<?xml version="1.0" encoding="utf-8" standalone="yes"?><rss version="2.0" xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"><channel><title>Enjeux 300 | ENJEUX</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/numeros/enjeux-300/</link><atom:link href="https://enjeux.unite-action.fr/numeros/enjeux-300/index.xml" rel="self" type="application/rss+xml"/><description>Enjeux 300</description><generator>Hugo Blox Builder (https://hugoblox.com)</generator><language>fr-FR</language><lastBuildDate>Sat, 25 Jul 2026 09:00:00 +0000</lastBuildDate><item><title>Unité et Action : 50 ans de combat pour la transformation sociale</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/300/02-ua/</link><pubDate>Sat, 25 Jul 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/300/02-ua/</guid><description>&lt;p&gt;À l’occasion du numéro 300 d’Enjeux, il importe de revenir aux sources de ce qui fait l’âme d’Unité et Action (UA). Né avec la volonté de construire une alternative unitaire et combative au sein de la FEN, notre courant n’a jamais séparé la défense des intérêts immédiats des personnels de la lutte pour une transformation profonde de la société. Notre histoire est celle d’un syndicalisme d’action, refusant la cogestion pour privilégier le rapport de force et l’indépendance vis-à-vis des partis politiques et du patronat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd’hui, cette identité se nourrit des luttes contemporaines. UA porte un projet clair : un syndicalisme qui lie indissociablement justice sociale, écologique et féministe. Face à l’urgence climatique, notre exigence est une planification écologique et sociale, créatrice d’emplois utiles et garante des services publics. L’écologie n’est pas une option, c’est un levier d’émancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le féminisme structure notre action. Il ne s’agit pas d’un combat sectoriel, mais d’une vision globale : égalité salariale, revalorisation des métiers à dominante féminine, lutte contre les violences sexistes et sexuelles et parité réelle dans toutes les instances. De l’école à l’hôpital, UA défend un service public universaliste, laïc et gratuit, rempart contre la logique marchande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;À l’heure de la précarisation et des attaques contre les statuts, UA reste le garant d’une FSU unitaire, rassembleuse et combative, avec sa particularité de porter un syndicalisme « de métier ».
Ce numéro 300 est un outil pour les camarades : comprendre notre passé pour renforcer notre action présente. Car notre boussole reste inchangée : l’unité des travailleuses et des travailleurs, seule force capable d’imposer la justice sociale et l’émancipation pour toutes et tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rachel Schneider, Emmanuel Mercier,
Valérie Poyet et Thierry Quétu&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Du constat d'effroi à l'urgence politique</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/300/03-edito/</link><pubDate>Fri, 24 Jul 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/300/03-edito/</guid><description>&lt;p&gt;Le viol et le meurtre de Lyhanna, 11 ans, ont agi comme un électrochoc, révélant brutalement l’échec des institutions à protéger les enfants et les femmes. Mais si ce drame a remis la lumière sur l’horreur des violences sexistes et sexuelles, il ne doit pas occulter le travail de fond réalisé depuis des années par les mouvements féministes et les organisations sociales. Ce sont elles qui, patiemment, ont documenté le continuum des violences, du sexisme ordinaire aux féminicides, et dénoncé un système de domination structurel.
La force de cette mobilisation collective réside dans sa capacité à transformer l’indignation en propositions concrètes. Portée par la Coalition féministe et enfantiste, la loi-cadre intégrale incarne cette exigence : rompre avec les politiques fragmentées pour agir sur tous les leviers, de la prévention à la sanction. Ses 140 mesures, chiffrées à 2,6 milliards d’euros, ne sont pas de simples vœux pieux, mais la traduction budgétaire d’une volonté de protéger réellement les victimes et de former les professionnels.
Pour Unité et Action, ce combat est intrinsèquement syndical. Les violences se nourrissent des inégalités sociales et de l’affaiblissement des services publics. L’annonce de l’examen de cette loi à la rentrée est une première victoire, fruit de la pression associative et syndicale. Pourtant, rien n’est acquis. Notre vigilance doit rester totale. Il s’agit désormais de garantir que l’ambition du texte soit préservée et que les moyens soient enfin alloués. Car sans une politique publique à la hauteur des enjeux, il n’y aura ni égalité réelle, ni émancipation possible. La mobilisation doit se poursuivre pour que la justice ne soit plus une option, mais une réalité.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Benoit Hubert,
Nina Palacio&lt;/p&gt;
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&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Transformation sociale, transition écologique : un combat commun</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/300/04-actu/</link><pubDate>Thu, 23 Jul 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/300/04-actu/</guid><description>&lt;p&gt;L’Europe de l’ouest suffoque sous une canicule exceptionnelle. En France, plus de la moitié des départements aura passé plus d’une semaine en alerte rouge canicule. Mais ce qu’on considère aujourd’hui comme exceptionnel préfigure ce qui sera une normalité dans quelques années, d’autant plus si rien n’est fait. Car cette canicule n’est pas une catastrophe naturelle tombée du ciel. Elle est le résultat du système capitaliste qui organise méthodiquement le pillage des ressources naturelles au nom d’un seul objectif : l’accumulation des profits. Ainsi, les records de chaleur, la forte hausse des décès constatés, les incendies géants, les sécheresses… constituent la facture d’un modèle qui a fait de la planète une immense réserve de matières premières à exploiter sans limites.
Pour croître, le capitalisme a besoin de toujours plus de ressources à piller au détriment des peuples et du vivant. Pour satisfaire sa soif de domination et d’enrichissement, il a toujours mis en place des stratégies de prédation, hier par l’esclavage et la colonisation, aujourd’hui en déclenchant des guerres, mais toujours avec l’aide active de dirigeants et de gouvernements à sa solde. Il s’agit dans tous les cas de chercher à prendre le contrôle du pétrole, de l’eau, des terres agricoles, des routes commerciales ou des minerais indispensables à la survie d’un modèle économique basée sur l&amp;rsquo;extraction massive des matières premières et le carbone.
En 2003, après une canicule déjà qualifiée d’historique, le gouvernement de l’époque avait sauté sur l’occasion pour augmenter le temps de travail en supprimant un jour férié sans rémunération supplémentaire. Les richesses produites ce jour-là devaient servir à une meilleure prise en charge des personnes âgées, notamment en aidant les EHPAD et les hôpitaux à adapter leurs bâtiments. 23 ans après, le constat est sans appel : rien ou trop peu a été fait. On peut donc légitimement se poser la question : où est passé l’argent ?
Devant ces dégâts causés à la planète et au vivant, devant le constat que les limites planétaires sont franchies les unes après les autres, seule une rupture franche avec le système capitaliste et le marché pourra transformer en profondeur le modèle actuel. Il en va de l’avenir même de l’humanité.
La transformation sociale telle qu’Unité&amp;amp;Action la conçoit implique de sortir des systèmes de domination et donc de prédation. Ce syndicalisme est nécessairement féministe, écologiste et de portée universelle.
Il pose également l’intérêt général avant les intérêts particuliers et fait des services publics la pierre angulaire de l’égalité entre toutes et tous.
Définir les besoins essentiels et y répondre dans le cadre de la nécessaire transition écologique impose donc de les sortir du marché et de créer de nouveaux services publics. Pour enrichir la réflexion, deux séminaires Unité&amp;amp;Action ont été consacrés aux questions d’écologie et de production cette année, dont celui du mois de juin, à ce que pourrait être un service public de l’alimentation. En partant du constat que le modèle alimentaire est aujourd’hui à bout de souffle et qu’il est indispensable de le protéger du marché, la tendance a esquissé de premières pistes de réflexion sur ce que pourrait être un tel service public, assurant un modèle de production, de transformation et de distribution respectueux de l’environnement et au service de l’intérêt général.
Cette partie du séminaire, précédée d’une réflexion sur la place des femmes dans la FSU et qui a exploré les enjeux du syndicalisme féministe de transformation sociale, nous permet de penser dans sa globalité un autre modèle économique, d’envisager des perspectives concrètes de transformation de nos modèles de production pour instaurer une société égalitaire, féministe, éradiquant toute forme de domination et d’exploitation.
Ces moments préparent les luttes à venir. Qu’elles soient contre l’austérité, pour les salaires et l’égalité professionnelle, pour l’emploi public et les services publics, elles ont pour perspective de transformer la société et d’obtenir une transition écologique et sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rachel Schneider, Emmanuel Mercier,
Valérie Poyet et Thierry Quétu&lt;/p&gt;</description></item><item><title>De la FEN à la FSU, longue vie à Unité et Action !</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/300/05-presentation-dossier/</link><pubDate>Wed, 22 Jul 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/300/05-presentation-dossier/</guid><description>&lt;p&gt;Pourquoi un dossier sur notre courant de pensée Unité et Action ? Loin de sombrer dans une logique nombriliste ou patrimoniale, il a semblé intéressant à l’équipe de rédaction, à l’occasion de la publication du numéro 300 de notre belle revue Enjeux, de revenir sur une réalité originale de notre fonctionnement démocratique, unique dans les organisations syndicales françaises, fondamentale dans notre conception de l’élaboration des mandats et des décisions mais, reconnaissons-le, souvent obscure aux yeux des adhérent·es voire même d’équipes militantes en permanent renouvellement.
Ainsi ce dossier, et plus globalement ce numéro exceptionnel, se propose de contribuer à cerner l’identité, toujours en construction mais sur des bases immuables, de notre courant et à rappeler les raisons de ce fonctionnement en courants de pensée.
Héritage d’une longue histoire, celle notamment de la FEN, et avant elle de la grande CGT d’avant-guerre, intimement liée aux aléas compliqués de la vie politique et sociale du pays, la pratique des courants de pensée pour être opaque n’en constitue pas moins une garantie de transparence des enjeux, et finalement d’indépendance.
Plusieurs camarades, souvent en première responsabilité, nous expliquent comment, dans leur vie professionnelle et militante, ils ont connu cette orientation, et pourquoi elles et ils s’y sont retrouvé·es.
D’anciens et d’anciennes secrétaires générales confrontent leurs analyses sur les spécificités du courant de pensée, et deux historiens nous rappellent ses racines, celles d’un courant de pensée qui s’est longtemps, par attachement à l’unité nécessaire du monde du travail, caractérisé par… l’hostilité à l’existence de courant de pensée…
Bien sûr, en creux se dessinent nos spécificités vis-à-vis des camarades d’autres courant de pensée, sans jamais oublier que notre diversité constitue d’abord une source de richesse démocratique et donc d’attractivité pour les salarié·es que nous syndiquons.
Mais toutes et tous partagent les objectifs de défense des intérêts matériels et moraux des salarié·es dans la perspective plus vaste de construction d’une société plus juste.
Si ce dossier permettait à de nouvelles et nouveaux militant·es de mieux comprendre et de davantage partager nos valeurs et notre démarche, alors il n’aura pas été inutile.&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Histoires vécues d'adhésions à Unité et Action</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/300/06-histoires-vecues/</link><pubDate>Tue, 21 Jul 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/300/06-histoires-vecues/</guid><description>&lt;p&gt;Comment choisit-on Unité et Action plutôt qu&amp;rsquo;une autre tendance lorsque l’on commence à militer ? Pourquoi y rester par la suite ? En quoi la démarche UA a-t-elle influé sur les décisions ou les attitudes lors de moments décisifs de l’action syndicale ? Plusieurs camarades en responsabilité nationale ont accepté de livrer leurs témoignages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : pourquoi ton choix de rejoindre la tendance UA ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Flavien Benazet : j’ai choisi UA car c’est la seule tendance préoccupée par la vision citoyenne d’une police républicaine, UA n&amp;rsquo;est pas &amp;ldquo;anti-police&amp;rdquo; : c’est un point crucial pour moi et l&amp;rsquo;ensemble de nos adhérent·es.
Au sein du monde syndical « progressiste », UA est la seule tendance qui aborde les sujets de sécurité publique et de police avec ouverture, respect et esprit constructif là où d&amp;rsquo;autres préfèrent les éluder ou les caricaturer. Le choix UA est aussi pour moi celui de l&amp;rsquo;efficacité : UA porte une vision du syndicalisme qui allie la transformation sociale et la défense pointue, immédiate, des personnels. C&amp;rsquo;est un syndicalisme d&amp;rsquo;action et de proposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Axel Benoist : UA est venu à moi autant que je suis venu à UA, par des camarades rencontré·es dans ma SD puis au national ; je ne suis pas nécessairement d’accord avec toutes les orientations mais je vois dans UA la tendance qui a comme première priorité la cause des collègues, leur défense quotidienne via la défense collective du métier enseignant, ainsi que le souci d’ « embarquer » le plus grand nombre dans l’action, avec la recherche du fait majoritaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aurélie Gagnier : j’ai commencé à militer dans une SD SNUipp majoritairement EE (École Émancipée) ; issue de milieu populaire, rapidement je ne me suis pas vraiment reconnue dans certaines positions à mon sens trop tranchées, voire manichéennes ; en réalité je me cherchais, et lorsqu’à mon premier conseil national du SNUipp j’ai porté cette parole dans laquelle je ne me retrouvais en réalité pas vraiment, cela m’a ébranlée ; je suis allée écouter des camarades UA et cela m’a davantage convaincue, notamment la volonté de partir des réalités du terrain, de rassembler la profession dans les mobilisations, de partir de la base, du concret avant de prétendre s’attaquer à des problèmes généraux, mais sans renoncer pour autant à tendre vers une idéal de société.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Caroline Chevé : à dire vrai la question ne s’est jamais posée pour moi. Dès mon année de stage dans l’académie de Bordeaux, j’ai assuré des permanences à ce qui s’appelait alors les IUFM (aujourd’hui Inspe) avec des camarades UA et leurs pratiques me correspondaient tout à fait. La conscience de l’importance des tendances m’est venue plus tard, lors de mon premier congrès académique en 2003, toujours à Bordeaux, et dans la foulée au congrès national de Toulouse. Je me reconnaissais dans la plupart des positions de UA. Je pense notamment à la défense des 3 voies du lycée (lycée professionnel, lycée technologique, lycée général) défendue par UA face au projet de lycée unique porté par nos camarades EE, même chose en tant que « responsable stagiaires » sur la défense des concours de recrutement. Pour moi, UA a la volonté de prendre les collègues comme elles et ils sont, de s’assumer comme de plain-pied avec nos professions. Lors du grand mouvement de 2003 qui portait notamment sur les retraites ainsi que sur la menace de décentralisation de l’orientation scolaire, mon lycée a été très mobilisé, il y avait une grosse section SNES, avec des camarades UA et EE, des débats permanents sur les stratégies, y compris entre UA. Je me suis aussi reconnue dans la manière d’organiser et de concevoir l’action, notamment le souci de ne jamais se couper de la masse des collègues, de garder tout le monde ensemble dans la mobilisation, pour durer et gagner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Coralie Benech : chez nous, au Snep, UA est ultra-majoritaire. J’ai commencé à militer tôt, dans la section du Val-de-Marne, entièrement UA à l’époque, avec un premier congrès académique en 2004, après le mouvement de 2003 qui pour moi également a été révélateur, y compris en vivant des divergences d’analyses à l’intérieur de UA, notamment sur la stratégie d’action ; je me suis d’emblée reconnue dans l’impératif de parvenir à un mouvement de masse, à vocation majoritaire, de ne pas se couper de tout ou partie de la profession.
UA porte la volonté de pratiquer un syndicalisme de proximité avec le « terrain », un syndicalisme de métier également : nous voulons partir de problématiques de nos métiers pour aller vers les revendications générales, partir du quotidien pour élargir vers des revendications plus vastes. J’ajoute que UA reflète une conception du sport et de l’EPS qui me convient bien, notamment par la prise en compte de la performance et de la compétition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Emmanuel de Lescure : je ne pense pas avoir choisi UA comme on choisit un produit sur un marché, en le comparant à d’autres… Cela s’est fait naturellement, localement, au contact de camarades de la tendance Action syndicale (équivalente de UA au SNESup) qui était majoritaire dans l’université où j’étais en poste.
Je dois dire cependant qu’à l’époque, comme du reste aujourd’hui encore, beaucoup de camarades ignoraient largement le fonctionnement en tendances. Je me reconnais dans AS car nous défendons nous aussi un syndicalisme de métier, ce qui implique de partir des cas concrets, des problèmes locaux. J’apprécie de pratiquer un syndicalisme de luttes et non d’accompagnement, et le fait de syndiquer et de défendre tous les personnels enseignant·es et enseignant·es-chercheur·es, professeur·es d’université, maître·sses de conférences, PRAG, PRCE, contractuel·les, doctorant·es… sans prioriser ni privilégier l’un·e sur l’autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michel Angot : quand Gérard Aschieri nous a invité au congrès de Perpignan pour y rencontrer les syndicats nationaux et les courants de pensée, nous avions très bien échangé avec les premiers pour clarifier les conditions de notre arrivée dans la FSU, alors qu’avec les seconds, nous n’avions pas pu convaincre les trois courants minoritaires de l’intérêt de notre entrée dans la fédération, qu’ils avaient décidé de ne pas valider. Avec Unité et Action et l’École Émancipée au contraire, notre arrivée était vécue comme un élargissement positif de la FSU sur un nouveau versant, et nous avions alors décidé de laisser librement les camarades de notre direction rejoindre l’un de ces deux courants.
