Écologie

Politique énergétique : réduire et décarboner les usages

Enjeux 299 · 18 mai 2026

Face à la flambée des prix de l'énergie, démocratiser les stratégies énergétiques et articuler enjeux sociaux et écologiques.

Réduire et décarboner les usages

Démocratiser les stratégies

La guerre au Moyen-Orient, en plus des conséquences tragiques pour les populations qui la subissent, a produit une augmentation brutale et massive des prix des énergies, profitable aux multinationales qui les fournissent, mais entraînant une hausse du coût de la vie que le gouvernement laisse filer. Sur le volet social, le montant des aides débloquées par l’exécutif est estimé à 310 millions en avril-mai 2026, alors qu’à titre de comparaison le gouvernement espagnol a mis 5 milliards sur la table. Sur le versant écologique, le plan « d’électrification des usages », annoncé par le gouvernement, ne contient pour l’instant aucun investissement supplémentaire. Alors que les stratégies institutionnelles prévoient d’atteindre la neutralité carbone en 2050, la majorité de l’énergie que nous utilisons est encore fossile.

Consommation d’énergie l’urgence de décarboner

En France, la consommation d’énergie finale est en effet répartie entre le pétrole (38%), le gaz naturel (19%), le charbon (1%), l’électricité (26%), l’énergie renouvelable (EnR) thermique (14%) et la chaleur commercialisée (3%). L’énergie fossile représente ainsi 60% de notre mix énergétique final, et ce taux monte à 80% à l’échelle mondiale. La combustion des énergies carbonées, par exemple dans les transports, les bâtiments résidentiels et tertiaires ou dans l’industrie, est responsable de la majorité de nos émissions de gaz à effet de serre (GES), qui causent un changement climatique largement insoutenable.

Face à cette impasse écologique et sociale, la troisième édition de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE 3), publiée avec deux ans de retard, présente des ambitions sans moyens. Elle s’inscrit bien dans les objectifs nationaux et européens qui visent à réduire la part des énergies fossiles dans la consommation finale à moins de 30% dès 2035 pour atteindre la neutralité carbone en 2050. À cette date, les énergies fossiles devront donc être totalement absentes du mix énergétique, composé à 54% d’électricité, à 42% d’énergies renouvelables (EnR) hors électricité (déchets, biomasse, géothermie) et à 3% d’hydrogène. Cette stratégie implique une décarbonation massive des usages. Pourtant, malgré les annonces gouvernementales, la consommation territoriale d’électricité diminue ces dernières années, de 473 à 451 TWh entre 2019 et 2025, selon RTE, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité. Sur la même période les exportations augmentent à hauteur de 70%. Cette surproduction s’explique en partie par des gains d’efficacité énergétique, mais témoigne surtout de la difficulté à électrifier massivement la consommation sans planification et sans investissements publics suffisants. Pour atteindre les objectifs 2030 du scénario « décarbonation rapide » de RTE il faudrait par exemple multiplier par 4 l’électrification du chauffage résidentiel ou tertiaire, ou par 3 l’utilisation de véhicules électriques…

Politiser la décarbonation et la sobriété

De fait, la décarbonation massive des usages s’oppose aux principes même du logiciel ultralibéral. Face à la crise, le gouvernement vient par exemple d’annoncer une augmentation du « leasing social » pour seulement 50 000 véhicules électriques supplémentaires, bien en deçà des volumes nécessaires. Les aides MaPrimeRénov ont été divisées par deux dans le PLF 2026. Le fonds vert vert destiné à la rénovation énergétique des bâtiments publics est passé de 2,5 Mds à 700 M d’euros entre 2024 et 2026. Alors que les budgets alloués aux politiques de transition écologique baissent ou stagnent, plusieurs rapports s’accordent sur le fait que ces investissements devraient être multipliés par deux ou trois. Par conséquent, la baisse des émissions territoriales de la France n’atteint que 1,8% en 2024 et 2025, alors que les objectifs sont fixés à 5% chaque année. La consommation énergétique est relativement stable depuis le milieu des années 1990 et l’empreinte carbone se situe entre 8 et 9 tonnes équivalent CO2 par personne, avec des disparités importantes selon les niveaux de revenus et de patrimoine. Par ailleurs, 55% de ces émissions sont aussi liées aux importations, ce qui implique des politiques de relocalisation et de réindustrialisation.

Les carences dans les politiques de sobriété expliquent aussi ces difficultés. La France s’est engagée d’ici 2050 à réduire de 50% la consommation d’énergie finale sur une base 2012, mais la PPE 3 reste particulièrement incohérente sur cette thématique. Alors que le gouvernement s’inscrit logiquement dans une vision individualisante, cette sobriété doit pourtant être envisagée collectivement et politiquement pour combattre les inégalités sociales et écologiques. Aujourd’hui, les consommations d’énergie sont largement corrélées aux niveaux de richesse, mais la fiscalité carbone pèse proportionnellement davantage sur les ménages modestes et les classes moyennes. L’urgence du débat sur les choix énergétiques est aussi un impératif politique. Production énergétique Démocratiser les choix stratégiques

Ainsi, les scénarios officiels pour 2050 impliquent une consommation finale en deçà de 900 TWh, avec une décarbonation de tous les secteurs et un mix énergétique composé à 54% d’électricité, 42% d’EnR hors électricité et 3% d’hydrogène. Le débat français, surtout orienté sur la production énergétique, ne peut s’extraire de ces objectifs essentiels d’électrification et de réduction des consommations, mais aussi de diversification des sources de production. Avec une production électrique de l’ordre de 548 TWh en 2024 (chiffres SDES) il n’est pas nécessaire de doubler notre capacité, comme on le lit parfois. Le discours de Belfort prononcé en 2022 par le président Macron a pourtant préempté le débat en imposant une relance du nucléaire pour dessiner un monde de la surproduction énergétique.

Il faut cependant a minima se poser la question des budgets, de la temporalité et de l’efficacité d’une telle orientation politique, largement entérinée par la PPE 3. Le plan Macron table sur une relance du nucléaire post-2040, avec prolongation de la production existante, alors que le parc actuel donne déjà des signes de faiblesses. D’autant que les projets d’EPR2 sont loin d’être aboutis et restent incertains au vu des dérapages actuels, tant sur les calendriers que sur les coûts. Ces investissements aussi massifs que risqués fragilisent aussi la filière renouvelable, alors que la France accuse un retard important dans ce domaine, et reste le seul pays de l’UE à ne pas avoir rempli ses objectifs. Sans préempter les débats, on peut tout de même constater qu’à ce stade, la sortie progressive et maîtrisée du nucléaire reste un objectif réalisable, même si elle est menacée par les choix politiques actuels. Il faudrait également renforcer nos argumentaires sur les conséquences de la libéralisation et sur la nécessaire reconstruction d’un grand service public de l’énergie. Cyril Verlingue


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