Faire nombre, faire masse

Introduction
On peut être interloqué·es de voir évoluer en parallèle des gouvernements ayant de moins en moins d’assise parlementaire avec une orientation budgétaire socialement de plus en plus violente. De la même manière, une bataille culturelle d’ampleur avance, avec une population qui pense de moins en moins légitime de réduire les dépenses et de plus en plus nécessaire d’augmenter les recettes, alors même que la taxe Zucman, emblématique, a été rejetée à l’assemblée.
Démocratie contre Capitalisme : L’Analyse de Romaric Godin
Dans un article éclairant paru à la rentrée, Romaric Godin appelle à remettre le récit dominant à l’endroit, et démontre que ce n’est pas l’économie française qui est une victime innocente de la crise politique, mais bien l’inverse : « Le pays, comme, du reste, l’économie mondiale, ne s’est jamais remis de la crise de 2007-2008. Le « gâteau » augmentant désormais de plus en plus lentement, le combat pour son partage est nécessairement plus âpre. » Le journaliste conclut ainsi son analyse : « Le capital français peut alors faire un choix cynique : puisqu’il existe une opposition entre démocratie et capitalisme, il faut sacrifier la démocratie. Un régime autoritaire permettrait alors d’appliquer la stratégie d’unité du capital de façon plus efficace et plus violente, avec la mise en place de discriminations, de dérégulations sociales et environnementales, de baisses massives d’impôts sur le capital et de mise à mort de l’État social. »
Le Rôle Crucial des Stratégies Syndicales
La question de notre rôle dans la période est brûlante. Si tou·tes les militant·es partagent l’idée que nos échanges avec les partis politiques de toute la gauche doivent être poursuivis, pour nourrir autant que possible les programmes et les orientations politiques, nous sommes d’abord et avant tout responsables des stratégies syndicales. Et nos urgences sont claires. C’est en continuant d’informer et de rassembler nos professions sur ces questions de dépenses et de recettes, de besoins et de financement, de choix de société à faire pour réduire les inégalités par l’accès aux services publics et la sécurité sociale, que nous créons les conditions des mobilisations d’ampleur que la situation réclame. Car en alimentant et renforçant sans relâche les ferments des luttes sociales, nous menons deux combats pour le prix d’un : nous travaillons aussi à décrédibiliser l’extrême droite comme réponse aux colères populaires, en éclaircissant les alternatives possibles.
Construire le Collectif
Nous savons que de nouvelles crises sociales, climatiques, environnementales, géopolitiques sont devant nous, et nous savons aussi que les outils pour construire du collectif ne sont pas si nombreux… Avec toute l’énergie qui nous anime, soyons au plus près de nos professions pour porter nos revendications et démontrer que d’autres choix sont réellement possibles. À condition de faire nombre, à condition de faire masse.
Rachel Schneider, Emmanuel Mercier, Valérie Poyet et Thierry Quétu