Pour une politique démocratique de sécurité publique
Paul Devin : une police républicaine doit garantir également les droits, sans discriminations ni usage illégitime de la force.

L’institution policière traverse une crise de défiance, non que la confiance à son égard soit majoritairement ébranlée mais que ressurgissent régulièrement, et parfois avec une grande acuité, des doutes sur le fondement démocratique des pratiques policières.
Garantir égalitairement les droits ?
La finalité d’une institution policière républicaine est la garantie des droits et des libertés. Elle exige une application strictement égalitaire du droit qui, actuellement, est loin d’être perçue comme telle. Ce sentiment d’injustice se fonde sur la réalité de pratiques discriminatoires dont bien des enquêtes et travaux de recherche ont témoigné : contrôles d’identité « au faciès », refus de dépôt de plaintes de femmes victimes de violences, mépris pour des personnes homosexuelles, des personnes handicapées ou des habitant·es de quartiers populaires et, parfois, usage de propos ouvertement racistes ou sexistes. L’existence de ces discriminations commence à être admise au sein de l’institution policière mais, au-delà de quelques annonces, une volonté politique déterminée à y mettre fin n’est toujours pas en œuvre et une trop fréquente impunité des acteurs en maintient l’usage.
User légitimement de la force publique ?
La diffusion par les réseaux sociaux d’images témoignant d’abus et d’excès inacceptables met en doute que l’usage de la force, par la police, soit « institué pour l’avantage de tous ». L’usage de la force publique ne peut procéder du seul énoncé d’une légitimité de principe : les conditions démocratiques de son exercice doivent être examinées avec exigence et s’inscrire dans une relation sociale entre la population et la police. Or, depuis les années 2010, la gestion des manifestations protestataires a intégré une doctrine de maintien de l’ordre qui a multiplié les agissements violents, que nombre de rapports reconnaissent comme contreproductive et que les organisations internationales dénoncent. Le mouvement social doit pouvoir s’exprimer sans que la force policière ne cherche à le limiter mais au contraire, le protège, au titre de la garantie des droits. Reconstruire une relation entre la police et la population
Le tournant sécuritaire sarkozyste de 2002 a initié des transformations dont nous ne cessons de payer le prix : le renoncement à la police de proximité, la volonté d’engager une relation d’affrontement exprimée par une rhétorique martiale évoquant exclusivement la répression, l’introduction de stratégies néomanagériales obsédées par les chiffres d’une rentabilité visible, les réductions budgétaires et leurs incidences sur les difficultés de l’exercice des métiers policiers, … Tout a contribué à dégrader la relation entre police et population.
Seule une politique déterminée à assurer une formation des policiers fondée sur les droits démocratiques, à financer les moyens nécessaires à l’exercice de leurs métiers et à ne plus tolérer les pratiques discriminatoires et les recours illégitimes à la force, permettra de garantir des pratiques policières capables de protéger égalitairement les droits et les libertés.
Paul Devin
