Bassin minier : victoire juridique face à l'extrême droite
Entretien avec Alexandra Dehouck (FSU-SNUipp 62) sur la victoire syndicale à Hénin-Beaumont face au maire RN Steeve Briois.

Entretien avec Alexandra Dehouck, co-SD de la FSU-SNUipp 62.
Enjeux-UA : peux-tu revenir sur la victoire syndicale à Hénin-Beaumont, suite à la décision du tribunal administratif de début juillet ? (le contexte, la lutte locale…)
Alexandra Dehouck : dès 2014, Steeve Briois, maire RN, s’en est pris aux personnels et représentant·es syndicaux. Deux salariés de SUD ont fait l’objet d’attaques incessantes du maire avec pour but leur licenciement. En janvier 2026, des conseils de discipline les ont pourtant blanchis des accusations de manquements par Steeve Briois. Il les a pourtant suspendus pour un et deux ans. Le tribunal administratif de Lille a annulé en urgence les sanctions. Le but de ces suspensions était d’empêcher la constitution de listes pour les élections professionnelles de décembre et de faire un exemple pour dissuader l’organisation collective en faisant régner la peur. Deux rassemblements de soutien réussis à Hénin, auxquels a participé la FSU, ont pesé. La décision du TA est une victoire pour le respect de l’État de droit auquel s’attaque le RN.
Enjeux-UA : que signifie militer syndicalement dans une ville dirigée par l’extrême droite ? Quelle est ton expérience ?
Alexandra Dehouck : cela nous oblige à repenser collectivement nos stratégies et actions syndicales. Le travail et les échanges avec les municipalités et les élu·es locaux sont devenus impossibles. Au moment de la carte scolaire par exemple, la FSU-SNUipp menait des actions avec les élu·es locaux et les parents d’élèves afin de nous opposer au projet de fermetures : nous devons repenser et reconstruire ce travail de terrain autrement, dans l’intérêt des personnels des écoles et des élèves, mais sans les municipalités. Nous continuons nos articles de fond contre l’extrême droite, tout en veillant à ne pas donner prise aux attaques et insultes notamment sur les réseaux sociaux, très utilisés par ces mairies dans un sens unique. Leur volonté est de déclencher des polémiques et des fake news, sans droit de réponse, afin de manipuler encore plus l’opinion publique.
Enjeux-UA : comment résistez-vous ? (c’est peut-être un peu la même question…)
Alexandra Dehouck : avant d’être en capacité de résister, il m’a fallu, à mes camarades et moi, dépasser le contrecoup de la stupeur, de voir d’anciennes villes minières tomber entre les mains d’élus RN, parfois catapultés d’autres régions. Le bassin minier et sa culture locale ont été durant tout le 20e siècle un territoire de révoltes, de luttes sociales, mais aussi de solidarité et d’entraide. Les premières mesures du RN ont été d’atteindre, de manipuler et de s’approprier cette histoire et cette mémoire collectives, et donc localement nos histoires familiales. Mais résister, c’est ne pas se résigner, car des oppositions locales au RN existent. Elles sont individuelles, citoyennes, associatives, syndicales, politiques. Elles sont pour le moment diffuses et désorganisées. À la FSU 62, des initiatives permettent de communiquer à l’observatoire national les atteintes à l’État de droit et toutes les mesures qui créent encore plus d’inégalités et de discrimination. Nous étudions les comptes rendus des conseils municipaux, les arrêtés… qui entrent parfois en contradiction avec les publications de ces maires RN sur les réseaux sociaux. C’est un travail à long terme, mais il permet de construire une argumentation solide.
Enjeux-UA : d’après ton expérience et ton analyse, comment peut-on convaincre celles et ceux qui peuvent être tenté·es de voter extrême droite et celles et ceux qui hésitent à aller voter aux présidentielles ?
Alexandra Dehouck : c’est là que le travail de veille et de recensement des décisions prises dans les villes RN prend tout son sens. Chaque élu RN est maintenant porteur d’un bilan que nous analysons. Il existe un vote d’adhésion idéologique à l’extrême droite, y compris dans notre département. Mais il s’agit aussi d’un vote de désillusion et de contestation : il faut démontrer que la politique menée par le RN dans les municipalités va à l’encontre des intérêts sociaux, économiques et éducatifs de nombre de ses électeurs. Il faut aussi travailler sur l’abstention. Association, syndicat, parti politique, à chacun de mener la bataille d’information et de conviction dans son champ d’action, en apportant des éléments concrets, un bilan du programme RN mis en œuvre.
Enjeux-UA : quelle place tenir et quelles actions syndicales mettre en place ?
Alexandra Dehouck : les militant·es syndicaux au sein de la FSU vont continuer de toucher l’ensemble du monde éducatif durant les réunions syndicales et les stages, par exemple, en étant présent·es partout là où c’est possible, au sein de collectifs, dans des opérations de tractage, dans les mobilisations contre l’extrême droite. Un cadre intersyndical est à construire.