Un congrès qui nous projette vers l’avenir

Un congrès qui nous projette vers l’avenir
Ont contribué à ce bilan :
Gwen LE PAIH Bruno LEVEDER Emmanuel MERCIER Rachel SCHNNEIDER Benoit TESTE
Le congrès de Rennes a été salué pour la grande qualité de son organisation : qu’il soit, encore une fois ici, reconnue la qualité de l’engagement, de l’accueil, de l’efficacité et de la chaleur des camarades de la SD 35 et de l’ensemble de la région Bretagne, ainsi que de tou·tes les camarades engagé·es dans l’organisation de la FSU. Les débats de ce congrès ont eux aussi été d’un haut niveau. Ils démontrent que la FSU demeure une organisation où la réflexion et l’intelligence collectives permettent de décrypter la complexité du monde et de construire des mandats, dans un esprit de synthèse remarqué de la part des rapporteur·es.

L’avenir du syndicalisme
L’avenir du syndicalisme passera, pour la FSU, par la construction d’une maison commune ouverte aux organisations syndicales intéressées par la démarche de rassemblement du syndicalisme de transformation sociale. Cette maison commune devra permettre de concrétiser le travail en commun engagé avec la CGT depuis bientôt 18 mois. Autre sujet d’importance pour toute notre Fédération, le congrès a validé et intégré dans nos statuts la cellule de veille contre les violences sexistes et sexuelles. C’est une étape majeure dans la lutte contre les VSS et plus largement pour l’égalité réelle, qui permettra à notre fédération de s’impliquer pleinement dans la protection des victimes. Le règlement intérieur qui sera soumis au vote du prochain CDFN devra la conforter et permettre à la fédération de prendre toutes les mesures qui s’avèreraient nécessaires.
Défense des services publics
Fédération de la Fonction publique, et donc des services publics, la défense et le développement de ses derniers ont été l’objet de discussions parfois intenses, à l’image du débat sur l’objectif de mettre un terme au dualisme scolaire. Faut-il revendiquer immédiatement la nationalisation de l’enseignement privé ? Ou bien procéder par étapes ? Pour rendre effectif cet objectif, le congrès s’est doté d’un mandat d’étude concernant les conditions de sa mise en œuvre. L’enseignement privé n’est qu’un exemple parmi d’autres qui illustre les politiques libérales imposées. Mais c’est bien l’ensemble des services publics qui doivent être défendus et développés, car la lutte contre les effets du réchauffement climatique, la lutte pour l’égalité des droits entre toutes et tous, le progrès social dans un monde toujours plus complexe ne pourront gagner du terrain et s’imposer qu’en s’appuyant sur des services publics au service de l’intérêt général.
Lutte contre l’extrême droite
Enfin la lutte contre l’extrême droite et ses idées a traversé l’ensemble des débats du congrès. Caroline Chevé l’a déclaré en clôture du congrès : le combat contre ce fléau de l’extrême droite, principiel, n’est plus un combat spécifique, mais doit traverser l’ensemble de nos actes militants. Ce congrès de la FSU nous a donc projeté·es vers l’avenir. Il nous reste maintenant à construire les mobilisations pour mettre en œuvre nos mandats. Comme il nous reste à poursuivre et à approfondir nos réflexions pour imaginer et construire le monde de demain. C’est ce que propose Unité-Action sur tous les aspects des 4 thèmes évoqués ici.
