<?xml version="1.0" encoding="utf-8" standalone="yes"?><rss version="2.0" xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"><channel><title>Enjeux 301 | ENJEUX</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/numeros/enjeux-301/</link><atom:link href="https://enjeux.unite-action.fr/numeros/enjeux-301/index.xml" rel="self" type="application/rss+xml"/><description>Enjeux 301</description><generator>Hugo Blox Builder (https://hugoblox.com)</generator><language>fr-FR</language><lastBuildDate>Fri, 25 Sep 2026 09:00:00 +0000</lastBuildDate><item><title>Une rentrée de luttes !</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/301/02-une-rentree-de-luttes/</link><pubDate>Fri, 25 Sep 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/301/02-une-rentree-de-luttes/</guid><description>&lt;p&gt;En cette rentrée 2026, Unité et Action souhaite avant tout exprimer sa profonde solidarité avec l’ensemble des agent·es des services publics qui se sont engagé·es tout l’été au service des populations victimes des conséquences du réchauffement climatique. Exprimer toute notre solidarité également aux camarades et collègues qui ont été victimes des trop nombreuses catastrophes qui ont marqué cette saison à la fois historique et qui risque de n’être qu’un avertissement, si la nécessaire transition écologique reste lettre morte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette rentrée marque le début d’une année de luttes et de militantisme qui sera déterminante pour l’avenir de notre syndicalisme, des services publics et de la démocratie.
Unité et Action entend bien prendre toute sa part dans ces combats, en mobilisant dans les luttes sociales dès le mois de septembre : pour une loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles ; dans l’enseignement supérieur et les marches pour le climat et bien sûr le 29 septembre dans l’ensemble de la Fonction Publique. Bien évidemment, les mobilisations devront se poursuivre au-delà pour mettre en échec le nouveau budget d’austérité que prépare le gouvernement.
Toutes ces mobilisations et la campagne des élections professionnelles doivent permettre à la FSU de reprendre la première place dans la fonction publique d’État et de conserver et renforcer sa représentativité acquise dans la Territoriale. Dans le contexte politique actuel, un renforcement de la FSU, conjugué aux mobilisations sociales, permettra de peser plus fortement sur le débat public, de mettre en avant la question sociale et des services publics et au final de faire reculer l’extrême droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette année encore, Unité et Action continuera à organiser des séminaires nationaux et locaux afin de développer la pensée et la culture Unité et Action. En raison des élections professionnelles, nous avons fait le choix d’organiser un premier séminaire national le jeudi 7 janvier 2027 et un second le 24 juin 2027.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une chose est certaine, toute l’équipe d’animation d’Unité et Action est prête et déterminée pour affronter les enjeux cruciaux de cette fin d’année 2026 et de l’année 2027.
Nous souhaitons une bonne reprise à toutes et tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rachel Schneider, Emmanuel Mercier,
Valérie Poyet et Thierry Quétu&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette année encore, la FSU était présente à la fête de l’Humanité les 11, 12 et 13 septembre. Les camarades de l&amp;rsquo;Île-de-France et en particulier de la SD de l’Essonne se sont une fois de plus mobilisé·es pour permettre à la FSU d’y être présente et d’organiser plusieurs débats sur le stand.
Un grand merci à elles et eux !&lt;/p&gt;</description></item><item><title>De Ceuta aux forêts qui brûlent</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/301/03-edito/</link><pubDate>Thu, 24 Sep 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/301/03-edito/</guid><description>&lt;p&gt;Quoi de commun entre des milliers de jeunes garçons et filles qui forcent la frontière espagnole de la minuscule enclave de Ceuta et les feux qui ont ravagé tant de milliers d’hectares en France comme dans toute l’Europe et une grande partie de l’hémisphère nord ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sentiment du monde qui tremble sur ses bases, d’un monde qui devient fou, d’un monde qui ne dégage plus aucune certitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une évidence toutefois s’impose : le désespoir des un·es et le dérèglement climatique ont la même origine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celle d’un capitalisme qui depuis presque maintenant un demi-siècle a repris la main, sa marche en avant dans la quête sans fin du profit, au profit d’inégalités de développement croissantes et de déprédations sans précédent sur le patrimoine commun que constitue la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’irresponsabilité, voire la complicité, des gouvernements libéraux face à ces phénomènes qui n’ont rien de naturel nourrissent la tentation du repli, du chacun pour soi, de la peur de l’Autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais rien n’est joué. Les peuples ne se laissent pas faire. Et là où ils le peuvent, ils continuent à se mobiliser pour défendre les libertés, les droits sociaux, l’égalité et la dignité de chacun·e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La misère n’a rien d’irrémédiable, la transition climatique peut être canalisée, et le fascisme combattu et vaincu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme à chaque fois dans son histoire, le syndicalisme français de lutte et de transformation sociale sera fidèle au rendez-vous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Benoit Hubert,
Nina Palacio&lt;/p&gt;
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&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Plus que jamais, porter l'intérêt général</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/301/04-actu/</link><pubDate>Wed, 23 Sep 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/301/04-actu/</guid><description>&lt;p&gt;Malgré les catastrophes de l’été liées au dérèglement climatique, les milliers de personnes mortes et disparues au Népal rappellent que ce sont bien les pays les moins responsables des émissions de GES qui en subissent les plus lourdes conséquences.
En Palestine, la situation s’est encore dégradée, avec la poursuite de massacres, en Cisjordanie et à Gaza. Des appels au meurtre du ministre Ben Gvir à l’encouragement aux exactions envers les palestien·nes, le gouvernement et l’armée israélienne vont encore plus loin dans la négation du droit international. Cette surenchère, qui n’épargne pas les enfants, se poursuivra au moins jusqu’aux législatives israéliennes d’octobre. Les gouvernements français et européens doivent décider des sanctions nécessaires pour stopper gouvernement et colons responsables de crimes.
En Iran, le conflit évolue au rythme des changements de position et de stratégie des États-Unis, dont la dernière folie est de s’approprier le détroit d’Ormuz. Provoqué par les États-Unis et Israël, ce conflit a des répercussions économiques et sociales partout dans le monde. Pendant ce temps l’Ukraine subit des bombardements russes de plus en plus meurtriers.
En Europe cet été, la droite et l’extrême droite ont utilisé le désespoir de milliers de Marocain·es qui tentaient de rejoindre l’Espagne dans l’enclave de Ceuta pour dénoncer une « invasion migratoire » et accuser l’Espagne d’avoir favorisé cette situation en régularisant des sans-papiers. Plutôt que d’affirmer sa solidarité avec l’Espagne, le gouvernement français a quant à lui emboîté le pas du RN en annonçant déployer des forces de police à la frontière franco-espagnole, alors que la crise se déroulait de l’autre côté de la Méditerranée.
Pendant ce temps en France, plusieurs projets ou propositions de lois ont été adoptés reprenant les thèses de l’extrême droite, parmi eux la loi sur la présomption de légitime défense, la loi d’urgence agricole ou encore la loi RIPOST. Elles participent à la remise en cause de principes et valeurs morales fondamentales mais aussi de connaissances scientifiques.
L’été caniculaire que nous venons de connaître semble cependant accélérer une prise de conscience des conséquences du changement climatique, au point que même l’extrême droite affirme n’avoir jamais nié dérèglement et danger. Et ce sont bien les services publics qui ont été en première ligne : services d’incendie et de secours, mais aussi collectivités locales, services de l’État, services hospitaliers, tous soumis à un état de tension considérable. Les conséquences des choix politiques opérés par le gouvernement et par les députés du bloc central à l’extrême droite, s’agissant des moyens financiers, matériels ou humain, ont éclaté au grand jour. Outre l’adaptation, c’est bien de transformation écologique dont il faut parler. Et pour cela, les services publics sont incontournables : seul le service public pourra garantir l’intérêt général contre les intérêts particuliers.
Obstinément, le gouvernement refuse de prendre la mesure de la situation. Le premier ministre envisage non seulement une nouvelle cure d’austérité pour 2027, mais entend imposer 125 milliards d’euros d’économies budgétaires d’ici à 2032, soit 25 milliards par an. S’il renonce finalement à doubler les franchises médicales, l’austérité concernera avant tout les plus fragiles et les malades. Les retraité·es sont également dans le collimateur avec un gel des pensions annoncé.
La FSU, pleinement engagée pour réussir la journée du 29 septembre, sait bien que c’est la mise en mouvement des agent·es, et plus largement de tou·tes les salarié·es, qui peut peser dans le débat budgétaire, et représenter le meilleur apport à la préparation des présidentielles du printemps 2027. Alors même que les candidat·es jouent à « qui dit mieux » au sujet des salaires des enseignant·es, la FSU continue à porter les priorités sociales, économiques et écologiques, dans les mobilisations comme dans la préparation des élections professionnelles.
Dans cette période ou la démocratie est fragilisée, ces élections professionnelles représentent un enjeu fondamental, qui justifie que nous nous y engagions pleinement. La FSU, avec tout ce qu’elle porte, pèsera d’autant plus dans les échéances politiques que nous aurons réussi à démontrer, à l’occasion des élections professionnelles de décembre, que les agent·es exigent de véritables ruptures en matière de politique salariale, de conditions de travail et de services publics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rachel Schneider, Emmanuel Mercier,
Valérie Poyet et Thierry Quétu&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Le syndicalisme français face aux défis de 2027</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/301/05-dossier/</link><pubDate>Tue, 22 Sep 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/301/05-dossier/</guid><description>&lt;p&gt;Le syndicalisme français, en cette rentrée sociale et scolaire, plus que jamais doit assumer de lourdes responsabilités.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D’abord dans son champ de responsabilité propre, celui de la défense des intérêts matériels et moraux du salariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Frappé comme l’ensemble de la population par l’emballement du réchauffement climatique né à la fois d’une exploitation aveugle des ressources minières par un capitalisme par nature cupide et de l’absence de volonté politique à y faire face, le monde du travail est par ailleurs, largement du reste pour les mêmes raisons, touché par une inflation qui ronge les salaires et les pensions, dans le privé par de vastes plans de licenciements, dans le public par les conséquences de la politique libérale du gel des recrutements ainsi que du point d’indice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est pourquoi la grève du 29 septembre dans la fonction publique sera un signe fort de la colère qui monte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est pourquoi aussi les élections professionnelles de fin d’année seront une occasion de renforcer encore le rôle du syndicalisme de combat et de proposition que représente notamment la FSU dans ses champs de syndicalisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais par ailleurs, alors que le monde politique de Gauche semble pour le moment, à quelques mois des élections présidentielles, privilégier la division à l’unité face à la menace sans cesse grandissante de l’extrême droite, le syndicalisme, lui, sait surmonter ses pourtant réelles divergences, pour dialoguer, alerter et mobiliser face au péril brun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce dossier, les secrétaires générales Caroline Chevé pour la FSU et Sophie Binet pour la CGT dialoguent sur la situation politique et sociale, ainsi que sur les perspectives engendrées par la démarche de « maison commune », le sociologue Karel Yon fait le point sur les enjeux syndicaux des prochains mois, enfin Thomas Coutrot évoque le travail de rapprochement entre organisations syndicales et salariat via une réflexion sur l’exercice et le sens du travail, dans l’entreprise ou le service.&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Dialogue entre Caroline Chevé et Sophie Binet</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/301/06-dialoque-caroline-sophie/</link><pubDate>Mon, 21 Sep 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/301/06-dialoque-caroline-sophie/</guid><description>&lt;p&gt;Depuis longtemps, FSU et CGT partagent nombre de luttes et d&amp;rsquo;analyses. Plus récemment, elles ont décidé un processus commun, validé par leurs congrès respectifs, en vue de construire progressivement, dans le respect de l&amp;rsquo;identité de l&amp;rsquo;autre, une démarche de construction d&amp;rsquo;une &amp;ldquo;maison commune&amp;rdquo;. Caroline Chevé, secrétaire générale de la FSU, et Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, ont accepté de dialoguer dans Enjeux, sur la situation économique, sociale et politique du pays, et sur les perspectives ouvertes par la &amp;ldquo;maison commune&amp;rdquo;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : 2027 peut être une année de bascule vers l&amp;rsquo;extrême droite au pouvoir, pour la première fois depuis Vichy : quelles conséquences pour le salariat ? Les droits et conquêtes du monde du travail ? Le syndicalisme ? Quelle stratégie et quelle méthode pour l’éviter ? Jusqu&amp;rsquo;où participer à un front du refus ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Caroline Chevé : pour la Fonction publique, l’extrême droite est porteuse d’une vision autoritaire du statut, et d’un périmètre restreint aux fonctions régaliennes.
Le fonctionnaire doit exécuter les ordres et se taire. C’était d’ailleurs l’esprit du premier « statut » sous le régime de Vichy, qui exigeait plus encore que l’obéissance aux ordres, l’allégeance au régime et à sa volonté de refondre les institutions pour les conformer à son projet fasciste. Le contraire du fonctionnaire citoyen tel qu’il est défini par le statut rédigé en 1946, puis réaffirmé par les lois de 1983-84 et 1986, qui possède des droits, peut exprimer des désaccords issus de sa réflexion et de sa pratique du métier, au plus grand bénéfice des usager·es. Pour l’extrême droite, l’idée même de contestation est insupportable, c’est pourquoi quand elle arrive au pouvoir elle s’en prend toujours aux syndicats, qui incarnent l’idée de contre-pouvoir.
L’extrême droite est hostile à l’idée même de service public, dont la finalité est d’assurer l’égalité et l’accès aux droits de toutes et tous. Elle défend la privatisation de pans entiers des missions assurées par les services publics. Elle instrumentalise depuis des années le principe de laïcité pour cibler des populations particulières, notamment musulmanes, mais elle est favorable à l’école privée confessionnelle. Et bien sûr son projet de « priorité nationale » est abject et contraire à tous les principes qui fondent la République.
C’est pourquoi la FSU est déterminée à empêcher son arrivée au pouvoir. Alors qu’une part croissante des agent·es se montre sensible aux idées d’extrême droite, il faut redonner de l’espoir, notamment dans l’action collective et la mobilisation, mais aussi imposer les sujets qui les préoccupent vraiment : les salaires, la protection sociale, les services publics.
Il faut marginaliser les idées d’extrême droite dans le débat, et aussi combattre pied à pied le racisme. La FSU prendra ses responsabilités le cas échéant, comme elle l’a toujours fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sophie Binet : le fait qu’en Allemagne, l’AFD, parti néo-nazi finisse en tête en Saxe-Anhalt est une alerte supplémentaire. Il est minuit moins une. L’internationale réactionnaire et une partie du capital s’organisent pour porter l’extrême droite au pouvoir dans un maximum de pays. Mais comme nous l’avons montré en 2024 lors des élections législatives, la mobilisation citoyenne et syndicale peut faire dérailler ce scénario. Il nous reste 9 mois. La stratégie de la CGT repose sur 6 aspects.
1- Saturer le débat sur les questions sociales et multiplier les mobilisations pour imposer nos thèmes dans le débat.
2- Ne surtout pas se limiter à la colère, qui est aujourd’hui trop souvent captée par l’extrême droite, mais porter, plus encore que d’habitude, nos propositions. Par exemple, certain·es fonctionnaires peuvent être tenté·es par les discours d’extrême droite qui dénoncent le déclassement des services publics, la baisse du niveau scolaire, la montée des incivilités…
Ce sont les propositions qui permettent de démasquer son imposture sociale : Marine Le Pen a annoncé 150 Md de coupes dans les dépenses publiques, une cure d’austérité inédite. Quels services publics va-t-elle privatiser ? Combien de postes va-t-elle supprimer ? À l’inverse, pour sortir les services publics de leur paupérisation, nous proposons un plan d’investissement massif pour préparer l’avenir, financé par un choc de justice fiscale.
3- Renforcer notre travail de proximité, faire notre travail syndical quotidien, et aller au débat avec les travailleurs et les travailleuses, montrer que l’action collective paye en multipliant et valorisant nos victoires.
