Les CPGE : système élitiste ou voie d’accès à la démocratisation ?

juil. 5, 2025 · 7 min. de lecture

Les CPGE : système élitiste ou voie d’accès à la démocratisation ?

La question des CPGE a fait l’objet, lors du dernier congrès national de la FSU à Rennes, de débats serrés et intenses. Julien Luis, responsable national des CPGE pour le SNES-FSU, Caroline Mauriat, secrétaire générale du SNESUP-FSU et Raymond Gruber, membre du BN du SNESUP-FSU, ont bien voulu y revenir pour Enjeux.

Enjeux du débat sur les CPGE à la FSU

Enjeux-UA : Pourquoi les CPGE ont représenté un sujet de débat lors du dernier Congrès de la FSU, notamment entre courants de pensée ?

Julien Luis : Lors des congrès FSU précédents, les Classes Préparatoires aux Grandes Écoles (CPGE) n’étaient pas un sujet de débat particulier, elles étaient abordées de manière globale avec l’étude du post-bac des lycées, les CPGE relevant plus spécifiquement du champ de syndicalisation du SNES-FSU. Il en a été autrement cette année car, dans les écritures préparatoires au Congrès de Rennes, il y a eu une tentative de la part d’École Émancipée d’exclure explicitement les CPGE des textes, ce courant de pensée s’étant toujours opposé aux CPGE. Une vingtaine de sections départementales et notre courant de pensée Unité & Action ont réalisé un énorme de travail de conviction pour inclure les CPGE dans les écritures finales qui appréhendent désormais le supérieur dans toute sa diversité dont les CPGE. Cela a donné lieu à des débats très intéressants lors de ce Congrès de Rennes qui ont été l’occasion de réaffirmer que l’ambition de la FSU est de permettre aux jeunes de toutes les catégories sociales d’obtenir les qualifications et les diplômes les plus élevés possibles. Les CPGE, comme les autres formations du supérieur, participent de cet objectif en permettant à des jeunes, y compris des milieux populaires, d’accéder au master voire au doctorat.

Un des points d’achoppement est le coût des études qui comporte des écarts très importants dans le supérieur entre le coût moyen d’un étudiant à l’université (11 190 €), en BTS (15 630 €) et celui d’un en CPGE (17 260 €), chiffre de 2022. Ces écarts, indéniables, sont essentiellement dus à de grandes disparités en termes d’heures de cours et d’interrogations orales. Ils expliqueraient, selon ÉÉ, pour partie les difficultés de financement des universités. Mais pour Unité & Action, au lieu de d’envisager de supprimer les CPGE, il est au contraire « impératif de donner les moyens humains et financiers suffisants à l’ensemble de l’enseignement supérieur public dans une dynamique de convergence par le haut de la dépense moyenne par étudiant. » (mandats FSU du Congrès de Rennes 2025).

Caroline Mauriat, Raymond Gruber : Lors du dernier Congrès de la FSU, lors de la phase d’écriture des textes, mais aussi dans les congrès départementaux, les camarades d’École Émancipée (EE) ont porté le mandat de suppression des CPGE et ont œuvré pour qu’elles n’apparaissent plus dans les textes concernant la démocratisation de l’accès aux formations publiques du post-bac. Au SNESUP-FSU ils et elles se sont appuyé·es sur les statistiques de 2023-2024 de l’observatoire des inégalités et de l’INSEE qui montrent que les enfants de cadres et professions intellectuelles supérieures sont sur-représentés en CPGE, puisqu’y représentant un peu plus de 50% des effectifs alors que les cadres représentent 23% de l’ensemble de la population en 2024, . Cet argument est à leurs yeux suffisant pour en demander la suppression. Ce n’est cependant pas le mandat du SNESUP-FSU qui demande l’alignement du financement par étudiant·e au niveau de celui des lycéen·nes de CPGE assorti d’un rapprochement entre CPGE et université. En ce sens, le SNESUP-FSU a soutenu l’obligation d’inscription dans un cursus universitaire pour les élèves de CPGE. Enfin, rappelons que ce débat sur la démocratisation de l’enseignement supérieur s’inscrit dans un contexte budgétaire d’austérité dans les universités. Contrairement aux classes préparatoires, les universités doivent payer leurs propres personnels. Face au gel des subventions publiques, certaines universités réfléchissent à supprimer des sites de proximité pour faire des économies, ou à réduire les capacités d’accueil de certaines filières.

