Écologie : accélérations, reculs et perspectives

Écologie accélérations, reculs et perspectives
Malgré des phénomènes climatiques extrêmes et des projections scientifiques toujours plus pessimistes, les députés de droite, d’extrême droite et du groupe présidentiel, proposent ou adoptent des lois climatosceptiques. Les politiques publiques gouvernementales régressent également. En 2025-2026, un sursaut du monde syndical et associatif sera indispensable pour inverser la tendance.
L’accélération du changement climatique
À +4°C de réchauffement en France, soit +3°C au niveau mondial, les phénomènes que nous connaissons actuellement (canicules, inondations, incendies, épisodes cévenols et orages intenses, cyclones…) menaceront l’habitabilité de la planète. Dans une France à +2,7°C, le nombre de jours de canicule sera multiplié par 5, à partir de +4°C, il sera multiplié par 10. Dans le monde, 75 % de la population sera exposée à des canicules mortelles plusieurs mois par an. Sans compter une aggravation inconnue et considérable des impacts à partir de certains seuils de réchauffement. Alors que plusieurs scientifiques établissent récemment que « limiter le réchauffement planétaire sous 1,5°C n’est désormais plus atteignable », il faudra faire baisser drastiquement nos émissions pour éviter le dépassement des 2°C. Sans mesures immédiates, 3°C de réchauffement au niveau mondial seront atteints entre 2081 et 2100, selon le GIEC. La situation que nous vivons, à commencer par les canicules extrêmes de ces derniers jours, est d’origine anthropique et s’inscrit dans un modèle économique, le capitalisme.
Reculs parlementaires et gouvernementaux
Pourtant, à l’Assemblée nationale, des reculs et revirements se produisent depuis plusieurs mois. Suspension de Ma PrimeRénov’, loi Duplomb sur l’agriculture, loi de « simplification » sur le zéro artificialisation nette (ZAN) et les zones à faible emission (ZFE)… Dès 2023, une « pause sur la réglementation environnementale » avait été appelée de ses vœux par le président. La France s’était également illustrée en s’opposant à l’interdiction du chalutage dans les aires marines protégées au parlement européen, bien loin des déclarations d’intention à la Conférence des Nations Unies sur les océans à Nice.
D’autant qu’en déposant des motions de rejet préalable sur leurs propres textes, les députés de droite ou de la macronie contournent la démocratie parlementaire. Ces décisions mettent pourtant en péril la santé environnementale, la lutte contre le changement climatique et la destruction de la biodiversité. Il en est ainsi de la réintroduction de l’acétamipride, un néonicotinoïde toxique pour les insectes et persistant dans l’environnement. La loi Duplomb qui devrait passer en commission mixte paritaire assouplit également la réglementation sur les fermes usines et les mégabassines.
Sur l’A69, la Cour d’appel du tribunal administratif (TA) de Toulouse saisie par l’État, a ordonné le sursis à exécution du jugement, permettant ainsi la reprise du chantier dès la mi-juin. En février 2025, le TA avait pourtant reconnu en première instance l’absence de raison impérative d’intérêt public majeur. En parallèle, le parlement adopte via une motion de rejet préalable une loi de validation pour neutraliser ces décisions de justice. Dérogations à la protection des espèces, fin des recours, tout un arsenal législatif et réglementaire destiné à mener, coûte que coûte, ces projets.
Enfin, la proposition de loi « Gremillet », sur la trajectoire énergétique de la France, rejetée par la gauche, reviendra en septembre à l’Assemblée. Le « moratoire » sur le renouvelable porté par le RN et la droite et une partie de la macronie, a de beaux jours devant lui. Ainsi, loin de relever de circonstances politiques, ces reculs font système.
Perspectives syndicales, associatives
et collectives
Malgré ces reculs politiques, la société reste majoritairement préoccupée par les enjeux écologiques, en particulier par le changement climatique. Selon le baromètre des représentations sociales de ces phénomènes, mené depuis 25 ans par l’ADEME (agence de la transition écologique), 70 % des français∙es considèrent aujourd’hui que les scientifiques évaluent correctement les effets du changement climatique et pensent que nos conditions de vie deviendront extrêmement pénibles en raison de ces dérèglements. Pour 60 % d’entre nous, il faudrait modifier de façon importante nos modes de vie pour les limiter et 66 % seraient prêts à le faire si les efforts étaient partagés de façon juste.
Le reflux des marches pour le climat, l’impression de fragmentation entre une lutte radicale et alternative face à une écologie institutionnalisée et dépolitisée concourent à la difficulté à construire des mouvements de masse dans une perspective de transformation sociale. Néanmoins, des cadres existent et se développent. Il sera indispensable de les soutenir et d’y engager une partie non négligeable de nos forces. L’Alliance écologique et sociale, avec la FSU, la CGT Éduc’action, Solidaires mais aussi Greenpeace, ATTAC, Oxfam et les Amis de la Terre lancent une campagne pour la rénovation écologique du bâti scolaire public. En reliant conditions de travail et enjeux climatiques, il s’agit de gagner des protocoles et des financements pour protéger les conditions de travail, mais aussi pour dépasser le sentiment d’impuissance qui guette face à ces phénomènes.
Par ailleurs dans le contexte de la COP 30 à Belem (Brésil), dix ans après celle de Paris, des associations tentent de reconstruire des mobilisations à un niveau mondial. En France, la FSU est sollicitée dans des cadres intersyndicaux et interassociatifs larges, dans lesquels il faudra peser. La convergence avec les organisations syndicales est attendu et même espéré par le mouvement associatif pour relancer une dynamique.
Un enjeu d’unité dans l’action
Aujourd’hui, les clefs du débat public sont majoritairement détenues par des néolibéraux dont certains versent dans l’illibéralisme, voire le techno-féodalisme d’extrême droite. Nombre « d’éditorialistes » relaient ces idéologies climato-relativistes et technosolutionnistes qui font des politiques écologistes le bouc émissaire des reculs sociaux, orchestrées par leurs propres politiques. Dans la réalité, seulement 11 % des français∙es pensent que le progrès technique permettra de régler le problème climatique (ADEME) et 50 % considèrent qu’ils subissent déjà les effets de ces changements. L’écologie « punitive » est un slogan politique qui se retournera vite contre celles et ceux qui l’adoptent.
Ces enjeux ne doivent pas être occultés dans notre travail de construction de la maison commune avec la CGT. Notre champ de syndicalisation ne nous interdit pas de penser ou de porter des positions qui remettent en cause le productivisme et le consumérisme, tout en respectant le monde du travail. Il est possible de défendre la relocalisation de l’industrie en portant des politiques de rupture écologique et de lutte contre le dumping fiscal et environnemental. La formation professionnelle doit être abordée dans une perspective d’émancipation et de reconversion écologique. L’expertise des travailleurs et travailleuses doit être respectée en défendant des principes de démocratie au travail, alors qu’aujourd’hui quelques multinationales ont un pouvoir de décision sur l’ensemble du vivant. Une planète morte détruira plus sûrement les conditions de vie et de travail. Le syndicalisme doit s’unir pour défendre l’habitabilité de la planète et le vivant.
Cyril Verlingue l