·nes supérieur·es augmente passant de 37 à 43%, dans les écoles d’ingénieur·es, les écoles de commerce et les facultés privées également, de 2,5 à 6%.
Les bachelier·es pro sont globalement peu à poursuivre des études supérieures (15%), et seulement 4,5% vont à l’université (contre 7,7% en 2010), essentiellement faute de moyens d’encadrement adaptés.
Où vont-elles et ils ? 43% dans les STS, beaucoup dans l’apprentissage. A l’université, leurs résultats restent plus faibles que ceux des autres bac. Mais cette différence s’amoindrit s’agissant des licences professionnelles, ce qui démontre que la réussite est possible quand on s’en donne les moyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simon Bach : un quart des collégien·nes rejoint l’enseignement professionnel, avec une érosion de la voie technologique au bénéfice de la voie pro, une des conséquences de la réforme Blanquer. Le bac pro avait initialement vocation à l’insertion professionnelle, à la différence du bac technologique qui suppose une poursuite d’études.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Axel Benoist : oui, à l’origine, la voie techno forme des technicien·nes quand la voie pro forme des ouvrier·es qualifié·es, cette distinction demeure structurante. Les Instituts Universitaires du Travail (IUT) naissent en 1966, la voie technologique, le bac techno en 1968.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simon Bach : leur coût nuit à l’ouverture de sections professionnelles en lycée. Ainsi mon lycée compte une seule section de conducteur·trice routier·e, quand il pourrait en ouvrir 3, mais il y a le coût des véhicules. Idem pour les voies technos : les STMG coûtent moins cher que les STI2D, qui nécessitent des laboratoires et des ateliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yoann Vigner : les lycées agricoles accueillent près de 35000 élèves, et les lycées maritimes environ 2000.
Ils relèvent des ministères de l’Agriculture et de la Transition écologique. C’est la particularité pour ces établissements et l’enseignement professionnel dans ces domaines, dépendre de ministères professionnels. D’ailleurs, la FSU a pour mandat un ministère unique pour l’éducation et la formation professionnelle. L’enseignement professionnel agricole et maritime est une voie de réussite pour beaucoup d’élèves, mais elle demeure encore trop méconnue et considérée comme une voie de relégation par trop d’enseignant·es de collège. Clairement elle n’offre pas assez de places pour accueillir tous les élèves qui en font la demande. Cette voie a pourtant un double objectif d’insertion professionnelle (dans des secteurs dynamiques et d’avenir) et de poursuite d’études, de former les travailleurs et travailleuses et les citoyen·nes, d’où notamment, notre demande d’introduire l’enseignement moral et civique dans toutes les classes de bac pro.
Enjeux-UA : le secteur a connu sous Macron de nombreuses réformes : quelles en seraient les lignes directrices, si elles existent ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yoann Vigner : Emmanuel Macron a voulu instrumentaliser l’enseignement professionnel. Par exemple, en essayant de le rattacher au ministère du Travail (par un secrétariat d’état), ou encore avec une place prépondérante donnée aux entreprises et leurs représentant·es, dans les Commissions professionnelles consultatives (CPC) qui participent à la construction des diplômes. Les syndicats de l’éducation en sont exclus depuis 2018. Sa politique repose sur l’« adéquationnisme », c&amp;rsquo;est-à-dire que l’enseignement doit répondre aux « besoins » des territoires locaux et des entreprises, tout comme la formation continue des adultes (FCA), ce qui conduit à une véritable assignation à résidence des élèves.
Par ailleurs, les réformes de Macron visent à découper les diplômes en « blocs de compétences », véritable casse et mort annoncée des diplômes nationaux avec notamment des conséquences sur les conventions collectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Axel Benoist : nous voyons déjà les conséquences, par exemple dans la convention collective de la branche métallurgie, s’agissant des rémunérations désormais définies par le poste et non la qualification. Le diplôme est attaqué, pour basculer sur les compétences : on ne forme plus à un métier mais à un emploi, ce qui transforme peu à peu les LP en centre d’insertion. Le temps consacré aux savoirs baisse avec le nombre d’heures disciplinaires passées au LP au profit d’un formatage du savoir-être, d’une approche par compétences psycho-sociales. L’accent est mis sur le développement de l’apprentissage, l’intérêt du jeune ne guide plus la formation, mais l’intérêt immédiat de l’entreprise.
Les grands défis ne sont pas pris en compte, qu’il s’agisse de la réindustrialisation, de la transition écologique, de l’accompagnement du grand âge. Et pour quel bilan ? Un million et demi de jeunes sans emploi, un taux de chômage qui augmente à près de 21 % chez les moins de 26 ans. lll&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;lllSimon Bach : l’enseignement technologique supérieur dans les lycées a subi une profonde réforme avec la loi Pénicaud de 2018, dite « pour la liberté de choisir son avenir professionnel ». Le nombre de places en STS a progressé mais selon une logique de vases communicants entre statut scolaire et apprentissage ; ce dernier passe à 45% contre 20% encore en 2015. Et ce essentiellement au profit de l’enseignement privé hors contrat, qui concentre 80% des apprenti·es en STS.
Les régions favorisent ce mouvement, notamment l&amp;rsquo;Île-de-France, alors que les Hauts-de-France ou l’Alsace continuent à miser sur l’apprentissage public. Sous Macron prédomine la volonté d’ouvrir la voie technologique et professionnelle au marché. La nouvelle structuration des BTS en blocs de compétences, le découpage du diplôme avec donc une reconnaissance moindre de sa valeur rendent ces qualifications moins intéressantes pour les entreprises.
L’idée, très libérale, est de rendre la ou le salarié·e responsable de sa formation et donc de son employabilité tout au long de sa vie professionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Emmanuel de Lescure : avec la loi de 2018, n’importe qui peut créer un CFA. On oublie les principes fondateurs de l’enseignement technologique et professionnel, qui supposaient de former à la fois l’individu, la ou le citoyen·ne, la travailleuse ou le travailleur en vue de son émancipation.
Dans le cadre de la politique de l’offre chère à Macron, l’emploi devient une variable d’adaptation, le coût de la formation passe des entreprises au système éducatif.
Les élèves doivent être préparés à occuper des emplois de proximité.
Tout ceci pour diminuer le coût salarial pour les entreprises, avec l’embauche de personnels qu’elles auront testé via l’apprentissage et les stages, avec comme prétendu objectif la baisse du chômage quand celui-ci varie surtout en fonction du contexte économique. A l’université, les résultats des bachelier·es pros restent plus faibles, avec 70% de réussite contre 83% pour l’ensemble des bachelier·es. Mais 85% contre 90% s’agissant des licences professionnelles, ce qui démontre que la réussite est possible quand l’université s’en donne les moyens financiers et humains.
Yoann Vigner : la baisse du nombre d’heures d’enseignement en voie pro, les formations qui sont passées de 4 à 3 ans (BAC PRO 3 ans), voire 2 (avec les 2nd Pro famille de métier à l’EN), illustrent une volonté politique de former a minima les élèves issus des classes populaires.
Les publics désormais se mélangent au sein d’une même classe, adultes en formation pro, apprenti·es et élèves ; certains viennent chercher un bloc de compétence alors que les élèves poursuivent une scolarité ; ce mixage n’a pas prouvé son efficacité. Clairement, l’enseignement professionnel à la sauce Macron échoue, par exemple à former suffisamment de personnes pour assurer le remplacement de toute une génération d’agriculteurs et d’agricultrices qui part à la retraite ; ou à former suffisamment de personnes pour assurer l’accompagnement des seniors&amp;hellip;
Factuellement, par exemple, dans l’enseignement agricole, toutes les classes nécessaires ne sont pas ouvertes avec un ministre incapable de défendre son budget, alors qu’un agriculteur sur deux va partir en retraite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : Que portent prioritairement la FSU et ses SN pour la voie pro, à un an des élections présidentielles ?
La gauche politique est elle réceptive à nos analyses et revendications ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Emmanuel de Lescure : la voie pro est un lieu privilégié pour tester des réformes pédagogiques, ainsi l’approche par compétences y a été testée très tôt, sans que cette transformation n’ait été mise en cause par les gouvernements successifs. Je suis dubitatif sur les ambitions des politiques sur ces questions.
Depuis 2002, les diplômes doivent figurer au Répertoire national des certifications professionnelles (RNCP) (sous l’égide de France compétence créée par la loi de 2018), qui découpe les diplômes en compétences.
Qu’en dit la gauche ? Il lui faudrait repenser entièrement le système en priorisant l’avenir des élèves et des étudiant·es et non l’objectif exclusif et vain d’une stricte adaptation à l’emploi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Axel Benoist : nous voulons la suppression de la tutelle du ministère du Travail, remettre au coeur de la voie pro l’intérêt premier des élèves. Pour cela il faut des moyens et du temps d’apprentissage des savoirs et permettre aux personnels de faire tout simplement leur métier, c&amp;rsquo;est-à-dire de former les élèves aux métiers, en permettant de penser leurs métiers et d’élever le niveau de qualification en poursuivant des études, mais également de former des citoyen·nes.
Or il ne semble pas y avoir à gauche de prise de conscience de la force qu’a la voie pro initiale pour améliorer la société, et notamment pour les élèves des classes populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simon Bach : il en va de même pour la voie techno, il s’agit de redonner du sens au métier, la ou le technicien·ne doit maîtriser son sujet et cela passe aussi par une maîtrise de la part des enseignant·es.
Et la réforme de la formation initiale ne va pas dans ce sens.
Le SNES-FSU demande le retour d’une véritable démarche technologique au niveau bac et des ouvertures de places en STS public et en IUT. Tous ces éléments étaient absents du programme du NFP. Seule la suppression de Parcoursup, revendication centrale du SNES-FSU, avait été évoquée en juin 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yoann Vigner : la voie pro demeure un impensé dans les programmes de la gauche. Hollande avait en 2012 refusé de revenir sur le bac pro en 3 ans : le développement inconsidéré et sans contrôle, appui, de l’apprentissage s’est poursuivi. Or c’est une menace importante pour les lycées.
Mais il ne s’agit clairement pas d’une priorité pour la gauche, alors que la voie pro accueille un public populaire, il s’agit donc aussi d’une question de cohésion sociale qui passe également par la revalorisation des métiers auxquels nous formons ; ceux-ci restent sous payés et sous considérés.&lt;/p&gt;
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&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Enseignement professionnel : une longue histoire</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/299/10-ens-pro-longue-histoire/</link><pubDate>Wed, 20 May 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/299/10-ens-pro-longue-histoire/</guid><description>&lt;p&gt;Stéphane Lembré est professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Lille (INSPE), chercheur au laboratoire Hartis. Ses travaux portent notamment sur l’histoire de l’éducation et de la formation professionnelle, scolarisée ou non.
Il a publié Le retour de l’apprentissage au XXe siècle. Comment la France a adopté l’alternance, Paris, Presses des Mines, 2023 et coordonné, avec Marianne Thivend, le dossier « Formation professionnelle et travail des jeunes » paru dans Le Mouvement Social (n° 281, 2022/4). Il est aussi co-responsable éditorial de l’axe Education et formation de l’Encyclopédie d’histoire numérique de l’Europe, pour laquelle il a récemment publié une notice : « L’école de la Troisième République : enquête sur la photo de classe de Buigny-lès-Gamaches (1910) », &lt;a href="https://ehne.fr/fr/node/22729" target="_blank" rel="noopener"&gt;https://ehne.fr/fr/node/22729&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : à quand remonte, en France, l&amp;rsquo;idée d’un enseignement professionnel qui se distingue du compagnonnage entre maîtres et apprentis ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stéphane Lembré : il faudrait évoquer, au pluriel, les naissances de l’enseignement professionnel en France.
On peut en effet considérer que les centres d’apprentissage nationalisés à la Libération (qui ont été rebaptisés collèges d’enseignement technique en 1959, puis lycées d’enseignement professionnel en 1976 avant de devenir lycées professionnels en 1986), forment le premier enseignement professionnel de masse.
Mais plusieurs historiens et historiennes ont montré que l’offre de formation existait déjà, sous de multiples formes, au XIXe siècle, voire avant : écoles gratuites de dessin (à la vocation ouvrière, autour du dessin linéaire, et non pas artistique), cours du soir, écoles fondées par des patrons dans une logique paternaliste, cours ouverts dans des Bourses du travail au seuil du XXe siècle.
L’enjeu est celui de la définition, qui doit permettre de repérer une conversion dont les rythmes sont variables selon les secteurs d’activité et les lieux : à partir de quand considère-t-on que la formation « sur le tas », sous la forme de l’apprentissage intégré ou non à l’institution du compagnonnage, ne suffit plus pour assurer la transmission ou la préparation au métier ?
Cette étape de définition est complexe mais indispensable : on distingue l’enseignement professionnel, à destination des ouvrier·es et salarié·es, hommes et femmes, d’un enseignement technique davantage destiné aux fonctions d’encadrement (et qui s’est transformé, au prix de multiples mutations, en enseignement technologique) ; les usages des expressions d’enseignement professionnel, de formation professionnelle, d’éducation ouvrière, et jusqu’à l’apprentissage et l’alternance, ont évolué et imposent toujours de préciser ce dont on parle, sauf à confondre des réalités sociales et pédagogiques distinctes.
Enjeux-UA : s&amp;rsquo;agit-il d&amp;rsquo;une histoire commune aux puissances industrielles européennes, ou y a-t-il une spécificité française ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stéphane Lembré : il n’y sans doute pas de spécificité française sur la longue durée, même si les rythmes des transformations peuvent être variés suivant les lieux - mais c’est vrai à l’échelle nationale comme à l’échelon local. Cette question soulève celles du retard et des comparaisons : longtemps, le regard porté sur la révolution industrielle s’est accompagné de l’idée d’un « retard » de la France par rapport à l’Angleterre, tandis qu’en matière de formation professionnelle et d’apprentissage, l’Allemagne est très souvent vue, jusqu’à nos jours, comme bien plus performante que la France. Dans le premier cas, on évoque désormais une voie française d’industrialisation, et l’on s’intéresse davantage aux circulations transnationales qu’à d’hypothétiques retards ou avances. Dans le second cas, on peut raisonner de manière comparable, en veillant surtout à la pluralité des rythmes et aux circulations de conceptions et de politiques en matière d’enseignement professionnel, comme le montre par exemple l’intérêt du Bureau international du travail pour la formation professionnelle, dont les conférences annuelles sont un lieu de comparaisons. Et encore faut-il veiller à comparer ce qui est comparable ! La situation de l’apprentissage n’est pas homogène dans l’Allemagne actuelle, à organisation fédérale, tandis que dans la deuxième moitié du XIXe siècle, il n’était pas rare que l’enseignement technique français, avec ses écoles d’ingénieurs, soit regardé avec envie par les responsables économiques et éducatifs anglais.