4- Combattre le racisme et l’antisémitisme avec in-transigeance, sur les lieux de travail comme dans nos rangs.
5- Développer des alliances larges, d’un point de vue syndical, mais aussi avec la société civile. Nous continuerons à interpeller les forces politiques et à dire que face à l’extrême droite, nous avons besoin d’unité, au plan syndical, mais aussi au plan politique !
Enfin, il nous faut continuer à marteler que le RN ne sera jamais un parti comme les autres, que l’extrême droite ne doit jamais être mise dos à dos avec aucune autre force politique.
Le RN n’a pas changé. Marine Le Pen l’a rappelé, si elle est élue, elle engagera immédiatement une réforme constitutionnelle pour supprimer le droit du sol et instaurer la préférence nationale, c’est-à-dire une xénophobie d’État, un apartheid, permettant d’exclure les étranger·es et les binationaux et binationales de certains droits (logement, prestations sociales…).
C’est une rupture avec tous nos principes fondamentaux. De même, l’extrême droite s’attaque aux contre-pouvoirs, justice, presse, syndicats, libertés universitaires et à la séparation des pouvoirs, pilier indispensable de la démocratie. L’extrême droite c’est la fin de l’État de droit, c’est l’arbitraire et la corruption à tous les étages. C’est aussi la légalisation de la violence raciste, xénophobe, homophobe ou sexiste. C’est la raison pour laquelle la CGT, comme la FSU ont toujours pris leurs responsabilités. Il va falloir se battre pour que le patronat et la droite fassent de même !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : comment caractériser l&amp;rsquo;état économique, social et politique du pays ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sophie Binet : la politique de l’offre d’Emmanuel Macron est un naufrage. Les cadeaux aux grandes entreprises et aux plus riches ont vidé les caisses et la dette n’a jamais été aussi élevée. Alors que les prix explosent, les salaires n’ont toujours pas retrouvé leur niveau de 2020. Pour les fonctionnaires, le pouvoir d’achat a même baissé de 15% depuis 10 ans. Les licenciements se multiplient, le déficit commercial atteint des sommets et nous sommes au bord de la récession.
Les inégalités atteignent des records. Il n’y a jamais eu autant de milliardaires en France… ni de pauvres…
Nous vivons un déclassement massif sur lequel prospère l’extrême droite : le travail ne permet plus de vivre, les services publics sont paupérisés, nos usines ferment une à une. Meurtre de la petite Lyhana, canicule, mégafeux, mégapiratage de données… L’été calamiteux que nous venons de vivre démontre le résultat de la casse de nos services publics et de l’abandon de l’industrie : nous n’avons plus assez de pompiers, de soignant·es, de juges et de greffier·es, nous ne sommes plus capables de fabriquer des avions bombardiers d’eau et de sécuriser les données numériques.
De l’autre côté des Pyrénées, l’Espagne a elle mené une politique de la demande : le salaire minimum a augmenté de 60%, les contrats les plus précaires ont été supprimés, et certains congés supplémentaires ont été instaurés. Résultat : une des meilleures croissances de la zone euro et une forte baisse du déficit.
La canicule de cet été confirme l’urgence à bifurquer et à changer de modèle en profondeur pour répondre au défi climatique. Il faut planifier, relocaliser et décarboner notre industrie et nos transports, investir pour isoler nos logements et nos bâtiments publics, produire et consommer plus local et plus durable…Sans mesures très fortes pour lutter contre le réchauffement climatique, dans 20 ans, ce ne sera pas une canicule à 40 degrés mais à 50 à laquelle nous serons confronté·es !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Caroline Chevé : l’inflation combinée avec des politiques salariales indignes ont produit une situation intenable pour celles et ceux qui font vivre les services publics au quotidien, et tiennent le pays dans les moments de crise, sanitaire, climatique ou économique. Le déclassement économique et social est une réalité. Les applaudissements et les déclaration d’amour aux services publics la main sur le coeur sans revalorisation salariale ni perspective de carrière exaspèrent les personnels, tout autant que le « fonctionnaire bashing ». Toutes les enquêtes disent la dégradation des conditions de travail, la perte de sens, le constat que les politiques publiques ne permettent pas de mener à bien nos missions. lll
lll Et le constat est sans appel : le nombre de postes aux concours de la Fonction publique s’est effondré, et pas que dans l’éducation. Il faut avoir conscience de l’effet que cela peut avoir sur le reste de la population, sur les usager·es, qui sont face à des agent·es qui ne peuvent pas réellement répondre à leurs besoins, leur donner ce à quoi elles et ils ont droit. La population est exaspérée face à l’affaiblissement des services publics, et les agent·es sont en première ligne. Tout cela contribue à créer des tensions et une colère que l’extrême droite parvient à capter et à alimenter, tout en avançant une grille de lecture raciste. Les inégalités ont explosé, les libertés reculent, les alternatives de justice sociale et écologique sont plus que jamais indispensables.
C’est pourquoi il est de la responsabilité des organisations du mouvement social de promouvoir des dynamiques unitaires pour redonner de l’espoir. La tâche est immense, tout comme le péril, mais il n’y a pas de fatalité et nous allons mener ces combats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : où en est le processus de Maison commune ? Quelles perspectives ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sophie Binet : lors de son 54e congrès, la CGT a validé le principe de construction d’une maison commune avec la FSU. Vous aviez fait de même quelques mois plus tôt lors de votre congrès de Rennes. C’est une étape historique, que nous avons réussie ensemble grâce aux très nombreuses initiatives que nous avons faites sur le terrain, dans chaque département. Jamais nous n’avions travaillé autant ensemble et cela va continuer à s’amplifier ! Maintenant, il faut sortir les truelles et passer aux travaux pratiques. Dans un premier temps, il faut se mettre d’accord sur les plans de notre maison commune, et définir précisément ensemble comment va fonctionner ce cadre de coopération permanent qui doit nous permettre d’unir nos forces. Il nous faut lister concrètement tout ce que nous pouvons faire ensemble, tout ce que nous pouvons mutualiser pour être plus fort·es. La FSU et la CGT sont très complémentaires. Sur de très nombreux sujets nous pouvons renforcer notre syndicalisme de transformation sociale en phase avec les préoccupations des salarié·es : formation initiale et continue, salaires et reconnaissance des qualifications, protection sociale, service public, défense des libertés….
Cette construction suppose un respect mutuel des modes de fonctionnement de chacune de nos organisations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Caroline Chevé : l’étape du congrès de la CGT était importante pour la FSU. Nos deux organisations partagent en effet ce souci de respecter en permanence le rythme et les débats internes de l’autre. Sans être identiques les mandats sont très concordants, ce qui ouvre des perspectives et permet d’avancer. Nous devons maintenant être inventif·ves pour entretenir et approfondir la dynamique. Bien sûr la période des élections professionnelles dans la fonction publique n’est pas la plus propice au travail de rapprochement. D’abord parce que les équipes sont concentrées sur cet objectif majeur, mais aussi parce que là où des concurrences existent, elles peuvent être exacerbées.
Il ne faut pas se le cacher et dans nos échanges nous l’avons toujours intégré, tout comme nous partageons l’ambition d’assurer la plus large participation à ces élections pour renforcer la démocratie sociale. Ce qui est important, c’est que cette période particulière ne nous fasse pas reculer, ne crée pas inutilement des tensions que nous nous employons à lever. Dans la période à venir, il est indispensable que le syndicalisme de transformation sociale se renforce pour créer des dynamiques de résistance, face à l’extrême droite et face au libéralisme. C’est le sens du processus de Maison Commune. C’est sur le terrain, là où sont les forces militantes, que le travail de rapprochement doit se sentir. Pas seulement pour mieux se connaître, mais pour se renforcer dans nos luttes et prendre des initiatives sur les sujets que nous portons ensemble, les salaires, la protection sociale, les droits et les libertés et bien d’autres. Rapprocher nos organisations, travailler à l’unification du syndicalisme, cela nécessite des impulsions et de la coordination, et cela doit produire des dynamiques militantes renouvelées.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : FSU et CGT prônent l&amp;rsquo;unité d&amp;rsquo;action et le rassemblement des organisations syndicales : où en sommes nous, notamment pour le 29 septembre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Caroline Chevé : les 8 organisations syndicales de la Fonction publique appellent ensemble à la grève le 29 septembre pour obtenir des mesures salariales générales, notamment une revalorisation significative du point d&amp;rsquo;indice, son indexation sur l&amp;rsquo;inflation et l’égalité salariale entre les hommes et les femmes. Il s’agit à la fois de peser sur le débat budgétaire pour 2027 et d’imposer la question salariale dans le débat en vue des échéances politiques. C’est un enjeu d’intérêt général : la dévalorisation des carrières de la fonction publique engendre une crise d’attractivité d’autant plus inquiétante que de très nombreux départs en retraite sont prévus dans les années à venir. C’est donc l’avenir même des services publics qui se joue, alors que les besoins sont immenses, face au dérèglement climatique et aux fractures de la société. Ce que nous exigeons est en outre parfaitement finançable, avec d’autres choix fiscaux et la réorientation des aides massives accordées sans contrepartie aux entreprises. La réflexion sur les suites à donner à cette journée, sectorielles comme interprofessionnelles, est engagée dans la FSU.
Depuis 2023, les attentes en matière d’unité d’action sont palpables. La capacité de l’intersyndicale interprofessionnelle à 8 à surmonté ses désaccords pour mener une stratégie commune contre la réforme des retraites, puis contre le « musée des horreurs » de Bayrou, joue un rôle important dans la confiance réaffirmée dans les organisations syndicales. Le 5 décembre 2024, la grève à l’appel de 7 des 8 organisations a aussi marqué les esprits dans la Fonction publique, et permis d’empêcher les 3 jours de carence et les suppressions de poste à l’Éducation nationale et à France Travail. Face à l’extrême droite, l’intersyndicale que nous formons avec la CGT, Solidaires, la CFDT et l’UNSA est un outil important, marqué par la confiance et un sens aigu de nos responsabilités. La recherche d’une unité respectueuse des rythmes et des positionnements distincts, est une exigence incontournable dans le contexte politique actuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sophie Binet : cette stratégie d’unité et de mobilisation que nous portons ensemble nous a permis de gagner le maintien de l’intersyndicale depuis la mobilisation contre la réforme des retraites en 2023. Jamais une intersyndicale n’a duré aussi longtemps. C’est très important, c’est grâce à cela que nous avons bloqué l’essentiel des réformes macronistes. Il faut que le 29 soit le plus fort possible pour contraindre le gouvernement à augmenter le salaire des fonctionnaires et le budget des services publics. C’est le niveau du 29 qui nous permettra de gagner les suites. Le 30 septembre, le gouvernement présentera son PLF et son PLFSS.
La CGT proposera aux autres organisations syndicales de se réunir pour réagir ensemble et proposer des suites au 29. N’oublions pas que le gouvernement est plus faible que jamais. Il nous faut mettre le débat budgétaire de cet automne sous pression de la mobilisation pour empêcher les mauvais coups et gagner les moyens nécessaires à nos services publics.&lt;/p&gt;
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&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Entretien avec Karel Yon</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/301/10-entretien-yon/</link><pubDate>Sun, 20 Sep 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/301/10-entretien-yon/</guid><description>&lt;p&gt;Karel Yon est chargé de recherches en sociologie au laboratoire IDHES, Université Paris Nanterre ; spécialiste reconnu des relations sociales et du syndicalisme, il a écrit ou collaboré à de nombreux ouvrages de référence. Il a récemment participé à une enquête sur la « vie syndicale » et l’accueil des néo-syndiqué·es à la CGT (en ligne sur le site de l’IRES).
À paraître : Une autre démocratie sociale est possible, Le Bord de l’eau, 2027 (avec B. Giraud et M. Quijoux).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : quelle appréciation peut-on avoir sur la force du syndicalisme en France, à quelques mois d&amp;rsquo;échéances politiques nationales importantes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karel Yon : le syndicalisme français me semble dans une situation contrastée, voire paradoxale.
D’un côté, il suscite incontestablement un regain d’intérêt et d’adhésions dans le sillage des mobilisations de 2023 sur les retraites, puis de 2024 contre l’extrême droite aux élections législatives.
Le dernier rapport d’activité de la CGT fait état d’un solde positif net pour la première fois depuis douze ans. Et sur 45 000 nouveaux et nouvelles adhérent·es, près de la moitié ont moins de 35 ans. La mobilisation syndicale de 2024 a contribué à la mise en échec du RN et confirmé la centralité du syndicalisme dans le théâtre politique et social.
Toutefois, s’il apparaît comme une force de résistance décisive, il ne parvient toujours pas à sortir d’une posture défensive face aux assauts d’un capitalisme en profonde et constante mutation. Le contexte économique se caractérise en effet par des suppressions d’emplois massives dans plusieurs secteurs clés comme la grande distribution ou l’automobile. Or, les mobilisations pour défendre l’emploi et les salaires entraînent peu de victoires. L’État est sous pression austéritaire, avec la crise des services publics, le gel des rémunération et du point d’indice, celui des recrutements, des titularisations. Cette situation défavorable au salariat est amplifiée par les réformes structurelles engagées par Macron et ses prédécesseurs, avec les ordonnances de 2017 qui affaiblissent le rôle des instances représentatives, notamment par la suppression des CHSCT, ou la loi de 2019 qui facilite le recours aux contractuel·les dans la Fonction publique et réduit les prérogatives des commissions paritaires. On note aussi un effondrement des taux de participation aux élections professionnelles depuis plusieurs années.
Le syndicalisme demeure donc une force politique et sociale incontournable, mais sur fond de fragilisation de son pouvoir d’agir. Il est trop tôt pour savoir si le regain d’adhésions sera durable.
La conjoncture de 2023 et 2024 a amélioré la visibilité du syndicalisme, en attirant vers lui de nouveaux profils de salarié·es. Mais la pérennisation d’une dynamique de croissance dépendra du travail volontariste des équipes militantes, à travers la mise en œuvre de politiques de syndicalisation précises et ciblées, un domaine où la CFDT avait été pionnière. Comme nous le montrons dans l’enquête IRES que nous venons de réaliser pour la CGT, il s’agit non seulement d’aller à la rencontre des salarié·es sur leur lieu de travail mais aussi d’être attentifs à l’inclusion des nouvelles et nouveaux adhérent·es dans les collectifs militants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : plusieurs syndicats ont tenu leur congrès cette année : peut-on distinguer des caractéristiques communes en terme de vie interne mais aussi d&amp;rsquo;orientations revendicatives ? La tenue des élections professionnelles dans la Fonction publique en décembre prochain peut-elle avoir un impact sur les relations entre syndicats ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karel Yon : pour la première fois depuis longtemps, tous les premier·es dirigeant·es des centrales syndicales, hormis celui de FO, étaient présent·es au congrès de la CGT tenu en juin dernier, ainsi qu’un vaste arc de forces syndicales venues du monde entier.
Cette démonstration de force rappelle que la nécessité d’un front syndical uni n’a rien perdu de son actualité depuis 2023, car les propositions antisociales et antisyndicales continuent de pleuvoir, et le contexte d’émulation de la présidentielle entre la droite, l’extrême droite et le macronisme en déliquescence n’arrange rien.
On pourrait craindre que les élections à venir dans la Fonction publique rendent plus difficile le maintien de l’unité, car les rivalités vont nécessairement s’exacerber entre syndicats à l’approche des scrutins.
Mais ce qu’on voit surtout pour le moment, ce sont des syndicats dont les prises de position en défense de la Fonction publique et des services publics se renforcent mutuellement, surtout après le fiasco des incendies provoqués par la canicule. Et dans le contexte de l’élection présidentielle, ça permet de mettre la question sociale au coeur du débat, on l’a vu avec les prises de positions hypocrites d’Edouard Philippe et Gabriel Attal sur le salaire des enseignants.
