Convention citoyenne sur les temps de l'enfant : Quels enjeux ?

sept. 13, 2025 · 6 min. de lecture

Convention citoyenne sur les temps de l’enfant

Quels enjeux ?

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Le CESE et le principe d’une convention citoyenne

« Comment mieux structurer les différents temps de la vie quotidienne des enfants afin qu’ils soient plus favorables à leurs apprentissages, à leur développement et à leur santé ? » C’est à cette question que les 140 personnes tirées au sort pour participer à la Convention citoyenne sur les temps de l’enfant organisée par le Conseil économique, social et environnemental (CESE) devront répondre. Après une première session du 20 au 22 juin 2025, les membres de la Convention travailleront pendant sept week-ends, de juin à novembre 2025, pour élaborer un rapport citoyen. « Leur mission ? » (site du CESE) : « Réfléchir à l’organisation du quotidien, de l’année, des semaines et des journées des enfants : leurs différents temps de vie. » Le principe d’une « convention citoyenne » est plutôt positif. Le CESE, 3è Assemblée de la République, rappelle que depuis l’adoption de la réforme de 2021, il est devenu une référence en matière de démocratie participative. Deux Conventions citoyennes ont déjà été organisées : la Convention citoyenne pour le climat (2020) et la Convention citoyenne sur la fin de vie (2023), remplissant ainsi sa « mission de carrefour de la participation citoyenne ». Bertrand Badie a insisté sur ce point lors du séminaire UA du jeudi 26 juin : c’est l’énergie sociale qui fait avancer les sociétés. La question est plutôt ce que fera le président de la République des propositions de la Convention… l’exemple de la convention sur le climat n’est évidemment pas pour donner confiance.

Les enjeux invisibilisés

Mais si la question était vraiment de définir les conditions les « plus favorables aux apprentissages » des élèves, c’est le problème des inégalités scolaires, particulièrement corrélées aux inégalités sociales en France, qui devrait être au centre des réflexions. Rappelons que l’école était dans une dynamique d’élévation générale du niveau scolaire jusqu’à la fin des années 90, mais que les écarts ont recommencé à se creuser à partir du début des années 2000. Le CNESCO montre qu’en termes de politiques éducatives, cette évolution négative est concomitante du développement des dispositifs hors la classe ou hors temps scolaire [mis à part le « Plus-De-Maîtres·ses-Que-De-Classes » plébiscité par les enseignant·es], qui individualisent le « traitement » de la difficulté scolaire. Cela n’empêche pas le 1er ministre dans sa commande au CESE de valoriser « plusieurs dispositifs pour corriger les inégalités […] mis en place ces dernières années : devoirs faits, 8h-18h en collège, cités éducatives, territoires éducatifs ruraux, internats, stages de réussite, vacances apprenantes ». La perspective de renvoyer aux marges didactiques et temporelles de l’école les difficultés des élèves pourrait donc rester d’actualité. Les associations d’éducation populaires et associations complémentaires de l’école pourraient pourtant jouer un rôle important dans le développement des enfants et des jeunes, à deux conditions : ne pas être chargées de faire l’école à la place de l’école, et être financées de manière plus substantielle et moins précaire qu’actuellement. Le bilan de la politique éducative déployée depuis l’arrivée de JM Blanquer au ministère en 2017, et qui n’a pas été infléchie malgré la valse de 6 ministres en 2 ans après son départ, est sans appel. Au regard même des évaluations standardisées généralisées du CP à la seconde, les écarts de performance entre élèves d’Education prioritaire et élèves hors EP se sont maintenus ou aggravés. A l’issue de ces années d’appauvrissement des contenus enseignés (par le pilotage par les évaluations standardisées) et de mise au pas du métier enseignant, les nouveaux programmes, qui seront appliqués à la rentrée 2025, sont l’élément qui manquait pour faire de l’école une fabrique assumée des inégalités dans le 1er degré.