Enjeux-UA : dans cet objectif de formation, quelles en furent les grandes étapes au 20e siècle, à très grands traits ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stéphane Lembré : deux grands repères sont généralement évoqués, qui ne résument évidemment pas les transformations de l’enseignement professionnel et qu’il faut replacer dans leur contexte. La loi du 25 juillet 1919, dite loi Astier, est vue comme la charte de l’enseignement technique en France. Toutefois, cela ne signifie pas qu’elle ait créé cet enseignement : le législateur prétend surtout mettre de l’ordre parmi des initiatives foisonnantes, en confirmant le certificat d’aptitude professionnelle (CAP) créé en 1911.
En revanche, cette loi innove en créant une obligation pour les jeunes garçons et filles de moins de 18 ans déjà salarié·es de fréquenter, sur leur temps de travail, des cours professionnels organisés à l’échelon local. Malgré le succès inégal de ces cours, on s’inspire ici des cours de perfectionnement existants dans certains États allemands, et on encourage une alternance avant la lettre, que la création de la taxe d’apprentissage en 1925 permet de soutenir financièrement.
Si ces cours professionnels obligatoires avaient été massivement suivis, ils auraient permis une première démocratisation scolaire, alors que l’instruction n’était obligatoire que jusqu’à 13 ans.
Le second repère majeur serait la création du baccalauréat professionnel, en 1985. Certes, la loi du 16 juillet 1971, en faisant de l’apprentissage une « forme d’éducation », avait déjà marqué une étape importante, aux effets à moyen terme. Du côté de la formation professionnelle scolarisée, la création de ce baccalauréat relève à la fois d’une ambition - revaloriser, déjà ! - et d’une situation - le taux de chômage des jeunes, dont il faut tenter de juguler la hausse.
En créant la figure de l&amp;rsquo;ouvrier·e-bachelier·e, il s’agissait de permettre une entrée sur le marché du travail à un niveau de qualification plus élevé que celle des lauréat·es d’un CAP.
La tendance de ces bachelier·es à vouloir poursuivre leurs études une fois leur bac pro en poche, qui se manifeste rapidement, n’avait guère été anticipée.
Enjeux-UA : quelles furent les relations dans ce domaine entre puissance publique (Etat / ministère de l&amp;rsquo;EN, voire Régions) et branches ou patronat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stéphane Lembré : l’une des singularités de l’enseignement professionnel, c’est que son fonctionnement s’est toujours appuyé simultanément sur les collectivités locales, sur les entreprises, les professions ou les branches, et sur l’État. Cependant, chacune de ces parties prenantes reflète une pluralité d&amp;rsquo;acteurs et de conceptions (communes, régions pour les collectivités locales ; chef·fes d’entreprises, organisations patronales et syndicales ; administrations de l’État aux intérêts parfois divergents, comme ministère de l’Éducation nationale et ministère du Travail), tandis que suivant les périodes, l’État, les régions ou les branches ont pu détenir plus ou moins de pouvoir. Ainsi, le ministère de l’Instruction publique puis celui de l’Éducation nationale ont renforcé leurs prérogatives avec la loi Astier et dans les décennies suivantes ; les organisations patronales ont souligné à partir des années 1980 leur légitimité à s’impliquer davantage dans la formation professionnelle, et réclamé un rôle. Avec les lois de décentralisation des années 1980, les régions ont vu leurs compétences reconnues, mais la loi du 5 septembre 2018 pour la liberté de choisir son avenir professionnel leur a retiré une partie de leur pouvoir. L’équilibre dans la gouvernance nationale et régionale est donc relativement précaire et pèse sur les réalisations ainsi que sur les priorités.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : en quelques mots, les dernières années Macron marquent-elles une rupture, ou une continuité avec le passé ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stéphane Lembré : le choix de soutenir massivement l’apprentissage et les transformations du lycée professionnel sont certainement des évolutions importantes, mais qui prennent sens en les situant dans des transformations de plus long terme : le développement de l’apprentissage, vu comme une promesse d’insertion plus aisée dans l’emploi, est réclamé par les organisations patronales et par certains élus depuis les années 1980 et 1990, tandis que les réformes du LP s’enchaînent depuis celle de 2009. Encore faut-il préciser que l’appréciation des ruptures passe aussi par la durée de vie des mesures adoptées : de la diminution des soutiens financiers au recrutement d’apprentis à la remise en cause du parcours différencié de l’année de terminale bac pro, la rupture n’est pas forcément durable, quand l’instabilité, elle, pèse sur le quotidien.&lt;/p&gt;
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&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Entretien avec Fabienne Maillard</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/299/12-entretien-maillard/</link><pubDate>Tue, 19 May 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/299/12-entretien-maillard/</guid><description>&lt;p&gt;Fabienne Maillard, Professeure des Universités en Sciences de l’éducation à l’Université Paris 8 Saint-Denis.
Elle travaille sur les formations et les diplômes professionnels, ainsi que sur les politiques publiques qui les élaborent, les modifient et les suppriment.
Auteure de nombreux articles et ouvrages, elle a notamment publié en 2015 : La fabrique des diplômés aux Editions Le Bord de l’eau ; et en 2019 avec Gilles Moreau, Le baccalauréat professionnel, un baccalauréat comme les autres ?, chez Octarès.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : les contenus et le répertoire des diplômes restent-ils définis par le souci de l’intérêt général ou du seul intérêt des employeurs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fabienne Maillard : la réponse n’est pas simple.
Si la création d&amp;rsquo;un diplôme, comme le baccalauréat professionnel, ou la suppression d&amp;rsquo;un diplôme tel que le BEP (brevet d&amp;rsquo;études professionnelles relève du ministre de l&amp;rsquo;Education nationale, les contenus des différentes spécialités (informatique, commerce, bâtiment, assistance aux personnes, etc.) sont élaborés dans le cadre de commissions paritaires, les Commissions professionnelles consultatives (CPC). Les premières ont été mises en place par le ministère de l&amp;rsquo;Education nationale en 1946, qui a donc été précurseur de ce modèle, suivi ensuite par les ministères du Travail et de l&amp;rsquo;Agriculture.
Ce modèle a ensuite été imposé par la loi de modernisation sociale du 17 janvier 2002 à l&amp;rsquo;ensemble des ministères certificateurs, autrement dit ceux qui délivrent des diplômes (Culture, Santé, Transports, Industrie, Armées, Intérieur&amp;hellip;).
Dans les commissions initiales, qui ont perduré jusqu&amp;rsquo;en 2019, siégeaient des représentant·es des pouvoirs publics, des organisations patronales, des syndicats de salariés, ainsi que des représentant·es des syndicats enseignants et des fédérations de parents d&amp;rsquo;élèves dans un quatrième collège, celui des &amp;ldquo;personnes qualifiées&amp;rdquo;.
C&amp;rsquo;est donc sous l&amp;rsquo;égide du dialogue social que sont conçus les contenus des diplômes, même si certains ministres n&amp;rsquo;hésitent pas à s&amp;rsquo;en affranchir, comme l&amp;rsquo;a fait Xavier Darcos lorsqu&amp;rsquo;il a supprimé, peu après son arrivée à la tête de l&amp;rsquo;Education nationale en 2007, le cursus de formation du BEP et généralisé la préparation en 3 ans du bac pro, contre l’avis unanime des organisations syndicales et patronales.
Envisager le patronat comme un ensemble homogène ne me semble pas non plus très approprié puisque les positions des organisations patronales peuvent être très différentes, comme celles des entreprises qui y adhèrent. Les PME peuvent par exemple défendre le CAP et réclamer des diplômés spécialisés, alors que les très grandes entreprises préfèrent recruter à des niveaux de diplômes plus élevés et sont moins attachées à des &amp;ldquo;métiers&amp;rdquo;. Elles ne défendent pas les mêmes intérêts et peuvent avoir des conceptions très divergentes de leurs &amp;ldquo;besoins&amp;rdquo; et des réponses à y apporter.
Depuis la loi de 2018 &amp;ldquo;pour la liberté de choisir son avenir professionnel&amp;rdquo;, les CPC sont devenues inter-ministérielles et on en compte seulement 11 (soit moins que pour le seul ministère de l&amp;rsquo;Education nationale auparavant).
Elles rassemblent moins de personnes malgré une charge plus lourde, et sont moins arrimées au dialogue social. Et avec la disparition du collège des &amp;ldquo;personnes qualifiées&amp;rdquo;, les syndicats enseignants en ont été exclus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : l&amp;rsquo;adéquation entre les contenus des formations et des diplômes d&amp;rsquo;une part, et les besoins immédiats des entreprises est-elle réalisable ? Souhaitable ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fabienne Maillard : comme l&amp;rsquo;ont montré de très nombreux travaux d&amp;rsquo;économistes, de statisticien·nes comme de sociologues, qui se répètent depuis une cinquantaine d&amp;rsquo;années, l&amp;rsquo;adéquation entre formation et emploi est un mythe, sauf pour ce qui concerne les professions dites &amp;ldquo;réglementées&amp;rdquo;, qui exigent un diplôme précis pour occuper un emploi particulier. Mais même dans ce cas, comme le montre l&amp;rsquo;exemple de la médecine, l&amp;rsquo;adéquation peut faire défaut en raison d&amp;rsquo;un numerus clausus inadapté.
Bien que les formations professionnelles visent des emplois-cibles, entre le moment où elles sont conçues et celui de la sortie des premier·es diplômé·es, beaucoup d&amp;rsquo;évènements peuvent se produire. La pénurie de main d’oeuvre ne s’explique pas par une inadéquation de la formation aux besoins des entreprises. Bien que les jeunes soient très nombreuses et nombreux dans les formations du BTP et de l&amp;rsquo;hôtellerie-restauration, ils le sont moins à vouloir y occuper un emploi ou à le conserver, tout simplement parce qu&amp;rsquo;elles et ils y sont pas convenablement traité·es. Invoquer cette adéquation comme le fait régulièrement le président de la République, Emmanuel Macron, relève de l&amp;rsquo;idéologie et ne peut conduire qu&amp;rsquo;à l&amp;rsquo;échec, comme sa politique visant à réindustrialiser la France, qui semble déjà avoir fait long feu. L’économie est constamment bousculée par des crises imprévisibles comme une pandémie mondiale, une guerre ou un choc pétrolier, qui rendent faillibles les prévisions en matière d&amp;rsquo;économie et de marché du travail.
Lorsque l&amp;rsquo;économie vacille, ce n&amp;rsquo;est pas la faute de la voie professionnelle, et certainement pas celle de ses jeunes diplômé·es. Par ailleurs, comme les entreprises sont très présentes dans la conception des diplômes et dans la formation, puisqu&amp;rsquo;elles accueillent un grand nombre de stagiaires chaque année et participent aux évaluations, faire porter une partie de la responsabilité des problèmes du système d&amp;rsquo;emploi au ministère de l&amp;rsquo;Education nationale n&amp;rsquo;a pas de sens. Quant à souhaiter l&amp;rsquo;adéquation entre formation et emploi, ce serait très déraisonnable si l&amp;rsquo;on se réfère à l&amp;rsquo;histoire récente : désindustrisalisation, délocalisations en chaîne, territoires entiers délaissés, sans parler des mauvaises conditions de travail et de salaire qu&amp;rsquo;offrent certains secteurs d&amp;rsquo;activité, comme celui de l&amp;rsquo;aide aux personnes&amp;hellip;
Enjeux-UA : à douze mois d&amp;rsquo;une échéance électorale majeure, quels seraient selon vous les enjeux à mettre en avant dans le domaine de la formation professionnelle et technologique, notamment sous statut scolaire? Ces enjeux vous paraissent-ils aujourd&amp;rsquo;hui suffisamment pris en compte dans les débats politiques?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fabienne Maillard : bien que l’enseignement professionnel ait visiblement beaucoup attiré l&amp;rsquo;attention de l&amp;rsquo;actuel président de la République, dont les conférences de presse annonciatrices de nouvelles réformes figurent en première place sur le site Eduscol du ministère de l&amp;rsquo;Education nationale, on ne peut pas dire que ces réformes aient suscité d&amp;rsquo;importants débats politiques.
Une certaine attention leur a été portée en raison de plusieurs mouvements sociaux portés par les enseignants des lycées professionnels, mais les media ont des intérêts volatiles.
La voie professionnelle n&amp;rsquo;est pas la plus visible, loin de là, mais elle a aussi quelques désavantages pour être mieux connue : elle forme surtout des jeunes issu·es des milieux populaires, à des métiers d&amp;rsquo;ouvrier·es, d&amp;rsquo;employé·es et de technicien·nes qui rassemblent plus de la moitié de la population active, mais qu&amp;rsquo;on a tendance, en France, à regarder de haut ; elle est également complexe et les réformes incessantes qu&amp;rsquo;elle subit ne facilitent pas sa connaissance. Les chercheurs et chercheuses sont donc elles et eux aussi peu nombreux à s&amp;rsquo;y intéresser.
Depuis l’arrivée d&amp;rsquo;Emmanuel Macron à la présidence de la République en 2017, la voie professionnelle fait l’objet de réformes permanentes, qui ont plus souvent fait appel au passé qu&amp;rsquo;à l&amp;rsquo;avenir au nom de la valorisation des métiers, de la main, du chef d&amp;rsquo;œuvre&amp;hellip; tout en étant régulièrement interrompues. Si les discours se veulent puissants, en dépit de leur passéisme et de leurs infondés, ils sont aussi totalement versatiles. On pourrait croire à une totale improvisation, tant il est difficile d&amp;rsquo;identifier les principes qui les organisent.
Ils semblent sans structure et suivent une idée après l&amp;rsquo;autre, en contrevenant totalement aux exigences du dialogue social. Tout cela produit un brouillage de ce qui désigne l&amp;rsquo;enseignement professionnel et ses diplômes, aussi bien pour les enseignant·es, pour les jeunes et leurs familles, qui l&amp;rsquo;ont beaucoup fait savoir, que pour les employeurs. Quelle confiance les entreprises peuvent-elles accorder à des diplômes qui changent tout le temps et à des politiques imprévisibles ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : comment expliquer ces réformes continues ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fabienne Maillard : c&amp;rsquo;est une question ouverte. On peut faire des constats et proposer des hypothèses.
Ce mouvement de réforme n&amp;rsquo;est pas totalement nouveau puisqu&amp;rsquo;il caractérise depuis un moment la voie professionnelle, comme je l&amp;rsquo;ai beaucoup souligné dans mes travaux.