Avec deux autres camarades du secrétariat j’ai fait le choix de rejoindre UA qui dans tous les débats auxquels nous avions assisté, avait su poser avec pédagogie et un grand souci d’équilibre, les avantages et les questions que posait notre arrivée. Ensuite, mon implication régulière dans les échanges au sein d’UA m’ont conforté dans mon choix, par la nature ouverte des débats autour des questions clés : mobilisations, formes d’actions, nature des déclarations et des interventions, questions unitaires… avec toujours un souci consensuel et la volonté de proposer aux agent·es des mots d’or-dre et des choix de mobilisation et d’actions permettant d’avancer avec eux… et non trop loin devant eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Brice Castel : lorsque j’ai commencé à militer à la FSU, je n’avais pas nécessairement conscience de toutes les subtilités de fonctionnement de la FSU et notamment celles relatives aux tendances. Cela s’explique principalement parce que mon syndicat national n’est pas structuré en tendance. Cela ne signifie pas qu’il soit interdit d’être membre d’une tendance ou une autre mais bien que nos débats internes et orientations ne reposent pas sur ce qui peut exister ailleurs dans nombre de SN ou fédéralement. Toutefois, à mesure de ma découverte de la vie fédérale, j’ai pu appréhender les nuances existantes entre les tendances.
Et à cette occasion, j’ai relativement rapidement pu mesurer que les orientations UA sont celles qui correspondent le plus à la conception que je me fais du syndicalisme : un syndicalisme qui prend naissance d’abord par et pour nos collègues, basé sur le métier et les conditions de travail pour aller vers des revendications plus générales ; un syndicalisme qui construit ses orientations et ses actions avec un objectif d’unité la plus large dans une recherche d’une majorité nécessitant parfois de faire preuve de concession mais jamais sans compromission. Cette approche du fait majoritaire me semble indispensable pour travailler à une transformation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : quelle est l&amp;rsquo;utilité concrète et opérationnelle du fonctionnement de la fédération et de ton syndicat (ou non) en tendances ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Caroline Chevé : quand on prend une responsabilité fédérale, pour ma part la SD13 en 2019, cela fait nécessairement évoluer le regard qu’on porte sur les tendances par rapport à son syndicat. Dans la fédération, le débat entre tendances s’entrecroise avec le débat entre SN. On est donc moins dans le face-à-face entre tendances que dans le syndicat national, c’est plus « symphonique » si je puis dire. Pour moi, l’intérêt de l’existence de tendances tient d’abord au besoin d’espaces d’élaboration collective des analyses syndicales, autre que le temps de la délibération elle-même, sans être dans la nécessité immédiate d’une prise de décision.
La tendance est un lieu de formation et de débats approfondis, dans une forme apaisée, toujours constructive et rassembleuse, avec moins d’enjeux immédiats. Contrairement à ce que l’on peut croire, notamment de la part de celles et ceux qui ne connaissent pas assez la FSU, le fonctionnement en tendances ne fige pas le débat mais le structure, l’organise et le rend lisible, ce qui est très positif en termes de vitalité démocratique. D’autres formules existent, mais c’est une forme originale à la fois exigeante et enrichissante de démocratie syndicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Axel Benoist : aujourd’hui UA est très majoritaire dans le SNUEP, mais je rejoins l’idée que le fonctionnement en tendances permet la réflexion de fond indépendamment d’une obligation à se positionner, cela permet l’échange en vue de créer des positions majoritaires de synthèse, ce qui constitue une part de l’ADN de la FSU. lll
lll Coralie Benech : cela permet de dégager des désaccords affichés et transparents pour les adhérent·es, d’avoir des débats identifiés, plus clairs, sans rien de caché ; la confrontation se fait sur les idées, les stratégies d’action, pour aller vers une synthèse qui recouvre tous les sujets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aurélie Gagnier : débattre entre tendances ne signifie pas être dans le combat, au contraire cela enrichit le syndicat. Ainsi j’estime que EE nous oblige parfois à sortir de notre « zone de confort » et permet que le curseur puisse bouger, notamment sur des questions sociétales, ce qui contribue à nous maintenir au contact avec l’ensemble de la profession. Être bousculé peut s’avérer parfois positif, et c’est bien ce que permet l’existence de tendances différentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Emmanuel de Lescure : la FSU, via ces tendances, invalide la prétention qu’ont d’autres organisations d’être seules à pratiquer la démocratie interne. Les tendances permettent une transparence des débats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Flavien Benazet : le fonctionnement en tendances, propre à la FSU, est souvent perçu de l&amp;rsquo;extérieur comme une complexité. Pourtant, sur le plan opérationnel et concret, c&amp;rsquo;est une force démocratique majeure, un outil de dialogue, une garantie de pluralisme et de respect. Pour un syndicat comme le SNUIPN, qui évolue dans un milieu très spécifique (le ministère de l&amp;rsquo;Intérieur), le droit de tendance nous garantit que notre voix, nos spécificités et nos contraintes professionnelles de policiers ne seront pas écrasées par des tendances minoritaires anti-police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michel Angot : notre syndicat n’a structuré aucun courant en son sein, chacun·e pouvant choisir individuellement de rejoindre et d’agir avec les courants de pensée existants. Mais aucun de nos débats ne se fait sous contribution interne des courants de pensée. Pour l’essentiel, nous contribuons, puis partageons sans problème les textes d’orientation amendés puis validés lors des CDFN et des congrès.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Brice Castel : le fonctionnement en tendances paraît de prime abord complexe pour les non-initié·es. À titre personnel, j’ai mis bien plus de temps à comprendre l’intérêt de ce fonctionnement qu’à identifier la tendance correspondant le plus à ma vision. Mais en réalité, l’espace proposé par les tendances permet de mener des débats dans un cadre complémentaire de ceux existant ailleurs. C’est un espace qui me semble plus ouvert dans le sens où il permet de s’exprimer sans nécessairement le faire avec un « statut » spécifique de secrétaire général ou de représentant·e de son syndicat national ou de sa SD. Dit autrement, les débats en tendance permettent une vie démocratique probablement plus libre pour chacun·e, de nature également à structurer de façon plus claire les débats en instance délibérative et d’enrichir largement la réflexion en complémentarité avec les débats des SN dont l’approche est plus catégorielle ou sectorielle par nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : pouvez vous nous donner quelques exemples récents ou actuels de la démarche UA, sur la Fonction Publique, les retraites, l&amp;rsquo;unité syndicale ou la relation au politique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Caroline Chevé : le travail sur la manière de porter les enjeux écologiques est à mon sens très emblématique de la démarche UA. Ce que la FSU a réussi à porter avec l’AES (Alternative écologique et sociale qui regroupe plusieurs organisations dont la FSU ou Greenpeace par exemple) sur le bâti scolaire correspond très exactement à une approche UA : s’emparer syndicalement des questions dites sociétales, c’est-à-dire à partir de la réalité du travail, des préoccupations quotidiennes de celles et ceux qui le font, pour déboucher sur les enjeux nationaux voire internationaux. Il en va de même par exemple sur les questions d’inégalité femmes – hommes, des violences sur les mineur·es ou sur l’égalité salariale : il faut vraiment partir de la réalité professionnelle. Dans la construction des mobilisations, il y a un enjeu aujourd’hui à ne pas opposer recherche permanente de l’unité la plus large et construction de mobilisations offensives. C’est ce que nous avons fait en 2023 sur les retraites, en 2025 sur le budget, c’est ce que nous essayons de faire sur les salaires dans la Fonction publique. La réflexion UA permet, je crois, de surmonter cette opposition pour trouver des dynamiques, tout comme le débat structuré entre les tendances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Coralie Benech : s’agissant des débats sur la construction de la stratégie d’action, il me semble que les divergences entre tendances se sont un peu brouillées. Le manque de victoires nettes aboutit à la tentation de formes de radicalisation dans les actions, avec le risque d’une inflation d’appels à la grève sans pour autant la construire avec la profession. Par ailleurs, UA ne rejette pas la démarche de porter nos revendications auprès des partis politiques, sauf naturellement l’extrême droite, pour les faire avancer. C’est ainsi qu’une partie a pu être reprise dans le programme du NFP en 2024, par exemple l’objectif des 4 heures d’EPS hebdomadaires. Cette démarche ne peut évidemment se mener que dans la transparence et en respectant strictement notre indépendance syndicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aurélie Gagnier : UA a toujours eu à cœur de porter la voix des personnels et de mener des campagnes portant sur les sujets qui les préoccupent. L’inclusion sans moyens et ses conséquences sur les conditions d’enseignement et de travail font l’objet de discussions dans toutes les salles de maîtres et maîtresses. Naturellement, UA accorde une attention particulière à ce sujet devenu central et a largement contribué à ce qu’il soit mis en avant au sein de la FSU-SNUipp.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Axel Benoist : la discussion sur PPCR a été un moment où UA a apporté beaucoup, tout en reconnaissant les faiblesses et les insuffisances, nous avons choisi de peser les gains et les pertes pour les collègues, avant de choisir notre orientation, c’est bien la démarche UA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Flavien Benazet : sur la Fonction publique (FP), UA défend sans relâche le statut général des fonctionnaires face aux tentatives de managérialisation et de précarisation (recours accru aux contractuel·les). Sur les retraites, la position de UA est claire : la défense du modèle par répartition et le droit à une retraite digne. Pour le SNUIPN, sous l&amp;rsquo;impulsion de la démarche UA, cela signifie défendre avec une fermeté absolue le maintien et le calcul de nos régimes spécifiques (bonifications de police, prise en compte de la dangerosité), car l&amp;rsquo;espérance de vie d&amp;rsquo;un·e policier·ère reste marquée par la pénibilité de sa carrière. Sur l&amp;rsquo;unité syndicale : UA porte l&amp;rsquo;ADN du rassemblement. Face à l&amp;rsquo;exécutif, l&amp;rsquo;éparpillement syndical est notre pire ennemi. Et peut-être que la maison commune sera une solution pour défendre nos spécificités.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Emmanuel de Lescure : pour notre tendance, la question du statut est fondamentale car en ce moment, le gouvernement veut offrir les mêmes prérogatives au privé que celles dont bénéficie, jusqu’ici exclusivement, le secteur public…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Brice Castel : immédiatement me vient à l’esprit la dernière grosse séquence de mobilisation sur les retraites qui est pour moi l’illustration de la conception UA de l’action : travailler chaque fois que possible pour faire l’unité la plus large, y compris lorsque des différences réelles existent entre OS, ceci afin d’engager le rapport de force le plus majoritaire possible. Dans la période, l’émiettement syndical et la concurrence pouvant exister peuvent parfois aller à l’encontre de la force des revendications portées. S’il ne s’agit pas d’effacer les nuances nécessaires s’exprimant entre les OS, la dynamique notamment portée par la FSU lors du mouvement retraite a permis de maintenir l’unité. Au-delà des résultats concrets à l’issue de ce mouvement, je reste persuadé qu’aujourd’hui encore, la dynamique créée à cette occasion a permis pour nombre de nos collègues de réinvestir le mouvement syndical, rasséréné par cette force unitaire dans la durée. Et c’est pour moi la caractéristique centrale d’UA : travailler à l’unité chaque fois que possible pour aller dans l’action le plus largement possible.&lt;/p&gt;
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&lt;/p&gt;</description></item><item><title>UA : une orientation, une méthode, une pratique syndicale</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/300/10-ua-orientation/</link><pubDate>Mon, 20 Jul 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/300/10-ua-orientation/</guid><description>&lt;p&gt;Plusieurs camarades, qui furent en première responsabilité à la FSU et/ou dans leurs syndicats nationaux, évoquent, à la lumière de leurs expériences, ce qui caractérise la tendance Unité et Action : merci à Bernadette Groison (SG FSU de 2010 à 2019), Frédérique Rolet (SG du SNES-FSU de 1999 à 2021), Gérard Aschieri (SG FSU de 2001 à 2010), Serge Chabrol (SG du SNEP-FSU de 2007 à 2014).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : quelles sont les traits fondamentaux du positionnement UA, en termes d&amp;rsquo;orientations, mais également de pratiques ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Serge Chabrol : bien sûr la démarche UA se réclame du « syndicalisme de transformation sociale » mais ce n’est pas spécifique à UA. C’est plutôt notre pratique syndicale qui nous caractérise, au plus près des collègues, avec elles et eux, avec le souci constant de les informer, de les rencon-trer, de les écouter, de construire ensemble les revendications et les actions, de les mobiliser quand c’est nécessaire.
Nous ne sommes pas partisan·es d’un « syndicalisme d’avant-garde » où une direction éclairée déciderait à la place des adhérent·es ou d’un syndicalisme qui pourrait se passer des syndiqué·es. Par exemple, en 2005 face au projet de Fillon, alors ministre de l’Éducation nationale, de retirer l’EPS (et les arts plastiques) du socle commun de connaissances, nous avons lancé une pétition « pas d’éducation sans EPS » qui a recueilli près de 450 000 signatures, et ce sans recours à internet !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Frédérique Rolet : construire les revendications avec les personnels est en effet pour UA la base de la démarche syndicale, débattre, rassembler les professions autour de revendications unificatrices et qui participent de la transformation sociale, en n’opposant pas le combat pour une société plus juste de la défense corporative des intérêts matériels et moraux des travailleurs et travailleuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bernadette Groison : UA est la conjugaison d’un syndicalisme de transformation sociale qui porte l’idée d’un changement nécessaire de société, y compris sur des champs qui dépassent nos stricts secteurs professionnels, avec la défense des collègues et de leurs métiers. Pour UA, rien ne peut se faire sans les collègues. Aujourd’hui il est parfois difficile de maintenir un réel contact avec le terrain, en raison notamment de la densification des rythmes de travail, des changements dans l’exercice des métiers quels qu’ils soient, mais nous devons continuer d’agir en lien étroit avec les collègues, syndiqué·es ou non. Quand le SNUipp a tourné un film sur le métier d’enseignant·e en 1998 (Fenêtre sur classe), cela a été l’occasion pour nous de multiplier les rencontres avec la profession (50 000 collègues rencontré·es lors de débats dans toute la France), ce fut un grand moment pour le syndicat, et cela reflète bien la démarche UA.
Dans la même veine, lors des négociations PPCR, la FSU a posé les enjeux en toute transparence avec les collègues avant de savoir si on signait ou pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gérard Aschiéri : cet impératif de la construction des revendications avec les collègues explique qu’elles peuvent évoluer si elles ne « collent » pas. On l’a vu par exemple sur la polyvalence des enseignant·es du premier degré, UA cherche toujours l’unité de la profession.
Les revendications doivent rassembler les différentes catégories.
Ainsi, au début des années 1970, notre travail sur la formation des maître·sses, a permis de revendiquer une évolution du niveau de qualification des premier et second degrés pour les faire converger à terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Frédérique Rolet : UA veut en effet rassembler, faire que les revendications s’inscrivent dans l’objectif large d’une société plus juste et plus égalitaire, éviter ainsi le corporatisme, mais aussi de se soumettre à un projet tout défini, ficelé, éventuellement en dehors de notre organisation, et de lui subordonner les revendications. Ainsi, si l’on prend l’exemple de PPCR, cela a permis de faire diminuer le poids du chef d’établissement et de l’Inspection dans l’évaluation, de déconnecter l’évaluation et l’avancement, dans un objectif d’inspection-conseil, d’avancer de ce fait vers plus d’égalité entre femmes et hommes, les femmes pouvant être lésées du fait des congés maternité, temps partiels, acceptation de moins d’heures supplémentaires, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bernadette Groison : la recherche de l’unité d’action est également quelque chose que l’on a toujours porté très fortement. Ainsi, lors des batailles sur les retraites en 2010 comme en 2023, UA a pesé pour que la FSU soit motrice, certes avec d’autres, pour obtenir l’unité syndicale. De même pour la Fonction publique, nous avons milité pour rassembler le plus largement possible les agent·es avec toutes les organisations syndicales, par exemple, avec des mobilisations pour les salaires ou contre la loi de Transformation de la Fonction publique en 2018-2019. UA cherche ce qui rassemble avant ce qui divise à l’interne comme à l’externe. Il ne s’agit pas de chercher l’unité pour l’unité mais d’ainsi créer un rapport de force majoritaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Serge Chabrol : UA ne se reconnaît en effet pas dans un syndicalisme de la posture, du refus systématique, il s’agit de dire non quand il le faut, avec le souci de construire et défendre des propositions alternatives, par exemple, lorsque le SNEP avance des contre programmes, toujours avec la profession, après avoir débattu avec elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gérard Aschiéri : en effet, UA a la volonté et la capacité d’acter quand il y a des résultats, et ce n’est pas toujours chose aisée. Ainsi en 1989, sur la « revalo », le SNES a connu un gros débat sur la signature ou non (Serge : Idem au SNEP) ; on engrange quand on le peut, mais on ne s’en contente pas et on continue à se bagarrer, c’est d’ailleurs ce qui nous différenciait de la FEN. Nous avons ainsi pu en 89 élargir les acquis au-delà de ce qui avait été négocié initialement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Serge Chabrol : UA pratique également un syndicalisme de métier. Pour le SNEP, cela se concrétise notamment par un travail approfondi sur les questions pédagogiques, avec la volonté de mobiliser d’abord sur les questions professionnelles pour amener les collègues à faire le lien avec celles des services publics, des salaires et du pouvoir d’achat : nous voulons partir des préoccupations des collègues, et non des grandes analyses générales et abstraites sur le néo libéralisme…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Frédérique Rolet : oui, dans un établissement, on part du quotidien professionnel et on montre comment cela résonne avec le contexte général.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Serge Chabrol : l’essentiel est de développer des revendications qui unifient et qui n’opposent pas les personnels entre eux. Ainsi, UA ne se reconnaît pas dans la demande, portée par d’autres tendances de la FSU, de titularisation des contractuel·les sur place, ce qui s’oppose au principe de mouvement national pour les reçu·es aux concours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Frédérique Rolet : très bon exemple en effet, UA défend plutôt une diversification des voies d’accès à la titularisation, pour contrer le développement continu de la précarité via la multiplication des contrats et promouvoir le statut, protecteur pour les personnels, particulièrement en cas d’arrivée de l’extrême droite au pouvoir, et garantie d’application des principes de la Fonction publique pour toutes et tous les citoyen·nes.
