Syndicalisme

Unité et Action et la « double besogne »

Enjeux 300 · 10 juillet 2026 · Histoire

UA inscrit le syndicalisme de la FSU dans l'histoire du mouvement ouvrier : défense quotidienne et transformation sociale, la « double besogne ».

Pour Unité et Action, le syndicalisme porté par la FSU s’inscrit, hier comme aujourd’hui et demain, dans l’histoire passée et présente du mouvement ouvrier français et international, de ses luttes, de ses espérances et ses expériences. Unité et Action continue, dans une France, une Europe, et un monde et une humanité menacée par la tentation du nationalisme, du fascisme et par les offensives sans cesse répétées du capitalisme libéral, à se revendiquer de la « double besogne ». De l’aspiration à la paix, à l’égalité, à la solidarité, à l’émancipation et à la liberté, notre syndicalisme n’a jamais rien abdiqué !

De quoi s’agit-il ?

À l’aube de la structuration du mouvement syndical, avant que nombres d’offensives idéologiques encouragées par les tenants du capital viennent encourager sinon y instiller des divisions, la Confédération Générale du Travail d’alors, en 1906, adopte en congrès une motion qui établit la reconnaissance d’une identité sociale et politique particulière du syndicalisme, fondée d’une part sur la défense des revendications concernant le travail, ses conditions, sa rémunération, etc., et d’autre part sur une perspective « d’émancipation intégrale » et « d’expropriation capitaliste », en un mot ce qui est désigné dans le contexte actuel et l’évolution de l’histoire des idées, par l’expression « transformation sociale ». C’est ainsi qu’est définie la « double besogne ». Cette motion restera dans l’histoire comme « la Charte d’Amiens ».

Il s’agit donc à ce moment-là d’exprimer la nécessité d’organiser la lutte des classes, et donc de lutter au quotidien, dans les usines, les ateliers, les bureaux, tous les lieux de production, pour l’amélioration des conditions de travail, l’augmentation des rémunérations, la réduction du temps de travail, et plus largement pour gagner l’amélioration de la situation faite aux salarié⋅es. Et, de manière combinée, indissociable, affirmé comme deuxième dimension du combat syndical, celui-ci se doit de préparer le renversement du désordre capitaliste au bénéfice d’une société égalitaire et émancipatrice, fondée sur la propriété collective des moyens de production. En outre, la stratégie syndicale préconisée est la grève générale. Cet ensemble fixe la lutte des classes comme moyen.

Le syndicalisme français est en 1906 très inspiré par les orientations anarcho-syndicalistes. C’est le cas de Victor Griffuelhes, secrétaire général de la CGT d’alors. Ce dernier, avec l’aide d’Émile Pouget, un autre militant syndicaliste révolutionnaire, constatant que le congrès ne parvenait pas à trouver un cadre susceptible de rassembler largement les tenants d’une ligne syndicaliste révolutionnaire et ceux défendant une orientation réformiste ou encore les partisans du rapprochement avec la SFIO de l’époque, rédigent la motion désormais connue sous l’appellation « Charte d’Amiens » qui fait synthèse. Que l’indépendance du syndicat par rapport aux partis y soit également proclamée en même temps que la liberté d’engagement politique par ailleurs, permet objectivement cette synthèse. En effet, ce simple fait suffit à ne pas trancher autre chose que la « double besogne ». Actualité de la charte d’Amiens

La FSU, comme la CGT ou Solidaires, n’a jamais renoncé à ces deux objectifs, sans subordonner le premier à l’attente du second.

Et sans non plus s’en remettre pour cela à l’action d’organisations politiques partisanes, au risque de pratiquer un partage des tâches : au syndicat la défense corporative, au parti politique la transformation de la société.

Pour la FSU, pour Unité et Action, le syndicalisme ne saurait envisager son action dans le cadre d’une subordination aux intérêts, calendriers électoraux et actions des partis, en l’occurrence de gauche, quand bien même les analyses respectives se recoupent, quand bien même les militant⋅es syndicaux conservent toutes possibilités de militer au sein de partis.

Mais les adhérent·es, les salarié·es doivent savoir que les décisions et mandats de leurs organisations ne sont décidées, démocratiquement, qu’au sein de ces organisations. Cette clarté, cette indépendance, non seulement ne sont pas un obstacle, mais au contraire favorisent des moments communs entre le syndicalisme de transformation sociale et la gauche politique progressiste ou révolutionnaire, dans un dialogue respectueux des prérogatives de chacun·e, donc souvent difficile, mais qui peut être fructueux pour le salariat.

En témoignent les rapports entre la jeune CGT révolutionnaire et la SFIO de Jaurès, puis bien sûr le soutien de la CGT réunifiée au Front populaire, celui de la FEN, de la CGT et de la CFDT au Programme commun de gouvernement, plus récemment encore, face à la menace fasciste, l’appel à voter pour les candidatures portant le programme du NFP.

Ces différents épisodes illustrent la nécessité de doubler un éventuel soutien à la mobilisation des salarié·es comme en témoignent les grandes grèves victorieuses de 1936. Mais aussi l’erreur qu’il y aurait à s’en remettre au seul politique pour faire avancer, sans rapport de force social, les revendications, ainsi que l’indique la pauvreté des questions de Fonction publique au sein du programme du NFP.

Enfin, Unité et Action a tiré les leçons d’un compagnonnage trop étroit entre syndicat et parti, en participant à sortir du rôle de courroie de transmission de partis, qu’il s’agisse, du temps de la FEN, du PS ou du PC.

L’indépendance syndicale constitue pour Unité et Action, alors que les tentations d’instrumentalisation sont loin d’avoir disparu à gauche, un héritage, finalement celui de nos anciens de la CGT, qui n’est pas négociable.

Il en va tout simplement de la capacité du syndicat à mobiliser et défendre le salariat.

François Ferrette, Bruno Lévéder


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