Il a cependant terriblement accéléré depuis 2017 puisqu&amp;rsquo;une réforme par an avait été promise, ce qui ne relève plus du mouvement, mais du bouleversement permanent.
Par ailleurs, c&amp;rsquo;est l&amp;rsquo;apprentissage qui a tiré les bénéfices de l&amp;rsquo;intérêt soudain porté à la formation professionnelle initiale, grâce à des aides financières publiques tellement élevées qu&amp;rsquo;elles ont alerté la Cour des comptes. C&amp;rsquo;est une sorte de privatisation de la formation professionnelle initiale qui semble se profiler, sachant que la formation continue fait déjà l&amp;rsquo;objet d&amp;rsquo;un marché profitable depuis la loi de 1971 et que les formations privées ont également le vent en poupe dans l&amp;rsquo;enseignement supérieur ; 27% des étudiant·es sont désormais inscrit·es dans le privé, chiffre qui a explosé depuis 2010. Mais les CAP et les baccalauréats professionnels peuvent-ils vraiment se développer dans le privé sans les subsides de la puissance publique ?
C&amp;rsquo;est surtout une logique de déstabilisation des diplômes qui me semble se dessiner de plus en plus nettement, au profit de certifications diverses.
Le découpage des diplômes en blocs de compétences, devenu obligatoire depuis la loi de 2018 pré-citée, va dans ce sens. Ces &amp;ldquo;blocs&amp;rdquo; (terme plutôt mal choisi) sont en effet supposés s&amp;rsquo;agréger à partir de diplômes et titres relevant d&amp;rsquo;autorités différentes pour faire en sorte de favoriser l&amp;rsquo;employabilité de chacun et chacune tout au long de la vie. On devrait ainsi pouvoir décrocher un bloc ici, un autre là, y associer un certificat de qualification professionnelle ou une micro-certification, sur le principe des légos, et pouvoir circuler avec agilité sur le marché du travail. Tout le monde devrait ainsi pouvoir faire son marché dans l&amp;rsquo;ensemble des certifications d&amp;rsquo;amplitudes et d&amp;rsquo;objectifs variables, en y mettant de sa poche. Derrière ces promesses de sécurisation des parcours professionnels, via des formations certifiées, par des badges numériques dans le cas des micro-certifications (et peut-être bientôt dans le cas des blocs de compétences), lesquelles peuvent être délivrées à partir de 7 h de formation, c&amp;rsquo;est un nouveau pas dans la déstructuration de l&amp;rsquo;Etat social qui me semble avoir lieu.
Dans la logique néolibérale, chaque individu doit devenir « entrepreneur de sa carrière », se responsabiliser et donc être in fine responsable de son parcours professionnel. La loi de 2018 pour la liberté de choisir son avenir professionnel s&amp;rsquo;inscrit dans cette logique, qui peut être difficile à saisir à force d&amp;rsquo;être brouillée par des réformes multiples. Dans l&amp;rsquo;avenir proche, devra-t-on se munir de portefeuilles de certifications et de badges numériques régulièrement renouvelés pour garantir nos compétences et notre employabilité ? Dans la mesure où tous les actifs sont concernés ou en voie de l&amp;rsquo;être par les questions d’éducation et de formation tout au long de la vie, notamment avec un âge de départ à la retraite qui ne cesse de reculer, et dans un contexte de rapports sociaux défavorables aux salarié·es, l&amp;rsquo;enjeu politique est considérable et s&amp;rsquo;en préoccuper devrait constituer un impératif des discussions à engager avant les prochaines élections.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
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&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Politique énergétique : réduire et décarboner les usages</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/299/14-ecologie/</link><pubDate>Mon, 18 May 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/299/14-ecologie/</guid><description>&lt;p&gt;Réduire
et décarboner
les usages&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Démocratiser
les stratégies&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre au Moyen-Orient, en plus des conséquences tragiques pour les populations qui la subissent, a produit une augmentation brutale et massive des prix des énergies, profitable aux multinationales qui les fournissent, mais entraînant une hausse du coût de la vie que le gouvernement laisse filer. Sur le volet social, le montant des aides débloquées par l’exécutif est estimé à 310 millions en avril-mai 2026, alors qu’à titre de comparaison le gouvernement espagnol a mis 5 milliards sur la table.
Sur le versant écologique, le plan « d’électrification des usages », annoncé par le gouvernement, ne contient pour l’instant aucun investissement supplémentaire. Alors que les stratégies institutionnelles prévoient d’atteindre la neutralité carbone en 2050, la majorité de l’énergie que nous utilisons est encore fossile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consommation d’énergie
l’urgence de décarboner&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, la consommation d’énergie finale est en effet répartie entre le pétrole (38%), le gaz naturel (19%), le charbon (1%), l’électricité (26%), l’énergie renouvelable (EnR) thermique (14%) et la chaleur commercialisée (3%).
L’énergie fossile représente ainsi 60% de notre mix énergétique final, et ce taux monte à 80% à l’échelle mondiale. La combustion des énergies carbonées, par exemple dans les transports, les bâtiments résidentiels et tertiaires ou dans l’industrie, est responsable de la majorité de nos émissions de gaz à effet de serre (GES), qui causent un changement climatique largement insoutenable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face à cette impasse écologique et sociale, la troisième édition de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE 3), publiée avec deux ans de retard, présente des ambitions sans moyens. Elle s’inscrit bien dans les objectifs nationaux et européens qui visent à réduire la part des énergies fossiles dans la consommation finale à moins de 30% dès 2035 pour atteindre la neutralité carbone en 2050. À cette date, les énergies fossiles devront donc être totalement absentes du mix énergétique, composé à 54% d’électricité, à 42% d’énergies renouvelables (EnR) hors électricité (déchets, biomasse, géothermie) et à 3% d’hydrogène. Cette stratégie implique une décarbonation massive des usages.
Pourtant, malgré les annonces gouvernementales, la consommation territoriale d’électricité diminue ces dernières années, de 473 à 451 TWh entre 2019 et 2025, selon RTE, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité. Sur la même période les exportations augmentent à hauteur de 70%.
Cette surproduction s’explique en partie par des gains d’efficacité énergétique, mais témoigne surtout de la difficulté à électrifier massivement la consommation sans planification et sans investissements publics suffisants. Pour atteindre les objectifs 2030 du scénario « décarbonation rapide » de RTE il faudrait par exemple multiplier par 4 l’électrification du chauffage résidentiel ou tertiaire, ou par 3 l’utilisation de véhicules électriques…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Politiser la décarbonation et la sobriété&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, la décarbonation massive des usages s’oppose aux principes même du logiciel ultralibéral. Face à la crise, le gouvernement vient par exemple d’annoncer une augmentation du « leasing social » pour seulement 50 000 véhicules électriques supplémentaires, bien en deçà des volumes nécessaires. Les aides MaPrimeRénov ont été divisées par deux dans le PLF 2026. Le fonds vert vert destiné à la rénovation énergétique des bâtiments publics est passé de 2,5 Mds à 700 M d’euros entre 2024 et 2026.
Alors que les budgets alloués aux politiques de transition écologique baissent ou stagnent, plusieurs rapports s’accordent sur le fait que ces investissements devraient être multipliés par deux ou trois. Par conséquent, la baisse des émissions territoriales de la France n’atteint que 1,8% en 2024 et 2025, alors que les objectifs sont fixés à 5% chaque année.
La consommation énergétique est relativement stable depuis le milieu des années 1990 et l’empreinte carbone se situe entre 8 et 9 tonnes équivalent CO2 par personne, avec des disparités importantes selon les niveaux de revenus et de patrimoine. Par ailleurs, 55% de ces émissions sont aussi liées aux importations, ce qui implique des politiques de relocalisation et de réindustrialisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les carences dans les politiques de sobriété expliquent aussi ces difficultés. La France s’est engagée d’ici 2050 à réduire de 50% la consommation d’énergie finale sur une base 2012, mais la PPE 3 reste particulièrement incohérente sur cette thématique.
Alors que le gouvernement s’inscrit logiquement dans une vision individualisante, cette sobriété doit pourtant être envisagée collectivement et politiquement pour combattre les inégalités sociales et écologiques. Aujourd’hui, les consommations d’énergie sont largement corrélées aux niveaux de richesse, mais la fiscalité carbone pèse proportionnellement davantage sur les ménages modestes et les classes moyennes.
L’urgence du débat sur les choix énergétiques est aussi un impératif politique.
Production énergétique
Démocratiser les choix stratégiques&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, les scénarios officiels pour 2050 impliquent une consommation finale en deçà de 900 TWh, avec une décarbonation de tous les secteurs et un mix énergétique composé à 54% d’électricité, 42% d’EnR hors électricité et 3% d’hydrogène. Le débat français, surtout orienté sur la production énergétique, ne peut s’extraire de ces objectifs essentiels d’électrification et de réduction des consommations, mais aussi de diversification des sources de production.
Avec une production électrique de l’ordre de 548 TWh en 2024 (chiffres SDES) il n’est pas nécessaire de doubler notre capacité, comme on le lit parfois. Le discours de Belfort prononcé en 2022 par le président Macron a pourtant préempté le débat en imposant une relance du nucléaire pour dessiner un monde de la surproduction énergétique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut cependant a minima se poser la question des budgets, de la temporalité et de l’efficacité d’une telle orientation politique, largement entérinée par la PPE 3.
Le plan Macron table sur une relance du nucléaire post-2040, avec prolongation de la production existante, alors que le parc actuel donne déjà des signes de faiblesses.
D’autant que les projets d’EPR2 sont loin d’être aboutis et restent incertains au vu des dérapages actuels, tant sur les calendriers que sur les coûts. Ces investissements aussi massifs que risqués fragilisent aussi la filière renouvelable, alors que la France accuse un retard important dans ce domaine, et reste le seul pays de l’UE à ne pas avoir rempli ses objectifs.
Sans préempter les débats, on peut tout de même constater qu’à ce stade, la sortie progressive et maîtrisée du nucléaire reste un objectif réalisable, même si elle est menacée par les choix politiques actuels. Il faudrait également renforcer nos argumentaires sur les conséquences de la libéralisation et sur la nécessaire reconstruction d’un grand service public de l’énergie.
Cyril Verlingue&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Congrès du SNEP-FSU : résistance et progrès</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/299/16-snep/</link><pubDate>Sun, 17 May 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/299/16-snep/</guid><description>&lt;p&gt;Guidel (56), 23 au 27 mars 2026&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un congrès de résistance et de progrès&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que les inégalités d’accès à la pratique physique, sportive et artistique, aux loisirs s’accroissent en même temps qu’elles se cumulent (inégalités sociales, de genre, territoriales, liées au handicap&amp;hellip;) et que les gouvernements néo-libéraux successifs réduisent la voilure budgétaire et attaquent les droits des agent·es public·ques, le congrès du SNEP-FSU a voté des mandats résolument offensifs pour les combattre, résister et dessiner les contours d’autres possibles. Ancré dans la spécificité du métier et au cœur de la profession pour mobiliser et lutter pour un service public d’éducation physique et sportive, du sport scolaire et du sport et de la Jeunesse de qualité partout et pour toutes et tous, le syndicalisme du SNEP-FSU combat dans le même temps toutes les formes de domination, de discrimination, l’injustice fiscale, sociale et environnementale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La réunion des 220 congressistes a permis la réalisation d’une action médiatique pour défendre l’enseignement de la natation, mis à mal par le manque de piscines, les politiques austéritaires qui font monter les effectifs par classe et pénalisent les apprentissages ainsi que par un cadre programmatique qui ne répond pas aux exigences d’apprentissages efficaces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’année à venir, avec l’horizon des présidentielles, s’annonce particulièrement exigeante pour nos forces militantes.
Le SNEP-FSU s’est doté d’un appel du congrès pour la Jeunesse, en forme de projet social, féministe, écologique et culturel, pour rassembler la profession autour d’un projet commun et peser dans la période sur les expressions politiques autour de l’EPS, du sport scolaire, du sport et de la Jeunesse. Par ailleurs, la lutte contre les idées réactionnaires et d’extrême droite passe par une défense de notre statut qui nous protège de l’arbitraire. Les élections professionnelles de décembre prochain constituent en cela un temps fort de la mobilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rigueur de l’organisation des camarades de l’académie de Rennes aura permis un déroulement idéal du congrès conjuguant à la fois chaleur de la camaraderie comme confort de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fabrice Allain,
Co-secrétaire général du SNEP-FSU&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/p&gt;</description></item><item><title>31e congrès du SNETAP-FSU</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/299/16-snetap/</link><pubDate>Sat, 16 May 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/299/16-snetap/</guid><description>&lt;p&gt;Brie-Comte-Robert (77), 24 au 27 mars 2026&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un congrès de mobilisation, de résistance
et de renouvellement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Réunir le 31e congrès national du SNETAP-FSU dans un lycée agricole public, à Brie-Comte-Robert (77), dit notre manière de vouloir faire du syndicalisme au plus près des collègues et de leurs réalités.
240 congressistes ont confirmé cette orientation : ancrer les revendications du quotidien, notamment la lutte contre la précarité, dans un syndicalisme de transformation sociale, écologique, féministe, démocratique et antifasciste.
Dès l’ouverture, en présence de Caroline Chevé, les enjeux sont posés : montée de l’extrême droite, divisions du monde agricole, élections professionnelles en fin d’année et élection présidentielle à venir, ainsi que l’ambition de la FSU dans la défense des agent·es et des services publics.
La projection d’un documentaire sur le chlordécone a marqué les débats. Au-delà de dénoncer les logiques néocoloniales toujours à l’œuvre dans les territoires ultramarins français, il a illustré l’enjeu vital qu’est aujourd’hui l’écologie. Dans l’enseignement agricole public, elle traverse directement nos métiers. L’École doit permettre de s’émanciper d’un système agro-industriel destructeur.
La table ronde sur l’extrême droite a montré que sa progression s’ancre dans les inégalités et le sentiment d’abandon dans les espaces de travail. Il est alors de notre responsabilité de reconstruire du collectif, de donner de l’espoir par nos luttes pour s’attaquer aux causes et permettre, par l’action, de déconstruire les discours. Par ailleurs, nos collègues sont déjà mis en cause dans leurs pratiques, et nos établissements, ancrés dans les territoires ruraux, sont au contact direct des réalités sociales et agricoles.
La présence de nombreuses organisations amies-partenaires de lutte a réaffirmé l’importance d&amp;rsquo;une convergence élargie des luttes aux autres acteurs de la société civile. Le renforcement de notre participation à L’Élan Commun (SNUITAM-FSU et SNETAP-FSU, la CGT Agri, SUD Rural TERRITOIRES), ainsi que de nos collaborations avec la Confédération paysanne et des collectifs engagés sur l’alimentation et l’écologie, en est une traduction concrète.
