Écologie

L'écologie au cœur de la politique : une nécessaire refondation

Enjeux 300 · 18 juillet 2026 · Syndicalisme

Pour UA, écologie et conditions de travail sont indissociables : la rupture écologique ne va pas sans justice sociale.

une nécessaire refondation

La Fonction Publique est à la croisée des chemins, tiraillée entre l’urgence écologique et un État condamné pour inaction climatique. Pour la tendance Unité et Action, l’écologie et les conditions de travail sont deux dossiers connexes. Notre syndicalisme, fondé sur la défense des acquis sociaux et salariaux, porte également une dimension unitaire ; celle-ci se doit de porter un projet politique où la rupture écologique est indissociable de la justice sociale. Si l’urgence climatique impose des mutations profondes, c’est la protection des personnels et des usager·ères qui en sera le garant.

La question écologique ne doit plus être une simple préoccupation annexe. Pour la FSU, elle doit devenir le fil conducteur de l’action, une boussole politique éclairant chaque décision.

Une écologie de terrain et de services

La politique écologique de la section doit ancrer ses propositions dans le quotidien des agent·es et des usager·ères. Il s’agit de repenser l’organisation du travail, les déplacements, la gestion des bâtiments et la consommation. L’objectif est de démontrer que la rupture écologique est un levier d’amélioration des conditions de travail et de la qualité du service. Concrètement, cela se traduit par la rénovation énergétique des bâtiments scolaires ou administratifs, la promotion des mobilités douces pour les agent·es et la mise en place d’une restauration collective plus durable. Au-delà de ces mesures techniques, la Fonction publique doit être exemplaire : elle ne peut exiger de la société des efforts qu’elle ne réalise pas elle-même en premier lieu. Dans cette perspective, notre fédération doit pousser les ministères de son champ de syndicalisation à respecter leurs obligations réglementaires, et notamment à établir le bilan carbone de leurs activités. La justice sociale comme socle de la transition

L’écologie politique de la FSU repose sur un principe fondamental : la transition ne doit pas se faire aux dépens des plus fragiles, ni des agent·es, ni des usager·ères. Une politique qui se réclame de l’écologie pour justifier des licenciements, une précarisation ou une dégradation du Service public est une politique antisociale et anti-écologique. Les métiers de la transition sont des métiers d’avenir : l’écologie offre une opportunité de création d’emplois stables, qualifiés et protégés. Il convient de former les agent·es aux nouveaux enjeux (gestion de l’eau, déchets, rénovation thermique, accompagnement des vulnérables). La lutte contre le changement climatique doit être source de progrès social.

L’unité syndicale comme force de proposition

Pour porter cette vision, l’unité syndicale est indispensable pour peser dans les négociations. Unité et Action rappelle que la force de la FSU réside dans sa capacité à rassembler autour d’un projet commun. Cette unité ne signifie pas l’uniformité des opinions, mais la convergence vers des objectifs stratégiques : protéger les conditions de vie face à la crise énergétique, protéger les conditions de travail face aux événements climatiques extrêmes et maintenir un service public de proximité favorable à une relocalisation d’une industrie écologiquement mieux disante. L’écologie est un projet construit collectivement, un facteur d’unité autour de la défense d’un monde habitable et socialement juste.

Julien Poirier, Betty Teyssier, Franck Brock, Cyril Verlingue et Valérie Sipahimalani

Un danger sanitaire majeur pour les agent·es

Les personnels de la Fonction publique sont en première ligne. Dans l’Éducation nationale, les enseignant·es font face à des salles surchauffées, mal ventilées, affectant leur concentration et celle des élèves, et augmentant les risques d’accidents. Les agent·es de terrain subissent de plein fouet les vagues de chaleur, avec des risques réels d’épuisement et de déshydratation. La santé des agent·es est un enjeu de sécurité publique ; un·e agent·e épuisé·e ne peut assurer une mission de qualité. La protection contre la chaleur est une obligation légale et morale de l’employeur.

