Un bilan climatique catastrophique
Été 2026, le plus chaud jamais enregistré (+3,6 °C) : un bilan climatique catastrophique qui touche désormais toute la population mondiale.

Les saisons estivales perdent de leur insouciance pour devenir le témoin des changements climatiques qui atteignent désormais l’ensemble de la population mondiale. Selon Météo France l’été 2026 est devenu le plus chaud jamais enregistré, avec une température moyenne de 24,0 °C (+ 3,6 °C).
Pour rappel, neuf des dix étés les plus chauds depuis l’époque pré-industrielle ont eu lieu ces douze dernières années. L’Afrique et l’Asie ont également connu le mois de juillet le plus chaud de leur histoire. De vastes régions du monde rencontrent un stress hydrique inédit, des incendies majeurs et des pertes massives de productivité agricole.
En France, après la canicule précoce de mi-mai, les vagues de chaleur ont occupé la quasi-totalité de l’été, avec des niveaux remarquables d’intensité et de durée : 53 jours au total et jusqu’à 72 départements placés simultanément en vigilance rouge canicule. La semaine de rentrée 2026 a été marquée par la poursuite de ces épisodes, plusieurs départements étant encore placés en vigilance orange canicule, avec des records de chaleur nationaux dépassés pour un mois de septembre (40,3 °C à Lavaur, dans le Tarn).
Le bilan des surfaces brûlés atteint 119 000 hectares en France hexagonale. Ces mégafeux ont occasionné le décès de quatre pompiers, la destruction de centaines d’habitations, le déplacement de populations ainsi que des pertes massives de biodiversité. Quoi qu’en dise le gouvernement, le manque de moyens des services publics de lutte contre les incendies a été manifeste, ne tenant que sur l’engagement des agent·es publics et des bénévoles sur le terrain. En ce qui concerne le bilan humain, 5 764 décès en excès ont été recensés pour la seule canicule du 17 juin au 2 juillet selon Santé publique France, et ce bilan est monté à 7 300 morts jusqu’au 22 juillet. Le total complet de la surmortalité n’a pour l’instant pas encore été réalisé en France, mais il s’élève en Allemagne à 15 800 décès liées à la chaleur sur l’ensemble de la période. Si les plus de 75 ans sont particulièrement concernés, toutes les classes d’âge sont susceptibles d’être touchées, avec des pics sur les personnes en activité, les canicules ne se restreignant plus aux épisodes estivaux, ce qui constitue une différence notable avec les vagues précédentes. La sécheresse a également atteint des niveaux historiques sur le territoire hexagonal. La pluviométrie très faible avec un déficit proche de 40% sur les valeurs climatologiques moyennes a provoqué une sécheresse des sols sans précédent à l’échelle du pays. Le 31 août, plus de 80% du territoire national était concerné par un arrêté de restriction des usages de l’eau de surface, des fleuves et des rivières. Cette sécheresse historique est loin d’être terminée, comme en témoignent l’état des nappes phréatiques, mais aussi la végétation qui présente des signes de mortalité ou d’affaiblissement. De nombreuses incertitudes persistent quant à la recharge automnale du sous-sol. L’état des rendements agricoles n’est pas plus satisfaisant, avec parfois plus de 40% de pertes pour certaines cultures dont le blé à grain. Face à l’immensité des pertes, les mesures d’urgence sont largement insuffisantes. Pendant ce temps, le gouvernement a fait adopter une « loi d’urgence agricole » qui accélère notamment sur les mégabassines, qui ont pourtant montré leur inutilité pendant l’été, avec des taux d’évaporation et de pertes massives. Face à ces constats qui valident les scénarios les plus pessimistes du GIEC, UA travaille et approfondit ces enjeux. Dans le dernier séminaire consacré à ces questions qui s’est tenu en janvier 2026, nous avons fait le constat du dépassement des limites planétaires en raison des productions liés au système capitaliste, qui renforcent les inégalités tout en accélérant le changement climatique, la perte de la biodiversité et les pollutions chimiques. Il est illusoire de penser que l’adaptation au changement climatique est possible au rythme actuel des émissions de CO2 et dans le cadre du modèle capitaliste. En France, la baisse des émissions de 30% entre 1990 et 2019 annoncées de manière récurrente par des membres du gouvernement, n’est pas une réussite de politiques publiques exemplaires. La majorité de ces émissions ont en réalité été exportées, via la désindustrialisation, et l’empreinte carbone par habitant·e (qui comprend les émissions importées) reste stable depuis trente ans (autour de 9 tonnes, alors qu’il faudrait être à 2 tonnes pour respecter les accords de Paris sur le climat).
Alors que plusieurs scientifiques et politiques appellent à une « loi d’urgence climatique », plusieurs scénarios sérieux de décarbonation existent. Ils sont développés par l’ADEME (Agence de la transition écologique) depuis plusieurs années et évoqués de manière incarnée dans le dernier livre de Magali Reghezza Zitt, Bienvenue en 2055. Plusieurs éléments sont travaillés par UA et la FSU, notamment les enjeux de relocalisation des productions à travers des politiques de formation et de planification écologique. Réindustrialiser, relocaliser et réorienter les productions implique de retravailler les enjeux démographiques et sociaux, et de travailler les alternatives économiques et politiques. Il s’agit aussi de défendre les normes pour produire mieux et bien, et cela suppose une réflexion sur la consommation et son rééquilibrage, mais aussi sur les conditions de la production. Ce monde décarboné ne pourra se passer d’une justice fiscale pour financer les protections (sanitaires, sociales et environnementales) face aux défis écologiques et climatiques. Planifier des politiques de sobriété (collectives, maîtrisées, égalitaires et désirables), implique de construire une écologie des besoins fondée sur la justice sociale.
Le gouvernement actuel est bien loin de s’engager sur cette trajectoire. Le séminaire UA a aussi été l’occasion de travailler sur le bilan carbone des administrations, qui restent bien souvent lettre morte, en contradiction à toutes les obligations réglementaires. Notre tendance et notre Fédération ne peuvent continuer à accepter que les ministères publics continuent à être moins di-sant sur les questions écologiques, que ce soit pour les politiques d’adaptation (des bâtiments, du travail, des mobilités…) ou d’atténuation (consommation énergétique, émissions de CO2, « scopes » et bilan carbones…). Autant de sujets sur lesquels UA continue de travailler pour faire avancer concrètement ces dossiers.
Cyril Verlingue