Le congrès s’est aussi saisi des enjeux liés à l’IA, tant du point de vue politique, économique, environnemental que de la transformation de nos métiers.
Fort aussi du renouvellement de son secrétariat général, le SNETAP-FSU sera acteur des résistances et se battra pour gagner de nouveaux droits pour les agent·es de l’enseignement agricole public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Claire Pinault, Flavien Thomas&lt;/p&gt;
&lt;hr&gt;
&lt;p&gt;Pour en savoir plus : &lt;a href="https://www.snetap-fsu.fr/-31eme-Congres-Brie-Comte-Robert-24-27-mars-2026-.html" target="_blank" rel="noopener"&gt;https://www.snetap-fsu.fr/-31eme-Congres-Brie-Comte-Robert-24-27-mars-2026-.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
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&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Après les municipales : la situation sociale et politique</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/299/17-municipales/</link><pubDate>Fri, 15 May 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/299/17-municipales/</guid><description>&lt;p&gt;et politique
après les municipales…
et dans le contexte
géopolitique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fracturation politique du pays qui s’enkyste…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soir du second tour des élections municipales a été un bien
triste spectacle pour qui était soucieux de chercher à comprendre dans leurs résultats une appréciation de l’état de crise politique et sociale du pays. La grande majorité des ténors des forces politiques venaient se répandre sur les plateaux de télévision ou dans leurs soirées électorales en autocongratulations, qui sur la progression de leur implantation, qui sur la prise de telle ou telle ville, qui sur l’efficacité de telle ou telle alliance ou telle ou telle division… Mais étaient finalement fort peu présents dans les bilans, les expressions, l’état de crise sociale du pays, la confusion morale sur les valeurs et principes républicains, ou encore la situation de défiance politique de nombreux électeurs et électrices, voire de déliquescence démocratique…
De ce point de vue, la participation, faible pour ces élections politiques au plus près des citoyen·nes, est un élément essentiel à prendre en compte et qui ne peut être déconnectée des motifs des fracturations politiques du pays. Nul besoin d’être grand politiste pour comprendre que tous les ingrédients continuent d’être réunis pour que l’extrême droite poursuive son enracinement, rappelant l’urgence et la nécessité de réponses sociales, de formulations politiques à même de répondre aux aspirations du monde du travail, des jeunes, des retraité·es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nécessaires stratégies de rassemblement…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question des services publics, d’accès aux droits et de préservation des conditions de vie et de cohésion sociale a été présente, par exemple, dans nombre de campagnes électorales, de manière différente bien sûr selon les situations et réalités locales.
Force est cependant de constater qu’il n’y a eu que trop peu de résonance nationale, unifiante et à même de poser une critique radicale de l’austérité ou encore de formulation de réponse revendicative de rupture, susceptible de rassembler une majorité dans le pays.
Et pourtant, l’austérité, c’est une dimension structurante, stratégique, de la politique « corporate » menée au profit quasi exclusif de ce qui représente, aux yeux des gouvernements qui se succèdent depuis 2017, une prétendue élite, économique. Et qu&amp;rsquo;importe si celle ne peut exister qu&amp;rsquo;au détriment du pacte social du pays en tant qu’il est, historiquement, un des fondements de la République !
C’est en cela qu’elle est le vecteur de précipitation du pays dans un état de déliquescence politique sur laquelle prospère l’extrême droite.
Remarquons que le syndicalisme est sans doute le mieux à même de formuler des exigences revendicatives en la matière.
Mais, de manière analogue - et non pas similaire tant les champs social et politique ont chacun leurs spécificités propres - si l’action revendicative doit être conjuguée avec une stratégie d’unité pour envisager d’être victorieuse, un programme politique porteur de réponse aux aspirations d’égalité, d’émancipation et de solidarité ne peut prendre tout son sens, que s’il est incarné par une formule politique à même de rassembler une majorité dans le pays. Bref, la question de l’unité reste une perspective déterminante.
Sans qu’il ne soit besoin de faire de longs développements sur l’actualité de sa « double besogne », le syndicalisme, fort de son indépendance, a sans doute un vrai rôle à jouer en tant qu’il peut être porteur d’exigences de réponses à la hauteur des crises qui se conjuguent et dont le monde du travail est la première victime. Sans doute est-ce d&amp;rsquo;ailleurs un aspect déterminant.
Il faut cependant intégrer dans la réflexion le fait rappelé par la séquence des élections législatives de juillet 2024, il n’y aura pas d’unité syndicale sur un tel processus d’interpellation du champ politique, voire de stratégie visant à agir dessus.
Et il ne faut pas oublier les effets des porosités avec l’extrême droite, dont l’existence ne fait plus de doute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Intégrer à la stratégie revendicative
d’ensemble les défis de
la situation géopolitique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, la situation internationale, les basculements géopolitiques à l’œuvre, les guerres en Europe ou au Moyen-Orient appellent sans doute à ce que soit articulé à l’attachement à la paix, au règlement pacifique et diplomatique des conflits, le refus absolu de toutes les barbaries qui se développent rapidement.
Si les mobilisations de solidarité internationale sont déterminantes, elles doivent aussi trouver leurs pendants dans les politiques internationales effectivement menées.
Et cette situation nécessite de répondre aux risques d’embrasement ou d’atteintes à la souveraineté des États, non seulement par des approches de défense, mais également par des politiques de renforcement des pactes sociaux. Et en France, les services publics et sa fonction publique sont déterminants.
Et nos revendications syndicales trouvent toutes leur pertinence dans cette situation aussi. Elles en sont même renforcées.
N&amp;rsquo;en déplaise aux gouvernants en place !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bruno Lévéder&lt;/p&gt;</description></item><item><title>« Sauver la démocratie sociale » : un livre en débat</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/299/18-sauver-democatie/</link><pubDate>Thu, 14 May 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/299/18-sauver-democatie/</guid><description>&lt;p&gt;Du conflit au contrat&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;par Gilbert Cette, Guy Groux, Richard Robert&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Attention livre important. Ou plutôt livres importants, car l’ouvrage en réalité se décline en trois textes de natures différentes et d’inégales importances : d’abord une étude sérieuse des textes, pratiques et logiques structurant la négociation sociale d’entreprise, de branche et interprofessionnelle nationale en France depuis la Libération, pour mieux introduire un pamphlet assez caricatural sur les syndicats et les syndicalistes, puis enfin un véritable programme gouvernemental, décliné en 8 mesures fortes dont certaines de rupture, voire provocatrices. Celles-là ont été largement reprises dans la presse « modérée » à la sortie du livre.
Mais ceci ne doit pas conduire à sous-estimer que ce livre théorise une nouvelle étape de « domestication » de l’action syndicale par une subordination accrue du dialogue social à la doxa managériale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nature hybride du livre s’explique sans doute en partie par les profils des trois auteurs : Gilbert Cette, universitaire, économiste, co-inspirateur du programme d’Emmanuel Macron sur les questions de droit du travail et de dialogue social en 2017, aujourd’hui président du Conseil d’orientation des retraites ; Guy Groux, également universitaire, fin connaisseur du syndicalisme et des relations professionnelles, auteur de nombreux ouvrages de référence, plutôt culturellement proche de la CFDT ; Richard Robert, enseignant à Sciences Po, directeur de la revue en ligne Telos, ancien responsable de la revue Cadres CFDT.
La thèse principale des trois auteurs est claire : la France souffrirait d’une incapacité chronique à s’adapter aux évolutions économiques mondiales par des réformes soumettant le droit du travail aux « contraintes concurrentielles », du fait à la fois d’une déresponsabilisation des « partenaires sociaux » par l’État - thème classique de la « deuxième gauche » - d’un syndicalisme à la représentativité prétendument affaiblie de par son émiettement, sa politisation et sa « culture conflictuelle ».
Il s’agit là de la partie la moins convaincante de l’ouvrage, avec un portrait à charge du monde syndical, peu éloigné, quoiqu’en disent les auteurs, ici indifférenciés, des charges habituelles du patronat et de la droite libérale. Si certains constats sont réels, comme la baisse de syndicalisation, le nombre de syndicats, la baisse de la participation aux élections professionnelles, le livre s’abandonne à décrire, très peu scientifiquement pour des spécialistes du dialogue social, un monde où tout conflit ne serait que le fruit de la volonté des syndicats pour des motifs d’influence, où la propension des capitalistes - le mot n’est sauf erreur jamais employé - à préserver ou accroître leurs profits n’existe semble-t-il pas, pas plus que la répression ou l’intimidation patronales.
Ceci conduit à postuler que les salarié·es et patrons sont des partenaires quasi-égaux. À l’inverse, le lectorat se voit rappeler systématiquement à quel point la taxation des riches est une chimère.
Dès lors pourquoi recommander la lecture de ce livre ?
Pour son aspect historique des grands moments et évolutions du droit de la négociation sociale, depuis la « nouvelle société » de Chaban Delmas jusqu’aux ordonnances Travail de Macron, en passant par les lois Auroux de 1982 ou Aubry de 2002. Mentionnons aussi une des rares études du moment où un pôle « réformiste » a failli être créé sous l’impulsion de la CFDT avec FO, la CFTC, la CFE CGC, de son échec et de l’éclatement de la FEN.
Mais l’intérêt de la lecture réside aussi dans le souci d’appréhender ce que les néo-libéraux, mais aussi une partie du mouvement syndical du fait d’évolutions résignées successives, théorisent à partir des postulats idéologiques clairement mis en lumière dans cet ouvrage.
Le livre dessine des lignes directrices constantes : le souci de passer d’une logique d’accords nationaux, ou de branche, à celle de l’entreprise, la priorité donnée au contrat sur la loi, y compris pour les questions de rémunération ou de temps de travail, au double prétexte d’une confiance donnée aux acteurs et actrices locaux et d’une non-représentativité des syndicats, donc pas assez légitimes à parler au nom des salarié⋅es.
Autre élément intéressant : le livre énonce très clairement la construction des nouveaux critères de représentativité des syndicats et les conditions, assez complexes, dans lesquelles un accord d’entreprise pourrait désormais déroger vers le bas aux accords de branche.
Enfin, le livre se clôt par 8 propositions pour « sauver le dialogue social » et « relégitimer ses acteurs » dont certaines sont anecdotiques (placer le lieu des rencontres patronat syndicats au CESE plutôt qu’au MEDEF…) mais d’autres explosives : réduire le champ d’intervention des syndicats aux questions corporatives et non politiques (questions sociétales, internationales, de libertés…), interdire la grève en période de négociation ou réduire le nombre de syndicats représentatifs en relevant les seuils nécessaires pour le devenir.
Nul doute que certains candidat·es y puiseront des idées.
Sans doute pas à gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bruno Lévéder et Matthieu Leiritz&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Mondes postcapitalistes</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/299/19-mondes-postcapitalistes/</link><pubDate>Wed, 13 May 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/299/19-mondes-postcapitalistes/</guid><description>&lt;p&gt;Entretien avec
Jérôme Baschet&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : quelle a été la genèse de ce recueil de textes sur un autre monde possible que celui du capitalisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jérôme Baschet : avant de co-diriger ce volume, nous avions déjà réfléchi à la manière d’aborder l’anticipation des mondes postcapitalistes, Laurent Jeanpierre avec son livre La perspective du possible, et en ce qui me concerne avec Adieux au capitalisme, publié il y a une dizaine d’années et directement inspiré de l’expérience zapatiste au Chiapas. Nous avons voulu reprendre la question de manière plus ample, à partir de l’idée que le capitalisme n’étant pas seulement un système économique, mais un type d’organisation sociale - ou, disons, une civilisation -, on ne pouvait pas aborder le postcapitalisme en s’en tenant aux questions économiques. Il fallait donc, de proche en proche, tenter d’explorer à peu près tous les aspects concernant l’existence humaine, de l’écologie des savoirs et de l’éducation à l’éthique, en passant, par exemple, par la famille, les arts, le rapport aux animaux, ou encore le vieillissement ou la temporalité&amp;hellip; Cela ne pouvait être entrepris que de manière collective, et c’est pourquoi le volume fait appel à 77 auteurs et autrices, de tous les continents et aux profils très variés : chercheur·euses en sciences sociales ou sciences de la nature, mais aussi juristes, paysan·nes et hommes et femmes marins, acteurs et actrices des mondes associatifs et militant·es…
La manière de pratiquer l’anticipation postcapitaliste a dû être repensée en profondeur, pour éviter notamment ce que l’on peut qualifier d’utopisme abstrait, produisant le plan d’une société idéale pensée par avance dans ses moindres détails. Par ailleurs, alors que les anciens projets de dépassement du capitalisme restaient pris dans l’hypothèse d’une extension de l’histoire occidentale à toutes les régions du globe, il est désormais indispensable de prêter attention aux postcapitalismes ancrés dans d’autres histoires.
C’est pourquoi nous parlons de mondes postcapitalistes, au pluriel : il n’y a pas une seule manière de penser la sortie du capitalisme et les mondes postcapitalistes expérimenteront des formes d’existence très différentes les unes des autres, ce qui n’exclut pas qu’ils puissent partager des points communs - à commencer par la même libération à l’égard de la destructivité capitaliste.
Enjeux-UA : comme peut le proposer Paul Magnette dans ses derniers textes, l&amp;rsquo;ouvrage aborde le dépassement du capitalisme sous de nombreux aspects (rapport de classe, patriarcat, conquête du temps, écologie&amp;hellip;), mais comment relier toutes ces luttes ? Autour de quelles idées communes qui dessinent un monde postcapitaliste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jérôme Baschet : il faut en effet prendre en compte de nombreuses dimensions, telles que les rapports de classe, la domination patriarcale, l’oppression coloniale et les discriminations raciales, mais aussi le rapport extractiviste à une nature dont l’homme se dissocie, ou encore les manières d’être individualistes et compétitives. Certains de ces traits, comme le patriarcat ou le colonialisme, sont antérieurs au capitalisme, mais celui-ci les a reconfiguré en profondeur. Au final, ce qui relie toutes ces dimensions, c’est le lien qu’elles entretiennent avec les logiques capitalistes, soit qu’elles contribuent à l’impératif fondamental d’accumulation illimitée du capital, soit qu’elles contribuent à la reproduction des rapports sociaux et des modes d’existence rendant possible l’accumulation du capital. Les différentes luttes contre ces oppressions spécifiques peuvent donc légitimement revendiquer leur autonomie, même si cultiver leur commune dimension anticapitaliste leur permet de gagner en force.
