Jean-Louis Arajol : Refonder une police républicaine

juil. 5, 2025 · 4 min. de lecture

Entretien avec Jean-Louis Arajol

Jean-Louis Arajol intègre la Préfecture de Police de Paris en 1984. Il devient secrétaire général du Syndicat Général de la Police (SGP). Partisan d’une police républicaine, pour une société plus sûre et juste, militant, au sein du collectif Police République et Citoyenneté. Il vient de publier Insécurité : état d’urgence.

Refonder la sécurité publique : quelles priorités ?

Enjeux-UA : Vous proposez 60 pistes pour repenser la sécurité publique. Lesquelles considérez-vous comme les plus urgentes pour refonder une police républicaine et restaurer la confiance entre citoyens et forces de l’ordre ?

Jean-Louis Arajol : Les politiques publiques actuelles s’appuient sur un même modèle « illibéral » qui privilégie la paupérisation du Service Public et la privatisation de la lutte contre l’insécurité. La priorité est donc de changer de modèle. La lutte contre l’insécurité doit être abordée de façon globale et non exclusivement sécuritaire. C’est à l’injustice sociale qu’il convient d’abord de s’attaquer. Une nouvelle Loi d’Orientation et de programmation « Police-Justice » priorisant ces deux services publics doit inscrire dans le marbre ce changement radical de ligne politique. À des fins purement démagogiques et électoralistes la « démocratie de l’urgence » et la « médiocratie » engendrent une surenchère exclusivement répressive, totalement superficielle et surtout inefficace. Aujourd’hui, c’est le concept de « rentabilité » qui prime. Les policiers sont peu à peu transformés en machines à produire. Ils sont jugés sur la quantité et non sur la qualité de leur travail. Cette course à la performance conduit non seulement à un mal-être au sein de la profession qui facilite « l’appel du vide » mais aussi à des tensions, source de nombreux incidents, et qui creusent toujours plus le fossé entre les policiers et le peuple dont ils sont pourtant issus. La police républicaine est au service de tous et non une police conçue pour la défense d’un intérêt ou d’un ordre particulier. Il est impératif de marquer un temps d’arrêt dans le délire politicien démagogique et législatif actuel, puis de dresser un diagnostic précis et partagé de la situation.

Le rôle des syndicats dans la défense des valeurs républicaines

Enjeux-UA : Quelle est, selon vous, la place actuelle des syndicats dans la défense des valeurs républicaines au sein de la police et comment peuvent-ils contribuer à une “révolution culturelle” que vous appelez de vos vœux ?

Jean-Louis Arajol : Depuis des années, le mouvement social policier privilégie désormais le corporatisme et a totalement délaissé le combat sur les valeurs qui honoraient le syndicalisme policier républicain et le métier. Aucune déclaration, aucun projet, aucune prise de position de fond comme le faisaient historiquement tous les Secrétaires Généraux du SGP. Une histoire et des faits qui sont relatés dans mon livre qui est avant tout un « manifeste pour une police républicaine ». D’un syndicalisme authentique de terrain, on est passé au fil des ans à une forme de « syndicratie » énormément nuisible et pour les collègues et pour la crédibilité du mouvement social policier.

Centenaire du Syndicat Général de la Police

Enjeux-UA : Votre livre paraît à l’occasion du centenaire du Syndicat Général de la Police. Comment évaluez-vous l’évolution du syndicalisme policier depuis sa création et quelles réformes institutionnelles seraient nécessaires pour renforcer son efficacité dans un contexte de crise sécuritaire ?

Jean-Louis Arajol : Nous avons en effet célébré l’an dernier avec notre association « Police République Citoyenneté » le centenaire du Syndicat Général de la Police, premier syndicat de policiers et porte-étendard historique de la Police Républicaine. Depuis l’an dernier, ce sigle a été hélas honteusement rayé des écrans radars du paysage syndical policier. Mais le SGP, que même les nazis n’ont pu faire disparaître, renaîtra de ses cendres. Le SGP ultra-majoritaire jusqu’aux années 2000, à l’origine des plus grandes avancées sociales au sein de la profession a toujours fait sa force par une ligne politique privilégiant l’éthique et la défense du métier. Il faut donc travailler et militer pour une refondation républicaine du syndicalisme policier à l’image de ce que fut le SGP. Il faut renouer avec un syndicalisme alliant clairement une ligne républicaine, la production d’idées et une organisation interne privilégiant le militantisme à la bureaucratie et au petit confort des appareils.

Propos recueillis par Matthieu Leiritz

ENJEUX
Auteurs
Revue d’unité action
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