L'école publique et la loi de 1905
L'école publique, laïque un quart de siècle avant la Séparation, porte un projet d'émancipation plus vaste que la seule loi de 1905.

La loi de 1905 est une loi de liberté précieuse à défendre ardemment. Pour autant elle n’est pas aux fondements de l’école publique. Cette dernière est devenue laïque un quart de siècle avant la République et la Séparation. Ses ambitions sont plus vastes que la simple assurance de la liberté de conscience et la séparation des Églises qu’elle met pourtant en œuvre pour l’école publique. Après la gratuité instaurée en 1881, la loi de 1882 rend l’instruction obligatoire et l’enseignement public laïque (supprimant l’enseignement de la morale religieuse au profit d’une instruction morale et civique). Enfin, la loi Goblet de 1886 confie à un personnel exclusivement laïque l’enseignement dans les écoles publiques (remplaçant les instituteurs congrégationnistes). La laïcité scolaire s’est donc construite contre la mainmise structurelle, morale, idéologique de l’Église catholique sur l’enseignement. Ses ambitions dépassent de loin les seuls objectifs de la loi de 1905 : offrir à toute la jeunesse un lieu de construction du libre arbitre, de l’esprit critique, de l’émancipation sociale ; aider en son sein la jeunesse à développer la liberté et l’autonomie de jugement comme complément nécessaire à la liberté de conscience, garantir à toutes et tous que leur liberté de conscience et celles de leurs enfants seront pleinement respectées, développer un outil puissant contre toutes les assignations et endoctrinements. La valorisation de la laïcité de la République instaurée par la loi de 1905, ne doit pas faire oublier que l’école publique est fondée sur un projet collectif intellectuel, civique et social qui la précède et la dépasse. Le Front Populaire renforcera la mise en œuvre de ces ambitions avec par exemple la gratuité totale de toutes les classes de la 6e à la Terminale ou les circulaires de 1936-1937 rappelant qu’aucun prosélytisme, d’aucune sorte ne serait être toléré dans l’école publique. La mise en œuvre de la laïcité de l’école publique résulte, au fond, d’un rapport de force permanent dans lequel U&A doit rester lucidement engagé.
Grégory Frackowiak
