UA : une orientation, une méthode, une pratique syndicale
Bernadette Groison, Frédérique Rolet, Gérard Aschieri et Serge Chabrol reviennent sur les traits fondamentaux de la tendance Unité et Action.

Plusieurs camarades, qui furent en première responsabilité à la FSU et/ou dans leurs syndicats nationaux, évoquent, à la lumière de leurs expériences, ce qui caractérise la tendance Unité et Action : merci à Bernadette Groison (SG FSU de 2010 à 2019), Frédérique Rolet (SG du SNES-FSU de 1999 à 2021), Gérard Aschieri (SG FSU de 2001 à 2010), Serge Chabrol (SG du SNEP-FSU de 2007 à 2014).
Enjeux-UA : quelles sont les traits fondamentaux du positionnement UA, en termes d’orientations, mais également de pratiques ?
Serge Chabrol : bien sûr la démarche UA se réclame du « syndicalisme de transformation sociale » mais ce n’est pas spécifique à UA. C’est plutôt notre pratique syndicale qui nous caractérise, au plus près des collègues, avec elles et eux, avec le souci constant de les informer, de les rencon-trer, de les écouter, de construire ensemble les revendications et les actions, de les mobiliser quand c’est nécessaire. Nous ne sommes pas partisan·es d’un « syndicalisme d’avant-garde » où une direction éclairée déciderait à la place des adhérent·es ou d’un syndicalisme qui pourrait se passer des syndiqué·es. Par exemple, en 2005 face au projet de Fillon, alors ministre de l’Éducation nationale, de retirer l’EPS (et les arts plastiques) du socle commun de connaissances, nous avons lancé une pétition « pas d’éducation sans EPS » qui a recueilli près de 450 000 signatures, et ce sans recours à internet !
Frédérique Rolet : construire les revendications avec les personnels est en effet pour UA la base de la démarche syndicale, débattre, rassembler les professions autour de revendications unificatrices et qui participent de la transformation sociale, en n’opposant pas le combat pour une société plus juste de la défense corporative des intérêts matériels et moraux des travailleurs et travailleuses.
Bernadette Groison : UA est la conjugaison d’un syndicalisme de transformation sociale qui porte l’idée d’un changement nécessaire de société, y compris sur des champs qui dépassent nos stricts secteurs professionnels, avec la défense des collègues et de leurs métiers. Pour UA, rien ne peut se faire sans les collègues. Aujourd’hui il est parfois difficile de maintenir un réel contact avec le terrain, en raison notamment de la densification des rythmes de travail, des changements dans l’exercice des métiers quels qu’ils soient, mais nous devons continuer d’agir en lien étroit avec les collègues, syndiqué·es ou non. Quand le SNUipp a tourné un film sur le métier d’enseignant·e en 1998 (Fenêtre sur classe), cela a été l’occasion pour nous de multiplier les rencontres avec la profession (50 000 collègues rencontré·es lors de débats dans toute la France), ce fut un grand moment pour le syndicat, et cela reflète bien la démarche UA. Dans la même veine, lors des négociations PPCR, la FSU a posé les enjeux en toute transparence avec les collègues avant de savoir si on signait ou pas.
Gérard Aschiéri : cet impératif de la construction des revendications avec les collègues explique qu’elles peuvent évoluer si elles ne « collent » pas. On l’a vu par exemple sur la polyvalence des enseignant·es du premier degré, UA cherche toujours l’unité de la profession. Les revendications doivent rassembler les différentes catégories. Ainsi, au début des années 1970, notre travail sur la formation des maître·sses, a permis de revendiquer une évolution du niveau de qualification des premier et second degrés pour les faire converger à terme.
Frédérique Rolet : UA veut en effet rassembler, faire que les revendications s’inscrivent dans l’objectif large d’une société plus juste et plus égalitaire, éviter ainsi le corporatisme, mais aussi de se soumettre à un projet tout défini, ficelé, éventuellement en dehors de notre organisation, et de lui subordonner les revendications. Ainsi, si l’on prend l’exemple de PPCR, cela a permis de faire diminuer le poids du chef d’établissement et de l’Inspection dans l’évaluation, de déconnecter l’évaluation et l’avancement, dans un objectif d’inspection-conseil, d’avancer de ce fait vers plus d’égalité entre femmes et hommes, les femmes pouvant être lésées du fait des congés maternité, temps partiels, acceptation de moins d’heures supplémentaires, etc.
Bernadette Groison : la recherche de l’unité d’action est également quelque chose que l’on a toujours porté très fortement. Ainsi, lors des batailles sur les retraites en 2010 comme en 2023, UA a pesé pour que la FSU soit motrice, certes avec d’autres, pour obtenir l’unité syndicale. De même pour la Fonction publique, nous avons milité pour rassembler le plus largement possible les agent·es avec toutes les organisations syndicales, par exemple, avec des mobilisations pour les salaires ou contre la loi de Transformation de la Fonction publique en 2018-2019. UA cherche ce qui rassemble avant ce qui divise à l’interne comme à l’externe. Il ne s’agit pas de chercher l’unité pour l’unité mais d’ainsi créer un rapport de force majoritaire.
