Unité et Action et la laïcité
Dès la FEN, UA défend une laïcité « sociale » et émancipatrice, dépassant l'anticléricalisme d'arrière-garde pour unir les travailleur·euses.

Une laïcité sociale
Dès la création de la FEN, deux conceptions de la laïcité s’opposent. Les autonomes qui deviendront Unité Indépendance et Démocratie (UID) défendent une laïcité rationaliste empreinte d’anticléricalisme. Les unitaires, qui deviendront Unité et Action (UA), privilégient une approche sociale capable de dépasser « les combats d’arrière-garde contre le cléricalisme » pour unir les travailleur·euses dans des luttes porteuses d’émancipation, d’égalité et de justice sociale. Paul Delanoue puis Alfred Sorel incarnent cette conception où le combat laïc mêle le droit à la liberté de conscience et la lutte contre l’obscurantisme par les savoirs et la raison. Refusant le financement public de l’école privée, UA ne cessera de vouloir faire de cette « bataille » un combat de démocratisation du système éducatif. En 1993, alors que François Bayrou veut réviser la loi Falloux, Raphaël Szajnfeld réaffirme que la lutte pour s’y opposer ne peut se limiter à la seule question du financement de l’école privée, mais doit donner à la laïcité ses finalités économiques et sociales : « seul le service public, parce qu’il accueille tous les élèves sans discrimination est en mesure de réduire les inégalités par le savoir ». À nouveau, dans le numéro spécial qu’Enjeux consacre à la préparation du premier congrès de la FSU qui se tiendra à Macon en mars 1994, UA rappelle qu’elle n’entend pas réduire la laïcité au seul aspect des rapports entre l’Église et la société. Ces ambitions sociales, civiques et intellectuelles de la laïcité sont encore aujourd’hui au cœur des mandats portés par UA, notamment dans les syndicats de l’éducation.
Face à la question islamiste
Les premiers attentats islamistes (1995, 2001) déplacent le débat public vers une supposée incompatibilité de l’islam avec les valeurs républicaines. En octobre 2003, devant la commission Stasi, Gérard Aschieri affirme qu’il n’est pas acceptable que le débat sur la laïcité se centre sur la religion musulmane, ni qu’il se réduise à la question du port de signes religieux. Des divergences sont perceptibles, au sein de la tendance UA, entre celles et ceux qui soulignent le risque de pressions communautaires ou d’affaiblissement du cadre émancipateur de l’école publique et ceux qui insistent sur la liberté religieuse et les risques de stigmatisation de la population musulmane. UA, quoique refusant les usages prosélytes du port de signes religieux par les élèves manifestant ostensiblement une appartenance religieuse, réaffirme son attachement à ce que la démarche éducative soit toujours privilégiée à l’exclusion. Au sein de la tendance, cette affirmation d’une priorité éducative dans un cadre protecteur des élèves contre toutes les formes de pression fait accord. Elle se traduit par des positions syndicales adaptées aux réalités professionnelles différentes.
Contre l’instrumentalisation : choisir le débat !
UA reste vigilante face aux dévoiements et instrumentalisations de la laïcité. Lors de l’affaire d’Aubervilliers en 2003, Françoise Dumont alerte sur « les petits calculs » qui nourrissent « l’empressement d’une certaine classe politique ». Bernadette Groison réagit, elle aussi contre les « petits calculs » de Nicolas Sarkozy affirmant les « racines chrétiennes de la France » et la supériorité de l’engagement du curé sur celui de l’instituteur. Même vigilance quand Emmanuel Macron propose à l’Église de nouer de nouveaux liens avec l’État ou quand le Rassemblement national instrumentalise la laïcité pour prôner l’exclusion. Du fait des larges enjeux démocratiques et sociaux qu’UA a toujours voulu donner à la question laïque, elle fait résonner de multiples débats en son sein. Pour ne citer que ceux des années les plus récentes : usage du terme islamophobie, intersectionnalité, universalisme, social versus sociétal.
Paul Devin, président de l’IR.FSU, Grégory Frackowiak, secrétaire national du SNES-FSU