Syndicalisme

Une formation commune CGT-FSU contre l'extrême droite

Enjeux 297 · 6 janvier 2026

Lancement d'une formation commune CGT-FSU « Combattre les idées et pratiques de l'extrême droite », outil militant d'éducation populaire.

Depuis presque trois ans, la FSU et la CGT travaillent en commun à la construction d’un stage de formation syndicale intitulé « combattre les idées et pratiques de l’extrême droite ». Cette formation s’inscrit dans le cadre du travail initié entre nos deux organisations, récemment matérialisé par la « Maison commune ».

Un important et exigeant travail d’élaboration commune de cette formation de deux jours s’est terminé en octobre 2025. Une première expérimentation du stage s’est déroulée les 17 et 18 novembre à Lyon, réunissant 10 stagiaires (5 CGT, 5 FSU), animé·es par 2 formateurs (1 FSU, 1 CGT). Une observatrice de la FSU et un observateur de la CGT, ayant participé à la construction de la formation, étaient également présent·es afin de vérifier si la formation est pertinente sur plusieurs aspects et d’y apporter les ajustements nécessaires si besoin. Un deuxième stage « test » aura lieu en janvier dans l’Essonne avant un lancement officiel de la formation au premier trimestre 2026, avec l’objectif qu’elle se déploie le plus largement possible dans les territoires. Cette formation commune CGT‑FSU vise principalement à outiller concrètement les militantes et militants pour combattre l’extrême-droite, partout où ses idées s’installent. Elle s’inscrit pleinement dans la construction d’une culture commune de transformation sociale entre nos deux organisations. Elle a été pensée, dès le départ, comme un outil concret pour celles et ceux qui, sur leurs lieux de travail comme dans la vie quotidienne, sont confronté·es à des propos ou idées d’extrême droite. Il s’agit d’armer les militantes et les militants pour déconstruire ces discours partout et en toutes occasions : dans une salle des profs, à la machine à café, en réunion d’équipe, mais aussi dans les échanges avec les usager·es des services publics. C’est un travail de fourmi, patient, qui s’appuie sur chaque échange du quotidien pour ouvrir des brèches dans les logiques de repli sur soi, de rejet de l’autre et pour y opposer un horizon de droits, de solidarité et d’égalité. Les techniques d’éducation populaire pour ne pas « faire la leçon »

Des ateliers pratiques d’éducation populaire ont été intégrés au stage pour permettre de s’entraîner à discuter, argumenter, relancer le débat sans rompre le lien, en partant de situations réelles apportées par les stagiaires. Ces méthodes donnent des outils concrets pour intervenir dans les « petites phrases » du quotidien, là où se banalisent les réflexes de stigmatisation, les amalgames sur les immigré·es, les chômeurs·ses, les jeunes des quartiers populaires, les femmes ou les personnes LGBTQIA+. Il s’agit de montrer que l’extrême droite prospère sur ces fragments de colère et de peur, puis d’y opposer un autre récit, qui met au jour les véritables logiques de domination, responsables des inégalités sociales et des atteintes aux services publics. Tout cela sans donner l’impression de « faire la leçon » ni de tenir un discours méprisant de sachant, ce qui aurait tendance à perdre l’attention et l’adhésion de l’auditoire et à renforcer un entre-soi qu’il est grand temps de dépasser. La formation est découpée en 4 thèmes : · État des lieux de l’extrême droite : mieux la connaître pour mieux la combattre. · Un danger majeur pour la démocratie : identifier la dangerosité réelle du RN. · L’imposture économique, sociale, écologiste et féministe : comment déconstruire cette imposture. · Combattre l’extrême droite : comment lutter syndicalement et dans l’unité. À travers ces quatre axes, les militant·es peuvent non seulement repérer les constantes du projet d’extrême droite (autoritarisme, racisme, remise en cause des droits sociaux) mais aussi en démonter systématiquement les mensonges. La bataille des idées passe donc par une politisation des colères, tournée non pas vers les plus précaires, mais vers celles et ceux qui organisent et profitent de l’ordre social existant. Les méthodes d’éducation populaire utilisées pendant le stage ont été particulièrement appréciées. Elles ont permis non seulement de s’approprier des contenus politiques, mais aussi de mieux se connaître entre organisations syndicales, de partager des expériences de terrain et de construire des réponses collectives. En travaillant à partir des pratiques militantes, des questions rencontrées dans les services et les entreprises, ces ateliers ont renforcé la confiance et donné envie de poursuivre les échanges. Là encore, le travail de fourmi est central : prendre le temps de revenir sur les interventions ratées, les débats qui ont dérapé, les silences gênés, pour en tirer des outils communs et des gestes concrets de riposte argumentée. Une formation pour se rapprocher

Derrière l’objectif de lutte contre l’extrême-droite, cette formation a pour ambition d’œuvrer concrètement à la création de la Maison commune, ce qui suppose aussi d’apprendre à nous connaître. Si la CGT et la FSU partagent les mêmes valeurs, nos fonctionnements syndicaux sont divers. Se former ensemble est un moyen de nous découvrir et de créer du lien. Ce premier stage test l’a bien montré : pendant deux jours, les camarades ont pu apprendre à se connaître, prendre conscience de la proximité de nos deux organisations, principalement du côté des valeurs communes mais également dans la détermination partagée de lutter contre toutes les formes de racisme, de discriminations et d’exclusion. Ces deux journées ont également permis de confronter les points de vue, d’éprouver la richesse du débat et de partager des moments conviviaux. On le sait, ce rapprochement ne va pas de soi, il suppose de mettre sur la table nos différences, de les expliciter pour mieux les comprendre et les dépasser. Mais il ouvre des perspectives pour l’avenir : développer cette formation, toucher davantage de militantes et de militants et imaginer, au‑delà de la seule réponse aux discours d’extrême droite, des actions qui portent un projet de progrès social et de valeurs humanistes. Il s’agit aussi d’imposer un autre discours, offensif, qui donne envie de s’engager et de combattre l’extrême droite avant même qu’elle ne s’exprime. Ce discours s’ancre dans la réalité vécue des salarié·es : salaires bloqués, précarité, casse des services publics, discriminations au travail, souffrance au travail, toutes réalités que l’extrême droite instrumentalise pour mieux détourner la colère vers les plus dominé·es. À l’inverse, le projet syndical fait le pari de l’unité de classe, de la solidarité entre travailleurs et travailleuses, français·es et immigré·es, du refus des hiérarchies de droits et de dignité. La menace n’a jamais été aussi grande depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale de voir l’extrême droite arriver au pouvoir en France. Face à cette offensive idéologique, rien ne se fera sans une présence constante sur le terrain, dans les entreprises, les services publics, les quartiers, pour opposer à chaque discours de haine un discours de justice sociale, de droits, d’égalité réelle. La CGT et la FSU, ensemble, sont un rempart majeur face à ce danger et entendent bien le renforcer en diffusant largement cette nouvelle formation et en faisant vivre, partout, ce patient travail de fourmi qui, jour après jour, fissure l’édifice des inégalités et des discours de rejet.

Valérie Sipahimalani et Nina Palacio

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