Mais nous avons toujours défendu les collègues non-titulaires pour leurs droits et rémunérations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : existe-t-il une spécificité UA sur la question du rapport aux partis politiques ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gérard Aschiéri : la question a été largement réglée dès les années soixante-dix : l’impératif de l’indépendance est depuis soutenu par des camarades syndicalistes de toutes sensibilités qui peuvent par ailleurs militer dans des partis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Frédérique Rolet : toutes les tendances partagent le constat du danger de l’extrême droite, la nécessité de la combattre à tous les niveaux, de même le principe que lorsque un gouvernement semble plus favorable au monde du travail, le rapport de force reste nécessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : voyez-vous des évolutions significatives à l&amp;rsquo;identité UA ces dernières années ? Quelles seraient les thématiques à approfondir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Serge Chabrol : à mon avis, un enjeu principal est la difficulté accrue à rencontrer les collègues et le risque de ne plus prendre les décisions avec elles et eux.
Nous devons avoir de nouvelles stratégies pour les rencontrer, par exemple en démultipliant les stages pédagogiques, sur le métier, en faire des questions syndicales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gérard Aschiéri : les collègues sont de plus en plus divers, les rassembler devient donc de plus en plus difficile, avec la nécessité de prendre en compte des questions qui semblent hors du strict champ syndical comme l’environnement, le racisme, les VSS, &amp;hellip; car le syndicalisme ne peut se couper des évolutions de la société.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bernadette Groison : le lien avec les collègues est essentiel. Ce n’est pas toujours facile. Raison de plus pour continuer à les rencontrer et à renforcer la proximité entre syndicat et profession. Nous ne devons pas hésiter à parler de ce qui est difficile et qui parfois dérange, comme par exemple les lois récentes sur l’environnement, l’agriculture, ou encore sur la question des politiques migratoires, et ne surtout pas les laisser à d’autres.
Nous constatons un certain glissement d’une partie de nos professions vers l’extrême droite. Cette question ne saurait être mise sous le tapis, c’est pour UA une source de préoccupation majeure. Les débats avec la profession sont donc importants à avoir dans la période.
Mais il faut aussi se préoccuper de discuter avec eux de leur vie au quotidien (évolution des métiers, du statut et fonctionnement de la Fonction publique par exemple avec le développement de la contractualisation, des salaires, des conditions d’exercice des métiers…) et d’en faire des enjeux collectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Frédérique Rolet : Il faudrait sans doute creuser et analyser davantage le rapport des jeunes à l’activité syndicale, l’évolution de leur rapport au travail, avec la recherche d’une meilleure harmonisation des temps de la vie, mais aussi comment articuler syndicalement les questions environnementales et de justice sociale, analyser et combattre toutes les formes de discrimination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
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&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Points de repère sur l'histoire d'Unité et Action</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/300/12-points-de-repere/</link><pubDate>Sun, 19 Jul 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/300/12-points-de-repere/</guid><description>&lt;p&gt;La FSU est la seule organisation syndicale à reconnaître les tendances, un des trois piliers de son fonctionnement avec les syndicats nationaux et les sections départementales fédérales.
C’est un héritage du système de la Fédération de l’Éducation nationale mis en place en 1948 pour maintenir son unité.
Paradoxalement, les majoritaires de la FEN, fondateurs de l’UNSA en 1993, ne les reconnaissent plus. Mais il y a une différence essentielle dans la FSU : les tendances ne sont plus liées à l’homogénéité des exécutifs, abcès de fixation des conflits qui conduisirent à la scission d’où sortit la FSU en 1994. Unité et Action a joué et continue de jouer un rôle fondamental dans cette histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Unitaires à la Libération&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tendances existaient dans la Fédération unitaire de l’enseignement-CGTU (1921-1935).
Cependant, lors de la fusion de la Fédération générale de l’enseignement-CGT et de la FUE dans la CGT réunifiée en 1935-1936, elles ne sont pas reconnues, car assimilées aux « fractions » partisanes, interdites par la Charte de Toulouse confédérale en 1936.
Lorsque la FGE se reconstitue en 1944 dans une CGT à nouveau réunifiée, elles restent absentes. Quand en 1946, la FGE se transforme en FEN (fédération adhérente directe à la CGT), la question est réglée par un partage des responsabilités dans la direction : Adrien Lavergne, secrétaire général « ex-confédéré », et Paul Delanoue, militant communiste « ex-unitaire ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La FEN-CGT dans la FEN autonome&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1948, après la nouvelle scission de la CGT, les ex-confédéré·es et l’École émancipée choisissent « l’autonomie provisoire » à laquelle se rallient les unitaires. Est établi un compromis reconnaissant les tendances - en fait l’élection à la proportionnelle des organismes administratifs sur listes présentant une orientation -, mais en laissant la possibilité de se syndiquer à une confédération (CGT ou FO). Ainsi est maintenue une FEN-CGT à double affiliation où se retrouvent les unitaires, dirigée par Jacqueline Marchand.
Ce système perdure jusqu’en 1954-1955.
Les unitaires qualifiés de « cégétistes » par les majoritaires, continuent néanmoins à déposer des textes et des listes au nom de sections départementales qu’ils dirigent (Marne, Bouches-du-Rhône, Ardèche, Vienne…) en refusant la dénomination de tendance et l’homogénéité des exécutifs. Dans les syndicats nationaux, ils se rassemblent autour de listes.
Ils défendent un syndicalisme de lutte, ancré dans les revendications corporatives, en vue de la démocratisation de l’école et de la société, tout en prenant position pour la paix et contre les guerres coloniales.
Le tournant de 1966-1967&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La création dans la FEN en 1966 du nouveau SNES, unifiant le syndicat de l’enseignement classique et moderne et celui de l’enseignement technique, peut rétablir un équilibre dans le rapport des forces entre syndicats nationaux dominés par le syndicat des instituteurs (SNI), car le second degré est en pleine croissance.
Cette fusion est suivie du « coup de tonnerre » de la prise de la majorité par Unité et Action (ex. listes B et UASE) en 1967.
Tout en reconnaissant l’existence d’orientations diverses dans le syndicalisme, les unitaires U-A défendent la notion de « courant de pensée », qualifié d’« anti-tendances », afin de rassembler les adhérent·es de diverses sensibilités, dans un syndicalisme « de masse, de lutte et d’action ».
La nouvelle direction du SNES témoigne de cette union dans la diversité : trois communistes et trois non-communistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Unité et Action après 1968&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conquête du pouvoir dans le second syndicat de la fédération menace le système-modèle FEN. Le courant qui prend le nom d’Unité et Action s’organise aussi dans le SNI et au plan fédéral (sous l’impulsion d’Alfred Sorel et Daniel Renard), progressant avec plus de 30% des voix aux élections.
Tous les syndicats du second degré (SNEP [Marcel Berge] SNPEN, sauf le SNETAA) et du supérieur (SNESup [Guy Odent, Daniel Monteux], SNCS) changent de direction au profit d’U-A après 1968, ainsi que des sections départementales de la FEN. Le courant crée son bulletin (la future revue) à la rentrée 1970 dans lequel est affirmé : « La FEN peut et doit apporter, selon sa compétence syndicale et dans le respect de son indépendance, sa contribution originale à l’entente entre les formations de gauche, sur la base d’un programme de démocratisation de l’enseignement et de la société. »
Les majoritaires, refusant d’envisager une alternance du pouvoir fédéral, s’organisent eux aussi en tendance (UID).
La signature du Programme commun de gouvernement de la gauche en 1972 ne les empêche pas de menacer le SNES et le SNEP d’exclusion en 1973. Après un répit au moment de l’élection présidentielle de 1974, la rupture du PCG et le rapprochement de la direction du PS avec celle de la FEN enveniment les rapports à la fin de la décennie.
U-A, qui fonctionne de plus en plus comme une tendance, a établi un programme complet de revendications. Celles-ci sont défendues dans les SN qu’il dirige et dans les actions fédérales auxquelles il participe, voire qu’il organise lui-même, au grand dam de la direction de la FEN accusant U-A d’être une « anti-FEN » procommuniste.
Sur la démocratisation du service public d’éducation, la formation des maîtres, l’unification des catégories, la revalorisation des métiers et des salaires, le combat pour la libération des peuples, les divergences sont nettes.
L’arrivée de la gauche au pouvoir avec l’élection de Mitterrand en 1981 ne réduit pas les écarts, notamment sous le second septennat, avec les acquis de la revalorisation obtenus par l’action des SN à majorité U-A en 1989.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La scission en 1992-1993&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;À la fin de la période mitterrandienne, les majoritaires UID de la FEN et du SNI abandonnent l’objectif de la réunification et cherchent de nouvelles voies de recomposition syndicale.
Ils revendiquent l’autonomie liée à une conception d’accompagnement des politiques néolibérales.
La stratégie qu’ils mettent en route en 1988 (projet éducatif et refondation doctrinale), soulève l’opposition de tous les minoritaires.
C’est en partie l’alliance entre U-A et la majorité de l’EE, avec l’appoint d’une nouvelle tendance « Autrement » principalement représentée dans le SNETAA, qui permet la mise en place des CLU (Comités de liaison unitaires), puis la naissance de la FSU.
Le rôle du coordinateur U-A, Raphaël Szajnfeld, fut important dans la phase préparatoire de l’élaboration des statuts. De même pour les secrétaires de SN déjà existants dans la FEN : Jacques Rouyer (SNEP), Pierre Toussenel et Monique Vuaillat (SNES) ; et Daniel Le Bret* pour la création du SNUipp.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;U-A dans la FSU depuis 1994&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment assumer son passage d’instrument de conquête du pouvoir à l’exercice du pouvoir avec plus de 60% des suffrages dans les élections internes ?
Sans prétendre imposer son point de vue en acceptant de partager les responsabilités ?
Ce changement de rôle s’accompagne d’une évolution de la nature du courant et de son fonctionnement.
Des secrétariats fédéraux de tendance se tiennent toujours jusqu’en 1999, auxquels participe Michel Deschamps* en tant que secrétaire général. Il s’agit surtout d’ajuster les positionnements entre SN.
Mais la mission devient difficile au « moment » Allègre et Deschamps démissionne. Les tensions s’apaisent après l’arrivée de Gérard Aschieri* au secrétariat général en 2001 et le départ du SNETAA. Mais le rôle de la tendance dans la définition de l’orientation fédérale s’est atténué, ce qui s’accentue durant les mandats de Bernadette Groison* et de Benoît Teste*.
Cela n’empêche pas la FSU d’élargir son champ de syndicalisation aux trois versants de la Fonction publique en 2004, en tentant de sortir de son tropisme enseignant, de mener le combat pour la démocratie de genre, dans les luttes altermondialistes, de répondre à la crise écologique, en poursuivant les luttes pour la démocratisation, la revalorisation et la laïcité de la Fonction publique qui constituent son socle.
La diversité d’U-A s’accroit. La matrice idéologique marxiste s’estompe.
Les adhésions ou non à une structure partisane sont devenues indifférentes. Le poids des SN non-enseignants où les tendances sont absentes s’accroît.
Ailleurs U-A et l’EE présentent des listes « ouvertes » à « l’initiative de » ou « avec des sans tendances ».
Pourtant on s’accorde pour considérer que le système des tendances reste la voie pour élaborer dans la transparence et l’indépendance une orientation syndicale pour la « transformation sociale », en ne laissant pas aux seuls partis la définition de l’intérêt général.
L’unification du mouvement syndical est en question. Sur tout cela, l’histoire d’U-A montre une forte continuité des idéaux et des méthodes, dans la fidélité à la « double besogne » de la charte d’Amiens.&lt;/p&gt;</description></item><item><title>L'écologie au cœur de la politique : une nécessaire refondation</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/300/14-l-ecologie-au-coeur/</link><pubDate>Sat, 18 Jul 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/300/14-l-ecologie-au-coeur/</guid><description>&lt;p&gt;une nécessaire refondation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Fonction Publique est à la croisée des chemins, tiraillée entre l&amp;rsquo;urgence écologique et un État condamné pour inaction climatique. Pour la tendance Unité et Action, l&amp;rsquo;écologie et les conditions de travail sont deux dossiers connexes. Notre syndicalisme, fondé sur la défense des acquis sociaux et salariaux, porte également une dimension unitaire ; celle-ci se doit de porter un projet politique où la rupture écologique est indissociable de la justice sociale. Si l&amp;rsquo;urgence climatique impose des mutations profondes, c&amp;rsquo;est la protection des personnels et des usager·ères qui en sera le garant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question écologique ne doit plus être une simple préoccupation annexe. Pour la FSU, elle doit devenir le fil conducteur de l&amp;rsquo;action, une boussole politique éclairant chaque décision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une écologie de terrain et de services&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique écologique de la section doit ancrer ses propositions dans le quotidien des agent·es et des usager·ères. Il s&amp;rsquo;agit de repenser l&amp;rsquo;organisation du travail, les déplacements, la gestion des bâtiments et la consommation. L&amp;rsquo;objectif est de démontrer que la rupture écologique est un levier d&amp;rsquo;amélioration des conditions de travail et de la qualité du service. Concrètement, cela se traduit par la rénovation énergétique des bâtiments scolaires ou administratifs, la promotion des mobilités douces pour les agent·es et la mise en place d’une restauration collective plus durable.
Au-delà de ces mesures techniques, la Fonction publique doit être exemplaire : elle ne peut exiger de la société des efforts qu&amp;rsquo;elle ne réalise pas elle-même en premier lieu.
Dans cette perspective, notre fédération doit pousser les ministères de son champ de syndicalisation à respecter leurs obligations réglementaires, et notamment à établir le bilan carbone de leurs activités.
La justice sociale comme socle de la transition&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&amp;rsquo;écologie politique de la FSU repose sur un principe fondamental : la transition ne doit pas se faire aux dépens des plus fragiles, ni des agent·es, ni des usager·ères. Une politique qui se réclame de l’écologie pour justifier des licenciements, une précarisation ou une dégradation du Service public est une politique antisociale et anti-écologique.
Les métiers de la transition sont des métiers d&amp;rsquo;avenir : l&amp;rsquo;écologie offre une opportunité de création d&amp;rsquo;emplois stables, qualifiés et protégés.
Il convient de former les agent·es aux nouveaux enjeux (gestion de l&amp;rsquo;eau, déchets, rénovation thermique, accompagnement des vulnérables). La lutte contre le changement climatique doit être source de progrès social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&amp;rsquo;unité syndicale comme force de proposition&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour porter cette vision, l&amp;rsquo;unité syndicale est indispensable pour peser dans les négociations. Unité et Action rappelle que la force de la FSU réside dans sa capacité à rassembler autour d&amp;rsquo;un projet commun. Cette unité ne signifie pas l&amp;rsquo;uniformité des opinions, mais la convergence vers des objectifs stratégiques : protéger les conditions de vie face à la crise énergétique, protéger les conditions de travail face aux événements climatiques extrêmes et maintenir un service public de proximité favorable à une relocalisation d’une industrie écologiquement mieux disante. L&amp;rsquo;écologie est un projet construit collectivement, un facteur d&amp;rsquo;unité autour de la défense d&amp;rsquo;un monde habitable et socialement juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Julien Poirier, Betty Teyssier, Franck Brock,
Cyril Verlingue et Valérie Sipahimalani&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un danger sanitaire majeur pour les agent·es&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les personnels de la Fonction publique sont en première ligne. Dans l&amp;rsquo;Éducation nationale, les enseignant·es font face à des salles surchauffées, mal ventilées, affectant leur concentration et celle des élèves, et augmentant les risques d&amp;rsquo;accidents. Les agent·es de terrain subissent de plein fouet les vagues de chaleur, avec des risques réels d&amp;rsquo;épuisement et de déshydratation. La santé des agent·es est un enjeu de sécurité publique ; un·e agent·e épuisé·e ne peut assurer une mission de qualité. La protection contre la chaleur est une obligation légale et morale de l&amp;rsquo;employeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&amp;rsquo;aveuglement institutionnel&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La réponse de l&amp;rsquo;État révèle un décalage abyssal entre les réalités du terrain et les directives venues d&amp;rsquo;en haut. Dans l&amp;rsquo;Éducation nationale, les recommandations d’Édouard Geffray aux écoles et établissements ont été perçues comme profondément déconnectées. Loin de proposer des moyens concrets de rénovation ou de réorganisation, elle s&amp;rsquo;est concentrée sur des gestes anecdotiques et des injonctions à l&amp;rsquo;autodiscipline : accès à l’eau potable, organisation des locaux, baisser les stores ou volets sans évoquer leur installation.