Thème 1 : Éducation, formation, recherche et culture
Thème 1 : « Éducation, formation, recherche et culture : le service public, ses personnels et leurs métiers pour l’émancipation de toutes et tous »
Le thème 1 permet à la fédération de débattre des définitions des finalités du système éducatif et des modalités pour l’école ambitieuse et émancipatrice que nous portons. C’est un moment privilégié pour partager les préoccupations propres à chaque métier concourant à la formation et l’éducation de la jeunesse, et de débattre des articulations nécessaires entre toutes ces professionnalités. Dans ce congrès, l’ensemble des métiers s’est retrouvé sur l’attaque qu’ils subissent, les tentatives plus ou moins avancées de leur mise au pas. Le zoom sur la liberté pédagogique et la liberté académique et de recherche semble encore plus justifié au vu de l’actualité de « Stand up for science » ! Différents points de vue se sont confrontés sur l’inclusion. Mise en difficulté, en souffrance même, des personnels et des élèves, confrontés à l’absence des moyens nécessaires, notamment à la suppression des établissements et services médico-sociaux sans création d’autres moyens pour répondre aux besoins des élèves étaient portés par plusieurs départements. D’autres portaient la nécessité de rappeler que « l’inclusion n’est pas qu’un droit personnel, c’est un enrichissement pédagogique, philosophique, social de l’ensemble des communautés scolaires qui la vivent. » Un amendement a ainsi été maintenu en plénière pour restructurer le texte autour du droit à la compensation et de la garantie d’accessibilité (de l’école et des apprentissages), sans être adopté finalement. Le texte s’est clairement conclu cependant sur l’affirmation suivante : « La FSU estime que le handicap ne doit plus relever d’une catégorisation préalable des élèves, mais que les conditions de la scolarité de tous les élèves doivent être réunies, avec tous les moyens et les investissements nécessaires ». Concernant la formation initiale, la préparation pré-congrès avait abouti à des écritures respectant les mandats différents des syndicats nationaux, et portant le projecteur sur les revendications communes autour d’une formation initiale ambitieuse. La question public / privé qui a donné lieu à un mandat d’étude dans le thème 2, a aussi été abordée dans le thème 1 : «mettre un terme au dualisme scolaire que créé l’enseignement privé» par l’abrogation de l’ensemble des lois permettant le financement public de l’enseignement privé «avec intégration progressive des établissements privés dans le service public, dans la perspective de la nationalisation de l’enseignement privé sous contrat». Le débat a porté sur l’utilité de mettre le projecteur sur l’exigence que tous les financements publics ne bénéficient qu’à l’école publique. La FSU a en effet uni autour d’elle 26 organisations, dans une tribune en défense de l’école publique laïque, ce cadre pouvant faciliter des convergences et une campagne plus larges. Alors que le privé se développe dans le supérieur, l’importance des CPGE, formations post-bac des lycées publics, a suscité des débats entre UA et EE pour la démocratisation de l’accès à l’enseignement supérieur qu’elles permettent pourtant notamment avec les CPGE de proximité et celles accessibles aux bacheliers technologiques. Enfin, deux mandats d’étude ont été adoptés, l’un sur l’Intelligence Artificielle, l’autre pour mieux identifier et lutter contre les inégalités construites sur la base des origines réelles ou supposées des élèves et étudiant·es.
Thème 2 : Pour le service public, la Fonction publique et le statut !
Thème 2 : « Pour le service public, la Fonction publique et le statut ! »
À l’image de l’approche revendicative générale de la FSU pour une fonction publique statutaire et de carrière et de sa conviction que ce sont les personnels qui sont au cœur de la réalisation du service public, comme à chaque congrès, le thème 2 est divisée en deux parties : la première portant sur les services publics, et la seconde sur ses personnels.
La rédaction des projets initiaux de thèmes, les débats dans les congrès départementaux, l’intégration des amendements qui en sont ressortis et l’élaboration des synthèses ont permis de confirmer les fondements revendicatifs de la Fédération en matière de défense des services publics et de leurs personnels.
Forte de la demande sociale de service public confirmée et réitérée, lll
lll la FSU réaffirme que les services publics sont un puissant levier de répartition de la richesse produite et de réponses aux crises sociales et environnementales. Vecteurs d’égalité dans l’accès aux droits, ils sont attaqués par les logiques d’externalisation et de privatisation d’une part, mais aussi par les conséquences des choix budgétaires austéritaires eux-mêmes guidés par une volonté de détruire l’État social. Les débats ont confirmé la nécessité de prendre à bras-le-corps les enjeux liés à la numérisation en posant la nécessité de préserver la place de l’humain dans les services publics. La FSU a confirmé dans ce congrès sa détermination à mettre en évidence les conséquences du manque de services publics, de maintenir et renforcer le lien entre les personnels et les usager⋅es dans la construction des mobilisations pour gagner leur développement. Un mandat pragmatique et offensif a par exemple été adopté pour renforcer la construction unitaire pour obtenir la fin du dualisme scolaire financé par de l’argent public.
