Histoires vécues d'adhésions à Unité et Action
Des camarades en responsabilité nationale racontent pourquoi ils ont choisi la tendance Unité et Action et pourquoi ils y restent.

Comment choisit-on Unité et Action plutôt qu’une autre tendance lorsque l’on commence à militer ? Pourquoi y rester par la suite ? En quoi la démarche UA a-t-elle influé sur les décisions ou les attitudes lors de moments décisifs de l’action syndicale ? Plusieurs camarades en responsabilité nationale ont accepté de livrer leurs témoignages.
Enjeux-UA : pourquoi ton choix de rejoindre la tendance UA ?
Flavien Benazet : j’ai choisi UA car c’est la seule tendance préoccupée par la vision citoyenne d’une police républicaine, UA n’est pas “anti-police” : c’est un point crucial pour moi et l’ensemble de nos adhérent·es. Au sein du monde syndical « progressiste », UA est la seule tendance qui aborde les sujets de sécurité publique et de police avec ouverture, respect et esprit constructif là où d’autres préfèrent les éluder ou les caricaturer. Le choix UA est aussi pour moi celui de l’efficacité : UA porte une vision du syndicalisme qui allie la transformation sociale et la défense pointue, immédiate, des personnels. C’est un syndicalisme d’action et de proposition.
Axel Benoist : UA est venu à moi autant que je suis venu à UA, par des camarades rencontré·es dans ma SD puis au national ; je ne suis pas nécessairement d’accord avec toutes les orientations mais je vois dans UA la tendance qui a comme première priorité la cause des collègues, leur défense quotidienne via la défense collective du métier enseignant, ainsi que le souci d’ « embarquer » le plus grand nombre dans l’action, avec la recherche du fait majoritaire.
Aurélie Gagnier : j’ai commencé à militer dans une SD SNUipp majoritairement EE (École Émancipée) ; issue de milieu populaire, rapidement je ne me suis pas vraiment reconnue dans certaines positions à mon sens trop tranchées, voire manichéennes ; en réalité je me cherchais, et lorsqu’à mon premier conseil national du SNUipp j’ai porté cette parole dans laquelle je ne me retrouvais en réalité pas vraiment, cela m’a ébranlée ; je suis allée écouter des camarades UA et cela m’a davantage convaincue, notamment la volonté de partir des réalités du terrain, de rassembler la profession dans les mobilisations, de partir de la base, du concret avant de prétendre s’attaquer à des problèmes généraux, mais sans renoncer pour autant à tendre vers une idéal de société.
Caroline Chevé : à dire vrai la question ne s’est jamais posée pour moi. Dès mon année de stage dans l’académie de Bordeaux, j’ai assuré des permanences à ce qui s’appelait alors les IUFM (aujourd’hui Inspe) avec des camarades UA et leurs pratiques me correspondaient tout à fait. La conscience de l’importance des tendances m’est venue plus tard, lors de mon premier congrès académique en 2003, toujours à Bordeaux, et dans la foulée au congrès national de Toulouse. Je me reconnaissais dans la plupart des positions de UA. Je pense notamment à la défense des 3 voies du lycée (lycée professionnel, lycée technologique, lycée général) défendue par UA face au projet de lycée unique porté par nos camarades EE, même chose en tant que « responsable stagiaires » sur la défense des concours de recrutement. Pour moi, UA a la volonté de prendre les collègues comme elles et ils sont, de s’assumer comme de plain-pied avec nos professions. Lors du grand mouvement de 2003 qui portait notamment sur les retraites ainsi que sur la menace de décentralisation de l’orientation scolaire, mon lycée a été très mobilisé, il y avait une grosse section SNES, avec des camarades UA et EE, des débats permanents sur les stratégies, y compris entre UA. Je me suis aussi reconnue dans la manière d’organiser et de concevoir l’action, notamment le souci de ne jamais se couper de la masse des collègues, de garder tout le monde ensemble dans la mobilisation, pour durer et gagner.
Coralie Benech : chez nous, au Snep, UA est ultra-majoritaire. J’ai commencé à militer tôt, dans la section du Val-de-Marne, entièrement UA à l’époque, avec un premier congrès académique en 2004, après le mouvement de 2003 qui pour moi également a été révélateur, y compris en vivant des divergences d’analyses à l’intérieur de UA, notamment sur la stratégie d’action ; je me suis d’emblée reconnue dans l’impératif de parvenir à un mouvement de masse, à vocation majoritaire, de ne pas se couper de tout ou partie de la profession. UA porte la volonté de pratiquer un syndicalisme de proximité avec le « terrain », un syndicalisme de métier également : nous voulons partir de problématiques de nos métiers pour aller vers les revendications générales, partir du quotidien pour élargir vers des revendications plus vastes. J’ajoute que UA reflète une conception du sport et de l’EPS qui me convient bien, notamment par la prise en compte de la performance et de la compétition.