Dans le plan de “gestion des vagues de chaleur”, publié trois jours après le début de la canicule de mai 2026, le report sur le seul niveau local des décisions d’adaptation est toujours privilégié. Pour la FSU, ce n’est plus acceptable, tant le ministère laisse la communauté éducative s’organiser par elle-même, et subir des conditions de travail inacceptables. La protection de la santé et la sécurité des personnels et des usager·ères est l’obligation réglementaire du ministre, des recteurs et rectrices et des DASEN.
Cette réponse reporte la responsabilité de l&amp;rsquo;urgence climatique sur les épaules des personnels sans leur donner les moyens. Au lieu d&amp;rsquo;investir massivement, l&amp;rsquo;administration fait porter le poids de la situation sur les agent·es, sans les protéger. La continuité du service public se fait au détriment de la santé des personnels et des usager·ères, alors que l’État est condamné pour inaction climatique et que le système capitaliste et productiviste est responsable de la crise climatique. Cette politique de l’autruche est inacceptable pour la tendance Unité et Action. Pourtant, le MEN a récemment publié 40 recommandations dans un rapport de la commission spécialisée sur la transition écologique du CSE, mais ne semble pas s’en soucier dans sa communication. Un rapport de bonnes intentions sans suite ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&amp;rsquo;impact sur la qualité du service et la sécurité des usager·ères&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La canicule affecte directement les usager·ères. À l&amp;rsquo;école, les élèves souffrent de la chaleur, compromettant leur apprentissage et leur bien-être, particulièrement les plus jeunes. La continuité du service public est également menacée par ces fortes chaleurs : si les agent·es sont malades, toute la chaîne de service se rompt. Les usager·ères se retrouvent sans aide. La canicule accentue les inégalités sociales : les plus pauvres, sans climatisation ni logement isolé, sont les premiers touché·es. Le service public a un rôle crucial à jouer, mais il ne peut le faire que si ses agent·es sont protégé·es.
Vers une stratégie de prévention
et de transformation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face à l&amp;rsquo;urgence et à l&amp;rsquo;aveuglement des autorités, la FSU doit exiger des mesures concrètes. Il s&amp;rsquo;agit de repenser l&amp;rsquo;organisation et les infrastructures.&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;Prévention adaptée avec des mesures spécifiques à chaque métier, et réfléchies avec le personnel : modification des horaires pour éviter les heures chaudes, pauses obligatoires, accès à des espaces frais, équipements de protection. Dans les écoles, rénover les bâtiments, installer des stores ou brumisateurs, prévoir des plans canicule.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Les décisions qui relèvent de la santé publique ne peuvent dépendre des seuls échelons locaux, bien souvent dépourvus de moyens d’actions suffisants. À partir de la vigilance orange, au regard de l’inadaptation massive du bâti scolaire, les adaptations horaires, passage en service minimum ou même dans certains cas fermetures ne peuvent plus être l’exception mais doivent devenir la norme.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Investissement massif : la Fonction publique doit être un laboratoire de la transition : rénovation thermique, solutions de rafraîchissement passif, gestion efficace de l&amp;rsquo;eau. Ces coûts sont indispensables pour la pérennité du service.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Formation et écoute : la formation des agent·es sur les risques et les gestes de secours est un enjeu important. L&amp;rsquo;État doit cesser de donner des ordres déconnectés et écouter les professionnels de terrain.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;L&amp;rsquo;écologie n&amp;rsquo;est pas un luxe, c&amp;rsquo;est une nécessité vitale. La tendance Unité et Action de la FSU doit continuer à porter ce message avec force. L&amp;rsquo;unité syndicale et associative est notre plus grande force pour exiger des employeurs qu&amp;rsquo;ils assument leurs responsabilités : protéger les agent·es, garantir la qualité du service et investir dans la rupture écologique. La canicule n&amp;rsquo;est pas une fatalité, c&amp;rsquo;est un défi à relever ensemble, et cela nous rappelle que sans pression collective, l&amp;rsquo;État restera aveugle. Il faut mobiliser chaque section, chaque syndicat, chaque agent·e pour que la protection de la santé soit une priorité absolue. En défendant l&amp;rsquo;écologie et la santé des agent·es, nous défendons l&amp;rsquo;avenir du service public. Ensemble, pour une Fonction Publique résiliente, juste et durable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Julien Poirier, Betty Teyssier, Franck Brock,
Cyril Verlingue et Valérie Sipahimalani&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Canicules et risques climatiques</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/300/15-canicules-et-risques-climatiques/</link><pubDate>Fri, 17 Jul 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/300/15-canicules-et-risques-climatiques/</guid><description>&lt;p&gt;une urgence pour les personnels et les usager·ères&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la politique écologique est une ambition de long terme, la réalité impose une action immédiate. Les canicules, de plus en plus fréquentes et intenses, ne sont plus des phénomènes exceptionnels. Elles constituent une menace directe pour la santé des personnels et la continuité du service public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question écologique ne doit plus être une simple préoccupation annexe. Pour la FSU, elle doit devenir le fil conducteur de l&amp;rsquo;action, une boussole politique éclairant chaque décision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une écologie de terrain et de services&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique écologique de la section doit ancrer ses propositions dans le quotidien des agent·es et des usager·ères. Il s&amp;rsquo;agit de repenser l&amp;rsquo;organisation du travail, les déplacements, la gestion des bâtiments et la consommation. L&amp;rsquo;objectif est de démontrer que la rupture écologique est un levier d&amp;rsquo;amélioration des conditions de travail et de la qualité du service. Concrètement, cela se traduit par la rénovation énergétique des bâtiments scolaires ou administratifs, la promotion des mobilités douces pour les agent·es et la mise en place d’une restauration collective plus durable.
Au-delà de ces mesures techniques, la Fonction publique doit être exemplaire : elle ne peut exiger de la société des efforts qu&amp;rsquo;elle ne réalise pas elle-même en premier lieu.
Dans cette perspective, notre fédération doit pousser les ministères de son champ de syndicalisation à respecter leurs obligations réglementaires, et notamment à établir le bilan carbone de leurs activités.
La justice sociale comme socle de la transition&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&amp;rsquo;écologie politique de la FSU repose sur un principe fondamental : la transition ne doit pas se faire aux dépens des plus fragiles, ni des agent·es, ni des usager·ères. Une politique qui se réclame de l’écologie pour justifier des licenciements, une précarisation ou une dégradation du Service public est une politique antisociale et anti-écologique.
Les métiers de la transition sont des métiers d&amp;rsquo;avenir : l&amp;rsquo;écologie offre une opportunité de création d&amp;rsquo;emplois stables, qualifiés et protégés.
Il convient de former les agent·es aux nouveaux enjeux (gestion de l&amp;rsquo;eau, déchets, rénovation thermique, accompagnement des vulnérables). La lutte contre le changement climatique doit être source de progrès social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&amp;rsquo;unité syndicale comme force de proposition&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour porter cette vision, l&amp;rsquo;unité syndicale est indispensable pour peser dans les négociations. Unité et Action rappelle que la force de la FSU réside dans sa capacité à rassembler autour d&amp;rsquo;un projet commun. Cette unité ne signifie pas l&amp;rsquo;uniformité des opinions, mais la convergence vers des objectifs stratégiques : protéger les conditions de vie face à la crise énergétique, protéger les conditions de travail face aux événements climatiques extrêmes et maintenir un service public de proximité favorable à une relocalisation d’une industrie écologiquement mieux disante. L&amp;rsquo;écologie est un projet construit collectivement, un facteur d&amp;rsquo;unité autour de la défense d&amp;rsquo;un monde habitable et socialement juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Julien Poirier, Betty Teyssier, Franck Brock,
Cyril Verlingue et Valérie Sipahimalani&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un danger sanitaire majeur pour les agent·es&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les personnels de la Fonction publique sont en première ligne. Dans l&amp;rsquo;Éducation nationale, les enseignant·es font face à des salles surchauffées, mal ventilées, affectant leur concentration et celle des élèves, et augmentant les risques d&amp;rsquo;accidents. Les agent·es de terrain subissent de plein fouet les vagues de chaleur, avec des risques réels d&amp;rsquo;épuisement et de déshydratation. La santé des agent·es est un enjeu de sécurité publique ; un·e agent·e épuisé·e ne peut assurer une mission de qualité. La protection contre la chaleur est une obligation légale et morale de l&amp;rsquo;employeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&amp;rsquo;aveuglement institutionnel&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La réponse de l&amp;rsquo;État révèle un décalage abyssal entre les réalités du terrain et les directives venues d&amp;rsquo;en haut. Dans l&amp;rsquo;Éducation nationale, les recommandations d’Édouard Geffray aux écoles et établissements ont été perçues comme profondément déconnectées. Loin de proposer des moyens concrets de rénovation ou de réorganisation, elle s&amp;rsquo;est concentrée sur des gestes anecdotiques et des injonctions à l&amp;rsquo;autodiscipline : accès à l’eau potable, organisation des locaux, baisser les stores ou volets sans évoquer leur installation.
Dans le plan de “gestion des vagues de chaleur”, publié trois jours après le début de la canicule de mai 2026, le report sur le seul niveau local des décisions d’adaptation est toujours privilégié. Pour la FSU, ce n’est plus acceptable, tant le ministère laisse la communauté éducative s’organiser par elle-même, et subir des conditions de travail inacceptables. La protection de la santé et la sécurité des personnels et des usager·ères est l’obligation réglementaire du ministre, des recteurs et rectrices et des DASEN.
Cette réponse reporte la responsabilité de l&amp;rsquo;urgence climatique sur les épaules des personnels sans leur donner les moyens. Au lieu d&amp;rsquo;investir massivement, l&amp;rsquo;administration fait porter le poids de la situation sur les agent·es, sans les protéger. La continuité du service public se fait au détriment de la santé des personnels et des usager·ères, alors que l’État est condamné pour inaction climatique et que le système capitaliste et productiviste est responsable de la crise climatique. Cette politique de l’autruche est inacceptable pour la tendance Unité et Action. Pourtant, le MEN a récemment publié 40 recommandations dans un rapport de la commission spécialisée sur la transition écologique du CSE, mais ne semble pas s’en soucier dans sa communication. Un rapport de bonnes intentions sans suite ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&amp;rsquo;impact sur la qualité du service et la sécurité des usager·ères&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La canicule affecte directement les usager·ères. À l&amp;rsquo;école, les élèves souffrent de la chaleur, compromettant leur apprentissage et leur bien-être, particulièrement les plus jeunes. La continuité du service public est également menacée par ces fortes chaleurs : si les agent·es sont malades, toute la chaîne de service se rompt. Les usager·ères se retrouvent sans aide. La canicule accentue les inégalités sociales : les plus pauvres, sans climatisation ni logement isolé, sont les premiers touché·es. Le service public a un rôle crucial à jouer, mais il ne peut le faire que si ses agent·es sont protégé·es.
Vers une stratégie de prévention
et de transformation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face à l&amp;rsquo;urgence et à l&amp;rsquo;aveuglement des autorités, la FSU doit exiger des mesures concrètes. Il s&amp;rsquo;agit de repenser l&amp;rsquo;organisation et les infrastructures.&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;Prévention adaptée avec des mesures spécifiques à chaque métier, et réfléchies avec le personnel : modification des horaires pour éviter les heures chaudes, pauses obligatoires, accès à des espaces frais, équipements de protection. Dans les écoles, rénover les bâtiments, installer des stores ou brumisateurs, prévoir des plans canicule.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Les décisions qui relèvent de la santé publique ne peuvent dépendre des seuls échelons locaux, bien souvent dépourvus de moyens d’actions suffisants. À partir de la vigilance orange, au regard de l’inadaptation massive du bâti scolaire, les adaptations horaires, passage en service minimum ou même dans certains cas fermetures ne peuvent plus être l’exception mais doivent devenir la norme.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Investissement massif : la Fonction publique doit être un laboratoire de la transition : rénovation thermique, solutions de rafraîchissement passif, gestion efficace de l&amp;rsquo;eau. Ces coûts sont indispensables pour la pérennité du service.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Formation et écoute : la formation des agent·es sur les risques et les gestes de secours est un enjeu important. L&amp;rsquo;État doit cesser de donner des ordres déconnectés et écouter les professionnels de terrain.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;L&amp;rsquo;écologie n&amp;rsquo;est pas un luxe, c&amp;rsquo;est une nécessité vitale. La tendance Unité et Action de la FSU doit continuer à porter ce message avec force. L&amp;rsquo;unité syndicale et associative est notre plus grande force pour exiger des employeurs qu&amp;rsquo;ils assument leurs responsabilités : protéger les agent·es, garantir la qualité du service et investir dans la rupture écologique. La canicule n&amp;rsquo;est pas une fatalité, c&amp;rsquo;est un défi à relever ensemble, et cela nous rappelle que sans pression collective, l&amp;rsquo;État restera aveugle. Il faut mobiliser chaque section, chaque syndicat, chaque agent·e pour que la protection de la santé soit une priorité absolue. En défendant l&amp;rsquo;écologie et la santé des agent·es, nous défendons l&amp;rsquo;avenir du service public. Ensemble, pour une Fonction Publique résiliente, juste et durable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Julien Poirier, Betty Teyssier, Franck Brock,
Cyril Verlingue et Valérie Sipahimalani&lt;/p&gt;</description></item><item><title>« Maison commune » : entretien avec Caroline Chevé</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/300/16-maison-commune/</link><pubDate>Thu, 16 Jul 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/300/16-maison-commune/</guid><description>&lt;p&gt;Entretien avec Caroline Chevé&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : au congrès de Rennes, la FSU s’est donné un mandat de construction d’une « Maison commune ».
Que s’est-il passé depuis ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Caroline Chevé : avec le recul je crois qu’au congrès de Rennes, la FSU a fait deux choses essentielles dans sa réflexion sur l’unification syndicale : se rassembler et passer de l’imaginaire au réel. Se rassembler était nécessaire : aujourd’hui le sujet n’a pas la même place dans tous les syndicats nationaux, mais il n’est plus seulement le sujet de quelques-uns. Je constate régulièrement que les militant·es s’en emparent dans leur réflexion, justement parce que le cadre que nous avons posé à Rennes le permet.
En levant des implicites et en nous mettant d’accord sur des réalisations possibles, accessibles, nous avons fait converger les vues. Cela ne signifie pas consensus, mais possibilité d’avancer dans le respect de toutes les sensibilités.
Depuis nous avons consacré du temps et de l’énergie, notamment au sein du groupe de travail, pour concrétiser le rapprochement : le module de formation commune sur l’imposture sociale de l’extrême droite, le colloque sur l’Extrême droite et l’école, les échanges permanents sur les enjeux féministes, plusieurs initiatives en territoires.
Mais surtout il me semble que le regard que nous portons les un·es sur les autres a évolué. Aujourd’hui nous échangeons de façon confiante et approfondie sur la situation, et sur les stratégies syndicales. Nous partageons la même conviction que l’unité et la combativité ne sont pas opposées, et qu’elles sont la nécessité du moment, face à la fuite en avant du libéralisme, et face à l’extrême droite.
Nous pensons également que les choses se jouent avant tout sur le terrain, entre équipes militantes, c’est là qu’est la plus grande énergie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : le congrès de la CGT a eu lieu récemment, qu’est-ce que cela change ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Caroline Chevé : ce n’est évidemment pas à moi de traduire ce qui ressort du congrès. Cela fait partie aussi de notre manière de procéder, en étant toujours très respectueux des débats internes de nos deux organisations.
Mais il me semble que la CGT s’est inscrite dans une forme de continuité, notamment par rapport au CCN du mois d’août 2025. L’utilisation de la formule « Maison Commune », pour nommer ce que nous faisons ensemble, sans préjuger a priori de ce que cela sera plus tard, est aujourd’hui validée par nos deux organisations, comme la méthode et la démarche. Si on croise nos mandatements, on a une idée assez claire : pas de « fusion / absorption » côté FSU, « ni fusion ni création d’une superstructure décisionnelle mais un outil de travail commun » côté CGT, ainsi qu’ « un cadre de coopération pérenne et renforcé, se traduisant par des échanges stratégiques réguliers et privilégiés ». Nous allons donc pouvoir nous atteler à la suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : quelles sont les perspectives ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Caroline Chevé : A la rentrée il y aura de nombreuses batailles à mener, et tout porte à croire que la FSU et la CGT les mèneront ensemble : celle des salaires de la Fonction publique avec la grève du 29 septembre, celle de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les violences sexistes et sexuelles avec le débat sur la Loi intégrale, celle du budget et de la protection sociale pour 2027.
