Syndicalisme

Carcassonne : nouveau laboratoire du RN

Enjeux 301 · 8 septembre 2026

Depuis l'élection du maire RN Christophe Barthès, Carcassonne cumule les marqueurs d'extrême droite et les attaques contre les libertés.

Dans l’Aude, depuis 2022, tous les députés sont RN

L’un d’eux, Christophe Barthès est devenu maire de Carcassonne en mars 2026. Dès son arrivée, nous avons assisté à une bascule, une entrée en fonction tonitruante avec de nombreuses annonces et des marqueurs d’extrême droite : la suppression du drapeau européen, un arrêté anti-mendicité attaqué par la Ligue des Droits de l’Homme. Ce recours en justice a déclenché l’annonce de la suppression de la subvention et du local mis à disposition. Pour dénoncer les propos du maire sur les réseaux sociaux, une manifestation de jeunes soutenue par différentes organisations syndicales a été organisée. Dans la foulée, ces dernières ont subi une nouvelle annonce : retrait des locaux de la FSU, CGT, CFDT et Solidaires. Au bout d’un mois, le maire avait pris les organisations syndicales pour cible. Il s’attaque également à la culture gratuite et accessible à toutes et tous : le festival off en juillet et août a vu ses crédits diminués des deux tiers. Pour « le Trump occitan » surnommé ainsi par un adversaire politique, une outrance chasse l’autre : l’apport des cartons de déménagement dans les locaux d’une organisation, l’arrosage des manifestant·es au tuyau d’eau depuis le balcon de la mairie, la fête Jeanne d’Arc, la fête du cochon, une publication pour la fête religieuse du 15 août… Militer dans une ville tenue par l’Extrême droite fait peser une incertitude sur l’action syndicale et une précarité quant à l’accueil des militant·es et des collègues, une fragilisation de notre travail syndical et cela prend beaucoup d’énergie. À ce jour, la FSU est toujours hébergée dans des anciens logements de fonction d’une école maternelle.

La ville de Carcassonne est un des laboratoires pour la prise du pouvoir par le Rassemblement national. À rebours de la stratégie de respectabilité utilisée par Alliot à Perpignan, le maire se caractérise par sa lutte contre les syndicats, contre les associations qui défendent les droits, contre la culture, contre la presse locale et la remise en cause de la laïcité. Il développe également toute une stratégie de communication sur la sécurité et la propreté, déconnectée de la réalité constatée sur le terrain. L’extrême droite n’a pas changé et son action a le mérite de le montrer. Ce constat doit convaincre celles et ceux qui ne veulent pas de ces remises en cause, que la mobilisation est indispensable. Bonne ou mauvaise publicité ? Il utilise l’argument que quand on arrive quelque part, ça change et on n’est pas là pour faire comme les autres. Cette outrance trouve son public. Le budget a été voté et nous en voyons les premières mesures sur le festival off fortement diminué et l’investissement dans le bâti scolaire, même si la climatisation de salles de classe est annoncée.

Pour combattre l’extrême droite et convaincre de sa nocivité, il faut continuer à faire ce pourquoi nous sommes reconnus, notre travail quotidien de défense des personnels et des droits. Il faut faire valoir nos revendications avec notre calendrier en y intégrant une critique des pratiques et des idées d’extrême droite sur les sujets du travail, de la place des femmes, des LGBTQIA+, des étranger·es et de toute forme de discrimination. Il faut poursuivre le travail et les mobilisations les plus unitaires possibles, en intersyndicale avec les associations et les collectifs de jeunesse. La période d’avril et juin 2026 a été difficile et il faudra nous organiser pour tenir sur la longueur.

Patrick Borde co-secrétaire départemental de la FSU de l’Aude, syndiqué SNES-FSU et professeur de lettres dans un collège de Carcassonne

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