« Je vous écris de ma nuit » : la correspondance de Louise Michel
La correspondance de Louise Michel, figure de la Commune et du mouvement ouvrier et féministe, réunie par Xavière Gauthier.

Correspondance générale 1850-1914 Louise Michel Édition établie et présentée par Xavière Gauthier
18 mars - 28 avril 1871 : la commune de Paris dura trois mois, trois mois qui « ébranlèrent le monde » dont l’écho perdure avec force aujourd’hui, référence d’une insurrection, d’un gouvernement populaire dont on continue de s’inspirer. Xavière Gauthier a rassemblé la correspondance de Louise Michel, l’illustre « pétroleuse »1 de la Commune, grande figure du mouvement révolutionnaire français et du mouvement ouvrier et féministe international.
Ce sont, au total, plus de mille lettres, avec très souvent des réponses de ses correspondant·es. À la lecture de ces archives, on pourra ainsi découvrir les différentes facettes de la militante qui évoque aussi sa vie personnelle.
Le livre s’ouvre sur « les lettres à Victor Hugo » Comment deviner que cette jeune fille rêveuse et tourmentée, royaliste, deviendra l’une des figures du mouvement révolutionnaire ? Comment deviner que Louise Demahis (nom de son père qui ne l’a pas reconnue) sera Louise Michel. Son rêve d’abord, c’est d’être poète comme Victor Hugo, son idole. Elle écrira des poèmes toute sa vie, des pièces de théâtre aussi. Mais il lui faut travailler et elle devient institutrice. La première lettre, un poème, date d’août 1850. Elle a 20 ans. S’engage une correspondance qui durera trente ans. Le ton évoluera : aux déclarations amoureuses des premières années succéderont les missives d’une femme de conviction, d’action avec des divergences d’opinions qui ne nuiront pas à l’échange. Si Louise Michel ne qualifie plus l’auteur de « frère », elle le considère toujours comme son « cher maître ». De la Commune, Hugo dira de cette dernière que c’est « une bonne chose mal faite » et il consacrera à la Communarde un long poème « Viro Major » en 1871 dans lequel il rend hommage à son engagement.
Les lettres des prisons (1870 – 1871) Elles occupent la deuxième partie. Malgré des conditions de détention horribles, Louise Michel ne se plaint pas et réclame le même traitement que les autres détenu·es et comme à son procès, elle revendique fermement son rôle pendant la Commune.
La plupart des lettres sont adressées à Théophile Ferré, illustre Communard dont elle admire l’intransigeance et la détermination. Elle s’adresse même à Victor Hugo après la condamnation à mort de Ferré.
« Puisqu’on exécute les républicains sous la République (…) c’est à vous que j’envoie cette lettre (…) Vous saurez bien dire au peuple ce dernier cri de ma conscience » (octobre 1871).
Lettres de Calédonie Louise Michel est condamnée au bagne et y restera 7 ans. Les lettres retracent sa vie au quotidien. Elle sympathise avec les autochtones et recueille leurs chansons, leurs langues et leurs coutumes. Elle en fera une publication en 1885. Elle prendra la défense des Kanaks lors des révoltes de 1878, fidèle à son idéal révolutionnaire. Elle se consacre à la botanique, et reprend son « métier » d’institutrice la semaine devant les enfants et le dimanche devant les Kanaks adultes.
Retour triomphal après l’amnistie générale de 1880. Elle reprend son combat politique en parcourant la France entière pour s’exprimer dans différents meetings. Jusqu’à sa mort, Louise Michel est une militante infatigable de « la République Sociale ».
Marylène Cahouet
1 Terme utilisé par les Versaillais pour qualifier les femmes accusées d’avoir employé du pétrole pour allumer des incendies lors de l’écrasement de la Commune