Ce qui risque surtout de mettre l’unité syndicale à l’épreuve, c’est comme en 2024 la question de l’extrême droite. Ça a été le principal enjeu transversal à tous ces congrès. Ceux de la CGT et de la CFDT ont permis de relever une très forte convergence entre les deux centrales à propos de l’analyse de la situation nationale et internationale et dans la désignation du RN comme un ennemi politique et social qui doit être combattu nommément. Le combat contre le RN participe d’un durcissement de la ligne de la CFDT. Dans ses textes de congrès, la CFDT ne manque pas de souligner que les remises en cause de la démocratie et de l’État de droit, si elles sont au maximum avec le RN, ont déjà nettement commencé sous le macronisme.
À l’inverse, le discours est beaucoup plus flou à la CFE-CGC et à FO qui ont aussi tenu leurs congrès avant l’été. Ces syndicats ont beau jeu de signer des déclarations réaffirmant leur opposition au racisme quand dans le même temps ils refusent de condamner explicitement le RN qui est le point de contamination d’une part croissante du champ politique par les idées racistes. Les dirigeants de ces syndicats entretiennent l’idée qu’on peut être engagé à l’extrême droite et avoir sa place dans le syndicalisme. On a même failli voir succéder à François Hommeril, à la tête de la CGC, un syndicaliste de la banque qui avait manifesté fièrement avec toute l’extrême droite en début d’année en soutien aux policiers. Entretenir une forme de neutralité vis-à-vis du RN au nom de la distance aux partis politiques, c’est contribuer à sa banalisation. Heureusement, il y a au sein même de ces organisations des syndicalistes qui n’ont pas baissé le drapeau de la lutte antifasciste.
Un autre enjeu commun aux différents congrès, c’est celui du renforcement organisationnel.
C’est une constante depuis la réforme des règles de la représentativité qui a conduit les syndicats à se préoccuper davantage de leur implantation. Mais cet enjeu gagne en importance avec le risque d’une victoire du RN. Le récent rapport des fondations Jean Jaurès et Friedrich Ebert rappelle les nombreuses attaques des gouvernements étatsunien, hongrois (avant la défaite d’Orban) et italien contre le syndicalisme, en jouant sur les règles de représentativité pour promouvoir des syndicats « jaunes », en diminuant le financement public des syndicats ou en le conditionnant à leur docilité, en encadrant strictement le droit de grève, en réprimant les mobilisations. Cette action, peu spectaculaire mais efficace, loin des bruits de bottes des années 1930, est d’autant plus facile qu’elle s’inscrit dans la continuité des politiques néolibérales qui depuis plus de 40 ans visent à restreindre l’action syndicale.
Dans l’anticipation de ces dangers, la direction de la CFDT a tenté d’augmenter la cotisation confédérale pour être moins dépendante des subventions nationales, elle a échoué pour le moment. La CGT travaille à la sécurisation juridique de ses syndicats, dont les statuts de beaucoup ne sont pas à jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : comment analyses-tu la dynamique du rapprochement entre CGT et FSU ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karel Yon : la perspective de la « maison commune » avec la FSU a été officiellement validée par la CGT lors de son congrès. Les formules sont plutôt défensives, on ne parle pas pour le moment de fusion, mais d’un « outil de travail commun ». Toujours est-il que le processus est sur les rails, il s’incarne dans des initiatives communes de formation, un dialogue régulier et formalisé entre directions… Sans doute, et c’est compréhensible, la question du rapprochement CGT-FSU est un peu éclipsée par l’enjeu du maintien de l’unité CGT-CFDT, qui est la clé de voûte de l’unité intersyndicale. Même si paradoxalement cet enjeu n’est pas nommé dans la CGT car il y subsiste un fort réflexe sectaire, entretenu par les délégations les plus orthodoxes qui mesurent leur pureté révolutionnaire à la radicalité de leur hostilité à la CFDT. Il me semble pourtant que la construction de l’unité syndicale la plus large, d’une part, et le regroupement des forces du syndicalisme de transformation sociale, d’autre part, c&amp;rsquo;est-à-dire CGT et FSU, mais aussi Solidaires, sont deux dynamiques qui peuvent se nourrir mutuellement. Car il est tout aussi important de regrouper ses forces que de cultiver la clairvoyance politique. Or, l’indépendance réelle du syndicalisme dépend de sa capacité à se mouvoir comme un sujet politique autonome, capable d’analyser la société et d’anticiper ses évolutions, sans être à la remorque de décisions prises ailleurs, dans le champ politique ou économique. À ce titre, qu’il s’agisse de se préparer aux heures sombres d’une victoire de l’extrême droite ou de contribuer à rendre crédible la victoire d’une gauche unie autour d’un programme de transformation sociale, les syndicats qui partagent cette perspective ont tout à gagner à faire tomber les barrières.&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Entretien avec Thomas Coutrot</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/301/12-entretien-coutrot/</link><pubDate>Sat, 19 Sep 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/301/12-entretien-coutrot/</guid><description>&lt;p&gt;Thomas Coutrot, économiste et statisticien, chercheur associé à l’Ires, directeur du département « Conditions de travail et santé » de la Dares (ministère du Travail) de 2003 à 2022 et dont les travaux portent sur les liens entre travail, santé et démocratie, a coordonné avec Léonie Hemdat, doctorante au CNAM, le numéro spécial de la Revue de l’Ires consacré au sens du travail et au syndicalisme. Comment les syndicats peuvent-ils relayer la question du « sens du travail » et en faire un levier de mobilisation collective ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : selon vous les salarié·es qui se sont mobilisé·es en nombre, notamment les jeunes, pendant la dernière lutte sur les retraites, étaient aussi motivé·es par la recherche justement d&amp;rsquo;un « sens » à leur travail. Pourriez-vous expliciter cette notion ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thomas Coutrot : avec Coralie Perez, nous utilisons la psychodynamique du travail de Christophe Dejours, pour fonder une définition du travail, comme une activité humaine, individuelle et collective de transformation du monde.
La notion de « sens du travail » revêt alors trois dimensions.
Une dimension utilitaire : le travail transforme le monde réel par la création de biens ou de services, dont les services éducatifs, par exemple la transmission de valeurs et de connaissances aux élèves.
Une dimension sociale : le travail transforme le monde social en mettant en jeu des règles de vie commune que la travailleuse ou le travailleur doit parfois violer ; d’où un conflit éthique et la question de parvenir à reproduire le monde que l’on souhaite dans son activité de travail.
Une dimension personnelle : le travail transforme le travailleur, la psychologie du travail le rappelle régulièrement.
L’abus des normes et des procédures, des « process », nous empêche d’adapter notre activité aux besoins de l’usager·e ou des client·es. Alors qu’il faudrait au contraire pouvoir développer notre travail vivant, c’est-à-dire mettre notre intelligence, notre sensibilité et notre engagement subjectif dans notre activité professionnelle.
Or les systèmes d’organisation du travail sont aujourd’hui, en régime capitaliste, exclusivement orientés vers la réduction des coûts et / ou la hausse des profits, ce qui dégrade le sens du travail.
Ainsi, dans l’Éducation nationale, trop d’enseignant·es sont incités à bâcler la relation pédagogique, car contraints par des objectifs quantitatifs qui ne tiennent pas compte de la richesse de l’échange pédagogique. Cette perte de sens provoque de la souffrance chez nombre d’enseignant·es. Le travail est en effet cadré par des procédures bureaucratiques ou injonctions hiérarchiques de plus en plus étroites, des évaluations très normatives, remettant en cause la liberté pédagogique et accentuant l’isolement des professionnel·les.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : en quoi l&amp;rsquo;action syndicale peine-t-elle à prendre en compte l&amp;rsquo;importance du sens du travail, et quelles seraient les pistes pour l&amp;rsquo;intégrer davantage à la démarche syndicale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thomas Coutrot : l’idée serait d’élargir le registre de l’action syndicale, trop exclusivement centrée sur les revendications quantitatives (salaires, retraites, horaires…), et de l’ouvrir davantage aux réalités du travail concret : quel sens du travail ? Quel contenu, quelle organisation, quelle construction commune des gestes de métier ? Ces questions sont primordiales pour les salarié·es, massivement touché·es par le sentiment d’une perte du sens du travail, d’où les problèmes de santé mentale qui s’accroissent. Or nos recherches montrent que les salarié·es ne considèrent pas les syndicats comme sources de réponses et de propositions sur ces sujets, largement monopolisés par les patrons. Comment faire de la quête de sens du travail une force d’action syndicale et politique, en organisant le débat entre salarié·es sur leur travail réel, pour déboucher sur des revendications concrètes de changement dans l’organisation du travail ?
Depuis les années 1990 les managers ont beaucoup fait de discours sur l’« autonomie », qui serait recherchée par les salarié·es et favorisée par les employeurs, sur le modèle japonais (Toyota). En réalité, dans le cadre du « lean management » ou « nouveau management public », il s’agit d’une pseudo-autonomie, où l’on fixe des objectifs sans les moyens de les atteindre, en cadrant l’activité par des procédures bureaucratiques détaillées. Avec le recours grandissant à l’IA, le cadrage sera encore plus précis, au détriment de l’inventivité humaine nécessaire pour faire bien son travail.
Or les situations de travail ne sont jamais reproductibles à 100%, aucune classe n’est identique à une autre classe, l’enseignant·e invente donc à chaque fois les manières de s’adapter, transmettre, intéresser ses élèves…
Il n’y a rien là de mécanique. La tentative de « rationaliser » l’activité de travail en la standardisant est une mutilation qui affecte tou·tes les professionnel·les, mais qui est vécue individuellement, comme un échec personnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Syndicalement la question est donc de savoir comment en faire une cause commune ? Il est possible de s’appuyer sur l’expérience de syndicalistes et de chercheur·euses en sociologie ou en ergonomie, de construire des lieux syndicaux permettant aux salarié·es de mettre en commun les difficultés vécues du travail réel ; il s’agit de faire du travail un objet de débat entre collègues, groupes de pairs, de créer ces espaces de discussion, car ils n’existent pas spontanément. Les organisations syndicales peuvent donner la parole aux salarié·es, au lieu de leur transmettre la pensée du syndicat. Au tournant des années 2010 le partenariat entre le SNES-FSU et le CNAM (l’équipe d’Yves Clot) a produit des expériences passionnantes, mais qui se sont peu déployées au niveau des établissements.
La CGT mène des expériences depuis une dizaine d’années : des équipes syndicales mènent des enquêtes auprès de leurs collègues pour les faire s’exprimer sur la réalité de leur travail au quotidien, les faire réfléchir individuellement et collectivement sur l’organisation de leur travail, sur les revendications et les mobilisations nécessaires pour faire changer cette organisation.
Ces expériences aboutissent globalement au renforcement des équipes syndicales locales : les salarié·es apprécient que l’on s’intéresse à leur travail réel, source de souffrances individuelles dont il est sinon souvent impossible de discuter. Cela nécessite de réorienter l’action syndicale sur ces questions. Par exemple, beaucoup de temps militant est consacré à l’accompagnement individuel de salarié·es en souffrance ; les équipes syndicales enquêtées tentent plutôt de construire du collectif en partant de la parole sur les souffrances individuelles, mais aussi sur ce que serait un « bon boulot ». Ce type de stratégie peut construire un rapport de force avec l’employeur.
Dans le cadre des Ateliers « Travail et Démocratie » nous avons publié un « Manifeste pour une démocratie du travail » afin d’engager le dialogue avec les centrales syndicales. Caroline Chevé, secrétaire générale de la FSU, a d’ailleurs participé à une table ronde, et nous sommes en contact avec les équipes de la formation syndicale de la FSU, notamment sur la question du renouvellement des pratiques et des formations syndicales en partant des pratiques de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : quel bilan de la décennie Macron dans le domaine social, et plus précisément dans le domaine de la démocratie sociale ? Quelles perspectives de reconquête pour le syndicalisme à la veille d&amp;rsquo;échéances politiques importantes au printemps prochain ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thomas Coutrot : « le travail a le bras long… ».
Les études sociologiques et statistiques démontrent que moins les salarié·es peuvent s’exprimer librement sur leurs conditions et le sens de leur travail, plus ils se voient contraint·es au silence par l’employeur, plus ils ont tendance à voter RN. L’inverse se vérifiant également au bénéfice de la gauche. L’acte fondateur des années Macron aura été les « ordonnances Travail » de 2017 : le patronat voulait la fin des CHS-CT car il constatait que certains syndicats s’en servaient de plus en plus pour documenter l’effet des modes de management et des procédures de travail sur la santé des salarié·es, et pour contester le monopole patronal de décision sur l’organisation du travail. Le rétablissement des CHS-CT est donc un enjeu sanitaire et démocratique majeur, mais il faut aller plus loin pour rendre les salarié·es véritablement acteurs et actrices de leur travail. Nous proposons donc une « loi Auroux 2.0 », avec un droit à l’expression autonome des collectifs de travail grâce à des représentant·es élu·es et formé·es pour cela, des « représentant·es du travail réel » favorisant au sein des salarié·es une discussion collective sans la présence et la pression de l’employeur. Les partis de gauche se proposent seulement d’augmenter le nombre des élus des salarié·es dans les conseils d’administration, mais ne disent rien sur la démocratie au travail dans les ateliers et les bureaux. Le mouvement syndical s’y intéresse, par exemple en proposant la création d’un « dialogue professionnel ».
Mais il n’est pas évident, pour beaucoup de militant·es, d’accepter l’idée que le syndicalisme doit davantage prendre appui sur les expériences vécues au quotidien par les salarié·es.
Persiste encore l’image traditionnelle de militant·es disposant d’une conscience politique de classe supérieure à celle des autres salarié·es, une sorte d’avant-garde éclairée. Heureusement de plus en plus de militant·es se rendent compte qu’il faut renouer avec des formes d’action syndicales plus ancrées dans le travail concret quotidien, et qui débouchent souvent sur des résultats tangibles ; cela permettrait de renforcer le syndicalisme, y compris dans ses luttes contre les réformes néolibérales ou pour de meilleures rémunérations.&lt;/p&gt;
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&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Un bilan climatique catastrophique</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/301/14-ecologie/</link><pubDate>Fri, 18 Sep 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/301/14-ecologie/</guid><description>&lt;p&gt;Les saisons estivales perdent de leur insouciance pour devenir le témoin des changements climatiques qui atteignent désormais l’ensemble de la population mondiale. Selon Météo France l’été 2026 est devenu le plus chaud jamais enregistré, avec une température moyenne de 24,0 °C (+ 3,6 °C).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour rappel, neuf des dix étés les plus chauds depuis l’époque pré-industrielle ont eu lieu ces douze dernières années. L’Afrique et l’Asie ont également connu le mois de juillet le plus chaud de leur histoire. De vastes régions du monde rencontrent un stress hydrique inédit, des incendies majeurs et des pertes massives de productivité agricole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, après la canicule précoce de mi-mai, les vagues de chaleur ont occupé la quasi-totalité de l’été, avec des niveaux remarquables d’intensité et de durée : 53 jours au total et jusqu’à 72 départements placés simultanément en vigilance rouge canicule.
La semaine de rentrée 2026 a été marquée par la poursuite de ces épisodes, plusieurs départements étant encore placés en vigilance orange canicule, avec des records de chaleur nationaux dépassés pour un mois de septembre (40,3 °C à Lavaur, dans le Tarn).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bilan des surfaces brûlés atteint 119 000 hectares en France hexagonale. Ces mégafeux ont occasionné le décès de quatre pompiers, la destruction de centaines d’habitations, le déplacement de populations ainsi que des pertes massives de biodiversité. Quoi qu’en dise le gouvernement, le manque de moyens des services publics de lutte contre les incendies a été manifeste, ne tenant que sur l’engagement des agent·es publics et des bénévoles sur le terrain.
En ce qui concerne le bilan humain, 5 764 décès en excès ont été recensés pour la seule canicule du 17 juin au 2 juillet selon Santé publique France, et ce bilan est monté à 7 300 morts jusqu’au 22 juillet. Le total complet de la surmortalité n’a pour l’instant pas encore été réalisé en France, mais il s’élève en Allemagne à 15 800 décès liées à la chaleur sur l’ensemble de la période.