En effet, les programmes nationaux, et principalement ceux de maternelle et de cycle 2 (CP, CE1 et CE2) ont été conçus comme des « feuilles de route » à suivre, avec des indicateurs chiffrés à atteindre qui correspondent aux évaluations nationales généralisées à tous les niveaux de l’élémentaire. Le premier acte à poser, en termes de travail sur le temps, si l’on veut lutter contre les inégalités scolaires, doit être d’abroger ces nouveaux programmes qui imposent à tous les élèves des rythmes accélérés et des mesures de performance délétères pour celles et ceux qui ont besoin d’un temps long et serein pour apprendre, parce que les codes de l’école sont éloignés de leur culture familiale.

Temps scolaire, où en sommes-nous ?

Semaine de 4 ou de 5 jours ? Vacances trop longues ou trop courtes ? Il est vrai que dans les pays de l’OCDE, la semaine de 5 jours est plutôt la norme. En ce qui concerne les vacances, la France a plutôt des « grandes vacances » courtes (8 semaines, contre une norme autour de 10 semaines), et des « petites vacances » longues. Mais globalement, un examen des chiffres disponibles révèle qu’il n’y a pas de corrélation entre organisation hebdomadaire du temps scolaire et performance du système éducatif, puisqu’on trouve aussi bien des pays à 5 jours plus performants que la France en termes de niveau moyen et de lutte contre les inégalités scolaires que des pays moins performants. Et il en est de même pour la durée des vacances… Dans un article de l’Humanité du 23/06/2025, le chercheur Stéphane Bonnéry plaide pour un allongement global du temps d’enseignement, rappelant que dans le premier degré, entre 1969 et aujourd’hui, les élèves ont perdu l’équivalent d’une année de classe. Mais non pas pour augmenter le temps consacré aux « fondamentaux » de JM Blanquer et au « teach for test ». Le chercheur précise : « Il faut ajouter à cela les réformes qui, sous Jean-Michel Blanquer en particulier, ont fait de l’école quelque chose de besogneux, où on ne stimule pas la réflexion. Or les élèves ont besoin de voir que ce qu’ils apprennent leur donne le pouvoir de penser le monde. C’est comme ça que l’école devient intéressante, stimulante… et c’est tout l’inverse du conditionnement et du « savoir-être » qui dominent dans les programmes ces dernières années. »

Les enseignant·es « vent debout » ?

Plusieurs enquêtes récentes révèlent à quel point les PE sont maltraités par l’institution (de l’ASL à la DEPP en passant par la FSU-SNUipp). L’annonce d’une possible réduction des vacances (sans qu’aucune compensation puisse être attendue d’un gouvernement dont le mépris des enseignant·es est devenue la marque de fabrique) a d’ores et déjà hérissé la profession. Et pourtant, nous faisons le pari que les enseignant·es seraient prêt·es à une augmentation du temps élèves, s’il s’organise concomitamment avec une baisse du temps de travail des PE d’une part, les moyens d’un renforcement des dynamiques pédagogiques d’autre part. C’est le sens des mandats votés au congrès de la FSU-SNUipp d’Aix-les-Bains du 16 au 20 juin 2025 : passer à 18h devant élèves (au lieu de 24h actuellement), avec 3h hebdomadaire de concertation ou formation, tout en créant massivement des postes de PDMQDC, peut être un levier de lutte contre les inégalités scolaires par la dynamique pédagogique que ces mesures permettraient, tout en décrochant le temps élèves et le temps enseignant.

Le CESE s’emparera-t-il de ces pistes prometteuses ? Le rapport de forces social contraindra-t-il le gouvernement à créer les postes nécessaires ? Avec la profession, il nous faudra construire les mobilisations permettant d’aller vers l’école égalitaire et émancipatrice que nous portons.

Sarah Hamoudi-Wilkowsky, Betty Jean-dit-Teyssier, Nina Palacio, Rachel Schneider et Cécile Texier (FSU-SNUipp)

ENJEUX
Auteurs
Revue d’unité action
Pour Unité et Action, l’enjeu est de construire des formes d’action qui en permettant de faire progresser le quotidien des salarié.es, des agent.es, des retraité.es, permet également d’ouvrir la voie à une vraie dynamique de transformation sociale de progrès et de justice.