Nos deux organisations sont pleinement engagées pour construire ces batailles dans l’unité la plus large.
Il est clair que la période des élections professionnelles qui s’ouvre aussi à la rentrée n’est évidemment pas la plus propice pour avancer sur la Maison commune, elle peut même être un facteur de crispations ou de tensions.
Mais nous allons veiller à ce que tout cela ne fasse pas reculer le travail entrepris.
En effet l’échéance suivante, la présidentielle et le débat public qui la précédera, sont lourds d’enjeux pour notre pays. Nos organisations partagent la conscience de la responsabilité qui est la leur pour lutter syndicalement contre l’extrême droite et ses idées, et de mettre au centre du débat les sujets qui préoccupent vraiment la population : les salaires, les services publics, l’emploi, les retraites…
La confiance dans les organisations syndicales reste élevée, et l’aspiration à l’unité est très ancrée depuis le mouvement contre la réforme des retraites de 2023.
Il est donc plus que jamais nécessaire de continuer à la construire, à la fois entre nos organisations et au sein des différentes intersyndicales, à tous les niveaux.&lt;/p&gt;
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&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Entretien avec Leïla de Comarmond</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/300/17-entretien/</link><pubDate>Wed, 15 Jul 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/300/17-entretien/</guid><description>&lt;p&gt;Leila de Comarmond&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leila de Comarmond, journaliste aux Échos, suit l’actualité syndicale dont la CGT, sur laquelle elle a publié un ouvrage qui reste de référence : Les 20 ans qui ont changé la CGT, Denoël, 2013&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : quel bilan global tirer du congrès national de la CGT à Tours ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leïla de Comarmond : ça a été un congrès d’apaisement et de rassemblement.
Le précédent, en 2023 à Clermont-Ferrand, avait sombré dans le chaos, avec le refus, inédit, de valider le rapport d’activité, mais aussi l’impossibilité pour Philippe Martinez de faire accepter la successeure qu’il avait désignée. Sophie Binet avait été élue au petit matin du dernier jour par le CCN. Ce congrès vient renforcer sa légitimité.
Des oppositions existent mais sont bien moins virulentes que dans le passé. Certes il y a eu un incident de séance à Tours, avec l’occupation de la tribune par quelques militant.es de la santé, mécontent·es de leurs temps de parole. Mais elles et ils ont été fortement sifflé.es.
Par ailleurs, les textes proposés ont été largement votés sauf une proposition statutaire de règlement de conflits dans la CGT. Elle a été validée à 66%, mais que la direction a prudemment décidé de reporter du fait d’une incertitude sur le quorum. À l’inverse, l’annexion aux statuts de la CGT du dispositif de veille et de lutte contre les violences sexistes et sexuelles a été approuvée à plus de 75% après un débat émouvant. Sophie Binet s’est beaucoup impliquée sur ce dossier. Elle avait fait de ce vote un enjeu personnel.
Autre sujet pourtant clivant en 2023, la FSM n’a pas été abordée, et le secrétaire général de la CSI a été bien accueilli, comme celle de la CES, dans un congrès où la part belle aura été faite aux questions internationales avec la présence de syndicalistes venu·es de 69 pays, de l’Ukraine au Congo en passant par la Palestine, Cuba ou l’Argentine. Avec en ligne de mire le danger de l’extrême droite.
Le conflit de 2023 contre la réforme des retraites, événement majeur du mandat écoulé et qui a marqué nombre de militant.es a aussi été un point important. Plusieurs interventions ont insisté sur le caractère incantatoire de tout appel à la grève générale, loin des réalités qu’elles et ils vivent sur le terrain.
D’un autre côté, la suspension de la réforme, quoiqu’insuffisante, a été revendiquée par Sophie Binet comme un acquis, dans l’esprit de cette « CGT des bonnes nouvelles » qu’elle défend, avec la volonté de mettre en avant les victoires, même partielles, même les plus petites, pour rompre avec une vision dépressive et pessimiste de l’action syndicale. « Il nous faut nous donner les moyens d’être la CGT de la gagne, et c’est comme ça que nous réussirons à syndiquer en masse », a-t-elle insisté.
Le débat - récurrent - sur le développement syndical s’est cette fois-ci cristallisé sur la création de syndicats professionnels territoriaux qui a été largement validée. L’objectif est louable : s’assurer de l’accueil des près de 100 000 syndiqué.es isolé.es, sur un total de 600 000. Mais difficile de croire que cela puisse suffire. Le projet de carte syndicale permanente un temps envisagée et adoptée par la CFDT pour fidéliser les adhérent·es a été abandonné il y a dix ans. La restructuration des fédérations est dans les limbes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : comment le congrès a-t-il abordé les thèmes, distincts mais complémentaires, de l’unité d’action intersyndicale et de la construction de la Maison commune avec la FSU ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leïla de Comarmond : l’engagement dans une stratégie intersyndicale raisonnée a été un élément majeur du premier mandat de Sophie Binet. La coopération avait démarré avec le conflit des retraites sous Philippe Martinez, mais elle a changé de dimension. Ces trois dernières années ont été marquées par un dialogue constant et la recherche de positions partagées le cas échant sans pour autant s’interdire les désaccords. Un dialogue qui a produit de fréquentes expressions communes.
L’intersyndicale au complet entretient cet héritage : les numéros 1 de tous les syndicats (hors FO pour lequel c’est une question de principe) sont venus ensemble au congrès CGT puis au congrès de la CFE-CGC le 10 juin et ils iront à celui de la CFDT fin juin. Du jamais vu et tout un symbole.
Le brouillard politique, le contexte international, la force de l’extrême droite donnent aux syndicats une responsabilité particulière dont ils ont conscience.
Certes la CGT n’a toujours pas digéré d’avoir cédé à la CFDT la première place, et les rivalités demeurent dans les entreprises, mais si la présence de Marylise Léon a été sifflée par certain·es, elle n’a pas provoqué de bronca. Cela faisait 20 ans qu’un numéro 1 cédétiste n’était pas venu au congrès de la CGT.
Fait marquant, la maison commune n’a pas non plus été un objet conflictuel, avec peu d’interventions et aucun amendement en séance, ce qui ouvre la voie à la poursuite des travaux. Les seules expressions hostiles sont venues de la fédération des services publics, souvent en concurrence frontale dans les collectivités locales avec la FSU.&lt;/p&gt;
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&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Pour un syndicalisme « de métiers »</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/300/18-pour-un-syndicalisme/</link><pubDate>Tue, 14 Jul 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/300/18-pour-un-syndicalisme/</guid><description>&lt;p&gt;Unité et Action inscrit l’action de la FSU dans un syndicalisme de métiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu’est-ce que cela signifie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nous, la défense des métiers n’a rien d’une approche corporative, au sens d’une défense étroite des conditions de travail ou de rémunération de salarié⋅es constamment placé⋅es en situation de concurrence les un⋅es avec les autres ou en fonction de leurs situations particulière dans l’organisation du service, de l’établissement, de l’entreprise, etc.
Cette concurrence est encouragée et même souhaitée, érigée en méthode parfois, par l’autorité hiérarchique, de l’État, de la collectivité ou du patronat pour mieux diviser et dominer.
Dès lors, penser le syndicalisme de métiers ou plus précisément le syndicalisme ancré dans les métiers, les professions, les missions réalisées par les personnels, est en soi le premier acte de résistance collective à cette stratégie de division.
C’est aussi la manière de donner toute la puissance revendicative au sens des métiers, des missions exercées au service de l’intérêt général, c’est revendiquer avec une légitimation sociale de l’expression des personnels, mais aussi des attentes des usager·ères.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre syndicalisme part donc du quotidien
professionnel des agent·es et des salarié·es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il combat en permanence pour gagner, maintenir, favoriser ou rétablir le contrôle des personnels sur leur propre travail, par exemple sur les contenus et des pratiques pédagogiques pour les enseignant⋅es, des pratiques professionnelles en général pour l’ensemble des corps et cadres d’emplois, dont Unité et Action proclame l’égale dignité.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syndicats de la FSU sont majoritairement issus d’une histoire qui a construit une syndicalisation par champs professionnels, regroupant plusieurs catégories d&amp;rsquo;agent·es dans une structure syndicale qui a une cohérence de métiers.
Mais au final, à la question « quelles catégories, quels métiers, quels champs professionnels regroupe-t-on dans le même syndicat ? », ce sont toujours les personnels qui ont validé les choix : par exemple, à la création du SNUIPP, le fait de structurer un syndicat autour des personnels enseignants du 1er degré a rencontré l’adhésion de la profession, de même que le SNEP correspond à une forte identité des métiers de l’éducation physique et sportive, ou encore que le SNASUB, le SNESUP et le SNCS collent aux réalités professionnelles de l’enseignement supérieur.
Il n’y a donc pas théorisation de la structuration syndicale « idéale », des syndicats comme la FSU territoriale par exemple organisent les collègues dans un seul syndicat « généraliste », tout en ayant cette pratique syndicale très FSU d’ancrage dans les réalités professionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la Fonction publique, du point de vue d’Unité et Action, la reconnaissance et la prise en compte des métiers, par les rémunérations, carrières, conditions de travail, mobilités bien sûr, mais également par la culture et l’identité professionnelles, peut permettre aux agent·es d’accomplir efficacement leurs missions de service public, dans l’objectif de l’intérêt général.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est pourquoi Unité et Action est tant attachée à la notion de recrutement des fonctionnaires par concours, afin de garantir tant l’indépendance des futur⋅es agent·es vis-à-vis de tous les groupes de pression politiques, économiques voire religieux, que leurs qualifications, qui permettent de remplir les missions en toute responsabilité.
Unité et Action est donc attachée à la résorption de la précarité et opposée à la progression de la contractualisation comme mode de recrutement, désormais courante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est pourquoi également Unité et Action est attachée à l’existence et à l’amélioration constante du statut général des fonctionnaires et des statuts particuliers qui en découlent, acquis de la Libération et parachevé en 1983-1984 et 1986, comme autant de garanties pour les agent⋅es, qu’il s’agisse du recrutement, des mutations ou des carrières, et notamment de l’exigence d’atteindre rapidement enfin égalité professionnelle, face aux risques grandissants de retour aux pratiques autoritaires, arbitraires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est bien pourquoi enfin, Unité et Action n’acceptera jamais le démembrement du droit de participation des personnels par l’intermédiaire de leurs représentant⋅es syndicaux élu⋅es à la gestion de leurs carrières dans les commissions administratives paritaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour faire aboutir les revendications, Unité et Action plaide inlassablement pour le rassemblement le plus large possible, en activité comme en retraite, dans des mobilisations à vocation majoritaire, sans jamais opposer entre eux les métiers, comme les personnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aurélie Gagnier, Polo Lemonnier,
Bruno Lévéder, Benoît Teste&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Unité et Action et la laïcité</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/300/19-laicite/</link><pubDate>Mon, 13 Jul 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/300/19-laicite/</guid><description>&lt;p&gt;Une laïcité sociale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dès la création de la FEN, deux conceptions de la laïcité s’opposent. Les autonomes qui deviendront Unité Indépendance et Démocratie (UID) défendent une laïcité rationaliste empreinte d’anticléricalisme.
Les unitaires, qui deviendront Unité et Action (UA), privilégient une approche sociale capable de dépasser « les combats d’arrière-garde contre le cléricalisme » pour unir les travailleur·euses dans des luttes porteuses d’émancipation, d’égalité et de justice sociale.
Paul Delanoue puis Alfred Sorel incarnent cette conception où le combat laïc mêle le droit à la liberté de conscience et la lutte contre l’obscurantisme par les savoirs et la raison.
Refusant le financement public de l’école privée, UA ne cessera de vouloir faire de cette « bataille » un combat de démocratisation du système éducatif. En 1993, alors que François Bayrou veut réviser la loi Falloux, Raphaël Szajnfeld réaffirme que la lutte pour s’y opposer ne peut se limiter à la seule question du financement de l’école privée, mais doit donner à la laïcité ses finalités économiques et sociales : « seul le service public, parce qu’il accueille tous les élèves sans discrimination est en mesure de réduire les inégalités par le savoir ».
À nouveau, dans le numéro spécial qu’Enjeux consacre à la préparation du premier congrès de la FSU qui se tiendra à Macon en mars 1994, UA rappelle qu’elle n’entend pas réduire la laïcité au seul aspect des rapports entre l&amp;rsquo;Église et la société. Ces ambitions sociales, civiques et intellectuelles de la laïcité sont encore aujourd’hui au cœur des mandats portés par UA, notamment dans les syndicats de l’éducation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face à la question islamiste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers attentats islamistes (1995, 2001) déplacent le débat public vers une supposée incompatibilité de l’islam avec les valeurs républicaines.
En octobre 2003, devant la commission Stasi, Gérard Aschieri affirme qu’il n’est pas acceptable que le débat sur la laïcité se centre sur la religion musulmane, ni qu’il se réduise à la question du port de signes religieux.
Des divergences sont perceptibles, au sein de la tendance UA, entre celles et ceux qui soulignent le risque de pressions communautaires ou d’affaiblissement du cadre émancipateur de l’école publique et ceux qui insistent sur la liberté religieuse et les risques de stigmatisation de la population musulmane.
UA, quoique refusant les usages prosélytes du port de signes religieux par les élèves manifestant ostensiblement une appartenance religieuse, réaffirme son attachement à ce que la démarche éducative soit toujours privilégiée à l’exclusion.
Au sein de la tendance, cette affirmation d’une priorité éducative dans un cadre protecteur des élèves contre toutes les formes de pression fait accord. Elle se traduit par des positions syndicales adaptées aux réalités professionnelles différentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre l’instrumentalisation :
choisir le débat !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;UA reste vigilante face aux dévoiements et instrumentalisations de la laïcité. Lors de l’affaire d’Aubervilliers en 2003, Françoise Dumont alerte sur « les petits calculs » qui nourrissent « l’empressement d’une certaine classe politique ».
Bernadette Groison réagit, elle aussi contre les « petits calculs » de Nicolas Sarkozy affirmant les « racines chrétiennes de la France » et la supériorité de l’engagement du curé sur celui de l’instituteur. Même vigilance quand Emmanuel Macron propose à l’Église de nouer de nouveaux liens avec l’État ou quand le Rassemblement national instrumentalise la laïcité pour prôner l’exclusion.
Du fait des larges enjeux démocratiques et sociaux qu’UA a toujours voulu donner à la question laïque, elle fait résonner de multiples débats en son sein. Pour ne citer que ceux des années les plus récentes : usage du terme islamophobie, intersectionnalité, universalisme, social versus sociétal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul Devin, président de l’IR.FSU,
Grégory Frackowiak, secrétaire national du SNES-FSU&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Le projet éducatif porté par U&amp;A</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/300/20-projet-educatif/</link><pubDate>Sun, 12 Jul 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/300/20-projet-educatif/</guid><description>&lt;p&gt;Plusieurs voies pour un seul objectif !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le 1er degré, la prise en compte des différentes approches et démarches d’apprentissage est un parti pris très fort pour les militant·es UA : cela fonde d’ailleurs notre vision de l’école maternelle, où la place du jeu est très importante par exemple. Les élèves sont des sujets en construction qui ont besoin de tous les langages (oral, écrit, scientifique, artistique, corporel…) pour apprendre.
Ces dernières années, nous avons enrichi notre projet éducatif avec la (re)découverte des différents rapports aux langages des enfants, à prendre en compte pour une école égalitaire et émancipatrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la réussite de tou·tes les élèves dans le cadre d’une scolarité obligatoire portée à 18 ans, nous pensons, au sein d’U&amp;amp;A que le second degré doit être construit suivant un axe de diversification progressive allant du collège pour tous et toutes au lycée diversifié par ses trois voies et ses séries permettant l’acquisition d’une culture commune générale, technologique et professionnelle.
Faire du commun, lutter contre toutes les formes d’inégalités, notamment les inégalités sociales, passent par la défense et la mise en œuvre d’une formation intellectuelle ambitieuse quelle que soit la voie, et non par l’imposition d’un bloc uniforme de savoirs et de démarches.
En réponse à la diversité des jeunes et à la complexité du monde, les trois voies proposent une première spécialisation à travers des modes différents d’appropriation des savoirs, connaissances, savoir-faire, et développent des pédagogies différenciées sur des objets différents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour U&amp;amp;A, l’organisation en voies et séries clairement identifiées reste la solution la plus pertinente pour éviter les sorties précoces du système éducatif et amener au baccalauréat l’ensemble d’une génération. L’existence de réelles passerelles entre les voies générale, technologique et professionnelle, de même qu’entre les séries, est incontournable.