De même, les mondes postcapitalistes, quoique multiples et divers, ne sont pas voués à rester séparés les uns des autres, en s’enfermant dans des identités closes. Les différences n’excluent pas les circulations et les échanges. Et il faudrait tester la capacité de quelques principes à acquérir une portée largement reconnue : par exemple, l’impératif d’une vie bonne de toutes et tous, la nécessaire préservation de l’habitabilité de la Terre, l’entraide et le soin, ou encore le commun, dans le double sens d’un égal accès de toutes et de tous aux ressources inappropriables et d’une égale participation de toutes et tous aux décisions relatives à la vie collective - soit le fondement d’une démocratie réelle d’autogouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis par Matthieu Leiritz&lt;/p&gt;
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&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Parcoursup 2026 : le désengagement</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/299/20-parcoursup-2026/</link><pubDate>Tue, 12 May 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/299/20-parcoursup-2026/</guid><description>&lt;p&gt;Alors qu’en ces mois de février et mars, les lycéen·nes étaient invité·es à formuler leurs vœux de poursuite d’études sur la plateforme Parcoursup, une extraction de son contenu nous permet de comparer les formations référencées et le nombre de places offertes cette année par rapport aux années précédentes et ainsi de documenter les effets du désengagement de l’État dans le financement des établissements d’enseignement supérieur publics et privés.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus de bacheliers et de bachelières,
mais moins de place dans le supérieur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette année, les établissements d’enseignement supérieur accueillent majoritairement la génération née en 2008 qui a été plus nombreuse que celle née en 2007 (828 404 naissances en 2008 contre 818 705 en 2007).
Alors que le nombre de bachelières et de bacheliers devrait poursuivre sa croissance au moins jusqu’en 2028 sous l’effet conjoint de la hausse démographique des générations nées entre 2008 et 2010 et du taux de réussite au baccalauréat de celles-ci (91,6% de réussite en 2025 avec 682 000 diplomé·es soit 80% de la génération) pour la deuxième année consécutive, le nombre de places proposées sur la plateforme Parcousup diminue : moins 43 000 places en 2025 et à nouveau moins 10 300 places en 2026. Avec 675 000 places proposées dans les formations publiques, l’État ne se donne plus les moyens d’accueillir toutes les bachelières et tous les bacheliers qui souhaiteraient s’y inscrire. C’est le droit à l’éducation qui est entravé par l’austérité imposée aux universités.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le privé aggrave la pénurie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin de venir prendre la place d’un public défaillant, l’enseignement supérieur privé accélère la chute du nombre de places, pour la deuxième année consécutive.
Les formations privées proposent 7 300 places en moins, dont 6 600 places en moins en apprentissage, principalement en BTS.
Faut-il y voir l’effet de la baisse des financements massifs du ministère du travail pour développer l’apprentissage (jusqu’alors de l’ordre de 20 000 € de subventions et de baisses de cotisations sociales par app-renti) ?
Même réduites, ces subventions profiteront encore aux établissements privés, qui proposent encore 81% des places en apprentissage sur la plateforme.
Moins de place dans le public,
plus de sélection&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette baisse générale, les filières historiquement sélectives du public maintiennent leurs effectifs : en licences sélectives, en écoles d&amp;rsquo;ingénieur·es, comme en écoles de commerce et de management. Les filières dites « non sélectives », mais à capacités d’accueil limitées, continuent à proposer toujours moins de places d’année en année.
Ainsi dans les licences générales et en études de santé, nous perdons cette année 3 700 places. Dans le même temps, le nombre de places dans les formations publiques en apprentissages reprend sa progression après une baisse significative en 2025 (+ 1 700 places en 2026, en hausse de 4%).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour assurer le droit constitutionnel à une éducation publique et gratuite à toutes les bachelières et tous les bacheliers des nouvelles générations, il est indispensable que toutes les universités bénéficient des moyens nécessaires pour développer leur offre de formation et notamment d’un budget par étudiant et d’un taux d’encadrement comparable.
Le gouvernement masque le sous-financement global par un financement opaque et inégal : les inégalités de dotation entre établissements du service public varient du simple au double, y compris entre universités pluridisciplinaires comparables, sans la moindre explication. Il laisse toute latitude aux formations privées dont une part croissante sont à but lucratif sans véritable qualité, ni pédagogique ni certificative.
Ne nous y trompons pas : c’est une amputation du service public pour des centaines de milliers de bacheliers et bachelières, privé·es de places, et un plan social pour les personnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hervé Christofol,
membre du bureau national du SNESUP-FSU&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Formations supérieures en lycée : l'effet Parcoursup</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/299/21-formations-sup/</link><pubDate>Mon, 11 May 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/299/21-formations-sup/</guid><description>&lt;p&gt;L’effet Parcoursup&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la loi orientation et réussite des étudiants (loi ORE) , Parcoursup affiche les formations privées sur le même plan que le public, et organise la concurrence entre les établissements sur la base de critères largement biaisés. La plateforme est aussi fondée sur le principe de non-hiérarchisation a priori des vœux des candidat·es et provoque la mise en attente de centaines de milliers de lycéen·nes, au nom de la règle du « dernier mot à l’étudiant·e » que la ministre Vidal, en son temps, brandissait comme la réponse à tous les maux pour couper court aux critiques.
Ces mécanismes ont profondément déstabilisé le recrutement dans les filières sélectives des lycées, car ils imposaient implicitement une logique de « surbooking ». Il a mécaniquement vidé de ses étudiant·es beaucoup de formations de BTS, notamment industrielles, et des classes préparatoires, surtout celles dites de proximité. Dans le même temps, depuis 2019, l’augmentation de la part du privé a été portée par celle de l’apprentissage, soutenu par un important financement public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des CPGE publiques
qui demeurent attractives&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Après quelques années chaotiques, il n’y a jamais eu autant d’étudiant·es en Classes préparatoires aux grandes écoles, puisqu’ils dépassent cette année les 87 000 pour la première fois (note SIES février 2026).
Cette hausse concerne particulièrement les CPGE publiques qui continuent de progresser avec 84,7% des effectifs globaux, alors que les CPGE privées perdent des étudiant·es. Les classes préparatoires scientifiques représentent toujours près des 2/3 des effectifs de CPGE.
Cependant, l’effectif global des étudiantes et la diversification de l’origine sociale marquent le pas dans un contexte où les inégalités sociales et genrées se creusent avec la nouvelle organisation du lycée général.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des BTS publics en danger&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2026, on peut dénombrer ainsi 3 230 formations privées sous statut étudiant dont 1 371 (43,7%) sont des BTS.
Il y a aussi 7 668 formations privées par apprentissage dont 6413, soit 84%, sont des BTS.
En 10 ans, le nombre d&amp;rsquo;étudiant·es apprenti·es a été multiplié par 4 dans le privé contre 2 dans le public.
Malgré des effectifs partout en baisse, les BTS constituent une cible de choix pour toutes les officines privées qui en font un produit d’appel au milieu de formations « maison » très coûteuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ministère de l&amp;rsquo;enseignement supérieur peut toujours arguer de sa volonté de réguler le marché et de mettre en place des moyens de contrôle, la plateforme entretient la promotion de formations contestables et contestées.
L&amp;rsquo;arrêté du 19 février réglant la procédure de déréférencement après un contrôle pointant des dysfonctionnements, ne donne visiblement pas grand-chose…
On découvre cette année le nouveau référencement d&amp;rsquo;établissements du groupe Galileo dont les pratiques ont pourtant été dénoncées dans le livre de Claire Marchal, Le Cube, Flammarion, 2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Claire Guéville&lt;/p&gt;
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&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Service public ou barbarie</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/299/22-services-public/</link><pubDate>Sun, 10 May 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/299/22-services-public/</guid><description>&lt;p&gt;Arnaud Bontemps est haut fonctionnaire. Fondateur du collectif Nos services publics, il en est aujourd&amp;rsquo;hui co-porte-parole, avec Lucie Castets et Prune Helfter-Noah.
Il vient de publier, Service public ou barbarie, aux éditions de La Découverte (mars 2026). Ce titre évocateur est directement inspiré d’une importante revue d’orientation marxiste, animée notamment par Cornelius Castoriadis et Claude Lefort, Socialisme ou barbarie, entre 1949 et 1965.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : en quoi le service public peut-il constituer une « utopie réelle » face aux tentations autoritaires, en France comme ailleurs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arnaud Bontemps : nous vivons la fin d’un modèle économique qui prédominait depuis les années 1980 et qui, aujourd’hui, se révèle incapable de tenir ses promesses.
La croissance s’essouffle depuis des décennies. En son nom pourtant, les gouvernements affaiblissent méthodiquement les services publics et les protections collectives, présentées comme autant d’entraves à l’économie, tout en accélérant la destruction des ressources naturelles et le dérèglement climatique. Le tout sous couvert de concurrence, alors même que les dirigeants capitalistes en semblent sortis, referment les frontières et consolident des logiques de monopoles, y compris par la guerre.
En France, à force de compresser les moyens des services publics malgré l’augmentation des besoins sociaux, on a fracturé la société. D’un côté, des classes populaires reléguées vers des services publics dégradés ; de l’autre, ceux qui peuvent naviguer entre les meilleurs services, accèdent aux meilleures offres, publics dans le cas des classes préparatoires aux grandes écoles ou des CHU, privées quand les places manquent dans les crèches ou, quand l’école du quartier est mal rénovée.
Le service public constitue une réponse à ces déséquilibres.
C’est un projet social et politique d’une puissance insoupçonnée, sans doute le coin le plus efficace enfoncé dans le capitalisme que l’on ait réellement institué.
Qu’est-ce que c’est que le service public ? C’est une réponse aux besoins essentiels de la population - santé, éducation, transports - déployée en dehors du marché, rendue possible par un financement socialisé. Il permet que chacun puisse satisfaire ces besoins et en fasse des droits.
Cette sortie du marché résulte de choix politiques. Elle pourrait demain concerner de nouveaux secteurs. L’alimentation, par exemple, reste largement abandonnée au marché, qui comprime les revenus des agriculteurs et limite l’accès à une nourriture saine, dans un modèle écologiquement et socialement insoutenable.
Une sécurité sociale de l’alimentation permettrait d’en faire un droit, indépendant du portefeuille de chacun, tout en garantissant des revenus dignes aux producteurs.
C’est en ce sens que le service public constitue une « utopie concrète ». Ce n’est pas le rêve du Grand Soir, c’est déjà tangible : près d’un quart des richesses annuelles de la France sont produites par le service public, en France en dehors du marché. Les services publics rendent compatibles liberté et égalité - on n’est vraiment libre que lorsque nos besoins essentiels sont garantis. Ils proposent un horizon de progrès débarrassé de l’injonction à l’accumulation marchande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : sans parler de retour à un âge d&amp;rsquo;or dont vous montrez qu&amp;rsquo;il n&amp;rsquo;a jamais existé, quelles seraient les deux ou trois principales ruptures qu&amp;rsquo;un pouvoir politique devrait mettre en œuvre pour mettre fin à l&amp;rsquo;affaiblissement des services publics ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arnaud Bontemps : on peut observer une grande cohérence dans les politiques qui sapent les services publics : réduire les dépenses, donc imposer l’obéissance aux agent·es et dépolitiser les enjeux auprès des citoyen·nes. Il nous faut inventer une cohérence en tous points alternative : considérer les services publics comme une réponse aux besoins, donc faire de leurs agent·es des acteurs et des actrices des analyses et des évolutions nécessaires et démocratiser les services publics à tous les étages.
Cela suppose notamment de renouer avec l’esprit du statut de 1946, qui rompt avec la logique d’obéissance qui existait sous Vichy, pour lui préférer la notion essentielle de « responsabilité » des agent·es.
C’est un principe démocratique fondamental, déjà proclamé en 1789 : les citoyens doivent pouvoir demander des comptes à chaque agent·e public·que sur ses missions.
Mais les agents publics n’auront pas raison tous seuls : dans tous les secteurs, il faut construire de la démocratie, donc donner du pouvoir aux usager·es.
C’est un travail largement devant nous, mais fondamental pour garantir que les services publics répondent structurellement aux besoins de la population.
Si, par exemple, des habitant·es tiré·es au sort disposaient du pouvoir d’évaluer l’action du commissaire d’un quartier, les politiques de sécurité en seraient très certainement transformées. Le tirage au sort ne fonctionnera pas partout : dans d’autres domaines, comme la banque, cela peut passer par des espaces de confrontation entre acteurs, entre ONG et institutions financières par exemple.
Enfin, certains verrous doivent être levés. L’ordre d’examen budgétaire au Parlement - recettes précédant obligatoirement les dépenses - n’est ainsi pas neutre : il conditionne profondément les choix publics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : En quoi le traitement des agent·es des SP est-il révélateur d&amp;rsquo;une volonté soit d&amp;rsquo;affaiblir, soit de renforcer le rôle des services publics ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arnaud Bontemps : Je crois qu’on ne peut pas défendre l’intérêt général contre celles et ceux qui le mettent en œuvre au quotidien.
Partout dans le monde, on voit les gouvernements autoritaires fondre sur les services publics pour amoindrir ce qu’ils représentent comme possibilité démocratique. Cela commence toujours par supprimer leurs moyens, donc s’attaquer à leurs agent·es.
Mais c’est également un piège à propos duquel nous devons être vigilant·es : on ne pourra pas défendre le service public pour les fonctionnaires et par les fonctionnaires.
D’où l’importance de porter un discours centré sur le sens du service public, la capacité à bien faire notre travail, plutôt que sur les conditions de travail.
Ce n’est qu’à cette condition que l’on pourra mettre en évidence qu&amp;rsquo;agent·es comme usager·es sont aujourd’hui confronté·es aux mêmes logiques austéritaires. Cette jonction entre agent·es et citoyen·nes est l’avenir de nos combats : c’est elle qui permettra la construction d’une majorité sociale autour du projet de société que constitue le service public.&lt;/p&gt;
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&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Les mots du néolibéralisme : le mérite</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/299/23-mots/</link><pubDate>Sat, 09 May 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/299/23-mots/</guid><description>&lt;p&gt;« Enjeux » poursuit sa série d’articles interrogeant quelques mots du néolibéralisme et leur sens au regard des politiques gouvernant les services publics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MÉRITE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sens commun voudrait considérer que la motivation d’une rémunération au mérite garantisse une meilleure qualité du l’activité professionnelle. La paye au mérite apparaît alors comme une mesure de bon sens capable de susciter l’engagement de l’agent·e tout en améliorant le service public. Pourtant les études ne manquent pas, y compris dans les rapports institutionnels, qui mettent en doute cette apparente évidence.