Si les plus de 75 ans sont particulièrement concernés, toutes les classes d’âge sont susceptibles d’être touchées, avec des pics sur les personnes en activité, les canicules ne se restreignant plus aux épisodes estivaux, ce qui constitue une différence notable avec les vagues précédentes.
La sécheresse a également atteint des niveaux historiques sur le territoire hexagonal. La pluviométrie très faible avec un déficit proche de 40% sur les valeurs climatologiques moyennes a provoqué une sécheresse des sols sans précédent à l’échelle du pays. Le 31 août, plus de 80% du territoire national était concerné par un arrêté de restriction des usages de l&amp;rsquo;eau de surface, des fleuves et des rivières. Cette sécheresse historique est loin d’être terminée, comme en témoignent l’état des nappes phréatiques, mais aussi la végétation qui présente des signes de mortalité ou d’affaiblissement.
De nombreuses incertitudes persistent quant à la recharge automnale du sous-sol. L’état des rendements agricoles n’est pas plus satisfaisant, avec parfois plus de 40% de pertes pour certaines cultures dont le blé à grain.
Face à l’immensité des pertes, les mesures d’urgence sont largement insuffisantes. Pendant ce temps, le gouvernement a fait adopter une « loi d’urgence agricole » qui accélère notamment sur les mégabassines, qui ont pourtant montré leur inutilité pendant l’été, avec des taux d’évaporation et de pertes massives.
Face à ces constats qui valident les scénarios les plus pessimistes du GIEC, UA travaille et approfondit ces enjeux. Dans le dernier séminaire consacré à ces questions qui s’est tenu en janvier 2026, nous avons fait le constat du dépassement des limites planétaires en raison des productions liés au système capitaliste, qui renforcent les inégalités tout en accélérant le changement climatique, la perte de la biodiversité et les pollutions chimiques. Il est illusoire de penser que l’adaptation au changement climatique est possible au rythme actuel des émissions de CO2 et dans le cadre du modèle capitaliste. En France, la baisse des émissions de 30% entre 1990 et 2019 annoncées de manière récurrente par des membres du gouvernement, n’est pas une réussite de politiques publiques exemplaires. La majorité de ces émissions ont en réalité été exportées, via la désindustrialisation, et l’empreinte carbone par habitant·e (qui comprend les émissions importées) reste stable depuis trente ans (autour de 9 tonnes, alors qu’il faudrait être à 2 tonnes pour respecter les accords de Paris sur le climat).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que plusieurs scientifiques et politiques appellent à une « loi d’urgence climatique », plusieurs scénarios sérieux de décarbonation existent. Ils sont développés par l’ADEME (Agence de la transition écologique) depuis plusieurs années et évoqués de manière incarnée dans le dernier livre de Magali Reghezza Zitt, Bienvenue en 2055. Plusieurs éléments sont travaillés par UA et la FSU, notamment les enjeux de relocalisation des productions à travers des politiques de formation et de planification écologique. Réindustrialiser, relocaliser et réorienter les productions implique de retravailler les enjeux démographiques et sociaux, et de travailler les alternatives économiques et politiques. Il s’agit aussi de défendre les normes pour produire mieux et bien, et cela suppose une réflexion sur la consommation et son rééquilibrage, mais aussi sur les conditions de la production. Ce monde décarboné ne pourra se passer d’une justice fiscale pour financer les protections (sanitaires, sociales et environnementales) face aux défis écologiques et climatiques. Planifier des politiques de sobriété (collectives, maîtrisées, égalitaires et désirables), implique de construire une écologie des besoins fondée sur la justice sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement actuel est bien loin de s’engager sur cette trajectoire. Le séminaire UA a aussi été l’occasion de travailler sur le bilan carbone des administrations, qui restent bien souvent lettre morte, en contradiction à toutes les obligations réglementaires. Notre tendance et notre Fédération ne peuvent continuer à accepter que les ministères publics continuent à être moins di-sant sur les questions écologiques, que ce soit pour les politiques d’adaptation (des bâtiments, du travail, des mobilités…) ou d’atténuation (consommation énergétique, émissions de CO2, « scopes » et bilan carbones…). Autant de sujets sur lesquels UA continue de travailler pour faire avancer concrètement ces dossiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cyril Verlingue&lt;/p&gt;
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&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Des élections professionnelles à la croisée des chemins</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/301/16-syndicalisme/</link><pubDate>Thu, 17 Sep 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/301/16-syndicalisme/</guid><description>&lt;p&gt;Du 3 au 10 décembre 2026, les personnels de la Fonction publique seront appelés aux urnes - électroniques pour la très grande majorité d’entre elles - pour procéder au renouvellement général des instances de dialogue social. À bien des égards, c’est dans une situation de grande instabilité pour le pays que ces élections interviennent. Enjeux souligne ici les responsabilités qui sont celles de la FSU dans un tel contexte. Et c’est parce que la situation connaît une conjonction de difficultés de nature différente qu’Unité et Action aborde ces élections professionnelles avec le souci d’en appréhender l’ensemble des aspects.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Renforcer la représentativité de la FSU !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Evidemment, cet objectif est une constante, d’élections professionnelles en élections professionnelles. Depuis sa naissance en 1993, la singularité de la FSU sur le champ syndical a fait montre de son utilité, parfois déterminante d’ailleurs, dans le combat général de défense des intérêts des personnels de la Fonction publique d’abord, puis de la Fonction publique et plus largement des travailleur⋅euses. Son originalité syndicale est, sans doute, de ne jamais perdre de vue une conception exigeante de l’action syndicale qui ne cède jamais à défendre quelque intérêt particulier au détriment de la conception de l’intérêt général qu’elle porte. Et forte de ce principe, les mandats de la FSU articulent de manière cohérente la défense des intérêts des personnels sur le paysage syndical et l’apport essentiel de la FSU apparaît tout de suite.
Il faut donc renforcer la position de la FSU partout !
C’est un enjeu syndical de première importance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la Fonction publique de l’État, dans la Fonction publique territoriale&amp;hellip;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la Fonction publique de l’État, si les trois premières fédérations sont dans un mouchoir de poche, la FSU, deuxième devant l’UNSA, s’est donné l’objectif de reconquérir la première place, perdue de peu il y a 15 ans au profit de FO. Ceci implique de progresser partout, de redevenir représentatifs là où des réformes du corps électoral consécutives à la LTFP ont modifié les conditions d’appréciation de la représentativité.
Dans l’Éducation nationale, faire grandir le rapport de force majoritaire de la FSU est bien sûr la meilleure manière d’arracher des avancées, même partielles, pour réparer les dégâts produits par les politiques des différents ministres depuis 2017 et conjurer les phénomènes de déclassement des métiers générés par l’austérité budgétaire.
Dans l’Enseignement supérieur et la Recherche, les dernières élections professionnelles avaient été l’occasion d’enregistrer une progression de la FSU, l’enjeu est évidemment de la confirmer dans le contexte de fragilisation du service public, de dévalorisation des carrières et de remise en cause des libertés académiques et de recherche.
Dans l’Enseignement agricole, à l’Agriculture, à l’Environnement, à la Culture, aux Affaires étrangères, à la Justice… Partout il y a besoin d’une FSU plus forte. Et Unité et Action porte haut l’ambition d’un renforcement de l’implantation au ministère de l’Intérieur et dans la Police nationale qui se traduise aussi dans les prochaines élections professionnelles.
Lors des élections professionnelles de 2022, la FSU est devenue représentative dans la Fonction publique territoriale. Les responsabilités syndicales nouvelles que cela nous a conféré vis-à-vis des personnels ont permis de comprendre de manière plus large les aspirations, les attentes mais aussi les contradictions qui existent dans la manière d’envisager et de traiter un sujet revendicatif. Ce simple constat suffit à démontrer que renforcer la représentativité de la FSU dans la Fonction publique territoriale, c’est aussi renforcer notre capacité à appréhender les questions qui se déclinent dans tous les versants, tous les ministères, toutes les collectivités.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une situation dégradée&amp;hellip;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la période de crise de reconnaissance et d’attractivité que connaît la Fonction publique, l’orientation, l’intervention et la pratique syndicales de la FSU sont exigeantes et n’abdiquent d’aucun combat, parce qu’elles articulent en permanence les revendications immédiates pour les personnels, tant sur le plan « corpo » que « métiers » d’ailleurs, avec la défense d’alternatives économiques, sociales et environnementales. Et, dans le contexte, c’est précieux d’avoir un syndicalisme qui prend ses responsabilités, parfois en intervenant dans le débat public hors du champ dans lequel on voudrait trop souvent le cantonner.
Or la crise dans laquelle les politiques néolibérales conduites cette dernière décennie ont jeté le pays n’est évidemment pas absente des échéances électorales professionnelles.
Elle y est même au coeur ! Il suffit pour s’en convaincre de constater combien pèsent la dévalorisation des carrières de la Fonction publique, la dénégation des expertises professionnelles et des cultures professionnelles, le saccage des conditions de réalisation des missions de service public ou encore les politiques publiques les affaiblissant qui sont conduites.
Avec le recul, cette situation a d’autant plus dérapé que la mise en œuvre de la loi de transformation de la Fonction publique a rendu plus éclaté le discours syndical, moins appliqué sur la réalité des carrières, concentré sur la prévention des risques sanitaires et sécuritaires au travail générés par la mise en œuvre même de ces politiques.
Evidemment, comme ce sont les comités sociaux qui sont censés discuter de toutes les dimensions des politiques managériales menées, souvent d’ailleurs sous forme verticale et descendante, c’est par la conflictualité que le dialogue social se résout.
C’est bien une orientation syndicale comme celle de la FSU, qui tient tous les bouts du problème, qui est à même de faire bouger les choses dans un sens favorable aux personnels et à l’intérêt général. Les organisations qui se bornent à faire du « corpo », comme celles qui se contentent de développer un discours revendicatif échevelé en surfant sur le ressentiment suscité par la situation dégradée, se trompent.
Au mieux elles accompagneront - même à leur corps défendant - la crise dans sa dynamique, infléchissant telle ou telle de ses manifestations les plus spectaculaires, au pire elles serviront objectivement les intérêts de ceux-là même qui ont la démocratie, le droit syndical, l’égalité ou la solidarité dans leur viseur.
On le voit, ces élections professionnelles ne sont pas tout à fait comparables aux précédentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;… et périlleuse&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une gageure que de titrer cet article censé porter sur les enjeux des élections professionnelles de décembre prochain tant elles sont déjà cernées par le débat - politique celui-là - de l’élection présidentielle du printemps prochain.
Les promesses électorales - politiques aussi celles-là - sur les rémunérations des enseignant⋅es faites en cette rentrée par nombre de prétendant·es à la présidence en témoignent d’ailleurs. Tout l’enjeu est donc aussi de protéger les élections professionnelles, par nature syndicales, des instrumentalisations et visées politiciennes, parce que l’indépendance du syndicalisme vis-à-vis des partis politiques est une condition de leur rôle de contre-pouvoir.
Dans le même temps, il faut être en capacité de porter les revendications et d’exiger des candidat⋅es au pouvoir qu’ils en tiennent compte, qu’ils y répondent.
Le péril d’extrême droite&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suffit pourtant de regarder dans le rétroviseur quelque deux années en arrière pour se rappeler combien le péril de voir l’extrême droite arriver en France, avec tout son bagage revanchard de plus de deux siècles d’histoire du pays, peut rapidement occuper tout l’espace, rappeler l’urgence qu’il y a à l’en empêcher. Cette situation a d’ailleurs conduit la FSU à adopter des expressions inédites, forte de son indépendance syndicale, pour agir sur les coordonnées de la situation politique. Ceci sera peut-être rappelé par ceux qui n’ont aucun scrupule à vouloir instrumentaliser politiquement le syndicalisme.
La réponse à ces défis n’est bien sûr pas encore totalement écrite. Mais la FSU est sans doute, sur son champ, la mieux armée pour y répondre, forte de son orientation et de sa cohérence revendicative qui font son ADN syndical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le péril climatique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La touffeur de l’été 2026 est venue rappeler, pour qui ne l’avait que distraitement enregistré, que le changement climatique était déjà advenu et qu’il fallait maintenant tout mettre en œuvre pour que le réchauffement se ralentisse et, à terme, cesse. Et en parallèle, il faut aussi prendre des mesures d’adaptation pour que le présent et l’avenir proche soient tout simplement supportables.
Nul doute que la question va traverser de manière forte la campagne pour ces élections professionnelles.
La FSU, et son engagement dans l’AES en témoigne, a développé une conscience syndicale importante des enjeux écologistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mobiliser les militant·es et les adhérent·es&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation en quelque sorte inédite impose de faire massivement voter pour la FSU. Cela nécessite de mobiliser les équipes militantes des syndicats nationaux et de la Fédération. Cela appelle à réfléchir à la manière d’intéresser le plus largement possible les agent⋅es à l’ensemble des sujets lourds de l’actualité et de les convaincre de voter FSU pour que nos représentant·es du personnel porte notre projet syndical dans chaque instance. Et parmi ces agent·es, convaincre nos adhérent·es d’être porteur⋅euses de la cohérence revendicative et d’action qui fait la force de la FSU.
Ces élections sont l’occasion d’adresser un message fort pour l’avenir de la Fonction publique, des services publics et ses agent·es : mobilisation générale !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Magdalena Conca, Morane Le Deunf
et Polo Lemonnier.&lt;/p&gt;</description></item><item><title>« Servir les riches » : les domestiques des grandes fortunes</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/301/18-lecture/</link><pubDate>Wed, 16 Sep 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/301/18-lecture/</guid><description>&lt;p&gt;Dans son ouvrage Servir les riches, Les domestiques chez les grandes fortunes, éditions de La Découverte, 2022, Alizée Delpierre, sociologue, chercheuse CNRS au laboratoire Printemps (UVSQ / CNRS), éclaire un milieu très méconnu, qui s’organise dans l’entre-soi, que beaucoup considèrent à tort comme d’un autre temps, celui des domestiques au service des très grandes fortunes.
À lire : Comme des esclaves, La découverte, 2026.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : pourquoi ce choix d&amp;rsquo;étudier la domesticité chez les très riches ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alizée Delpierre : d’autres sociologues, comme le couple Pinçon Charlot, avaient déjà étudié le milieu des grandes fortunes françaises. J’ai voulu étudier, à partir de centaines d’entretiens, les relations de travail entre des catégories sociales très antagoniques - les élites économiques et un salariat, majoritairement féminin, issu essentiellement des classes moyennes et surtout populaires, en partie d’origine étrangère - dans un lieu très particulier : le domicile privé des employeurs.
Or les ultra-riches font tout pour vivre à l’écart des catégories populaires, par le biais de quartiers très chers, d’écoles privées, de clubs sélectifs : leurs domestiques sont finalement les seuls gens du peuple qu’ils côtoient au quotidien.
La relation salariale entre domestiques et patrons a ceci de particulier qu’elle existe dans un lieu, le domicile privé, qui est dédié prioritairement à la famille, et non au travail. Cette relation salariale reste donc peu réglementée. Le syndicalisme ne parvient pas du tout à s’implanter chez les domestiques à temps plein : outre l’absence de collectifs de travail, les domestiques sont pris dans un conflit de loyauté avec leur employeur, et ils considèrent avoir tout à perdre, à commencer par leur place, en cas de confrontation. D’ailleurs, une convention internationale de l’OIT (Organisation Internationale du Travail), la Convention n° 189, se veut protectrice des « travailleuses et travailleurs domestiques » à travers le monde : la France ne l’a jamais ratifiée…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : comment synthétiser les rapports entre domestiques et employeurs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alizée Delpierre : un ou une domestique n’est pas esclave, certes. Mais les domestiques à temps plein subissent un rapport de domination, une sorte de servilité, mais ambivalente, car elles et ils peuvent gagner beaucoup d’argent (6 000 euros mensuels plus les primes, les cadeaux… n’est pas rare), vivent dans des lieux somptueux, ceci au prix de leur dévouement total, dans la mesure où l’employeur les considère, en échange, comme corvéables à merci, jour et nuit. Le rapport de domesticité qui se joue chez les ultra-riches est ce que j’appelle un rapport d’exploitation dorée. On pourrait penser que tout le monde y trouve son intérêt : l’employeur, aristocrate, grand bourgeois ou nouveau riche, dégage du temps pour s’enrichir, cultiver sa position sociale ; le domestique dispose de hauts salaires, peut entamer une ascension sociale, envoyer de l’argent dans sa famille à l’étranger… Les ultra-riches ont donc bonne conscience, ils disent participer à une forme de ruissellement vers le « bas ». Cependant, les domestiques ne sont pas les égaux de leurs patrons.
