Syndicalisme

Des élections professionnelles à la croisée des chemins

Enjeux 301 · 17 septembre 2026

Du 3 au 10 décembre 2026, les personnels de la Fonction publique votent : les responsabilités de la FSU dans un contexte de grande instabilité.

Du 3 au 10 décembre 2026, les personnels de la Fonction publique seront appelés aux urnes - électroniques pour la très grande majorité d’entre elles - pour procéder au renouvellement général des instances de dialogue social. À bien des égards, c’est dans une situation de grande instabilité pour le pays que ces élections interviennent. Enjeux souligne ici les responsabilités qui sont celles de la FSU dans un tel contexte. Et c’est parce que la situation connaît une conjonction de difficultés de nature différente qu’Unité et Action aborde ces élections professionnelles avec le souci d’en appréhender l’ensemble des aspects.

Renforcer la représentativité de la FSU !

Evidemment, cet objectif est une constante, d’élections professionnelles en élections professionnelles. Depuis sa naissance en 1993, la singularité de la FSU sur le champ syndical a fait montre de son utilité, parfois déterminante d’ailleurs, dans le combat général de défense des intérêts des personnels de la Fonction publique d’abord, puis de la Fonction publique et plus largement des travailleur⋅euses. Son originalité syndicale est, sans doute, de ne jamais perdre de vue une conception exigeante de l’action syndicale qui ne cède jamais à défendre quelque intérêt particulier au détriment de la conception de l’intérêt général qu’elle porte. Et forte de ce principe, les mandats de la FSU articulent de manière cohérente la défense des intérêts des personnels sur le paysage syndical et l’apport essentiel de la FSU apparaît tout de suite. Il faut donc renforcer la position de la FSU partout ! C’est un enjeu syndical de première importance.

Dans la Fonction publique de l’État, dans la Fonction publique territoriale…

Dans la Fonction publique de l’État, si les trois premières fédérations sont dans un mouchoir de poche, la FSU, deuxième devant l’UNSA, s’est donné l’objectif de reconquérir la première place, perdue de peu il y a 15 ans au profit de FO. Ceci implique de progresser partout, de redevenir représentatifs là où des réformes du corps électoral consécutives à la LTFP ont modifié les conditions d’appréciation de la représentativité. Dans l’Éducation nationale, faire grandir le rapport de force majoritaire de la FSU est bien sûr la meilleure manière d’arracher des avancées, même partielles, pour réparer les dégâts produits par les politiques des différents ministres depuis 2017 et conjurer les phénomènes de déclassement des métiers générés par l’austérité budgétaire. Dans l’Enseignement supérieur et la Recherche, les dernières élections professionnelles avaient été l’occasion d’enregistrer une progression de la FSU, l’enjeu est évidemment de la confirmer dans le contexte de fragilisation du service public, de dévalorisation des carrières et de remise en cause des libertés académiques et de recherche. Dans l’Enseignement agricole, à l’Agriculture, à l’Environnement, à la Culture, aux Affaires étrangères, à la Justice… Partout il y a besoin d’une FSU plus forte. Et Unité et Action porte haut l’ambition d’un renforcement de l’implantation au ministère de l’Intérieur et dans la Police nationale qui se traduise aussi dans les prochaines élections professionnelles. Lors des élections professionnelles de 2022, la FSU est devenue représentative dans la Fonction publique territoriale. Les responsabilités syndicales nouvelles que cela nous a conféré vis-à-vis des personnels ont permis de comprendre de manière plus large les aspirations, les attentes mais aussi les contradictions qui existent dans la manière d’envisager et de traiter un sujet revendicatif. Ce simple constat suffit à démontrer que renforcer la représentativité de la FSU dans la Fonction publique territoriale, c’est aussi renforcer notre capacité à appréhender les questions qui se déclinent dans tous les versants, tous les ministères, toutes les collectivités.

