Transition écologique, un impératif de justice sociale

nov. 21, 2025 · 5 min. de lecture

Transition écologique, un impératif de justice sociale

Deux rapports récents soulignent la concordance des inégalités sociales et environnementales et l’impératif de concilier transition écologique et justice sociale.

Inégalités environnementales et monde du travail

«C’est d’abord dans le monde du travail que les inégalités environnementales sont les plus élevées » selon le rapport 2025 de l’Observatoire des inégalités (ODI) qui consacre un dossier spécial à l’impact social des pollutions et du réchauffement climatique. Les inégalités environnementales concernent ainsi usines et chantiers. Si, selon les données 2019 du ministère du travail, un tiers des salarié·es déclarent respirer poussières et fumées, ce sont deux tiers de la classe ouvrière contre 10% des cadres qui sont exposés à ces nuisances. Les mêmes écarts entre milieux sociaux sont constatés en matière d’exposition aux produits nocifs (voir ci-contre).

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Ces inégalités s’accentuent même, avec l’exposition des ouvrières et ouvriers à un air pollué au travail restant stable tandis que celle des cadres régresse. Les conséquences sanitaires de ces expositions révèlent également le lien parfois complexe entre inégalités environnementales et socio-économiques. Ainsi, les inégalités d’exposition des enfants à l’air pollué ne recouvrent pas à l’identique la ségrégation spatiale entre quartiers riches et quartiers déshérités. Certes, selon une étude de l’INSEE Paca citée par l’ODI « dans les zones où la pollution est la plus forte, quatre habitants sur cinq vivent dans un territoire où la situation économique des ménages est défavorable ». Mais, parce qu’ils résident le plus souvent dans les grandes métropoles, les bébés des catégories supérieures sont davantage exposés aux particules fines, émises notamment par la circulation routière et qui fragilisent le système respiratoire. Pour autant, leur santé est moins affectée que celles des jeunes enfants des familles se situant parmi les 10% les plus pauvres, davantage hospitalisés pour bronchiolite ou asthme, essentiellement parce que leur état de santé général est plus fragile. Les inégalités sanitaires des jeunes enfants exposés à un air pollué résultent donc plutôt d’inégalités sociales « liées aux modes de vie, à l’accès à la prévention et aux soins en général ».

Victimes vs coupables

Il n’en demeure pas moins que la distinction sociale des espaces de vie se traduit également par des inégalités environnementales particulièrement marquées : humidité, bruit, difficulté à se chauffer l’hiver ou chaleur excessive l’été concernent plus particulièrement les jeunes et les ménages les plus modestes.

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Le nombre de ménages ayant souffert du froid a plus que doublé entre 2020 et 2024. Les classes populaires vivant dans les quartiers prioritaires sont les principales victimes des effets du réchauffement sans en être responsables. Le rapport de l’ODI rappelle que les 10% des ménages les plus riches émettent 2,7 fois de plus de gaz à effet de serre que les 10% les plus pauvres.
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Même si les revenus des plus aisés leur permettent davantage de pratiques écologiques (isolation du logement, véhicule électrique), leur logement et leurs déplacements, accessibles par leur niveau de vie supérieur restent plus émetteurs.

Un pacte social et environnemental pour une transition juste

Ces constats sur les causes et effets des inégalités socio-environnementales soulignent à quel point une transition écologique juste, et acceptée socialement, ne peut s’appliquer de manière indifférenciée. Le rapport du Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale (CNLE) alerte particulièrement sur les hausses de prix occasionnées par les politiques publiques de décarbonation (transport, alimentation, logement) des gouvernements libéraux. Les dispositifs basés sur des « sanctions / pénalités » ou une fiscalité énergétique régressive accentuent les inégalités de revenus et territoriales. Inacceptables socialement par les classes populaires, elles entretiennent la défiance de celles-ci vis-à-vis d’une écologie « punitive » qu’instrumentalise l’extrême-droite. C’est pourquoi le CNLE met en débat l’instauration d’un pacte social et environnemental passant notamment par une phase de « transition de la transition écologique » où la redistribution constituerait une priorité avec la contribution préalable des ménages les plus aisés mis à contribution pour rehausser le niveau de vie des plus modestes. Si des campagnes d’information et de sensibilisation menées par « la puissance publique » sont impératives, notamment pour réduire l’alimentation carnée dont la production est fortement émettrice de gaz à effet de serre, elles doivent être conçues « sans stigmatiser les pratiques de consommation des classes populaires », ce qui implique en regard de légiférer pour assainir les productions de l’industrie agroalimentaire. Enfin, « mieux articuler la mise en œuvre des politiques sociales et démarche de planification », afin de répondre à la fois aux enjeux d’équité et de cohésion sociale, suppose de systématiser l’évaluation préalable des impacts sociaux des mesures envisagées. Un principe qui s’inscrit dans une régénération de la vie démocratique, y compris à l’échelle locale, pour associer toutes les couches de la société à l’élaboration des solutions d’une transition écologique qui bénéficient à tous et toutes.

Le rôle des organisations syndicales

Un tel projet alternatif qui vise la réduction des inégalités socio-environnementales dans tous les champs passe nécessairement par une intégration de ces problématiques à l’activité revendicative ordinaire des organisations syndicales. L’enjeu central du renforcement des services publics, « seules richesses des pauvres », place la FSU au cœur des combats pour en finir avec les injustices jumelles de « fin du mois » et « fin du monde ».

Franck Brock

ENJEUX
Auteurs
Revue d’unité action
Pour Unité et Action, l’enjeu est de construire des formes d’action qui en permettant de faire progresser le quotidien des salarié.es, des agent.es, des retraité.es, permet également d’ouvrir la voie à une vraie dynamique de transformation sociale de progrès et de justice.