Concernant la situation des personnels, si les analyses avaient été largement posées lors deux précédents congrès, les débats de celui-ci ont mis en évidence les conséquences de la LTFP et renforcé l’arsenal revendicatif pour résister et obtenir son abrogation. Défense du statut, titularisation des contractuel⋅les, carrières, retraites, rémunérations, égalité professionnelle, action sociale, sécurité et santé au travail, etc. les sujets n’ont pas manqué… Le congrès a été l’occasion d’actualiser la formulation de notre construction revendicative concernant les rémunérations. Il a permis de préciser les analyses concernant la protection sociale complémentaire en rappelant et développant notre action dans la perspective du 100 % Sécu. Il est apparu la nécessité de réfléchir sur les propositions revendicatives concernant les retraites sans que cela n’aboutisse cependant à un mandat d’étude.
Trois motions particulières portant sur les outre-mers ont été votées : la première consacrée à la situation à Mayotte après les dévastations des cyclones Chido et Dikeledi ; la deuxième sur une formulation revendicative d’ensemble pour les Outre-Mers ; et la troisième enfin porte sur la situation RH des Terres australes et antarctiques françaises.
Pas de doute, la FSU est outillée pour construire une activité syndicale efficace, dans chaque territoire, pour chaque métier de la fonction publique, dans toutes les situations…
Thème 3 : Rupture écologique, droits humains et justice sociale
Thème 3 : « Rupture écologique ; droits humains et justice sociale : une urgence démocratique »
Le thème 3 traite de la question écologique, des alternatives économiques et sociales et des droits et libertés en France comme à l’international. Composé de deux parties, la première traite des politiques publiques au service d’une rupture écologique et sociale solidaires, tandis que la seconde traite des droits des peuples et des libertés publiques. En outre, le zoom femmes a été intégré dans ce thème.
Il faut reconnaître que ce thème est moins investi par les camarades de la tendance Unité-Action. Pourtant les sujets qui y sont traités concernent également les personnels que nous représentons et l’investissement des camarades de notre tendance est indispensable pour conserver une approche syndicale aux problématiques abordées. En effet, tant sur la question des alternatives économiques et sociales en lien avec la transition écologique, que sur les droits et libertés, en particulier la lutte pour les droits des femmes, c’est en prenant en compte le monde du travail, la défense des services publics et de leurs agent·es que la FSU a légitimité à s’exprimer, notamment lorsqu’elle apporte son soutien aux travailleuses et travailleurs en lutte dans les pays en guerre ou victimes de répression.
Au congrès de Rennes, une question peu ou pas traitée habituellement avait été posée : celle de la production et des moyens de production. Unité-Action doit impérativement développer une pensée et une approche pour ce sujet.
En effet, la production, que ce soit de produits alimentaires, manufacturés, industriels ou de services englobe nécessairement une grande partie de nos revendications. Dans le contexte d’une nécessaire transition écologique, répondre aux questions : pour qui ?, pour quoi ?, comment ?, quand ? et où ? on produit, doit irriguer notre réflexion sur nos revendications en matière sociale, de services publics, de qualification, etc. Travailler ces questions d’ici au prochain congrès et poursuivre ce travail au-delà apparaît donc comme une nécessité.
