Syndicalisme

Contre l'austérité, poursuivre l'action

Enjeux 299 · 23 mai 2026 · Économie

Budget 2026 d'austérité, nouveau gel de 6 milliards, attaques de l'extrême droite contre les services publics : préparer la bataille de 2027.

Les mesures d’austérité du budget 2026 adopté sans vote deviennent concrètes, notamment sur le fonctionnement et l’avenir des services publics. C’est particulièrement le cas à l’Éducation Nationale où leurs conséquences apparaissent au grand jour à l’occasion de la préparation de rentrée. Pourtant les mobilisations et les arguments développés par les syndicats de la FSU pour contester les suppressions de postes sont repris largement. Malgré tout, et alors que ces politiques d’austérité renforcent les inégalités et dégradent les services publics, le gouvernement annonce un nouveau gel des dépenses de 6 milliards d’euros en prenant comme prétexte le coût de la guerre au Moyen-Orient. L’absence de projet politique alternatif porteur d’espoir et en mesure d’accéder au pouvoir, le confusionnisme entretenu autour de la notion d’extrême gauche et le mensonge ou les fausses nouvelles faisant désormais office de communication politique, participent à la progression du vote en faveur de partis d’extrême droite. L’affaiblissement des services publics participe également au sentiment de déclassement et d’abandon de pans entiers de la population. Pourtant, depuis quelque temps, l’extrême droite et en particulier le RN et son allié UDR donnent à voir ce que serait leur pratique du pouvoir : leurs attaques sont concentrées sur les services publics, la démocratie et tout ce qui permet d’assurer un minimum de solidarité ou de réduire les inégalités. Une partie des secrétaires générales des syndicats de la FSU avaient déjà été confrontées à la violence et au mépris de Roger Chudeau lors d’une audition. Ces pratiques ont été confirmées lors de la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public, dont le rapporteur était un député UDR. Outre la démonstration d’un exercice du pouvoir basé sur des méthodes trumpistes de la part du rapporteur, cette commission a été l’occasion d’attaques sans précédent contre l’audiovisuel public et par ricochet contre l’ensemble des services publics, en suspectant systématiquement les agent·es de ces derniers d’être politiquement orienté·es à gauche. Les propositions du rapport d’enquête montrent la conception du service public pour l’extrême droite : dépendant du pouvoir politique, avec des agent·es non plus au service de l’intérêt général, mais soumis·es aux seules volontés du gouvernement. La question écrite posée par une députée RN à propos des contenus de la formation syndicale dispensée par des organisations syndicales qualifiées « d’extrême gauche », dont la FSU, confirme l’approche de l’extrême droite. Il s’agit en effet de remettre en cause leur liberté à former les salarié·es et à nier leur rôle d’éducation populaire. Cela confirme la conception du syndicalisme portée par le RN, limitée à la seule défense corporatiste à l’image des syndicats qui lui sont proches. Les préoccupations sont avant tout sociales

Selon les sondages, les Français·es situent en tête de leurs préoccupations les questions du pouvoir d’achat et l’avenir du système social, devant les questions liées à l’immigration ou à la délinquance. C’est un point sur lequel la FSU doit s’appuyer pour continuer à avancer ses revendications sur les salaires et les carrières et pour remettre sur le devant de la scène la question budgétaire et fiscale. En effet, la flambée des prix du pétrole va engendrer une hausse généralisée des prix. La réponse aux revendications salariales nécessite donc une réponse de court terme passant par un dégel du point d’indice et de plus long terme en agissant sur les grilles indiciaires et sur les carrières. Dans tous les cas, cela touche à la question budgétaire, sur 2026 et 2027. L’explosion des profits d’une entreprise comme Total Énergies, qui profite de la guerre en Iran et de la hausse des cours du pétrole, est l’occasion de réaffirmer la nécessité de trouver de nouvelles recettes, notamment par une hausse de la fiscalité sur les entreprises ou les dividendes. Lors des mobilisations sur le budget 2026, le mouvement social avait réussi à politiser la question budgétaire et à mettre en avant la nécessité de l’impôt. Le fait que les débats budgétaires se soient prolongés en début d’année 2026 a permis de faire le lien plus fortement que d’habitude entre les débats parlementaires et les conséquences concrètes du budget sur la préparation de rentrée. Or les débats sur le budget 2027 vont débuter assez rapidement avec les lettres de cadrage envoyées aux ministères. La fin de l’année scolaire doit permettre de se projeter dans le débat budgétaire pour 2027 et poser des jalons pour obtenir un budget de justice sociale, fiscale et environnementale, dans la continuité de celles menées en 2026. Ce sera nécessaire pour faire reculer l’extrême droite. En Europe, la large défaite d’Orban en Hongrie, qui a suivi l’échec de Meloni en Italie, lors du référendum sur la réforme de la justice, démontre que l’extrême droite n’est ni une fatalité ni imbattable. Néanmoins, cela ne doit pas masquer la grande faiblesse de la gauche dans les pays d’Europe Centrale : plus de députés en Hongrie ou en République tchèque, affaiblissement certain dans les autres pays. Tous ces partis ont payé leur conversion au libéralisme économique et l’abandon de toute perspective de transformation sociale. Dans la plupart des cas, ils ont également cédé aux demandes de l’extrême droite sur les sujets tels que l’immigration ou les valeurs morales. Cet affaiblissement est inquiétant du point de vue européen, mais il démontre aussi que les perspectives pour cette partie de l’échiquier politique se situent du côté du progrès social. L’histoire n’est pas écrite. L’Espagne et le Portugal montrent qu’une autre voie est possible et que l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite n’est pas inéluctable. Encore faut-il que de véritables politiques de justice et de transformation sociales soient proposées. La responsabilité du mouvement social pour les imposer dans le débat public à l’occasion des prochaines échéances électorales est donc immense. Pour Unité-Action, la FSU doit tout mettre en œuvre pour poursuivre, dans l’unité la plus large, les mobilisations en cours depuis 2023.

Rachel Schneider, Emmanuel Mercier, Valérie Poyet et Thierry Quétu


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