Transformation sociale, transition écologique : un combat commun
La canicule exceptionnelle n'est pas naturelle mais le produit d'un système capitaliste : lier transformation sociale et transition écologique.
L’Europe de l’ouest suffoque sous une canicule exceptionnelle. En France, plus de la moitié des départements aura passé plus d’une semaine en alerte rouge canicule. Mais ce qu’on considère aujourd’hui comme exceptionnel préfigure ce qui sera une normalité dans quelques années, d’autant plus si rien n’est fait. Car cette canicule n’est pas une catastrophe naturelle tombée du ciel. Elle est le résultat du système capitaliste qui organise méthodiquement le pillage des ressources naturelles au nom d’un seul objectif : l’accumulation des profits. Ainsi, les records de chaleur, la forte hausse des décès constatés, les incendies géants, les sécheresses… constituent la facture d’un modèle qui a fait de la planète une immense réserve de matières premières à exploiter sans limites. Pour croître, le capitalisme a besoin de toujours plus de ressources à piller au détriment des peuples et du vivant. Pour satisfaire sa soif de domination et d’enrichissement, il a toujours mis en place des stratégies de prédation, hier par l’esclavage et la colonisation, aujourd’hui en déclenchant des guerres, mais toujours avec l’aide active de dirigeants et de gouvernements à sa solde. Il s’agit dans tous les cas de chercher à prendre le contrôle du pétrole, de l’eau, des terres agricoles, des routes commerciales ou des minerais indispensables à la survie d’un modèle économique basée sur l’extraction massive des matières premières et le carbone. En 2003, après une canicule déjà qualifiée d’historique, le gouvernement de l’époque avait sauté sur l’occasion pour augmenter le temps de travail en supprimant un jour férié sans rémunération supplémentaire. Les richesses produites ce jour-là devaient servir à une meilleure prise en charge des personnes âgées, notamment en aidant les EHPAD et les hôpitaux à adapter leurs bâtiments. 23 ans après, le constat est sans appel : rien ou trop peu a été fait. On peut donc légitimement se poser la question : où est passé l’argent ? Devant ces dégâts causés à la planète et au vivant, devant le constat que les limites planétaires sont franchies les unes après les autres, seule une rupture franche avec le système capitaliste et le marché pourra transformer en profondeur le modèle actuel. Il en va de l’avenir même de l’humanité. La transformation sociale telle qu’Unité&Action la conçoit implique de sortir des systèmes de domination et donc de prédation. Ce syndicalisme est nécessairement féministe, écologiste et de portée universelle. Il pose également l’intérêt général avant les intérêts particuliers et fait des services publics la pierre angulaire de l’égalité entre toutes et tous. Définir les besoins essentiels et y répondre dans le cadre de la nécessaire transition écologique impose donc de les sortir du marché et de créer de nouveaux services publics. Pour enrichir la réflexion, deux séminaires Unité&Action ont été consacrés aux questions d’écologie et de production cette année, dont celui du mois de juin, à ce que pourrait être un service public de l’alimentation. En partant du constat que le modèle alimentaire est aujourd’hui à bout de souffle et qu’il est indispensable de le protéger du marché, la tendance a esquissé de premières pistes de réflexion sur ce que pourrait être un tel service public, assurant un modèle de production, de transformation et de distribution respectueux de l’environnement et au service de l’intérêt général. Cette partie du séminaire, précédée d’une réflexion sur la place des femmes dans la FSU et qui a exploré les enjeux du syndicalisme féministe de transformation sociale, nous permet de penser dans sa globalité un autre modèle économique, d’envisager des perspectives concrètes de transformation de nos modèles de production pour instaurer une société égalitaire, féministe, éradiquant toute forme de domination et d’exploitation. Ces moments préparent les luttes à venir. Qu’elles soient contre l’austérité, pour les salaires et l’égalité professionnelle, pour l’emploi public et les services publics, elles ont pour perspective de transformer la société et d’obtenir une transition écologique et sociale.
Rachel Schneider, Emmanuel Mercier, Valérie Poyet et Thierry Quétu