Entretien avec Flavien Bénazet secrétaire général du SNUIPN

Entretien avec Flavien Bénazet, secrétaire général du SNUIPN
Enjeux-UA : Pourrais-tu nous présenter le SNUIPN ?
Flavien Benazet : D’abord un constat. Nous avons beaucoup progressé en nombre d’adhérent·es, notamment parmi les personnels administratifs, techniques et scientifiques du ministère de l’Intérieur ; avec un nouveau camarade au CSA de l’administration centrale, nous pouvons mener un travail en leur direction, avec des réponses concrètes à leurs demandes. Le travail collectif d’organisation paye, dans la continuité de l’action de notre camarade Philippe Vollot qui a longtemps milité à la FSU. Nous comptons aujourd’hui près de 150 adhérents avec 70% ATS et 30% de policiers. Pouvoir poser l’étiquette FSU est évidemment pour nous un avantage, comme à l’époque du Snu Clias puis du Snuitam.
Pourquoi adhérer au SNUIPN ?
Enjeux-UA : Dans un monde policier largement syndiqué, pourquoi adhérer au Snuipn ?
Flavien Benazet : Je partirai de l’exemple d’un adhérent récent. Policier depuis seulement 5 ans, non syndiqué jusque-là, exerçant dans le 13e arrondissement de Paris, il vient de nous rejoindre. Il est tombé sur nos textes par les réseaux sociaux, notre positionnement syndical et politique lui a plu, et notre forme de syndicalisme. Aucune autre organisation ne l’attirait. S’agissant des ATS, le fait que la FSU soit la deuxième fédération représentative dans la Fonction publique compte, or la FSU agit pour une FP forte, avec des effectifs plus importants, alors que la tendance dans ces secteurs est à une baisse des recrutements conjuguée à une intensification du travail.
Liens entre le SNUIPN et la FSU
Enjeux-UA : Deux mois après le congrès national de la FSU, comment vois-tu les liens entre le Snuipn et la fédération ?
Flavien Benazet : Le protocole signé entre le SNUIPN et la FSU donne des garanties à celles et ceux qui semblaient redouter notre entrée immédiate dans la fédération, notamment les camarades de Front unique et d’Émancipation. En ce qui nous concerne, nous vivons cette période transitoire comme une forme de continuité puisque nous sommes issus de la FSU. Nous sommes très satisfaits de ce protocole que nous voyons comme une étape nécessaire même si, bien sûr, nous aurions souhaité que cela aille plus vite. Il faut aussi comprendre que certains de nos militants se sentent discriminés par des discours de défiance sur le métier de policier, ainsi que par les amalgames trop fréquents entre des exactions policières que le SNUIPN dénonce fortement et publiquement, et des comportements de policiers qui seraient toutes et tous racistes ou ignorants, ce qui est faux et injuste. Nous nous sentons à notre place dans la FSU, nous siégeons régulièrement dans ses instances, CDFN ou BDFN, certes sans droit de vote. Nous travaillons en étroite coopération avec le secrétariat général, hier avec Benoît Teste, dorénavant avec Caroline Chevé, notamment dans notre communication. Nous avons assisté au dernier congrès national de la FSU en tant qu’invités, sans malheureusement avoir pu prendre la parole, mais l’intégration suit son cours, comme prévu collectivement dans le cadre du protocole. Nous avons vraiment besoin du sigle FSU qui protège nos adhérents, notamment les lanceurs d’alerte, ce sigle constitue comme un bouclier, il faut en avoir conscience. Nous apportons à la FSU nos analyses, notre connaissance professionnelle des questions de maintien de l’ordre : nous plaidons ainsi pour le retour à une véritable police de proximité, une police républicaine, et la fin de la politique du chiffre voulue naguère par Nicolas Sarkozy.
État du syndicalisme policier en France
Enjeux-UA : Quel regard portes-tu sur l’état du syndicalisme policier en France ?
Flavien Benazet : Il me semble comme plongé dans un état de sommeil avec des organisations majoritaires comme Alliance, Unité (FO), ou l’Unsa qui se comportent davantage comme des associations d’accompagnement du ministère de l’Interieur que comme des organisations de défense collective des professions et des missions de la Police nationale. Elles n’agissent exclusivement que pour leurs propres adhérents, dans une logique individuelle « d’achat » des voix des collègues : rien sur les revendications collectives comme les recrutements, le gel du point d’indice, les 10%. Du reste Unité ou l’Unsa ne sont rattachées à des confédérations qu’en raison des obligations nées des lois sur la représentativité. Par ailleurs, le glissement d’Unité vers l’extrême droite ou à tout le moins la droite dure se confirme, dans une logique de surenchère avec Alliance, l’ex SGP FO n’existe plus, Unité se transforme en Alliance bis avec naturellement le risque que les agents préfèrent l’original à la copie, avec le soutien des médias de Bolloré.
Rapports avec la CGT Police
Enjeux-UA : Quels sont vos rapports avec la CGT Police ?
Flavien Benazet : Plutôt bons, notamment dans le cadre du CSA de l’administration centrale, idem à la préfecture de police de Paris, où la section CGT est directement rattachée à la confédération, nous avions entamé un travail en vue de listes communes qui n’a malheureusement pu aboutir jusqu’à présent. Le Snuipn reste ouvert à cette perspective, sous réserve de réponses de la part de la CGT. Propos recueillis par Matthieu Leiritz