À ce propos, la question de la famille me paraît centrale. Lorsque qu’une patronne appelle sa domestique « ma fille », la désignation est ambivalente : à la forme méprisante se surajoute l’idée chez elle que domestiques et patrons font partie de la même famille, avec de bien réelles relations d’affection, notamment entre les domestiques et les enfants des patrons, patrons dont ils savent presque tout, qu’ils peuvent voir tristes, malades, affaiblis… Mais tout ceci masque également un rapport de domination très dur, avec des renvois brutaux et humiliants, comme cette jeune femme chassée après deux années pour avoir été surprise à embrasser un autre domestique, et traitée de « putain » par sa patronne. Les sociologues ont démontré depuis longtemps que la famille, loin d’être seulement un lieu idyllique, est avant tout le lieu de toutes les dominations, et souvent le théâtre de violences. L’employeur considère que l’argent autorise tout et que, les domestiques faisant partie de leur famille, on peut tout leur demander. Les domestiques ne sont pas dupes de leur situation de dominé·es, mais j’en ai vu beaucoup, pendant nos entretiens, pleurer de fatigue…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : que nous dit le monde des domestiques de la situation sociale en France ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alizée Delpierre : il dit la persistance d’une petite minorité de très riches ; la grande aristocratie est loin d’avoir disparu, et les fortunes des autres ultra-riches restent considérables. Ce monde agit également comme un miroir grossissant de la ségrégation sexuée, de classe, de genre et de « race », au détriment notamment des femmes de milieux populaires d’origine non européenne. Les très riches affirment ne pas être racistes puisqu’ils emploient des non-blancs. Mais ils recrutent leur personnel en établissant des hiérarchies reposant sur de stéréotypes de genre et de sexe voire de « race ». Les femmes noires sont considérées comme « naturellement » de bonnes nounous, ensuite remplacées quand les enfants grandissent par des femmes blanches… Cette essentialisation raciale des compétences supposées s’inscrit dans un mode de pensée colonial largement répandu dans la société, au-delà de leurs entre-soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
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&lt;/p&gt;</description></item><item><title>« La forteresse assiégée » : la France, les femmes et le pouvoir</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/301/19-lecture/</link><pubDate>Tue, 15 Sep 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/301/19-lecture/</guid><description>&lt;p&gt;Eliane Viennot est professeure émérite de littérature de la Renaissance. Elle a enseigné la langue et la littérature française dans plusieurs universités dont Seattle et Saint-Étienne.
Militante féministe depuis les années 1970, elle s&amp;rsquo;est notamment investie dans les campagnes pour le droit à l&amp;rsquo;avortement, pour la parité, et pour l&amp;rsquo;institutionnalisation des études féministes (ou « de genre »).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : le volume 5 de la série que vous consacrez à l’histoire des relations de pouvoir entre les sexes en France est consacré à la période contemporaine proche (1860-2000) : un temps de conquêtes politiques peut être plus
qu&amp;rsquo;économiques et sociales ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Éliane Viennot : en réalité tout est lié. Ce qui caractérise cette période est l’accès des femmes aux métiers et aux positions jusqu’alors monopolisées par les hommes.
Un premier grand mouvement suit leur entrée à l’université, qui se dessine en 1861, lorsque la première parvint à passer puis à faire valider son baccalauréat (Julie-Victoire Daubié), et qui se concrétise en 1868, avec l’inscription de la première à la faculté de médecine (Mary Putnam).
Le deuxième grand mouvement est consécutif à leur accès au droit de vote et d’éligibilité, en 1944, qui entraîne l’ouverture des fonctions et professions demeurées closes : politique, haute fonction publique, magistrature… et finalement police, armée, etc.
Ce que cherche à montrer ce livre, c’est non seulement que ces conquêtes furent très difficiles, qu’elles nécessitèrent des batailles homériques, mais qu’une fois admises en principe, leur mise en œuvre ne cessa d’être entravée par ceux qui n’en voulaient pas. Tous les moyens ont été activés pour cela : guérilla politico administrative, recours aux boys clubs, dénigrements des « émancipées », offensives culturelles et médiatiques…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : quelle fut la place du syndicalisme, mais aussi de l&amp;rsquo;école, dans ces conquêtes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Éliane Viennot : les efforts investis dans l’éducation des filles par les féministes (femmes et hommes), dès la fin de la Révolution française, sont à l’origine du bouleversement qui s’opère dans les dernières décennies du XIXe siècle.
Les masculinistes croyaient pouvoir justifier leurs monopoles sur l’éducation et les métiers supérieurs en invoquant la faiblesse intellectuelle des femmes. Or dès qu’une porte s’ouvre, certaines décrochent les premières places : examens, concours, agrégations, rien ne leur résiste.
Dès les années 1960, de nouveaux empêchements sont mis en place pour qu’elles ne s’installent pas partout en positions de force dans les anciens monopoles masculins - par exemple la justice, les bibliothèques, le professorat.
Le rôle des syndicats est beaucoup moins positif. Le mouvement ouvrier dans son ensemble démarre cette période opposé au travail des femmes, et il le demeure très longtemps. Les syndicats féminins créés par les féministes sont négligés, voire combattus, voire supprimés par les dirigeants. Quant aux syndicats ouverts aux femmes, ils demeurent des bastions masculins jusque dans les années 1970. Les problèmes que connaissent les femmes - comme travailleuses des secteurs les plus dévalorisés, comme mères de famille chargées de la « double journée », comme victimes de violences sexistes et sexuelles - sont très longtemps ignorés ou méprisés.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : quels espaces restaient à conquérir au début du XXIe siècle ? Quelles résistances face à cette quête de l&amp;rsquo;égalité ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Éliane Viennot : globalement, beaucoup de blocages commencent à sauter à partir des années 1980, sous la quadruple influence du MLF (qui a rouvert la plupart des dossiers laissés en suspens), des chercheureuses féministes (qui n’ont cessé de mieux documenter les discriminations), des institutions supranationales comme l’ONU et l’Europe (qui ont organisé des conférences internationales, poussé les États à s’engager) et des gouvernements socialistes (qui ont légiféré dans le sens de l’égalité). Certains domaines restent toutefois presque intouchés par la « vague des réformes » : la politique, d’où la campagne pour la parité qui démarre en 1993 ; la langue masculinisée, qui ne commence à reculer qu’après la véritable bataille engagée en 1997 autour du mot ministre (la ou le ?) ; le continent des violences masculines, dévoilé en 2000 par une première enquête nationale. Enfin, certains secteurs demeurent sourds, comme l’Église catholique, une partie de la franc-maçonnerie, et bien des clubs où se rassemble le gratin des capitalistes… de sexe masculin.
Dans mon livre, la conclusion est consacrée aux avancées réalisées depuis cette date - elles sont nombreuses -, mais aussi à ce qui continue de résister, et aux nouvelles menaces apparues depuis. Certaines, comme la « réislamisation » de jeunes issu·es de l’immigration maghrébine, la revitalisation d’une opposition catholique réactionnaire, l’émergence d’une mouvance ouvertement masculiniste, sont particulièrement inquiétantes.&lt;/p&gt;
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&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Dix ans de politiques éducatives : le bilan (2017-2027)</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/301/20-education/</link><pubDate>Mon, 14 Sep 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/301/20-education/</guid><description>&lt;p&gt;Premier degré
L’urgence est d’inverser
la déprofessionnalisation en marche&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le 1er degré, TALIS 2024 (enquête internationale sur l’enseignement et l’apprentissage), présentée par la DEPP en octobre 2025, montre que la satisfaction vis-à-vis des conditions d’emploi, pour les professeur·es d’école (PE) d’élémentaire est passée de 71% en 2018 à 49% en 2024. C’est la chute la plus importante de tous les pays enquêtés (recul de 22 points), juste devant les enseignant·es français·es de collège dont la satisfaction baisse de 21 points. Aucun autre pays ne connaît un tel recul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreuses raisons expliquent ce grave mal-être professionnel, et l’inclusion à marche forcée sans les moyens ni les formations nécessaires est sans doute en tête de la déstabilisation profonde et durable de la profession. Mais nous voudrions ici éclairer la politique éducative qui a été engagée dès 2017 dans le 1er degré sous un angle moins immédiatement identifiable, mais qui a organisé une véritable déprofessionnalisation du métier d’enseignant. Cette politique éducative, conduite par Jean-Michel Blanquer à partir de 2017, n’a pas dévié depuis, malgré la succession de sept ministres après lui.
Nous voulons parler du virage de l’institutionnalisation des données probantes en France, articulée à un projet réactionnaire et d’assignation des élèves dans une société inégalitaire. Ce virage a été mis en œuvre grâce à un pilotage pédagogique de plus en plus injonctif, organisant un appauvrissement des contenus enseignés, autour des évaluations nationales progressivement généralisées depuis 2018.
Blanquer rue de Grenelle, la rupture&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes peu nombreux·ses à nous souvenir de la conférence de presse de décembre 2017, au cours de laquelle le « nouveau » ministre affirmait qu’il relève de la « non-assistance à personne en danger » que de laisser un·e enseignant·e choisir la méthode et le manuel qui lui conviennent. Pourtant, la direction était donnée.
Pour agir sur le système éducatif et le travail des enseignant·es, deux voies sont possibles : le renforcement de la professionnalité des actrices et acteurs en misant sur leur capacité à ajuster leur enseignement aux réalités de leur classe, pour construire les meilleures dynamiques d’apprentissage possibles… ou la mise sous tutelle d’un métier alors considéré comme d’exécution de protocoles pensés par d’autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour organiser cette deuxième option, c’est tout un écosystème de mesures qui a été déployé : la caution scientifique de l’entrée de l’école française dans l’ère des données probantes étant assurée par le CSEN (conseil scientifique de l’Éducation nationale) créé en 2018 et placé sous la direction du neuropsychologue Stanislas Dehaene. À l’annonce de la création de ce conseil, une tribune proposée par la FSU-SNUipp a été signée par 56 chercheur·ses et représentant·es des mouvements pédagogiques, pour rappeler que « la complexité des processus d&amp;rsquo;apprentissage suppose une coopération durable entre chercheurs et praticiens » puisque « c’est le pédagogue qui s’empare, traduit, et met en œuvre la ressource délivrée par la recherche ».
De nombreux chercheurs et chercheuses contestent « l’éducation fondée sur les données probantes », parce que dans ce cadre se trouvent progressivement écartés tous les enseignements qui ne sont pas mesurables et quantifiables.
Citons Stéphanie Demers, lors d’un « workshop » sur les données probantes en éducation en 2022 : « En observant et analysant la pyramide de la preuve présentée dans le document du CSEN, l’on note que plus on monte dans la pyramide, plus on s’éloigne de la complexité, plus les éléments de la complexité sont brouillés. Et les données probantes ne peuvent pas faire l’économie de la fragmentation, leur nature même étant de découper. Elles fragmentent la personne, la compartimentent en variables, en produit issu d’un processus, en un « extrant » en quelque sorte. Et donc à cet égard-là, la complexité du monde est niée tout comme l’est la complexité de l’humain. En soi, les données probantes ne sont pas répréhensibles, mais leur usage et la mobilisation qui en sont faits le sont. ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un écosystème redoutable…
au service d’un projet réactionnaire
et d’une école inégalitaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cœur de la nouvelle organisation de l’école se trouvent les évaluations nationales standardisées, imposées progressivement à tous les niveaux de l’élémentaire (ainsi qu’en 6e, 5e, 4e, 2e et CAP). Ces évaluations, qui se concentrent par définition sur des items mesurables, sont très vite devenues non plus des outils de mesure, mais des indicateurs des objectifs à atteindre. Ce qui a considérablement appauvri les pratiques elles-mêmes. Le meilleur exemple est la pratique de la mesure au chronomètre de la vitesse de lecture, réduite à l’oralisation sans critère de compréhension, dès le CP et chaque année d’élémentaire.
Les dernières évaluations de 6e montrent qu’en 4 ans, les performances en « fluence » ont augmenté de 7 points (IPS 1) à 9 points (IPS 5), pendant que la compréhension perdait 15 à 16 points, chutant à un score moyen de 26,2 sur 100 pour les élèves d’IPS 1 (correspondant aux catégories sociales les moins favorisées).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les programmes de primaire ont été réécrits, s’organisant autour des items des évaluations comme compétences centrales de l’enseignement. Ces programmes, une première grâce à la commande de Gabriel Attal dans son pack du « Choc des savoirs », intègrent les objectifs chiffrés à atteindre pour des compétences comme la fluence en lecture ou la fluence numérique. Est-il nécessaire d’expliquer que les entraînements techniques survalorisés créent un véritable « empêchement d’apprendre » pour les élèves à qui l’école devrait permettre de construire de nouveaux rapports aux langages, et les chemins de la compréhension et de l’élaboration intellectuelle ? Les écarts entre élèves d’Éducation prioritaire et élèves hors EP ne se résorbent pas, contrairement aux mensonges ministériels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pilotage pédagogique a fait l’objet d’une attention particulière, afin qu’aucun·e PE n’échappe aux priorités de contenus et de pratiques imposés, même si l’Éducation prioritaire a été mise sous pression d’une manière nettement plus forte qu’ailleurs : l’encadrement des pratiques était déjà posé dans le « Vademecum 100% de réussite » de 2019, il est confirmé dans la dernière circulaire du 29/06/2026 qui impose des visites de classe chaque année, y compris aux PE expérimenté·es, ainsi que la présence de l’IEN ou d’un·e conseiller·e pédagogique aux conseils des maître·sses. Les classes dédoublées, mises ainsi sous tutelle, ne produisent que peu d’effet alors même que les progrès permis par les baisses d’effectifs sont bien documentés par la recherche…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce « pilotage » autoritaire est cependant subi par les écoles de tous les secteurs de scolarisation, avec les « résidences pédagogiques » imposées, où les résultats aux évaluations nationales sont épluchés et les pratiques contrôlées. Les directrices et directeurs d’école sont également enrôlé·es dans ce pilotage délétère depuis le nouveau référentiel publié contre l’avis de toutes les organisations syndicales le 19 mai 2026.
Et pour mesurer l’ampleur de l’organisation d’une école sous contrôle, n’oublions pas le CASF (conseil académique des savoirs fondamentaux), qui fait de chaque rectrice ou recteur depuis 2023 un pilote pédagogique, à partir des indicateurs des évaluations nationales des écoles et établissements de son académie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et donc, qu’attendre de 2027 ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les prochaines présidentielles doivent être l’occasion d’affirmer que rien ne peut remplacer une professionnalité enseignante renforcée et soutenue. Il sera temps de mettre un terme à « l’evidence-based-education » en France, comme il sera temps de stopper un pilotage autoritaire délétère, qui ne produit que déprofessionnalisation et tri social des élèves. Sortir de ce fonctionnement demandera cependant à toute une chaîne hiérarchique de renoncer aux outils de cette politique, évaluations standardisées et tableaux de pilotage en tête, afin de retrouver le chemin d’une école égalitaire et émancipatrice, pensée au quotidien par ses acteurs et actrices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En attendant, la FSU-SNUipp continue son travail de fond avec la profession, partageant ressources et outils de résistance, malgré des conditions dégradées.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alexandra Dehouck, Sarah Hamoudi-Wilkowsky,
Betty Jean dit Teyssier, Rachel Schneider&lt;/p&gt;
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&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Élections 2027 : les nationalisations</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/301/22-ecopol/</link><pubDate>Sun, 13 Sep 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/301/22-ecopol/</guid><description>&lt;p&gt;La question des nationalisations n’a jamais vraiment disparu, notamment parmi les économistes combattant la pensée et les politiques libérales. Mais elle a pris ces dernières années une ampleur particulière qu&amp;rsquo;il faut interroger pour en comprendre les ressorts et pour déterminer à quelles conditions des nationalisations de certaines productions pourraient être des étapes sur une trajectoire de sortie du modèle capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juin dernier, l&amp;rsquo;Assemblée nationale a adopté une proposition visant à nationaliser ArcelorMittal. Le contexte politique ne permet pas d&amp;rsquo;envisager, à ce stade, sa mise en œuvre effective, mais la mobilisation des oppositions de gauche et écologistes sur cette question est significative. Plus largement, depuis 2020, de nombreux États ont entrepris de nationaliser ou d&amp;rsquo;acquérir une partie du capital social de grandes entreprises.