Tout d’abord parce que la mesure du mérite est complexe et que les effets réels de la part personnelle de l’activité d’un·e agent·e sur la qualité du service public sont difficilement évaluables. C’est donc souvent davantage une conformité comportementale qui est appréciée, que les résultats objectifs de l’action qui est mise en valeur. De ce fait, la paye au mérite est facilement biaisée par la seule mesure d’une soumission à la demande hiérarchique qui est loin de garantir l’amélioration de l’action dans des perspectives d’intérêt général.
Cette inscription de la rémunération différenciée dans des stratégies managériales produit un renforcement des inégalités, dont sont particulièrement victimes les femmes, les agent·es ayant des petits salaires ou des statuts précaires.
Mais si malgré la faiblesse de ses effets qualitatifs, le salaire au mérite reste une volonté politique, c’est qu’il obéit à une autre finalité : renforcer le pouvoir hiérarchique et la soumission des fonctionnaires, finalité qui est loin d’avoir prouvé ses vertus sur l’amélioration des services publics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les études et rapports ont, au contraire, mis en évidence d’autres enjeux pertinents pour améliorer le service public. Le plus essentiel est celui du sens de l’action du fonctionnaire qui reste le vecteur essentiel de son engagement, d’autant plus s’il peut se nourrir d’une formation permanente permettant le développement des compétences professionnelles. Il importe aussi que l’action de l’agent·e puisse se sentir confortée par une reconnaissance par l’État, autant par la revalorisation des salaires et l’amélioration des conditions de travail que par un discours politique rappelant le rôle essentiel des services publics dans la vie quotidienne des citoyen·nes comme dans la perspective d’une plus grande justice sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul Devin&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Entretien avec Ludivine Bantigny</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/299/24-ludivine-bantigny/</link><pubDate>Fri, 08 May 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/299/24-ludivine-bantigny/</guid><description>&lt;p&gt;Ludivine Bantigny a été maîtresse de conférences en histoire de 2005 à 2020. Elle choisit alors de poursuivre son enseignement dans le secondaire. Elle est l’auteure de nombreux ouvrages dont « Une histoire globale des révolutions », en codirection avec Quentin Deluermoz, Boris Gobille, Laurent Jeanpierre et Eugénia Palieraki, La Découverte, 2023 « Battre l’extrême droite », Croquant, 2024 « Nous ne sommes rien, soyons toutes ! ; Histoire de femmes en lutte et de luttes féministes, de la Révolution française à nos jours », Seuil, 2025 « La Bourse ou la vie. Le Front populaire, histoire pour aujourd’hui », La Découverte, 2026.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : le Front populaire est né en surmontant de profondes divisions politiques à gauche : quel a été le poids de l&amp;rsquo;opinion publique dans ce processus ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ludivine Bantigny : plutôt le « peuple de gauche » que « l’opinion publique », tant ce dernier concept est fuyant, modelé à l’époque par la grande presse dont une partie est proche de l’extrême droite, comme les journaux détenus par le parfumeur milliardaire François Coty, l’empire Bolloré de ce temps. On imagine mal aujourd’hui le degré des divergences et des détestations réciproques au sein des partis de gauche et des syndicats dans les années 1930.
Pourtant, socialistes, communistes et anarchistes se retrou-vaient globalement dans les analyses marxistes et matérialistes, la lutte des classes, le rejet du capitalisme, et la confirmation par la crise de 29 des limites de la loi du marché. Le parti radical, lui, ne se reconnaît pas dans la lutte de classes, il reste persuadé que la société est réformable progressivement et se retrouve dans la Troisième République, y compris socialement conservatrice. La gauche française ne parvient pas avant 1934 à surmonter une double opposition idéologique et stratégique, entre SFIO et PC, ainsi qu’entre la CGT (proche des socialistes) et la CGTU (proche du PC).
On peine à se représenter de nos jours la détestation voire la haine des dirigeants du PC contre la SFIO qualifiée de « social fasciste ». D’où le rôle fondamental de ce peuple de gauche qui finalement s’auto-organise localement dans un front commun anti fasciste, intégrant les syndicats, les coopératives, les associations, dans un climat d’effervescence unitaire dès 1933 face à l’arrivée au pouvoir de Hitler en Allemagne (janvier) et surtout après le 6 février 1934. Il s’agit en effet d‘abord de défendre la République, au-delà des divergences sur les contenus d’une future « République sociale ».
Le 12 février ont lieu dans toute la France de gigantesques manifestations, et à Paris elle se mène au nom de l’unité et de la réconciliation, encore une fois sous la pression de « la base ». Il n’y aurait pas eu de Front populaire sans cette formidable poussée populaire locale, née de la prise de conscience à gauche de la gravité de la situation internationale après la victoire du fascisme en Italie en 1922 puis du nazisme en 1933, la conscience d’une « Internationale de la mort ».
Les témoignages concrets affluent de la part de militants allemands anti nazis, qui décrivent l’écrasement des partis ouvriers et des syndicats, de la répression féroce et des premiers camps de concentration. Les partis de gauche français mettent sur le même plan que fascistes et nazis, les ligues comme Solidarité française, les Jeunesses Patriotes, les Croix de Feu, même si en réalité ces organisations sont idéologiquement hétérogènes. L’évolution ultérieure du colonel de La Rocque, résistant, déporté en Allemagne, ses déclarations publiques et internes révèlent un homme opposé aux régimes fascistes, mais désireux d’une République autoritaire, hostile à la lutte des classes, partisan d’une France qui serait fondée sur le triple respect du travail, de la Famille et de la Patrie, slogan que lui empruntera Vichy. Daniel Guérin, alors jeune militant à la gauche de la SFIO, écrit dans son livre « La Peste Brune » (1933), la vitesse foudroyante avec laquelle les nazis ont imposé leur pouvoir absolu sur la société allemande, d’où la nécessité en France de réagir très vite.
Or la gauche s’organise, mais lentement. La décision de Staline de désigner l’Allemagne comme principale menace entraîne le ralliement du PC à l’unité contre le fascisme, à travers le Rassemblement puis le Front populaire (1935).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : la CGT s&amp;rsquo;est alors réunifiée : a-t-elle eu un rôle dans le rassemblement des partis notamment entre SFIO et PC ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ludivine Bantigny : il paraît clair qu’aujourd’hui les principales organisations syndicales poussent à la fédération des gauches contre la menace du RN. Dans les années trente, c’est plutôt le rapprochement des gauches qui permet la réunification entre CGT et CGTU au congrès de Toulouse en 1936, un évènement très important du fait de sa force mobilisatrice dans le salariat français. La CGT réunifiée joue évidemment un rôle important dans les grèves de mai juin 1936 mais aussi dans les mouvements qui ont suivi pendant des mois, moins connus.
Le programme de la CGT comprenait des aspects économiques, tels que les nationalisations, la planification économique, qui furent sources d’inspiration pour le Front populaire.
Le PC n’a alors pas souhaité reprendre à son compte les nationalisations, en partie par crainte d’effaroucher l’électorat des classes moyennes et donc le Parti radical.
Le Front populaire n’a du reste pas eu vraiment les moyens de mettre en œuvre sa politique économique, largement d’inspiration keynesienne, fondée sur la relance de la consommation sur le modèle du New deal alors lancé avec succès par Roosevelt aux États-Unis. Léon Blum a mené une politique fondée sur la demande, avec l’augmentation des salaires, des pensions, les retraites, mais il s’est heurté au Mur d’argent, avec notamment l’évasion fiscale très importante. Il avait beaucoup réfléchi dans les années précédentes aux questions de socialisation ou de nationalisation des grandes entreprises, des assurances et des banques, l’idée était que leurs bénéfices allaient financer les biens communs, la lutte contre le chômage, les grands travaux.
Mais le PC ne voulait pas inquiéter le Parti radical, notamment son aile droite, dont Blum écrivait qu’elle constituait des radicaux « douteux », mais nécessaires à sa majorité parlementaire. À l’époque, comme aujourd’hui, se posait le problème du périmètre des alliances à gauche : jusqu’où aller pour préserver une certaine cohérence et installer le pouvoir de gauche dans la durée. Or dès l’origine, le ver était dans le fruit avec la présence dans le Front populaire d’une « gauche de droite », qu’incarnait assez bien Édouard Herriot, figure importante du radicalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : votre livre dévoile, ou confirme, le rôle non négligeable de militantes politiques ou syndicales dans ce printemps 1936 : comment l&amp;rsquo;inscrire dans l&amp;rsquo;histoire des luttes féministes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ludivine Bantigny : le Front populaire s’inscrit en effet dans le lent et grand mouvement féministe qui débute au 19e siècle avec la revendication du droit de vote mais qui ne s’y limite pas. Nul hasard si Cécile Brunschvicg, une des trois sous-secrétaires d’État nommées au gouvernement en 36 par Léon Blum, fut présidente de l’Union française pour le suffrage des femmes. Mais ce ne fut pas une priorité pour Blum, pourtant personnellement partisan mais débordé par les évènements - il ne s‘attendait pas aux grèves du printemps - par ailleurs profondément légaliste et respectueux du programme du FP.
Or celui-ci ne prévoyait pas le droit de vote des femmes qui s’était heurté à l’hostilité des radicaux modérés au Sénat, avec notamment des propos d’une incroyable misogynie. D’où un vote favorable d’autant plus unanime à la Chambre des députés que l’on savait l’opposition du Sénat : une grande occasion manquée.
Enjeux-UA : le souvenir du Front populaire garde-t-il selon vous aujourd&amp;rsquo;hui une importance politique, notamment dans le contexte d&amp;rsquo;une forte menace de l&amp;rsquo;extrême droite et du retour des risques de guerre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ludivine Bantigny : la comparaison s’impose, en dépit de différences de contextes. Il ne faudrait pas limiter le FP à « l’embellie » du printemps 36. La politique ultérieure de Blum est restée plutôt libérale sur un plan économique.
Il n’a pu mener, faute de moyens financiers, de politique de grands travaux, d’installation d’un grand régime de retraites ou de fond d’indemnisation des chômeurs.
Or la question économique n’est pas déconnectée de celle de l’extrême droite. Une partie des chômeurs victimes de la crise ont pu basculer du côté de l’extrême droite, d’autant que l’inflation aggrave leur situation. Il a donc manqué un programme solide face aux puissances économiques et financières.
Fait peu connu : Émile Labeyrie, le nouveau gouverneur, socialiste, de la Banque de France, partisan de l’instauration d’un contrôle des changes pour lutter contre l’évasion fiscale, se heurte au refus de Vincent Auriol, ministre, lui aussi SFIO, des Finances qui lui oppose une politique de persuasion des financiers, une orthodoxie fiscale, afin d’attirer les capitaux.
D’où une question de stratégie : les gauches doivent-elles s’appuyer sur les luttes sociales ? Ce ne fut pas le choix du gouvernement de Léon Blum, soutenu par Maurice Thorez avec sa célèbre formule selon laquelle « il faut savoir terminer une grève dès que satisfaction a été obtenue ».
La loi sur l’arbitrage obligatoire peut d’ailleurs se lire comme une entrave au droit de grève, dans un contexte où la priorité était de revitaliser l’économie. C’est pourquoi le rapport de force revient rapidement au patronat, désireux de retrouver toute son autorité après le choc des occupations d’entreprises. Cette pusillanimité du FP s’explique aussi par l’arrière-plan international, d’où l’appel par Blum à une union sacrée en 1938 du PC jusqu’au libéral Paul Reynaud. Blum avait été chef de cabinet du ministre socialiste Marcel Sembat, aux débuts de la Grande Guerre, dans le gouvernement justement d’« Union sacrée ». En définitive, beaucoup de mesures progressistes auront été sabotées par les radicaux, dans les domaines de la fiscalité, des droits des femmes, des colonies… Radicaux qui finissent par renverser Blum en juin 1937.
Le Parti radical d’alors ressemble au PS d’aujourd’hui, très divisé, avec une aile droite qui ne veut ni de l’unité de la gauche, ni d’une véritable politique de gauche. Mais la question de l’unité va au-delà des partis, elle interroge aussi le mouvement associatif et le mouvement syndical.
La gauche est vaste ! Et a besoin de toutes ses forces.&lt;/p&gt;
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&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Mois des Fiertés LGBTQIA+, on fait le point</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/299/26-mois-des-fiertes/</link><pubDate>Thu, 07 May 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/299/26-mois-des-fiertes/</guid><description>&lt;p&gt;Chaque année, le mois de juin est l’occasion de porter nos revendications pour une société plus juste et émancipatrice en soutenant les personnes LGBTQIA+. Mais pourquoi en juin ? Simplement pour rendre hommage aux émeutes de Stonewall qui ont eu lieu le 28 juin 1969 à New York. Le mois de juin, devenu celui des Fiertés, permet de rappeler le combat encore nécessaire pour les droits des personnes LGBTQIA+.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les émeutes de Stonewall&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin des années soixante, le contexte social aux États-Unis est particulièrement violent pour les personnes homosexuelles et transgenre qui font l’objet d’attaques régulières et de discriminations appuyées par un système juridique homophobe, lesbophobe et transphobe.
À cette époque, très peu d’établissements acceptent d’accueillir les personnes LGT (Lesbienne, Gay, Transgenre) et les descentes de police dans les rares établissements qui leur ouvrent leurs portes sont très fréquentes, puisque la consommation d’alcool leur est interdite, tout comme le droit de danser ensemble ou de se travestir.
Mais la nuit du 27 au 28 juin 1969 marque un tournant.
Cette nuit-là, au Stonewall Inn, un bar tenu par la Mafia et célèbre auprès des communautés marginalisées, la police perd le contrôle face aux client⋅es qui se révoltent. C’est le contrôle de trop, les personnes LGT ne supportent plus de se faire contrôler et décident de dire stop. Cet événement marque un tournant.
Pendant plusieurs jours et nuits, la contestation s’est amplifiée pour réclamer la fin de la présence de la police et de la Mafia dans les bars. Ces événements ont été le point de départ de la création de groupes militants au sein de la communauté LGT comme le Gay Libération Front mais aussi de l’ouverture de lieux sécurisés leur permettant de se retrouver sans crainte.
La manifestation The Annual Reminder qui avait lieu chaque année laissera ensuite la place à la Gay Pride devenue plus récemment la Marche des Fiertés.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LGBTQIA+ Signification&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour faire le point ensemble et permettre à chacun⋅e d’être au clair avec le sens de cet acronyme.
L&amp;rsquo;acronyme LGBTQIA+ recouvre l&amp;rsquo;orientation sexuelle et affective, l&amp;rsquo;identité de genre et l&amp;rsquo;expression de genre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L : Lesbienne
Femme étant attirée sexuellement ou émotionnellement par les femmes.
