Histoire

Points de repère sur l'histoire d'Unité et Action

Enjeux 300 · 19 juillet 2026 · Syndicalisme

La FSU, seule organisation à reconnaître les tendances : histoire et singularité de ce pilier hérité de la FEN de 1948.

La FSU est la seule organisation syndicale à reconnaître les tendances, un des trois piliers de son fonctionnement avec les syndicats nationaux et les sections départementales fédérales. C’est un héritage du système de la Fédération de l’Éducation nationale mis en place en 1948 pour maintenir son unité. Paradoxalement, les majoritaires de la FEN, fondateurs de l’UNSA en 1993, ne les reconnaissent plus. Mais il y a une différence essentielle dans la FSU : les tendances ne sont plus liées à l’homogénéité des exécutifs, abcès de fixation des conflits qui conduisirent à la scission d’où sortit la FSU en 1994. Unité et Action a joué et continue de jouer un rôle fondamental dans cette histoire.

Les Unitaires à la Libération

Les tendances existaient dans la Fédération unitaire de l’enseignement-CGTU (1921-1935). Cependant, lors de la fusion de la Fédération générale de l’enseignement-CGT et de la FUE dans la CGT réunifiée en 1935-1936, elles ne sont pas reconnues, car assimilées aux « fractions » partisanes, interdites par la Charte de Toulouse confédérale en 1936. Lorsque la FGE se reconstitue en 1944 dans une CGT à nouveau réunifiée, elles restent absentes. Quand en 1946, la FGE se transforme en FEN (fédération adhérente directe à la CGT), la question est réglée par un partage des responsabilités dans la direction : Adrien Lavergne, secrétaire général « ex-confédéré », et Paul Delanoue, militant communiste « ex-unitaire ».

La FEN-CGT dans la FEN autonome

En 1948, après la nouvelle scission de la CGT, les ex-confédéré·es et l’École émancipée choisissent « l’autonomie provisoire » à laquelle se rallient les unitaires. Est établi un compromis reconnaissant les tendances - en fait l’élection à la proportionnelle des organismes administratifs sur listes présentant une orientation -, mais en laissant la possibilité de se syndiquer à une confédération (CGT ou FO). Ainsi est maintenue une FEN-CGT à double affiliation où se retrouvent les unitaires, dirigée par Jacqueline Marchand. Ce système perdure jusqu’en 1954-1955. Les unitaires qualifiés de « cégétistes » par les majoritaires, continuent néanmoins à déposer des textes et des listes au nom de sections départementales qu’ils dirigent (Marne, Bouches-du-Rhône, Ardèche, Vienne…) en refusant la dénomination de tendance et l’homogénéité des exécutifs. Dans les syndicats nationaux, ils se rassemblent autour de listes. Ils défendent un syndicalisme de lutte, ancré dans les revendications corporatives, en vue de la démocratisation de l’école et de la société, tout en prenant position pour la paix et contre les guerres coloniales. Le tournant de 1966-1967

La création dans la FEN en 1966 du nouveau SNES, unifiant le syndicat de l’enseignement classique et moderne et celui de l’enseignement technique, peut rétablir un équilibre dans le rapport des forces entre syndicats nationaux dominés par le syndicat des instituteurs (SNI), car le second degré est en pleine croissance. Cette fusion est suivie du « coup de tonnerre » de la prise de la majorité par Unité et Action (ex. listes B et UASE) en 1967. Tout en reconnaissant l’existence d’orientations diverses dans le syndicalisme, les unitaires U-A défendent la notion de « courant de pensée », qualifié d’« anti-tendances », afin de rassembler les adhérent·es de diverses sensibilités, dans un syndicalisme « de masse, de lutte et d’action ». La nouvelle direction du SNES témoigne de cette union dans la diversité : trois communistes et trois non-communistes.

