Rosa Luxemburg

déc. 2, 2025 · 4 min. de lecture

Rosa Luxemburg

Le bonheur au coin de la rue

Lettres de joie et de barricades

L’engagement d’une vie

Le 15 janvier 1919, Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg sont abattus par balles l’un après l’autre et jetés dans le Landwherkanal où leurs corps seront repêchés le 31 mai. En 1920, Les lettres de prison de Rosa Luxembourg sont publiées. Eusebio Trabucchi en offre une sélection, témoignages de l’extraordinaire personnalité de la révolutionnaire, d’une loyauté sans faille à l’égard de ses idéaux et animée d’un espoir profond dans la vie sous toutes ses formes. Ainsi souhaite-t-elle qu’on inscrive sur sa tombe « tsui-tsui », le chant de la mésange.1

Née en 1971 dans la Pologne russe, dès ses années de lycée à Varsovie, elle rejoint le groupe révolutionnaire Prolétariat. Après s’être réfugiée à Zurich où elle s’inscrit à l’université, Rosa Luxembourg poursuit sa vie militante à un niveau important de responsabilités : intervention dans de nombreux congrès en Europe, rédaction d’articles et d’ouvrages (« L’accumulation du capital », par exemple). Elle rencontre Karl Liebknecht et Clara Zetkin avec qui elle fondera « la Ligue de Spartacus » en 1917 et participe à la fondation du Parti communiste allemand.2 Sa vie est émaillée de nombreux emprisonnements.

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Une militante engagée

Toutes ses lettres témoignent d’une implication totale, elle ne confond jamais les divergences privées avec la nécessité de la lutte. Il s’agit aussi de trouver la forme pour « agir sur les gens tel un éclair, les saisir au crâne ». « Je suis résolue, quand j’écris, à ne jamais oublier de me passionner pour mes notes et de toujours aller puiser au fond de moi » (lettres de 1898 et 1899 à Robert Seidel, un ami journaliste et Leo Jogiches, un révolutionnaire exilé en Suisse). À plusieurs reprises, elle rencontre Lénine : « j’aime discuter avec lui, il est intelligent, éduqué, et j’aime bien voir sa mine hideuse », écrit-elle à Constantin Zetkin en 1911. Dans la période précédant la guerre, elle est en butte à de nombreux procès : « Je ne fuirai pas, même sous la menace de la potence », écrit-elle à Walter Shoecher en 1911, adhérent au SPD3 comme elle. Rosa Luxembourg passe les dernières années de sa vie en prison (à l’exception de brèves interruptions), notamment en 1915 pour incitation à la désertion et outrage à agent public. Lorsque la 1ère guerre mondiale éclate, elle s’éloigne du SPD qui a voté les crédits militaires, mais elle se réjouit de la Révolution russe. La dernière lettre publiée dans le recueil en date du 11 janvier 1919, alors qu’elle est libérée. Elle témoigne de la tourmente de l’Allemagne après la destitution de Guillaume II. Spartakiste, elle soutient les émeutes contre le gouvernement modéré d’Ebert. La répression est terrible. Avec Karl Liebknech, elle fonde le journal « Rote Fahne » (Drapeau rouge).

L’espoir chevillé au corps

Le 12 mai 1918, elle écrit ces mots à Sophie Liebknecht : « nous allons vivre encore et nous allons vivre de grandes choses ». Rosa Luxembourg ne se lasse pas de proclamer le bonheur inhérent au simple fait d’être en vie. Depuis sa cellule sans lumière, elle entend régulièrement le chant d’une fillette et elle écrit : « il y avait tant de joie de vivre, insouciante et triomphante, dans le rythme sautillant de cette comptine et dans ce rire pétillant que […] dans ma cellule nauséabonde l’air sentait aussi bon que s’il tombait des pétales de roses écarlates » (lettre du 28 juin 1917). Et elle termine par ces mots : « vous ne pouvez pas savoir comme le ciel était bleu aujourd’hui. » Il faut écouter cette voix passionnée qui proclame que le bonheur est en tout lieu et affirme : « je poserai mes dix doigts sur le piano du monde et en jouerai à l’en faire gronder. »

Marylène Cahouet


  1. Éditions L’Orma. ↩︎

  2. Elle a acquis la nationalité allemande après son mariage avec Gustav Lübeck. ↩︎

  3. Parti social-démocrate, créé en 1875 sous le nom de SAP. ↩︎

ENJEUX
Auteurs
Revue d’unité action
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