Une situation dégradée…

Dans la période de crise de reconnaissance et d’attractivité que connaît la Fonction publique, l’orientation, l’intervention et la pratique syndicales de la FSU sont exigeantes et n’abdiquent d’aucun combat, parce qu’elles articulent en permanence les revendications immédiates pour les personnels, tant sur le plan « corpo » que « métiers » d’ailleurs, avec la défense d’alternatives économiques, sociales et environnementales. Et, dans le contexte, c’est précieux d’avoir un syndicalisme qui prend ses responsabilités, parfois en intervenant dans le débat public hors du champ dans lequel on voudrait trop souvent le cantonner. Or la crise dans laquelle les politiques néolibérales conduites cette dernière décennie ont jeté le pays n’est évidemment pas absente des échéances électorales professionnelles. Elle y est même au coeur ! Il suffit pour s’en convaincre de constater combien pèsent la dévalorisation des carrières de la Fonction publique, la dénégation des expertises professionnelles et des cultures professionnelles, le saccage des conditions de réalisation des missions de service public ou encore les politiques publiques les affaiblissant qui sont conduites. Avec le recul, cette situation a d’autant plus dérapé que la mise en œuvre de la loi de transformation de la Fonction publique a rendu plus éclaté le discours syndical, moins appliqué sur la réalité des carrières, concentré sur la prévention des risques sanitaires et sécuritaires au travail générés par la mise en œuvre même de ces politiques. Evidemment, comme ce sont les comités sociaux qui sont censés discuter de toutes les dimensions des politiques managériales menées, souvent d’ailleurs sous forme verticale et descendante, c’est par la conflictualité que le dialogue social se résout. C’est bien une orientation syndicale comme celle de la FSU, qui tient tous les bouts du problème, qui est à même de faire bouger les choses dans un sens favorable aux personnels et à l’intérêt général. Les organisations qui se bornent à faire du « corpo », comme celles qui se contentent de développer un discours revendicatif échevelé en surfant sur le ressentiment suscité par la situation dégradée, se trompent. Au mieux elles accompagneront - même à leur corps défendant - la crise dans sa dynamique, infléchissant telle ou telle de ses manifestations les plus spectaculaires, au pire elles serviront objectivement les intérêts de ceux-là même qui ont la démocratie, le droit syndical, l’égalité ou la solidarité dans leur viseur. On le voit, ces élections professionnelles ne sont pas tout à fait comparables aux précédentes.

… et périlleuse

Une gageure que de titrer cet article censé porter sur les enjeux des élections professionnelles de décembre prochain tant elles sont déjà cernées par le débat - politique celui-là - de l’élection présidentielle du printemps prochain. Les promesses électorales - politiques aussi celles-là - sur les rémunérations des enseignant⋅es faites en cette rentrée par nombre de prétendant·es à la présidence en témoignent d’ailleurs. Tout l’enjeu est donc aussi de protéger les élections professionnelles, par nature syndicales, des instrumentalisations et visées politiciennes, parce que l’indépendance du syndicalisme vis-à-vis des partis politiques est une condition de leur rôle de contre-pouvoir. Dans le même temps, il faut être en capacité de porter les revendications et d’exiger des candidat⋅es au pouvoir qu’ils en tiennent compte, qu’ils y répondent. Le péril d’extrême droite

Il suffit pourtant de regarder dans le rétroviseur quelque deux années en arrière pour se rappeler combien le péril de voir l’extrême droite arriver en France, avec tout son bagage revanchard de plus de deux siècles d’histoire du pays, peut rapidement occuper tout l’espace, rappeler l’urgence qu’il y a à l’en empêcher. Cette situation a d’ailleurs conduit la FSU à adopter des expressions inédites, forte de son indépendance syndicale, pour agir sur les coordonnées de la situation politique. Ceci sera peut-être rappelé par ceux qui n’ont aucun scrupule à vouloir instrumentaliser politiquement le syndicalisme. La réponse à ces défis n’est bien sûr pas encore totalement écrite. Mais la FSU est sans doute, sur son champ, la mieux armée pour y répondre, forte de son orientation et de sa cohérence revendicative qui font son ADN syndical.

Le péril climatique

La touffeur de l’été 2026 est venue rappeler, pour qui ne l’avait que distraitement enregistré, que le changement climatique était déjà advenu et qu’il fallait maintenant tout mettre en œuvre pour que le réchauffement se ralentisse et, à terme, cesse. Et en parallèle, il faut aussi prendre des mesures d’adaptation pour que le présent et l’avenir proche soient tout simplement supportables. Nul doute que la question va traverser de manière forte la campagne pour ces élections professionnelles. La FSU, et son engagement dans l’AES en témoigne, a développé une conscience syndicale importante des enjeux écologistes.

Mobiliser les militant·es et les adhérent·es

La situation en quelque sorte inédite impose de faire massivement voter pour la FSU. Cela nécessite de mobiliser les équipes militantes des syndicats nationaux et de la Fédération. Cela appelle à réfléchir à la manière d’intéresser le plus largement possible les agent⋅es à l’ensemble des sujets lourds de l’actualité et de les convaincre de voter FSU pour que nos représentant·es du personnel porte notre projet syndical dans chaque instance. Et parmi ces agent·es, convaincre nos adhérent·es d’être porteur⋅euses de la cohérence revendicative et d’action qui fait la force de la FSU. Ces élections sont l’occasion d’adresser un message fort pour l’avenir de la Fonction publique, des services publics et ses agent·es : mobilisation générale !

Magdalena Conca, Morane Le Deunf et Polo Lemonnier.


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