Municipales, un scrutin décisif pour l’école
Entretien FSU-SNUipp : les municipales, un scrutin décisif pour l'école publique et les équipes du premier degré.

Les élections municipales à venir constituent une échéance à ne pas négliger pour la FSU-SNUipp, à la fois pour peser sur les politiques locales d’éducation et pour rendre visibles les besoins très concrets des écoles et des équipes du premier degré. Ce scrutin touche directement le quotidien des élèves, des enseignant·es et des personnels municipaux. Il offre un levier pour construire ou consolider des alliances locales face aux risques de la progression de l’extrême droite dans certaines communes.
Enjeux-UA : en quoi les élections municipales représentent un scrutin d’importance pour la FSU-SNUipp, syndicat majoritaire du premier degré ?
FSU-SNUipp : les municipales sont d’abord des élections de politiques concrètes, ancrées dans la vie quotidienne, et dont l’école constitue un cœur névralgique. Pour le premier degré, la relation avec la municipalité n’est pas un « à-côté » : elle conditionne les moyens municipaux pour l’école, le bâti scolaire, la présence de services publics et la qualité de vie des élèves. Dans de nombreux territoires, l’école reste le dernier service public de proximité et la politique municipale d’investissement, de maintenance, ou de réorganisation (fermetures, fusions, redécoupages de la carte scolaire) a un impact direct sur le travail des équipes. Des exemples concrets le montrent : en Seine-Saint-Denis, des sections locales SNUipp travaillent depuis longtemps en amont avec les élu·es sur la démographie scolaire, les prévisions d’effectifs et la carte scolaire, négociant des rééquilibrages de secteurs, par exemple entre deux écoles séparées par une rue, pour éviter la mise en péril d’un établissement menacé de perdre une classe. Ailleurs, dans des communes passées à droite où les relations se sont dégradées, ces espaces de concertation se sont refermés, rendant plus difficile un travail partagé sur les besoins d’ouvertures ou la prévention des fermetures. Enjeux-UA : comment faire entendre la voix des équipes et défendre une école publique, émancipatrice, dans un contexte où les services publics se fragilisent et où le préfet voit ses pouvoirs renforcés par les derniers décrets ?
FSU-SNUipp : la campagne municipale peut devenir un espace où faire remonter les besoins exprimés par les équipes, que ce soit via les conseils d’école ou par l’intermédiaire du syndicat plus directement : donner une place à la parole professionnelle, construire des lignes communes entre Éducation nationale, collectivités, parents et associations d’éducation populaire. Là où cela existe déjà, les militant·es syndicaux peuvent s’appuyer sur des partenariats structurés ; là où tout reste à construire, les municipales peuvent servir de point d’appui pour ouvrir le débat. Quand des alliances avec des municipalités sont possibles, le scrutin est l’occasion de travailler ces convergences pour contrer des décisions déconnectées des réalités locales. On se souvient d’actions communes contre des fermetures de postes de RASED ou pour faire cesser des situations délétères de non-remplacement avec des délégations de parents d’élèves et d’enseignant·es accompagnées d’élu·es locaux.
Enjeux-UA : l’actualité de la Convention Citoyenne sur les rythmes de l’enfant va-t-elle s’inviter dans ce rendez-vous électoral ?
FSU-SNUipp : les municipales peuvent aussi être, en effet, un moment pour remettre au centre les politiques locales des « temps de l’enfant » : organisation des rythmes scolaires, périscolaires, Projets éducatifs de territoire (PEDT) et articulation entre les différents acteurs éducatifs. À l’occasion de la Convention, des associations de jeunesse et d’éducation populaire ont défendu l’idée d’un nouveau PEDT, moins vertical, plus co-construit, où les équipes d’école seraient véritablement impliquées et non placées devant des dispositifs décidés « d’en haut ».
Enjeux-UA : quel travail syndical peut être mené ?
FSU-SNUipp : la campagne n’a de sens que si elle part du réel des écoles. À Chambéry, par exemple, les militant·es de la FSU-SNUipp évoquent les besoins en Atsem dans les classes de maternelle, la dégradation des relations avec la commune, la nécessité d’un plan d’investissement pluriannuel pour les bâtiments scolaires ou encore la discussion autour de la labellisation de cité éducative. Ailleurs, d’autres équipes se heurtent à des situations quotidiennement ingérables, comme ces enfants de maternelle ou de cycle 2 récupérés en fin de journée par leurs parents avec une demi-heure, une heure, voire deux heures de retard, sans solution municipale d’accueil, au risque de mettre les collègues en difficulté professionnelle et personnelle. Dans certaines villes, la municipalité a fini par prendre le relais de l’école pour ces enfants dont les familles sont très en retard, montrant que des réponses existent lorsque le rapport de forces et le dialogue sont construits. Pour la FSU-SNUipp, les municipales sont alors l’occasion de rendre publiques ces revendications, d’exiger que les communes s’engagent sur l’accueil des enfants, le périscolaire, la sécurité des trajets (y compris en zone rurale ou de montagne où des regroupements d’écoles peuvent signifier des déplacements dangereux) et l’égalité d’accès aux services. Les réalités locales sont diverses, mais un point commun traverse les témoignages : la nécessité de faire entendre la voix des collègues du 1er degré dans l’espace politique local. Dans certaines communes, la FSU-SNUipp est déjà régulièrement interpellée par des formations politiques à l’approche du scrutin, ce qui permet de porter les mandats syndicaux, de re-questionner des dispositifs existants et de poser des exigences en termes de moyens pour les écoles, d’accès à divers équipements, de bâti, ou de services périscolaires. L’enjeu, pour le syndicat, est double : d’une part, soutenir partout la présence d’une école publique de proximité comme condition d’attractivité et de vitalité des territoires ; d’autre part, utiliser la campagne municipale pour reconstruire du lien entre les collègues, les parents, les associations et les équipes municipales, afin de peser durablement sur les politiques locales. Les municipales ne sont pas seulement une séquence électorale : elles peuvent devenir, pour la FSU-SNUipp, un moment de réinscription forte dans le tissu politique et social local, au service de l’école publique et de ses personnels.
Interview de Aurélie Gagnier, Sarah Hamoudi-Wilkowsky, Rachel Schneider et Nicolas Wallet pour la FSU-SNUipp