Unité et Action après 1968

La conquête du pouvoir dans le second syndicat de la fédération menace le système-modèle FEN. Le courant qui prend le nom d’Unité et Action s’organise aussi dans le SNI et au plan fédéral (sous l’impulsion d’Alfred Sorel et Daniel Renard), progressant avec plus de 30% des voix aux élections. Tous les syndicats du second degré (SNEP [Marcel Berge] SNPEN, sauf le SNETAA) et du supérieur (SNESup [Guy Odent, Daniel Monteux], SNCS) changent de direction au profit d’U-A après 1968, ainsi que des sections départementales de la FEN. Le courant crée son bulletin (la future revue) à la rentrée 1970 dans lequel est affirmé : « La FEN peut et doit apporter, selon sa compétence syndicale et dans le respect de son indépendance, sa contribution originale à l’entente entre les formations de gauche, sur la base d’un programme de démocratisation de l’enseignement et de la société. » Les majoritaires, refusant d’envisager une alternance du pouvoir fédéral, s’organisent eux aussi en tendance (UID). La signature du Programme commun de gouvernement de la gauche en 1972 ne les empêche pas de menacer le SNES et le SNEP d’exclusion en 1973. Après un répit au moment de l’élection présidentielle de 1974, la rupture du PCG et le rapprochement de la direction du PS avec celle de la FEN enveniment les rapports à la fin de la décennie. U-A, qui fonctionne de plus en plus comme une tendance, a établi un programme complet de revendications. Celles-ci sont défendues dans les SN qu’il dirige et dans les actions fédérales auxquelles il participe, voire qu’il organise lui-même, au grand dam de la direction de la FEN accusant U-A d’être une « anti-FEN » procommuniste. Sur la démocratisation du service public d’éducation, la formation des maîtres, l’unification des catégories, la revalorisation des métiers et des salaires, le combat pour la libération des peuples, les divergences sont nettes. L’arrivée de la gauche au pouvoir avec l’élection de Mitterrand en 1981 ne réduit pas les écarts, notamment sous le second septennat, avec les acquis de la revalorisation obtenus par l’action des SN à majorité U-A en 1989.

La scission en 1992-1993

À la fin de la période mitterrandienne, les majoritaires UID de la FEN et du SNI abandonnent l’objectif de la réunification et cherchent de nouvelles voies de recomposition syndicale. Ils revendiquent l’autonomie liée à une conception d’accompagnement des politiques néolibérales. La stratégie qu’ils mettent en route en 1988 (projet éducatif et refondation doctrinale), soulève l’opposition de tous les minoritaires. C’est en partie l’alliance entre U-A et la majorité de l’EE, avec l’appoint d’une nouvelle tendance « Autrement » principalement représentée dans le SNETAA, qui permet la mise en place des CLU (Comités de liaison unitaires), puis la naissance de la FSU. Le rôle du coordinateur U-A, Raphaël Szajnfeld, fut important dans la phase préparatoire de l’élaboration des statuts. De même pour les secrétaires de SN déjà existants dans la FEN : Jacques Rouyer (SNEP), Pierre Toussenel et Monique Vuaillat (SNES) ; et Daniel Le Bret* pour la création du SNUipp.

U-A dans la FSU depuis 1994

Comment assumer son passage d’instrument de conquête du pouvoir à l’exercice du pouvoir avec plus de 60% des suffrages dans les élections internes ? Sans prétendre imposer son point de vue en acceptant de partager les responsabilités ? Ce changement de rôle s’accompagne d’une évolution de la nature du courant et de son fonctionnement. Des secrétariats fédéraux de tendance se tiennent toujours jusqu’en 1999, auxquels participe Michel Deschamps* en tant que secrétaire général. Il s’agit surtout d’ajuster les positionnements entre SN. Mais la mission devient difficile au « moment » Allègre et Deschamps démissionne. Les tensions s’apaisent après l’arrivée de Gérard Aschieri* au secrétariat général en 2001 et le départ du SNETAA. Mais le rôle de la tendance dans la définition de l’orientation fédérale s’est atténué, ce qui s’accentue durant les mandats de Bernadette Groison* et de Benoît Teste*. Cela n’empêche pas la FSU d’élargir son champ de syndicalisation aux trois versants de la Fonction publique en 2004, en tentant de sortir de son tropisme enseignant, de mener le combat pour la démocratie de genre, dans les luttes altermondialistes, de répondre à la crise écologique, en poursuivant les luttes pour la démocratisation, la revalorisation et la laïcité de la Fonction publique qui constituent son socle. La diversité d’U-A s’accroit. La matrice idéologique marxiste s’estompe. Les adhésions ou non à une structure partisane sont devenues indifférentes. Le poids des SN non-enseignants où les tendances sont absentes s’accroît. Ailleurs U-A et l’EE présentent des listes « ouvertes » à « l’initiative de » ou « avec des sans tendances ». Pourtant on s’accorde pour considérer que le système des tendances reste la voie pour élaborer dans la transparence et l’indépendance une orientation syndicale pour la « transformation sociale », en ne laissant pas aux seuls partis la définition de l’intérêt général. L’unification du mouvement syndical est en question. Sur tout cela, l’histoire d’U-A montre une forte continuité des idéaux et des méthodes, dans la fidélité à la « double besogne » de la charte d’Amiens.


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