En Allemagne, l&amp;rsquo;État est intervenu dans le secteur énergétique pour éviter l&amp;rsquo;effondrement d&amp;rsquo;entreprises fragilisées par la crise du gaz. En Italie, les pouvoirs publics ont renforcé leur présence dans plusieurs secteurs stratégiques. Aux États-Unis l&amp;rsquo;intervention publique et les subventions massives à l&amp;rsquo;industrie sont redevenues des instruments centraux de la politique économique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’État au secours du capital&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partout, sous des formes différentes, le dogme selon lequel l&amp;rsquo;État devait se retirer de l&amp;rsquo;économie semble se fissurer. Le phénomène est suffisamment important pour que des économistes et des historien·nes évoquent une tendance d&amp;rsquo;une ampleur inédite depuis plusieurs décennies, qui constituerait une quatrième vague de nationalisations, après celles qui ont marqué le XXe siècle, et après une longue période dominée par l&amp;rsquo;éloge du marché, de la libre concurrence et des privatisations. Suffisamment important aussi pour que cela fasse l&amp;rsquo;objet d&amp;rsquo;une publication dans une revue du Fonds Monétaire International.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette quatrième vague de nationalisations ne remet pas en cause les principes fondamentaux du capitalisme ni des politiques néolibérales. L&amp;rsquo;idéologie capitaliste est encore hégémonique, alors qu&amp;rsquo;elle nous conduit à la catastrophe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les prises de contrôle étatique d&amp;rsquo;entreprises ou de secteurs stratégiques constituent une adaptation aux échecs du marché (transport, énergie…) et au nouveau contexte de guerre commerciale internationale. Cette dernière marquerait le retour de la géoéconomie, réponse du capital à ses propres échecs et contradictions (stagnation de la productivité, épuisement des ressources, baisse des taux de profit…). Faire de la géoéconomie c’est pour un État mettre les choix de politique économique au service de la sécurité nationale. Pendant un temps cette sécurité s&amp;rsquo;accommode du libre-échange et du multilatéralisme, ce n&amp;rsquo;est plus le cas.
Elle passe désormais par des États de plus en plus autoritaires et belliqueux et par des stratégies de contrôle des technologies et d&amp;rsquo;accès aux ressources naturelles.
Ce sont donc les risques sanitaires, la crise énergétique, les guerres, l’accaparement des ressources, les conflits commerciaux et la souveraineté économique mise à mal par la dépendance aux chaînes de production mondialisées qui motivent les interventions étatiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais puisque le contrôle du capital par la puissance publique n&amp;rsquo;est plus le tabou qu&amp;rsquo;il a été pendant une quarantaine d&amp;rsquo;années, précisons les conditions qu&amp;rsquo;il faudrait remplir pour en faire une stratégie de sortie du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles nationalisations pour sortir
du capitalisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une entreprise nationalisée ou socialisée doit satisfaire des impératifs sociaux et écologiques et non la rémunération du capital. La puissance publique ne doit donc pas se comporter en actionnaire soucieux des dividendes. Décarbonation, préservation des ressources et de l’environnement et planification des investissements doivent devenir les objectifs centraux.
Il faudrait aussi revoir profondément les rapports sociaux au travail, pour que les salarié·es et leurs représentant·es disposent d’un véritable pouvoir sur le travail, sur son organisation, son orientation et sur les critères de qualité. Le contrôle public du capital doit ainsi être l’occasion d’instaurer une véritable démocratie au travail, en engageant aussi une répartition de la valeur créée privilégiant les salaires et l’emploi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nationalisation doit enfin permettre de soustraire certaines activités à la logique de rentabilité financière. L’écologique exige des investissements de long, voire de très long terme, qui ne produiront pas nécessairement de profits immédiats, ou de profits tout court. Une société ne peut organiser la rupture tout en restant soumise au retour financier rapide. De nombreuses activités productives doivent être évaluées selon leurs coûts / bénéfices sociaux et leurs externalités.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur cette question des investissements, il s’agit aussi de ne pas financer les secteurs socialisés en ponctionnant les services publics ou la protection sociale. Une vague significative de nationalisations, pour ne pas être une forme de sauvetage du capitalisme, suppose d’être associée à une fiscalité plus juste, une contribution accrue des grandes fortunes et des profits, mais aussi la construction d&amp;rsquo;un nouveau circuit de financement permettant à la puissance publique d&amp;rsquo;investir durablement sans dépendre des marchés financiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le supposé retour de l&amp;rsquo;État dans l&amp;rsquo;économie ouvre ainsi deux perspectives opposées. Il peut servir à sauver le capitalisme, sur le modèle des nationalisations des banques après la crise des subprimes, ou faire de la propriété publique un levier de transformation écologique, démocratique et sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&amp;rsquo;est de ce choix que dépendra le sens véritable de cette nouvelle vague de nationalisations.
Mais au-delà d’un simple changement d’actionnaire, avec l’entrée de la forme étatique au capital des entreprises, une véritable rupture avec le système actuel nécessite davantage de penser une socialisation des moyens de production et d’échange, permettant de remettre en cause la propriété privée des moyens de production et la logique d&amp;rsquo;accumulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hervé Moreau&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
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&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Les mots du néolibéralisme : la déréglementation</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/301/23-mots/</link><pubDate>Sat, 12 Sep 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/301/23-mots/</guid><description>&lt;p&gt;« Enjeux » poursuit sa série d’articles interrogeant quelques mots du néolibéralisme et leur sens au regard des politiques gouvernant les services publics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DÉRÉGLEMENTATION&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les politiques néolibérales postulent la nécessité d’alléger ou de supprimer les contraintes réglementaires pour leur préférer des conceptions plus souples de la régulation (soft law). Au cadre normatif, jugé archaïque et bureaucratique, se substitue le dogme nouveau d’une modernité qui prétend produire une action publique plus efficace mais ne cesse, en réalité, de l’assujettir au jeu des marchés, de l’ouvrir aux perspectives de la privatisation et de la soumettre à l’initiative managériale et aux ententes contractuelles. Les successives réformes de l’État et de la fonction publique n’ont cessé de brandir le prétexte d’une nécessaire simplification pour modifier la culture de l’encadrement et le convaincre des vertus de la souplesse face aux carcans de la réglementation.
La déréglementation n’a pourtant pas fait la preuve de sa capacité à améliorer l’efficience des services publics. Elle favorise les stratégies particulières poussées par des volontés individuelles ou des opportunités de circonstance qui ne garantissent en rien ni les perspectives de l’intérêt général, ni celles de l’égalité de traitement des usager·es ou des agent·es.
C’est particulièrement évident dans le domaine des RH où, sous prétexte d’une nécessaire souplesse, sont introduites des différences de traitement qui induisent flexibilité, précarité et injustice. La promesse d’une individualisation de la gestion administrative, capable de répondre aux situations particulières, ne risque de satisfaire que celles et ceux qui en tireront, un temps tout au moins, quelque profit.
La déréglementation n’est pas le gain d’une liberté permise par une gestion de proximité plus humaine, mais le remplacement de la norme réglementaire par une norme managériale ou contractuelle dont les visées sont loin d’être transparentes, les injonctions loin d’être souples et les motivations loin d’être égalitaires. Dans le cadre d’une recherche obsessionnelle d’économies budgétaires et d’un pilotage de plus en plus autoritariste, cette apparente liberté sera, en réalité, la légitimation de contraintes inégalitaires puisqu&amp;rsquo;elles seront variables au gré des volontés hiérarchiques et des circonstances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul Devin&lt;/p&gt;</description></item><item><title>« L'Université n'a pas failli sous Vichy ! »</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/301/24-hist-memoire/</link><pubDate>Fri, 11 Sep 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/301/24-hist-memoire/</guid><description>&lt;p&gt;C’est ce que proclame Lablénie*, le président de la Résistance enseignante du FNU (Front national universitaire) à la Libération en 1944. Certes les personnels enseignants et non enseignants de l’Éducation nationale n’ont pas tous et toutes été des résistant·es, mais dans une large majorité ils ont refusé de soutenir le régime collaborationniste liberticide de Vichy et son programme de réorganisation corporatiste et délaïcisé de l’État et de la société. Comment comprendre ce refus après « l’étrange défaite » de 1940 ? Quel rôle le syndicalisme a-t-il joué dans cette prise de conscience, alors que des militants divers de la gauche politique et « une véritable fraction néosyndicaliste au sein de la polycratie » ont soutenu la « Révolution nationale » ?
L’échec des associations professionnelles ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syndicalisme confédéré à la CGT unifiée en 1935-1936, était largement majoritaire en 1939 dans l’Éducation nationale, dont il faut rappeler que les syndicats étaient seulement tolérés depuis 1924. La défense des revendications corporatives (reclassement, retraites, recrutements, titularisations, nominations et mutations, maxima de service) y était prédominante.
La loi du 15 octobre 1940 porte dissolution de tous les groupements de fonctionnaires. André Delmas*, le secrétaire général du puissant Syndicat national des instituteurs, un des leaders de la tendance « Syndicats » de la CGT, très anticommuniste, essaie de négocier une autorisation de poursuivre l’activité du SNI, mais il essuie un net refus. L’objectif du régime de Vichy est en effet de développer de nouvelles associations professionnelles dans l’Éducation nationale. Celles-ci entrent dans le projet de restauration de l’Administration, justifiant le Statut des fonctionnaires de septembre 1941, qui s’inscrit dans la mission de reconstruire la société en l’épurant et en rendant active la solidarité des groupes qui la composent.
En 1942, 20% des instituteurs et institutrices, soit 30 000 fonctionnaires, auraient demandé à entrer dans ces associations. En réalité, les adhésions ne paraissent pas avoir excédé quelques milliers. En revanche, aucune association de personnels du secondaire, du primaire supérieur ou du technique n’a pu être créée.
Pour gagner la confiance des enseignants, Pétain se prête à une réception d’instituteurs en avril 1942, bien qu’il considère les instituteurs comme responsables de l’affaissement moral de la France et ait supprimé les écoles normales.
Le ministre Bonnard relance les associations par un décret du 12 juin suivant. Il s’appuie sur le concours d’anciens militants munichois du SNI et de la FGE (Fédération Générale de l’Enseignement, créée en 1929 au sein de la CGT) qui entrent dans les cabinets ministériels, Léon Emery* et André Lavenir* dans celui de Bonnard, et Blain dans celui d’Henriot. Lavenir estime, en janvier 1944, que la dissolution brutale du SNI a été une grave erreur. C’est l’aveu de l’échec de tous les groupements, maréchalistes, pétainistes et collaborationnistes, pour tenter de faire prévaloir leur vision de la Révolution nationale dans une Europe nouvelle.
Deux organisations, ouvertement collaborationnistes mais rivales, ont en effet été créées à la fin de l’année 1942 - début 1943, où se retrouvent d’anciens militants syndicalistes de la CGT. La Confédération générale de l’Enseignement, animée par Georges Lefranc* et Robert Fortier*, dispose de correspondants dans des départements sièges de facultés (Besançon, Caen, Dijon, Nancy, Lyon, Aix, Montpellier, Clermont). L’Union de l’Enseignement, filiale du RNP de Marcel Déat*, dirigée par Ludovic Zoretti*, Georges Albertini*, Léon Emery et Pierre Vaillandet* aurait 17 responsables départementaux fin 1942 et 32 en avril 1943. En juillet suivant, une A.G. réunit à la Mutualité 78 délégués de 29 départements. Les thèmes abordés dans son organe, l’École de demain, montre le passage de sujets très idéologiques à des questions corporatives (traitements et reclassement, réforme de l’enseignement et des cours complémentaires…).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les causes de la désaffection des personnels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les réactions des enseignants ont toujours mêlé approche éducative et corporative. L’épuration mise en œuvre par les trois premiers secrétaires d’État par exclusion de la Fonction publique des juifs, des francs-maçons et de ceux qui ne collaboreraient pas à l’œuvre de redressement national, est généralement mal acceptée. Elle renforce le traumatisme de la défaite et du début de l’Occupation et heurte une tradition d’indépendance et de tolérance.
La politique anti-laïque de Jacques Chevalier (13 décembre 1940 - 22 février 1941) est encore plus mal jugée.
Jérôme Carcopino (février 1941-avril 1942), pur produit de l’Université, corrige cette politique en essayant de mettre fin aux persécutions et à l’orientation cléricale de son prédécesseur. Sa réforme de 1942 fortifiant le secondaire ne soulève pas de rejet, mais n’apporte pas de réponse aux attentes des personnels d’amélioration de leur situation matérielle. En revanche, la politique collaborationniste d’Abel Bonnard (avril 1942 - août 1944) soulève de plus en plus de répulsion, tandis que la victoire de l’Allemagne apparaît de moins en moins crédible.
Dans leur majorité, les personnels n’accordent donc pas leur confiance aux politiques fluctuantes de Vichy, car les idéologies qui les sous-tendent contrarient trop les valeurs communément partagées de la culture humaniste transmise, et sans doute encore plus leur aspiration à gérer l’Université de façon autonome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les détériorations des conditions de vie
et de travail&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les vides laissés par les tués et prisonniers, l’exode et le transfert de lycées dans la zone libre, ont désorganisé les établissements à la rentrée 1940. Par la suite, l’occupation d’une partie de leurs locaux par les Allemands, puis par les forces de l’Ordre de Vichy, sont facteurs de désorganisation et d’hostilité de la part des personnels et des élèves.
De nombreux postes sont vacants, le nombre des auxiliaires grossit, les effectifs des classes sont pléthoriques. La misère des traitements des instituteurs est manifeste. Carcopino les fait donc augmenter faiblement en mars 1942. Bonnard double leur indemnité en octobre. Les militants de l’ex-SNI entrés à son cabinet lui proposent donc en 1944 d’accentuer une politique de mesures corporatives, susceptible d’endiguer un fort mécontentement qui entrave le ralliement à la politique de collaboration.
S’ajoutent les « prélèvements de fonctionnaire » : 2 806 jeunes instituteurs sont envoyés en Allemagne, soit 17% des 16 200 fonctionnaires requis. Les jeunes cherchent par tous les moyens à échapper au STO et certains entrent dans les maquis.
Les difficultés pour enseigner et pour vivre sont de plus en plus mal supportées et ne font qu’aggraver des réactions de méfiance et de défiance à l’égard du régime, d’autant que les carrières sont entre les mains des chefs. La loi du 12 juillet 1940 a en effet suspendu l’obligation de consulter les organismes consultatifs. L’inspection joue un rôle déterminant pour les nominations, mutations et promotions, encore plus qu’avant-guerre. Les chefs d’établissements sont investis de plus grands pouvoirs sur les carrières.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des urgences à la Libération&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du côté de la Résistance universitaire, on s’est appuyé sur une forte identité professionnelle en faisant appel aux ressources d’une culture rationaliste, humaniste et patriotique, mais les difficultés de toute nature dans la vie quotidienne et la vie professionnelle ont poussé également les responsables, anciens syndicalistes, à ne pas négliger les revendications corporatives. Ce qui a favorisé l’adhésion ou le soutien de la masse des personnels aux différentes organisations résistantes dans les derniers mois de l’année scolaire 1943-1944.
