Gard : L'extrême droite en embuscade, entretien avec Emmanuel Bois (FSU)

sept. 7, 2025 · 4 min. de lecture

Entretien avec Emmanuel Bois

Secrétaire de la SD FSU du Gard

Il n’est presque plus de semaine où la violence physique de nervis de l’extrême droite se déchaîne, ici contre des immigré·es ou personnes vues comme telles, souvent non européennes ou assimilées à la religion musulmane, là des homosexuel·les, ou des femmes et des hommes de gauche, militants, sympathisant·es politiques et/ou syndicalistes. Les années 30 seraient elles de retour ? Partout la FSU est au premier rang de la riposte antifasciste et travaille aux alternatives sociales pour assécher l’extrême droite qui se nourrit de la désespérance sociale engendrée par trop d’années de politiques libérales. Emmanuel Bois, secrétaire départemental de la FSU du Gard (30), a bien voulu répondre aux question d’Enjeux

Alès : une agression inquiétante

Enjeux-UA : Peux tu nous préciser ce qui s’est passé à Alès ?

Emmanuel BOIS : Les évènements, graves, se sont déroulés dans la nuit du 30 mai dernier, pendant la Feria de l’Ascension. Une douzaine d’individus se revendiquant du « Bloc montpelliérain », un mouvement nationaliste qui recrute essentiellement des jeunes sur une base viriliste et identitaire, ont agressé des clients qui se trouvaient au bar le Prolétaire, par ailleurs siège de la section locale du Parti communiste et dont le président a été un militant très estimé de la FSU-Snuipp jusqu’en 2023. Coups de pieds, de poing américain, gaz lacrymogènes… l’identification a été simple puisqu’ils ont apposé des autocollants ce qui a d’ailleurs provoqué l’échauffourée, au cours de laquelle une vingtaine de personnes ont été blessées. Ce « bloc » avait déjà agressé un syndicaliste à Montpellier l’an dernier.

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Dans la région, l’extrême droite s’est créée des bastions solides, elle tient plusieurs villes dans la région comme Béziers de Robert Ménard, Perpignan de Louis Aliot ou, dans notre département, Beaucaire tenu par le RN depuis 10 ans. Déjà victorieuse aux élections européennes, elle a emporté l’ensemble des 6 circonscriptions aux élections législatives anticipées de juillet dernier. Elle surfe sur la situation sociale très difficile localement. L’industrie et la viticulture ont beaucoup reculé même s’il reste des bastions industriels où la contestation sociale existe (CGT encore bien présente). La région vit aujourd’hui essentiellement des services et du tourisme, avec de très grosses inégalités sociales entre une bourgeoisie riche et qui peut être tentée par un pouvoir réactionnaire très conservatrice, et avec l’appui d’une partie des classes populaires, pourtant nourries par une longue tradition d’immigration, et qui a longtemps voté très à Gauche. L’école publique est d’ailleurs le reflet de ces inégalités avec des résultats dans le département qui sont parmi les plus bas de France métropolitaine.

Réaction et perspectives

Enjeux-UA : Quelle a été la réaction de la gauche et du mouvement syndical ?

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Emmanuel BOIS : Elle a été très forte, et largement unitaire, ce qui est plutôt rassurant, avec une grande manifestation de soutien aux victimes et de dénonciation de la violence fasciste qui a réuni près de 1500 personnes à Alès le 2 juin, avec la présence de figures nationales, comme Fabien Roussel, Raphaël Arnault et avec la participation de la FSU, de la CGT et de Solidaires. Mais cela ne règle rien : 90 % des communes du Gard ont placé le RN en tête aux européennes, avec parfois de scores dépassant les 50 %…
Les frontières sont poreuses entre RN et droite locale même si beaucoup d’élu·es refusent de s’incliner devant l’extrême droite, et Nîmes par exemple résiste. Fait qui semble en progression : les milieux étudiants et lycéens, qui sont en grande majorité dépolitisés, sont victimes d’une flambée des mouvements de jeunesse proche de l’extrême droite, parfois accompagnée de violences physiques. Le SNES et la FSU-SNUIPP 30 ont d’ailleurs participé récemment à la création d’un collectif VISA 30 qui regroupe pour l’instant des syndicats de personnels de l’éducation. Seul un travail de fond, la création d’alternatives politiques et sociales, l’unité également, permettront de redonner confiance en la gauche et à faire baisser l’influence du RN.

Propos recueillis par Matthieu Leiritz

ENJEUX
Auteurs
Revue d’unité action
Pour Unité et Action, l’enjeu est de construire des formes d’action qui en permettant de faire progresser le quotidien des salarié.es, des agent.es, des retraité.es, permet également d’ouvrir la voie à une vraie dynamique de transformation sociale de progrès et de justice.