Serge Chabrol : UA ne se reconnaît en effet pas dans un syndicalisme de la posture, du refus systématique, il s’agit de dire non quand il le faut, avec le souci de construire et défendre des propositions alternatives, par exemple, lorsque le SNEP avance des contre programmes, toujours avec la profession, après avoir débattu avec elle.
Gérard Aschiéri : en effet, UA a la volonté et la capacité d’acter quand il y a des résultats, et ce n’est pas toujours chose aisée. Ainsi en 1989, sur la « revalo », le SNES a connu un gros débat sur la signature ou non (Serge : Idem au SNEP) ; on engrange quand on le peut, mais on ne s’en contente pas et on continue à se bagarrer, c’est d’ailleurs ce qui nous différenciait de la FEN. Nous avons ainsi pu en 89 élargir les acquis au-delà de ce qui avait été négocié initialement.
Serge Chabrol : UA pratique également un syndicalisme de métier. Pour le SNEP, cela se concrétise notamment par un travail approfondi sur les questions pédagogiques, avec la volonté de mobiliser d’abord sur les questions professionnelles pour amener les collègues à faire le lien avec celles des services publics, des salaires et du pouvoir d’achat : nous voulons partir des préoccupations des collègues, et non des grandes analyses générales et abstraites sur le néo libéralisme…
Frédérique Rolet : oui, dans un établissement, on part du quotidien professionnel et on montre comment cela résonne avec le contexte général.
Serge Chabrol : l’essentiel est de développer des revendications qui unifient et qui n’opposent pas les personnels entre eux. Ainsi, UA ne se reconnaît pas dans la demande, portée par d’autres tendances de la FSU, de titularisation des contractuel·les sur place, ce qui s’oppose au principe de mouvement national pour les reçu·es aux concours.
Frédérique Rolet : très bon exemple en effet, UA défend plutôt une diversification des voies d’accès à la titularisation, pour contrer le développement continu de la précarité via la multiplication des contrats et promouvoir le statut, protecteur pour les personnels, particulièrement en cas d’arrivée de l’extrême droite au pouvoir, et garantie d’application des principes de la Fonction publique pour toutes et tous les citoyen·nes. Mais nous avons toujours défendu les collègues non-titulaires pour leurs droits et rémunérations.
Enjeux-UA : existe-t-il une spécificité UA sur la question du rapport aux partis politiques ?
Gérard Aschiéri : la question a été largement réglée dès les années soixante-dix : l’impératif de l’indépendance est depuis soutenu par des camarades syndicalistes de toutes sensibilités qui peuvent par ailleurs militer dans des partis.
Frédérique Rolet : toutes les tendances partagent le constat du danger de l’extrême droite, la nécessité de la combattre à tous les niveaux, de même le principe que lorsque un gouvernement semble plus favorable au monde du travail, le rapport de force reste nécessaire.
Enjeux-UA : voyez-vous des évolutions significatives à l’identité UA ces dernières années ? Quelles seraient les thématiques à approfondir ?
Serge Chabrol : à mon avis, un enjeu principal est la difficulté accrue à rencontrer les collègues et le risque de ne plus prendre les décisions avec elles et eux. Nous devons avoir de nouvelles stratégies pour les rencontrer, par exemple en démultipliant les stages pédagogiques, sur le métier, en faire des questions syndicales.
Gérard Aschiéri : les collègues sont de plus en plus divers, les rassembler devient donc de plus en plus difficile, avec la nécessité de prendre en compte des questions qui semblent hors du strict champ syndical comme l’environnement, le racisme, les VSS, … car le syndicalisme ne peut se couper des évolutions de la société.
Bernadette Groison : le lien avec les collègues est essentiel. Ce n’est pas toujours facile. Raison de plus pour continuer à les rencontrer et à renforcer la proximité entre syndicat et profession. Nous ne devons pas hésiter à parler de ce qui est difficile et qui parfois dérange, comme par exemple les lois récentes sur l’environnement, l’agriculture, ou encore sur la question des politiques migratoires, et ne surtout pas les laisser à d’autres. Nous constatons un certain glissement d’une partie de nos professions vers l’extrême droite. Cette question ne saurait être mise sous le tapis, c’est pour UA une source de préoccupation majeure. Les débats avec la profession sont donc importants à avoir dans la période. Mais il faut aussi se préoccuper de discuter avec eux de leur vie au quotidien (évolution des métiers, du statut et fonctionnement de la Fonction publique par exemple avec le développement de la contractualisation, des salaires, des conditions d’exercice des métiers…) et d’en faire des enjeux collectifs.
Frédérique Rolet : Il faudrait sans doute creuser et analyser davantage le rapport des jeunes à l’activité syndicale, l’évolution de leur rapport au travail, avec la recherche d’une meilleure harmonisation des temps de la vie, mais aussi comment articuler syndicalement les questions environnementales et de justice sociale, analyser et combattre toutes les formes de discrimination.