Démocratisation des CPGE : leviers et perspectives

Enjeux-UA : La question d’une démocratisation accrue de cette voie d’excellence se pose. Comment y travailler ? sur quels leviers s’appuyer ?

Julien Luis : La question de la démocratisation des CPGE est fondamentale car c’est vrai que les CPGE ne sont pas assez ouvertes socialement. Mais c’est tout à l’honneur d’Unité & Action d’œuvrer sur le terrain pour plus de mixité sociale. Pour ÉÉ, les CPGE participent de la reproduction des inégalités scolaires et sociales c’est pourquoi, selon ce courant de pensée, il faudrait les éliminer. Unité & Action fait une tout autre analyse : les CPGE ne sont pas la cause des inégalités sociales d’accès à ces classes mais le reflet d’un tri social qui s’opère en amont dans le système scolaire. Il convient donc de démocratiser l’accès au lycée général d’où sont issus 90% des étudiants de CPGE, ce qui est en parfaite cohérence avec les mandats de la FSU. D’autre part, on peut considérer que les CPGE publiques peuvent représenter un recours face à l’offensive massive du privé dans le supérieur pour des jeunes qui ne viennent pas de familles favorisées et qui souhaitent se lancer dans des études longues : elles sont gratuites (pour les boursiers) ou presque (coût de l’inscription à l’université pour les autres), accessibles grâce au réseau des prépas de proximité. Rappelons que 85% des CPGE sont publiques.

Or, grâce notamment au travail de conviction de militants FSU sur la nécessaire ouverture sociale du post-bac réalisé année après année, certains rectorats décident d’ouvrir des classes à destination de bacheliers technologiques ou professionnels. Aujourd’hui, 40% des étudiants de CPGE sont inscrits dans une prépa de proximité dont le maillage territorial dans des lycées publics est serré, ou dans des prépas pour bacheliers technologiques ou professionnels. Les boursiers dépassent désormais les 30% des effectifs dans les CPGE publiques et 62% des boursiers qui demandent une classe prépa obtiennent une proposition dans leurs vœux. Il faut poursuivre ce travail. Le développement des internats ouverts y compris le week-end permettrait par exemple de lever certains freins pour beaucoup de familles empêchées par les prix de l’immobilier.

Caroline Mauriat, Raymond Gruber : Pour le SNESUP-FSU, l’Université représente également une voie d’excellence en offrant une formation à et par la recherche. De plus, les Grandes Écoles ont ces dernières années diversifié leurs viviers de recrutement en recrutant des étudiants de cursus universitaires – Licences ou BUT – que ce soit par admission sur titres ou via un concours spécifique. Si les classes préparatoires de proximité contribuent à la démocratisation de l’enseignement supérieur, elles ne peuvent être vues comme le seul levier d’action, notamment eu égard aux effectifs relatifs entre classes préparatoires et l’Université. Le SNESUP-FSU prône l’existence de formations publiques de proximité, permettant aux jeunes de s’inscrire dans la filière de leur choix, CPGE ou filières universitaires. Pour le SNESUP-FSU la démocratisation passe avant tout par une diversification accrue du public accueilli pour augmenter la part d’enfants d’ouvriers et d’employés, mais également en permettre l’accès à davantage de filles. En 2023 et 2024 celles-ci ne représentaient globalement que 40% des effectifs avec une baisse de 1,6% dans la filière scientifique en 2023, . Si des actions en amont sont nécessaires pour que les enfants d’ouvriers et d’employés, les filles, etc. se projettent dans les métiers auxquels mènent les classes préparatoires, il faut aussi certainement continuer sur la voie d’amélioration de l’accueil des élèves boursiers qui représentent 28,3% des élèves en classe préparatoire en 2023-2024 (30,5% dans le public et 15,6 % dans le privé). Par comparaison, les IUT en accueillent 47,1%, les universités 40,1% et les STS hors apprentis, 54,8% (58,2% pour les STS publiques, 43,9% pour les privées). Le SNESUP-FSU défend l’accès de toutes les bachelières et tous les bacheliers à des formations supérieures dont la finalité est à la fois l’insertion professionnelle et la poursuite d’études, cette double finalité conduisant à donner du sens aux enseignements et à construire l’engagement des étudiant·es dans les apprentissages.

Propos recueillis par Benoit Hubert

ENJEUX
Auteurs
Revue d’unité action
Pour Unité et Action, l’enjeu est de construire des formes d’action qui en permettant de faire progresser le quotidien des salarié.es, des agent.es, des retraité.es, permet également d’ouvrir la voie à une vraie dynamique de transformation sociale de progrès et de justice.