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Retour sur la « Convention citoyenne sur les temps de l’enfant », un rendez-vous manqué

Enjeux 297 · 11 janvier 2026

La Convention citoyenne sur les temps de l'enfant : un rendez-vous manqué, aux propositions qui risquent d'aggraver les inégalités scolaires.

Le rapport de la Convention citoyenne sur les temps de l’Enfant, présenté le 23 novembre 2025, s’ouvre par la question posée dans la lettre de saisine : « Comment mieux structurer les différents temps de la vie quotidienne des enfants afin qu’ils soient plus favorables à leurs apprentissages, à leur développement et à leur santé ? » Parmi les 20 propositions formulées, il en est que l’on ne peut qu’approuver, comme la nécessité d’un plan d’investissement massif en Éducation, motivé par le constat d’un sous-investissement chronique du champ de l’enfance. Mais d’autres préconisations posent d’autant plus problème qu’elles passent à côté d’une compréhension des véritables enjeux.

Une question mal posée, des ressources problématiques

Des participant·es à la Convention des temps de l’enfant ont pu mal recevoir les critiques formulées à l’encontre de certaines propositions. Agathe Hamel notamment, qui démarre son premier mandat comme conseillère au CESE (élue présidente de la Délégation aux droits des femmes et à l’égalité) a estimé que « questionner la légitimité de la convention est un signe de mépris », particulièrement envers les mouvements de jeunesse qui y ont participé. Mais comme l’a rappelé Jean-Yves Rochex à l’OZP le 3 décembre dernier, « on ne traite pas des problèmes réels avec des questions mal posées ». Si le chercheur a rappelé la tendance à la diminution du temps scolaire dans l’histoire relativement récente, passé pour le 1er degré de 30 heures à 27 heures par semaine, puis à 24 heures avec la suppression du samedi matin, ce qui ne peut que porter préjudice à celles et ceux qui n’ont pas d’autres ressources que l’école pour les apprentissages scolaires, J.Y. Rochex a également précisé que, dans les comparaisons internationales, le nombre d’heures d’enseignement n’est corrélé ni au niveau de performance ni au niveau d’équité des systèmes éducatifs. Il a pointé, par contre, les inégalités en augmentation dans notre pays avec maintenant 9,8 millions de personnes, soit 15,4% de la population, sous le seuil de pauvreté. Et dénoncé le fait que, à la question des inégalités, n’ont été proposées comme pistes de réponses aux membres de la Convention que des facteurs externes (conditions de vie etc.). Aucun didacticien et aucun sociologue n’a été auditionné à part Jean-Yves Rochex (entendu par une seule commission, pas même en plénière). De même, le socle documentaire fourni comme première clés de compréhension aux conventionnaires a été « d’une indigence remarquable » selon le chercheur, avec un contenu partiel et partial limité à la chronobiologie et aux neurosciences. Ainsi, la Convention a-t-elle été orientée vers la thématique de la fatigue, avec le présupposé que les élèves seraient trop fatigués parce qu’on voudrait trop leur apprendre. J.Y. Rochex a rappelé que l’école n’est « pas au service des élèves mais au service d’une certaine société », que le processus d’apprentissage doit faire émerger de nouveaux besoins (Paul Fraisse), que l’école ne peut en aucun cas n’être pensée qu’en termes d’« adaptation aux besoins des élèves ». Des propositions qui, pour certaines, aggraveraient les inégalités scolaires

À la lecture des propositions de la Convention, on peut s’étonner que la principale référence des rédacteur·trices soit la chronobiologie pour finalement trouver que l’après-midi ne doit plus être consacrée aux apprentissages complexes (appelés « théoriques »), alors même que le 2e moment de concentration (dit « pic de vigilance ») identifié dans la journée démarre en milieu d’après-midi. Mais, plus important que cette contradiction, on lit surtout que les conventionnaires ont souhaité agir sur les bornes temporelles de la journée de classe, sans travailler sur les endroits où se nouent / où se jouent les inégalités scolaires. Cela s’explique pour beaucoup par l’absence totale d’apports de la sociologie des apprentissages : rien par exemple pour nourrir la réflexion sur le rapport au langage des enfants, sur leur rapport aux savoirs, rien sur l’enjeu de la « secondarisation » qui permet le passage de la tâche effectuée au savoir à construire… De ce point de vue, la proposition de séparer apprentissages théoriques (réservés au matin) et pratiques (l’après-midi) est un non-sens. Les apprentissages se caractérisent en effet par un va-et-vient entre manipulation des objets scolaires et conceptualisation de ces objets. De plus, la proposition repose sur l’idée que certaines disciplines seraient plus ou moins théoriques ou pratiques alors que les didactiques disciplinaires rappellent que chaque discipline imbrique ces deux aspects. Pour le 1er degré, on voit bien que cette proposition, particulièrement problématique, aggraverait encore le tournant du pilotage pédagogique depuis Blanquer, avec un morcellement d’activités « techniques » qui complique l’accès au sens pour les enfants les plus éloignés de la culture écrite. À ce sujet, il est frappant de voir une Convention s’interroger sur le temps scolaire, alors même que les nouveaux programmes de maternelle et d’élémentaire rendent le temps de l’école intenable pour de nombreux élèves : des objectifs chiffrés à toutes les pages imposent un rythme qui peut être délétère, et découpant par ailleurs les savoirs à construire d’une manière qui ne peut que créer des malentendus sur les activités prescrites. Enfin, cette proposition de séparer les apprentissages théoriques et pratiques ouvre la voie à un contrôle d’une partie du temps scolaire par divers « partenaires », ainsi qu’à l’externalisation d’une partie de l’enseignement comme les apprentissages artistiques et l’EPS. En effet, les apprentissages de l’après-midi seraient confiés à un « PEDT “nouvelle génération” ayant pour missions d’ “assurer la convergence des visions et des objectifs entre tous les acteurs.” C’est le comité de pilotage du PEDT (composé des représentants des collectivités, de l’Éducation nationale, des associations d’éducation populaire, des médiathèques, des clubs de sport, des centres sociaux, des parents d’élèves) qui organise la mise en œuvre du volet “apprentissages pratiques”, pilote le vivier d’intervenants, fait remonter au niveau national les bonnes pratiques… Conclusion (provisoire)

Aux dernières annonces, le ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray reporte le débat : “La question des rythmes scolaires ne peut pas se régler pour la rentrée 2026. C’est à mon sens un vrai débat pour la présidentielle de 2027”, a-t-il précisé. La FSU a donc devant elle la nécessité d’échanger suffisamment avec les interlocuteurs politiques, mais aussi localement avec les maires, les associations de parents d’élèves, les associations complémentaires de l’école, pour partager son projet d’une culture commune, ses revendications pour une école réellement égalitaire et émancipatrice, et sa conviction qu’on ne gagne rien à mélanger les rôles et les responsabilités. De nombreuses confusions sont à lever pour éviter des incompréhensions et des tensions qui ne serviraient que le camp le plus réactionnaire au final.

Rachel Schneider, FSU-SNUipp

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