Au sujet de la protection sociale, le congrès a réaffirmé les mandats de la fédération, notamment sur le remboursement à 100 % des soins prescrits. Il a surtout mandaté la FSU pour que le 80è anniversaire soit un moment de reconquête et de mobilisations en faveur de la Sécurité Sociale et de ses principes fondateurs. Enfin, le congrès a fait évolué notre revendication sur le droit de vote des étranger·es résidant en France, en étendant cette revendication à l’ensemble des élections. Cette évolution ne peut cependant pas clore le débat sur les droits des personnes étrangères résidant en France depuis de nombreuses années. La question de leur accès à la nationalité française et donc à une citoyenneté pleine et entière n’est pas résolue. C’est pourtant une condition indispensable pour qu’elles puissent bénéficier de l’ensemble des droits de citoyen·nes. Ce débat pose aussi la question de notre conception de la République. Le congrès de Metz avait adopté un mandat d’étude qui n’a pas été mis en œuvre. Unité-Action devra travailler ces questions pour y apporter des réponses construite dans le respect de nos valeurs humanistes, de progrès social et d’ouverture. Poser ces questions participera aussi à lutter contre les idées d’extrême droite. Le congrès de Rennes a donc ouvert de nombreuses questions nouvelles ou plus anciennes parfois laissées de côté. Pour Unité-Action, le contexte politique et international, la montée des idées d’extrême droite doivent nous pousser à construire des apports théoriques tout en poursuivant la construction des mobilisations avec l’ensemble des personnels.
Thème 4 : Pour une FSU combative, unitaire et engagée
Thème 4 : « Pour une FSU combative, unitaire et engagée au quotidien »
Au moins deux grands enjeux étaient au cœur des discussions du thème 4 : le rapport au politique quelques mois après la séquence des élections législatives et dans le contexte de menace de l’extrême droite, et d’autre part la question de l’unité syndicale un peu plus d’un an après le lancement d’un groupe de travail FSU - CGT. Dans les deux cas et sur l’ensemble des sujets, la FSU a très clairement réaffirmé son projet syndical, rappelant qu’elle est « une force de lutte et de proposition », ouverte au mouvement social dans son ensemble, faisant des enjeux féministes des questions sociales majeures.
Sur le premier sujet, on peut dire que les débats du thème 4 ont donné à voir une FSU consciente du rôle de contre-pouvoir des syndicats et de leur responsabilité de « proposer des solutions durables aux problèmes actuels ». Le fait de se prononcer, au moment des élections, pour un programme politique a été jugé à la hauteur des exigences de la période de montée des périls et n’empêche en rien de réaffirmer la volonté et le souci de la FSU de toujours agir en indépendance des partis politiques. Le congrès a considéré que cette nécessaire implication syndicale dans le débat politique peut se traduire en particulier par des « cadres d’échanges » respectueux de la diversité et de l’indépendance des uns et des autres.
Sur le deuxième sujet, la FSU a bien entendu réaffirmé la dimension unitaire de son activité syndicale tout en précisant les nécessaires alliances avec la société civile.
C’est sur la question du nouvel outil syndical que les débats étaient sans doute les plus attendus, puisque c’était peut-être la première fois qu’ils n’étaient pas seulement de l’ordre du débat interne. La réalité du travail engagé avec la CGT depuis plus d’un an témoigne en effet désormais d’une volonté partagée. Ainsi, l’emploi des mots « maison commune » signale une volonté de la FSU de s’approprier pour la définir en commun une notion avancée initialement par la CGT. Pour la FSU, c’est une étape dans la construction du nouvel outil syndical qu’elle appelle de ses vœux, la notion d’étape étant ainsi au cœur de ce qui a été écrit dans ce thème 4. Le texte adopté à Rennes nous dit bien que la maison commune ne doit pas être une couche supplémentaire de structure, chronophage et inutile, mais au contraire un « espace d’échange », pouvant venir nourrir la dynamique commune à construire. Enfin, là encore parce que le processus est concret, la FSU a ressenti le besoin de définir dans ses mandats de congrès ce que ce processus n’est pas : il ne saurait s’agir d’absorption de la FSU dans une autre structure, et le principe de l’indépendance des deux organisations a été rappelé, chaque entité devant conserver un fonctionnement propre.
Beaucoup de sujets ont été abordés : place du syndicalisme retraités, enjeux de communication et de formation militante, dimension internationale de notre syndicalisme, etc. Un zoom a été consacré à l’extrême droite et nous donne une feuille de route : formation des militant-es, information et décryptage auprès de nos collègues et de la population, protection nécessaire des militant-es. Le zoom a permis d’analyser le côté multidimensionnel de cette lutte: la plus petite action qui parvient à refaire du collectif, à redonner de l’espoir, n’est-elle pas d’une certaine manière une pierre apportée à ce combat ? l