Tout en acceptant « comme leurs concitoyens les sacrifices indispensables pour la poursuite de la guerre jusqu’à la victoire et pour la rénovation du pays », les personnels attendent de recevoir en retour une juste reconnaissance matérielle de leur rôle et de la « dignité de leur fonction ». S’ils acceptent le nouveau contrat social fondée sur le programme des « jours heureux » du CNR de mars 1944, ils attendent leur reclassement et la possibilité de contrôler le déroulement de leur carrière. Ce que traduisent en termes de revendications urgentes leurs syndicats très majoritaires rassemblés dans la CGT en 1945. Ce syndicalisme s’appuie en même temps sur un formidable espoir de changer la société. L’École doit prendre toute sa place dans cette « renaissance », grâce à une réforme démocratique, dans la solidarité avec la classe ouvrière et la nation tout entière. La revendication corporative s’articule avec l’objectif de transformation profonde de la société.
Et aujourd’hui ?
L’histoire ne se répète jamais exactement. Mais on y trouve toujours des similitudes et des enseignements. Face au risque d’arrivée au pouvoir de l’extrême-droite nostalgique d’une nouvelle Révolution nationale, les syndicats ont la responsabilité de maintenir le cap pour une transformation sociale, en ne restant pas à la remorque des partis d’une gauche désunie, car tout notre avenir ne se jouera pas que dans les urnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alain Dalançon&lt;/p&gt;
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&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Le syndicalisme féministe : un outil de transformation sociale</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/301/26-egalite/</link><pubDate>Thu, 10 Sep 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/301/26-egalite/</guid><description>&lt;p&gt;Dans une société toujours structurée par le patriarcat et le capitalisme, l’émancipation des femmes est le fruit de luttes collectives et de rapports de force. Aucune conquête n’est définitivement acquise. Face à la destruction des droits sociaux et des services publics et aux offensives réactionnaires et d’extrême droite contre les droits des femmes, des minorités et des personnes LGBTQIA+, porter un syndicalisme féministe est plus que jamais une nécessité.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail, un terrain central de l’émancipation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syndicalisme féministe est d’abord un syndicalisme. Cette précision est loin d’être anodine. Le confondre avec l’activisme féministe constitue une erreur politique et stratégique. Non parce que les différentes formes d’engagement féministe devraient être opposées ou hiérarchisées : chacune contribue, avec ses outils propres, à rendre visibles les dominations, à faire émerger des revendications et à construire les mobilisations. Mais le syndicalisme ne peut renoncer à sa spécificité : organiser les travailleur·ses à partir de leurs conditions matérielles d’existence et construire le rapport de force pour arracher des droits collectifs.
Un syndicalisme féministe ne peut donc se réduire à importer dans notre Fédération les pratiques de l’activisme ou à multiplier les actions de sensibilisation. Il ne s’agit pas seulement de dénoncer les rapports de domination, mais de construire les moyens collectifs de les combattre et de transformer les rapports sociaux qui les produisent. Le travail constitue ainsi un terrain politique central de l’émancipation.
L’émancipation des femmes ne peut être pensée sans leur émancipation économique.
Sans autonomie financière, droits sociaux et protection collective, elles restent davantage exposées à la dépendance, aux violences et aux assignations de genre. L’accès à l’emploi et à un salaire, la protection sociale, la lutte contre les discriminations ou le développement des services publics, ont ainsi profondément transformé leurs conditions d’existence.
C’est là que réside la force du syndicalisme féministe : intervenir au cœur des rapports sociaux de production pour les transformer. Par l’organisation collective, la mobilisation, la grève et la conquête de nouveaux droits, il fait de la lutte collective un levier d’émancipation et de transformation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Transformer plutôt qu’aménager&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conception implique de penser ensemble patriarcat et capitalisme. Comme l’a montré Danièle Kergoat, les rapports sociaux de sexe et de classe ne s’additionnent pas : ils s’entrecroisent, se renforcent et se reproduisent mutuellement. Les inégalités salariales, le temps partiel subi, la précarité ou la sous-valorisation des métiers du soin, du lien et de l’éducation ne sont pas de simples dysfonctionnements. Ils participent d’une organisation économique qui tire profit de la division sexuée du travail et de l’exploitation différenciée de la main-d’œuvre.
Dans le même temps, le travail domestique et reproductif repose toujours très majoritairement sur les femmes. Indispensable à la société et à l’économie, il demeure largement invisibilisé et dévalorisé. Cette division sexuée du travail entretient leur dépendance et pèse sur leurs carrières, leurs conditions de travail et leur santé. Elle n’est pourtant pas une fatalité suspendue à un hypothétique « changement des mentalités ». Le syndicalisme dispose de leviers pour la combattre : repenser l’organisation du travail et réduire le temps de travail pour toutes et tous afin de desserrer les contraintes qui pèsent sur les femmes et de mieux partager les temps de vie.
Notre féminisme syndical ne peut donc avoir pour horizon une meilleure place des femmes dans un système profondément inégalitaire.
Il ne s’agit pas de permettre à quelques-unes de franchir les plafonds de verre tandis que d’autres restent assignées aux emplois précaires, peu reconnus et mal rémunérés. Il ne s’agit pas d’aménager les inégalités, mais de transformer les structures qui les produisent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chausser les lunettes du genre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Penser l’émancipation impose de refuser une lecture fragmentée des dominations. Les rapports sociaux de sexe et de classe s’articulent au racisme, au validisme, aux LGBTQIA+phobies et aux autres mécanismes de domination et d’exploitation. Une approche intersectionnelle permet d’analyser leur imbrication et ses effets pour mieux les combattre.
Cette analyse doit irriguer l’ensemble de notre syndicalisme : porter un syndicalisme féministe, c’est « chausser les lunettes du genre » dans tous nos champs d’intervention.
Cela vaut pour les salaires, les carrières, les retraites, les services publics, les conditions de travail, la protection sociale, mais aussi l’écologie, les droits des étranger·es ou les libertés publiques. Aucune de ces questions n’est neutre du point de vue du genre car les effets des politiques que nous combattons peuvent être renforcés par l’imbrication des dominations.
« Chausser les lunettes du genre », c’est interroger les effets différenciés des politiques publiques comme la portée de nos revendications : corrigent-elles les inégalités ou agissent-elles sur les mécanismes qui les produisent ? Le féminisme ne doit être ni un supplément d’âme, ni un domaine réservé à quelques militantes, ni se limiter aux échéances du 8 mars et du 25 novembre. Il doit être une grille de lecture et d’action pour transformer la société.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un féminisme syndical de lutte&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour U&amp;amp;A, le féminisme syndical est indissociable d’un syndicalisme de lutte et de transformation sociale. Les droits ne sont pas octroyés : ils se conquièrent. Faire des revendications féministes des revendications syndicales à part entière suppose de les porter dans toute l’organisation et toutes nos mobilisations. Les grèves féministes du 8 mars participent de cette stratégie : elles rendent visible la place du travail des femmes et la puissance de l’action collective.
Le travail mené avec la CGT et Solidaires dans les Intersyndicales femmes constitue aussi un axe important pour confronter nos analyses, construire des mobilisations communes et renforcer le rapport de force.
Notre exigence féministe vaut aussi pour nos pratiques. Qui prend la parole ? Qui exerce les responsabilités ? Qui accomplit les tâches invisibles ? Qui a le temps de militer ? Nous ne pouvons combattre les rapports de domination dans la société sans interroger la manière dont ils traversent aussi nos syndicats.
Cette ambition ne s’arrête pas aux frontières.
Notre syndicalisme féministe est internationaliste : face à des systèmes d’exploitation et de domination mondialisés, il construit les solidarités entre les travailleur·ses et soutient les luttes des femmes partout où leurs droits sont attaqués.
Il est aussi résolument antifasciste. Les extrêmes droites font de la remise en cause des droits des femmes et des personnes LGBTQIA+, du racisme et de la division des travailleur·ses des ressorts de leur projet politique. Les combattre est donc indissociable de notre projet féministe et syndical d’émancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faire du féminisme une grille de lecture
et d’action&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour U&amp;amp;A, porter un syndicalisme féministe à la FSU, c’est faire du féminisme une dimension structurante de notre projet : former nos militant·es, produire des analyses féministes dans tous nos champs d’intervention, faire vivre nos mandats et transformer nos pratiques.
Parce que l’émancipation ne peut être ni individuelle, ni réservée à quelques-unes, ni partielle, le féminisme doit traverser tous nos combats et irriguer le syndicalisme de masse, de lutte et de transformation sociale que nous défendons.
Dans la période qui s’ouvre, alors que les échéances électorales peuvent renforcer les politiques libérales comme l’extrême droite, faire vivre effectivement le syndicalisme féministe dans toute la FSU relève d’une urgence sociale et politique. Plus que jamais, notre horizon n’est pas de rendre le patriarcat plus supportable, mais de construire les rapports de force capables d’en défaire les mécanismes et de le faire tomber.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la collective UA Femmes,
Claire Fortassin, Caroline Quiniou et Anne Roger&lt;/p&gt;
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&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Bassin minier : victoire juridique face à l'extrême droite</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/301/28-extreme-droite/</link><pubDate>Wed, 09 Sep 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/301/28-extreme-droite/</guid><description>&lt;p&gt;Entretien avec Alexandra Dehouck, co-SD de la FSU-SNUipp 62.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : peux-tu revenir sur la victoire syndicale à Hénin-Beaumont, suite à la décision du tribunal administratif de début juillet ? (le contexte, la lutte locale…)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alexandra Dehouck : dès 2014, Steeve Briois, maire RN, s’en est pris aux personnels et représentant·es syndicaux. Deux salariés de SUD ont fait l’objet d’attaques incessantes du maire avec pour but leur licenciement. En janvier 2026, des conseils de discipline les ont pourtant blanchis des accusations de manquements par Steeve Briois. Il les a pourtant suspendus pour un et deux ans. Le tribunal administratif de Lille a annulé en urgence les sanctions. Le but de ces suspensions était d’empêcher la constitution de listes pour les élections professionnelles de décembre et de faire un exemple pour dissuader l’organisation collective en faisant régner la peur.
Deux rassemblements de soutien réussis à Hénin, auxquels a participé la FSU, ont pesé. La décision du TA est une victoire pour le respect de l’État de droit auquel s’attaque le RN.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : que signifie militer syndicalement dans une ville dirigée par l&amp;rsquo;extrême droite ? Quelle est ton expérience ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alexandra Dehouck : cela nous oblige à repenser collectivement nos stratégies et actions syndicales.
Le travail et les échanges avec les municipalités et les élu·es locaux sont devenus impossibles.
Au moment de la carte scolaire par exemple, la FSU-SNUipp menait des actions avec les élu·es locaux et les parents d’élèves afin de nous opposer au projet de fermetures : nous devons repenser et reconstruire ce travail de terrain autrement, dans l’intérêt des personnels des écoles et des élèves, mais sans les municipalités.
Nous continuons nos articles de fond contre l’extrême droite, tout en veillant à ne pas donner prise aux attaques et insultes notamment sur les réseaux sociaux, très utilisés par ces mairies dans un sens unique. Leur volonté est de déclencher des polémiques et des fake news, sans droit de réponse, afin de manipuler encore plus l’opinion publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : comment résistez-vous ? (c&amp;rsquo;est peut-être un peu la même question…)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alexandra Dehouck : avant d’être en capacité de résister, il m’a fallu, à mes camarades et moi, dépasser le contrecoup de la stupeur, de voir d’anciennes villes minières tomber entre les mains d’élus RN, parfois catapultés d’autres régions. Le bassin minier et sa culture locale ont été durant tout le 20e siècle un territoire de révoltes, de luttes sociales, mais aussi de solidarité et d’entraide.
Les premières mesures du RN ont été d’atteindre, de manipuler et de s’approprier cette histoire et cette mémoire collectives, et donc localement nos histoires familiales.
Mais résister, c’est ne pas se résigner, car des oppositions locales au RN existent.
Elles sont individuelles, citoyennes, associatives, syndicales, politiques. Elles sont pour le moment diffuses et désorganisées.
À la FSU 62, des initiatives permettent de communiquer à l’observatoire national les atteintes à l’État de droit et toutes les mesures qui créent encore plus d’inégalités et de discrimination. Nous étudions les comptes rendus des conseils municipaux, les arrêtés… qui entrent parfois en contradiction avec les publications de ces maires RN sur les réseaux sociaux.
C’est un travail à long terme, mais il permet de construire une argumentation solide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : d&amp;rsquo;après ton expérience et ton analyse, comment peut-on convaincre celles et ceux qui peuvent être tenté·es de voter extrême droite et celles et ceux qui hésitent à aller voter aux présidentielles ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alexandra Dehouck : c’est là que le travail de veille et de recensement des décisions prises dans les villes RN prend tout son sens. Chaque élu RN est maintenant porteur d’un bilan que nous analysons.
Il existe un vote d’adhésion idéologique à l’extrême droite, y compris dans notre département. Mais il s’agit aussi d’un vote de désillusion et de contestation : il faut démontrer que la politique menée par le RN dans les municipalités va à l’encontre des intérêts sociaux, économiques et éducatifs de nombre de ses électeurs. Il faut aussi travailler sur l’abstention.
Association, syndicat, parti politique, à chacun de mener la bataille d’information et de conviction dans son champ d’action, en apportant des éléments concrets, un bilan du programme RN mis en œuvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : quelle place tenir et quelles actions syndicales mettre en place ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alexandra Dehouck : les militant·es syndicaux au sein de la FSU vont continuer de toucher l’ensemble du monde éducatif durant les réunions syndicales et les stages, par exemple, en étant présent·es partout là où c’est possible, au sein de collectifs, dans des opérations de tractage, dans les mobilisations contre l’extrême droite.
Un cadre intersyndical est à construire.&lt;/p&gt;</description></item><item><title>Carcassonne : nouveau laboratoire du RN</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/301/29-extreme-droite/</link><pubDate>Tue, 08 Sep 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/301/29-extreme-droite/</guid><description>&lt;p&gt;Dans l’Aude, depuis 2022, tous les députés sont RN&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’un d’eux, Christophe Barthès est devenu maire de Carcassonne en mars 2026.
Dès son arrivée, nous avons assisté à une bascule, une entrée en fonction tonitruante avec de nombreuses annonces et des marqueurs d’extrême droite : la suppression du drapeau européen, un arrêté anti-mendicité attaqué par la Ligue des Droits de l’Homme. Ce recours en justice a déclenché l’annonce de la suppression de la subvention et du local mis à disposition. Pour dénoncer les propos du maire sur les réseaux sociaux, une manifestation de jeunes soutenue par différentes organisations syndicales a été organisée. Dans la foulée, ces dernières ont subi une nouvelle annonce : retrait des locaux de la FSU, CGT, CFDT et Solidaires. Au bout d’un mois, le maire avait pris les organisations syndicales pour cible. Il s’attaque également à la culture gratuite et accessible à toutes et tous : le festival off en juillet et août a vu ses crédits diminués des deux tiers.
Pour « le Trump occitan » surnommé ainsi par un adversaire politique, une outrance chasse l’autre : l’apport des cartons de déménagement dans les locaux d’une organisation, l’arrosage des manifestant·es au tuyau d’eau depuis le balcon de la mairie, la fête Jeanne d’Arc, la fête du cochon, une publication pour la fête religieuse du 15 août&amp;hellip;
Militer dans une ville tenue par l’Extrême droite fait peser une incertitude sur l’action syndicale et une précarité quant à l’accueil des militant·es et des collègues, une fragilisation de notre travail syndical et cela prend beaucoup d’énergie. À ce jour, la FSU est toujours hébergée dans des anciens logements de fonction d’une école maternelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ville de Carcassonne est un des laboratoires pour la prise du pouvoir par le Rassemblement national.
