Syndicalisme

Après les municipales : la situation sociale et politique

Enjeux 299 · 15 mai 2026

Bruno Lévéder analyse une fracturation politique qui s'enkyste au lendemain des municipales, dans un contexte géopolitique tendu.

et politique après les municipales… et dans le contexte géopolitique

Une fracturation politique du pays qui s’enkyste…

Le soir du second tour des élections municipales a été un bien triste spectacle pour qui était soucieux de chercher à comprendre dans leurs résultats une appréciation de l’état de crise politique et sociale du pays. La grande majorité des ténors des forces politiques venaient se répandre sur les plateaux de télévision ou dans leurs soirées électorales en autocongratulations, qui sur la progression de leur implantation, qui sur la prise de telle ou telle ville, qui sur l’efficacité de telle ou telle alliance ou telle ou telle division… Mais étaient finalement fort peu présents dans les bilans, les expressions, l’état de crise sociale du pays, la confusion morale sur les valeurs et principes républicains, ou encore la situation de défiance politique de nombreux électeurs et électrices, voire de déliquescence démocratique… De ce point de vue, la participation, faible pour ces élections politiques au plus près des citoyen·nes, est un élément essentiel à prendre en compte et qui ne peut être déconnectée des motifs des fracturations politiques du pays. Nul besoin d’être grand politiste pour comprendre que tous les ingrédients continuent d’être réunis pour que l’extrême droite poursuive son enracinement, rappelant l’urgence et la nécessité de réponses sociales, de formulations politiques à même de répondre aux aspirations du monde du travail, des jeunes, des retraité·es.

De nécessaires stratégies de rassemblement…

La question des services publics, d’accès aux droits et de préservation des conditions de vie et de cohésion sociale a été présente, par exemple, dans nombre de campagnes électorales, de manière différente bien sûr selon les situations et réalités locales. Force est cependant de constater qu’il n’y a eu que trop peu de résonance nationale, unifiante et à même de poser une critique radicale de l’austérité ou encore de formulation de réponse revendicative de rupture, susceptible de rassembler une majorité dans le pays. Et pourtant, l’austérité, c’est une dimension structurante, stratégique, de la politique « corporate » menée au profit quasi exclusif de ce qui représente, aux yeux des gouvernements qui se succèdent depuis 2017, une prétendue élite, économique. Et qu’importe si celle ne peut exister qu’au détriment du pacte social du pays en tant qu’il est, historiquement, un des fondements de la République ! C’est en cela qu’elle est le vecteur de précipitation du pays dans un état de déliquescence politique sur laquelle prospère l’extrême droite. Remarquons que le syndicalisme est sans doute le mieux à même de formuler des exigences revendicatives en la matière. Mais, de manière analogue - et non pas similaire tant les champs social et politique ont chacun leurs spécificités propres - si l’action revendicative doit être conjuguée avec une stratégie d’unité pour envisager d’être victorieuse, un programme politique porteur de réponse aux aspirations d’égalité, d’émancipation et de solidarité ne peut prendre tout son sens, que s’il est incarné par une formule politique à même de rassembler une majorité dans le pays. Bref, la question de l’unité reste une perspective déterminante. Sans qu’il ne soit besoin de faire de longs développements sur l’actualité de sa « double besogne », le syndicalisme, fort de son indépendance, a sans doute un vrai rôle à jouer en tant qu’il peut être porteur d’exigences de réponses à la hauteur des crises qui se conjuguent et dont le monde du travail est la première victime. Sans doute est-ce d’ailleurs un aspect déterminant. Il faut cependant intégrer dans la réflexion le fait rappelé par la séquence des élections législatives de juillet 2024, il n’y aura pas d’unité syndicale sur un tel processus d’interpellation du champ politique, voire de stratégie visant à agir dessus. Et il ne faut pas oublier les effets des porosités avec l’extrême droite, dont l’existence ne fait plus de doute.

Intégrer à la stratégie revendicative d’ensemble les défis de la situation géopolitique

Enfin, la situation internationale, les basculements géopolitiques à l’œuvre, les guerres en Europe ou au Moyen-Orient appellent sans doute à ce que soit articulé à l’attachement à la paix, au règlement pacifique et diplomatique des conflits, le refus absolu de toutes les barbaries qui se développent rapidement. Si les mobilisations de solidarité internationale sont déterminantes, elles doivent aussi trouver leurs pendants dans les politiques internationales effectivement menées. Et cette situation nécessite de répondre aux risques d’embrasement ou d’atteintes à la souveraineté des États, non seulement par des approches de défense, mais également par des politiques de renforcement des pactes sociaux. Et en France, les services publics et sa fonction publique sont déterminants. Et nos revendications syndicales trouvent toutes leur pertinence dans cette situation aussi. Elles en sont même renforcées. N’en déplaise aux gouvernants en place !

Bruno Lévéder


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