G : Gay
Homme étant attiré sexuellement ou émotionnellement par les hommes.
B : Bisexuel·le
Personne attirée sexuellement ou émotionnellement par les hommes et les femmes.
T : Transgenre
Personne qui ne s’identifie pas au genre qui lui a été assigné à la naissance. Les personnes transgenre peuvent être des femmes, des hommes ou des personnes non binaires.
Q : Queer
À l’origine, queer est un mot anglais qui signifie bizarre, tordu, étrange. Longtemps considéré comme une insulte, il a été repris par la communauté LGBTQIA+ pour être reconnue et obtenir les mêmes droits.
I : Intersexe
Personne née avec des caractères sexuels (génitaux, gonadiques ou chromosomiques) ne correspondant pas aux définitions binaires types des corps mâles ou femelles. Ce n’est pas une maladie, mais une variation génétique saine.
A : Asexuel·le, Agenre et Aromantique
Asexuel·le : Personne qui ne ressent pas ou peu d&amp;rsquo;attirance sexuelle pour d’autres personnes.
Agenre : Personne qui ne se reconnaît dans aucun genre et même complètement en dehors des étiquettes binaires femme/homme.
Aromantique : Personne qui n’éprouve pas ou peu d’attirance romantique quel que soit le sexe ou le genre de la personne.
Le + « a tendance à vouloir dire qu&amp;rsquo;on peut se reconnaître dans d&amp;rsquo;autres identités. Et on peut faire évoluer ses identités au cours de sa vie. Rien n&amp;rsquo;est figé », selon Matthieu Gatipon-Bachette, ex-porte-parole de l&amp;rsquo;Inter-LGBT. Par exemple, les personnes non-binaires, gender fluid, pansexuelles… Certaines personnes y ajoutent également les personnes alliées.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et maintenant ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Même si la situation a bien évolué, le chemin qu’il reste à parcourir pour une véritable égalité est encore long.
En effet, selon l’Observatoire des Inégalités, en 2025 l’homosexualité était encore interdite dans 64 pays sur 193. Dans 12 d’entre eux elle est même passible de la peine de mort.
Mais il y a toujours un décalage entre le droit et la réalité, dans les pays où l’homosexualité est interdite, elle n’est pas toujours réprimée. En revanche, ce n’est pas parce qu’elle n’est pas interdite que pour autant elle n’est pas réprimée ou que les personnes ne sont pas discriminées.
S’agissant des personnes transgenre, la situation est plus inquiétante. Elles ont sept à huit fois plus de risques de faire une tentative de suicide que le reste de la population.
Leurs droits, bien moins répandus à l’échelle internationale que les droits pour les LGB, sont de plus en plus attaqués.
Aux États-Unis, Trump a mis en œuvre une série de lois restreignant les droits des personnes trans, allant jusqu’à l’invalidation rétroactive des papiers d&amp;rsquo;identité et l&amp;rsquo;interdiction des soins d&amp;rsquo;affirmation de genre pour les jeunes. Cela a eu des conséquences graves sur leur sécurité et leur santé physique et mentale et a engendré une augmentation des tentatives de suicide.
Au Royaume-Uni également le retour en arrière concernant leurs droits est inquiétant.
En France, la situation n’est pas idéale non plus et le gouvernement actuel mène des attaques régulières contre les droits des personnes transgenres comme avec la loi sur la transidentité des mineur⋅es en 2024 ou l’inscription des changements de prénoms dans le registre policier depuis l’arrêté du 19 décembre 2023. Depuis le 1er mars 2026 avec l’adoption du nouveau budget de l’État, le changement de mention de genre est devenu payant (50 €). La FSU combat d’ailleurs ce choix en faisant partie de la campagne Jugepasmongenre lancée par l’association Toutes des femmes.
La LDH alerte d’ailleurs sur la proposition de loi Rodwell, qui sous couvert de renforcer la sécurité et lutter contre les risques terroristes, prévoit des mesures prenant pour cibles les personnes trans avec la restriction du droit de changer de prénom pour les personnes trans ayant un acte de naissance étranger ou un casier judiciaire.
La liste des discriminations subies par les personnes LGBTQIA+ est bien plus longue et celles-ci doivent être combattues de pied ferme. À nous de nous mobiliser aux côtés des associations et collectifs LGBTQIA+ pour revendiquer l’égalité des droits effective et la fin des attaques législatives sous couvert d’une prétendue protection. Le mois des Fiertés sera l’occasion de porter haut ces revendications et de continuer la lutte engagée tout au long de l’année.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Julien Poirier &amp;amp; Élise Arnol&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Fiertés : les dates à retenir</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/299/27-dates-a-retenir/</link><pubDate>Wed, 06 May 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/299/27-dates-a-retenir/</guid><description>&lt;p&gt;31 mars : Journée internationale de la visibilité transgenre
6 avril : Journée internationale de l’asexualité
26 avril : Journée internationale de la visibilité lesbienne
17 mai : Journée internationale contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie
Juin : Mois des Fiertés
17 mai : Anniversaire de la loi ouvrant le mariage pour tous
14 juillet : Journée internationale des personnes non binaires
4 août : Anniversaire de la loi de 1982 mettant fin à la répression de l’homosexualité
23 septembre : Journée de la bisexualité ou de la fierté bisexuelle
26 octobre : Journée de sensibilisation intersexe
8 novembre : Journée internationale de solidarité intersexe
20 novembre : TDOR, journée du souvenir trans&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Du FN au RN : continuités ou rupture ?</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/299/28-du-fn-au-rn/</link><pubDate>Tue, 05 May 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/299/28-du-fn-au-rn/</guid><description>&lt;p&gt;Patrick Lehingue, professeur de science politique à l’université Jules Verne de Picardie, et Bernard Pudal, professeur de science politique à l’université Paris 10 Nanterre, viennent de publier Du FN au RN. Les raisons d’un succès, PUF, janvier 2026.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : le RN se présente depuis quelques années comme un mouvement néo gaulliste, l&amp;rsquo;équivalent du RPR des années 70 : s&amp;rsquo;agit-il d&amp;rsquo;une réelle évolution entre FN et RN ou la matrice reste-t-elle la même ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bernard Pudal : cette filiation et prétendue équivalence est en fait une profession de foi de certains responsables du RN tardivement arrivés (J.P. Tanguy par exemple) ou plus récemment de Marine Le Pen elle-même qui en l’espèce n’hésitait pas, au début des années 2010, à tuer le Père, lequel, nostalgique de l’Algérie Française était un anti gaulliste acharné.
Au delà des discours et des fausses généalogies, une chose est d’affirmer discursivement l’importance de l’État ou des services publics ; une autre est de constamment les affaiblir dans les faits à l’occasion des votes des parlementaires RN lors de la discussion budgétaire de l’automne dernier.
J.M. Le Pen était jusqu’en 2005, un reaganien convaincu. Sa fille et Jordan Bardella (qui, dans ses « mémoires », se réclame plutôt, ne doutant de rien, de Napoléon) s’éloignent de leur programme interventionniste pour renouer, à mesure qu’ils se rapprochent du pouvoir, avec un néo libéralisme à peine tempéré : baisse des impôts, baisse des dépenses publiques, déréglementations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : quelles sont selon vous les raisons de fond de son attractivité ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bernard Pudal : dans notre ouvrage, nous rappelons la fameuse citation du cinéaste Jean Renoir dans son fameux film « la règle du jeu » (1939) : « Tu comprends, sur cette Terre, il y a quelque chose d’effroyable, c’est que tout le monde a ses raisons ».
Puis nous recensons une bonne soixantaines de « raisons », de motivations, de causes relevées par des concurrent·es, des journalistes ou des spécialistes de l’extrême droite, la moindre n’étant pas l’argument, mille fois ressassé, et au fond, « pas même faux » : « eux au moins, on n’a pas encore essayé ».
En fait, on commet une erreur de perspective en cherchant dans le FN puis le RN les raisons de l’enkystement électoral de cette formation. Contre une vision étroitement politologique, il faut donc ici dissocier le degré de solidité d’une organisation qu’on peut ici ramener au rang de petite entreprise familiale à fonctionnement népotique, de ses impressionnantes performances électorales. Les raisons de ce singulier succès ne sont pas à rechercher dans le parti lui-même, ni dans ses relais militants locaux, le plus souvent inexistants, mais à l’extérieur de celui-ci, dans le passage progressif d’une configuration sociopolitique relativement stabilisée de 1945 au milieu des années soixante-dix, à une nouvelle configuration, dont, par effet d’aubaine, le FN a su tirer bénéfice sans en être l’instigateur.
Ce n’est pas (au choix) dans le charisme, l’habileté ou la malignité de ses porte-parole successifs - père ou fille -, dans le nombre, l’activisme ou l’enthousiasme - très relatifs - de ses militant·es, dans l’ambivalence - pour le coup, assez fonctionnelle - de ses postures idéologiques ou prises de position programmatiques… qu’on découvrira les causes des fortunes diverses de ce parti.
Nous distinguons dans la troisième partie de notre ouvrage quatre séries causales ou conditions de possibilité : la « Crise économique » et la montée des insécurités sociales ou l’intensification des concurrences pour la répartition de ressources rares ; les déstructurations du champ politique ; les effets politiques de la duplicité du système scolaire ; la régression vers le sens commun national ou la renaissance du nativisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : en quoi la &amp;ldquo;duplicité&amp;rdquo; du système scolaire contribue-t-elle à son succès ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bernard Pudal : le niveau de diplôme est la variable la plus prédictive du vote RN. Ce constat statistique fait spontanément l’objet d’une interprétation dominante : les gens voteraient FN parce que, n’ayant pas de diplômes, ils seraient dépourvus d’esprit critique. Ce court-circuit interprétatif mérite d’être récusé en doute. L’équation « esprit critique - études supérieures » est le plus souvent une forme « d’intellectualo centrisme ».
Il suffit de rappeler le ralliement de nombre d&amp;rsquo;intellectuel·les et de fractions entières de l’intelligentsia allemande au nazisme et inversement, de convoquer l’histoire du mouvement ouvrier, autrement dit la puissance émancipatrice du mouvement ouvrier au XIXe et au XXe siècle, par définition composé de militant·es principalement scolarisé·es dans le primaire, souvent autodidactes et doté·es d’une intelligence critique non scolairement certifiée. L’étonnante (au sens de sociologiquement improbable) réussite de la promotion des ouvrier·es dans le champ politique grâce au PCF des années trente, grâce aux écoles de Parti en témoigne. Mais là aussi, pas de mythification du passé : c’est aussi l’époque de la stalinisation du PCF…
En réalité, dès qu’il s’agit d’évoquer l&amp;rsquo;électorat populaire du FN, le mépris de classe se substitue à une analyse autrement plus complexe, celle des transformations, et de ses effets contradictoires, du système scolaire de notre pays. L’enseignement secondaire-supérieur se généralise et s’impose comme norme sociale alors qu’il était auparavant réservé à une élite, une généralisation qui était dans les années soixante-soixante dix placée sous les auspices de la « démocratisation ». Pour de multiples raisons bien étudiées par les sociologues de l’éducation, cette généralisation n’est pas sans être paradoxalement pour certains particulièrement éprouvante, humiliante, déstabilisante. Une partie des électeurs du RN, dont le rapport au système scolaire est extrêmement complexe, oppose une sorte de réflexe de self-défense en dénonçant le système scolaire, son « opacité », ses effets subjectifs et évidemment les enseignant·es.
L’étude de deux trajectoires biographiques exemplaires, que nous convoquons, atteste de l’importance de ces phénomènes rarement mis en avant. Le cas de Bastien Régnier, militant du FN, « héros », du documentaire La Cravate (à voir absolument), qu’écoeure « la bien pensance », illustre ce mécanisme d’auto-défense. Lorsque nous le rencontrons, il envisage de créer une association pour les élèves humilié·es qui ne seraient pas entendu·es. Il se propose de l’appeler « la dernière écoute »&amp;hellip; Pour extraordinaires qu’ils et elles soient, les cas étudiés permettent de comprendre comment les contradictions du système scolaire conduisent à le vivre comme duplice.
Attention, nous ne voulons pas que notre analyse soit utilisée pour disqualifier les enseignant·es. Les enseignant·es sont elles et eux-mêmes victimes, en un certain sens, d’une évolution du système scolaire, qui passe des promesses « démocratiques » du collège unique à un horizon scolaire qui s’est refermé, à la fois par manque de moyens mais aussi par absence d’un véritable projet démocratique. Le mot « massification » désormais banalisé exprime cette mutation.
Il faudrait une véritable volonté politique de démocratisation scolaire. Les enseignant·es sont alors trop souvent considéré·es comme fauteur·es… et perdent une part décisive de l’autorité sociale qu&amp;rsquo;elles et ils avaient acquis historiquement.
C’est un des effets de cette évolution scolaire que la fragilisation voire la disqualification de l’autorité sociale des enseignant·es auprès des fractions les plus en difficulté scolairement.
Comment prend-on position dans le monde social ? En s’appuyant sur des gens en qui on a confiance, à qui on délègue le droit de vous représenter. Il existait tout un maillage de la société qui encadrait les classes populaires des années 1880 aux années 1960-1970. C’était aussi bien les instituteur·trices que les syndicalistes et les communistes, ou les prêtres ruraux. Tous étaient ce qu’on pourrait appeler des intellectuels de gestion des profanes, qui freinaient les expressions spontanées racistes ou dénonciatrices. C’est ce maillage qui est aujourd’hui défaillant. Pour des raisons multiples, notamment liées aux frustrations secrétées par l’expérience scolaire, tout se passe comme si la défiance s’était désormais installée ouvrant la voie à la recherche aveugle d’explications qui nourrissent le complotisme et plus généralement démonétisent les points de vue scientifiquement attestés.
Cette distance entre représentant·es et représenté·es se retrouve dans la clôture du champ politique sur lui-même…. La promotion des « purs » professionnels de la politique (on donne les chiffres dans le livre) en est le symptôme : on peut sortir de Sciences Po, devenir assistant·e parlementaire, puis député·e, sans avoir jamais rien connu d’autre que la politique, sans connaître le monde social. N’est-ce pas ce que Marx appelait le « crétinisme parlementaire, qui relègue dans un monde imaginaire ceux qui en sont atteints et leur enlève toute intelligence, tout souvenir et toute compréhension pour le rude monde extérieur ? ».
