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Parcoursup 2026 : le désengagement

Enjeux 299 · 12 mai 2026

L'analyse des données Parcoursup 2026 documente le désengagement de l'État : plus de bacheliers, moins de places dans le supérieur.

Alors qu’en ces mois de février et mars, les lycéen·nes étaient invité·es à formuler leurs vœux de poursuite d’études sur la plateforme Parcoursup, une extraction de son contenu nous permet de comparer les formations référencées et le nombre de places offertes cette année par rapport aux années précédentes et ainsi de documenter les effets du désengagement de l’État dans le financement des établissements d’enseignement supérieur publics et privés.

Plus de bacheliers et de bachelières, mais moins de place dans le supérieur

Cette année, les établissements d’enseignement supérieur accueillent majoritairement la génération née en 2008 qui a été plus nombreuse que celle née en 2007 (828 404 naissances en 2008 contre 818 705 en 2007). Alors que le nombre de bachelières et de bacheliers devrait poursuivre sa croissance au moins jusqu’en 2028 sous l’effet conjoint de la hausse démographique des générations nées entre 2008 et 2010 et du taux de réussite au baccalauréat de celles-ci (91,6% de réussite en 2025 avec 682 000 diplomé·es soit 80% de la génération) pour la deuxième année consécutive, le nombre de places proposées sur la plateforme Parcousup diminue : moins 43 000 places en 2025 et à nouveau moins 10 300 places en 2026. Avec 675 000 places proposées dans les formations publiques, l’État ne se donne plus les moyens d’accueillir toutes les bachelières et tous les bacheliers qui souhaiteraient s’y inscrire. C’est le droit à l’éducation qui est entravé par l’austérité imposée aux universités.

Le privé aggrave la pénurie

Loin de venir prendre la place d’un public défaillant, l’enseignement supérieur privé accélère la chute du nombre de places, pour la deuxième année consécutive. Les formations privées proposent 7 300 places en moins, dont 6 600 places en moins en apprentissage, principalement en BTS. Faut-il y voir l’effet de la baisse des financements massifs du ministère du travail pour développer l’apprentissage (jusqu’alors de l’ordre de 20 000 € de subventions et de baisses de cotisations sociales par app-renti) ? Même réduites, ces subventions profiteront encore aux établissements privés, qui proposent encore 81% des places en apprentissage sur la plateforme. Moins de place dans le public, plus de sélection

Dans cette baisse générale, les filières historiquement sélectives du public maintiennent leurs effectifs : en licences sélectives, en écoles d’ingénieur·es, comme en écoles de commerce et de management. Les filières dites « non sélectives », mais à capacités d’accueil limitées, continuent à proposer toujours moins de places d’année en année. Ainsi dans les licences générales et en études de santé, nous perdons cette année 3 700 places. Dans le même temps, le nombre de places dans les formations publiques en apprentissages reprend sa progression après une baisse significative en 2025 (+ 1 700 places en 2026, en hausse de 4%).

Pour assurer le droit constitutionnel à une éducation publique et gratuite à toutes les bachelières et tous les bacheliers des nouvelles générations, il est indispensable que toutes les universités bénéficient des moyens nécessaires pour développer leur offre de formation et notamment d’un budget par étudiant et d’un taux d’encadrement comparable. Le gouvernement masque le sous-financement global par un financement opaque et inégal : les inégalités de dotation entre établissements du service public varient du simple au double, y compris entre universités pluridisciplinaires comparables, sans la moindre explication. Il laisse toute latitude aux formations privées dont une part croissante sont à but lucratif sans véritable qualité, ni pédagogique ni certificative. Ne nous y trompons pas : c’est une amputation du service public pour des centaines de milliers de bacheliers et bachelières, privé·es de places, et un plan social pour les personnels.

Hervé Christofol, membre du bureau national du SNESUP-FSU

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