Education

IA et éducation : pourquoi il faut résister

Enjeux 300 · 11 juillet 2026 · Écologie

Pour U&A, le droit de ne pas utiliser l'IA doit être préservé : coût écologique, pillage intellectuel et projets antidémocratiques.

Pourquoi il faut résister, selon U&A !

Les offensives institutionnelles et marchandes pour imposer l’usage des IA dans le monde éducatif sont de plus en plus nombreuses et pressantes. U&A réaffirme que le droit de ne pas utiliser l’IA doit être préservé pour les personnels comme pour les élèves et étudiant·es. Les raisons de cette résistance sont multiples et solides : consommation explosive des ressources naturelles et des énergies, pillage des richesses intellectuelles, appui de projets antidémocratiques et même fascisants, exploitation de travailleurs et travailleuses du clic, menace de taylorisation de nombreux métiers et notamment les métiers de l’éducation…

Parmi toutes les alertes sur les IA et particulièrement celles du type génératives grand public (IAG), les dangers cognitifs sont de mieux en mieux documentés. Une des études majeures de ces derniers mois, celle de Bastani et alii (2025) menée sur près de 1 000 lycéen·nes, entendait examiner si l’usage d’assistants-IA favorisait les apprentissages en mathématiques. Les données récoltées indiquent que les résultats des élèves assisté·es par une IA s’élèvent à court terme, mais se détériorent sensiblement dès que la « béquille » numérique leur est enlevée et deviennent inférieurs à ceux des élèves n’ayant pas disposé d’une telle assistance. Après un usage dans un premier temps précautionneux, les élèves cesseraient de vérifier ce que leur propose l’IA en baissant la garde de leur esprit critique. Rapidement donc, leurs apprentissages seraient en quelque sorte délégués à la machine. Plus récemment, l’étude de Liu et alii (2026), menée sur un panel de 1 222 participant·es, établit que la persévérance dans la tâche serait affectée dès un usage très bref des assistants-IA, de l’ordre de dix minutes. Ainsi, l’usage d’un assistant-IA « conditionne les personnes à obtenir un résultat immédiat, les privant de l’expérience d’affronter des apprentissages par elles-mêmes ». Un usage encore plus précoce des IA par les élèves pourrait « boucler la boucle » de l’exclusion des langages comme outils d’élaboration. En effet, les nouveaux programmes de l’école primaire, qui confondent langue et langage, se centrent, dès la petite section, sur un nombre de mots à connaître et sur la syntaxe, au détriment de l’appropriation du langage dans les situations vécues. L’orientation de ces programmes se prête ainsi à la mise en place d’assistants-IA de type Captain Kelly pour faire répéter aux tout jeunes élèves des mots et des modèles de phrases. Mais, comme le rappelle Véronique Boiron, « l’enfant n’apprend pas à parler en apprenant une liste de mots ou des structures syntaxiques, mais en parlant avec autrui à propos de ce qu’il observe, fait, puis en expliquant à la classe ce qui s’est passé ». En faisant faire par la machine ce qui demande des heures et des années de pratique, certain·es de nos élèves verraient l’accès au « langage scriptural-conceptuel » (cf. Bernard Lahire) se fermer pour elles et eux, alors même que ce sont les pratiques langagières qui sont différenciatrices en termes de réussite scolaire (et de construction d’un réel « esprit critique »).

Les IA ne sont pas des outils neutres censés simplement et utilement « assister » les professeur·es de la maternelle à l’université. La question principale n’est pas tant de savoir ce qu’on peut en faire, que de savoir ce qu’elles nous font. Pour quels usages avons-nous vraiment besoin de l’IAG dans l’éducation ? Loin de devoir adapter, de manière fataliste, nos pratiques professionnelles à cette déferlante, notre rôle de syndicalistes U&A et de professionnel·les portant un projet émancipateur est de défendre la liberté de se passer des IAG que l’on soit écolier·e, collégien·ne, lycéen·ne, étudiant·e ou personnel de l’Éducation nationale. Laetitia Benoit et Rachel Schneider

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