À rebours de la stratégie de respectabilité utilisée par Alliot à Perpignan, le maire se caractérise par sa lutte contre les syndicats, contre les associations qui défendent les droits, contre la culture, contre la presse locale et la remise en cause de la laïcité. Il développe également toute une stratégie de communication sur la sécurité et la propreté, déconnectée de la réalité constatée sur le terrain.
L’extrême droite n’a pas changé et son action a le mérite de le montrer. Ce constat doit convaincre celles et ceux qui ne veulent pas de ces remises en cause, que la mobilisation est indispensable.
Bonne ou mauvaise publicité ? Il utilise l’argument que quand on arrive quelque part, ça change et on n’est pas là pour faire comme les autres. Cette outrance trouve son public. Le budget a été voté et nous en voyons les premières mesures sur le festival off fortement diminué et l’investissement dans le bâti scolaire, même si la climatisation de salles de classe est annoncée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour combattre l’extrême droite et convaincre de sa nocivité, il faut continuer à faire ce pourquoi nous sommes reconnus, notre travail quotidien de défense des personnels et des droits. Il faut faire valoir nos revendications avec notre calendrier en y intégrant une critique des pratiques et des idées d’extrême droite sur les sujets du travail, de la place des femmes, des LGBTQIA+, des étranger·es et de toute forme de discrimination. Il faut poursuivre le travail et les mobilisations les plus unitaires possibles, en intersyndicale avec les associations et les collectifs de jeunesse.
La période d’avril et juin 2026 a été difficile et il faudra nous organiser pour tenir sur la longueur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Patrick Borde co-secrétaire départemental
de la FSU de l’Aude, syndiqué SNES-FSU
et professeur de lettres
dans un collège de Carcassonne&lt;/p&gt;
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&lt;/p&gt;</description></item><item><title>L'extrême droite contre les syndicats : États-Unis, Hongrie, Italie</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/301/30-eclairage/</link><pubDate>Mon, 07 Sep 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/301/30-eclairage/</guid><description>&lt;p&gt;Benjamin Schreiber est Directeur adjoint de la Fondation Friedrich-Ebert France. Il a bien voulu accepter de présenter la récente note, rédigée en association avec la Fondation Jean Jaurès, relative aux attaques de gouvernements d’extrême droite contre les syndicats, aux États-Unis, en Hongrie (avant la chute de Viktor Orban) et en Italie. L’entretien a été finalisé au lendemain de la victoire de l’AfD5 aux élections en Saxe Anhalt.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : pourriez-vous présenter la Fondation Friedrich-Ebert (FES) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Benjamin Schreiber : il s’agit d’une Fondation politique allemande sociale-démocrate, proche du SPD, et du DGB, la principale confédération syndicale allemande. Elle constitue de fait une interface entre la sphère politique sociale-démocrate et le syndicalisme, car nous faisons partie historiquement du mouvement ouvrier. Le système allemand des fondations est inédit en Europe. Chaque parti - le SPD en ce qui nous concerne - représenté au Parlement sur deux législatures d’affilée a le droit de disposer d’une fondation politique sur financement public pour promouvoir le dialogue démocratique. Nous produisons des notes et organisons des débats programmatiques afin de contribuer à la vie démocratique dans la sphère sociale-démocrate, y compris avec le syndicalisme.
Nous disposons de plus de 100 bureaux locaux dans le monde qui renforcent les échanges entre partis, syndicats, recherche et société civile. Nous sommes très attaché·es par ailleurs à notre indépendance, garante de notre crédibilité, même si nous partageons les valeurs et une longue histoire commune avec le SPD.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : quelle est l&amp;rsquo;origine de la note co-élaborée avec la Fondation Jean Jaurès relative aux attaques de plusieurs gouvernements d&amp;rsquo;extrême droite (États-Unis, Hongrie, Italie) contre le syndicalisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Benjamin Schreiber : nous travaillons activement avec les syndicats français et allemands sur la question cruciale de la défense et de la protection de la démocratie, dans le cadre d’un réseau syndical contre les idées d’extrême droite. La note elle-même fait partie du travail de longue date que nous poursuivons avec la Fondation Jean Jaurès, avec des études communes sur l’extrême droite et les pratiques de dialogue social.
Nous sommes animé·es d’un sentiment d’urgence face à la menace existentielle dont les syndicats se font l’écho et il y avait nécessité de produire des éléments factuels pour soutenir leur travail de conviction à l’égard des travailleur·euses. En France, cette coopération concerne les confédérations CGT, CFDT et UNSA ; les autres confédérations - et je ne parle pas ici de la FSU qui, n’étant pas une confédération, n’est pas concernée - ne souhaitent pas travailler de manière offensive sur l’extrême droite, car elles ont, sur ce sujet, une autre conception du syndicalisme.
Il s’agit pour nous, Fondation Friedrich-Ebert, de favoriser dans ce cadre la coopération intersyndicale franco-allemande, tout en nous tenant à équidistance des organisations. Les secrétaires générales et généraux des 3 confédérations ont validé cette démarche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeux-UA : vous distinguez plusieurs types d&amp;rsquo;attaques structurelles : institutionnelles, financières, juridico-judiciaires: pourriez-vous donner quelques exemples marquants ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Benjamin Schreiber : la note démontre, exemples américain, hongrois et italien à l’appui, comment l’extrême droite parvenue au pouvoir peut multiplier les mesures brutales et radicales, avec rapidité et facilité, aucun pays n’étant à l’abri d’un accident démocratique, et ceci sans qu’il soit nécessairement besoin de changer la Constitution d’un pays : il suffit d’en exploiter les fragilités et les zones grises ; d’autres mesures d’orientation libérale et antisyndicale peuvent être plus subtiles, de portée limitée à première vue, mais qui, dans un effet d’accumulation, changent profondément le cadre de l’action syndicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois types de mesures peuvent être distinguées dans les attaques contre les syndicats.
Les mesures institutionnelles : aux États-Unis, le plus impressionnant au début du second mandat de Donald Trump a été la suppression d’un trait de plume des droits d’un million de fonctionnaires fédéraux, à savoir 84% d’entre elles et eux, aux négociations collectives : les agences fédérales ne sont plus tenues de négocier les conditions de travail ou les salaires avec les syndicats. Il s’agit de la plus vaste offensive antisyndicale aux États-Unis depuis des décennies. Trump a également attaqué le NLRB en révoquant un membre de son directoire, ce qui a paralysé l’action de cette administration fédérale chargée de garantir les droits syndicaux et le bon déroulement du dialogue social. Cela a eu un effet direct sur la capacité d’action des syndicats.
En Hongrie, le gouvernement Orban a littéralement démantelé des droits syndicaux par la loi sur le Code du travail de 2012. Au niveau de l’entreprise, le droit de veto sur les décisions patronales unilatérales a été supprimé, ainsi que le droit de consultation sur les licenciements collectifs, de l’inspection du travail, des droits des instances de dialogue social : le régime Orban, avant sa récente défaite électorale, avait ainsi consacré la toute-puissance de l’État nationaliste et du patronat.
En ce qui concerne les mesures financières, elles constituent un enjeu crucial, car elles s’inscrivent dans les stratégies d’attaques indirectes contre les syndicats, avec un risque similaire en cas de victoire de l’extrême droite, particulièrement en France.
En Hongrie, tout financement public des syndicats a été supprimé en 2011 et 2012, la menace de suppression de ces sources constitue évidemment une forme de chantage envers les syndicats, invités ainsi à une approche moins contestataire des réformes libérales.
En Italie, le gouvernement Meloni ne change pas l’architecture institutionnelle, mais reconnaît à des organisations marginales ou alignées sur le pouvoir, une place équivalente aux confédérations historiques comme la CGIL ; ainsi la répartition des subventions publiques s’en trouve faussée, au profit de syndicats « jaunes » qui sont placés au même niveau de légitimité.
Enfin, les mesures juridiques et judiciaires visent à créer envers les syndicalistes un climat d’intimidation pour marginaliser leur action. Le droit de grève n’est pas supprimé mais son exercice est rendu plus complexe, il est rogné comme en Hongrie ou en Italie, au nom de l’impératif d’un service minimum. L’incertitude juridique réglementaire orchestrée par les pouvoirs nationalistes favorisent les pressions de l’État et des employeurs sur les activistes ou les salarié·es syndiqué·es, via des menaces de poursuites pénales. Si la France n’est pas - encore véritablement - dans cette situation, rappelons qu’elle a chuté en 2026 dans le classement international sur le respect des droits syndicaux.
La récente plainte contre Sophie Binet contribue à la banalisation de ces pratiques d’intimidation qui peuvent faciliter un jour le basculement dans un régime autoritaire.
Enjeux-UA : comment le syndicalisme peut-il résister et quelle est la situation en Allemagne, face à la montée de l&amp;rsquo;AfD ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Benjamin Schreiber : les syndicats aux États-Unis connaissent depuis des décennies un recul face aux politiques héritées de Reagan, ils font donc preuve de résilience face à l’intensification de ces attaques, en perdant peu d’effectifs, voire en en regagnant un peu.
Globalement, le syndicalisme reste ferme sur ses convictions, et tenter de s’adapter aux injonctions nationalistes les conduirait au désastre ; les syndicats maintiennent leur agenda revendicatif, tant au niveau national que dans les entreprises, la plupart excluent les syndiqué·es qui font état publiquement de leur engagement politique à l’extrême droite, au risque de perdre des effectifs. Parallèlement, elles doivent s’efforcer de ne pas perdre le contact avec des salarié·es radicalisé·es, en pariant sur le dialogue, et d’abord au sein de l’entreprise, car c’est là que se joue une partie de la socialisation politique. C’est un lieu décisif de la bataille militante. D’autant que les syndicats doivent procéder à des arbitrages, ou des dosages, délicats entre revendications concrètes (salaires, pensions, conditions de travail…) et plus générales, sur les principes démocratiques. Beaucoup dépend également de l’organisation interne des syndicats : en Allemagne, tant la DGB que ses fédérations sont largement décentralisées. Les syndicats doivent affronter les discours patronaux ou nationalistes qui leur dénient le droit de s’engager sur un terrain qui dépasse le strict champ économique et social, dans le but de les délégitimer, de les disqualifier : les rapports de classes, mais aussi la démocratie, sont censées s’arrêter aux portes de l’entreprise, dans une logique corporatiste. D’où l’importance d’un dialogue constant entre syndicats, partis, associations, solidaires dans leur œuvre d’élévation du niveau de conscience collective du salariat face au péril nationaliste. C’est tout l’intérêt en France des collectifs comme le Pacte de pouvoir de vivre ou l’AES - « Plus jamais ça ». En Allemagne, l’arrivée au pouvoir de l’AfD en 2029 n’est encore qu’un cas théorique, mais sa victoire écrasante dans le Land de Saxe-Anhalt pourrait déjà soumettre les syndicats à un test grandeur nature. Sans majorité absolue, elle n’a cependant pas encore les clés du gouvernement.
Rien n’est écrit ni joué.&lt;/p&gt;
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&lt;/p&gt;</description></item><item><title>« Impossibles adieux » de Han Kang</title><link>https://enjeux.unite-action.fr/post/301/32-cluture/</link><pubDate>Sun, 06 Sep 2026 09:00:00 +0000</pubDate><guid>https://enjeux.unite-action.fr/post/301/32-cluture/</guid><description>&lt;p&gt;Impossibles adieux Han Kang
prix Nobel de littérature&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur l’île de Jeju, en Corée du Sud, une femme qui traverse une période difficile découvre une des périodes les plus sombres de la Corée du Sud moderne : les massacres de 30 000 civil·es entre 1948 et 1949 insurgé·es contre le gouvernement.
Nécessité absolue de la mémoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Langue invitée du 80e Festival d’Avignon, le coréen a offert un regard sur la Corée du Sud, l’histoire d’un pays divisé, avec des changements climatiques, économiques et sociaux. Ainsi, les salarié·es et fournisseurs des constructeurs automobiles Hyundai ont mené une grève sans précédent notamment pour l’emploi et les salaires en août 2026. Le succès de la Corée du Sud (3e puissance économique d&amp;rsquo;Asie) est remis en cause. Théâtre, danse, en témoignent. Ainsi les artistes coréen·nes mettent au jour un pan de l’histoire nationale : le massacre de 30 000 habitant·es de l’île de Jeju après la Seconde Guerre mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel est le sujet du livre de Han Kang dont Isabelle Huppert et Hyeyond ont fait la lecture du 1er chapitre dans la Cour d’honneur. La pièce Island Story raconte aussi une partie de cette histoire coréenne passée sous silence avec les témoignages des descendant·es des atrocités commises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une répression brutale en 1949&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;À la fin de la Second Guerre mondiale, la Corée du Nord est sous l’influence de l’Union soviétique, celle du sud sous l’influence des États-Unis. Sont prévues des élections en 1947, le nord refuse de s’y soumettre, dans le sud la contestation s’organise. Dans l’île de Jeju, au sud de la péninsule, des heurts violents opposent forces policières et le Partie des travailleurs sud-coréens. Le 3 avril 1948, Syngman Rhee, allié des États-Unis, est élu président d’une Corée devenue « indépendante ».
Les violences se poursuivent dans l’île.
Sur ordre du gouvernement et avec l’approbation des autorités militaires américaines, l’insurrection est réprimée avec une violence inouïe par l’armée sud-coréenne. Des milliers de communistes ainsi que des civil·es sont tué·es ou arrêté·es et le leader du mouvement Yi Tuk-Ku est assassiné le 17 août 1949. On évalue le nombre de morts à 30 000 personnes. Sous peines de mesures punitives, le silence est imposé. Il faudra attendre le début du 21e siècle pour que les autorités présentent des excuses publiques et que la réalité des massacres soit exposée.
Un roman entre présent et passé enfoui&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’intrigue est simple : Inseon, hospitalisée, demande à son amie - la narratrice - d’aller sur l’île de Jeju chez elle, pour sauver son perroquet blanc. Après une tempête de neige, cette dernière découvre, dans la maison, des archives familiales décrivant le massacre de milliers de Coréen·nes (10% de la population de l’île) entre 1948 et 1949. Dans une atmosphère glacée, cauchemardesque, Gyeongha est confrontée malgré elle au passé de l’île, à ces vies brisées, auxquelles les proches n’ont pu dire adieu (d’où le titre du roman), paralysés par l’omerta officielle. Le livre oscille entre présent et passé, entre la narratrice, elle-même assaillie de mauvais rêves et l’Histoire « avec sa grande hache », comme le disait Georges Perec. Les cauchemars de Gyeongha scandent le texte : la nuit noire, la mort, la neige, l’eau, des troncs, des fantômes peuplent l’obscurité, symboles sans doute du massacre à découvrir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le quotidien, sauver un oiseau, cohabite avec le massacre historique. Dès les premières pages, le récit s’organise entre rêve et réalité, passé et présent. Et la neige tombe sans discontinuer comme elle le faisait sur la scène de la Cour d’honneur, neige qui enveloppe tout. Mais sous la neige, la mémoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nécessite de nommer, de dénoncer après des années de paroles étouffées.
Nécessité pour l’avenir et les générations futures.
Nécessité pour rappeler qu’il est indispensable d’agir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marylène Cahouet&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« J’ai réalisé à quel point la vie elle-même était fragile. Ces chairs, ces os, ces vies qui pouvaient être brisés, touchés, et avec une telle facilité. Par la décision d’une seule personne. ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« La neige tombe, éparse, le champ où je me trouve s’étend sur une colline hérissée de milliers d’arbres sans cime ni branches, de troncs nus. ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Je ne me suis pas réconciliée avec la vie, mais j’ai dû vivre à nouveau. ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Han Kang : romancière sud-coréenne née le 27 novembre 1970. Après des études de littérature, elle enseigne la création littéraire et écrit des romans, des poèmes. La Végétarienne est le 1er roman traduit. Impossibles adieux reçoit le prix Médicis en France, et l’autrice reçoit le Prix Nobel en 2024.&lt;/p&gt;
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