De plus, pour combattre la hiérarchie actuelle entre les différentes voies et les séries, il faut les rendre toutes attractives en augmentant les débouchés vers toutes les formations supérieures : BTS, IUT, classes préparatoires, université. Les formations universitaires, mises à mal et parfois aux abois par les réformes qui se sont succédées, doivent recevoir les moyens suffisants pour pourvoir augmenter les capacités d’accueil et garantir l’accès aux savoirs, aux diplômes et à la recherche. Il est important de préserver la double finalité des formations supérieures professionnelles courtes (BTS ou BUT), à savoir formation professionnelle préparant à un métier et poursuite d&amp;rsquo;études.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La défense des trois voies du lycée et des formations supérieures dans leur diversité est essentielle au projet éducatif d’U&amp;amp;A car elles concourent chacune et ensemble à l’élévation des qualifications de toute la population. Ce sont toutes des formations exigeantes, publiques et nationales qui dépassent le seul enjeu professionnel de fabrication de force de travail. Elles participent toutes à la démocratisation du système éducatif et de la société en donnant aux jeunes des éléments de compréhension du monde, des savoirs émancipateurs, des savoir-faire étendus, en développant leur capacité réflexive et leur autonomie intellectuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laetitia Benoit, Jérome Dammerey,
Emmanuel de Lescure et Rachel Schneider&lt;/p&gt;</description></item><item><title>IA et éducation : pourquoi il faut résister</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/300/21-ia/</link><pubDate>Sat, 11 Jul 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/300/21-ia/</guid><description>&lt;p&gt;Pourquoi il faut résister, selon U&amp;amp;A !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les offensives institutionnelles et marchandes pour imposer l’usage des IA dans le monde éducatif sont de plus en plus nombreuses et pressantes. U&amp;amp;A réaffirme que le droit de ne pas utiliser l’IA doit être préservé pour les personnels comme pour les élèves et étudiant·es. Les raisons de cette résistance sont multiples et solides : consommation explosive des ressources naturelles et des énergies, pillage des richesses intellectuelles, appui de projets antidémocratiques et même fascisants, exploitation de travailleurs et travailleuses du clic, menace de taylorisation de nombreux métiers et notamment les métiers de l’éducation…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi toutes les alertes sur les IA et particulièrement celles du type génératives grand public (IAG), les dangers cognitifs sont de mieux en mieux documentés. Une des études majeures de ces derniers mois, celle de Bastani et alii (2025) menée sur près de 1 000 lycéen·nes, entendait examiner si l’usage d’assistants-IA favorisait les apprentissages en mathématiques.
Les données récoltées indiquent que les résultats des élèves assisté·es par une IA s’élèvent à court terme, mais se détériorent sensiblement dès que la « béquille » numérique leur est enlevée et deviennent inférieurs à ceux des élèves n’ayant pas disposé d’une telle assistance. Après un usage dans un premier temps précautionneux, les élèves cesseraient de vérifier ce que leur propose l’IA en baissant la garde de leur esprit critique.
Rapidement donc, leurs apprentissages seraient en quelque sorte délégués à la machine.
Plus récemment, l’étude de Liu et alii (2026), menée sur un panel de 1 222 participant·es, établit que la persévérance dans la tâche serait affectée dès un usage très bref des assistants-IA, de l’ordre de dix minutes.
Ainsi, l’usage d’un assistant-IA « conditionne les personnes à obtenir un résultat immédiat, les privant de l’expérience d’affronter des apprentissages par elles-mêmes ».
Un usage encore plus précoce des IA par les élèves pourrait « boucler la boucle » de l’exclusion des langages comme outils d’élaboration. En effet, les nouveaux programmes de l’école primaire, qui confondent langue et langage, se centrent, dès la petite section, sur un nombre de mots à connaître et sur la syntaxe, au détriment de l’appropriation du langage dans les situations vécues. L’orientation de ces programmes se prête ainsi à la mise en place d’assistants-IA de type Captain Kelly pour faire répéter aux tout jeunes élèves des mots et des modèles de phrases.
Mais, comme le rappelle Véronique Boiron, « l’enfant n’apprend pas à parler en apprenant une liste de mots ou des structures syntaxiques, mais en parlant avec autrui à propos de ce qu’il observe, fait, puis en expliquant à la classe ce qui s’est passé ». En faisant faire par la machine ce qui demande des heures et des années de pratique, certain·es de nos élèves verraient l’accès au « langage scriptural-conceptuel » (cf. Bernard Lahire) se fermer pour elles et eux, alors même que ce sont les pratiques langagières qui sont différenciatrices en termes de réussite scolaire (et de construction d’un réel « esprit critique »).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les IA ne sont pas des outils neutres censés simplement et utilement « assister » les professeur·es de la maternelle à l’université. La question principale n’est pas tant de savoir ce qu’on peut en faire, que de savoir ce qu’elles nous font. Pour quels usages avons-nous vraiment besoin de l’IAG dans l’éducation ?
Loin de devoir adapter, de manière fataliste, nos pratiques professionnelles à cette déferlante, notre rôle de syndicalistes U&amp;amp;A et de professionnel·les portant un projet émancipateur est de défendre la liberté de se passer des IAG que l’on soit écolier·e, collégien·ne, lycéen·ne, étudiant·e ou personnel de l’Éducation nationale.
Laetitia Benoit et Rachel Schneider&lt;/p&gt;
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&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Unité et Action et la « double besogne »</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/300/22-ua/</link><pubDate>Fri, 10 Jul 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/300/22-ua/</guid><description>&lt;p&gt;Pour Unité et Action, le syndicalisme porté par la FSU s’inscrit, hier comme aujourd’hui et demain, dans l’histoire passée et présente du mouvement ouvrier français et international, de ses luttes, de ses espérances et ses expériences.
Unité et Action continue, dans une France, une Europe, et un monde et une humanité menacée par la tentation du nationalisme, du fascisme et par les offensives sans cesse répétées du capitalisme libéral, à se revendiquer de la « double besogne ». De l’aspiration à la paix, à l’égalité, à la solidarité, à l’émancipation et à la liberté, notre syndicalisme n’a jamais rien abdiqué !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quoi s’agit-il ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;À l’aube de la structuration du mouvement syndical, avant que nombres d’offensives idéologiques encouragées par les tenants du capital viennent encourager sinon y instiller des divisions, la Confédération Générale du Travail d’alors, en 1906, adopte en congrès une motion qui établit la reconnaissance d’une identité sociale et politique particulière du syndicalisme, fondée d’une part sur la défense des revendications concernant le travail, ses conditions, sa rémunération, etc., et d’autre part sur une perspective « d’émancipation intégrale » et « d’expropriation capitaliste », en un mot ce qui est désigné dans le contexte actuel et l’évolution de l’histoire des idées, par l’expression « transformation sociale ».
C’est ainsi qu’est définie la « double besogne ». Cette motion restera dans l’histoire comme « la Charte d’Amiens ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s’agit donc à ce moment-là d’exprimer la nécessité d’organiser la lutte des classes, et donc de lutter au quotidien, dans les usines, les ateliers, les bureaux, tous les lieux de production, pour l’amélioration des conditions de travail, l’augmentation des rémunérations, la réduction du temps de travail, et plus largement pour gagner l’amélioration de la situation faite aux salarié⋅es. Et, de manière combinée, indissociable, affirmé comme deuxième dimension du combat syndical, celui-ci se doit de préparer le renversement du désordre capitaliste au bénéfice d’une société égalitaire et émancipatrice, fondée sur la propriété collective des moyens de production. En outre, la stratégie syndicale préconisée est la grève générale.
Cet ensemble fixe la lutte des classes comme moyen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syndicalisme français est en 1906 très inspiré par les orientations anarcho-syndicalistes. C’est le cas de Victor Griffuelhes, secrétaire général de la CGT d’alors. Ce dernier, avec l’aide d’Émile Pouget, un autre militant syndicaliste révolutionnaire, constatant que le congrès ne parvenait pas à trouver un cadre susceptible de rassembler largement les tenants d’une ligne syndicaliste révolutionnaire et ceux défendant une orientation réformiste ou encore les partisans du rapprochement avec la SFIO de l’époque, rédigent la motion désormais connue sous l’appellation « Charte d’Amiens » qui fait synthèse. Que l’indépendance du syndicat par rapport aux partis y soit également proclamée en même temps que la liberté d’engagement politique par ailleurs, permet objectivement cette synthèse. En effet, ce simple fait suffit à ne pas trancher autre chose que la « double besogne ».
Actualité de la charte d’Amiens&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La FSU, comme la CGT ou Solidaires, n’a jamais renoncé à ces deux objectifs, sans subordonner le premier à l’attente du second.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et sans non plus s’en remettre pour cela à l’action d’organisations politiques partisanes, au risque de pratiquer un partage des tâches : au syndicat la défense corporative, au parti politique la transformation de la société.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la FSU, pour Unité et Action, le syndicalisme ne saurait envisager son action dans le cadre d’une subordination aux intérêts, calendriers électoraux et actions des partis, en l’occurrence de gauche, quand bien même les analyses respectives se recoupent, quand bien même les militant⋅es syndicaux conservent toutes possibilités de militer au sein de partis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les adhérent·es, les salarié·es doivent savoir que les décisions et mandats de leurs organisations ne sont décidées, démocratiquement, qu’au sein de ces organisations.
Cette clarté, cette indépendance, non seulement ne sont pas un obstacle, mais au contraire favorisent des moments communs entre le syndicalisme de transformation sociale et la gauche politique progressiste ou révolutionnaire, dans un dialogue respectueux des prérogatives de chacun·e, donc souvent difficile, mais qui peut être fructueux pour le salariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En témoignent les rapports entre la jeune CGT révolutionnaire et la SFIO de Jaurès, puis bien sûr le soutien de la CGT réunifiée au Front populaire, celui de la FEN, de la CGT et de la CFDT au Programme commun de gouvernement, plus récemment encore, face à la menace fasciste, l’appel à voter pour les candidatures portant le programme du NFP.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces différents épisodes illustrent la nécessité de doubler un éventuel soutien à la mobilisation des salarié·es comme en témoignent les grandes grèves victorieuses de 1936.
Mais aussi l’erreur qu’il y aurait à s’en remettre au seul politique pour faire avancer, sans rapport de force social, les revendications, ainsi que l’indique la pauvreté des questions de Fonction publique au sein du programme du NFP.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, Unité et Action a tiré les leçons d’un compagnonnage trop étroit entre syndicat et parti, en participant à sortir du rôle de courroie de transmission de partis, qu’il s’agisse, du temps de la FEN, du PS ou du PC.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’indépendance syndicale constitue pour Unité et Action, alors que les tentations d’instrumentalisation sont loin d’avoir disparu à gauche, un héritage, finalement celui de nos anciens de la CGT, qui n’est pas négociable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va tout simplement de la capacité du syndicat à mobiliser et défendre le salariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;François Ferrette, Bruno Lévéder&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Les grands évènements sportifs au service du capitalisme</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/300/23-grands-evenements/</link><pubDate>Thu, 09 Jul 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/300/23-grands-evenements/</guid><description>&lt;p&gt;Alors que la Coupe du Monde de football (ou de soccer) se déroule cet été, ces grandes compétitions font face à des paradoxes de plus en plus importants : véhiculer l’universalisme et la paix, à travers une machine évènementielle qui amplifie les inégalités, fait reculer les libertés et les droits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« United 2026 », c’est bien sous ce slogan que les États-Unis, le Canada et le Mexique vont accueillir la 2e plus grande compétition sportive après les JOP (Jeux Olympiques et Paralympiques).
Au regard des relations diplomatiques sur le continent et de la politique migratoire de l’administration Trump, l’illusion ne prend plus. Les comités d’organisation nous ont déjà vendu « les jeux les plus éthiques de l’histoire » pour Paris 2024, et déjà ils s’attachent à créer la demande pour les JO d’hiver dans les Alpes en 2030, sans nul doute « les plus écologiques du XXIe siècle » ?
Le sport et les valeurs associées ne deviennent finalement qu’une vitrine derrière laquelle s’exercent de profondes forces économiques, touchant les équilibres sociaux et démocratiques des villes et des pays hôtes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le droit du travail sur la touche&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour tenir les délais de préparation et répondre aux exigences de rentabilité, les travailleuses et travailleurs sont partout malmené·es. Le Guardian estimait à 6 500 le nombre d’ouvrières et ouvriers immigré·es mort·es sur les chantiers de la Coupe du Monde du Qatar, et en France le décès de Amara Dioumassy a été relié par la CGT à de « très nombreux manquements à la sécurité ». Il est tristement symbolique que cette mort au travail concerne un travailleur précaire affecté à l’assainissement de la Seine. Selon la mairie de Paris, « Les JO ont été un accélérateur extraordinaire » pour ce projet.
Dans son essai (In) volontaires aux JO (Textuel, 2025), la sociologue Maud Simonet propose une analyse critique du bénévolat lors des JOP de Paris. Pour elle, ces évènements sportifs sont le « stade suprême de l’institutionnalisation du travail gratuit », permettant de contourner massivement le droit du travail, alors que les 50 000 bénévoles avaient toutes les caractéristiques du salariat, notamment le rapport de subordination et le fait que bénévoles et salarié·es étaient affecté·es aux mêmes tâches. La « parenthèse enchantée des JO » a rendu inaudible les critiques portées par les syndicats contre ce déni de salariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La démocratie et les libertés publiques
au vestiaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;«Maintenant, c’est les JO» : c’est par cette phrase qu’Emmanuel Macron avait repoussé la nomination d’un Premier ministre, après la victoire du NFP aux législatives de juin. La trêve olympique est souvent instrumentalisée en interne pour faire taire les contestations et voix discordantes, et promouvoir le pouvoir en place. Dans le même temps, le militantisme anti-olympique s’organise à chaque fois, bien en amont de ces évènements.
Tous les moyens de la force publique sont mobilisés, et ce dès la candidature. C’est peu de dire que nos compatriotes alpins ne sont pas enthousiastes pour 2030. Faire taire la contestation passe aussi par le renforcement des techniques de surveillance et de dispositifs sécuritaires « d’exception », qui constituent autant d’effets cliquets par la suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le peuple tenu à l’écart&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contrôle accru de l’espace public a d’ailleurs tendance à écarter les catégories populaires d’évènements qui se veulent pourtant festifs et populaires. En amont des compétitions, de nombreuses catégories d’habitant·es, parmi les plus pauvres, sont expulsé·es et chassé·es, pour faire place aux infrastructures sportives et touristiques.
Une fois les lumières du monde braquées sur un autre évènement, des processus de gentrification empêchent les populations d’origine de retrouver leurs lieux de vie. Pour les autochtones, ces grandes compétitions riment avec une grande dépossession.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme, véritable meneur de jeu&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son ouvrage Célébration Capitalism and the Olympic Games (2013), Jules Boykoff, chercheur en science politique et ancien jouer de soccer, développe le concept de « capitalisme de célébration » (cebebration capitalism) pour expliquer le fonctionnement économique et politique des Jeux olympiques contemporains. Selon lui, les Jeux ne sont pas seulement un événement sportif : ils constituent un immense dispositif économique où l&amp;rsquo;État assume les coûts et les risques, tandis que les entreprises privées et les grandes organisations captent l&amp;rsquo;essentiel des bénéfices.
Boykoff s&amp;rsquo;inspire de la notion de « capitalisme du désastre » développée par Naomi Klein dans La Stratégie du choc (Actes Sud, 2008). Là où le capitalisme du désastre profite des chocs psychologiques issus de crises (guerres, catastrophes naturelles, crises économiques), le capitalisme de célébration profite des moments d&amp;rsquo;enthousiasme collectif.
Les Jeux olympiques créent une atmosphère d&amp;rsquo;euphorie qui facilite l&amp;rsquo;adoption de mesures exceptionnelles et de dépenses publiques massives qui seraient plus difficiles à justifier en temps normal : partenariats public-privé déséquilibrés, « état d&amp;rsquo;exception », commercialisation et marchandisation, le tout relayé par des médias dominants au diapason.
Pour revenir aux idéaux d’universalisme du sport, il est indispensable de renforcer le contrôle démocratique des populations sur ces grands évènements. À défaut, faire sans, et reprendre la main sur nos passions et divertissements ?
Des résistances s’organisent au sein même du sport business, à des plus petites échelles : en témoigne l’aventure des « socios » dans le club historique du FC Sochaux-Montbéliard. Un modèle économique dans lequel les supportrices et supporters ne sont pas de simples consommatrices et consommateurs, mais dans lequel elles et ils ont leur mot à dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Benoit Guyon, secrétaire général du Snes Besançon,
professeur de SES&lt;/p&gt;</description></item><item><title>300 numéros, plus de 50 années de militantisme</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/300/24-300-numeros/</link><pubDate>Wed, 08 Jul 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/300/24-300-numeros/</guid><description>&lt;p&gt;Pourquoi ce bulletin ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel fut le titre de l’édito du premier numéro d’« Unité et Action » daté d’octobre 1970. Les réponses proposées alors restent toujours d’actualité : « Les travailleurs expriment le droit à l’instruction et à la formation professionnelle pour leurs enfants et pour eux-mêmes ». Pour cela il convient de mener le débat « pour l’école publique laïque ». Un syndicalisme qui « doit situer son action dans la défense des intérêts matériels et moraux de ses adhérents », « tout en respectant la liberté de leurs opinions personnelles ». La FEN devait « remplir toutes ses obligations de partenaires des confédérations ouvrières » et être un « artisan résolu de l’union des forces de gauche ».
