Entretien avec Julien Fonte
Entretien avec Julien Fonte, FSU territoriale : le dialogue social avec les maires employeurs et le syndicalisme face aux mairies d'extrême droite.

Enjeux-UA : pour ton organisation, troisième syndicat de la FSU en nombre d’adhérentes et d’adhérents, quels sont les principaux enjeux des prochaines élections municipales, notamment en termes d’amélioration du dialogue social avec les maires employeurs ?
Julien Fonte : il convient de distinguer la situation dans les petites communes d’une part et les grandes d’autre part. Les situations ne sont guère comparables. Dans les petites communes se pose plus précisément la question de la proximité quotidienne entre équipes militantes et élu·es, renforcée par la possibilité d’engagements par ailleurs politiques éventuels au sens partisan, soit convergents, soit opposés. L’éthique militante permet de toujours garder la boussole de l’indépendance syndicale et la priorité à la défense des personnels et du service public. Le travail syndical consiste d’abord dans les petites communes à faire respecter le droit par la ou le maire, ce qui n’est pas toujours le cas, par mauvaise volonté trop souvent, mais aussi par méconnaissance des textes réglementaires, y compris par les agent·es. Qu’il s’agisse des progressions de salaires, des avancements de grade, du temps de travail ou des congés maladie, les manquements sont légion. Je me souviens d’une petite commune dans la Sarthe, où le maire avait imposé une « franchise » sur les heures supplémentaires, ne les prenant en compte qu’à partir de la septième. Les personnels, non syndiqués, avaient fait appel à nous. Ailleurs la mairie exigeait une récupération sur les arrêts maladie… Et combien d’agent·es qui n’avancent pas dans leur carrière, restent au premier grade de la catégorie C toute leur vie professionnelle. Dans ces petites communes, le plus difficile est parfois d’éviter les tentatives de connivence de la part d’un ou d’une maire, il s’agit de toujours rester sur ses gardes, mais aussi hélas de faire face à des cas de harcèlement hiérarchique, alors que la ou le militant·e n’est pas protégé·e par le nombre des agents. Dans les grandes collectivités, l’existence d’une bureaucratie peut alourdir le dialogue social, mais aussi elle protège contre les desiderata des élu·es, si les DRH garantissent effectivement le respect du droit du travail. L’objectif ici est de gagner des droits collectifs quand dans les petites communes la défense individuelle est première, avec une grande difficulté à enclencher une grève si besoin était, car les choses deviendraient alors compliquées avec un employeur de grande proximité… Il existe aussi beaucoup de défense lors de conseils disciplinaires paritaires, présidés par un juge administratif, dans lesquels sont déféré·es des agent·es, près de 600 dans la petite couronne parisienne, en 4 ans. Nous portons des revendications générales pour les agent·es des collectivités, notamment la résorption de la précarité - 25% des agents municipaux sont contractuels - car les ATSEM et personnels d’animation sont recrutés à 95% par les municipalités. Enjeux-UA : le syndicalisme est-il bien représenté dans les communes ?
Julien Fonte : c’est le cas dans les grandes, par exemple dans les métropoles sont souvent présents entre 4 ou 6 syndicats, le taux de participation demeure hélas trop faible aux élections professionnelles, les villes moyennes votent d’ailleurs davantage que les grandes où l’agent·e peut penser que les instances de dialogue sont trop lointaines. L’objectif de la FSU territoriale est avant tout de déposer davantage de listes, de conserver notre siège au conseil supérieur de la Fonction publique territoriale, et de continuer à progresser en pourcentages et en voix. Nous ne donnons pas de consignes sur la possibilité de listes communes, ce sont les équipes qui décident localement de faire ou de ne pas faire. Cela dépend beaucoup des contextes locaux.
Enjeux-UA : comment se passe le travail syndical avec les mairies d’extrême droite ?
Julien Fonte : les situations sont très variables. Quand la mairie de Moissac est passée à l’extrême droite en 2020, la section syndicale a disparu au bout de 6 mois, répression et intimidations ont été efficaces. Aucune liste syndicale n’a été déposée en 2022. À Hénin-Beaumont, dont le maire est le RN Steeve Briois, la FSU territoriale soutient un camarade de Sud menacé de révocation. Beaucoup d’élu·es RN siègent désormais dans les intercommunalités. Leurs stratégies sont très diverses, de la brutalité frontale à l’affichage d’un dialogue social respectueux, dans la logique de respectabilisation de Louis Aliot à Perpignan. Bien sûr en cas d’affrontement, place à la répression, mais cela n’est pas propre aux élu·es d’extrême droite, ni à la droite du reste. Leur spécificité tient plutôt à leurs politiques publiques, le choix des livres de bibliothèques par exemple, leur censure, ou l’absence de repas scolaires sans porc. Nous leur opposons la défense de services publics qui répondent aux besoins de toutes et tous, et fonctionnent conformément aux principes républicains. Faudrait-il pratiquer la chaise vide ? Question difficile que nous avons abordée plusieurs fois entre nous. Cela se décide collectivité par collectivité. Globalement le choix est fait de siéger, considérant en cas contraire les risques pour les agent·es et les politiques publiques décidées : FSU mais aussi localement CGT ou Sud font ce choix, celui de se battre, en instance aussi, sur les valeurs d’un service public accessible, égalitaire et répondant aux besoins de toute la population.
Propos recueillis par Matthieu Leiritz