Lutter contre le continuum des violences patriarcales un enjeu féministe et syndical de transformation sociale

Un système patriarcal global
Nous le martelons lors des mobilisations et formations féministes auxquelles nous prenons part : les violences sexistes et sexuelles ne sont pas des faits isolés ni des dérives individuelles. Elles s’inscrivent dans un système social structuré : celui du patriarcat. En France comme ailleurs, ce système organise les rapports de domination entre les femmes et les hommes, légitime la hiérarchie des corps et entérine les inégalités. Les violences qui en découlent traversent tous les espaces de la vie : la sphère privée, le travail, les espaces publics, mais aussi les institutions et l’école.
Lier les violences : femmes et enfants, un même combat
Si cette lecture systémique fait désormais consensus, une question demeure : faut-il penser ensemble les violences faites aux femmes et celles faites aux enfants ? Longtemps, ces deux réalités ont été traitées séparément, comme si elles relevaient de causes distinctes. Pourtant, les recherches féministes et les expériences de terrain montrent combien elles s’entrecroisent.
Chiffres et impunité : l’ampleur du phénomène
Si la dimension systémique des violences faites aux femmes comme aux mineur·es et leur lien étroit peuvent interroger, les chiffres suffisent à lever tout doute. Chaque année en France, 153 000 femmes majeures sont victimes de viols, 217 000 d’agressions sexuelles et 160 000 enfants subissent des violences sexuelles. 93% des victimes majeures de viols sont des femmes et 84% des victimes mineures des filles ; 97% des auteurs sont des hommes. Ces chiffres disent l’ampleur d’un phénomène massif, systémique et structurel. Elles montrent combien la société peine encore à reconnaître ces violences pour ce qu’elles sont : des rapports de domination, et non des faits isolés. La plupart des victimes connaissent leur agresseur, et moins d’une plainte sur dix aboutit à une condamnation. Cette impunité, jointe à la peur et à la honte, entretient le silence et permet aux violences de se perpétuer. Pourtant, l’explosion des révélations après #MeToo et l’explosion récente des révélations sur les violences subies par des mineur·es, notamment après le rapport de la CIIVISE, donne encore lieu à des remises en cause de la parole des victimes et à des minimisations. Nous devons éviter ce piège et renforcer nos outils d’analyse et de lutte politique.
Stratégie syndicale et renforcement des services publics
Notre stratégie syndicale doit intégrer le continuum des violences patriarcales, leur logique systémique et les stratégies d’impunité des agresseurs. Elle doit viser la transformation des institutions et revendiquer des politiques publiques ambitieuses, dotées de moyens pour prévenir, protéger et réparer. Cela est d’autant plus urgent que les politiques d’austérité ont fragilisé les services publics : sociaux, santé, justice, éducation. En réduisant les budgets, en limitant les postes et la formation, l’État rend plus difficile la détection et l’accompagnement des victimes. Ce désengagement compromet chaque année la sécurité et la dignité de milliers d’enfants et de femmes. Renforcer les services publics, c’est renforcer la protection de toutes et tous, et affirmer que la lutte contre les violences fait partie intégrante du modèle de société que nous voulons construire.
L’éducation : premier rempart contre les violences
Dans le champ éducatif aussi se joue une part décisive du combat contre les violences.
L’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS) est un outil d’émancipation pour chaque élève : elle doit permettre d’aborder consentement, égalité, respect et déconstruction des stéréotypes.
Notre lutte pour un programme national visait à donner à toute une génération les moyens de comprendre et de refuser les rapports de pouvoir.
Pour un féminisme syndical émancipateur
Plus largement, il revient à la FSU de porter une vision syndicale et féministe de la lutte contre les violences. Elles ne se limitent pas aux agressions physiques : elles s’expriment aussi dans les rapports hiérarchiques, l’absence de reconnaissance, les inégalités salariales et la charge mentale que subissent les femmes, dans la vie professionnelle comme domestique. Elles touchent aussi les enfants et les adolescent·es, pris·es dans les mêmes logiques d’emprise et de contrôle. Le continuum des violences patriarcales traverse les générations : il apprend très tôt aux filles à se taire et aux garçons à dominer. La lutte contre les violences faites aux mineur·es relève donc du même combat pour l’émancipation collective. Le féminisme syndical que nous défendons en U&A est matérialiste : il part des réalités concrètes du travail, de la vie sociale et des rapports de pouvoir. Agir contre les violences sexistes et sexuelles, c’est mener une lutte globale pour l’égalité réelle ; pour des moyens humains et financiers pour les services publics, des formations adaptées, une justice accessible et des politiques cohérentes entre éducation, santé et protection sociale. C’est aussi construire, dans nos lieux de travail, des espaces de parole, de prévention et de solidarité, où les victimes puissent être entendues et protégées. La transformation passe par le collectif et par la reconnaissance de notre responsabilité commune : refuser la banalisation du sexisme et des violences et soutenir toutes les victimes, femmes comme enfants. La lutte contre les violences sexistes et sexuelles n’est pas une cause parmi d’autres : elle est au cœur du projet d’émancipation que porte notre syndicalisme.
Claire Fortassin, Sigrid Gérardin, Blandine Paulet, Marie-Hélène Plard et Caroline Quiniou pour la Collective U&A Femmes