Unité et Action rappelle qu’elle s’oppose au principe des tendances, et vilipende l’hégémonie de la tendance « Indépendance et Démocratie » dès qu’elle devient majoritaire dans les syndicats comme dans la Fédération.
Cet éditorial signé par un comité de rédaction composé d’une quarantaine de responsables UA des syndicats de la FEN en dit long sur leur investissement dans le courant de pensée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de l’existence de ce bulletin sera régulièrement posée durant le demi-siècle qui va suivre.
Le 7 janvier 1987, Alfred Sorel, qui signe l’édito, s’interroge à l’occasion d’une nouvelle formule de la revue « Inutile de ruser, c’est l’angoisse… Allons-nous gagner l’intérêt et la confiance des 5 000 collègues à qui nous adressons ce premier numéro ? ». Et dans le numéro d’avril 1990, José Tovar prévient « Il nous faut gagner à l’abonnement les 1 000 lecteurs qui nous manquent… pour faire évoluer la revue vers plus de débats et de diversité ». Se prépare déjà le congrès de la FEN de 1991…
Même si aujourd&amp;rsquo;hui l&amp;rsquo;association UA-FSU est dans une situation économique équilibrée, la question de l’évolution de la revue reste posée.
Comment développer les contributions pour la revue, comment augmenter sa diffusion, envisager des supports numériques en plus de l’édition papier ?
Autant de questions qui sont au centre des préoccupations des responsables de la tendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un militantisme syndical,
des positions politiques&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Unité et Action porte résolument le double objectif de la défense des revendications immédiates et quotidiennes des agent·es, et de la lutte pour une transformation d&amp;rsquo;ensemble de la société, défini en 1906 par la CGT dans la Charte d’Amiens.
La publication traitera des questions de statuts et de traitements des enseignant·es, mais elle déclinera son projet éducatif pour les jeunes, comme dans son numéro spécial de novembre 1976. Dans le numéro de novembre 1972 cohabitent une présentation du projet éducatif du programme commun de gouvernement (PC, PS, MRG), un dossier sur la nécessité de « nationalisations démocratiques » et la présentation d’une « proposition de loi pour la titularisation ».
En 1974 Unité et Action s’engage pour que la FEN appuie « le programme commun parce qu’il répond aux revendications de ses adhérents » et précise « l’élection de François Mitterrand, candidat commun de la gauche, créerait les conditions d’application des réformes fondamentales prévues par le programme commun… ».
Le 25 mai 1981, Alfred Sorel débute son édito par « Notre revue et notre courant syndical… ont contribué à faire grandir la volonté de changement et à assurer la victoire de François Mitterrand, devenu candidat de toute la gauche… » alors que la Une titre : « Réussir le changement dans l’enseignement aussi ».
En mai 2012, la Une d’Enjeux-Unité et Action titre « Sarkozy battu : changer de paradigme ! ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd’hui, le rubricage s’est encore enrichi : Éducation, Écologie, Syndicalisme, Société, Économie politique, Fonction publique, Laïcité, Histoire et mémoire, Égalité/discriminations, Culture…
Et l’objectif reste de donner aux lecteurs et aux lectrices les outils revendicatifs afin d’améliorer leur situation personnelle et de contribuer à la transformation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Histoire de maquettes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La maquette d’une revue peut en dire beaucoup de la situation de la société d’édition et des messages que cherche à faire passer le comité de rédaction.
Le numéro 1 de la revue, d’octobre 1970, était en noir et blanc, sur deux colonnes, sans illustration.
Seul « UNITÉ et ACTION » apparaît vertical, en gras à gauche de la Une. Unité et Action était minoritaire à la FEN et l’important était d’exister, de développer, par le texte, un projet et, pour le bulletin, de ne pas coûter trop cher.
Rapidement une couleur est apparue, du bleu pour la Une, curieuse idée, puis, à partir du milieu des années soixante-dix des photos plutôt sur fond rouge.
Les années quatre-vingt voient arriver une revue en couleurs avec un logo UA stylisé, en S couché avec un gros point.
Début 90 le logo devient Unité Action en écriture manuscrite et c’est en 1993 que le logo intégrera les couleurs de la FSU, d’abord sous la forme d’un magnifique coloriage (dessiné par le fils d’un militant), puis dans le carré tel que nous le connaissons aujourd’hui. C’est également à partir de 1993 que le nom de la revue change, il passe d’Unité et Action à Enjeux-Unité Action. Les débats pour savoir si Enjeux devait être au pluriel ou au singulier résonnent encore dans nos murs.
Depuis 1987, Unité et Action a fait le choix de confier le montage PAO et la correction à des militant·es.
Nous les remercions ici, et ce choix n’est pas uniquement économique, il est lié à la volonté de garder une structure militante pour l’ensemble de la réalisation de la revue (excepté son impression), de la définition du chemin de fer jusqu’à la mise en page, en passant par la rédaction des articles, le choix des illustrations, la correction…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi la revue peut être un des outils de cohésion, de débat, et de propositions de la tendance Unité et Action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Cardon,
Thierry Reygades&lt;/p&gt;
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&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Loi-cadre intégrale : une urgence féministe, sociale et syndicale</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/300/26-loi-cadre/</link><pubDate>Tue, 07 Jul 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/300/26-loi-cadre/</guid><description>&lt;p&gt;La Coalition féministe et enfantiste, initiée par la Fondation des femmes et rassemblant plus de 130 associations, syndicats, ONG, organisations de protection de l’enfance, juristes et expertes, porte une loi-cadre intégrale contre les violences sexistes et sexuelles faites aux femmes et aux enfants. Fondée sur une approche globale, elle vise à agir sur l’ensemble du phénomène : prévention, protection des victimes, sanction des auteurs et réparation des préjudices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La proposition traite également des violences en ligne. Au-delà du cyberharcèlement, Internet abrite des communautés masculinistes et pédocriminelles où s’échangent des méthodes pour repérer, manipuler ou contraindre des femmes et des enfants. La lutte contre ces violences numériques constitue donc un volet essentiel de la loi-cadre.
Forte de l’expertise de terrain de ses membres, la Coalition a élaboré 140 propositions législatives, réglementaires et budgétaires. Soutenu par plus d’une centaine de parlementaires, le texte a été déposé le 25 novembre 2025. Son examen a pourtant été sans cesse reporté, faute de volonté politique. Il a fallu le meurtre de Lyhanna, 11 ans, pour que cette proposition revienne au cœur du débat public et que soit enfin reconnu l’échec des institutions à protéger les victimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des violences qui ne relèvent pas
du hasard&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les violences sexuelles s’inscrivent dans un continuum allant du sexisme ordinaire aux formes les plus graves : viols, incestes, exploitation sexuelle et féminicides.
Les stéréotypes de genre, la banalisation de la domination masculine, la mise en doute de la parole des victimes ou leur culpabilisation créent un environnement favorable aux violences et à leur impunité.
Les enfants sont particulièrement exposés en raison de leur dépendance aux adultes et de la difficulté à faire reconnaître leur parole, notamment lorsque les violences sont commises dans la famille ou dans des institutions censées les protéger.
Mais au-delà des représentations sociales, la persistance de ces violences résulte aussi d’un manque de volonté politique et de moyens.
Les associations féministes alertent depuis des années sur l’ampleur du phénomène.
Les travaux de la CIIVISE (Commission indépendante sur l&amp;rsquo;inceste et les violences sexuelles faites aux enfants) ont mis en lumière la gravité des violences faites aux enfants.
Les syndicats dénoncent régulièrement les violences sexistes et sexuelles au travail ainsi que l’affaiblissement des services publics chargés de protéger les victimes. Les professionnel·les de la protection de l’enfance et de la justice alertent eux aussi sur l’insuffisance chronique des moyens. Malgré ces constats, les revendications sont trop souvent repoussées ou ignorées.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Changer la logique de la prise
en charge des violences&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi-cadre intégrale propose de rompre avec les politiques fragmentées menées jusqu’à présent. Il ne s’agit plus seulement de réagir après les violences, mais d’agir sur les mécanismes sociaux, culturels, économiques et institutionnels qui les produisent.
Les violences faites aux femmes et aux enfants sont appréhendées comme une question de droits fondamentaux, d’égalité et de démocratie. Elles ne relèvent pas d’actes isolés mais d’un système de domination et de mécanismes structurels qui contribuent à leur reproduction et à leur invisibilisation.
Dotée des moyens nécessaires à sa mise en œuvre, estimés à 2,6 milliards d’euros par an, cette loi constituerait un levier majeur pour combattre durablement les violences sexistes et sexuelles.
Les mouvements féministes rappellent depuis longtemps que ces violences sont liées aux inégalités sociales et économiques. La précarité, la dégradation des services publics et l’affaiblissement des protections collectives maintiennent de nombreuses femmes dans des situations de dépendance qui les exposent davantage aux violences et compliquent les possibilités d’y échapper.
Dans le même temps, les plateformes numériques, guidées avant tout par des logiques de profit, sont devenues des espaces privilégiés de diffusion des violences sexistes et sexuelles. On y trouve des contenus pédocriminels, des réseaux d’exploitation sexuelle et des communautés organisant ou banalisant les violences. Cette réalité impose une régulation publique forte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;140 mesures pour protéger, former,
accompagner&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier axe du projet vise à instaurer une véritable politique publique coordonnée.
La Coalition demande un ministère des Droits des femmes doté d’une autorité interministérielle permettant d’articuler les actions de la Justice, de l’Intérieur, de l’Éducation, de la Santé, du Travail et des Solidarités. Des objectifs mesurables et une évaluation régulière doivent garantir la cohérence des politiques sur l’ensemble du territoire.
Le deuxième axe concerne les moyens financiers.
Les 2,6 milliards d’euros annuels réclamés permettraient de renforcer les associations spécialisées, les dispositifs d’accueil et d’hébergement, l’accompagnement psychologique des victimes et les moyens de la justice. Ce montant doit être rapporté au coût humain, social et économique des violences, évalué à 9,7 milliards d’euros par an.
La prévention constitue le troisième pilier.
La Coalition demande l’application effective des séances d’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle, ainsi que des actions régulières sur l’égalité, le consentement et la lutte contre les stéréotypes sexistes. Elle préconise également une formation obligatoire de l’ensemble des professionnel·les susceptibles d’être confrontés aux violences : enseignant·es, policier·es, magistrat·es, soignant·es, travailleur·euses sociaux·ales et personnels de protection de l’enfance.
Une attention particulière est portée aux enfants, avec un meilleur repérage des situations de danger, une prise en compte renforcée de l’inceste et un renforcement de la lutte contre les violences sexuelles commises sur mineur·es, y compris en ligne.
Le volet préventif doit devenir une priorité de l’action publique. Cela suppose des services publics dotés de personnels en nombre suffisant et bénéficiant d’une formation adaptée. Sans moyens humains et financiers, la prévention reste un simple affichage.
Le volet judiciaire occupe également une place centrale. Le projet prévoit la spécialisation de certains services de police, de gendarmerie et de justice, le recrutement de personnels formés, l’accès à l’aide juridictionnelle dès le dépôt de plainte et des délais contraints pour certains actes d’enquête. Il vise aussi à améliorer l’accueil et l’accompagnement des victimes tout au long de la procédure.
Enfin, la loi propose une prise en charge globale des victimes : remboursement intégral des soins liés aux psychotraumatismes, création de centres spécialisés accessibles 24 heures sur 24, meilleure protection au travail et renforcement des obligations des employeurs en matière de prévention et de traitement des violences sexuelles.
Face à l’ampleur des violences sexistes et sexuelles, l’inaction n’est plus une option. Les constats sont connus, les besoins identifiés et les solutions existent. Ce qui manque aujourd’hui, ce n’est pas l’expertise ni les propositions, mais la volonté politique de mettre en œuvre une politique publique à la hauteur des enjeux.
L’annonce faite le 23 juin par le Premier ministre Sébastien Lecornu de l’examen de la loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles à la rentrée constitue un premier point d’appui pour les mouvements féministes, les associations, les organisations de protection de l’enfance et les syndicats. Le texte doit être examiné en commission en septembre puis en séance à l’Assemblée nationale au début du mois d’octobre. Cette inscription à l’ordre du jour est le résultat des mobilisations menées depuis plusieurs années. Pour autant, rien n’est encore gagné : seule une mobilisation forte permettra d’empêcher un nouvel enlisement du texte, d’en préserver l’ambition et d’obtenir les moyens financiers indispensables à son application effective.
Pour Unité et Action, ce combat n’est pas une question sociétale secondaire mais une question sociale et syndicale majeure. Les violences sexistes et sexuelles participent au maintien des inégalités et des rapports de domination qui traversent la société comme le monde du travail. Nous devons donc porter l’exigence d’une politique ambitieuse de prévention, de protection et de réparation, défendre les moyens des services publics et faire de la lutte contre ces violences un enjeu central de l’action syndicale. Parce qu’il n’y aura ni égalité, ni émancipation, ni transformation sociale sans recul des violences faites aux femmes et aux enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La collective UA&lt;/p&gt;
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&lt;/p&gt;</description></item><item><title>UA contre l'extrême droite</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/300/28-ua/</link><pubDate>Mon, 06 Jul 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/300/28-ua/</guid><description>&lt;p&gt;La montée en puissance des extrêmes droites dans le monde et, plus particulièrement, en France est un vrai sujet de lutte syndicale pour la FSU et ce pour plusieurs raisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d’abord parce que les idées de l’extrême droite, et son projet réactionnaire, autoritaire et xénophobe sont profondément incompatibles avec les valeurs et pratiques du syndicalisme de transformation sociale que nous défendons. Les mesures prises contre les droits des femmes, des personnes LGBTQIA+ et les immigré·es dans l’Amérique trumpienne ou bien les premières mesures prises dans les mairies d’extrême droite pour restreindre les libertés publiques et instaurer la préférence nationale comme à Liévin l’ont amplement démontré, nous ne sommes pas dupes. Et l’extrême droite le sait bien ! Ainsi, les organisations syndicales sont bien souvent identifiées comme faisant partie des principaux opposants de l’extrême droite comme lors des attaques à l’encontre des responsables de la CGIL en Italie ou avec les mesures pour tenter de chasser les organisations syndicales de leurs locaux à Carcassonne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n’est pas la seule raison. En tant que fédération syndicale de la Fonction publique et des services publics, la FSU voit bien à quel point l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite ferait peser des menaces sur les personnels qu’elle représente et sur leurs droits. En effet, dans les mairies d’extrême droite, les représentant·es es des organisations syndicales font partie des premières cibles et les attaques visant à mettre au pas les personnels se multiplient, aboutissant parfois à des procédures disciplinaires, comme à Hénin-Beaumont où le maire Steeve Briois a prononcé l’exclusion, à titre d’exemple, de deux représentants du personnel municipal, contre l’avis de la commission disciplinaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-delà des droits des personnels, c’est aussi sur le cœur des métiers des fonctionnaires que pèsent les menaces. Que deviendrait le métier d’inspecteur ou inspectrice du travail sous un pouvoir d’extrême droite, relais d’une politique de préférence nationale, chargé·e d’identifier les travailleurs et travailleuses clandestin·es, non pour condamner éventuellement leur employeur / employeuse, mais pour les chasser du territoire ? Que dire des fonctions de directeur et directrice d’école quand le maire de Béziers Robert Ménard, alors que c’est illégal, avouait tenir des statistiques, sur des critères ethnico-religieux, sur les enfants qui fréquentent les écoles de sa commune ?
Quel enseignement des questions socialement vives dans nos établissements ? Quels choix politiques menés sur le financement de la recherche ?
Et les questions sont encore nombreuses…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les études menées sur l’électorat d’extrême droite montrent que les raisons de la montée du vote d’extrême droite sont multiples : colère sociale orientée vers des solutions racistes, recul, voire disparition, des services publics et fermeture des lieux de socialisation, sentiment d’abandon ou peur du déclassement.
En ce sens, le syndicalisme est certainement l’acteur du mouvement social qui a le plus de prises. Tout d’abord par l’importance de ses adhérent·es et de sa couverture géographique, sans comparaison avec les autres organisations du mouvement social, qu’elles soient politiques ou associatives. Mais aussi par sa capacité à canaliser les colères légitimes sur les questions sociales en refusant toute solution simpliste visant à désigner des boucs émissaires, et en organisant des luttes pour peser sur les choix politiques et améliorer concrètement les conditions de travail et de rémunération de nos collègues.
Enfin, de par notre audience sur les lieux de travail, nous sommes à même de former nos équipes militantes et de lutter pied à pied pour faire reculer les idées d’extrême droite, le sexisme, le racisme, les LGBTIphobies…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, pour Unité et Action, la lutte contre les idées d’extrême droite passe par un réel travail de terrain pour identifier les attaques et soutenir les personnels, convaincre sur la nécessaire transformation de la société mais aussi en parlant des questions de métiers et en mobilisant les collègues sur des aspects qui touchent à leur quotidien.
