« Maison commune » : entretien avec Caroline Chevé
Caroline Chevé fait le point sur la construction de la « Maison commune » voulue au congrès de Rennes, vers l'unification syndicale.

Entretien avec Caroline Chevé
Enjeux-UA : au congrès de Rennes, la FSU s’est donné un mandat de construction d’une « Maison commune ». Que s’est-il passé depuis ?
Caroline Chevé : avec le recul je crois qu’au congrès de Rennes, la FSU a fait deux choses essentielles dans sa réflexion sur l’unification syndicale : se rassembler et passer de l’imaginaire au réel. Se rassembler était nécessaire : aujourd’hui le sujet n’a pas la même place dans tous les syndicats nationaux, mais il n’est plus seulement le sujet de quelques-uns. Je constate régulièrement que les militant·es s’en emparent dans leur réflexion, justement parce que le cadre que nous avons posé à Rennes le permet. En levant des implicites et en nous mettant d’accord sur des réalisations possibles, accessibles, nous avons fait converger les vues. Cela ne signifie pas consensus, mais possibilité d’avancer dans le respect de toutes les sensibilités. Depuis nous avons consacré du temps et de l’énergie, notamment au sein du groupe de travail, pour concrétiser le rapprochement : le module de formation commune sur l’imposture sociale de l’extrême droite, le colloque sur l’Extrême droite et l’école, les échanges permanents sur les enjeux féministes, plusieurs initiatives en territoires. Mais surtout il me semble que le regard que nous portons les un·es sur les autres a évolué. Aujourd’hui nous échangeons de façon confiante et approfondie sur la situation, et sur les stratégies syndicales. Nous partageons la même conviction que l’unité et la combativité ne sont pas opposées, et qu’elles sont la nécessité du moment, face à la fuite en avant du libéralisme, et face à l’extrême droite. Nous pensons également que les choses se jouent avant tout sur le terrain, entre équipes militantes, c’est là qu’est la plus grande énergie.
Enjeux-UA : le congrès de la CGT a eu lieu récemment, qu’est-ce que cela change ?
Caroline Chevé : ce n’est évidemment pas à moi de traduire ce qui ressort du congrès. Cela fait partie aussi de notre manière de procéder, en étant toujours très respectueux des débats internes de nos deux organisations. Mais il me semble que la CGT s’est inscrite dans une forme de continuité, notamment par rapport au CCN du mois d’août 2025. L’utilisation de la formule « Maison Commune », pour nommer ce que nous faisons ensemble, sans préjuger a priori de ce que cela sera plus tard, est aujourd’hui validée par nos deux organisations, comme la méthode et la démarche. Si on croise nos mandatements, on a une idée assez claire : pas de « fusion / absorption » côté FSU, « ni fusion ni création d’une superstructure décisionnelle mais un outil de travail commun » côté CGT, ainsi qu’ « un cadre de coopération pérenne et renforcé, se traduisant par des échanges stratégiques réguliers et privilégiés ». Nous allons donc pouvoir nous atteler à la suite.
Enjeux-UA : quelles sont les perspectives ?
Caroline Chevé : A la rentrée il y aura de nombreuses batailles à mener, et tout porte à croire que la FSU et la CGT les mèneront ensemble : celle des salaires de la Fonction publique avec la grève du 29 septembre, celle de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les violences sexistes et sexuelles avec le débat sur la Loi intégrale, celle du budget et de la protection sociale pour 2027. Nos deux organisations sont pleinement engagées pour construire ces batailles dans l’unité la plus large. Il est clair que la période des élections professionnelles qui s’ouvre aussi à la rentrée n’est évidemment pas la plus propice pour avancer sur la Maison commune, elle peut même être un facteur de crispations ou de tensions. Mais nous allons veiller à ce que tout cela ne fasse pas reculer le travail entrepris. En effet l’échéance suivante, la présidentielle et le débat public qui la précédera, sont lourds d’enjeux pour notre pays. Nos organisations partagent la conscience de la responsabilité qui est la leur pour lutter syndicalement contre l’extrême droite et ses idées, et de mettre au centre du débat les sujets qui préoccupent vraiment la population : les salaires, les services publics, l’emploi, les retraites… La confiance dans les organisations syndicales reste élevée, et l’aspiration à l’unité est très ancrée depuis le mouvement contre la réforme des retraites de 2023. Il est donc plus que jamais nécessaire de continuer à la construire, à la fois entre nos organisations et au sein des différentes intersyndicales, à tous les niveaux.