Emmanuel de Lescure : je ne pense pas avoir choisi UA comme on choisit un produit sur un marché, en le comparant à d’autres… Cela s’est fait naturellement, localement, au contact de camarades de la tendance Action syndicale (équivalente de UA au SNESup) qui était majoritaire dans l’université où j’étais en poste. Je dois dire cependant qu’à l’époque, comme du reste aujourd’hui encore, beaucoup de camarades ignoraient largement le fonctionnement en tendances. Je me reconnais dans AS car nous défendons nous aussi un syndicalisme de métier, ce qui implique de partir des cas concrets, des problèmes locaux. J’apprécie de pratiquer un syndicalisme de luttes et non d’accompagnement, et le fait de syndiquer et de défendre tous les personnels enseignant·es et enseignant·es-chercheur·es, professeur·es d’université, maître·sses de conférences, PRAG, PRCE, contractuel·les, doctorant·es… sans prioriser ni privilégier l’un·e sur l’autre.
Michel Angot : quand Gérard Aschieri nous a invité au congrès de Perpignan pour y rencontrer les syndicats nationaux et les courants de pensée, nous avions très bien échangé avec les premiers pour clarifier les conditions de notre arrivée dans la FSU, alors qu’avec les seconds, nous n’avions pas pu convaincre les trois courants minoritaires de l’intérêt de notre entrée dans la fédération, qu’ils avaient décidé de ne pas valider. Avec Unité et Action et l’École Émancipée au contraire, notre arrivée était vécue comme un élargissement positif de la FSU sur un nouveau versant, et nous avions alors décidé de laisser librement les camarades de notre direction rejoindre l’un de ces deux courants. Avec deux autres camarades du secrétariat j’ai fait le choix de rejoindre UA qui dans tous les débats auxquels nous avions assisté, avait su poser avec pédagogie et un grand souci d’équilibre, les avantages et les questions que posait notre arrivée. Ensuite, mon implication régulière dans les échanges au sein d’UA m’ont conforté dans mon choix, par la nature ouverte des débats autour des questions clés : mobilisations, formes d’actions, nature des déclarations et des interventions, questions unitaires… avec toujours un souci consensuel et la volonté de proposer aux agent·es des mots d’or-dre et des choix de mobilisation et d’actions permettant d’avancer avec eux… et non trop loin devant eux.
Brice Castel : lorsque j’ai commencé à militer à la FSU, je n’avais pas nécessairement conscience de toutes les subtilités de fonctionnement de la FSU et notamment celles relatives aux tendances. Cela s’explique principalement parce que mon syndicat national n’est pas structuré en tendance. Cela ne signifie pas qu’il soit interdit d’être membre d’une tendance ou une autre mais bien que nos débats internes et orientations ne reposent pas sur ce qui peut exister ailleurs dans nombre de SN ou fédéralement. Toutefois, à mesure de ma découverte de la vie fédérale, j’ai pu appréhender les nuances existantes entre les tendances. Et à cette occasion, j’ai relativement rapidement pu mesurer que les orientations UA sont celles qui correspondent le plus à la conception que je me fais du syndicalisme : un syndicalisme qui prend naissance d’abord par et pour nos collègues, basé sur le métier et les conditions de travail pour aller vers des revendications plus générales ; un syndicalisme qui construit ses orientations et ses actions avec un objectif d’unité la plus large dans une recherche d’une majorité nécessitant parfois de faire preuve de concession mais jamais sans compromission. Cette approche du fait majoritaire me semble indispensable pour travailler à une transformation sociale.
Enjeux-UA : quelle est l’utilité concrète et opérationnelle du fonctionnement de la fédération et de ton syndicat (ou non) en tendances ?