L’assujettissement entêté du système scolaire à d’étroites logiques de reproduction, comme l’attestent les comparaisons entre pays de l’OCDE, et l’idéologie officielle méritocratique est souvent ressentie comme une hypocrisie, un « mensonge » du « système » (scolaire, politique, social, etc.), conduisant par exemple à chercher des vérités « cachées » et à créditer les essayistes qui vivent de la critique réactionnaire du système scolaire, un véritable filon éditorial. Jean-Marie le Pen avait l’habitude de citer les titres des multiples essais réactionnaires qui dénoncent le système scolaire, alertant les « parents », exploitant l’immense marché des angoisses parentales liées à la scolarisation. Sa haine des enseignant·es du public était sans limite…
Aujourd’hui, le RN propose de répondre à ces angoisses en préconisant de la clarté dans les mécanismes de sélection, une revalorisation de l’autorité des enseignant·es, un réinvestissement de « l’ordre scolaire » et de la discipline par la chasse aux « incivilités »… La fin de l’école unique est aussi revendiquée afin de restaurer un apprentissage censé réhabiliter le travail manuel et éviter le ressentiment secrété par les « ambitions » de l’école unique. L’histoire et la mythologie nationaliste de l’école (retour à une histoire chronologique, nationaliste, largement fantasmée autour de figures historiques héroïsées, revalorisant au passage le passé colonial français, etc.) sont mobilisées par le RN pour légitimer son projet qui repose pour l’essentiel sur une mythification nostalgique du système scolaire « Ferry ». En « oubliant » simplement que ce système Ferry reposait sur l’exclusion de la majorité des enfants de l’enseignement secondaire-supérieur…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : comment expliquer l&amp;rsquo;échec actuel à le faire reculer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bernard Pudal : si notre hypothèse est validée, à savoir l’installation progressive d’une nouvelle configuration socio-politique affectant les principaux champs, et leurs interactions, de notre société, seule une action politique susceptible d’en contrarier les logiques pourrait effectivement faire reculer l’extrême droitisation de notre société. Il faudrait sans doute que se mobilisent les groupes sociaux les plus rétifs à la droitisation de la société, trop souvent désabusés et résignés par la division des forces politiques et sociales qui pourraient avec quelque réalisme se donner un tel projet.&lt;/p&gt;
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&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Échec et mat pour Viktor Orbán</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/299/30-echec-et-mat/</link><pubDate>Mon, 04 May 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/299/30-echec-et-mat/</guid><description>&lt;p&gt;pour
Viktor Orbán&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vent tournerait il en Europe ? Deux hirondelles ne font pas le printemps des peuples, mais l’internationale nationaliste vient de subir deux revers, en Hongrie et en Italie.
Gábor Erőss est sociologue, chercheur à l’Institut de sociologie du Centre de sciences sociales (TK SzI) et ancien adjoint au maire du 8ᵉ arrondissement de Budapest entre 2019 et 2024 ; élu municipal, il est actuellement chargé de l’enseignement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : comment expliquer la forte mobilisation de l&amp;rsquo;électorat hongrois contre le Fidesz ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gábor Erőss : plusieurs facteurs ont joué, à commencer par la mobilisation de la jeunesse qui a été impressionnante et qui s’explique, après 16 années de présence au pouvoir de Viktor Orbán, par une manifestation assez classique de protestation contre l’ordre établi. Le pouvoir écrasant du Fidesz a logiquement suscité un dégagisme, qui cette fois a joué contre Orbán.
Plus fondamentalement, le pouvoir a pâti du marasme économique, de la stagnation des salaires et d’une diminution des revenus qui a touché de larges couches de la société hongroise.
A jouée également l’inquiétude croissante pour la démocratie, avec le démantèlement des institutions et des contre-pouvoirs démocratiques (justice, collectivités locales, médias&amp;hellip;) par un régime devenu de plus en plus autoritaire. Péter Magyar, quoique conservateur, a promis d’en finir avec l’affaiblissement des services publics, prioritairement dans les domaines de la santé, de l’éducation et de la protection de l’enfance.
Ce dernier point est particulièrement sensible avec la question de la place des Roms (Tziganes) dans la société ; les Roms constitueraient entre 6 à 8% de la population, mais entre 10 à 12% des enfants, et une part importante des enfants abandonné·es. Le ras-le-bol contre la corruption a beaucoup joué, avec un système qui favorisait outrageusement le clan des oligarques proches de Orbán et de sa famille ou de ses amis, auxquels étaient réservés les appels d’offre publics pour de grands travaux.
Ainsi le propre gendre de Orbán contournait impudemment les règles d’urbanisme. Il a fait construire des quartiers de bureaux d’affaires, revendus très chers à l’État pour loger des services ministériels, alors que les municipalités concernées se sont vues privées de tout droit de regard. Outre ces détournements massifs de fonds publics, Orbán pratiquait le fait du prince, en faisant construire un stade à côté de sa maison familiale, dans un petit village près de Budapest, mais aussi un château, et les entreprises de travaux publics devaient nécessairement acheter leurs pierres, de mauvaise qualité par ailleurs, au… père de Orbán.
Enjeux-UA : quelles seront les premières réformes pour restaurer l&amp;rsquo;école publique en Hongrie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gábor Erőss : dès avant le retour du Fidesz en 2010, l’école hongroise était la plus inégalitaire d’Europe. Avec une sélection très précoce, vers 6 ans, à l’issue de l’école maternelle. La carte scolaire n’est impérative que pour les établissements, et non pour les parents qui disposent du libre choix. Orbán a systématiquement encouragé le développement du privé, catholique ou protestant (un petit quart de la population). Il représente 15 à 20% des élèves du primaire, mais près de 50% du secondaire. Les financements publics privilégiaient, au sens fort, ces établissements privés, qui sont du reste moins religieux que ségrégatifs et organisant le tri social, notamment pour permettre l’évitement des enfants tziganes.
Pour être juste, des établissements privés se spécialisent dans l’accueil des plus démuni·es. Le privé est donc présent aux deux maillons les plus éloignés de la chaîne sociale.
Les écoles publiques sont sous-financées, ce qui a provoqué une résistance des enseignant·es dès 2010, contre les bas salaires, la mainmise du pouvoir sur les programmes à des fins d’endoctrinement des élèves, et le favoritisme d’État pour le privé.
Il existe deux syndicats d’enseignant·es mais qui sont très faibles. L’un est issu de l’ancien syndicat obligatoire sous le régime communiste, resté proche de la gauche quand celle-ci était encore au pouvoir dans les années 90. Très affaibli, le syndicat regroupe moins de 3% des enseignant·es.
A côté s’était créé après 1989 un petit syndicat dit « démocratique » car anti-communiste et proche des libéraux de l’époque, c’est-à-dire du jeune Orbán ; ils ont encore moins de membres. En 2010, le Fidesz a fait voter une loi très restrictive qui interdisait de fait le droit de grève, avec la nécessité d’annoncer la grève très longtemps à l’avance, une négociation obligatoire d’un service minimum défini unilatéralement par le gouvernement. L’action d’Orbán suit la logique, idéologique, d’un « Workfare » qui serait opposé au « Welfare » social-démocrate : les réformes sont censées inciter les chômeurs et chômeuses à privilégier l’emploi au non-emploi, d’où la durée réduite des allocations chômage de trois mois seulement - un record européen -, une incitation aux investisseurs étrangers pour installer dans le pays des usines polluantes comme la fabrication de batteries par des entreprises chinoises ou sud-coréennes ; politiquement, l’objectif était de créer surtout des emplois de « cols bleus », d’où le refus d’élever le niveau de formation de la main d’œuvre, les « cols blancs » votant davantage pour l’opposition au Fidesz.
On retrouve ici une ligne commune aux Républicains américains ou au RN, qui captent ainsi en partie le vote ouvrier. Inutile dès lors d’envoyer les jeunes dans le secondaire ou le supérieur, et il est nécessaire de briser les syndicats enseignants. Les professeurs ont néanmoins opéré des mouvements de grève illégaux, avec les parents, les élèves, entourant les écoles, se reconnaissant par des chemises à carreaux. Elles et ils ont obtenu partiellement gain de cause avec des hausses de salaires (dont les non-enseignant·es ont été exclu·es), mais le pouvoir a renvoyé les leaders dont plusieurs restent sous la menace de procès.
Le nouveau gouvernement de Péter Magyar va recréer un ministère de l’Education nationale ; Orbán l’avait supprimé dès 2010, le regroupant avec la santé et les affaires sociales, puis placé sous la tutelle de l’Intérieur.
Le nouveau gouvernement s’est engagé à redonner une liberté pédagogique aux enseignant·es, une liberté de direction aux proviseur·es, à en finir avec le contrôle idéologique sur les contenus et les méthodes d’enseignement ; les communes pourraient retrouver leurs prérogatives sur les écoles primaires qu’Orban avait étatisées. Le tout dans un contexte démographique qui s’annonce très difficile pour les années à venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : quels seront les axes politiques majeurs du nouveau pouvoir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gábor Erőss : d’abord une réorientation vers l’Union européenne que Orbán désignait comme l’ennemi ; il s’agit pour Magyar d’obtenir le dégel des fonds européens. L’Union exige pour cela des réformes structurelles comme le retour d’une justice indépendante, un Etat de droit, la liberté de la presse, la fin du contrôle des médias publics, l’indépendance des Universités et de la Recherche. Orbán avait quasi privatisé les universités, il avait placé ses amis oligarques dans les conseils d’administration, d’où la suspension par l’UE de la participation de la Hongrie au programme Erasmus. Cela a compté dans le basculement de la jeunesse en faveur de l’opposition.
Magyar a dénoncé également une véritable trahison de Orbán en faveur de Poutine ; la méfiance envers la Russie est très ancienne, depuis 1849 (le Tsar s’était allié à Vienne pour écraser la guerre d’indépendance des Magyars), et plus récemment l’intervention soviétique en 1956. Les électeurs de gauche ont soutenu l’opposition conservatrice qui vient de l’emporter avec Magyar, mais les partis de gauche seront absents du Parlement.
Ce dernier procède néanmoins à des ouvertures sociétales : il vient de réaffirmer le droit de chacun et de chacune d’aimer qui elle, comme il veut, par exemple. Et le nouveau gouvernement va doubler le montant des allocations familiales. Péter Magyar promet également l’établissement d’une démocratie participative, qui pourrait redonner voix aux syndicats.&lt;/p&gt;
&lt;hr&gt;
&lt;p&gt;Gábor Erőss est l’auteur notamment d’une monographie sur le cinéma historique : L&amp;rsquo;Art de l&amp;rsquo;Histoire. Construction sociale de l&amp;rsquo;authenticité et de la vraisemblance historiques au cinéma, L’Harmattan, Paris (2016), de plusieurs articles scientifiques sur le programme de déségrégation des écoles maternelles mené dans le 8e arr. de Budapest et de Révolte pour débutants et avancés et de Guide pour la protestation politique, Questions de communication, 2025 : 2, pp. 534-541, (2025) , qui revient sur 15 ans de luttes écologistes contre le régime Orbán.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
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&lt;/p&gt;</description></item><item><title>« Je vous écris de ma nuit » : la correspondance de Louise Michel</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/299/32-ecris-nuit/</link><pubDate>Sun, 03 May 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/299/32-ecris-nuit/</guid><description>&lt;p&gt;Correspondance générale 1850-1914
Louise Michel
Édition établie et présentée
par Xavière Gauthier&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18 mars - 28 avril 1871 : la commune de Paris dura trois mois, trois mois qui « ébranlèrent le monde » dont l’écho perdure avec force aujourd’hui, référence d’une insurrection, d’un gouvernement populaire dont on continue de s’inspirer.
Xavière Gauthier a rassemblé la correspondance de Louise Michel, l’illustre « pétroleuse »1 de la Commune, grande figure du mouvement révolutionnaire français et du mouvement ouvrier et féministe international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont, au total, plus de mille lettres, avec très souvent des réponses de ses correspondant·es. À la lecture de ces archives, on pourra ainsi découvrir les différentes facettes de la militante qui évoque aussi sa vie personnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre s’ouvre sur « les lettres à Victor Hugo »
Comment deviner que cette jeune fille rêveuse et tourmentée, royaliste, deviendra l’une des figures du mouvement révolutionnaire ?
Comment deviner que Louise Demahis (nom de son père qui ne l’a pas reconnue) sera Louise Michel. Son rêve d’abord, c’est d’être poète comme Victor Hugo, son idole.
Elle écrira des poèmes toute sa vie, des pièces de théâtre aussi. Mais il lui faut travailler et elle devient institutrice.
La première lettre, un poème, date d’août 1850. Elle a 20 ans.
S’engage une correspondance qui durera trente ans.
Le ton évoluera : aux déclarations amoureuses des premières années succéderont les missives d’une femme de conviction, d’action avec des divergences d’opinions qui ne nuiront pas à l’échange. Si Louise Michel ne qualifie plus l’auteur de « frère », elle le considère toujours comme son « cher maître ».
De la Commune, Hugo dira de cette dernière que c’est « une bonne chose mal faite » et il consacrera à la Communarde un long poème « Viro Major » en 1871 dans lequel il rend hommage à son engagement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les lettres des prisons (1870 – 1871)
Elles occupent la deuxième partie. Malgré des conditions de détention horribles, Louise Michel ne se plaint pas et réclame le même traitement que les autres détenu·es et comme à son procès, elle revendique fermement son rôle pendant la Commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des lettres sont adressées à Théophile Ferré, illustre Communard dont elle admire l’intransigeance et la détermination.
Elle s’adresse même à Victor Hugo après la condamnation à mort de Ferré.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Puisqu’on exécute les républicains sous la République (…) c’est à vous que j’envoie cette lettre (…) Vous saurez bien dire au peuple ce dernier cri de ma conscience » (octobre 1871).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lettres de Calédonie
Louise Michel est condamnée au bagne et y restera 7 ans.
Les lettres retracent sa vie au quotidien. Elle sympathise avec les autochtones et recueille leurs chansons, leurs langues et leurs coutumes. Elle en fera une publication en 1885. Elle prendra la défense des Kanaks lors des révoltes de 1878, fidèle à son idéal révolutionnaire. Elle se consacre à la botanique, et reprend son « métier » d’institutrice la semaine devant les enfants et le dimanche devant les Kanaks adultes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retour triomphal après l’amnistie générale de 1880. Elle reprend son combat politique en parcourant la France entière pour s’exprimer dans différents meetings. Jusqu’à sa mort, Louise Michel est une militante infatigable de « la République Sociale ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marylène Cahouet&lt;/p&gt;
&lt;hr&gt;
&lt;p&gt;1 Terme utilisé par les Versaillais pour qualifier les femmes accusées d’avoir employé du pétrole pour allumer des incendies lors de l’écrasement de la Commune&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
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