Loin de s’en tenir à de simples slogans ou à des appels aux politiques sans lendemain, il nous faut mener tous les aspects du syndicalisme de transformation sociale : lutter pour développer les services publics et mener les luttes pour gagner sur les salaires et les conditions de travail sans jamais lâcher face au racisme ou au sexisme.
Face aux enjeux de la période actuelle, la double besogne syndicale est plus que nécessaire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Élise Arnol (secteur Droits et Libertés de la
FSU-SNUipp), François Jandaud (SD FSU69),
Stéphane Tassel (SNESusp, SN FSU)&lt;/p&gt;
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&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Entretien avec Nathalie Tehio, présidente de la LDH</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/300/29-ldh/</link><pubDate>Sun, 05 Jul 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/300/29-ldh/</guid><description>&lt;p&gt;Nathalie Tehio est avocate au barreau de Paris, elle a été élue présidente de la LDH (Ligue des droits de l’Homme / droits humains) en mai 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : comment caractériser la menace de l’extrême droite aujourd’hui en France ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nathalie Tehio : le danger est déjà là, bien présent avec un vrai risque de prise du pouvoir en 2027. Leurs idées infusent de plus en plus dans la société, notamment par l’intermédiaire de magnats qui possèdent des médias de masse comme Bolloré, et qui mènent une véritable bataille culturelle (avec Stérin par exemple) pour que la population soit davantage réceptive aux discours et concepts d’extrême droite.
Leur projet est fondé sur l’exclusion. Une exclusion progressive, en ciblant d’abord prioritairement les migrant·es sans papiers, puis les résident·es étranger·es, puis les français·es disposant d’une double nationalité et ainsi de suite… dans une vision d’ensemble fondamentalement xénophobe et raciste.
Ces idées contaminent de plus en plus les milieux de décision et la loi Darmanin (réformant le code des étrangers Ceseda), comme les attaques actuelles excluant les étudiant·es étranger·es des allocations logement, le démontrent.
Une ancienne membre du Conseil constitutionnel, un ancien secrétaire général de cette institution républicaine participent à des attaques frontales contre l’État de droit. Tout ceci est très dangereux.
Si l’extrême droite gagne les présidentielles, puis les législatives, ils tenteront de modifier dans leur sens l’architecture institutionnelle ; par exemple elle pourrait sortir de conventions internationales, telle la CEDH qui interdit le rétablissement de la peine de mort, ou défend la liberté de manifestation, et elle pourrait faire passer par référendum la préférence nationale, ce que pourtant l’article 11 de la Constitution ne permet pas en théorie. Tout serait à craindre pour les droits des femmes, des personnes LGBTI+, ou pour la protection de l’environnement…
Si la catastrophe devait arriver, on se battra bien sûr. D’ailleurs, le peuple italien vient de dire non à un référendum qui remettait en cause l’indépendance de la justice et que soutenait la première ministre d’extrême droite Melloni. En Hongrie, la Pride a été un beau succès de mobilisation et Orban a été battu.
Mais il faut se battre avant, pour éviter l’arrivée au pouvoir et également pour contrer les textes liberticides qui aggravent la situation. Localement, les mesures prises par les nouvelles municipalités d’extrême droite s’inscrivent dans les pratiques des plus anciennes mairies : comme précédemment à Hénin-Beaumont, les nouveaux et nouvelles maires RN suppriment les subventions aux associations qui leur déplaisent, à commencer par la LDH, mais aussi les syndicats. Ces derniers sont chassés de leurs locaux comme à Carcassonne, les journalistes de presse indépendants deviennent persona non grata…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : quelle est la place de la LDH dans l’organisation de la lutte contre l’extrême droite ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nathalie Tehio : nous participons à plusieurs initiatives en ce sens. Par exemple, avec la « société civile », nous avons initié une Coordination de défense de l’État de droit. Nous rencontrons tous les partis de l’arc républicain, donc hors RN ou Reconquête.
Il est intéressant de noter que, outre la Gauche, des personnalités libérales au sens économique affirment désormais leur inquiétude devant le recul possible de la démocratie en France, en cas de victoire de l’extrême droite en 2027 et restent attachées au libéralisme politique. La LDH a également récemment initié une tribune sur le danger de laisser au seul exécutif le droit de procéder à des nominations à des fonctions importantes au sein de l’État.
Plus localement, la LDH participe à l’initiative « 1 001 territoires pour la fraternité » afin de développer une vision positive de la société. Nous dialoguons avec des parlementaires via la Digue con-tre l’extrême droite, et nous sommes membres de l’ONED (Observatoire national de l’extrême droite).
Surtout, nous sommes en permanence en lien avec des syndicats, dont la FSU et cette interaction est essentielle et précieuse pour cette résistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : comment se porte la LDH, plus de 100 ans après sa naissance, lors de l’Affaire Dreyfus ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nathalie Tehio : la LDH se porte plutôt bien ! Nous comptons plus de 11 000 membres et nous venons d’avoir un beau Congrès qui affirme la priorité de l’action contre l’extrême droite et la nécessité de défendre l’État de droit.
Nous refusons toutes formes de résignation face à la montée de l’extrême droite. Elle n’a rien d’inéluctable comme le montrent les exemples hongrois ou polonais. Nous avons déjà participé à déjouer ensemble les sondages en 2024. Rien n’est jamais écrit à l’avance.&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Partages de parcours avec Unité et Action</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/300/30-partage/</link><pubDate>Sat, 04 Jul 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/300/30-partage/</guid><description>&lt;p&gt;A l&amp;rsquo;occasion de ce numéro 300, l&amp;rsquo;équipe de rédaction d&amp;rsquo;Enjeux a décidé de donner la parole à quelques camarades militantes et militants, engagé·es auprès d&amp;rsquo;Unité et Action, pour qu&amp;rsquo;ils et elles nous racontent leur choix, leur relation à la tendance, leur parcours et, finalement, leur attachement à la tendance.
Voici leur témoignage&amp;hellip;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mathilde Marnière, SD FSU 27&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Militante à la FSU au sein de la FSU-SNUipp depuis ma première année de carrière, Unité et Action s’est imposée à moi naturellement, cherchant à représenter la profession, à porter des revendications partagées par tous et toutes et à les défendre par des modalités d’action reprises et amplifiées par nos collègues.
Discussions, échanges vifs et animés me bousculent positivement dans mes pratiques et mon militantisme. C’est ce qui me nourrit chaque jour au sein d’UA pour porter un syndicalisme offensif et revendicatif fort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Céline Pella, SD FSU 44&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la rentrée scolaire 2001, je milite en Loire Atlantique : d’abord au SNES-FSU, puis à la FSU 44, dont je partage aujourd&amp;rsquo;hui le co-secrétariat avec un militant d’École Émancipée. Deux rencontres décisives m’ont ouvert les portes du syndicalisme et m’ont conduite, assez naturellement, vers la tendance Unité et Action.
La première a été celle de la section syndicale du lycée La Colinière, où j&amp;rsquo;étais stagiaire. Une section très active, accueillante, respectueuse des avis des personnes présentes et soucieuse d&amp;rsquo;informer et de débattre, de construire collectivement les réponses locales, les interventions, les actions&amp;hellip; Ce collectif ouvert et unitaire, animé par des militant·es Unité et Action, a été tellement riche et accueillant pour moi que l&amp;rsquo;adhésion au SNES-FSU est devenue évidente.
Ma deuxième rencontre, l&amp;rsquo;année suivante, a été celle de Pierre et Dominique, venus animer une heure d’information syndicale dans mon lycée au moment des mutations intra. Leurs explications m&amp;rsquo;ont été indispensables pour faire correctement mes vœux.
Leur discours syndical, qui défendait tous les personnels dans le respect des règles, ancré dans une vision politique, m&amp;rsquo;a séduite. Ils m&amp;rsquo;ont proposé de venir travailler avec eux au sein de la section départementale et j&amp;rsquo;ai franchi le pas.
Je ne savais pas trop où je m&amp;rsquo;engageais, mais je n&amp;rsquo;ai jamais regretté ce geste, car je n&amp;rsquo;ai jamais arrêté le militantisme syndical depuis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Solen Marche, SD FSU 23&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis syndiquée à la FSU-SNUipp depuis mon entrée dans le métier de professeure des écoles.
Lorsque j’ai commencé à siéger, en tant que militante, en Conseil National, puis aux congrès, j’ai découvert l’importance et l’intérêt des tendances, leurs rôles et leurs différences.
Ce qui est important pour moi, c’est d’être au plus près des préoccupations du terrain et de construire, avec les professions, des revendications dans lesquelles chaque personnel peut se reconnaître afin qu’elles puissent être portées collectivement : c’est la recherche de l’unité.
Ensuite, vient le temps de l’action. Cette action, si elle est portée de façon unitaire par la plus grande majorité possible des personnels, a plus de chance d’être victorieuse. Et comme la capacité d’agir de notre fédération dépend de notre taux de syndicalisation, cette question doit être au cœur de nos préoccupations militantes quotidiennes.
C’est ce que porte UA&amp;amp;ST, la tendance que j’ai choisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nina Palacio,
secrétaire nationale de la
FSU-SNUipp&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J&amp;rsquo;ai longtemps hésité à m&amp;rsquo;étiqueter dans une tendance de la FSU parce que j&amp;rsquo;avais été choquée par l&amp;rsquo;attitude de certains militants réduisant les prises de parole et les propositions de camarades à la seule appartenance tendancielle, une violence symbolique qui m&amp;rsquo;avait rebutée. Pourtant, mes expériences locales puis nationales m&amp;rsquo;ont fait changer de regard : j&amp;rsquo;ai découvert que les tendances constituent une richesse, de véritables laboratoires de pensée où s&amp;rsquo;élaborent des analyses diversifiées.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si j&amp;rsquo;ai choisi Unité et Action, c&amp;rsquo;est par conviction que cette diversité nourrit le débat. Et au final, j&amp;rsquo;ai développé un attachement profond à la synthèse. C&amp;rsquo;est là, dans cet exercice intellectuel exigeant et audacieux que réside la véritable force du syndicalisme de la FSU : construire ensemble, au-delà des différences, une parole commune et transformative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Valérie Poyet, co-sd FSU 68
(groupe d&amp;rsquo;animation UA FSU)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme beaucoup de syndiquées, ma prise de conscience des tendances ne s’est pas faite tout de suite. D’autant plus que dans ma section, personne ne parlait jamais des tendances et c’était un choix assumé. A sa création, les camarades en responsabilité avaient décidé qu’il n’y aurait pas de débat de tendance car l’urgence était ailleurs, fonder la section du Haut-Rhin. Ce statu quo a perduré très longtemps.
A mon arrivée en 2010, il n’a jamais été question des tendances ou d’un quelconque positionnement. C’est à l’arrivée de mes premières élections internes au SNUipp que le questionnement est arrivé. Il fallait se positionner et j’ai commencé à m’y intéresser.
Je crois que ce qui m’a frappé tout de suite, c’était l’importance pour la tendance Unité et Action de porter la parole du terrain. Tout au long de mes premières années de néo militante, j’avais à cœur de rencontrer les collègues pour construire avec elles et eux notre position, et ainsi les défendre en instance au plus proche de leurs revendications.
C’est pour moi ce qui a toujours fait sens dans mon militantisme et dans mon appartenance à UA.
Rachel Schneider,
secrétaire nationale de la
FSU-SNUipp, secteur éducatif
(groupe d&amp;rsquo;animation UA FSU)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi « Unité et Action » ?
Mes débuts en tant qu’enseignante en Seine-Saint-Denis m’ont bien aidée à choisir la tendance qui était très largement majoritaire dans ce département… J’ai ainsi été formée et encouragée par des camarades ancrés dans leur métier et dans leur identité professionnelle autant que dans leurs valeurs et leur acharnement à faire avancer l’égalité réelle. Je crois qu’au début, ma participation au conseil syndical m’était simplement nécessaire pour supporter l’étendue de la misère vécue par des familles et des élèves, par la violence des inégalités visibles depuis l’école.
Mais très vite, l’exigence de construire les mobilisations nécessaires les plus massives possibles avec nos collègues, le fait de ne jamais tricher dans les débats même quand les situations étaient décourageantes, la conscience du temps long de nos combats m’ont fait vivre la réalité de plein pied, avec tou·tes mes camarades, et particulièrement celles et ceux de la tendance Unité et Action, qui m’a fait grandir !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thierry Quétu,
CFR Hauts-de-France
(Groupe d&amp;rsquo;animation UA FSU)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis syndiqué au SNES-FSU très vite après mon arrivée dans l’Education nationale, J’ai été responsable de la section SNES-FSU dans mon lycée avant de prendre des responsabilités au niveau académique au SNES-FSU puis régional à la FSU. Au départ, j’étais dans la tendance Unité Action, la question ne se posait pas car les autres tendances n’étaient pas représentées dans mon lycée. Quand j’ai participé aux instances académiques et aux congrès du SNES-FSU, ce que portait Unité et Action était en accord avec mes convictions.
Par la suite, notre positionnement sur un syndicalisme de lutte et de transformation sociale à vocation majoritaire a pris tout son sens lors des différentes mobilisations comme celles de 2003. Discuter avec les collègues, les militant·es, écouter leurs attentes, définir ensemble des actions au sein de mon lycée et les porter au niveau départemental et académique en accord avec notre vision de l’Éducation et au-delà des services publics, c’est ma vision de ma tendance, de mon syndicat, de ma fédération. Un autre apport de la tendance UA FSU, c’est aussi le travail de remue-méninges s’appuyant sur un travail de recherche et sur des militant·es impliqué·es dans de nombreuses questions autant sociétales que liées à mon métier d’enseignant.&lt;/p&gt;
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&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Quand les poètes refusent de plier</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/300/32-poete/</link><pubDate>Fri, 03 Jul 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/300/32-poete/</guid><description>&lt;p&gt;La nuit n’est jamais complète
Aurélien Vandal
Édition Vuibert&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le poète allemand Hölderlin, en 1800, s’interrogeait déjà :  « A quoi bon les poètes en temps de détresse ? »
Ce livre ne prétend pas répondre à la question, mais il apparaît que la poésie n’est pas une simple recherche esthétique mais souvent un cri et qu’« à chaque effondrement des preuves le poète répond par une salve d’avenir ». (René Char)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’auteur présente ainsi huit poétesses et poètes : Sophia de Mello Breyner Andresen (1919-2004), Claude Cahun (1894-1954), Aimé Césaire (1913-2008), Mahmoud Darwich (1941-2008), Robert Desnos (1900-1945), Paul Éluard (1895-1952), Vladimir Maïakovski (1893-1930), Madeleine Riffaud (1924-2024).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A chaque portrait répond une sélection de poèmes, l’occasion de retrouver des textes connus et d’en découvrir d’autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi qui connaît Sophia de Mello Breyner Andresen ?
Pourtant, pour tou·tes les Portugais·es, elle est une des plus grands poètes du 20e siècle. Voici, par exemple, comment elle célèbre le 25 avril, « La Révolution des Œillets » :
« Voici l’autre que j’ai tant attendu
Le jour initial entier et pur
Où nous émergeons de la nuit et du silence
Et libres nous habitons la substance du temps ».
(O nome das coisas, 1977)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait l’engagement de toute une vie de Madeleine Riffaud : résistante contre les crimes nazis, résistante contre les crimes coloniaux français notamment au Vietnam et en Algérie… mais aussi, à 98 ans, engagement contre la dégradation de l’hôpital public et contre la montée de l’extrême droite, peu de temps avant sa mort en 2024. On connaît aussi la journaliste.
Ce que l’on sait moins, c’est qu’elle n’a jamais cessé d’écrire, des poèmes surtout.
Désert « Quand le chemin mène au désert
Ne nie pas le désert
Pas à pas
Invente la piste
Désert
Terre d’Oasis » (Cheval rouge, 1973)
Tous les poètes retenus méritent l’attention et suscitent l’émotion. Terminons par Mahmoud Darwich qui met en garde : la poésie et la littérature sont « un jeu dangereux (qui) pourrait pousser les gens à trouver une compensation à l’absence ».
Mais il ajoute : « L’occupant s’attend à ce que nous ne parlions que de notre souffrance. (…) Écrire un poème d’amour sous l’occupation est une forme de résistance ».
« Et nous écrivons nos noms, pierre par pierre.
Toi l’éclair, éclaircis pour nous la nuit,
éclaircis donc un peu ». (&amp;hellip;)
« Nous aussi, nous aimons la vie quand nous
en avons les moyens »…
(La Terre est étroite et autres poèmes, 2000).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la lecture des textes, on éprouve la force de la poésie et l’espoir qu’elle porte, espoir lucide en dehors de toute naïveté.
Car, à l’évidence, la poésie, seule, ne sauvera rien : Palestiniennes et Palestiniens continuent d’être exterminé·es…
Mais, dans cet exemple, il est clair que la politique israélienne vise à effacer toute trace de vie et d’histoires palestiniennes : la poésie de Darwich a permis (permet) de faire entendre la voix du peuple palestinien, une voix dans laquelle celui-ci s’entend aussi tout entier.
La poésie se doit de secouer le monde.
Ce ne doit pas être un espace élitiste, mais une parole vivante, un espace de communication singulier, parmi d’autres, et irremplaçable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marylène Cahouet&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
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