Caroline Chevé : quand on prend une responsabilité fédérale, pour ma part la SD13 en 2019, cela fait nécessairement évoluer le regard qu’on porte sur les tendances par rapport à son syndicat. Dans la fédération, le débat entre tendances s’entrecroise avec le débat entre SN. On est donc moins dans le face-à-face entre tendances que dans le syndicat national, c’est plus « symphonique » si je puis dire. Pour moi, l’intérêt de l’existence de tendances tient d’abord au besoin d’espaces d’élaboration collective des analyses syndicales, autre que le temps de la délibération elle-même, sans être dans la nécessité immédiate d’une prise de décision. La tendance est un lieu de formation et de débats approfondis, dans une forme apaisée, toujours constructive et rassembleuse, avec moins d’enjeux immédiats. Contrairement à ce que l’on peut croire, notamment de la part de celles et ceux qui ne connaissent pas assez la FSU, le fonctionnement en tendances ne fige pas le débat mais le structure, l’organise et le rend lisible, ce qui est très positif en termes de vitalité démocratique. D’autres formules existent, mais c’est une forme originale à la fois exigeante et enrichissante de démocratie syndicale.
Axel Benoist : aujourd’hui UA est très majoritaire dans le SNUEP, mais je rejoins l’idée que le fonctionnement en tendances permet la réflexion de fond indépendamment d’une obligation à se positionner, cela permet l’échange en vue de créer des positions majoritaires de synthèse, ce qui constitue une part de l’ADN de la FSU. lll lll Coralie Benech : cela permet de dégager des désaccords affichés et transparents pour les adhérent·es, d’avoir des débats identifiés, plus clairs, sans rien de caché ; la confrontation se fait sur les idées, les stratégies d’action, pour aller vers une synthèse qui recouvre tous les sujets.
Aurélie Gagnier : débattre entre tendances ne signifie pas être dans le combat, au contraire cela enrichit le syndicat. Ainsi j’estime que EE nous oblige parfois à sortir de notre « zone de confort » et permet que le curseur puisse bouger, notamment sur des questions sociétales, ce qui contribue à nous maintenir au contact avec l’ensemble de la profession. Être bousculé peut s’avérer parfois positif, et c’est bien ce que permet l’existence de tendances différentes.
Emmanuel de Lescure : la FSU, via ces tendances, invalide la prétention qu’ont d’autres organisations d’être seules à pratiquer la démocratie interne. Les tendances permettent une transparence des débats.
Flavien Benazet : le fonctionnement en tendances, propre à la FSU, est souvent perçu de l’extérieur comme une complexité. Pourtant, sur le plan opérationnel et concret, c’est une force démocratique majeure, un outil de dialogue, une garantie de pluralisme et de respect. Pour un syndicat comme le SNUIPN, qui évolue dans un milieu très spécifique (le ministère de l’Intérieur), le droit de tendance nous garantit que notre voix, nos spécificités et nos contraintes professionnelles de policiers ne seront pas écrasées par des tendances minoritaires anti-police.
Michel Angot : notre syndicat n’a structuré aucun courant en son sein, chacun·e pouvant choisir individuellement de rejoindre et d’agir avec les courants de pensée existants. Mais aucun de nos débats ne se fait sous contribution interne des courants de pensée. Pour l’essentiel, nous contribuons, puis partageons sans problème les textes d’orientation amendés puis validés lors des CDFN et des congrès.
Brice Castel : le fonctionnement en tendances paraît de prime abord complexe pour les non-initié·es. À titre personnel, j’ai mis bien plus de temps à comprendre l’intérêt de ce fonctionnement qu’à identifier la tendance correspondant le plus à ma vision. Mais en réalité, l’espace proposé par les tendances permet de mener des débats dans un cadre complémentaire de ceux existant ailleurs. C’est un espace qui me semble plus ouvert dans le sens où il permet de s’exprimer sans nécessairement le faire avec un « statut » spécifique de secrétaire général ou de représentant·e de son syndicat national ou de sa SD. Dit autrement, les débats en tendance permettent une vie démocratique probablement plus libre pour chacun·e, de nature également à structurer de façon plus claire les débats en instance délibérative et d’enrichir largement la réflexion en complémentarité avec les débats des SN dont l’approche est plus catégorielle ou sectorielle par nature.
Enjeux-UA : pouvez vous nous donner quelques exemples récents ou actuels de la démarche UA, sur la Fonction Publique, les retraites, l’unité syndicale ou la relation au politique ?
