Syndicalisme

La police municipale face au désengagement de l'État

Enjeux 298 · 18 mars 2026

Christine Donadio (FSU Territoriale) : la police municipale comble le recul de l'État, au risque d'une « police au rabais » plus exposée.

La police municipale regroupe environ 30 000 agent·es dans près de 4 500 communes, chiffres en constante augmentation. Christine Donadio, de la FSU Territoriale, est déléguée de la police municipale à la ville de Marseille, membre de la commission consultative nationale des PM.

Enjeux-UA : peux-tu nous présenter ton syndicat ?

Christine Donadio : la FSU Territoriale est une Fédération de syndicats unitaires qui partagent les mêmes valeurs, notamment la lutte contre toutes formes de discriminations, et la défense des fonctionnaires au quotidien. Le syndicat départemental du 13 comporte des sections locales qui regroupent des sous-sections de policier·es municipaux·ales, des agent·es de crèches ou d’école (ATSEM)… Historiquement, la section marseillaise, suite au mouvement social de 2003 sur les retraites, a quitté la CFDT et choisi de rejoindre la FSU. La sous-section Police Municipale de Marseille comprend des personnels des catégories B et C (agent et agentes de terrain) et nous avons depuis, face à FO, conquis la majorité au sein de la police municipale de Marseille B et C, avec une attractivité pour les jeunes recrues. La police municipale se syndique traditionnellement très peu, utilise parcimonieusement la grève car les agent·es privilégient le service rendu à la population. La FSU Territoriale fait de la lutte contre le clientélisme, hélas trop souvent pratiqué, une priorité. Nous comptons beaucoup de sympathisant·es qui voient en nous une source fiable de renseignements sur leurs droits.

Enjeux-UA : comment caractériser la situation nationale et locale en termes de sécurité publique ?

Christine Donadio : je suis policière municipale depuis 29 ans. Je ne peux que constater une montée de la violence dans la société, un problème grandissant de rapport à l’autorité, avec notamment plus de rébellions, de refus d’obtempérer, d’armements en circulation, de couteaux par exemple, ce qui est relativement récent, mais aussi de trafic de stupéfiants. Cela coïncide avec le recul de la présence de la police nationale sur le terrain, plus aucun territoire n’est épargné. D’où l’extension des prérogatives et des effectifs de la police municipale. Certes, il ne faut pas être dupe de l’instrumentalisation des questions de sécurité publique, mais nous sommes en tant qu’agent·es très exposé·es, nous déplorons des collègues blessé·es. Les agent·es, doté·es d’un fort sens du devoir, en viennent à considérer ces situations aberrantes comme faisant partie du métier. Nos formations comportent de plus en plus de séances consacrées aux moyens de coercitions, notamment face aux couteaux, la maîtrise de l’individu. La FSU Territoriale n’est pas favorable à l’armement mais la plupart des collègues ne voient pas comment l’éviter, de même pour les caméras de surveillance qui ne constituent certes pas une panacée, mais un outil efficace pour identifier les auteurs de délits.

Enjeux-UA : comment améliorer ces politiques publiques de sécurité et de tranquillité publique ? Quelles évolutions souhaitables pour les agents et agentes ?

Christine Donadio : nous constatons depuis une dizaine d’années une grande évolution du métier, de plus en plus proche des métiers de la police nationale. De par le principe de libre administration des collectivités, chacune peut déterminer la politique de recrutement, l’armement ou non, les missions. À Marseille, les différentes brigades travaillent en lien étroit avec la police nationale, mais la situation est très différente en milieu rural, avec une priorité au maintien de la tranquillité publique au quotidien. Le volet préventif a été scandaleusement abandonné, donc les policier·es municipaux·ales se chargent davantage du volet répressif, en cas de transgressions du code de la route, mais aussi d’agressions, leur champ de compétence est très large. Le désengagement de l’État en termes de recrutements de policier·es nationaux·ales est un élément clé : les maires doivent combler ce recul, la FSU est en désaccord car cela expose plus les agent·es, des fonctionnaires par ailleurs méprisé·es et maltraité·es par leurs employeurs avec par exemple des retraites moyennes à 1 200 à 1 300 euros contre 2 200 dans la police nationale, plus tardives également. Nous subissons les conséquences de recrutements, hors concours, de militaires, de policier·es nationaux·ales ou de fonctionnaires territoriaux·ales, dont certain·es de catégorie B, ce qui bloque les possibilités d’avancement pour les municipaux·ales. Tout ceci entraîne une perte d’attractivité. La prochaine loi sur de nouvelles prérogatives pour la police municipale légitime le désengagement de l’État. Les communes prendraient davantage en charge les fonctions régaliennes de sécurité tout en subissant une baisse des dotations. Même Brest, longtemps réfractaire, envisage la création d’une police municipale. Nous allons être davantage exposé·es sans compensation, une sorte de police au rabais, dans une logique d’économies budgétaires.


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