L’aveuglement institutionnel

La réponse de l’État révèle un décalage abyssal entre les réalités du terrain et les directives venues d’en haut. Dans l’Éducation nationale, les recommandations d’Édouard Geffray aux écoles et établissements ont été perçues comme profondément déconnectées. Loin de proposer des moyens concrets de rénovation ou de réorganisation, elle s’est concentrée sur des gestes anecdotiques et des injonctions à l’autodiscipline : accès à l’eau potable, organisation des locaux, baisser les stores ou volets sans évoquer leur installation. Dans le plan de “gestion des vagues de chaleur”, publié trois jours après le début de la canicule de mai 2026, le report sur le seul niveau local des décisions d’adaptation est toujours privilégié. Pour la FSU, ce n’est plus acceptable, tant le ministère laisse la communauté éducative s’organiser par elle-même, et subir des conditions de travail inacceptables. La protection de la santé et la sécurité des personnels et des usager·ères est l’obligation réglementaire du ministre, des recteurs et rectrices et des DASEN. Cette réponse reporte la responsabilité de l’urgence climatique sur les épaules des personnels sans leur donner les moyens. Au lieu d’investir massivement, l’administration fait porter le poids de la situation sur les agent·es, sans les protéger. La continuité du service public se fait au détriment de la santé des personnels et des usager·ères, alors que l’État est condamné pour inaction climatique et que le système capitaliste et productiviste est responsable de la crise climatique. Cette politique de l’autruche est inacceptable pour la tendance Unité et Action. Pourtant, le MEN a récemment publié 40 recommandations dans un rapport de la commission spécialisée sur la transition écologique du CSE, mais ne semble pas s’en soucier dans sa communication. Un rapport de bonnes intentions sans suite ?

L’impact sur la qualité du service et la sécurité des usager·ères

La canicule affecte directement les usager·ères. À l’école, les élèves souffrent de la chaleur, compromettant leur apprentissage et leur bien-être, particulièrement les plus jeunes. La continuité du service public est également menacée par ces fortes chaleurs : si les agent·es sont malades, toute la chaîne de service se rompt. Les usager·ères se retrouvent sans aide. La canicule accentue les inégalités sociales : les plus pauvres, sans climatisation ni logement isolé, sont les premiers touché·es. Le service public a un rôle crucial à jouer, mais il ne peut le faire que si ses agent·es sont protégé·es. Vers une stratégie de prévention et de transformation

Face à l’urgence et à l’aveuglement des autorités, la FSU doit exiger des mesures concrètes. Il s’agit de repenser l’organisation et les infrastructures.

  • Prévention adaptée avec des mesures spécifiques à chaque métier, et réfléchies avec le personnel : modification des horaires pour éviter les heures chaudes, pauses obligatoires, accès à des espaces frais, équipements de protection. Dans les écoles, rénover les bâtiments, installer des stores ou brumisateurs, prévoir des plans canicule.
  • Les décisions qui relèvent de la santé publique ne peuvent dépendre des seuls échelons locaux, bien souvent dépourvus de moyens d’actions suffisants. À partir de la vigilance orange, au regard de l’inadaptation massive du bâti scolaire, les adaptations horaires, passage en service minimum ou même dans certains cas fermetures ne peuvent plus être l’exception mais doivent devenir la norme.
  • Investissement massif : la Fonction publique doit être un laboratoire de la transition : rénovation thermique, solutions de rafraîchissement passif, gestion efficace de l’eau. Ces coûts sont indispensables pour la pérennité du service.
  • Formation et écoute : la formation des agent·es sur les risques et les gestes de secours est un enjeu important. L’État doit cesser de donner des ordres déconnectés et écouter les professionnels de terrain.

L’écologie n’est pas un luxe, c’est une nécessité vitale. La tendance Unité et Action de la FSU doit continuer à porter ce message avec force. L’unité syndicale et associative est notre plus grande force pour exiger des employeurs qu’ils assument leurs responsabilités : protéger les agent·es, garantir la qualité du service et investir dans la rupture écologique. La canicule n’est pas une fatalité, c’est un défi à relever ensemble, et cela nous rappelle que sans pression collective, l’État restera aveugle. Il faut mobiliser chaque section, chaque syndicat, chaque agent·e pour que la protection de la santé soit une priorité absolue. En défendant l’écologie et la santé des agent·es, nous défendons l’avenir du service public. Ensemble, pour une Fonction Publique résiliente, juste et durable.

Julien Poirier, Betty Teyssier, Franck Brock, Cyril Verlingue et Valérie Sipahimalani


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