Syndicalisme

Municipales, un enjeu syndical majeur

Enjeux 297 · 20 janvier 2026 · Culture

Municipales : un enjeu syndical majeur, de la défense de la culture au bâti scolaire, pour reconquérir le lien démocratique face à l'extrême droite.

Les élections municipales du printemps prochain s’annoncent comme un moment décisif pour la démocratie locale, mais aussi un miroir des enjeux nationaux. Elles se dérouleront dans un contexte marqué par une crise sociale persistante, une défiance profonde envers les institutions politiques et un risque bien réel : celui de voir l’extrême droite conquérir de nouvelles municipalités, parfois dès le premier tour. Ce danger n’est ni abstrait ni lointain. Là où l’extrême droite a accédé au pouvoir local, ses choix ont produit des effets rapides et durables sur les services publics, le tissu associatif, la vie culturelle et, plus largement, sur les libertés et la cohésion sociale. La culture figure parmi ses premières cibles. Les municipalités d’extrême droite s’attaquent aux associations d’éducation populaire, à celles qui promeuvent l’ouverture, l’égalité, la diversité des cultures et des parcours, en particulier lorsqu’elles interviennent dans les quartiers populaires. Les conséquences percutent de ce fait l’école, les travailleurs et travailleuses sociales, les éducatrices et éducateurs… Elles censurent ou déprogramment des artistes et des spectacles jugés « subversifs », réduisent drastiquement les budgets des bibliothèques, des théâtres municipaux, des centres culturels et promeuvent à l’inverse une culture dite « officielle », identitaire et réactionnaire. Cette culture est fondée sur une histoire mythifiée, figée, excluante, à rebours de toute ambition d’émancipation. L’offensive est politique : il s’agit d’appauvrir le débat public, de limiter l’accès à des œuvres qui permettent de penser la complexité du monde et, au final, de renforcer des représentations autoritaires et des dominations. Face à ce risque, les travaux de nombreux sociologues convergent : la progression de l’extrême droite ne se combat pas seulement par des discours de dénonciation morale, mais par la remobilisation de celles et ceux qui se sont éloigné·es des urnes. Le « peuple de gauche » , en particulier les habitant·es des quartiers populaires, a tendance à s’abstenir. Cette abstention est rarement un désintérêt pour la chose publique ; elle exprime le plus souvent un sentiment d’abandon, de relégation et la conviction que les choix politiques ne transforment plus concrètement les conditions de vie. Or ce sont précisément ces populations qui subissent le plus directement les choix des politiques municipales : état des écoles, accès aux services publics de proximité, politiques culturelles, transports, logement, restauration collective.

Le rôle central du syndicalisme dans la reconquête du lien démocratique

C’est dans ce contexte que le syndicalisme, et en particulier la FSU, a un rôle central à jouer. Par son ancrage dans les services publics, par la confiance qu’elle inspire aux personnels et aux familles, par sa capacité à partir des réalités concrètes du travail et de la vie quotidienne, la FSU est en mesure de contribuer à redonner du sens à l’engagement citoyen. En maintenant son indépendance face au politique, le syndicat peut faire connaître ses mandats, porter des analyses exigeantes, alerter sur les conséquences concrètes des choix municipaux et nourrir le débat public local. L’organisation de réunions publiques, par exemple, constitue à cet égard un levier essentiel. En partant de problèmes vécus, identifiés collectivement, ces espaces permettent de faire émerger une parole populaire, de rendre visibles des situations trop souvent invisibilisées et de construire des revendications partagées. Elles sont aussi l’occasion de retisser du lien entre personnels, familles, habitant·es, associations et collectifs locaux. À rebours des logiques descendantes, ces temps d’échange redonnent prise sur le réel à celles et ceux qui se sentent tenu·es à distance du débat politique et participent à la reconstruction d’une confiance collective.

Le bâti scolaire, miroir des inégalités et levier de mobilisation politique

La question du bâti scolaire est emblématique de cette démarche. Elle touche directement les élèves, les personnels et les familles, et concentre des enjeux sociaux, éducatifs, sanitaires et environnementaux majeurs. Le récent rapport de l’Alliance écologique et sociale met en lumière l’ampleur de la dégradation du bâti scolaire dans de nombreuses communes : écoles mal isolées, bâtiments vétustes, problèmes d’humidité, de ventilation, d’exposition à la chaleur ou au froid. Ces conditions d’accueil dégradées pèsent sur les apprentissages, sur la santé des enfants comme des personnels, et accentuent les inégalités territoriales. Dans de nombreux quartiers populaires, l’état des écoles fait écho à d’autres formes de précarité : logements insalubres, factures énergétiques élevées, manque d’espaces verts. Le bâti scolaire se situe ainsi au croisement de problématiques largement partagées par la population. En s’appuyant sur les propositions portées par l’AES (Alliance Écologique et Sociale), il est possible de défendre une rénovation ambitieuse des écoles, pensée à la fois comme un investissement social, écologique et éducatif : amélioration de l’isolation thermique, adaptation aux épisodes de chaleur, qualité de l’air intérieur, création d’espaces favorisant le bien-être et les apprentissages. Autant de choix qui relèvent directement des politiques municipales. En faisant de ces enjeux un objet de mobilisation collective, les militant·es syndicaux peuvent contribuer à transformer une préoccupation quotidienne en revendication politique. Portées par les familles, les personnels et les habitant·es, ces propositions gagnent en légitimité et deviennent des points d’appui pour peser dans les débats municipaux, y compris budgétaires. Elles permettent aussi de montrer concrètement en quoi les choix locaux peuvent améliorer, ou au contraire dégrader, les conditions de vie.

Construire des alliances durables

Au-delà de l’échéance électorale, l’investissement militant dans la campagne des municipales est surtout l’occasion de nouer ou de renforcer des alliances durables. Alliances avec le monde associatif, avec les collectifs de parents, avec les habitant·es engagé·es dans la défense de leurs quartiers et de leurs services publics. Ces alliances, construites dans l’action, sur des valeurs communes de solidarité, de justice sociale et d’émancipation, permettent de constituer un véritable camp progressiste local, un réseau de vigilance, de débat et de résistance. À l’heure où les fractures sociales, territoriales et culturelles constituent un terreau fertile pour les projets réactionnaires, antisociaux et nauséabonds de l’extrême droite comme du néo-libéralisme, cette construction patiente de liens, de convergences et de solidarités apparaît plus que jamais comme une nécessité démocratique. Défendre le service public, l’école, la culture et l’émancipation, c’est aussi défendre la démocratie, au plus près des territoires et de celles et ceux qui y vivent. C’est également faire le pari qu’un jour, ces liens solidaires viendront nourrir des mobilisations sociales massives.

Nina Palacio

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