Caroline Chevé : le travail sur la manière de porter les enjeux écologiques est à mon sens très emblématique de la démarche UA. Ce que la FSU a réussi à porter avec l’AES (Alternative écologique et sociale qui regroupe plusieurs organisations dont la FSU ou Greenpeace par exemple) sur le bâti scolaire correspond très exactement à une approche UA : s’emparer syndicalement des questions dites sociétales, c’est-à-dire à partir de la réalité du travail, des préoccupations quotidiennes de celles et ceux qui le font, pour déboucher sur les enjeux nationaux voire internationaux. Il en va de même par exemple sur les questions d’inégalité femmes – hommes, des violences sur les mineur·es ou sur l’égalité salariale : il faut vraiment partir de la réalité professionnelle. Dans la construction des mobilisations, il y a un enjeu aujourd’hui à ne pas opposer recherche permanente de l’unité la plus large et construction de mobilisations offensives. C’est ce que nous avons fait en 2023 sur les retraites, en 2025 sur le budget, c’est ce que nous essayons de faire sur les salaires dans la Fonction publique. La réflexion UA permet, je crois, de surmonter cette opposition pour trouver des dynamiques, tout comme le débat structuré entre les tendances.
Coralie Benech : s’agissant des débats sur la construction de la stratégie d’action, il me semble que les divergences entre tendances se sont un peu brouillées. Le manque de victoires nettes aboutit à la tentation de formes de radicalisation dans les actions, avec le risque d’une inflation d’appels à la grève sans pour autant la construire avec la profession. Par ailleurs, UA ne rejette pas la démarche de porter nos revendications auprès des partis politiques, sauf naturellement l’extrême droite, pour les faire avancer. C’est ainsi qu’une partie a pu être reprise dans le programme du NFP en 2024, par exemple l’objectif des 4 heures d’EPS hebdomadaires. Cette démarche ne peut évidemment se mener que dans la transparence et en respectant strictement notre indépendance syndicale.
Aurélie Gagnier : UA a toujours eu à cœur de porter la voix des personnels et de mener des campagnes portant sur les sujets qui les préoccupent. L’inclusion sans moyens et ses conséquences sur les conditions d’enseignement et de travail font l’objet de discussions dans toutes les salles de maîtres et maîtresses. Naturellement, UA accorde une attention particulière à ce sujet devenu central et a largement contribué à ce qu’il soit mis en avant au sein de la FSU-SNUipp.
Axel Benoist : la discussion sur PPCR a été un moment où UA a apporté beaucoup, tout en reconnaissant les faiblesses et les insuffisances, nous avons choisi de peser les gains et les pertes pour les collègues, avant de choisir notre orientation, c’est bien la démarche UA.
Flavien Benazet : sur la Fonction publique (FP), UA défend sans relâche le statut général des fonctionnaires face aux tentatives de managérialisation et de précarisation (recours accru aux contractuel·les). Sur les retraites, la position de UA est claire : la défense du modèle par répartition et le droit à une retraite digne. Pour le SNUIPN, sous l’impulsion de la démarche UA, cela signifie défendre avec une fermeté absolue le maintien et le calcul de nos régimes spécifiques (bonifications de police, prise en compte de la dangerosité), car l’espérance de vie d’un·e policier·ère reste marquée par la pénibilité de sa carrière. Sur l’unité syndicale : UA porte l’ADN du rassemblement. Face à l’exécutif, l’éparpillement syndical est notre pire ennemi. Et peut-être que la maison commune sera une solution pour défendre nos spécificités.
Emmanuel de Lescure : pour notre tendance, la question du statut est fondamentale car en ce moment, le gouvernement veut offrir les mêmes prérogatives au privé que celles dont bénéficie, jusqu’ici exclusivement, le secteur public…
Brice Castel : immédiatement me vient à l’esprit la dernière grosse séquence de mobilisation sur les retraites qui est pour moi l’illustration de la conception UA de l’action : travailler chaque fois que possible pour faire l’unité la plus large, y compris lorsque des différences réelles existent entre OS, ceci afin d’engager le rapport de force le plus majoritaire possible. Dans la période, l’émiettement syndical et la concurrence pouvant exister peuvent parfois aller à l’encontre de la force des revendications portées. S’il ne s’agit pas d’effacer les nuances nécessaires s’exprimant entre les OS, la dynamique notamment portée par la FSU lors du mouvement retraite a permis de maintenir l’unité. Au-delà des résultats concrets à l’issue de ce mouvement, je reste persuadé qu’aujourd’hui encore, la dynamique créée à cette occasion a permis pour nombre de nos collègues de réinvestir le mouvement syndical, rasséréné par cette force unitaire dans la durée. Et c’est pour moi la caractéristique centrale d’UA : travailler à l’unité chaque fois que possible pour aller dans l’action le plus largement possible.






